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Madame Denise Paulme

Première approche des Atié (Côte d'Ivoire)


In: Cahiers d'études africaines. Vol. 6 N°21. 1966. pp. 86-120.

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Paulme Denise. Première approche des Atié (Côte d'Ivoire). In: Cahiers d'études africaines. Vol. 6 N°21. 1966. pp. 86-120.

doi : 10.3406/cea.1966.3059

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1966_num_6_21_3059
DENISE PAULME

Première approche des Atié

Côte Ivoire

Les Atié seraient un peu plus de 100 ooo qui occupent dans le
sud-est de la Côte Ivoire le pays entre et Agneby Leur habitat
étend au nord la hauteur de Zaranou est la
ouest la ligne de partage des eaux entre les bassins de la Me
et de Agneby au sud le petit groupe des Mbato les sépare de la
lagune Leur territoire couvrirait environ 500 km2 avec de vastes
régions de forêt encore peu près intactes Administrati vemeni il
correspond aux deux sous-préfectures Adzopé et Alépé la première
groupe cinq cantons tous atié la seconde deux cantons atié et le canton
mbato au sud1
Au dire de Binger qui traversa le pays en 1889 cantonné au ur
de la forêt vierge habitant des villages cachés au milieu une végéta
tion grandiose et luxuriante le peuple atié vécu et vit encore presque
isolé de tout le monde en hostilités continuelles avec ses voisins
écumant la et tombant improviste sur les pirogues qui
remontent isolément le fleuve En cinquante ans le pays peu
changé sauf aux abords des agglomérations où les défrichements ont
éclairci la forêt les grands arbres abattus acajous irokos makorés
ont été remplacés par des parasoliers et des palmiers huile Les
raphias abondent dans les bas-fonds gorgés eau leurs palmes servent
encore couvrir les toits qui ont pas droit la tôle ondulée ou
everite
Les Atié ont pour voisins immédiats au nord les Agni au sud des

Une mission du Ministère de ducation Nationale de cole Pratique


des Hautes tudes VIe section et du C.N.R.S permis un séjour de quatre
mois en pays atié mars-juillet 1964)
Aux Atié Alépé et Adzopé il convient de joindre ceux des groupes
Anyama et Akoupé rattachés Bingerville qui seraient environ 12 ooo Je ne
leur ai pas rendu visite durant ce premier séjour
BINGER Du Niger au golfe de Guinée Paris 1892
PREMI RE APPROCHE DES ATI 87

limite de sous-préfecture MBATO nom de canton


LE PAYS ATI
88 DENISE PAULME

lagunaires Mbato Abouré Ebrié et leurs institutions sociales


reflètent semble-t-il assez exactement cette situation intermédiaire
Eux-mêmes se voient venus de est lointains parents des Baoulé des
Agni des Ashanti Aux termes une tradition assurément plus
légendaire historique la même aïeule aurait eu deux filles et un
fils les filles seraient les ancêtres la première des Atié la seconde des
Baoulé les Agni comme les Ashanti descendraient de leur frère la
mort de ce souverain une querelle éclata les fils refusant de céder
aux neveux le sabre au manche couvert or insigne du pouvoir
au cours de la mêlée qui ensuivit les neveux ne purent emparer
que de la lame du sabre le manche resta aux mains des fils Se refusant
céder la force les neveux enfuirent bientôt poursuivis Le pas
sage du Tané puis de la aurait exigé deux victimes la pre
mière fut le fils de Pokou ur du chef baoulé la seconde un neveu
du chef atié Baoulé et Atié se seraient séparés après avoir fran
chi la les Baoulé se dirigeant vers le nord les Atié ceux
qui sont passés sur un tronc arbre kie en agni enfon ant dans
la forêt1
unité linguistique des Atié qui recouvre des variantes entre les
parlers Alépé et Adzopé traduit une culture homogène Mais pas
organisation politique centralisée si les habitants demeurent
conscients de leur communauté origine il existe entre certains
villages des traditions amitié et entraide chacun néanmoins
gardé son autonomie politique se suffit lui-même

Logende contée par le chef du village de Bouapé canton Kette Dans une
autre version qui me fut rapportée Yakassé canton Atobru les Atié seraient
partis parce on allait tuer la ur de leur chef épouse du souverain ashanti
elle aurait dû le suivre ou plutôt accueillir dans la tombe Une troisième
version me fut remise déjà écrite Assiéorié village du même canton Atobru
Au commencement les Atié furent dans un village nommé Bandama-
Kumassi parmi les Achantis sous le gouvernement anglais Incapables de
répondre toujours au juron dont les Achantis les accablent parce il
agit de répondre ce dernier par une forte somme argent alors les Attiés
se considèrent ainsi renvoyés Au moment de la séparation avec les
Achantis les Attiés luttèrent sans succès pour une chaise royale avec les
Achantis Furieux ils durent se dépayser Mais arrivés un peu plus loin ils
rencontrèrent un grand fleuve la Que faire pour le traverser Et
ils se tapissaient sur le rivage Par bonheur un clairvoyant trouva un moyen
possible de passeport la traversée exige un sacrifice humain Mais qui
oserait offrir son fils au nom de la masse Le chef de la bande tentait la
chance en saisissant son enfant or la mère du malheureux enfant oppo
sait Enfin la ur du meneur nommé Ako-cho céda son fils qui est le neveu
du chef nommé Bua Sika de la bande Le sacrifice étant fait eau laissant
passage la bande traversa le fleuve saine et sauve est depuis ce jour
aujourdhui que on accordait les biens qui devaient revenir au fils
son neveu point de sacrifice et par conséquent point de passage
Une autre etymologie me fut donnée Alépé non moins douteuse elle fait
venir Atié de ha kyz en agni ils ont changé
PREMI RE APPROCHE DES ATI 89

Des différences sensibles séparent les Atié Alépé de ceux Ad-


zopé La grand-route qui monte Abidjan vers Abengourou et le pays
Agni traverse du sud au nord la sous-préfecture Adzopé dont les
habitants ont toujours entretenu de gré ou de force plus de rapports
avec le monde extérieur ont été soumis plus influences et se sont
plus vite uniformisés que ceux des environs Alépé Ce dernier centre
même est pourtant guère éloigné de plus de 70 km Abidjan mais
au-delà une fois la franchie en bac la route ne mène plus
aucune agglomération importante1 Toutes proportions gardées la
région apparaît un bout du monde où on ne vient que si un motif
précis vous appelle Les habitants entendent demeurer entre eux et
acceptent la présence de nouveaux venus que si ceux-ci intègrent
la communauté et passent Atié la différence de ce on observe
ailleurs en Côte Ivoire par exemple dans la région de Daloa ici les
habitants refusent toute vente de terrain Sans se montrer le moins du
monde hostiles une économie nouvelle chaque chef de famille
possède sa plantation de cacao plusieurs taxis et un service de
camions effectuent le trajet quotidien Abidjan et retour les
Atié Alépé témoignent un vif attachement leurs institutions tradi
tionnelles sont ers notamment de leurs classes âge où la solidarité
demeure entière la dernière initiation qui eut lieu en 1960 vu
reparaître pour soumettre et en subir les souffrances des fonc
tionnaires absents depuis longtemps et résidant des distances consi
dérables est dire dans quel enthousiasme elle se déroula Aux alen
tours Adzopé les mêmes classes âge ne jouent plus guère de rôle
sont en voie extinction
Je parlerai ici de ce que ai pu observer dans la région Alépé
où je suis demeurée plus longtemps habitat est groupé les villages
très importants les trois localités voisines de Grand Alépé Montezo et
Memni comptaient respectivement au recensement de 1960 Grand
Alépé 449 Montezo 361 Memni 361 habitants Encore ces chiffres
seraient-ils inférieurs la réalité Ces trois villages dont les habitants
portent les mêmes noms de clans et affirment une commune origine
se retrouvaient unis pour faire front ou porter attaque chez leurs
voisins Mbato qui auraient chassé leurs pères de leur ancien habitat
ou Atié de autre rive de la Me Entre-temps des rivalités les divi
saient Ailleurs la situation ne semble pas très différente si quelques
chefs ont dominé leurs voisins immédiats aucune unité politique supé-

Le siège de la sous-préfecture se trouve Petit Alépé escale sur la


où les Atié de la région échangeaient jadis leurs produits avec les commer ants
venus en pirogue de la lagune La route ayant supplanté le neuve comme voie
accès Petit Alépé vu son importance décroître est plus un centre
administratif dont le marché même créé en 1913 ne présente plus une
faible animation
90 DENISE PAULME

rieure au village aura survécu la mort de son fondateur Rien ici


de comparable organisation politique des Agni1

Au premier abord la société atié offre exemple une société


dysharmonique filiation matrilinéaire et résidence virilocale
La filiation matrilinéaire exprime par le fait un enfant appar
tient au à- de sa mère qui est pas nécessairement celui de son père
Ce mot ws ws ou wo Alépé fwe Adzopé un Atié traduira en
fran ais par famille désigne en réalité le clan matrilinéaire2 Un
village est toujours occupé par plusieurs dont les patronymes se
retrouvent ou non dans les villages voisins Au niveau de aggloméra
tion le regroupe des unités plus petites dites lamé morceau
intestin Al. ou ume porte Adz.) douées une quasi-auto
nomie exogamie se place cet étage on épouse pas une fille de
même lame Les Atié usant de termes différents le terme fran ais de
lignage pour désigner le lame semblé préférable celui de sous-
clan Mais nous sommes en milieu matrilinéaire où la mémoire généa
logique est courte si la croyance en une même souche demeure le
lame réunit des hommes qui souvent ne peuvent indiquer leur exacte
parenté ont perdu avec le souvenir et au nom de aïeule fon
datrice ceux de son frère ou de son fils premier doyen du lignage
Leur ignorance ne trouble pas les membres du lame dont les hommes
se voient oncle et neveu ou frères ils sont âges approchants
peut-être leurs grand-mères respectives étaient-elles des urs de
mères différentes en ce cas leurs arrière-grand-mères coup sûr
étaient de véritables urs
Les Atié sont formels quant la règle de la filiation matrilinéaire

ment note
tée politique
est le capitaine
lele village
plus compact
Crosson
qui indépendant
relevant
qui prospecte
unedans
leautorité
pays
la réalité
enunique
1896
constitue
en peu
vueprès
établir
le groupe
respecle
tracé une voie ferrée CROSSON Ethnographie de la Côte Ivoire Attié
Renseignements coloniaux et Documents publiés par le Comité de Afrique
fran aise suppi au Bull du Comité de Afrique fran aise 1900 95
clan matrilinéaire cf wo en ashanti oncle maternel Le sens du
mot évolue un étudiant atié en donne le commentaire suivant Un fils doit
considérer comme son woueu le woueu du côté paternel est-à-dire la famille
maternelle et paternelle du père du grand-père paternel etc... et le woueu du
côté maternel est-à-dire la famille paternelle et maternelle de la mère la
famille paternelle et maternelle de son grand-père et de sa grand-mère Tout ce
monde forme le woueu DIAN BONI Agriculture chez les Attié du Kette Côte
Ivoire) D.E.S de géographie Université de Lille 1965. Ceci est peut-être
exact de nos jours dans le canton Kette dont Dian Boni est originaire ce
ne est assurément pas en milieu traditionnel Le même auteur poursuit Au-
dessus du woueu se place le foué ou djoumin ensemble de woueu qui ont selon
la tradition les mêmes ancêtres Ces foué constituent les quartiers de village
La confusion est totale foué fwe est le même mot que woueu prononcé
indifféremment ws wï wo <.< djoumin ajume porte correspond dans la
région Adzopé au lam Alépé est-à-dire la cellule pour laquelle nous
proposons lignage
PREMI RE APPROCHE DES ATI CI

un enfant appartient au lignage lame plus forte raison au clan


de sa mère il hérite une part des biens de ce lignage plus exacte
ment la mort un aîné il prendra dans le lame la place de cet aîné
se verra confier la gestion des terres que détenait le mort et qui ne sont
pas partagées Mais il porte le nom de son père Sika Ahui sera Ahui
fils de Sika Yapo Guiégui Guiégui fille de Yapo et le fils aîné de
Sika Ahui se nommera très souvent Ahui Sika Sika fils Ahui sera
donc homonyme de son grand-père paternel Avec son nom le père
transmet une part de lui-même sans pouvoir aussitôt cerner cet
apport paternel comment ignorer enquête peine amorcée le
principe transparaît une double filiation
La règle de la résidence virilocale est pas moins stricte que celle
du matrilignage sitôt mariée la femme rejoint son mari les enfants
naissent et sont élevés chez leur père Que celui-ci vienne mourir un
frère du père les admet son foyer au moins pendant quelque temps
éducation des enfants incombe leurs paternels un neveu ne saurait
vivre chez son oncle maternel Mais ici encore observation introduit
des nuances
Le principe scrupuleusement observé une résidence virilocale
contraint le lignage abandonner ses filles déjà nées chez leur père
est-à-dire hors du lignage Il ne saurait pour autant se désintéresser
des enfants de ces filles qui représentent tout son avenir il va donc
efforcer de récupérer les gar ons les filles étant de toute fa on
perdues données en mariage extérieur Tout le réseau de la
parenté et de alliance apparaît dominé par les péripéties de cette
lutte dont les fils des filles sont enjeu et où le lignage se comporte
comme si ayant subi une première défaite il entendait ne pas aban
donner la partie Pourtant le principe matrilinéaire est seul reconnu
par la coutume les intéressés eux-mêmes en se plaignant une règle
qui les gêne jugent impossible de transmettre leur fils donc de
soustraire au patrimoine du lignage une parcelle qui en fait partie
un homme aura re ue titre de neveu avec obligation tacite de la
transmettre au fils de sa ur Pour ne pas perdre de vue ses filles
mariées pour ensuite reprendre le contrôle des fils elles ont mis au
monde dans la demeure un allié le lignage dispose de plusieurs
moyens
Le premier classique en milieu matrilinéaire est le mariage préfé
rentiel avec la fille de la ur du père une telle alliance soit propo
sée au moins chez les Atié Alépé est-à-dire en milieu demeuré
fidèle la tradition on ne peut pas refuser puisque soulignent les
informateurs le fils qui naîtra de cette union fig recueillera
normalement en tant que petit-neveu maternel héritage de ascen
dant qui est aussi son grand-père paternel et dont il est peut-être
déjà homonyme enquêteur note toutefois un tel mariage est
92 DENISE PAULME

toujours décrit comme alliant non pas le ls du frère la fille de la


ur mais le ls du fils la fille de la fille enfant qui naîtra
une pareille union sera de toute évidence image la plus fidèle possible
de son aïeul fig Mais il appartient pas au même lignage matri
linéaire argument économique que les Atié proposent de bonne foi
est pas seul en cause la faveur avec laquelle est vu ce type union
envisagera dans le cadre une parenté bilatérale

FIG

La présence un interdit particulier souligne étroitesse du lien


arrière-grand-père et son descendant la troisième génération ne
peuvent manger au même plat un partage de nourriture rendrait le
vieillard gravement malade on précise que le péril est grave surtout
lorsque enfant est de même sexe que aïeul comme objectais avoir
vu dans plus une cour arrière-grand-mère assurer la garde des
jeunes enfants les faire manger on expliqua un antidote avait
été prévu sous forme une herbe il suffit de glisser dans la sauce)1
Le caractère particulier de cette relation apparaît également dans le
système des classes âge
Les unions avec la cousine croisée patrilatérale sont encore fré
quentes dans la région Alépé Les jeunes gens montrent souvent
il est vrai peu enthousiasme pour un tel projet de mariage on se
connaît trop on joué ensemble enfants ce qui laisse supposer
que la ur du père était déjà mariée sur place hypothèse que obser
vation confirme régulièrement Une forme atténuée est le mariage
avec une fille qui sans être la nièce directe du père appartient son
lignage une forme plus atténuée encore et qui serait la plus fréquente
le mariage avec une fille un troisième lignage du même clan peut-être

Rattray chez les Ashanti signale la présence un interdit comparable


entre aïeul et son arrière-petit-nis celui-ci se nomme ne touche pas mon
oreille RATTRAY Ashanti Londres 1923 39
PREMIERE APPROCHE DES ATIE 93

petite-nile par sa mère un grand-oncle maternel1 En dernier ressort


on épousera une fille un autre clan mais toujours du village2 Des
cendance matrilinéaire résidence patrilocale les Atié insistent sur le
devoir pour les ls de demeurer aux côtés du père) les deux règles sont
également imperatives Pour les concilier une seule solution le mariage
sur place entre enfants du village De fait les unions extérieur
serait-ce avec un partenaire de même clan sont mal vues et rares
Encore hui les Atié originaires Alépé fixés Abidjan cher
cheront femme ou demanderont on leur trouve une épouse de
préférence parmi les filles Alépé Sur les vingt-quatre femmes un
même lignage réparties sur cinq générations vingt et une se sont
mariées localement trois seulement ont suivi des étrangers encore la
lle de une elles est-elle revenue la tradition a-t-elle épousé un
homme de son village Ces vingt-quatre femmes totaliseraient vingt-
neuf unions dont treize contractées avec des hommes de leur clan il
est vrai que le clan est le plus nombreux il comptait en 1960 huit
lignages groupant 766 membres épouses comprises)
exogamie de lignage est donc liée une quasi-endogamie de
village que renforce une proportion élevée de mariages intérieur du
clan au moins pour la première union Car si de tels mariages sont
nombreux ils seraient aussi souvent éphémères les jeunes gens
dépendent de leurs parents et ne peuvent ignorer des désirs qui si les
deux familles sont accord équivalent des ordres Par la suite
homme sera libre de choisir une deuxième épouse dont il paiera seul
la dot il arrive aussi que la femme quitte ce premier mari qui lui fut
imposé pour un compagnon de son choix encore ce dernier sera-t-il
presque toujours un habitant du même village Les effets de la vin-
localité sont donc ici singulièrement tempérés le mariage il leur
fait quitter la demeure paternelle éloigne pas les filles un terroir
qui était déjà celui de leurs maternels

bien vu Lepar
mariage
les Atié
symétrique
Adzopé avec
avec latoutefois
nile de une
oncle
restriction
utérin importante
est hui la
mère du jeune homme ne doit être que la demi-s ur germaine du père de la
jeune nile appartient donc pas au même groupe matrilinéaire
On rencontre hui quelques cas de mariage avec la fille de oncle
utérin vrai un de mes étudiants originaire de la région Anyama en
cité un où instigateur de union été le père de la jeune fille soucieux de ne
pas voir sa fille éloigner mais le fils né de cette union est vu débouté de
héritage de son père il réclamait encontre du neveu utérin opinion
publique condamné au point il dû quitter le village aucune fille ne
voulant de lui pour époux
observation vient ici confirmer la thèse structuraliste Les cycles
extrêmement courts du mariage patrilatéral accommoderaient mieux des
tiraillements dont les sociétés matrilinéaires sont toujours le théâtre VI-
STRAUSS La Notion de structure en ethnologie Anthropologie structurale Paris
345> Menacée par obligation du mariage virilocal la société
matrilinéaire est ici préservée par union préférentielle avec la cousine croisée
patrilatérale
94 DENISE PAULME

10 12

13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23

FIG Femmes mariées du lignage de K... C... clan ky

Lieu de résidence Mari


de même clan Sur les vingt-quatre fem
mes du lignage réparties sur
cinq générations cinq ont
Grand Alépé quitté leur village natal
== village natal 4-
la première eu trois
maris successifs tous
étrangers
-i- la deuxième 9) ur de
8) suivi un Agni sa
Grand-Bassam nile 18 épousé un
quitté Alépé mari agni homme de Grand Alépé
10 Grand Alépé 2e mari la troisième 14 avait
II suivi Abidjan son mari
12 originaire Alépé divor
13 cée elle vit maintenant
14 Abidjan avec un pêcheur Port-
15 Bouet
16
17 la quatrième 15 réside
i8 Grand Alépé Abidjan auprès de son
19 mari comme elle natif
20 Alépé
21
22 la cinquième 16 vit
23 Abidjan son mari est
24 Atié mais originaire une
autre région

importance des agglomérations sensible la seule lecture des


recensements permet ces mariages intérieur du village qui multi
plient les liens de parenté la filiation maternelle est seule officielle
ment reconnue mais les paternels tous les paternels sont présents
PREMIERE APPROCHE DES ATI 95

tout instant et chacun sait il peut attendre eux notamment de


la ur du père un soutien sans conditions Dans les faits sinon dans la
terminologie le système atié de parenté est un système de double
filiation un conflit surgisse occasion un mariage ou de attri
bution des biens un mort la présence en arrière-plan des paternels
celle du clan du village entier est-à-dire de groupes plus importants
dont le lignage est un segment incite la modération Les pater
nels ne toléreront pas un neveu soit malmené traité trop sévèrement
par son lame autre part la pléthore des liens de parenté permet de
mettre accent sur de nouvelles affiliations en négligeant les premières
si celles-ci deviennent embarrassantes En un mot endogamie au
niveau du village met un frein aux exigences du lignage
Enfin un étranger artisan commer ant ou man uvre agricole
origine mossi ou senoufo comme les planteurs atié en emploient
hui qui réside au village depuis plusieurs années et manifeste
intention de établir verra sa demande en mariage en général
bien accueillie on lui accorde une épouse en même temps on lui
désigne une terre il figurera sur les feuilles de recensement parmi les
hommes du lignage de sa femme Plusieurs Béte fixés là depuis vingt
ou trente ans sont ainsi naturalisés Atié selon leur propre expression
ces hommes ne manifestent aucun désir de retour définitif au pays
natal leur fils héritera sans peine une plantation aménagée sur une
terre demeurée jusque-là intacte et aucun neveu ne songerait
leur contester Logiques avec eux-mêmes la seule condition im
posent les Atié au nouveau venu est il demeure sur place emmène
pas au loin son ménage sa mort sa famille ne devra pas revendiquer
les terres il cultivait non plus que ses enfants que lui-même quitte
le pays il partira seul la femme garde les enfants qui hériteront des
terres et se voit libre de contracter une autre union De tels cas se
rencontrent hui fréquemment la décision du Tribunal coutu-
mier si affaire vient en justice est invariable

Sans quitter son village une femme atié vécu successivement avec un
commer ant dahoméen expulsé de Côte Ivoire en 1958 en même temps que
tous ses compatriotes puis avec un teinturier dioula Enceinte de ce dernier elle
vient accoucher lorsque le premier mari reparaît réclame enfant porte
affaire en justice Aux attendus du jugement prononcé enfant appartient aux
parents de la femme aucun des deux maris ayant versé la dot coutumière
Le raisonnement serait justine en milieu patrilineaire il apparaît superflu dans
le cas présent que la dot ait ou non été versée enfant appartient au lignage
de sa mère1

Pour important il soit le village atié demeure un monde clos


on reste entre soi

Tribunal de première instance de Petit Alépé audience du 31 mai 1963


DENISE PAULME

Mais les rapports intérieur un univers aussi fermé peuvent se


faire difficiles la surveillance de ses alliés jointe celle de ses parents
rendre existence quotidienne quasi intolérable un père de famille
Une solution ouvre alors le séjour prolongé dans un campement
situé écart du village en forêt homme se soustrait ainsi lui
ses épouses et leurs enfants au contrôle étroit de la famille Le sui
vront ceux qui résidaient dans sa cour safwa fils frère cadet ou fils
un frère qui mariés ou non ne détiennent pas de terres en leur nom
personnel dépendent du chef de cour pour leur subsistance Si le
campement est très éloigné du village on cite des distances qui excè
dent km) ses habitants viendront plus que un devoir
précis notamment des funérailles les appelle Un tel campe
ment peut devenir amorce un nouveau village chaque fille aïeule
un nouveau lignage tel semble être le cas de unique relevant
de Grand Alépé qui compte no personnes Memni 361 habitants
connaît onze campements dont le plus grand réunit 102 individus le
plus petit en groupant que 13
Les Atié voient dans les campements une création récente liée
aménagement de cultures perennes café cacao aux abords immédiats
des villages où la nécessité de trouver des terres nouvelles pour des
plantes vivrières auxquelles il va sans dire que le maître du campe
ment adjoindra des cultures commerciales1
Le séjour prolongé écart du village ne va pas sans conséquences
le chef de cour qui ne réside plus au centre de fa on permanente ne
peut participer aux réunions où sont discutées les affaires publiques
Il garde néanmoins son statut ses droits et ses charges intérieur
de son lignage comme de sa classe âge

CLAN Wï ET LIGNAGE lame

La règle de la filiation matrilinéaire fait un Atié homme ou


femme appartient plusieurs groupes de parenté ampleur diffé
rente Les plus importants sont le clan ws et le lignage lame la
intestins me fragment Tous les membres du clan sont censés
descendre par les femmes une même aïeule mais dont le souvenir
totalement disparu Le nom même du clan fait pas allusion il
évoque le premier chef il est pas un sobriquet
Le village de Grand Alépé connaît six clans les Ks montagne
dont les hommes sont réputés posséder la force) les Bs les lents

Les alentours de agglomération ont été plantés en café et en cacao lors


de introduction de ces cultures dans la région il une quarantaine années
Bien que les plants soient hui épuisés les cultivateurs se refusent les
arracher Il faut donc aller au-delà pour aménager des cultures vivrières
PREMIERE APPROCHE DES ATIE 97

les Nua ceintures de perles en pr ncipe réservées aux femmes et


pour lesquelles les Nua de jadis manifestaient un attachement jugé
excessif) les Dzo les soigneux les Ne les délicats ou les dégoû
tés Le dernier clan est celui des Bofutse écraseurs de graines de
palme dont on assure que les fondateurs étaient si friands ils
préféraient les consommer toutes plutôt que les vendre Les Bofutse
se voient rameau des leur premier ancêtre aurait été neveu un
chef Les premiers cinq clans se retrouvent dans les villages voisins
Montezo comme Memni où les Bitaso les querelleurs seraient
comme les Bofutse Alépé des neveux des Dzo Nua
sont également présents dans les agglomérations plus éloignées
Ahoutoué qui se rattacherait aux Atié Anyama et Nzodji mais
les liens paraissent ici très distendus les rapports de Grand Alépé
avec Ahoutoué notamment étant des plus froids
La répartition des clans pour le village de Grand Alépé donne les
chiffres suivants recensement de 1957

Cours safwa Nombre total


Clans wa des membres épouses
familles patriarcales comprises

............. 49 766
25
............. i4 é87
Dzo ............ 22 298
44 531
.............

157 l68

Le clan ne rayonne guère au-delà du village Des localités voisines


gardent parfois le souvenir avoir été fondées par des frères eux-
mêmes peut-être fils du chef qui aurait conduit exode Ailleurs les
deux clans qui peuplent un village se réclament un du fils autre du
neveu un même ancêtre Mais partout le peu de profondeur des
généalogies qui va de pair avec la règle du matrilignage fait que âge
comme principe classificatoire joue un plus grand rôle hors du village
que le clan un voyageur qui demande hospitalité sera dirigé vers le
chef local de sa classe âge on ne adressera pas de prime abord au
doyen de son W9 supposer que celui-ci soit ici représenté
Au niveau de agglomération le clan possède son chef yi
Celui-ci peut aussi bien être désigné du nom de son clan on parlera alors
du chef des ou du Dzoyi chef des Dzo Le ws possède une
caisse commune il ne détient ni terres ni bijoux en or ces biens
98 DENISE PAULME

ressortissent aux lignages ne sont pas groupés un niveau plus élevé


La caisse est alimentée par des cotisations renouvelées quand le besoin
en fait sentir et dont le chiffre est fixé par le conseil des chefs de
lignage réunis sur la demande du chef de clan le taux est établi un
commun accord par tête les hommes étant imposés plus lourdement
que les femmes Ce sera 200 francs pour les hommes francs pour
chaque femme Le montant de la collecte permet de faire face aux
dépenses considérables des funérailles un membre du clan homme
ou femme vienne mourir le wsyi occupera de tout depuis achat
du cercueil au besoin le rapatriement du corps qui doit être ramené si
le décès est survenu hors du village natal étranger la
nourriture et aux boissons il convient offrir sans compter Les
dépenses seront en partie couvertes par les cadeaux apportés par les
habitants des environs venus prendre congé du mort et offrir leurs
condoléances est qui donnera le plus pour être glorifié plusieurs
femmes en même temps elles pleurent le mort chantent la généro
sité des visiteurs Quand tout est fini le wsyi fait ses comptes il
reste un surplus il le verse dans la caisse commune il constate un
déficit il en informe le lignage du mort qui répartira la charge entre
ses membres
Le chef du clan wsyi est pas son doyen ce est pas nécessaire
ment la personnalité la plus remarquable le plus intelligent le plus
travailleur le choix se portera de préférence sur un homme difficile
vivre qui soup onne tout le monde se plaint constamment de torts le
plus souvent imaginaires Il est celui qui nous embête le plus pour
reprendre les termes énergiques un informateur qui poursuit un
tel individu sera évidemment un chu qui possède le don de clair
voyance même de deviner les intentions cachées de chacun donc de
prévenir les projets envoûtement et de sorcellerie Or le rôle du
w- yi est de nous défendre anéantir ces menaces En autres
termes celui on nomme chef du W9 est un sorcier en puissance dont
il convient de prévenir les agissements en en faisant un chasseur de
sorciers Ajoutons que dans les croyances atié nul ne peut agir par
sorcellerie encontre un membre de son propre lignage Nom
mer un tel homme wsyi est donc faire coup double puisque la mesure
en neutralisant un individu dangereux mis dedans il est calmé
place ses talents au service de la collectivité désormais responsable
du bien-être de tous fier de hommage qui lui est ainsi rendu le wayi
veillera nuit et jour découragera les éventuels sorciers ruinera
leurs projets Mais malheur qui encourt son déplaisir Une fille du
clan qui choisit épouser un étranger et aller vivre au loin expose
la rancune de son wayi elle ne étonne pas de voir son ménage
dépérir ses enfants mourir un après autre en bas âge Enfin répudiée
par un mari las une épouse inutile son wsyi accueillera froidement
PREMI RE APPROCHE DES ATI 99

tu as désobéi je avais prévenue Il est persuadé et opinion


publique avec lui que la mort des enfants est son uvre Plus cruel
encore le wsyi qui attend pour tuer enfant que celui-ci arrive
adolescence On ne peut lui tenir rigueur un pareil meurtre car
est bien un meurtre il agit pour les Atié) il encourt aucun
châtiment le yi en agissant ainsi et bien en définitive il affai
blisse son lignage pas outrepassé ses droits Le cadet qui est
attiré son courroux ici la femme autre solution que implorer
son pardon assorti un substantiel cadeau Apaisé le yi consen
tira purifier le coupable en le lavant avec une eau contenant des
herbes avant informer les ancêtres dont il aurait été que instru
ment du pardon accordé de ordre rétabli Le yi est un prêtre-
magicien dont le rôle est de maintenir intégrité du clan nullement
un administrateur des biens communs
Ce rôle administrateur est assumé au niveau inférieur du lignage
par les doyens des différents lame dont la tâche répond celle un
administrateur fran ais chargé en 1955 de rédiger un coutumier atié
attribuait au wsyi est-à-dire au chef de clan
Chaque saison le wsyi répartissait les lopins de terre sur lesquels la commu
nauté se livrait sous ses directives aux cultures vivrières qui assuraient sa sub
sistance. Avec apparition des cultures industrielles le perdit pratique
ment tout droit de disposition sur la partie du domaine familial appropriée en
arboriculture et le membre de la communauté qui avait défriché une portion
de forêt pour planter du café ou du cacao en devint effectivement détenteur
permanent pour une si longue durée que peu peu la notion usufruit se confon
dit avec celle de la possession La coutume donnant occupant un droit absolu
aussi longtemps il continue exploiter le wsyi ne peut plus procéder une
redistribution ni une expropriation1

Ceci est exact si on substitue chef de lignage lameyi wsyi


chef de clan et si on précise que les répartitions depuis longtemps
ne sont plus annuelles les parcelles attribuées un membre du lignage
demeurent son lot sa vie durant Il les cultive le plus souvent aidé
de son fils mais ne peut en disposer ni de son vivant ni après lui le
patrimoine du lignage est incessible et ne peut être démembré sa
mort la plantation elle porte des cultures vivrières du cacao ou
des bananes passera aux mains un cadet de son matrilignage
frère consanguin ou utérin cousin maternel ou fils une ur elle
ira jamais son fils La désignation de héritier est oeuvre un
conseil de lignage qui réunit autour du doyen et de la femme la plus
âgée du groupe leurs cadets immédiats Les vieilles femmes souligne-
t-on sont les gardiennes véritables des traditions elles ont recueillies
de leurs mères et transmettent leurs filles les gar ons vivent moins

Paul Van den WIELE Inventaire général des coutumes civiles rurales et
commerciales près des populations atié manuscrit) Abidjan 1957-1958
100 DENISE PAULME

près de leur mère et les pères instruisent pas leurs ni affaires qui
ne les concernent pas
Le conseil du lignage groupe un certain nombre de pères de famille
chacun chef une cour safwa sur laquelle ouvrent divers bâtiments
qui abritent outre les épouses du maître de maison et leurs enfants
des dépendants éventuels Ces chefs de cour se trouvent eux et leurs
urs répartis sur deux ou trois générations tous se voient descen
dants une même aïeule ls et filles de urs ou de cousines dont le
degré exact de parenté est perdu La solidarité en demeure pas
moins entière intérieur du lignage Le clan le plus faible numé
riquement de Grand Alépé compte seulement trois chefs de cour le
plus important en groupe cinquante-quatre répartis entre huit lignages
et dont chacun se trouve la tête une famille patriarcale voir tableaux
pp 118-119)
Le lignage est connu par le nom de son doyen qui est aussi son
chef les compagnons de Gossan Yapo ou par celui de son prédé
cesseur immédiat aussi longtemps que persiste un souvenir qui efface
rait assez vite Le doyen ne décide pas seul autorité appartient ici
aux aînés frères et urs hommes et femmes ce sont les vieux qui
gèrent le patrimoine consentent des avances paient les dettes assurent
la redistribution des terres et des épouses la mort un membre du
groupe en tenant compte de la situation et des besoins de chacun
Rien ici de rigide ni de définitif un frère du mort déjà pourvu peut
voir la plantation du défunt attribuée un jeune parent éloigné qui
va se marier et besoin une terre cultiver La règle est en effet
que tout homme du lame re oive une terre il arrive âge de
prendre femme les produits cultiveront les époux assureront
leur nourriture Il est du devoir des aînés de veiller ce que chacun soit
pourvu il agisse un proche parent ou du fils une ur
peut-être mariée au loin et perdue de vue on efforce en ce cas de
faire revenir le neveu en lui promettant une terre Les affaires du
lame sont discutées par le conseil entier du clan wff) les anciens du
lignage intéressé exposent la situation soumettent leurs propositions
qui sont en général approuvées Il reste encore hui des terres
distribuer il est vrai éloignées le sentiment est qu il de la
place pour tous défaut de mâle de son rang une femme peut
hériter prendre possession une terre au nom de ses fils trop jeunes
ou même encore naître le lignage ne peut pas mourir Un homme
voyait-il son lignage menacé extinction pas de urs ou celles-ci
demeurées stériles il pouvait jadis recourir une fiction juridique
présenter comme ses neveux donc ses héritiers les enfants que
lui-même avait engendrés une esclave achetée cet effet La mesure
inverse observe hui une ur a-t-elle de nombreux enfants
le frère qui en pas demandé prendre chez lui un neveu qui aidera
PREMIERE APPROCHE DES ATIE

cultiver ses terres il traitera comme son fils mais qui précise-
t-on devenu fils doit renoncer rien espérer en tant que neveu
les deux statuts ne pouvant être confondus sur une même tête le
neveu vivre chez son oncle Toutefois les Atié sont passés maîtres
en art des compromis la mort du père et si rien ne
oppose pourquoi le fils ne se retrouverait-il pas neveu même
de recevoir en son nom personnel la terre que son travail mise en
valeur
Outre ses terres le lignage détient des bijoux en or habituellement
gardés chez son doyen chaque fille du lame aura le droit qui est
aussi un devoir de en couvrir au jour de ses noces pendant plusieurs
jours on la verra parader dans le village en compagnie de ses amies
entrant dans chaque cour pour proclamer la gloire des siens recevoir
compliments et cadeaux Le mariage consommé les bijoux regagne
ront leur resserre habituelle Il est naturellement pas question de
jamais vendre un tel héritage qui doit se transmettre intact
Enfin bien le plus précieux chaque lignage possède sa chaise
mbesia également conservée chez le doyen et qui sert autel pour
le culte des ancêtres Tous les lignages ne sont pas autorisés sortir
leur chaise en public le doyen qui ce droit apparaît dans les réunions
suivi un enfant qui porte la relique la foule écarte pour faire place
au vieillard Des sacrifices sont encore offerts sur la chaise mais que les
jeunes hui ignorent Tous les Atié se déclarant catholiques
protestants ou harristes je ai pu au cours de ce premier séjour
aborder étude des cultes traditionnels importance des chaises
comme symbole du pouvoir politique celle plus grande encore des
cannes pommeau or présentes dans certains lignages seulement
transparaissent dans institution des classes âge
Ses rapports avec extérieur mettent en évidence unité du lignage
la règle est de stricte réciprocité Les obligations individuelles impli
quent une responsabilité collective les dettes entre lignages ne étei
gnent jamais Accidentel ou volontaire homicide entraînait une
compensation sous forme jadis esclaves hier encore une somme
considérable 12 tas or Les rites toujours nécessaires et très coûteux
de purification des hommes et du village entier demeurent la charge
du lignage du meurtrier On explique la sévérité de certaines vieilles
femmes égard de jeunes gens neveux ou petits-neveux qui pour
raient en agissant de fa on inconsidérée ruiner le lignage tout le
moins lui porter tort si tu te conduis ainsi tu peux aller ailleurs
Menace grave car tout le système de sanctions qui soutient autorité
des aînés se résumerait en un mot protection entendue au sens
large laquelle droit chaque membre du lignage en tant que tel
mais que ses aînés retireront ils estiment offensés Le retrait peut
être muet parfois même inconscient prendre aussi la forme une
102 DENISE PAULME

malédiction De toute fa on la conséquence en est malheur maladie


ou mort du cadet
Si les maternels incarnent le principe autorité les enfants en
vivent pas moins chez leur père qui incombe la charge de leur éduca
tion enfant commet-il une faute légère le père en prend la respon
sabilité mais informe les anciens du lignage dans les cas graves
maladie ou faute sérieuse il doit les prévenir aussitôt Les rapports
entre père et fils sont en général harmonieux un homme aura plus
confiance en son fils en un neveu qui peut se cabrer sous les remon
trances Un homme malade préfère la visite de son fils qui en défi
nitive que peu de choses attendre de sa mort celle du fils une
ur il peut croire impatient de recueillir sa succession Naturelle
ment le thème comporte de multiples variantes individuelles mais en
règle générale les rapports intérieur du lignage apparaissent mar
qués une hostilité latente tout le moins une méfiance qui contras
tent avec les relations de père fils où attachement exprime avec
moins de contrainte sans toutefois que la confiance soit ici jamais
totale écart est trop considérable la mort de son père le
fils lui doit obéissance et respect travaillera pour lui il est resté au
village enfin non seulement ne lui désobéira pas mais efforcera de
prévenir ses désirs Dans une certaine mesure le fils demeure un
mineur aussi longtemps que vit son père
En remplissant ses obligations égard de son père en cultivant
des terres il espère pas garder le fils doit aussi jouer son rôle
comme membre de son lignage Jeune homme il rendra visite plus
souvent ses oncles maternels assistera aux discussions concernant
les intérêts du groupe il apprendra ainsi ses traditions la nature de
ses rapports avec les autres lignages les conflits anciens les inci
dents passés qui peuvent encore dicter le comportement de ses membres
dans telle circonstance De nouveaux motifs la fois économiques et
sociaux appellent hors de la cour paternelle où est écoulée son
enfance Son mariage est une affaire pour laquelle maternels et pater
nels témoignent un égal intérêt évolution récente de la dot va de
pair avec importance croissante de la relation père/enfants Jadis le
fiancé une fois accepté devait apporter durant plusieurs années ses
futurs beaux-parents des cadeaux en nourriture viande poisson
ignames en nombre chaque fois plus grand il pouvait emmener sa
femme lorsque le cadeau atteignait trente-deux têtes ignames on
le jugeait désormais en mesure de faire vivre son ménage grâce au
travail une terre il tenait de son seul lignage Le cadeau des
trente-deux ignames est demeuré mais côté est apparue une dot
dont le chiffre il une trentaine années excédait pas 35
40 francs CFA origine de la dot serait récente viendrait de habi
tude prise par le parrain ami intime du père chargé de veiller sur
PREMI RE APPROCHE DES ATIE 103

enfant au besoin de élever si le père venait disparaître offrir


lors de imposition du nom une somme relativement peu importante
25 francs en poudre or) destinée au mariage de son filleul elle
devait être remise au père de la fiancée en remerciement peut-on
supposer du soin pris par ce dernier une fille sur laquelle il renon ait
désormais exercer aucun contrôle La dot beaucoup augmenté elle
atteint hui 25 ooo francs en dépit efforts pour la limiter
500 francs Le jeune homme ne serait pas en mesure de fournir seul
une pareille somme mais il ne doit attendre aucune aide de son
lame car une telle obligation est pas inscrite dans le cadre des charges
traditionnelles est donc son père qui lui vient en aide et verse seul
si oncle maternel contribue est un geste spontané une somme
dont le père de la jeune fille dispose en principe son gré en fait il
en remettra une partie au lame de sa fille offrira quelques cadeaux ses
urs tantes paternelles de la fiancée En cas de divorce la somme ne
serait pas remboursée il semble que le mari éprouve quelque gêne
exiger un dédommagement autre part qui adresserait-il Le
père est plus concerné par les actions de sa fille elle est sortie de sa
cour le doyen du lame objecterait il rien re
Le rôle du père prend chaque jour plus importance éducation
des enfants ne représentait jadis une charge insignifiante aujour
hui le fils qui fréquente école aide pas son père aux champs
aussi celui-ci montre-t-il souvent peu empressement envoyer
en classe une intervention de oncle est parfois nécessaire enfant
saura tirer parti du désaccord pour agir sa guise Le jeune homme
veut-il poursuivre ses études fréquenter université est son père
peut-être aidé de ses propres frères et urs qui assurera son entretien
au terme une scolarité parfois longue lui donnera ensuite
les moyens de établir Mais pas plus que le fils ne peut hériter du père
une terre que celui-ci tient de son lignage le père ne saurait recueillir
la succession de son descendant Un vieillard me disait son amertume
il avait vu les maternels de son fils brillant fonctionnaire
enlevé par la maladie emparer un mobilier que lui-même avait
payé il avait fallu trois camions pour tout enlever sa femme était
opposée ce il gardât seulement un buffet exigeant que tout aille
aux maternels Il est néanmoins des accommodements le fils entrera
sans difficulté en possession de la plantation aménagée par son père
sur une terre obtenue encore inculte un village plus éloigné plantée
intention peut-on croire de ce fils Deux régimes successoraux
coexistent ainsi situation sans doute provisoire1 mais qui risque de
durer quelque temps on ne signale aucune vente de terrain dans la

Un décret promulgué en octobre 1964 institue en Côte voire le régime


successoral fran ais Un délai de trois années est laissé pour son application
104 DENISE PAULME

région ïAlépé le patrimoine des lignages est ici demeuré


intact un homme endette mette en gage la plantation il
tient de son lignage celui-ci en la personne de son doyen interviendra
pour se substituer au créancier Les différences de fortune entre lignages
se sont donc accentuées selon les agissements de leurs membres respec
tifs il est hui des lignages fort riches autres qui le sont
beaucoup moins

CLASSES AGE fokwe

Les principes de la parenté et de alliance ne commandent pas


toutes les structures sociales des Atié Le même souci équilibre qui
oppose aux maternels influence du père donne la parole aux jeunes
contre leurs aînés un homme atié se définit par sa classe âge fokwe
non moins que par son lignage intérieur du village que par son
village il aborde une autre communauté Et si les lignages sont
matrilinéaires le recrutement des classes âge obéit un principe
patrilineaire ce est pas son âge physique qui détermine la classe
laquelle un homme appartiendra toute sa vie mais la classe de son
père toujours différente de la sienne propre)
Pour autant que nous sachions nos connaissances en ce domaine
sont déplorablement incomplètes) les sociétés lagunaires distinguent
quatre classes âge efwa en abouré qui partagent le village en deux
moitiés inscrites sur le sol Ainsi chez les Abouré le quartier Kumasi
toujours situé ouest est occupé par les Taba qui alternent avec les
Nowe alors que les Bêle auxquels succèdent les Bruswe tiennent le
quartier Benini est Soit la disposition

KUMA W. BENINI

Taba Bele

Nowe Bruswe
Taba Bele

Jadis lorsque les précédents Taba ne comptaient plus que dix


vingt membres les nouveaux Taba démolissaient et reconstruisaient
au même endroit un nouveau quartier portant le même nom les
demeures devaient accompagner leurs habitants dans autre monde
les villages outre-tombe se construisaient au fur et mesure ils
disparaissaient ici-bas1

Niangoran BOUAH Le Village abouré Cahiers tudes Africaines


pp 113-127
PREMIERE APPROCHE DES ATIE 105

Le système des Mbato voisins immédiats des Abouré comme des


Atié les Mbato sont environ ooo qui occupent une dizaine de
localités) est un peu différent Là encore le village comprend deux
quartiers chacun occupé par deux classes gie fio le haut du village
étant le domaine des Monakua et des Bresue le bas celui des Dugbo et
des Niando Les Mbato en donnant ces indications tiennent toujours
préciser que les Monakua sont les pères des Niando comme les Dugbo
sont les pères des Bresue Le recrutement est donc patrilineaire
autre part si le père habite le haut du village son fils rejoindra
nécessairement le bas soit la disposition

Haut du village Bas du village

Monakua Dugbo

Bresue --- Niando

Monakua -- Dugbo

Ici comme chez les Abouré chaque classe âge lors de son initia
tion démolissait les vieilles demeures encore debout et reconstruisait
son quartier
Les Atié en gardant le souvenir une division en quatre généra
tions en observent que trois Niando Dyigbo Bresue on recon
naît les désignations mbato) toujours présentes et qui se répètent
indéfiniment Pour reprendre leurs propres termes les Niando sont
les pères des Bresue les Dyigbo sont les pères des Niando informa
teur mentionne parfois existence des Monakua la quatrième classe
mbato le terme désigne alors les vieux qui ne participent plus
la vie active du village
On traduira ce système cyclique ainsi la classe des pères est sépa
rée de celle des fils par une classe intermédiaire les pères
étant séparés de leurs fils par une classe intermédiaire Les
membres de la classe intermédiaire doivent se comporter égard
de leurs aînés immédiats comme des apprentis égard de leurs
patrons par la suite eux-mêmes devenus patrons pourront
infliger aux apprentis ils auront la charge et le privilège
initier des brimades comparables celles endurées lors de leur
propre initiation pourront ainsi se venger des pères sur les fils
ils seront toutefois surveillés par les pères dont ils demeurent
les apprentis et eux-mêmes oseront pas infliger de trop cruels
sévices en songeant initiation de leurs propres fils La réciprocité
est totale
TOO DENISE PAULME

Ni aura pour nis Bi


Di N2
Bi D2
N2
D2 N3
>3
etc

FIG

Ce très simple graphique fait apparaître sous-j acente la division


en trois classes la présence de deux moitiés patrilinéaires qui alternent
sans jamais se confondre La répartition de la population masculine ne
serait donc pas chez les Atié essentiellement différente de celle ob
servent leurs voisins riverains des lagunes Ajoutons que les trois
classes et donc les deux moitiés se partageaient autrefois non seule
ment le village mais le pays entier les classes portant les mêmes
noms et constituées la même époque se retrouvent plus ou moins
bien conservées sur toute étendue du territoire occupé par les Atié
Ainsi tout homme connaît une double appartenance il se situe
socialement comme étant la fois du lignage ou du clan de sa mère
et de la moitié de son père celle-ci désignée par le seul nom de la classe
de intéressé Le lignage est une catégorie spatiale les terres du village
PREMIERE APPROCHE DES ATIE 107

sont réparties entre les lignages la moitié est catégorie un temps


con comme cyclique la sortie une nouvelle classe les jeunes
Niando par ex. N2) leurs homonymes plus âgés les vieux Niando
Ni se réjouissent nos rempla ants sont là nous pouvons mourir
Mais ces rempla ants sont toujours de la moitié opposée paire si leurs
homonymes appartenaient la moitié impaire
En gardant son nom chaque classe au cours de son existence rem
plira trois rôles successifs elle sera abord la classe des ls leurs
pères commandent le village) puis la classe intermédiaire dont la
principale occupation était jadis la guerre est-à-dire les raids contre
les voisins enfin celle des pères qui exercent le pouvoir Aucun
terme particulier ne désigne ces rôles que la classe remplissait durant
environ seize ans chacun soit la durée qui sépare une initiation de la
suivante La classe demeure donc en activité == 48 ans environ
Tous les seize ans une nouvelle classe est constituée Dyigbo après les
Niando Bresue après les Dyigbo Niando après les Bresue la classe
qui la précède change de rôle et devient la classe intermédiaire les
membres de celle-ci cessent être des guerriers pour devenir les
hommes mûrs qui vont assumer pendant seize ans la direction des
affaires du village Leurs aînés immédiats dont le nombre déjà
beaucoup diminué effacent la mort ne tardera pas prendre les
survivants
Mais une classe ne disparaît que pour renaître le moment où les
vieux Niando quittent la scène publique ils ont occupée durant
quarante-huit ans est aussi celui qui marque apparition des jeunes
Niando Ainsi les trois classes sont-elles toujours présentes simultané
ment et dans ordre immuable Niando Dyigbo Bresue Niando
Dyigbo Bresue. Le cycle sera complet une révolution achèvera
avec la septième initiation celle de arrière-petit-fls qui se situe
i6 == 96 ans après celle de aïeul dont étant de la même moitié
le descendant retrouve emplacement Niando si aïeul était
Niando Jadis un vieillard qui vivait assez longtemps pour assister
événement on supposera il était né après initiation de sa classe)
il en exprimait le désir et en avait encore la force pouvait se sou
mettre aux mêmes épreuves que les enfants dont il redevenait
égal Pratique aberrante aux yeux informateurs qui la mention
nèrent avec un sourire indulgent indication précieuse pour observa
teur dans le cas du mariage patrilatéral est-à-dire de la forme
union jadis préférentielle le descendant la troisième génération est
issu la fois du ls du fils et de la fille de la fille est dire il repro
duit le plus fidèlement possible son aïeul cf fig aussi bien du
point de vue de la filiation que de celui des classes âge
première vue on supposera que la formation de sa classe en
-donnant au fils le statut adulte social renforce le lien entre père et
I08 DENISE PAULME

ls puisque la classe du père décide de celle du ls La réalité est plus


complexe comme le mariage éloigne la fille de la demeure paternelle
initiation marquait jadis le départ du fils qui allait rejoindre ses
camarades de promotion extrémité du village où les jeunes gens
construisaient leurs habitations Le village atié tout en longueur
comporte encore hui trois quartiers dont chacun milieu
yaya haut fö bas dzo était jadis réservé une classe âge les
pères occupaient le milieu de agglomération la classe intermédiaire
tenait le haut le bas était le domaine des fils Tout Atié il parve
nait un âge assez avancé résidait successivement dans chacun de
ces quartiers au cours de sa vie adulte au sortir de enfance il allait
habiter le bas il quittait pour le haut il prenait dans le
lignage la place un aîné dont il venait occuper la maison en même
temps il recueillait les terres le passage du haut du village au
milieu répondait un souci de même ordre avait lieu au décès un
ancien du lignage Ainsi le fils né chez son père quittait la cour
paternelle en devenant un homme pour suivre la distance une
génération un parcours identique qui le menait du bas du village
au haut puis au milieu il terminait ses jours dans une demeure voisine
de celle où il avait grandi mais toujours différente le lignage du fils
étant pas celui du père Sur la foi de ces seules indications intégra
tion apparaît plus complète que chez les Mbato ou les Abouré où
chaque classe avait son quartier distinct de celui du père et en
bougeait pas
La durée qui écoule entre deux initiations serait environ seize
ans Elle peut toutefois être allongée une ou deux années pour des
motifs intérêt général Dans les trois agglomérations voisines de
Grand Alépé Montezo et Memni les dernières initiations ont eu lieu
en 1909 ou 1910 Bresue) 1926 Niando) 1944 Dyigbo) enfin 1960
Bre ue)
intérieur de la classe fokwe les fils un même père sont répar
tis en cinq sous-classes bie pl bleso)2 qui correspondent ordre de
naissance et dont les noms sont immuables Gyevü ogba Bunta
Asungba Agbri La regle est simple deux frères sont de méme fokwe
et de bie différents égalité absolue qui doit régner entre compagnons
de même bie étant incompatible avec les rapports entre frères qui

En 1904 un missionnaire note que toute agglomération atié une


certaine importance est divisée en trois parties bien distinctes le village des
anciens celui des hommes mûrs et celui des jeunes gens dont chacun possède son
chef propre et son administration particulière GOR JU La Côte Ivoire
chrétienne Lyon 1912
Les Abouré observaient également une division tripartite les deux quartiers
Kumasi et Benini étant séparés par les demeures des chefs de clan toujours
situées au milieu de agglomération
Bie sous-classe cf en mbato giefio classe le fokwe atié)
PREMIERE APPROCHE DES ATIE log

1895.1910 19 O-1926 1926-1944 1944-1960 1960


Enfants

Jeunes gens
initiation mt

Guerriers ül::

Hommes mûrs û:;;;::. é:.

Vieillards

FIG

Les initiés en 1895 jeunes gens de 1895 1910 guerriers de 1910


1926 hommes murs de 1926 1944 ont cessé être en activité après 1944
Les initiés en 1910 ont cessé être en activité après 1960
Les initiés en 1926 exercent le pouvoir depuis 1960 date de ini
tiation de leurs fils

établissent toujours aîné cadet donc aux yeux des Atié de


supérieur inférieur aîné étant Gyew son frère cadet est Tsogba
le troisième fils Bunio le quatrième Asungba le cinquième Agbri1 Un
sixième fils sera du fokwe suivant mais il faut lui supposer cinq frères
vivants Il arrive aussi un jeune homme refuse la sous-classe qui
devrait être la sienne Gyewff il est fils aîné pour rejoindre celle
toujours inférieure un ami dont il ne veut pas se séparer ou peut-
être le père souhaite-t-il voir son fils faire partie du même bie que lui
être Tsogba ou Bunio si lui-même ressortit cette catégorie En ce cas
les fils puînés seront de bie et peut-être même de fokwe inférieurs
autre part deux hommes nés la même année mais dont les
pères ne sont pas de même classe rejoignent desfokwe différents Parmi
ses 170 chefs de cour Grand Alépé comptait en 1964
Dyigbo vieux Dyigbo initiés entre 1890 et 1895
24 Bre ue vieux Bre ue en 1909 ou 1910
92 Niando en 1926
45 Dyigbo en 1944
Bre ue en 1960

Bien entendu la règle est valable que pour les fils un même père
Deux frères utérins dont les pères ne sont pas de ra.è me fokwe seront eux-mêmes
de classes différentes Deux jumeaux seront de bie différents aîné étant venu au
monde le dernier donc raisonne-t-on con le premier
110 DENISE PAULME

Des cinq vieux Dyigbo survivants le doyen serait né en 1880 son


cadet immédiat en 1885 les trois autres en 1890 seul le premier aura
pu prendre part épreuve de initiation Le doyen des vieux
Bresue initiés en 1909 ou 1910 serait né en 1885 donc plus âgé au
moins trois Dyigbo ses patrons Enfin le doyen des Niando dont
initiation remonte 1926 serait né lui aussi en 1890 donc de même
âge physique au moins trois de ses pères survivants vieux
Dyigbo Certes les dates de naissance portées sur les recensements
appellent les plus grandes réserves les informateurs en sont pas
moins accord pour attribuer le même âge physique six hommes
dont la date de naissance officielle est 1890 mais dont trois sont Dyigbo
deux Bresue un Niando
Théoriquement âge de initiation se situerait entre 24 et ans
le père ayant alors au plus 56 au moins 40 ans Donc
Les vieux Bresue initiés en 1910 devraient être nés entre
1886 et 1902 mais aîné des survivants est né en 1885 le plus jeune
en 1907 ils avaient donc en 1910 respectivement 25 et ans
Les Niando initiés en 1926 auraient dû naître tous entre
1902 et 1918 en fait les 92 survivants sont nés entre 1890 et 1930 ils
ont subi épreuve un âge allant de 36 ans pour aîné ans
pour le plus jeune
Enfin les Dyigbo initiés en 1944 devraient être nés entre 1918
et 1934 mais leurs dates de naissance vont de 1900 1935 ils avaient
donc de 44 ans lors de épreuve
Ces anomalies ne troublent un observateur étranger Elles
sont au contraire bien accueillies des Atié auxquels on les souligne
ils estiment en effet que le passage des responsabilités en trouvera
facilité les aînés de la classe intérieure pouvant être initiés aux acti
vités de leurs patrons et notamment la direction des affaires
publiques alors eux-mêmes ne sont encore que des apprentis de
la classe intermédiaire
Le système pour être viable en implique pas moins un minimum
comme un maximum écart entre âge du père et celui de ses fils
La distance moyenne optima étant de 16 =32 ans avec une
marge de ans les âges devraient être les suivants au moment
une initiation
anciens qui effacent ..... plus de 56 ans
pères ................... de 56 40 ans
classe intermédiaire ......... de 40 24 ans
fils ..................... de 24 ans

Peut-on imaginer un homme jadis aurait pas été autorisé


se marier plus précisément procréer avant initiation de la classe
qui suit la sienne soit avant âge minimum de 24 ans Et il était
PREMI RE APPROCHE DES ATI 11

censé ne plus avoir de ls partir du moment où sa classe accédait la


troisième fonction est-à-dire partir de 56 ans pour les uns de
40 ans pour les autres Une réglementation stricte est difficilement
concevable il toujours dû exister avec une certaine tolérance des
cas exception faisant un enfant aîné au point de vue social de
gar ons physiquement plus âgés Mais autre part on ne voit pas
comment ce système fonctionnerait sans un certain contrôle des
naissances

Niando Dyigbo ou Bres-ue chaque classe âge du village possède


quatre chefs dits fokwe meyi ou fokweyi pi fokweyo toujours pris
dans les mêmes clans soit pour Grand Alépé deux chez les un chez
les Dzo un chez les et intérieur de ces clans dans les seuls
lame possédant une canne pommeau recouvert de feuilles or si le
recrutement des classes obéit au principe patrilineaire les charges
intérieur de organisation se transmettent en ligne maternelle et
demeurent le privilège de certains lignages qui détiennent ainsi ou
retrouvent le pouvoir politique Le système est cependant pas rigide
car intérieur des quatre lignages privilégiés il reste presque toujours
une possibilité de choix entre plusieurs candidats dont on pèse les
mérites respectifs La désignation est uvre des responsables de la
classe précédente les patrons mais ceux-ci ne nommeront pas
les fokweyo sans avoir consulté leurs parents le père peut encore inter
venir ici suggérer on prenne par exemple le cadet plutôt que
aîné nouveau sujet de discussion qui rapprochera paternels et
maternels si leurs choix coïncident nourrira un nouveau grief ils ne
accordent pas Les quatre fokweyo se consultent pour régler les
affaires de la classe en général répartir les travaux qui lui incombent
tels que la construction une nouvelle école ou la réfection des routes
ou encore si la classe besoin argent pour une fête ou un festin
qui emprunter Ils doivent en outre être informés de ce qui concerne
chacun des membres de la classe que celle-ci défendra contre tous
un homme tombe-t-il malade deux de ses camarades de bie de sous-
classe se relaieront auprès de lui ne le quitteront pas au besoin inter
diront aux membres de son lignage approche du malade si on
soup onne un empoisonnement ou un recours la sorcellerie les deux
modes action demeurant indistincts
Des quatre fokweyo un le pas sur les autres est comme le
président et ses ministres On le nomme tel parce que généreux
intelligent homme de décision et de sang-froid opinion publique voit
en lui le futur chef du village Mais il ne sera promu cette dignité
après un long apprentissage lorsque sa classe accédera au troisième
rôle celui des pères il ait pas donné entière satisfaction la
préférence ira un homme plus jeune dont par exemple hui
112 DENISE PAULME

les relations dans les ministères peuvent être utiles la communauté


peut-être même le nouveau chef ne sera-t-il pas pris dans un des
lignages canne or si sa nomination impose Ennn même entré
en fonctions le chef du village peut être destitué tout instant il
suffit une fois la décision prise par le conseil du village un coup de
feu tiré dans la cour du nouveau dignitaire
côté des fokweyo les chefs de guerre safwe sont au nombre de
huit raison un pour la première sous-classe Gyew un pour la
dernière Agbri) deux pour chacun des trois bie intermédiaires
Les safwe sont choisis dans les seuls lignages qui ont le droit aux jours
de fête de sortir en public la chaise mbesia conservée chez le doyen
et servant autel pour le culte des ancêtres Ces lignages ne se confon
dent pas avec ceux canne or qui fournissent les fokweyo Les
safwe ont pour attribut un bonnet en peau de panthère et un sabre
ils brandissent dans la danse du fokwe
Le conseil du village comprendra nécessairement ces dignitaires
soit les quatre fokweyo et les huit safwë durant le temps où la classe
exerce le pouvoir est-à-dire la période qui va de initiation de ses
ûls initiation suivante après laquelle la classe entière des pères
efface prend sa retraite Le conseil peut en outre faire appel tout
habitant du village même pris dans la classe précédente ou dans la
suivante patron ou apprenti dont les qualités personnelles le
bon sens de un les dons orateur un autre sont jugées utiles au
bien public En respectant ordre matrilinéaire et la prééminence de
certains lignages le système garde donc une grande souplesse tient
compte et fait usage des mérites de chacun permet tous de participer
activité du village
Les autres charges qui se transmettent une classe la suivante
toujours en ligne maternelle et sont donc la propriété de certains
lignages sont celles des musiciens joueurs de tambour de cloche de
flûte traversière et de hochets-sonnailles dont les instruments soutien
dront la parade du fokwe chaque année pour la fête des ignames
nouvelles et aux funérailles un membre de la classe
Deux fonctionnaires enfin sont choisis sans considération de
lignage le crieur public désigné pour sa voix et le porte-canne sorte
de chef du protocole eminence grise qui assiste le chef accompagne
dans ses déplacements lui sert interprète ou de truchement on
choisit un homme qui parle bien

Dans le terme atié de saf qui désignait jadis le capitaine de la


classe âge hui son héros homme en qui incarnent les
vertus viriles et idéal masculin il doit être grand fort la fois
corpulent et bon danseur on retrouve sans mal le safuhm fanti offi
cier responsable une des compagnies dont ensemble formait Yasafo
PREMI RE APPROCHE DES ATI 113

est-à-dire armée organisée sur les mêmes principes dans toutes les
sociétés akan ashanti fanti gä Chaque tat comptait de deux
vingt-cinq semblables compagnies Le fokwe atié fokwe so les hommes
du fokwe trouve vraisemblablement son origine dans Vasafo akan
sa guerre fo hommes) dont le mode de recrutement est le même
patrilineaire donc contraire ordre matrilinéaire de succession aux
biens et notamment la terre théoriquement chaque homme
rejoint Vasafo il est âge porter un fusil. organisation
fonctionne maintenant comme une sorte de service des Travaux
Publics se réunit chaque fois on fait appel un certain nombre
hommes pour les besoins de la ville
Un auteur lui-même akan3 explique un ls appartient Vasafo
de son père de la même manière il fait partie de Vebusua est-à-
dire du clan de sa mère ws en atié Pour justifier apparente
anomalie un recrutement patrilineaire les Akan font observer que
la mère ne saurait transmettre de vertus guerrières son fils le
crabe engendre pas oiseau Le safuMn poursuit le même auteur
doit être un homme intrépide. Il porte un fouet un fusil une car
touchière et un sabre Le sabre est demeuré attribut du safwë atié
il le brandit dans la danse du fokwe celle-ci ayant survécu aux expé
ditions de chasse aux têtes dont elle célébrait jadis le retour victorieux
Il semble que ce soit chez les Gâ est Accra que les principes
commandant la composition de Vasafo se soient le mieux conservés
Mais les Gâ eux-mêmes auraient au départ copié le système fanti
et les modes de recrutement de Vasafo comportent selon les tats
parfois selon chaque ville des variantes comparables celles qui dis
tinguent les classes âge une société lagunaire autre Ainsi la
ville de Nungwo compte deux compagnies dont une groupe les pères
autre les fils les petits-fils rejoignant la compagnie de leur grand-
père car le petit-fils le même kla que son grand-père hérite
ce titre du courage de son aïeul comme il hérite de ses armes et peut-
être de son grade il en est digne Field voulant décrire les
compagnies militaires des Gâ ne trouve ailleurs pas de meilleur
parallèle que des classes âge dont la première réunirait les adoles
cents partir de 15 ans la plus élevée les hommes trop âgés pour faire

Fokwe Le terme peut être pris dans des sens différents Selon le contexte
il désignera ensemble de organisation les trois classes une des
trois classes ou la danse guerrière privilège de la classe inférieure
les ni le tambour qui rythme cette danse en abouré fakwe danse
guerrière)
La même observation
DE
FIELD
GRAFTSocial
appliquerait
JOHNSON
Organization
Theau Fanti
o/thè
fokwe Asafu
Ga
atié
People
Africa
Londres juillet
1940 1932
92
pp 307-322
FIELD op t. pp 129-130 Kla souffle principe spirituel
114 DENISE PAULME

la guerre La progression serait la suivante aussitôt un nis est


âge entrer dans la classe de son père celui-ci passe dans la classe
supérieure car il serait impensable un ls entraîne avec son père
La classe du ni est donc fonction de celle du père sans jamais se
confondre avec elle le même principe commande encore tout le
système atié Lasafo de Jamestown comprend quatre groupes au
départ classes âge mais qui ne correspondent plus guère une telle
dénomination origine les hommes les plus âgés auraient formé un
premier groupe leurs fils aînés un deuxième les cadets un troisième
enfin une quatrième classe aurait réuni tous les autres fils mesure
un vieillard mourait son fils aîné montait une classe pour le
remplacer le deuxième fils prenait la place du premier le troisième
celle du deuxième Après quelques morts et quelques promotions on
con oit que chaque groupe ait réuni des hommes âges très divers
Le souvenir une telle répartition demeure sensible dans les sous-
classes atié entre lesquelles les frères sont distribués aîné ayant
toujours le pas sur le plus jeune La montée en grade disparu un
homme appartient toute sa vie la même classe mais le changement
de résidence du bas au haut puis au milieu du village va de pair
avec les rôles successifs que la classe est appelée remplir
Il semble bien un système comparable ait jadis existé chez
tous les lagunaires les Ebrié connaissent encore quatre classes patri-
linéaires comportant chacune quatre sous-classes les Abouré quatre
classes et quatre sous-classes les Mbato quatre classes et cinq sous-
classes2 On retrouve également chez tous ces peuples la même disposi
tion des villages faits une seule rue que flanquent parfois aujour-

FIELD op cit. 168


Chez les Ebrié initié en 1942 classé Blessué dongba demeurera
toute sa vie un blessué dongba il participera en cette qualité avec ses compa
gnons de groupe et de classe aux pratiques de secours mutuel intérieur comme
aux tâches assumées au bénéfice de la collectivité villageoise. Autrefois tous les
16 20 ans de grandes réjouissances marquaient la formation complète des
quatre groupes une classe BOUSCAYROL Notes sur le peuple ébrié
BIFAN 1949 pp 382-408 De même chez les Abouré un homme sera sa vie
durant Taba Atible ou Bruswe Bawuîé chez les Atié il sera Bresue Gyewe ou
Niando onto Les correspondances établiraient ainsi
EBRI ABOUR MBATO ATI
Classes Blessué Bruswe Bresue Bresue
Niando Nowe Niando Niando
Dougbo Bêle Dugbo Dyigbo
Tiagba Taba Monakua
Sous-classes Diehou Atible Dyewo Gyews
Dougba Bawule Tyagba Tsogba
Agban Jamiä-Mälimbe Mundone Bunto
souhrou Jämiä Adyehua Asungba
Ataba Agbri
PREMI RE APPROCHE DES ATI 115

ïhui deux rues parallèles) avec la distinction entre haut et bas


chaque quartier traduisant habitat une classe qui reconstruisait
son quartier lors de sa formation1 Mais partir des mêmes principes
généraux chaque société pour autant que nous sachions aura élaboré
une formule différente lui permettant de se distinguer de toutes ses
voisines

la différence des Ashanti des Agni des Baoulé dont ils se disent
les parents plus ou moins éloignés les Atié ne sont jamais parvenus
constituer un tat organisé leur système politique ne dépasse pas
le niveau local chaque agglomération entend garder son autonomie
Trouverait-on ailleurs en Afrique un système politico-domestique
comparable où le principe une double filiation certaines qualités
étant héritées de la mère et autres se transmettant de père en ni
se combine avec une distribution des mâles adultes en classes âge
ayant chacune son rôle distinct
Classes âge filiation bilinéaire cités indépendantes on songe
aux Yako du sud-est du Nigeria dont Forde décrit plusieurs
reprises organisation cultivateurs sédentaires les Yako comme les
Atié observent une double descendance vivent dans de grosses agglo
mérations mais beaucoup plus importantes Umo en 1935 comptait
près de il ooo habitants) enfin connaissent des classes âge2
Les ressemblances arrêtent là car ce sont les patrilignages qui
détiennent les terres chez les Yako les matrilignages jouant semble-
t-il un rôle surtout religieux leurs chefs contrôlent un culte qui pré
serve la fertilité du sol La résidence après le mariage étant virilocale
les intérêts du ménage ne opposent pas ceux du lignage un homme
yako est pas pris entre ses devoirs égard du groupe où il est né

administration fran aise ne comprenant pas quoi correspondait la


destruction de tout un quartier par la nouvelle classe âge interdit la cou
tume aux alentours de 1910 Elle serait de toute fa on tombée en désuétude avec
usage qui est répandu de construire en dur Les fils demeurent hui
aux côtés de leur père ou bâtissent leur maison sur emplacement de leur
choix
Dans la région Adzopé où initiation ne se pratique plus le souvenir
de la division du village en trois quartiers survécu mais la raison première
en est perdue les quartiers traduisent habitat un clan ou la distinction
entre aînés et cadets les fils aînés Gyews occupant par exemple le haut leurs
cadets Tsogba le bas ou le milieu les plus jeunes rejoindront leurs aînés
immédiats ou se fixeront auprès des plus âgés La distinction entre aînés et
cadets mieux résisté que la classe patrilineaire qui disparu avec sa fonction
guerrière
Daryll FORDE voir notamment Kinship in Umo American Anthro
pologist 41 oct.-dec 1939 pp 523-553 Government in Umo Africa 12
1939 pp 129-162 Ward Organization among the Yako ibid. 20 1950
DENISE PA LME

et le souci assurer avenir de ses ni Un tel conflit est au centre des


foyers atié Il est vrai que endogamie pratiquée au niveau du village
le rend moins aigu en multipliant les liens de parenté elle permet
souvent de trouver une compensation qui ménage les intérêts et
amour-propre de chacun Toute succession atié ouvre pas moins
une période difficile le fils devant abandonner les plantations pater
nelles dont il assumait pratiquement entretien au profit un
neveu qui ne en était alors jamais soucié ne serait-ce que par
bienséance il paraîtrait souhaiter la disparition de son oncle il
agissait autrement)
La filiation intervient pas dans le recrutement des classes âge
yako le seul élément pris en considération est âge physique un
intervalle de quatre ou cinq ans étant observé entre la constitution de
deux classes dont les noms alternent indéfiniment Si le nombre an
nées qui les séparent est supérieur ce chiffre deux frères appartien
dront des classes différentes alors que chez les Atié les fils un
même père quel que soit écart entre eux normalement sont de même
fokwe On ne trouverait donc pas trace en pays yako de la division en
deux moitiés jadis inscrite dans la disposition des villages chez les
Abouré et les Mbato sous-j acente chez les Atié
est toutefois dans le rôle des classes âge que la différence serait
la plus sensible Chez les Atié ce rôle est de premier plan dans le
domaine politique chaque classe et donc chaque moitié patrilineaire
exer ant le pouvoir pendant seize ans intérieur de la classe les
chefs ne peuvent être pris que dans certains lignages privilégiés matri
linéaires Dans quelle mesure la méfiance qui colore les rapports
intérieur du matrilignage trouve-t-elle ici exprimer les cadets
attendant le moment où ils imposeront leurs volontés mais dès ils
accèdent au pouvoir conscients de la durée limitée de leur règne
et peut-on supposer soucieux de ménager en la personne de leurs
successeurs immédiats des apprentis qui sont aussi les patrons
de leurs fils Il faudrait pour répondre connaître le détail de la chro
nique villageoise pour un nombre années suffisant est-à-dire plu
sieurs générations Chez les Yako chaque classe se borne exécuter les
tâches intérêt général qui lui sont assignées par les pouvoirs publics
et dont accomplissement est surveillé par des fonctionnaires spéciaux
Les classes sont une réserve de main-d uvre la disposition des
chefs elles ne jouent pas de rôle politique Leur activité est grande
surtout entre 18 et 30 ans partir de cet âge importance de la
classe efface devant celle des sociétés secrètes qui sont au nombre
de six ou sept pour agglomération Umor Tout homme le droit
qui est aussi une obligation remplacer un parent la mort un
membre de la société contraint ses proches paternels ou maternels
fournir un successeur en payant un droit entrée parfois très élevé La
PREMI RE APPROCHE DES ATI 117

direction des affaires du village se trouve finalement aux mains des


dignitaires de ces sociétés qui sont aussi les hommes les plus riches
Du fait de divisions et de regroupements constants quartier
village et groupe de villages yako sont habités par de nombreux
lignages dont autonomie disparu devant des formes nouvelles
association Ce sont ces associations qui exercent hui admi
nistration et la justice sans considération des liens de parenté On ne
saurait en dire autant des Atié chez qui attitude égard un homme
intérieur du village est dictée la fois par son lignage et par sa
classe âge est-à-dire par sa double filiation extérieur un Atié
annonce par sa classe âge qui lui assure hospitalité et le soutien
de tous ceux qui en sont
Les Atié pas plus que leurs voisins lagunaires ont jamais enduré
de pouvoir politique supérieur celui du village Doit-on voir là une
conséquence du système des classes âge où la durée du règne de
chaque classe est connue avance La rivalité qui oppose de fa on
quasi rituelle une classe celle qui la précède comme celle qui lui
succédera pourrait fournir une explication qui ne serait ailleurs pas
la seule tout changement de classe amenant ou laissant présumer un
changement orientation dans la direction des affaires publiques on
voit mal comment aurait pu se dégager le principe une continuité
nécessaire organisation des classes a ait pour but initial jadis
prépondérant de former des guerriers durant seize ans les jeunes
gens se préparaient des coups de main qui durant les seize années
suivantes allaient être leur unique souci Une nouvelle classe était
autrefois officiellement reconnue après une expédition au retour de
laquelle le safws portait la tête un ennemi pendue sur sa poitrine
depuis interdiction de la chasse aux têtes la classe des apprentis
prouve sa valeur en arrachant leurs tambours ses patrons au cours de
la danse du fokwe Ceci en contradiction absolue avec les règles habi
tuelles de comportement selon lesquelles les jeunes doivent incliner
devant leurs aînés accueillir sans murmurer semonces et décisions en
apparence les plus capricieuses De leur côté les anciens acceptent
pas sans lutte de se voir dépossédés au cours de intronisation une
nouvelle classe âge on assure que les vieillards de même classe
nominale que les néophytes et donc de moitié opposée Ni si ceux-ci
sont N2 creusent des trous en diable est-à-dire invisibles pour
faire tomber les enfants Voyez ils ne savent pas danser Mais
parler simplement de vieux et de jeunes serait insuffisant la position
occupée par chaque classe et chaque sous-classe est la source un
statut particulier Une fois la classe formée les dénominations suffisent
pour exprimer les différences et préciser âge social de chacun Une
classe se trouve au niveau le plus bas lors de sa formation son statut
avec lui son influence et son prestige croîtront avec les années pour
LIGNAGE est né en 1880
i895
1919 234
1914
1921
1927
927
1928
Doyen du lignage ==
Femme la plus âgée merede et

LIGNAGE II
et ont été les chefs du
lignage avant actuel
serait né en 1899

1922
1910
1918
zx 1914
Femme la plus âgée == mère de mais elle est
senile sa ur mère de 8) la supplée

LIGNAGE III
serait né en 1917
1913
19
1928
1934
Chef du lignage
La mère de est la doyenne de
tout le village

LIGNAGE IV
serail né en 1892
é897
1919
1912
1915
1915
Chef du lignage

Grand Alépé clan Com


Les numéros correspondent chacu
LIGNAGE Les seuls
chefs de cour sont
né en 1901
i9o8
mais la présence de nom ï6 ïî
breuses urs et de leurs
enfants assure la survie
du lignage

LIGNAGE VI
serait né en 1909
1890
é890
25
1909
1919
1917
1934
1922
io 1920
1900
12 89
13 1928
== chef du lignage
clan vus lame 14 1914
15 1909

LIGNAGE VII
serait né en 1907 doyen du lignage
i9i8
92
La femme la plus âgée est la mère de 3)

chef
Abidjan
LIGNAGE
serait
du lignage
né VIII
en 1927
1918
927
fixé
lU

position des huit lignages


un chef de cour ou patriarche)
120 DENISE PA LME

atteindre le niveau le plus haut quand la classe approchera de sa


dissolution tout instant chaque classe en remplissant son rôle en
accomplissant les tâches que son niveau temporaire lui assigne ef
force la fois de parvenir au niveau supérieur et empêcher la classe
inférieure de la suppléer
Enfin dans les rapports avec ses voisins chaque communauté
vivait en perpétuelle alerte toujours exposée un coup de main ou le
méditant Comment dans ces conditions une autorité supérieure
aurait-elle pu affirmer avec une force suffisante pour survivre son
initiateur