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 INTRODUCTION

1) Biographie :

Né en pays Agni, à l'Est de la Côte d'Ivoire le 1er janvier 1941, Jean-Marie Adiaffi
a fait des études de cinéma à Paris, avant de changer brusquement de voie,
d'étudier la philosophie en Sorbonne et de rentrer en Côte d'Ivoire pour y enseigner,
il a signé en 1980, avec son premier roman, " La Carte d'identité ", une forme de
fable moderne sur l'affrontement des différences, et les lourds malentendus qui
naissent, entre des systèmes de valeurs trop éloignés.. La richesse de son parcours
personnel affleure derrière les rebondissements de son roman, où se mêlent
plusieurs traditions littéraires. Jean-Marie Adiaffi est décédé le lundi 15 novembre
1999.

2) Résumé :

La carte d’identité raconte l’histoire de Mélédouman, un prince agni, arrêté,


enchaîné, humilié, déshumanisé devant sa famille et son peuple, sans être instruit de
son arrestation. Plus tard, il apprendra du commandant que son arrestation est due au
fait qu’il n’était pas en possession de sa carte d’identité. Conduit en prison, torturé,
vivant dans des conditions les plus déplorables; ce dernier est interrogé puis libéré. Le
commandant Kakatika lui impose une semaine pour retrouver la carte d’identité. Mais
devenu aveugle à la suite de mauvais traitements, il est condamné à retrouver ce
document précieux dans les sept jours qui suivent. Avec sa petite fille Ebah Ya, il va
entamer la recherche de cette carte. La suite sera une véritable quête qu’Adiaffi a
choisi de raconter selon le calendrier traditionnel akan l'époque coloniale; le prince
Mélédouman (« Je n'ai pas de nom » ou « on falsifié mon nom ») est persécuté par le
commandant du cercle français parce qu’il a perdu sa carte d'identité.

Le livre raconte sa recherche désespérée, au long des sept jours d'une semaine
sacrée, à travers les «cercles «déplus en plus infernaux d'un Bettié de plus en plus
fantastique, recherche dérisoire puisque la carte n'était pas perdue. Le titre du roman
programme aussi son symbolisme le plus clair: le« bout de papier », signe imposé par
un pouvoir étranger et répressif (à rapprocher, à la lettre, du fameux « symbole »,
marque d'infamie infligée dans les écoles françaises aux enfants surpris à parler leur
langue maternelle), n’est absolument pas reconnu comme représentatif d'une réelle
identité.
La Carte d’identité, de Jean-Marie Adiaffi est une œuvre singulière pour sa profondeur
lyrique, son exubérance stylistique, sa profusion thématique, ou encore pour son
genre au confluent de la prose, de la poésie, de l’oralité. Le récit, qui se veut comme
une incantation, s’enracine dans un imaginaire initiatique éclatant qui lui-même
procède du mythe, de la légende et du sacré L'imaginaire dans l'esthétique
romanesque de Jean-Marie Adiaffi Amadou Ouedraogo 2015

L’etude des personnages :

Etude du titre :

Cet élément est une figure du texte très importante car il désigne un livre dans son
unicité. De par sa place stratégique et les rapports qu'il établit avec le lecteur il est
censé être .en mesure d'attirer et de guider (orienter) le lecteur

toutes les œuvres romanesques , il nous semble que les écrivains noirs, conscients
de faire un discours sur l'Afrique, les titres qui’ls adoptent renvoient a une réalité
africaine et portent toutes les marques d'une originalité africaine et ceci jusqu’a
évoquer l’ angoisse existentielle qui est le sort de la condition africaine.

Le titre du roman, la Carte d'identité, est programmatique à plusieurs égards. Du


point de vue narratif, il désigne l'objet d'une quête identitaire

Developpement ;

 L’ECRITURE :
L’écriture postmoderne : (NOUVEL ORDRE D'ECRITURE)

Le genre romanesque connaît en Afrique des mutations diverses et constantes.


À côté de romans de facture classique, le roman de la dernière décennie allie une
certaine exigence d’écriture et des thèmes notamment celui du pouvoir et du mal
développement. cette thématique rebattue est servie par une écriture nouvelle qui
donne à lire une poétique singulière, signe d’une identité en gestation, en mutation,
transculturelle et endogène., le roman « nouveau » africain s’oriente vers des
nouveaux paramètres qui sont l’irrégularité des formes, le mélange des genres, et
surtout, la question de la langue , ces renouvellements et élargissements du cadre
du discours romanesque impliquent l'adoption de nouvelles techniques narratives
qui s'observent a plusieurs niveaux a commencer par les éléments jadis considérés
comme secondaires ,il existe des innovations; une préoccupation esthétique
évidente et une rupture presque totale d'avec des traditions scripturales connues
jusqu'alors. et dont "le but principal est de renouveler les techniques de la littérature
romanesque

L’évolution de la littérature romanesque africaine a permis de relever une grande


mutation formelle des œuvres publiées depuis les premiers romanciers. on observe
une recomposition du récit qui s’illustre par un mélange des genres littéraires, une
inventivité lexicale, une re-sémantisation des mots, mais aussi des emprunts et de
nouvelles formes stylistiques. A ce propos, Gervais-Xavier Kouadio stipule que «
Sous l’angle de la littérature, le postmodernisme est une attitude iconoclaste qui
postule le dépassement, le démembrement, la transgression la subversion et la
déconstruction des techniques classiques d’écriture ou de la Norme de l’esthétique
romanesque.»

les écrivains ivoiriens ont développé une écriture romanesque mâtinée de poésie et
de littérature orale et s’adonnent à cette nouvelle écriture pour mieux exprimer ce
qu’ils ont à dire. Ainsi Jean-Marie Adiaffi fait partie de ces romanciers ivoiriens qui
pratiquent cette forme d’écriture appelée «N’zassa» .

"
1. Caractéristique de l’écriture de Jean Marie Adiaffi :

L'écriture d'Adiaffi est marquée par le débordement; « cruelle , crue , torrentielle », elle
poursuit son « cours tumultueux» charriant tout ce qui «grouille et fourmille ».Idées,
émotions, rires et larmes, boue et violence. Ce n'est pas une écriture délicate,
ciselée, sélective, c’est un cri plutôt qu'un chuchotement. Elle peut se faire précise et
sèche quand elle aborde, au passage, les grandes questions sociales ou
philosophiques.

a) L’insertion de la langue locale :


 le multilinguisme :
Le multilinguisme dans sa mise en oeuvre, peut être considéré comme une
esthétique,une sorte de stylisation, de mise en style de la parole et du discours.

C’est est une forme littéraire marquant une sorte de révolution dans les formes
artistiques et littéraires,

il introduit une alternance de deux ou plusieurs codes linguistiques dans son


discours. Par conséquent, ça permet à l’écrivain africain francophone d’instaurer
une complicité entre son lecteur et lui et d’’affirmer son identité culturelle,. Dans «La
carte d’identité»,l’écrivain intègre des mots de sa langue maternelle dans le
discours de langue française .La position d’écrivain multilingue liée à un contexte
historique favorise des interférences linguistiques. En effet, l’écrivain s’inscrit dans
une logique que la littérature française qui a nourri son verbe n’est plus la
seule littérature de langue française .Puisqu’il a le privilège désormais de puiser
dans l’imaginaire africain pour ,
L’auteur rentre dans la sphère spirituelle de l’ethnie agni pour mettre en relief sa
maitrise des objets et des faits. Pour citer le tam-tam, il utilise Attoungblan,
Kinian-kpli,les tam-tams sacrés du groupe Akan. Pour évoquer les différentes
danses traditionnelles ,il met en exergue le Sideer, le Ndo, l’Abouddan, le grolo.

 Une « doublure linguistique » :

La langue d’écriture, travaillée de l’intérieur par le la langue agni et la culture orale


qu’elle véhicule, semble viser l’Ivoirien bilingue qui, parlant à la fois les langues
locales et le français, qui se retrouve complice de l’écrivain dont la langue coïncide
avec la culture qu’ils ont en partage.

Mais La langue d’écriture d’Adiaffi se caractérise, en réalité, par ce double jeu


auquel il s’adonne entre le Même (ses congénères, bilingues comme lui qui
prennent plaisir à redécouvrir leur identité) et l’Autre (le lecteur français ).

Ce jeu, le romancier le réussit par le procédé de la métalinguistique. Tous les noms,


mots et expressions qui relèvent de l’agni ou d’une autre langue locale, et du
français populaire ivoirien sont immédiatement traduits Le procédé de la « doublure
linguistique » produit un texte qui, parce que doublement codé, est reçu par un
public cible dédoublé en quête de marqueurs identitaires
La littérature orale et la rhétorique du mensonge dans « Silence, on développe » de Jean-Marie
Adiaffi , Roger Tro Dého

 Valeurs identitaire ,sociale, socioculturelle:

Toute interférence linguistique répond à un besoin, à un objectif et donne une


valeurs supplémentaire au discours. Ainsi, le transport de la langue agni dans
le discours de langue française confère au texte une valeur identitaire et
sociale. En effet, en introduisant la langue agni dans l’univers linguistique
français, l’écrivain révèle d’une part de son identité sociale. D’autre part, il
montre que le français peut être parlé autrement. De cette façon, il contribue à
constituer une forme de sociolecte: une manière de parler caractéristique de
certains groupes sociaux permettant au sujet parlant d’être différent de l’autre et, en
même temps, complice des membres du groupe. Ainsi ,la mobilité de la langue
endogène dans le discours français est une stratégie qui permet à l’écrivain
démontrer à la fois son appartenance à la société agni dont il est issu mais
aussi de mettre en valeur «l’ivoirisme» qui est un parler particulier du français par
les Ivoiriens .Dès lors, à travers l’écriture, apparaît l’appartenance réelle ou
imaginaire de l’écrivain à un groupe et sa différence d’avec le reste de la société
des écrivains .Le transport de la langue endogène dans le discours de langue
française lui permet donc de mettre sa marque de distinction, d’estampiller son
identité dans ses œuvres romanesques et de révéler certaines valeurs
socioculturelles de sa communauté. Mobilité discursive des léxèmes et constructions
phraséologiques en langue agni dans les romans de Jean-Marie Adiaffi BOSSON Bra
2014

Refus des normes de la littérature francaise : la Violation des normes :

Selon Hanane Essaydi, « le récit postmoderne se caractérise par le


rejet, la subversion et l’interrogation des codes traditionnels de la création
romanesque.» La Carte d’identité rompt avec les anciennes formes
d’écriture, et viole les codes conventionnels du roman. L’auteur semble
s’amuser à mélanger des polices d’écriture. le roman combine police
normale et italique.
A premiere vue , la pratique consistant à entremêler différents caractères
d’écriture apparaît comme un jeu auquel l’auteur se livre, Les caractères
italiques sont employés dans le discours du commandant Kakatika, au
moment où il s’attaque ironiquement à Mélédouman et, à travers lui, toute
la race noire. Chaque fois qu'il déverse sa colère sur la race noire et
Mélédouman, le texte est mis en italique .
Certaines parties du discours du personnage principal, lui-même, sont en
italiques, surtout lorsqu’il tient tête au commandant en faisant l’éloge de sa
culture : « Ainsi toute loi naturelle ou humaine traverse mon sang et ma
légitimité avant d’être légale et loyale. Mon sang est ma meilleure identité.
L’histoire de cette région, de ce royaume me fonde comme je la
Fonde .» L’emploi des italiques ne semble donc pas être fortuit, il dénote
plutôt d’une certaine détermination dans le ton. La gravité de la situation,
le sérieux des mots, la pertinence et l’impertinence des propos sont
signalés par l’auteur à travers l’italique. Il semble inviter le lecteur à
accorder plus d’attention à certains détails tel le choix du caractère
d’écriture. On le constate avec le sens des noms de certains personnages.
Mélédoman signifie « Je n’ai pas de nom ou exactement on a falsifié mon
nom» ; Kan Anaholé veut dire « Dis la vérité » ; Alliè Yofè, « la nourriture
est douce sinon je me laisserais mourir de faim» et Mihouléman, « je ne
suis pas encore mort ». Ces noms, certes issus de la culture agni, devraient
s’écrire en italique ou être mis entre guillemets, mais l’option prise de les
écrire en caractère normal, à l’instar de tout autre mot de la langue
française, et le choix volontaire de mettre en italique la traduction
française, marque indubitablement une volonté d’attirer l’attention du
lecteur sur le sens, mais également de rompre avec le modèle classique
d’écriture du roman.

Certains récits susceptibles de bouleverser la morale sont en italique. On citera


celui du viol de la « vierge folle » raconté par elle-même . Le caractère de l’écriture
montre ainsi l’indécence des propos, mais aussi un changement ou une évolution
dans l’écriture romanesque, qui montre évidement une rupture et une violation des
règles et modèles d’autrefois.

Le livre combine écriture normale et italique. A certains moments, des phrases ou


expressions sont écrites entièrement en lettres capitales : « MAIS DE RESPECT
OU DE MEPRIS », « MELEDOUMAN VEUT ETRE MELEDOUMAN. » Ce type de
choix opéré montre une volonté manifeste de rupture avec la tradition littéraire.
L’emploi des poèmes dans le roman est déjà un fait marquant, mais le recours aux
« poèmes dessins » à la forme de calligramme en est un autre. La transgression et
le dépassement évoqués ici se lisent clairement dans le roman d’Adiaffi. Au
changement des caractères d’écriture.

Registres divers et toujours mêlés; les reprises et les répétitions rythment


la prose, la changeant en poème; les mots se heurtent et se multiplient, les
adjectifs ne vont jamais seuls; les pages se hérissent de points d'exclamation
et d'interrogation. L'abstraction, instable et passagère, se mue rapidement en
images et figures de styles

Il ressort de cette manière d’écrire deux attitudes :d’abord, le refus de se


conformer aux règles de la littérature; ensuite, la recherche de la liberté d’écrire.
En définitive, il projette s’affranchir de la rigidité des normes de la
littérature française.

Gervais-Xavier Kouadio, « Pratiques postmodernes dans Hermina de Sami


Tchack », Le Postmodernisme dans le roman africain, ouvr. cité, p. 84

Adama Coulibaly, « Critique transculturelle dans le roman africain


francophone : aspects et perspectives d’une théorie », Annales de l’Université
Omar Bongo, N°17, 2012, pp. 22-37.

ACTIONS COMBINATOIRES DE L’ADJECTIF QUALIFICATIF ET DE L’ADVERBE DANS


L’ECRITURE DU REFUS DE JEAN-ADIAFFI Yao Kouadio Jean

Titte Lattro, « Lecture postmoderne de La Folie et la Mort de Ken Bugul », Le


Postmodernisme dans le roman

africain, Formes enjeux et perspectives, Adama Coulibaly, Philip Amangoua


Atcha, Roger Tro Deho (dir), Paris, L’Harmattan, 2011, pp. 119-140.

b) L’ecriture N’zassa : (Le mélange des genres )

Jean-Marie Adiaffi est considéré comme l`une des figures de proue de la


"nouvelle écriture ivoirienne" faite de "mélanges des genres", "l`Ecriture N`zassa"
qu`il l`appelait. Avec un langage virulent où les mots, précieux et triviaux, se mêlent
pour constituer ces "coups de pilon dans la gueule des oppresseurs". En un mot,
une écriture puissante au service d`un engagement poétique et politique sans borne
pour la liberté et la libération des peuples opprimés

Figure de proue des romanciers de la seconde génération, l’Ivoirien Jean-Marie


Adiaffi s’est bâti une réputation de taille dans le renouvellement du champ
romanesque africain. Esthète du style littéraire baptisé par lui-même « n’zassa »1,
l’écrivain ivoirien fait de sa production romanesque le creuset d’une pratique
scripturale iconoclaste refusant de s’enfermer et de se laisser enfermer dans un
monolithisme. Puzzles de dialogue de textes, de mélange de genres littéraires,
d’interférence de langues, d’entremêlement de codes narratifs appartenant à des
traditions littéraires ou culturelles différentes, les textes romanesques de Jean-Marie
Adiaffi s’engagent à faire voler en éclat, à faire exploser les formes du genre
romanesque. La Carte d’identité, s’inscrit dans une esthétique hétérogène, un
chaos textuel dont le but est de recomposer autrement le roman, de le faire renaître
à travers de nouvelles formes LA DIALECTIQUE DE LA CHAOTISATION/RENAISSANCE
DANS LA FICTION ROMANESQUE DE JEAN-MARIE ADIAFFI
Constant Yao ZEBIE Université Félix Houphouët-Boigny
Côte d’Ivoire

Avec une "écriture éclatée" : le mélange des genres ou le "genre sans


genre" comme il se plaisait à qualifier lui-même sa littérature , d`où le
qualificatif de "N`zassa", Et les mots s`entrechoquent dans cette littérature
comme "des éclairs et des foudres", développant les thèmes de la liberté
et de l`indépendance. Par ailleurs, son oeuvre est un produit des
influences multiples : les auteurs présocratiques, surtout Parménide et
Héraclite, les symbolistes tels qu`Eluard, Rimbaud et Lautréamont, les
auteurs de la Négritude, notamment Césaire, et la culture Agni… La
renaissance littéraire en ce qui nous concerne est la finalité ultime de nos
recherches : partir de la spécificité africaine pour trouver de nouvelles
formes qui ne soient répétitions béates, ni mimétismes servile et inadapté
de l’occident. », Jean-Marie Adiaffi, « Les maîtres de la parole », in
Magazine littéraire, n°195, Mai 1983, p. 20.

Avec Adiaffi , c.est une rupture volontaire c.est à dire « sans regret », sans nostalgie
aucune avec une tradition, selon lui, dépassée. Peut-être est-ce parce que l.art est
la représentation de la nature qu.il doit en être la copie conforme. Dans la nature, il
y a en effet, de la poésie, du romanesque, de l.épopée, de l.essai, etc.
Dans l’optique de la création littéraire, il s’agit de laisser libre cours à toutes les
inspirations, qu’elles soient poétiques, épiques, romanesques, fantastiques pour
construire un récit nouveau, innovant, vivant. Tel est le sens de cette nouvelle
esthétique littéraire créée par le poète romancier. Dans la définition que donne
Adiaffi du «n’zassa» littéraire, Renvoyé au cadre de l’écriture adiaffienne, le «
n.zassa » est un grand patchwork diégétique dans lequel roman, poésie, théâtre,
essai, épopée se mêlent harmonieusement. Ce qui fait du « roman n.zassa » un «
genre sans genre »

du récit. Dans la préface « les Naufragés de l’Intelligence », ADIAFFI confie que


dans ses romans :
««J’ai créé mon style appelé « N’zassa » « genre sans genre » qui rompt sans
regret avec la classification classique, artificielle de genre romans, nouvelles,
épopée, théâtre, essai poésie […] Selon l’émotion, je choisis « le genre », le
langage qui m’apparaît exprimer avec plus de force de puissance ce que je
ressens intimement dans mon rapport érotique- esthétique avec l’écriture. »,
Les naufragés de l’intelligence, « Préface », p. 5.

«La renaissance littéraire en ce qui nous concerne est la finalité ultime de


nos recherches : partir de la spécificité africaine pour trouver de nouvelles
formes qui ne soient répétitions béates, ni mimétismes servile et inadapté
de l’occident. », Jean-Marie Adiaffi, « Les maîtres de la parole »

Les ingrédients de cette nouvelle écriture révèlent une intertextualité féconde entre
le roman et la littérature orale, mais aussi entre le roman et la poésie, autant au plan
des structures empruntées qu’au plan parfois des personnages Il en est de même
pour l’espace (espace mythique, utopie représentée) ou pour le traitement du temps

LE POESIE ET LA PROSE :
Au regard des différents genres présents dans La Carte d’identité, on peut dire que
le roman hésite entre plusieurs genres. En effet, le récit en prose est traversé par
des poèmes à certains endroits du tissu narratif (pp. 61, 62, 63, 64, 65, 159). Le
poéme est très prensent on retrouve des chapitres entiers versifiés, comme le
chant-poème sur les malheurs de Mélédouman, ou l'épilogue, ou le style est
rythmé, lyrique et débordant d'images .esuite on remarque que ,le texte cesse
d’être un roman classique et passe a un recit ou on suit l’évolution du personnage
( recit intiatique ) du chapitre 8 (p.71) jusqu’à la fin (p.159), offrant ainsi l’occasion
d’apprendre d’avantage sur de la culture agni. On découvre donc la semaine
sacrée avec la sortie de prison de Méledouman pour la recherche de sa carte
d’identité. Cette quête se transforme pour le héros en un retour aux sources afin de
se ressourcer et de mieux embrasser sa culture pour affronter le commandant. A
l’occasion, de nombreux aspects de la culture agni sont ainsi dévoilées. Enfin le
passage voué à la semaine sacrée s’explique par l’intrusion de la tradition dans le
récit, tandis que les poèmes se justifient par la recherche d’une nouvelle forme
d’écriture.

LE DIALOGUE :

le roman mêle les genres. Plusieurs chapitres, entièrement dialogués, sont plus
dramatiques que romanesques; les personnages, stylisés (ou caricaturés) à grands
traits, se rapprochent des personnages Épiques.

LE FANTASTIQUE :
certains passages, l’histoire prend des allures d’un récit fantastique :
Au cours de sa libération conditionnelle d’une semaine, Mélédouman rentre chez
lui avec sa petite fille et découvre des choses auxquelles il ne peut donner aucune
explication. Ses hésitations (il est aveugle), et les descriptions de sa petite fille,
Ebah Ya, donnent au récit une tonalité fantastique. Face au décloisonnement des
murs, à la disparition de sa propre concession, le héros se demande s’il est face à
des faits étranges ou merveilleux. La fille décrit les maisons, en ces termes :

Je vois bien son toit, mais pas les murs ! Par contre, celle du vieux Anoh, elle a
bien ses murs, mais pas son toit, et les murs ne touchent pas la terre : ils sont
suspendus comme un morceau de ciel […] Mélédouman ne fut guère étonné de
pouvoir traverser la maison en touchant le toit suspendu, semblable à un pont de
lianes sur un fleuve, ce qui confirme bien la vision extraordinaire de la petite Ebah
Ya.

La déconstruction de l’espace s’interprète non comme un effet magique, mais


plutôt comme le résultat d’une métamorphose dans l’existence terrestre ayant
affecté les phénomènes de la nature.
« Quelques aspects du postmodernisme littéraire dans le roman africain subsaharien
francophone : Le Pleurer- rire d’Henri Lopès », Le Postmodernisme dans le roman africain,
Formes enjeux et perspective, ouvr. cité, pp. 27-42.

Les scènes de viol et l’insistance avec laquelle le commandant interroge les


victimes prouvent le statut de l’écrivain, un écrivain postmoderne.

L’ABSURDE :
La trame de toute l’histoire romanesque de La Carte d’identité se fonde sur
l’absurde.
le commandant reçoit Mélédouman, après que celui-ci a passé une semaine à
parcourir toute la ville, à la recherche de sa pièce d’identité, et lui présente ses
excuses en lui signifiant que c’est lui qui détenait sa carte d’identité :

Oui Nanan, voilà, l’erreur provient d’un de mes gardes. Il avait ramassé votre carte
d’identité je ne sais où. On a cru y déceler des ratures. On a donc cru à une
falsification, faux et usage de faux, c’est très grave, d’une part, et d’autre part, le
nom était quelque peu effacé. Pour s’en assurer, on a voulu vous demander votre
carte d’identité. Ainsi, ou vous aviez la vôtre et ce n’était pas elle qui était falsifiée,
ou vous ne l’aviez pas et les soupçons de falsification se transformaient en
certitude.

On peut y lire l’absurde du raisonnement du commandant mais aussi celle de la


cause d’arrestation du héros. Le roman se sert de cette intrigue pour dénoncer la
colonisation et le système colonial résonnant en écho avec injustice, barbarie et
absurdité.
Par ces jeux ou ces absurdités, le livre s’évertue à montrer un changement non
seulement social mais aussi spatial provoqué par un bouleversement, certainement
celui de la colonisation comme le stipule cette citation :

Mais enfin, malgré le bouleversement du monde, de ce monde, malgré le manque


de repères, lui-même ne reste-il pas le repère suprême à partir duquel tout doit
s’organiser suivant un ordre : temps et espace, un nouvel ordre bien à lui. Il touche,
touche sa tête, ses cheveux, son front, son nez, ses yeux, sa bouche, ses pieds. Il
se palpe. Il se contrôle. Il se vérifie comme un mécanicien le fait d’une voiture avant
et après une grave réparation et donne la conclusion pathétique : enfin, c’est bien
moi, moi, Mélédouman, aucun doute.
2. L’oralité :

ayant pratiqué plusieurs genres, Adiaffi adapte plusieurs techniques de l’oralité, alternant
poésie et prose, alliant symbolisme et réalisme, impliquant le lecteur par le procédé des
questions-réponses. Cela ne l’empêche de puiser autant dans des discours philosophiques
que dans le langage populaire, de passer de l’onirisme à l’exhortation à la solidarité des
peuples.

a) Les interjections

D’abord l’interjection ,«mot invariable pouvant être employé isolément pour


traduire une attitude affective du sujet parlant: exclamation; juron,
onomatopée»12; est l’élément que l’écrivain utilise comme on l’utiliserait dans tout
discours pour traduire les émotions de ses personnages .
Elle peut être : une expression populaire, un nom, un verbe ou un groupe de mots
exprimé dans une modalité exclamative pour traduire un sentiment vif .
Dans «La carte d’identité» Mélédouman, après sa libération de prison,
accompagné de sa petite fille Ebah Ya, prend le chemin de son domicile pour
chercher sa carte d’identité .Sur le chemin ,ils rencontrent non seulement des
personnes qui laissent éclater leurs émotions ,mais surtout ,ils assistent à une
situation cocasse qui se déroule dans le village: le père, Abbe Joseph, est en
transe. Tout le village exprime son étonnement à travers les onomatopées et
des phrases exclamatives en agni .À partir des extraits du roman «La carte
d’identité»,

 onomatopées: des mots invariables qui permettent au sujet parlant


d’exprimer une émotion spontanée

ACTIONS COMBINATOIRES DE L’ADJECTIF QUALIFICATIF ET DE L’ADVERBE DANS


L’ECRITURE DU REFUS DE JEAN-ADIAFFI Yao Kouadio Jean

b)La ponctuation :

joue un rôle important dans la phrase. A ce propos, Georges COURT écrit en


ces termes : « Quand nous parlons, nous donnons des intentions à nos paroles
pour exprimer nos sentiments ou nos volontés. Si la ponctuation ne permet pas
de transcrire toutes nos intonations et de marquer exactement les pauses du
discours, elle nous donne cependant de précieuses indications. » (Court, 1974
: 9). Jean-Marie ADIAFFI ponctue ses phrase dans la perspective de la
transgression des règles de la littérature Française
Profusion de signes de ponctuation

ACTIONS COMBINATOIRES DE L’ADJECTIF QUALIFICATIF ET DE L’ADVERBE DANS


L’ECRITURE DU REFUS DE JEAN-ADIAFFI Yao Kouadio Jean

b) Champ lexical du refus :

L’engagement de l’écrivain s’illustre à travers son discours qui dénonce, stigmatise,


et révèle les tares, les travers de la société. De ce fait, il épouse une littérature de
combat pour la liberté en revalorisant son patrimoine culturel, politique et social,
comme le soutient Jean-Louis JOUBERT, en parlant de l’engagement de l’écrivain :
« l’écrivain a une responsabilité, l’intellectuel une fonction : être la conscience de sa
société, dresser la force morale de son engagement contre la montée de tous les
périls. » (Joubert, 1992 : 126). Cet engagement qui met à nu le refus de la
civilisation occidentale, et implicitement l’option pour la civilisation africaine, se
traduit dans un champ lexical de l’engagement et du refus.

Les adjectifs qualificatifs et les adverbes de ces six phrases renvoient aux
thèmes relatifs à la beauté de la culture agni, à la résistance du Noir, à la
célébration des faits et aux objets culturels négro-africains. Aussi, dans la phrase
13, l’adjectif épithète liée « belle » établit-il l’équilibre de la valeur de toutes les
langues. D’ailleurs, l’adverbe d’égalité « aussi…que » le confirme dans la phrase
14 « aussi belles que les autres langues. ». L’adverbe de négation « Ne…jamais
» de la phrase 15 traduit le refus, le rejet de l’emprise de l’Occident et confirme la
priorité accordée aux langues maternelles africaines. A travers l’épithète liée «
propre », l’auteur s’approprie la lutte, la défense des valeurs culturelles noires.
ACTIONS COMBINATOIRES DE L’ADJECTIF QUALIFICATIF ET DE L’ADVERBE DANS
L’ECRITURE DU REFUS DE JEAN-ADIAFFI Yao Kouadio Jean

c) L’ironie :
L’ironie se révèle également à travers le nom attribué au commandant de cercle
dans La carte d’identité. En effet, le commandant Kakatika est un courtaud mais
il reçoit cet anthroponyme qui le désigne comme le monstre géant. Cette
dénomination est l’expression de la moquerie des habitants de Béttié qui
subissent la colonisation qu’incarne cet homme inhumain, mais surtout elle
permet d’évacuer la peur et de désamorcer le tragique de la situation. Dans tous
les cas, les anthroponymes et toponymes révèlent, dans leur ensemble, des
effets de sens qui permettent de montrer le ridicule de certaines situations.
La singularité de la démarche stylistique de l’écrivain réside, par ailleurs, dans la
transposition brutale des expressions en langue agni qui déroutent le lecteur non
averti. Il est alors obligé d’expliquer suivant un mode de traduction interne qui lui
permet, tout en mettant en avant les effets stylistiques ou des intérêts littéraires
évidents, de faire interférer ou superposer la langue française à sa langue
maternelle. Il tente ainsi de combler ou de réduire l’écart sémantique qui existe
entre lui et les lecteurs ignorant sa langue. D’où, l’intérêt et la présence de gloses
métalinguistiques rendues visibles par des artifices typographiques (parenthèse,
double tiret, italiques, virgules) jouant le rôle d’éléments traducteurs. Mais
également, des appositions sous forme de mots composés et de tirets servant à
rendre la synthèse expressive. Ce procédé d’écriture favorise une intégration de
mots « excentriques » (néologisme ou mots de la langue locale), tout en
permettant de conserver l’unité de l’énonciation. Dans d’autres cas, l’élément
métalinguistique provoque, quelque peu, un effet de rupture, à force de
s’intercaler entre le terme apposant (le nom en langue locale) MOTIVATION
ONOMASTIQUE DANS LES ŒUVRES LES NAUFRAGÉS DE L’INTELLIGENCE ET LA

Comme si le français n’était pas suffisamment expressif pour traduire son


indignation ,l’écrivain marque l’instance dans sa langue : «Dire que jadis ,les
élèves avaient pour leurs professeurs, véritables éveilleurs de conscience,
un respect quasi religieux. Respect! Respect! Respecter les aînés! Agniso
!Agniso! Agnitiè ! N’est-ce pas l’une des grandes valeurs de l’éducation des
sociétés africaines qui ont forgé des hommes africains, des rocs humains,
intellectuels et spirituels? Aonséré, courage au travail, N’guélè-Nyansapo,
intelligence créatrice» P173 .Ici, Jean-Marie ADIAFFI procède par la reprise du
mot déjà énoncé en français pour marquer son indignation de façon
exagérée et ironique .
Aussi, peut-on remarquer la transposition brutale de l’expression agni qui
déroute quelquefois le lecteur non averti et qui donne au texte sa singularité
.Cette reprise du mot en langue agni crée non seulement l’effet de surprise et de
focalisation, mais surtout, elle permet d’amplifier le dire .L’interférence du mot
d’emprunt devient donc un élément d’amplification et d’exagération. Cela a pour
effet de rendre la représentation plus vivante, de marquer l’insistance, de rendre
le sentiment affectif qui habite le sujet parlant .En général, les expressions en
langue agni sont des répétitions de ce qui a été déjà dit ou va être traduit
en français .

L’immigration de la langue agni dans le discours de langue française permet


donc à l’écrivain de donner plus de force au propos, plus d’ampleur, de
dimension ou d’épaisseur à la réalité évoquée .

Les registres de langues :

Les écrivains postmoderne notent clairement et sans ambiguïté ce que d’autres ont
voilé par des expressions nuancées. Le grossier devient tout simplement ordinaire
et normal sous leur plume. On en déduit une nouvelle forme de voir et d’interpréter
les faits. L’irrévérence et l’insolence évoquées tournent l’attention vers la
dépravation des mœurs.

Libérés de traits critiques, les écrivains de la nouvelle génération, les


romanciers postmodernes, ‘’les écrivains de l’insolence et de l’irrévérence’’
comme on les désigne aussi, ne mâchent plus leurs mots ; ils crachent des
grossièretés, ils décrivent crûment les vices sexuels, les laideurs sociales et
mettent devant nos yeux ce que la société hypocrite cachent
habituellement par fausse pudeur . Le Postmodernisme dans le roman africain,
Formes enjeux et perspectives, ouvr. cité, p. 65.

Le texte d’Adiaffi, lui, présente deux caractéristiques fondamentales. affirme dans


L’expression du baroque dans La carte d’identité de Jean-Marie Adiaffi que l’auteur
fait figurer dans le texte en français deux réalités appartenant à des aires culturelles
différentes. La carte d’identité est, selon lui, truffé de parlers populaires savamment
exploités et qui traduisent ou réfléchissent dans l’oeuvre les catégories sociales
auxquelles les personnages appartiennent. On a alors, comme répondant au style
soutenu ou courant, un style relâché où se lit facilement le « mauvais français ». Le
passage (pages 50-52) sur le viol témoigne d’une hybridation de style, de niveaux
de langue qui se côtoient et qui se répondent pour marquer la différence de niveaux
de culture et d’appartenance sociale dans le roman.
- Non, mon commandant ! Femme-là mentit contre moi. Fille-là c’est d’accord avec
moi.
- Ce n’est pas d’accord. Ce n’est pas d’accord, intervient la mère avec
rigueur. Regarde-moi ça. Ton corps sale. Son odeur on dirait piment et
poisson pourri. De l’expression du baroque chez les nouveaux
romanciers africain

 ‘‘Bossonnisme’’ ou la nouvelle esthétique littéraire négro-africaine

Le ‘‘Bossonnisme’’ cristallise l’expressivité de ADIAFFI. Depuis la conception


du roman sous forme d’écriture ‘‘NZASSA’’ (investissement de la poésie dans
le roman)
Il définit la thématique devant être la toile de fond de l’œuvre :

il valorise la danse Aboudan en mettant en berne les danses issues des


mutations occidentales. Pour mettre en relief son intérêt à vulgariser la culture
africaine au détriment de celle occidentale, outre le lexique où il s’attaque au
canon de l’esthétique de la littérature française, en foulant au pied la syntaxe.
Du point de vue syntaxique, il préconise la liberté d’écriture le goût pour la sacralité
fait de lui un adepte du symbolisme baudelairien qui décrit la trajectoire verticale de
la pensée de l’auteur entre le spleen et l’idéal, ou entre le monde sensible et le
monde suprasensible. Il se dégage alors une idéologie de son œuvre.; le
Bossonnisme qui devient pour lui le mouvement littéraire de combat, de libération
des serres littéraires de la littérature française ,une littérature du refus et du combat.
Subversion des canons littéraires et des principes de vie dans La carte
d’identité de Jean Marie Adiaffi
Modibo Diarra

Engagement littéraire
l’auteur met en relief l’esprit de combat. Il se définit un statut : l’éveilleur de
conscience. Il est celui qui éclaire les autres ; ADIAFFI veut être celui qui
définit la voie à suivre pour la liberté du Négro-Africain. Alors, la rébellion
littéraire paraît la meilleure arme de combat.

Conclusion :
La carte d’identité est un roman qui a donné lieu à la détermination de Jean-
Marie ADIAFFI. A travers son écriture, il évoque son goût pour la liberté d’écriture
qui préconise la liberté de penser et d’agir.
LE TEMPS –

"Le roman africain est soumis au temps aussi bien par sa source d'inspiration que dans
son evolution et dans sa structure interne". (1) A cet egard, la plupart de nos romans se
trouvent impliques dans un cadre temporal precis. C'est le temps historique ou le temps
social qui, selon Balzac , "sert dater bien qu i ll se donne une allure de fiction. C'est
celui qui fixe l'objectif du recit parce qu'il permet un dedoublement ou une superposition
selon le cas, des evénements, des personnages. C'est le temps que les romanciers
appellent le temps de l!aventure", utilise comme procede de voilement ou de
devoilement" (2).

Jean-Marie Adiaffi (La carte d'Identite) adopte le calendrier rituel de la semaine sainte
agni doublant ainsi le sens du livre et celui de sa forme.

Papa Samba Diop, le roman senegalais au carrefour de la


tradition orale et de l'histoire ecrite in "l'Afrique Litteraire n0 83.84 46 trimestre
1988, p. 45

L'ESPACE

l'espace est un acteur, un personnage essentiel de l'histoire : il est important de bien le


connaitre car il determine le cours de l'action.

"Les evenements qui composent une histoire outre qu’ils affectent des personnages -
se deroulent dans un certain cadre, un certain milieu" (1). L i espace est pour ainsi dire
le receptacle dans lequel se developpent tous les rapports" (2)
Dumortier et Plazanet, op.cit., p. 29
Kotchy, op.cit., p. 147

Le Bettié ou le noir malade de blanc - va se dresser contre lui est un Bettié "constitue
de deux quartiers principaux comme toutes les villes coloniales • ) les deux quartiers se
tournant le dos pour eviter de se regarder dans les yeux rendus farouches par deux
volontes opposees" (La Carte d'Identite- p. 17).

C'est une opposition qui nous lance directement dans le discours romanesque qui
consiste pour le noir de s'affirmer face au regard reducteur des Blancs. Tout compte
fait, il ressort de ce roman que ce n'est pas dans ces lieux clos qui ne menent nulle part
et ou l'avenir reste immobile que nos protagonistes entendent rester. Ils ont des
espaces de leurs reves, des espaces meilleurs. Phénomènes d’écriture dans le roman
africain (de la rationalité et de l’émotivité) Irène Othieno Littératures. 1989.
LA RECONSTRUCTION DE L’IDENTITÉ CULTURELLE

Dans l’ouvrage de Jean-Marie Adiaffi, l’intrigue repose sur un fait apparemment


prosaïque. Si l’on rétablit l’ordre chronologique des événements subverti par le
narrateur, un garde ramasse la carte d’identité de Mélédouman, croit y déceler des
« ratures » preuves d’une falsification manifeste, et s’en réfère à son supérieur
hiérarchique. Ce dernier, cyniquement, convoque Mélédouman et le met en demeure
de présenter, sous huitaine, la pièce perdue. Il s’agit là d’une grande crise car le
commandant de cercle, usurpateur de l’espace, est en même temps le gardien de
l’ordre public qui impose, pour des raisons de sécurité, l’identification de tous les
membres de la société.

Auteur d’un discours sémantiquement redondant, le fonctionnaire colonial, pour


compliquer la tâche au prince héritier, exige de lui des éléments qui font double emploi
et qui ne se trouvent pas d’ordinaire sur ce genre de document Après avoir contesté la
notion même de carte d’identité, Mélédouman se définit par une scarification portée sur
une joue, par le ciel, la terre, la faune, le sang, la famille, l’histoire, le soleil, la
population, etc,.Puis, les étapes de la quête correspondent aux jours de la semaine
sacrée des Bettié. Ainsi apparaît une écriture journalistique morcelée, celle de la
quotidienneté .Pour Mélédouman , la quête de l’identité collective est avant tout une
activité mémorielle. Evidemment, cet effort de remémoration présuppose une « identité
perdue, volée, violée » durant « le long sommeil de l’oubli » , en même temps qu’il
justifie les métaphores filées de l’arbre, du fleuve, du temps, l’évocation des ancêtres et
des pharaons ]. A une étape de son parcours heuristique, Mélédouman, dont le nom
signifie « je n’ai pas de nom », ou, plus exactement, « on a falsifié mon nom »
rencontre sa « veuve ». Celle-ci, l’ayant cru mort depuis longtemps, apprend au
« revenant » le nom de son successeur : Mikrodouman soit, littéralement en langue
bettié, « j’ai un nom »

Ici la cécité n’est pas un obstacle à la quête car la carte d’identité n’étant qu’« un
simple papier » ], la véritable identité coïncide avec celle de la communauté. Et on peut
la découvrir, même les yeux bandés. Quant au motif du miroir, le personnage admire
non pas sa propre image, mais son patrimoine culturel

En résumé, la démarche de Mélédouman est argumentative. Pour mettre un terme à


l’arrogance du colonisateur, perturbateur de l’espace public, il scrute le passé de son
peuple pour montrer les richesses culturelles susceptibles de contrecarrer la
déliquescence des valeurs africaines.

3. LES DÉPERDITIONS DE L’IDENTITÉ CULTURELLE : LE DÉCLIN DE L’ESPRIT


COMMUNAUTAIRE

La religion traditionnelle est aussi présente dans le roman de Jean-Marie Adiaffi, comme en
témoigne Mélédouman, le héros itinérant, qui évoque le bois sacré, ses fétiches et ses
masques Mais, dans l’espace public que se disputent les Bettié et les colonisateurs, l’animisme
entre en conflit avec le christianisme incarné par le Père Joseph. Ce dernier, propagateur d’une
foi décrétée universelle, brûle, tel un pyromane, les fétiches. Quant aux belles statuettes, il les
collectionne pour décorer son salon ironiquement appelé le « bois sacré urbain ». De surcroît,
l’ecclésiastique, qui ignore les vertus de tolérance et de compréhension, est soupçonné
d’entretenir une contrebande florissante des œuvres d’art ainsi arrachées « aux mains
païennes des génies forestiers »

Ayant rencontré un élève encombré du « collier de honte que l’on faisait porter aux enfants des
écoles qui s’étaient rendus coupables d’avoir parlé dans leur langue maternelle » Mélédouman
pose la question suivante : « En quoi est-ce un crime de parler sa propre langue ? » Et, quand
monsieur Adé vante la beauté et la richesse de la langue française, en traitant les langues
africaines de patois et de dialectes, le protagoniste réplique : « […] toutes les langues sont
belles pour ceux qui les parlent, pour ceux dont c’est le moyen de communication » A l’issue
de ce dialogue à visée argumentative et polémique, Mélédouman semble avoir pris le dessus
sur le maître d’école. Mais personne ne peut nier la situation de diglossie préjudiciable à nos
idiomes et, par voie de conséquence à notre être culturel et spirituel : « La langue maternelle
reste le support fondamental de l’identité dans la mesure où elle structure non seulement le
sujet individuel […] jusque dans son inconscient […] mais aussi le sujet collectif » .

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