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Analyse des immunités et privilèges de juridiction en cas d’acquisition d’une nouvelle


qualité en cours d’instruction : hypothèse du passage du député provincial au député
national

Assistant TSHINYAM NZAV Elisée

Assistante MIZUMI MAPY Carel


[2]

Abstract

I. Liminaires

La question du privilège de juridiction et/ou des immunités dans sa diversité a


toujours été au centre des discussions et positions que ça soit chez les chercheurs juristes que
les praticiens même du droit ; une frange importante semble s’accorder au fait que le
privilège de juridiction se distingue des immunités de juridiction dans la mesure où, le
privilège de juridiction constitue une exception à la compétence matérielle des juridictions, ce
qui débouche à une compétence personnelle. A tout dire, il y a privilège de juridiction lorsque
pour une infraction donnée l’auteur est poursuivi non par la juridiction matériellement
compétente mais plutôt celle qui l’est personnellement.

Il s’agit en effet, d’un mécanisme juridique destiné à empêcher le bénéficiaire


d’user de sa situation ou de sa position socio-professionnelle pour faire pression sur les juges
de l’échelon inférieur. Il est donc mal aisé qu’un juge du tribunal de paix connaisse du
stellionat commis par un ministre national des affaires foncières même si c’est évidemment
de sa compétence.

A côté de cette institution est régulièrement placée l’immunité de juridiction


qui s’appréhende en termes de ce que dans l’immunité de juridiction l’infraction n’existe pas
en ce sens que la loi en a décidé et son bénéficiaire ne sera donc aucunement poursuivi pour
les faits bien qu’infractionnels commis dans l’exercice de ses fonctions voire dans certains
cas en dehors de l’exercice de ses fonctions (Kilala G., Immunités et privilèges en droit
positif congolais, éd. Amuna, Kinshasa, 2010, p. 77).

Une autre interrogation mérite bien d’être posée c’est justement celle de savoir
à quel moment doit-t-on apprécier le privilège de juridiction ? Dans tous les cas, la procédure
pénale en République Démocratique du Congo comporte deux phases essentielles, celle de la
phase pré juridictionnelle qui comporte l’enquête préliminaire et l’instruction préparatoire et
celle juridictionnelle ou de la juridiction de jugement.

Admettons-le, puisqu’il s’agit de la question ici, qu’adviendra-t-il lorsqu’un


bénéficiaire du privilège de juridiction l’occurrence ici, d’un député provincial qui commet
une infraction, la procédure de levée des immunités étant faite par son bureau et/ou par son
[3]

assemblée, ici, le champ est donc laissé au Procureur général près la Cour d’appel d’entamer
les poursuites.

Admettons aussi soudainement que ce député change de casquette en pleine


instruction pré juridictionnelle, devenant par exemple député national, les poursuites
engagées contre lui devront être suspendues par le parquet général près la cour d’appel au
bénéfice du parquet général près la cour de cassation ? Les immunités levées à son égard
alors député provincial ne seront pas considérées vu qu’il possède désormais certaines autres
cette fois-là de député national ? Faudra-t-il une autre autorisation de poursuite par le
mécanisme de levée des immunités ? Telles sont les préoccupations qui seront cogiter au
cours de cette réflexion.

II. Principes

Comme on le sait, les parlementaires en République Démocratique du Congo


sont couverts par certaines immunités empêchant automatiquement leurs poursuites
judiciaires si elles ne sont pas levées. C’est justement dans ce sens qu’aborde la constitution
en ce qu’aucun parlementaire ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé en
raison des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions.

Ainsi donc, aucun parlementaire ne peut en cours de sessions, être poursuivi


ou arrêté, sauf en cas de flagrant délit, qu’avec l’autorisation de son organe délibérant (Voir
article 107 de la loi n°06/006 du 18 février 2006 portant constitution de la République
Démocratique du Congo telle que modifiée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant
révision de certains articles de la constitution du 18 février 2006).

De ce qui précède, retenons que lorsqu’un parlementaire commet une


infraction, il ne pourra être poursuivi qu’avec une autorisation de son organe en cours de
session bien entendu, mais en cas de flagrant délit, l’officier du ministère public n’a pas
besoin de cette autorisation pour entamer les poursuites contre un parlementaire délinquant.

Toutefois, puisqu’il s’agit d’une infraction flagrante pensons-nous, lorsqu’elle


est passible d’une peine de trois ans au moins, toute personne peut, en l’absence de l’autorité
judiciaire saisi « le parlementaire délinquant » et le conduire immédiatement devant l’autorité
judiciaire la plus proche (Voir art. 6 du décret du 06 Août 1959 portant code de procédure
pénale, voir également l’ordonnance-loi n°78/001 du 24 Février 1978 relative à la répression
des infractions flagrantes).
[4]

L’intérêt se hisse donc ici de démarquer l’immunité parlementaire de


l’inviolabilité parlementaire ; comme on le sait encore, l’inviolabilité parlementaire est
destinée à protéger ces élus du peuple contre les risques d’une poursuite intempestive et
consiste par ailleurs dans l’aménagement d’une procédure particulière dérogatoire au droit
commun. Alors que l’immunité parlementaire elle, est le privilège accordé à ces élus d’être à
l’abri de toute poursuite pénale en raison des opinions ou votes qu’ils peuvent émettre dans
l’exercice de leurs fonctions c’est-à-dire de parlementaire.

A tout prendre, l’inviolabilité vise donc à empêcher que le parlementaire fasse


l’objet de mesures de privation de liberté sans l’aval de la chambre parlementaire ou de son
bureau selon les circonstances, sauf cas de flagrance. L’inviolabilité parlementaire est donc
temporaire alors que l’immunité parlementaire est continuelle.

On dirait alors que « lorsqu’un parlementaire veut être poursuivi pour les
infractions qu’il commet entant que tel, sont donc levées et non l’immunité parlementaire
mais plutôt l’inviolabilité parlementaire puisqu’en soit l’immunité parlementaire ne sera
aucunement levée puisqu’elle concerne les opinions ou les votes qu’émet le parlementaire
dans l’exercice de ses fonctions ».

Notons que ces exigences parlementaires et/ou procédurales s’appliquent tout


aussi bien aux députés nationaux qu’aux sénateurs ainsi qu’aux députés provinciaux, etc.
(Voir Ordonnance n°84/013 du 30 mars 1954 relative au privilège et immunités de poursuites
des membres des assemblées régionales, des conseillers des collectivités, des zones rurales et
urbaines et des conseillers des collectivités)

Puisque les immunités de poursuites peuvent être levées par leurs organes
délibérant ou par leur bureau respectif, il faut donc poursuivre c’est-à-dire mettre en
mouvement l’action publique. Il n’en sera pas pareil lorsqu’il s’agira d’une infraction
ordinaire ce n’est pas non plus tout officier du ministère public qui instruit c’est seulement
celui près la juridiction à laquelle le parlementaire devra être jugé.

Il s’agira donc du procureur général près la cour de cassation pour les députés
nationaux et sénateurs, du procureur général près la cour d’appel pour les députés
provinciaux, du procureur de la République près le tribunal de grande instance pour les
personnes bénéficiant du privilège de juridiction près ce tribunal (Voir respectivement les
articles 81, 91 et 93 de la loi organique n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant organisation,
fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire.).
[5]

C’est à ce titre qu’écrit avec raison Mpungwe Nemba que lorsque tous les
obstacles de procédure ont été levés, le magistrat instructeur devra rédiger les projets du
réquisitoire et de la requête aux fins de fixation d’audience, tout en y précisant la juridiction
compétente (Pungwe Nemba N., Guide pratique des magistrats du parquet, Tome I, éd.
SDEMJ, Kinshasa, 2006, p. 154).

III. Quand faut-il apprécier le privilège de juridiction ?

Quand doit-on apprécier le privilège de juridiction ? La question est posée en


fonction de ce qu’une personne peut commettre une infraction avant d’acquérir la qualité que
lui confère le privilège de juridiction, et être poursuivi pendant qu’elle a déjà acquis cette
qualité.

Une autre hypothèse peut s’entendre en ce qu’une personne peut commettre


une infraction au moment où elle a la qualité lui conférant le privilège de juridiction et être
poursuivie après qu’elle ait cessé d’avoir cette qualité.

En droit judiciaire militaire, la compétence personnelle des juridictions


militaires est déterminée par « la qualité » et « le grade » que porte le justiciable au moment
de la commission des faits infractionnels ou au moment de sa comparution.

Déduisons de cette énoncée que : « le privilège de juridiction en droit militaire


s’apprécie en tenant d’abord compte de la qualité de la personne et de son grade au moment
de la commission de l’infraction ou au moment de la comparution » (Kambala Mukendi,
Eléments de droit judiciaire militaire congolais, éd. UF, Kinshasa, 2009, p. 79).

C’est qui est tout à fait vrai, en ce que si le prévenu était civil au moment de la
commission de l’infraction et qu’il ait la qualité de militaire à cet énoncée, la juridiction
militaire est incompétente.

Cependant, si l-e prévenu était militaire au moment de la commission de


l’infraction et perd la qualité par la suite, au moment de poursuites, le tribunal militaire
demeure compétent parce que dans tous les cas il faut se placer au moment de la commission
de l’infraction, pour apprécier la qualité du prévenu et en déterminer la juridiction
compétente (Art 104 de la loi n°23/2002 du 18 Novembre 2992 portant code judiciaire
militaire).

En droit commun par contre, le législateur s’est prononcé pour déterminer le


tribunal compétent soit au moment de la commission de l’infraction, soit au moment du dépôt
[6]

de la plainte, ceci ressort à notre avis respectivement des articles 89, 91 et 93 de la loi
organique n°13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences
des juridictions de l’ordre judiciaire, mais aussi des articles 74 et 82 de la loi organique
n°13/010 du 19 Février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation. Voir aussi
dans la même perspective l’article 72 de la loi n°13/026 du 15 Octobre 2013 portant
organisation et fonctionnement de la cour constitutionnelle.

En effet, les tribunaux de grande instance connaissent en premier ressort les


infractions commises par les conseillers urbains, les bourgmestres, les chefs de secteur, les
chefs de chefferie et leurs adjoints ainsi que par les conseillers communaux, les conseillers de
secteur et les conseillers de chefferie (Art 89 de la loi organique n°13/011-B du 11 Avril
2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre
judiciaire) ici, le législateur précise et apprécie le privilège de juridiction au moment de la
commission de l’infraction en libellant comme suit : « infractions commises par… ». Il s’agit
là, d’une personne qui a l’une des qualités précitées au moment de la commission de
l’infraction.

Ensuite, à l’article 91 de préciser, les cours d’appel connaissent des infractions


commises par les membres de l’assemblée provinciale, les magistrats, les maires adjoints, les
présidents des conseils urbains et les fonctionnaires des services publics de l’Etat et les
dirigeants des établissements ou entreprises publique revêtus au moins du grade de directeur
ou du grade équivalent…( Art 91 de la loi organique n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire).

En libellant que la cour ou mieux les cours d’appel connaissent des infractions
commises par… le législateur a voulu délibérément insister sur le fait que la cour a comme
compétence personnelle à l’endroit des personnes qui commettent les infractions en ayant
l’une des qualités sus évoquées.

La même reformulation « infraction commise par … » a été reprise par


l’article 93 de la même loi en rapport avec la compétence personnelle de la cour de cassation.

Au-delà de toute attente, l’article 74 de la loi organique n°13/010 du 19


Février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation dispose : « l’officier de police
judiciaire ou l’officier du ministère public qui reçoit une plainte, une dénonciation ou
constate l’existence d’une infraction même flagrante à charge d’une personne qui, au moment
de la plainte ou du constat est membre du parlement, transmet son procès-verbal directement
[7]

au procureur général près la cour de cassation et en avise ses chefs hiérarchiques de l’ordre
judiciaire…

De ce fait, ici, le législateur démontre que la cour de cassation est compétente


à l’égard des infractions commises par les personnes ayant l’une des qualités sus présentées
au moment de la plainte ou du constat est membre du parlement.

Ceci suppose que la cour n’est pas compétente à l’égard des anciens membres
du parlement, ce qui signifie lorsqu’un parlementaire commet une infraction et n’est pas
poursuivie pendant son mandat, une fois le mandat prend fin et que les poursuites sont
amorcées, elles seront diligentées vers la juridiction matériellement compétente et non la cour
de cassation. Cependant lorsqu’une personne commet l’infraction avant d’acquérir la qualité
de parlementaire et que la plainte est déposée au moment où la personne a cette qualité, la
juridiction compétente sera la cour de cassation et non la juridiction matériellement
compétente.

Dans l’autre sens, la cour constitutionnelle a une compétence personnelle en


matière pénale à l’égard du président de la République et du premier ministre pour les
infractions politiques de haute trahison, d’outrage au parlement, d’atteinte à l’honneur ou la
probité ainsi que pour le délit d’initié. Elle connait des infractions de droit commun
commises par l’un ou l’autre dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions
(Art 72 de la loi n°13/026 du 15 Octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la
cour constitutionnelle).

Dans cet article, l’intention du législateur est de faire de la cour


constitutionnelle, une cour compétente pour les personnes ayant l’une des qualités
lorsqu’elles commettent des faits infractionnels, d’où l’énoncé « infraction commise par ».

Dans tous les cas, le privilège de juridiction doit être entendu comme un
moyen destiné à empêcher le bénéficiaire d’user de sa situation pour faire pression sur les
juges.

IV. Situation du problème

Le cas sous examen mérite d’être présenté.

En effet, il s’agit d’une hypothèse du passage du député provincial au député


national. Alors député provincial accusé d’une infraction, comme on l’a démontré pour qu’il
soit poursuivi, il faut lever les immunités de poursuites couvertes par l’inviolabilité
[8]

parlementaire. Ainsi, les immunités ont été levées par l’organe délibérant, ici son assemblée
provinciale où il est membre.

C’est qui a donné l’ouverture aux poursuites judiciaires entamées par le


procureur général près la cour d’appel, attendu que les membres des assemblées provinciales
sont justiciables des cours d’appel.

Cependant, lors du premier acte de procédure c’est-à-dire l’audition de


l’inculpé par le procureur général près la cour d’appel. Et, avant une nouvelle audition, le
député provincial change de qualité, à la suite de la démission de son suppléant (Voir
règlement intérieur de l’assemblées nationale adoptée le 23 Novembre 2006 tel que révisé à
ce jour). Le dernier recouvre donc son mandat de député national, ceci entraîne logiquement
comme conséquences l’acquisition de tous les droits et avantages liés à ses fonctions
notamment les immunités parlementaires ainsi que le privilège de juridiction.

On peut valablement se poser les questions suivantes : quel sera le sort des
poursuites contre lui engagées par le parquet général près la cour d’appel ? Faudra-t-il encore
lever les immunités parlementaires qu’il a acquises par la nouvelle qualité de député
national ? Le parquet général près la cour d’appel se déclarera-t-il incompétent ? Au profit du
parquet général près la cour de cassation ? (CSJ) En cas de fixation du dossier, devant quelle
juridiction sera-t-elle faite ? Devant la cour d’appel ou devant la cour de cassation ?

V. Discussion en droit

Ceci montre que la question des immunités et de privilège n’est pas si


maigrichonne qu’on le pense.

En effet, elle serait encore abordable si pas fascinante lorsqu’il pourrait s’agir
d’une personne non bénéficiaire du privilège de juridiction qui acquiert une qualité qui le lui
confère ; ici, la solution serait simple quant à la juridiction compétente dès lors même pour
une infraction antérieure à sa qualité, la juridiction compétente serait celle personnellement
compétente et non celle matériellement compétente.

Une autre hypothèse est à envisager lorsqu’une personne perd la qualité lui
conférant le privilège de juridiction ici, en cas de poursuites, la personne sera traduite devant
la juridiction matériellement compétente et non celle personnellement compétente.
[9]

A la lumière de la question épineuse sous examen, en se référant au fait que le


législateur congolais apprécie le privilège de juridiction tout aussi bien au moment de la
commission de l’infraction qu’au moment du dépôt de la plainte.

Ainsi, lorsqu’une personne se trouve dans la première hypothèse, elle ne peut


plus bénéficier du privilège de juridiction si, au moment de sa poursuite, elle n’a plus cette
qualité. Et c’est devant le tribunal compétent matériellement que son dossier sera envoyé en
fixation.

Dans la seconde hypothèse, lorsqu’une personne commet l’infraction avant


qu’elle n’ait la qualité lui donnant droit au privilège de juridiction, c’est le tribunal compétent
personnellement qui va connaitre de son dossier et non la juridiction matériellement
compétente.

Revenons à nos moutons, puisqu’il s’agit d’un député alors provincial, les
infractions commises par lui, cette situation fait en sorte que de par sa qualité, il est
justiciable de la cour d’appel en vertu de l’article 91 de la loi n°13/011-B du 11 Avril 2013
portant organisation, fonctionnement et compétence des juridictions de l’ordre judiciaire qui
dispose : « … les cours d’appel … connaissent également des infractions commises par les
membres de l’assemblée provinciale … » ceci suppose, pensons-nous, que la cour d’appel est
compétente pour les infractions commises par les personnes ayant la qualité de membre de
l’assemblée provinciale, au moment de la commission de l’infraction ou au moment du dépôt
de la plainte.

Sans aucune peur d’être contredit, une personne peut commettre une infraction
avant qu’elle n’ait la qualité de membre de l’assemblée provinciale mais dont la plainte est
déposée pendant qu’elle a déjà cette qualité, ici, la juridiction compétente sera la cour d’appel
et non la juridiction matériellement compétente. Tout logiquement par contre, les infractions
commises lors de sa qualité ou de son mandat et qu’une fois les poursuites engagées en cours
de son mandat, la juridiction compétente est celle personnelle et non matérielle en
compétence.

Car, une fois les fonctions de député provincial ont cessé, la qualité tombe et
par conséquent, le privilège de juridiction aussi, car vraisemblablement le législateur a exclu
de la compétence de la cour d’appel les infractions commises par les anciens membres des
assemblées provinciales en se prononçant en ces termes : « … des infractions commises par
les membres de l’assemblée provinciale … ».
[10]

Cependant, le cas sous étude, les immunités de poursuites à l’endroit du député


provincial ont été levées par son assemblée provinciale où il était membre ; de ce fait, les
poursuites ont été amorcées par le parquet général près la cour d’appel en toute compétence
légale.

Mais en cours d’instruction, le député provincial change de qualité en


devenant député national, le parquet général près la cour d’appel doit-il arrêter les poursuites
au profit du parquet général près la cour de cassation (cour suprême de justice).

En principe, pour être justiciable de la cour de cassation, au regard de l’article


93 de la loi organique sur les juridictions de l’ordre judiciaire il faut au sens de cette
disposition que nous reprenons ici : « la cour de cassation connait en premier et dernier
ressort des infractions commises par … les membres de l’assemblée nationale et du sénat
… ».

Ceci signifie sans peur d’être encore une fois contredit que, la cour de
cassation est compétente pour les infractions commises par les personnes ayant l’une des
qualités sus évoquées. C’est-à-dire les infractions commises par … ceci suppose que la
plainte soit déposée même pour une infraction antérieure à la qualité, au moment où la
personne est membre de l’assemblée nationale ou du sénat.

Eventuellement pour les infractions commises pendant que la personne à cette


qualité. C’est-à-dire pendant toute la durée de son mandat.

Ceci est corroboré par l’article 74 de la loi sur procédure devant la cour de
cassation qui dispose : « l’officier de police judiciaire ou l’officier du ministère public qui
reçoit une plainte, une dénonciation ou constate l’existence d’une infraction même flagrante
à charge d’une personne qui, au moment de la plainte ou du constat est membre du
parlement, transmet son procès-verbal directement au procureur général près la cour de
cassation et en avise ses chefs hiérarchiques de l’ordre judiciaire … ».

Ici, encore, la compétence de la cour de cassation est appréciée par rapport au


moment du dépôt de la plainte ou au moment de la commission de l’infraction, d’où le
vocable : « … au moment de la plainte ou du constat est membre du parlement ». Comme on
le sait, l’on ne constate qu’au moment de la commission de l’infraction sans prétendre
engager des débats interminables sur la notion du temps par rapport aux infractions
flagrantes, qui ne fait pas partie de notre thématique.
[11]

Revenons encore à nos moutons, le député provincial qui a du changé de


qualité en devenant député national, dans ce contexte sera-t-il poursuivi par le parquet général
près la cour de cassation ?

En principe oui, si la plainte a été déposée pendant qu’il a cette qualité de


député national.

En principe oui encore si l’infraction était commise pendant qu’il a la qualité


de député national.

En principe oui encore et encore si elle était une personne sans qualité et que la
plainte et les poursuites ont été entamées pendant qu’elle a acquis cette nouvelle qualité.

Cependant, il a été jugé par la cour suprême de justice en date du 23 Décembre


1986, RPA 121, aff. Kitaba et Endungu contre M.P et Succession Mwinyi que : « Le but du
privilège étant d’éviter que le juge saisi ne soit influencé par les fonctions du prévenu, c’est
sa qualité au moment des poursuites qui détermine le juge compétent. Est ainsi justiciable de
la cour d’appel le prévenu qui au moment de la commission des faits était chef de Division et
qui, au moment des poursuites, était devenu directeur» (Katuala Kaba Kashala, Arrêts de
principe et autres principales décisions de la cour suprême de justice, éd. Batena Ntambua,
Kinshasa, 2009, p. 264).

Au-delà de toute prétention, l’interprétation donnée à cet arrêt serait la


suivante :

« Un ancien chef de Division, alors Directeur ayant commis une infraction en qualité de chef
de division, alors que pendant les poursuites il est devenu Directeur, la juridiction compétente
ne sera plus le tribunal de grande instance à raison du fait qu’il était chef de division au
moment de la commission des faits, mais plutôt la cour d’appel au regard de ses nouvelles
fonctions.

Tenez, ici, le législateur a voulu démontrer le but même du privilège de juridiction comme le
dit Gabriel Kilala, c’est un moyen destiné à empêcher le bénéficiaire d’user de sa situation
pour faire pression sur le juge ».

Pour répondre à la question, nous affirmons que le parquet général près la cour
d’appel doit se dessaisir au profit du parquet général près la cour de cassation (cour suprême
de justice) qui devra désormais poursuivre l’actuel député national étant donné qu’en cas de
[12]

fixation de dossier c’est la cour de cassation qui sera compétente. Disons donc, qu’une
opinion contraire ne serait qu’aux antipodes de la volonté ici, affichée du législateur.

A tout prendre, la cour de cassation au regard de la compilation ou de la


combinaison de l’article 93 de la loi organique de 2013 sur les juridictions de l’ordre
judiciaire et de l’article 74 de la loi organique de 2013 sur la procédure devant la cour de
cassation est compétente pour connaître les infractions commises par les personnes citées à
l'article 93 al. 1 pendant la durée de leur mandat, et pour les infractions commises avant
l’acquisition de l’une des qualités, à moins que la plainte ait été déposée au moment où la
personne a cette nouvelle qualité c’est-à-dire de député national,…

Même alors, la jurisprudence en question n’a fait que résoudre une partie de la
problématique car une question encore pertinente reste pendante, celle de savoir faudra-t-il
lever une nouvelle fois les immunités ? Erreur ! Les immunités parlementaires couvertes par
l’inviolabilité parlementaire sont levées en guise d’entamer les poursuites ; ici, les poursuites
ont été entamées à la suite de la levée des immunités par l’assemblée provinciale, rendant le
député provincial en un individu libre d’être poursuivi.

Si elles sont de nouveau levées, elles pourront être considérées comme des
simples dilatoires (Mukadi Bonyi et Katuala Kaba Kashala, Procédure civile, éd. Batena
Ntambua, Kinshasa, 1999, p. 73) un peu comme pour employer le concept de procédure
civile.

Dans ce cas, les poursuites vont continuer cette fois-là non au parquet général
près la cour d’appel mais plutôt au parquet général près la cour de cassation, étant donné que
le parquet général près la cour d’appel est incompétent de poursuivre un député national.
Simplement pensons-nous que le dossier sera transmis en communication auprès du
procureur général près la cour de cassation pour disposition et compétence. C’est ces mêmes
immunités qui ont été enlevées lorsque la personne avait la qualité de député provincial qui
seront considérées en présence, étant donné qu’il a été jugé que « la levée l’immunité
parlementaire ne limite pas l’autorisation d’exercer les poursuites judiciaires à quelque
infraction, à mais s’étend à toutes celles pour lesquelles cette autorisation a été sollicité »
(C.S.J., 5 octobre 1979, RP 21 aff. MP c/ Ilunga et consort BA. 1984 p. 277). Car
l’acquisition de la nouvelle qualité de député national est intervenue au moment des
poursuites si pas pendant les poursuites.
[13]

Ainsi, les poursuites commencent lorsque l’officier du ministère public est


avisé des infractions qui sont commises soit par des plaintes déposées par les victimes de ces
infractions, soit par des dénonciations faites par des tiers, des particuliers ou par des autorités
publique qui sont dans l’obligation d’en avertir les autorités judiciaires, soit enfin l’une ou
l’autre façon (Luzolo Bambi, Op.cit, p. 379). Sous réserve de ce que l’opportunité des
poursuites de fois est laissée à l’appréciation du ministère public1.

VI. Conclusion

Que conclure au sujet aussi pertinent que d’actualité qui vivifie le droit
judiciaire congolais ou mieux la procédure ! Ainsi, comme pourrait l’affirmait d’aucun, le
droit des obligations est pour le juriste ce qu’est le sang pour le corps humain, cependant, la
procédure est ce qu’est les veines pour le sang.

Il apert que le privilège de juridiction conféré par le législateur à un nombre


infine de personnes suite aux fonctions par elles occupées dans la société les rendant ainsi
justiciables non de la juridiction matériellement compétente mais plutôt celle qui se
détermine personnelle. Il ne s’agit pas en fait d’un privilège comme on pourrait le croire au
concept de droit civil l’avantage accordé à un créancier d’être préféré par rapport aux autres
créanciers. Il s’agit plutôt d’un moyen destiné à empêcher le bénéficiaire d’user de sa
situation pour faire pression sur le juge.

Ainsi aussi, le législateur s’est montré pointu par rapport à la question étant
donné qu’il apprécie le privilège de juridiction tant au moment de la commission de
l’infraction qu’au moment de la plainte. C’est ce qui ressort bien évidemment de la
pertinence des articles 89, 91 et 93 de la loi n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire lorsqu’elle
dispose en ces termes : « …les tribunaux de grande instance connaissent en premier ressort
des infractions commises par … » (article 89), « … les cours d’appel connaissent les

1
En Droit judiciaire du système romano-germanique, il existe deux théories en matière d’exercice de poursuite : d’une part la légalité des
poursuites et de l’autre l’opportunité des poursuites, dans la première théorie, tout délinquant quel qu’il soit ou quel que soit l’infraction,
grave ou mineur, qu’il a commis, doit obligatoirement être jugé, car il y a là parfaite égalité de tous devant la loi. La loi, quelle que soit sa
rigueur, quelles que puissent être les conséquences humaines, sociales et économiques de sa stricte application doit être trop rigide en
exigeant que toute infraction soit punie et que tout coupable soit châtié. Ce système exclu la transaction, la médiation et tous les modes
alternatifs à la poursuite pénale. Il est donc rigoureux mais présente l’inconvénient de ne pouvoir tout poursuivre d’où l’encombrement
des juges.
Alors que dans la deuxième théorie, on admet que certaines poursuites pénales peuvent causer un malaise plus grand et de produire un
préjudice plus considérable que le dommage résultant de l’infraction. Ainsi, en cas de commission de l’infraction, l’OMP apprécie au
regard des éléments en rapport avec ladite infraction la valeur positive des poursuites qu’il est appelé à engager, il lui est donc laissé la
faculté de poursuivre ou non une infraction dont il a eu connaissance, d’où le bien fondé du classement sans suite.
[14]

infractions commises par… » (Article 91) et « … la cour de cassation connait en premier et


dernier ressort les infractions commises par… » (Article 93).

Ici, le législateur est très exigeant en ce sens qu’il démontre que la compétence
personnelle des juridictions doit être appréciée à partir de la qualité du prévenu, d’où le
concept « infraction commise par ». Ceci est d’autant plus vrai car l’article 74 de la loi
n°13/010 du 19 Février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation dispose que :
« l’officier de police judiciaire ou l’officier du ministère public qui reçoit une plainte, une
dénonciation, ou constata l’existence d’une infraction à charge d’une personne qui au
moment de la plainte ou du constat est membre du parlement… » .

A ce titre, le législateur se montre aussi véreux qu’auparavant afin d’assoir


l’indépendance du juge dans sa prise de décision d’où le bien-fondé de l’institution privilège
de juridiction.

Dans notre hypothèse, celle du passage du député provincial au député


national dont le changement de qualité est intervenu en cours de poursuites ; le parquet
général près la cour d’appel instruisant le dossier doit, comme on l’a affirmé ici, se dessaisir
au profit du parquet général près la cour de cassation. Comme on le sait bien, le député
national est justiciable de la cour de cassation, ce qui serait d’autant plus logique que son
dossier soit instruit au parquet près cette cour. Car dans tous les cas, il a été jugé que le but du
privilège étant d’éviter que le juge saisi ne soit influencé par les fonctions du prévenu, c’est
sa qualité au moment de poursuite qui détermine le juge compétent. Est ainsi justiciable de la
cour d’appel le prévenu qui, au moment de la commission de fait était chef de division et qui
au moment de poursuites était devenu directeur.

Dans notre cas, au regard de cette jurisprudence qu’est ainsi justiciable de la


cour de cassation le prévenu qui, au moment de la commission des faits était député
provincial et qui, au moment des poursuites était devenu député national. Disons donc que
point n’est besoin d’épiloguer sur la question car l’interprétation de cette jurisprudence est
bien claire même sans lunettes. Cependant, quid des immunités qui ont été levées par
l’assemblée provinciale de l’ancien député provincial à ce jour député national ? A réflexion
libre, la contradiction n’est pas de mise car affirmons tous que le but de la levée des
immunités parlementaire couvertes par l’inviolabilité parlementaire est de permettre que le
député en présence soit poursuivi car aussi sans la levée de celles-ci il ne serait aucunement
poursuivi sauf le cas d’infraction flagrante. Or, les immunités ont été déjà levées faudra-t-il
[15]

les lever de nouveau ? Pourquoi faire ? Admettons sans relâche que nonobstant l’acquisition
d’une nouvelle qualité par le député provincial celle-ci, n’entache en rien les poursuites mais
plutôt la compétence de la juridiction au regard de sa nouvelle qualité.

Et comme on le sait bien, encore, que le législateur voulait pour harmoniser le


but du privilège de juridiction que les personnes justiciables d’une juridiction x soient
entendues par le parquet près cette juridiction x.

BIBLIOGRAPHIE

Textes de loi
Loi n°23/2002 du 18 Novembre 2002 portant code judiciaire militaire
Loi organique n°13/011-B du 11 Avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences des juridictions de l’ordre judiciaire.
Loi n°13/026 du 15 Octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour
constitutionnelle
Loi organique n°13/010 du 19 Février 2013 relative à la procédure devant la cour de
cassation
Règlement intérieur de l’assemblées nationale adoptée le 23 Novembre 2006 tel que
révisé à ce jour

Ouvrages
1. Kambala Mukendi, Eléments de droit judiciaire militaire congolais, éd. UF,
Kinshasa, 2009
2. Katuala Kaba Kashala, Arrêts de principe et autres principales décisions de la cour
suprême de justice, éd. Batena Ntambua, Kinshasa, 2009
3. Kilala Gabriel, Immunités et privilèges en droit positif congolais, éd. AMUNA,
Kinshasa, 2010
4. Luzolo Bambi, Manuel de procédure pénale, éd. PUC, Kinshasa, 2011
5. Mukadi Bonyi et Katuala Kaba Kashala, Procédure civile, éd. Batena Ntambua,
Kinshasa, 1999
6. Pungwe Nemba N., Guide pratique des magistrats du parquet, Tome I, éd. SDEMJ,
Kinshasa, 2006