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Petit cours n°2 - Luc Lasne 2017

L’origine des trois constantes


«Une seule chose est constante, permanente, c’est le changement.»

Héraclite (-542 -480)

En physique, en électricité, magnétisme, électromagnétisme, optique ou même en


propagation des ondes, vous avez certainement remarqué que certaines
« constantes fondamentales » apparaissent au détour de toutes les équations et relations...
Une recherche rapide sur Google nous apprend, en réponse aux mots clés « constante » et
« physique », que les « constantes universelles » sont la vitesse de la lumière , la
perméabilité magnétique du vide , la permittivité électrique du vide et la constante
de Planck . Mais si vous voulez en savoir plus sur ces constantes, et en particulier sur celles
de l’électromagnétisme, vous serez surpris de constater que la plupart des ouvrages ou des
sites considèrent leurs valeurs comme acquises, connues, ou simplement comme « associées
au système international d’unités ». Souvent, la valeur d’une constante y est obtenue ... en
utilisant les valeurs des autres et une équation qui les relient.
Il est donc légitime de se demander comment ont été trouvées ou postulées les valeurs de
ces constantes, et laquelle en particulier constitue « l’origine » du calcul des autres.

Les constantes de l’électromagnétisme


Parmi les grandes constantes utilisées dans les diverses matières de la physique, un petit
nombre occupe une place de choix car leurs valeurs sont nécessaires à l’écriture des
relations existant entre les grandeurs de l’électromagnétisme. En y adjoignant la constante
de Planck qui est la base de la physique quantique, ces constantes agrémentent les
équations de Maxwell, toute la physique des semi-conducteurs, l’optique, la physique des
particules, etc. Parfois appelées « universelles » ou « fondamentales », ces constantes font
partie d’un nombre très réduit de grandeurs qui conditionnent fortement la structure de
l’univers dans lequel nous vivons.
NB : Un astrophysicien Britannique, Martin Rees, a d’ailleurs écrit un livre « Just Six Numbers : The Deep Forces
That Shape the Universe » (1999) dans lequel il distingue juste 6 constantes comme étant les piliers de tous les
phénomènes physiques.

Les constantes de l’électromagnétisme sont les suivantes :


• La vitesse de la lumière (célérité) : . / (299.792.458 m/s)
• La perméabilité magnétique du vide : . . . . . /

• La permittivité électrique du vide : . . . . /


.
La formule fondamentale qui les relie, et qui sera démontrée dans le cours n°3 à partir de la
vitesse de propagation de l’onde électromagnétique est :
1
.

( ( (
Effectivement, il apparaît bien que : 4. $. 10 &
' . 10 ,
)*.+ ,.( -. ).( / 0

En parcourant plusieurs sites, ou plusieurs livres, on relève que la formule précédente est
(
utilisée pour écrire la vitesse de la lumière ! ou encore la permittivité du vide
123 .43
(
, autrement dit ce sont ces deux dernières qui semblent être exprimées en
23 .5²
fonction de mais pas le contraire, ce qui ferait de la constante « d’origine » ?

Théorèmes fondamentaux, grandeurs définies et grandeurs dérivées


Les deux théorèmes fondamentaux constituant la base de l’électromagnétisme sont le
théorème d’Ampère et le théorème de Gauss, qui sont rappelés ci dessous :
• Théorème de Gauss

Il formalise le fait que le champ électrique 678 et la force électrique élémentaire 98 :. 678
rayonnent dans toutes les directions à partir des charges électriques qui les créent. Sur la
figure 2.1 apparait un ensemble de charges Q>0 centré sur le point O. Quelque soit le point
M de l’espace où serait présente une charge q, cette dernière serait simplement attirée (si
q<0) ou repoussée (si q>0) par la charge centrale Q. Ainsi, « l’action » des charges Q serait
uniquement portée par la direction du vecteur 7777778
;<, et c’est très intuitif !

E
M
dS
Charge Q

O
Sphère S
R

Figure 2.1 : Charge centrale et champ radial


Il est alors facile d’admettre que le champ électrique 678 développé par l’ensemble de charges
Q, tout comme la force d’attraction ou de répulsion correspondante, présente une sorte de
répartition « radiale » (représentée de façon symbolique sur la figure par les vecteurs gris de
la figure).
En imaginant une surface fermée S qui contiendrait totalement l’ensemble de charges Q, par
exemple la sphère de rayon R représentée sur la figure 1.1, la « somme des champs
interceptés » sur toute la surface de la sphère ne serait dû qu’à l’intégralité de la charge Q
disposée à l’intérieur. C’est cela précisément que le théorème de Gauss formule : « Le flux
du champ électrique intercepté par une surface fermée S est égal à la somme des charges
intérieures au volume multipliée par le coefficient 1/ ». Dans ce cadre, le terme ε
représente donc juste une sorte de facteur d’échelle entre les unités du flux et de la charge
électrique...
L’écriture mathématique du théorème est :
1
77778
> 678 . ?@ . B CDEFéHDIJHK à A
A

Cette relation permet, de façon très puissante, de déterminer le champ électrique produit
par des charges dans des configurations simples. D’après certains physiciens, comme Richard
Feynman (électromagnétisme 1) : « Le théorème de Gauss contient toute l’électricité
statique ».
Traitons un exemple : Servons nous du théorème pour formaliser l’écriture du champ
électrique dans l’exemple de la figure 1.1.

La charge totale Q positionnée en O produit à une distance R un champ radial 678 tel que :
77778 N . Dans cette expression 678 représente une fonction inconnue. La symétrie du
MA 678 . ?@ 43

problème imposant le fait que le champ 678 est radial et uniforme sur toute la surface de la
sphère, son produit scalaire avec le vecteur 77778
?@ (surface élémentaire orientée vers l’extérieur
et normal à la surface) sera simplement égal en tout point de la sphère au produit 6. ?@.
77778
Ainsi : MA 678 . ?@ MA 6. ?@ 6. MA ?@ 6. 4$. O²
N
43

Le champ électrique à la distance R du centre O s’écrira donc directement :


C
6
. 4$. O²
Une remarque importante : Dans la formulation du théorème de Gauss, la présence
particulière du coefficient traduit pour moi le fait qu’il ne « définit » pas à proprement
parler le champ électrique à partir de la répartition des charges. En réalité la définition du
champ électrique réside dans l’expression de la force électrique 98 :. 678 . Cette relation
explicite le fait que le 678 représente la force par unité de charge agissant sur les particules
chargées, et rien d’autre ; d’où l’absence de constantes dans cette expression. Le théorème
de Gauss, lui, relie la répartition du champ à la charge totale présente dans un volume, il ne
le « définit » pas mais permet de façon très puissante de calculer sa répartition et de
formaliser les propriétés de conservation de la charge…
• Théorème d’Ampère
Le théorème d’Ampère est un véritable bijou. Pour bien l’appréhender il faut repartir des
observations faites sur le magnétisme élémentaire, et en particulier sur les « lignes de
champ » magnétiques qui apparaissent dans certaines expériences comme celle de l’aimant
en barreau posé sur un lit de limaille de fer. La figure 2.2 illustre ce qui apparaît dans cette
expérience dans le cas où l’aimant est réalisé avec un noyau de fer doux excité par un
bobinage parcouru par un courant électrique.
Le résultat, très visuel, des formes qui se dessinent dans cette expérience nous force à
admettre que les phénomènes liés au magnétisme présentent une tendance incontournable
à « circuler » entre deux pôles en présentant des « trajets fermés ».
L’idéal pour bien saisir le théorème est alors de « suivre » une ligne de champ fermée
comme celle notée « 1 » sur le schéma. Tout au long de cette ligne, on rencontre un champ
tangent au déplacement et toujours dirigé dans le même sens (la ligne a été choisie pour
ca !). En imaginant qu’on « additionne » alors toutes les « valeurs » du champ le long du
trajet, le résultat devrait être non nul. En revanche, en imaginant suivre le trajet « 2 » la
moitié du cheminement ferait suivre un champ de même sens, et la seconde moitié un
champ de sens opposé. La somme le long du trajet « 2 » donnerait alors un résultat nul.
Qu’est-ce qui permet alors de distinguer les deux trajets suivis ?

Trajet « 1 »

Trajet « 2 »

Figure 2.2 : Lignes de champ magnétique et « trajets fermés »


La réponse à la question précédente tient dans le fait que le trajet « 1 » est traversé par les
courants du bobinage qui créent l’aimantation, alors que le trajet « 2 » n’est traversé par
aucun courant. On comprend alors que l’aimantation présente des circonvolutions qui
« enlacent » les courants qui la créent. Ampère a eu ainsi la formidable idée de définir le
« champ magnétique » P 78 comme la grandeur dont la circulation autour d’un trajet fermé est
tout simplement égale à la somme des courants qui traversent ce trajet. Autrement dit, la
78 le long d’un contour fermé Γ est égale à la somme des courants qui
« circulation » de P
traversent ce contour. L’écriture mathématique du théorème est alors :

78 . 7778
RP ?S B TFHUVIHKUEF W
W

Comme pour le théorème de Gauss, l’écriture intégrale de la relation entre champ


magnétique et courants est très puissante pour résoudre des problèmes présentant des
géométries simples. Par contre vous ne « voyez » dans cette formule qu’une relation entre
les courants électriques et le champ magnétique et vous vous demandez comment on
pourra expliquer avec ca l’action des aimants permanents ? Ampère a aussi dû se poser la
question et il a été le premier à proposer que le magnétisme de la matière soit dû à la
circulation de courants à l’échelle atomique… Quelle foi en son théorème !
Traitons un exemple : Utilisons le théorème pour formaliser le champ magnétique créé à la
distance R d’un fil électrique rectiligne parcouru par un courant T (voir figure 2.3).

M dl

O R x
Γ i
Ligne de champ
( rayon R )
z

Figure 2.3 : Champ magnétique créé par un fil rectiligne parcouru par un courant

Imaginons un fil électrique portant un courant i dirigé le long de l’axe (O,z), en l’absence de
tout matière ou de tout courant extérieur. Par raison de symétrie, le champ magnétique
« s’enroulant » autour du courant va décrire des lignes de champ parfaitement circulaires
dans des plans perpendiculaires à (O,z). Dans le plan (O,x,y) par exemple tout point M situé à
78 tangent au cercle de centre O et de rayon R.
la distance R du fil « verra » un vecteur P
L’expression du théorème d’Ampère le long du contour Γ volontairement choisi comme une
ligne de champ continuellement tangente au champ, donnerait :

RP 7778
78 . ?S R P. ?S P. R ?S P. 2$O BT T
W W W

78 à la distance R du fil pourra être directement exprimé comme :


Ainsi, le champ P
T
P
2$. O

Une remarque importante : Dans la formulation du théorème d’Ampère, aucun coefficient


n’apparaît entre le champ magnétique et les valeurs des courants. Cela trahit le fait que ce
théorème constitue une définition du vecteur champ magnétique ! Il apparaît ainsi comme
une grandeur fondamentale liée au courant électrique qui est la seule unité de l’électricité
faisant partie des 7 unités du système international (SI).
En revanche, à l’image de la force électrique évoquée plus haut, la force magnétique créée
78 s’écrit
sur une particule de charge q se déplaçant à la vitesse Y8 dans une « induction » Z
98 :. Y8^Z78 . Dans cette définition, aucun coefficient n’apparaît ce qui signifie que le champ
Z78 est défini comme l’origine de la force et de l’effet mécanique sur les charges en
mouvement. De la même manière, la force de Laplace s’appliquant à des conducteurs
parcourus par des courants et baignés dans une induction Z 78 normale s’écrit sans coefficients
correcteurs : 9 T. S. Z.
78 et P
Il apparaît donc plutôt naturel que les champs Z 78 ne soient pas identiques et qu’il existe
un rapport permettant de passer de l’un à l’autre. Ce rapport dépendant donc du système
international d’unités est la fameuse « perméabilité magnétique du vide » : .

On retiendra alors : 78
Z 78
.P

Le calcul de la valeur de dans le système SI


La définition de l’intensité du courant électrique (A), dans le cadre du système international
d’unités (S.I.), est la suivante : « un Ampère est l’intensité d’un courant constant qui, s’il est
maintenu dans deux conducteurs linéaires et parallèles de longueurs infinies, de sections
négligeables et distants d’un mètre dans le vide, produit entre chacun de ces deux
conducteurs une force linéaire égale à 2.10-7 N par mètre de conducteur ».
Représentons la configuration envisagée dans cette définition sur la figure 2.4.
Ligne de champ O
( rayon 1 m) 1m M

i=1 A
i=1 A

Figure 2.4 : Force créée par deux courants dans deux fils rectilignes parcourus par 1A

Le module du champ magnétique produit par le courant de gauche au niveau du conducteur


de droite, par exemple, s’écrit en vertu de l’exemple traité autour de la figure 2.3 :
D (
P avec S 1 ^ et T 1 _, donc : P .
\+.] \+

La force de Laplace qui s’applique sur 1m de ce conducteur s’écrit par ailleurs : 9 T. S. Z


(
avec T 1 _ et 1 ^ , donc : 9 1'Z .P . 2. 10 &
.
\+

Ainsi, il suffit d’extraire de la relation précédente pour obtenir :


4. $. 10 &
(S.I.)
NB : les conversions des différentes grandeurs en unité S.I. donnent pour cette grandeur des : `a. ^. _ \ . b \
mais on retient souvent une unité plus « compacte » : le H/m. En effet, comme Z 78 .P78, l’unité de peut
être vue comme c d cfd
ced g g.i² Pj .
h/i h.i ^

Ainsi, en retenant pour la vitesse de la lumière ! 3. 10l ^/b et en utilisant la formule qui
( (
sera démontrée dans le cours n°4 : . , il vient . 10 ,.
5² )*.+

NB : les conversions des différentes grandeurs en unité S.I. donnent pour cette grandeur des : _\ . b m . `a ( . ^ )
mais on retient souvent une unité plus « compacte » : le F/m. En effet, comme n 78 . 678 , l’unité de peut être
vue comme c d
cod q/i² q 9j .
cpd r/i r.i ^