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Petit cours n°4   ‐   Luc Lasne 2017 

La propagation de l’onde électromagnétique  
«  Cela n'a aucune espèce d'application. C'est juste une expérience qui permet de prouver que le
maître Maxwell avait raison — nous avons simplement ces ondes électromagnétiques mystérieuses
que nous ne pouvons voir à l'œil nu. Mais elles sont là.» 

Heinrich Hertz (1857‐1894) 

 
Depuis le 19ème siècle, et en particulier après la mise en évidence des phénomènes prédits 
par les équations de Maxwell, un éclairage tout particulier est apparu sur l’électricité et le 
magnétisme :  ce  sont  deux  phénomènes  indissociables  et  « couplés »,  liés  par  nature  et 
pouvant  faire  apparaître  des  phénomènes  de  propagation.  On  parle  dans  ce  cas  « d’onde 
électromagnétique ». 
L’équation générale de propagation sans dissipation à une dimension 
De façon générale, les phénomènes ondulatoires sont très répandus et même très tangibles. 
Imaginez  simplement  que  vous  jetez  un  caillou  dans  l’eau  d’un  lac.  Vous  visualisez  alors 
immédiatement  des  cercles  concentriques  qui  se  propagent  à  partir  du  point  d’impact, 
comme  le  représente  la  figure  4.1.  Analysons  alors  le  phénomène  dans  une  seule  des 
directions de propagation, un seul rayon représenté également sur la figure par l’axe (0,x). 

O

temps : 0
d=c.t  x 

temps : t

 
Figure 4.1 : Propagation des « ronds dans l’eau » 

En relevant à un instant   la forme de la surface de l’eau le long de l’axe, celle ci apparaît 
comme une fonction   où   représente la distance par rapport au centre des cercles. Un 
instant  plus  tard,  au  temps  ,  le  profil  des  ondulations  se  sera  déplacé  vers  l’extérieur,  la 
forme globale étant conservée. Tout se passe comme si le profil initial avait « glissé » le long 
de l’axe des   avec le passage du temps. 
Dans  ce  cadre,  la  fonction  représentant  l’onde  et  son  déplacement  apparaît  comme  une 
fonction de   et de   qui s’écrira classiquement :  
, .  
On  peut  alors  se  demander  pourquoi  introduire  dans  cette  fonction  un  signe  moins  et  un 
facteur c... La réponse est facile à identifier : Au temps   l’onde paraît être juste translatée 
selon  l’axe  des  x  d’une  certaine  distance  .  Cette  distance  peut  être  écrite  comme  une 
« vitesse  de  propagation »  appelée    (pour  « célérité »)  que  multiplie  la  différence  de 
temps :  .  . Comme l’onde se déplace dans le sens des   croissants, la forme qu’elle 
présente à un instant    est la même que celle qu’elle présentait à l’instant 0 mais translatée 
de la distance   : d’où le terme  .  dans la fonction. 
 En  ce  qui  concerne  l’onde  qui  se  propage  dans  la  direction  des  0,  un  raisonnement 
identique conduirait à une fonction s’écrivant : 
, .  
Ce  type  de  phénomène,  où  une  forme  d’onde  « progresse »  le  long  d’un  axe  (ou  de 
plusieurs)  fait  ainsi  apparaître  une  « onde  progressive »  (sens  des  0)  et  une  « onde 
rétrograde » (sens des  0) qui doivent toutes les deux vérifier des conditions d’existence. 
NB : la célérité de l’onde est simplement la vitesse de propagation de l’onde le long de l’axe. Son unité S.I. sera 
le m/s. 

Comme la propagation de l’onde est un phénomène dynamique, il semble une bonne idée 
de s’intéresser aux dérivées spatiales et temporelles de la fonction  ,  qui la décrit. En 
appelant  .  la variable « spatiotemporelle », on peut alors écrire : 
,
. .  

 Ainsi : 
² , ² ²
. . ².  
² ² ²
Par ailleurs : 
,
.  

Et : 
² , ² ²
.  
² ² ²
On remarque alors que : 
² , ² ,
².  
² ²
Cette  équation  est  très  célèbre,  elle  porte  le  nom  d’  « équation  de  D’Alembert »  et  est 
particulièrement  appréciable  car  elle  est  basée  sur  les  hypothèses  les  plus  générales 
concernant la propagation d’un phénomène quelconque. 
On pourrait alors se demander pourquoi D’Alembert n’a pas retenu la relation portant sur 
, ,
les  dérivées  premières :  .   comme  caractéristique  de  la  propagation  …  Il 
faut  alors  remarquer  que  cette  dernière  n’est  pas  vérifiée  pour  l’onde  rétrograde  décrite 
par . . En revanche la relation portant sur les dérivées secondes l’est ! Le type de 
solution générale qui la vérifie est alors du type : . .  . 
Une  onde  qui  se  propage  peut  donc  de  façon  générique  être  vue  comme  la  superposition 
d’une onde progressive et d’une onde rétrograde vérifiant l’équation de D’Alembert. 
 
L’équation générale de propagation sans dissipation à trois dimensions 
Intéressons  nous  au  cas  particulier  d’une  onde  se  déplaçant  dans  l’espace,  dans  une 

direction portée par le vecteur unitaire    (comme ce vecteur est unitaire, on aura bien 

sûr :  ² ² ² 1).  
On se restreindra au cas particulier d’une onde dite « plane », c'est‐à‐dire évoluant dans le 
plan normal à  , ce qui sera particulièrement utile pour la suite.  
NB : Bien d’autres cas existent, mais il est assez pratique de s’intéresser à ce cas particulier d’abord. 

O y 

 
Figure 4.2 : Propagation d’une onde plane 

Le  long  de  l’axe  de  propagation,  comme  par  exemple  dans  le  plan  repéré  par  le  point P, 
l’onde peut être décrite par une fonction : 

, , , .    où      . . . .  
Ainsi, on peut formuler la fonction qui décrit l’onde comme : 
, , , . . . .  
Il  est  alors  possible  de  suivre  la  même  démarche  que  précédemment  pour  établir  les 
dérivées secondes de la fonction suivant toutes les variables : 
, , ,
. .  

Et : 
² , , , ² ²
. . ². 1  
² ² ²
De la même manière, on aura :  
² , , , ² ² , , , ²
². 2 et ². 3  
² ² ² ²
Enfin :
, , ,
. .  

 Ainsi : 
² , , , ² ²
. . ². 4  
² ² ²
 
En ajoutant terme à terme les équations (1), (2) et (3) on obtient : 
² ² ² ²
.  
² ² ² ²
Comme  ² ² ² 1, on identifie facilement l’équation de propagation : 
² ² ² 1 ²
.  
² ² ² ² ²
Le terme de gauche de cette équation ressemble à une « extension en trois dimensions » de 
la  dérivée  partielle  qui  apparaît  dans  l’équation  de  D’Alembert  en  une  dimension.  Dans  le 
cadre  d’un  « champ  scalaire »  , , ,   représentant  la  propagation  de  variations  d’une 
valeur simple (une température, une pression, …) ce terme s’appelle « le Laplacien » et est 
² ² ²
noté Δ .  
² ² ²

NB : Il ne faut pas confondre son symbole avec celui de l’opérateur nabla (   ) et il faut remarquer qu’il constitue 
lui  aussi  un  champ  scalaire  obtenu  qu’il  est  possible  d’exprimer  sous  la  forme  . . 
Cette dernière expression est alors parfois notée :  ² . 

On retiendra ainsi l’équation de D’Alembert en plusieurs dimensions comme :  
1 ²
Δ .  
² ²
 
Si l’onde est décrite par un champ vectoriel, comme ce serait le cas pour un champ de force, 
ou  encore  le  champ  électromagnétique,  les  développements  précédents  peuvent  être 
conduits  de  la  même  manière  sur  les  trois  coordonnées  du  vecteur  en  tout  point,  et 
²
l’équation obtenue s’écrit :       Δ .  
² ²

Dans  cette  expression  Δ   est  le  « Laplacien  vecteur »  ou  « Laplacien  vectoriel »  et 
² ² ²
Δ ² ² ²
² ² ²
représente le vecteur : Δ Δ  
² ² ²
Δ ² ² ²
² ² ²

Bien sûr, c’est un plus compliqué et confus exprimé comme ca, c’est pour ca que la notation 
Δ   est  utilisée  de  manière  à  identifier  de  la  même  manière  des  relations  de  propagation 
portant sur des grandeurs scalaires ou vectorielles. 
 
On  montre  enfin,  et  c’est  bien  pratique  pour  certains  développements  que  les  opérateurs 
Laplacien peuvent être écrits comme ceci : 

 Δ     (ce qui est quasiment trivial) 

 Δ   (ce qui est un peu moins trivial) 
 
L’onde électromagnétique dans le vide 
Reprenons un instant les superbes équations de Maxwell établies dans le cours n°3 : 

       0     

  .      .  

Si  le  cas  particulier  d’un  espace  vide  de  charges  électriques  (et  donc  de  courants)  nous 
intéresse, il suffit de considérer qu’alors les densités ρ et   sont nulles, ce qui donne le jeu 
d’équations suivant : 

0       0     

    .           .  

La symétrie très forte qui règne sur ces équations apparaît alors fortement, il la tentation est 
grande  de  les  combiner  pour  n’exprimer  qu’un  seul  champ  dans  une  même  relation.  Par 
exemple avec le champ électrique on peut former le Laplacien vectoriel en écrivant : 

Δ  
Comme  0 :      Δ .  

En « sortant » la dérivée du rotationnel on obtient alors : 

²
Δ . .  
²
Le tour est joué !  
En  faisant  pareil  avec  le  champ  magnétique,  il  apparaît  clairement    (une  fois  que  tout  le 
formalisme mathématique a été mis en place) que les deux champs vérifient deux équations 
de D’Alembert :  

²
Δ .  
²
²
Δ .  
²
Dans  ces  deux  expressions,  on  constate  que  seuls  des  champs  variables  (dans  le  temps) 
peuvent  se  propager  et  que  leurs  vitesses  de  propagation  sont  identiques.  On  relève  par 
identification : 
1
.  
²
La vitesse de la lumière dans le vide vérifie donc cette relation reprise dans le cours n°2. 
 
L’onde électromagnétique dans un matériau diélectrique et l’indice de réfraction 
Comme  la  vitesse  de  l’onde  électromagnétique  apparaît  corrélée  à  la  perméabilité 
magnétique et à la susceptibilité électrique de l’espace traversé, on peut s’intéresser à ce qui 
se passe si une onde évolue dans un milieu non magnétique (perméabilité   comme dans le 
vide) mais diélectrique et présentant une permittivité électrique   .   où  1 est la 
permittivité relative.  
En  l’absence  de  charges  libres,  le  jeu  d’équations  décrivant  l’onde  serait  le  même  que 
précédemment à la différence que  .  remplacerait  . 
Il  apparaît  alors  « lumineusement »  (c’est  le  cas  de  le  dire)  que  l’onde  présenterait  une 
vitesse   telle que : 
1
. .  
²
On pourrait alors écrire :  
1
.  

En parlant de « lumière » plutôt que « d’onde électromagnétique », on peut identifier dans 
cette expression le terme   comme « l’indice de réfraction », c'est‐à‐dire comme le quotient 
de la vitesse dans le vide par celle dans le matériau  : 

Ce résultat est très intéressant car il nous instruit sur le fait que les matériaux transparents, 
où  la  lumière  de  propage  à  une  vitesse  inférieure  à  celle  dans  le  vide  sont  aussi  des 
matériaux  diélectriques,  isolants  et  capables  de  se  polariser  électriquement.  Ces  deux 
phénomènes apparemment indépendants sont bel et bien couplés… ou même identiques. 
On voit ici un bon exemple de la « puissance » des équations de Maxwell et du formalisme 
utilisé qui, sous une apparence un peu rebutante a priori permet d’identifier de façon très 
claire et générale des phénomènes complexes mettant en jeu des grandeurs vectorielles et 
variables… 
 
Les caractéristiques du champ électromagnétique 
Intéressons  encore  au  cas  d’une  onde  plane,  mais  choisissons  une  configuration  qui  va  un 
peu  nous  simplifier  la  vie :  Prenons  la  direction  de  propagation  comme  l’axe  (O,x)  (voir 
figure 4.3) et supposons que l’onde est telle que les vecteurs   et   présentent une valeur 
identique dans tout le plan normal à (O,x), en d’autres termes : ces deux vecteurs ne vont 
dépendre que du temps et de la coordonnée   et on pourra écrire :  .  et 
. .  

.  
.  
O x 

P
 
Figure 4.3 : Propagation d’une onde plane suivant l’axe (O,x) 

Dans ce cadre particulier, les équations de Maxwell vont se simplifier considérablement. 
Profitons‐en pour détailler l’expression du rotationnel du champ électrique : 

.  
0

.  

Par identification des coordonnées, on écrit donc : 

.      et         .  

En introduisant  . , on peut identifier les dérivées :  

. . . .      et  de même :      . .  

Ainsi :          . .       et        . .  

Formons alors le produit scalaire   .  :  
0
. . . . . . . . . . 0 
. .
Le produit scalaire étant nul, on en déduit que les deux vecteurs sont orthogonaux ! 

De  plus,  il  est  habituel  de  faire  reconnaître  dans  .   l’induction    et  on  remarque  alors 
dans les expressions précédentes que  . . 
En conclusion, dans le cas particulier de cette onde plane, qui est une solution particulière 
de l’équation de propagation : 

 Les deux vecteurs   et   sont dans le plan de l’onde. 

  et   comme    et   sont orthogonaux. 

 On montrerait également que ( , ,  forme un trièdre direct. 

 .  
NB : Cette dernière relation a l’air d’indiquer que le champ électrique est « bien plus intense » que l’induction 
magnétique. Mais il faut revenir aux expressions des forces fondamentales  . .  où on constate 
que la force due au magnétisme est multipliée par la vitesse des charges qui peut être très élevée dans certains 
cas et rendre l’effet correspondant tout à fait prépondérant... Attention donc aux conclusions hâtives. 

 
La notion de polarisation 
L’onde plane que nous venons d’étudier vérifie l’équation de propagation en respectant les 
caractéristiques qui viennent d’être résumées. Mais rien ne dit dans cela que les vecteurs   
et   ne doivent pas « bouger » dans le plan de l’onde. L’attention particulière qu’on porte 
aux  directions  de  ces  vecteurs  dans  le  plan  de  l’onde  s’appelle  alors  la  « polarisation »  de 
l’onde.  
 Si les deux vecteurs restent parallèles à une certaine direction dans le trajet de l’onde 
selon l’axe (O,x) et le temps, on parle de « polarisation rectiligne ». Dans ce cas là, si 
l’onde  traverse  un  matériau  qui  favorise  ou  au  contraire  gêne  un  des  deux  champs 
dans  une  direction  donnée,  le  résultat  sera  spectaculaire  car  on  pourra  «laisser 
l’onde  passer »  ou  au  contraire  « l’atténuer  fortement »  quand  le  matériau  sera 
incliné  dans  un  certain  sens,  ou  pas.  Les  lunettes  polarisées  permettant  de  filtrer 
certains reflets ou encore de profiter des films en 3D fonctionnent sur ce principe, ce 
qui  sous  entend  que  les  lumières  observées  sont  des  ondes  planes  à  polarisation 
rectiligne. 
 Si  les  extrémités  des  deux  vecteurs  décrivent  un  cercle  dans  le  plan  de  l’onde,  on 
parle de « polarisation circulaire » et lors du déplacement le long de l’axe et au fil du 
temps les extrémités des vecteurs décrivent une spirale qui « s’enroule » autour de 
l’axe de propagation. 
 Si  les  extrémités  des  vecteurs  décrivent  une  ellipse,  on  parle  de  « polarisation 
elliptique ». 
La figure 4.4 illustre l’évolution spatiotemporelle d’une onde plane à polarisation rectiligne 
et celle d’une onde plane à polarisation circulaire. 

source de cette image : wikipedia 
 
Figure 4.4 : Onde plane à polarisation rectiligne et circulaire 
NB :  le  lecteur  aura  remarqué  qu’au  fil  des  développements  précédents,  les  notions  de  propagation,  de 
polarisation etc. rappellent fortement les attributs des phénomènes lumineux ... Eh bien disons que la lumière 
est une « onde électromagnétique comme les autres » ! 

NB : Dans ce cours, toute la partie sur la propagation de l’onde plane en 3D et sur les caractéristiques de l’onde 
EM a été fortement inspirée par mon cours de physique de classe préparatoire qui est pour moi le seul vestige 
de cette époque que j’ai gardé. Ce cours magnifique m’avait été dispensé par un professeur extraordinaire : Mr 
Guy Lavabre, dont j’ai gardé un souvenir très clair et très respectueux. Je le remercie pour tout ce qu’il nous a 
transmis à l’époque et plus de 20 ans plus tard ca a été un plaisir pour moi de me replonger dans sons cours et 
d’y retrouver la limpidité de ses explications. Je le remercie de tout cœur. 

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