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Durabilité Prévoir la fin de vie de la construction


Longévité des structures en béton La physique pour expliquer les règles
fiche thématique n°4 de l’art
Le contrôle de la fissuration du béton
- De la micro fissure...
Mécanismes ayant pour effet la
corrosion des aciers
Mécanismes de dégradation du béton
en l’absence d’armatures
Les moyens d’atteindre la longévité
grâce au respect des...

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1 Esthétique des bétons
2 Choix des performances
4 Durabilité
5 Formulation des bétons
6 Normalisation européenne sur le
béton
Coupole du panthéon à Rome
©SCD
A L N P T V
Aix en Provence - Centre
Les structures en béton sont réputées, à juste titre, très durables. Elles supportent les climats extrêmes et les
Chorégraphique National
environnements agressifs. Cependant, force est de constater que nombre de constructions emblématiques du
Toulouse - Viaduc de l’aéroport de
début du XXème siècle présentent des désordres apparents (Fig. 1 et 2). Certaines constructions dégradées Blagnac
seront réparées au regard d’une valeur patrimoniale admise ou d’une réelle capacité de réhabilitation à coût non
prohibitif. D’autres seront détruites car ne s’adaptant plus aux modes de vie et au confort d’aujourd’hui -
immeubles à loyer modéré d’après guerre, etc. Enfin, pour certaines d’entre elles, la durée de vie est fixée à
l’avance du fait de leur liaison avec une production industrielle déterminée - aréroréfrigérants des centrales
nucléaires, plates formes pétrolières, etc.

Cette fiche thématique présente les différents types d’agressions physico chimiques des structures en béton, les
moyens de les prévenir ainsi que quelques principes de réparation. Dans la suite on désignera, sauf indication
explicite, par construction en béton, une construction en béton armé ou précontraint. Les chiffres donnés dans
cette fiche sont des ordres de grandeur et non pas des valeurs précises à inclure dans un calcul. La complexité
des phénomènes engendre une multiplicité de situations que la présente fiche ne peut évidemment pas
reproduire. Néanmoins, nous avons cherché à être le plus près possible des phénomènes physico-chimiques.

1 Prévoir la fin de vie de la construction

Dans un certain nombre de cas, les viaducs de très grande portée par exemple, la recherche d’une durabilité
maximale reste la première règle. Des ponts de Freyssinet rendent encore de bons services, et ne parlons pas de
certains ponts romains. Mais pour ce qui concerne l’extension d’une zone d’activité périurbaine, les besoins en
matière de construction sont beaucoup plus « éphémères ». Un bâtiment peut changer rapidement de
destination ou devenir obsolète en quelques décennies, voire moins.

A la notion de performance de longévité se substitue progressivement celle de la performance au cours de son


cycle de vie, voire de performance environnementale au cours du cycle de vie. Cette façon de considérer la
durabilité implique de la part du maître d’ouvrage la programmation des entretiens et la prévision de la fin de
vie, ce qui lui impose un exercice difficile d’extrapolation.

Ainsi, le maître d’ouvrage doit préciser au maître d’œuvre la longévité souhaitée de la construction qu’il projette.
Les normes constituent une aide dans cette démarche. La norme EN 1990 (appelée communément Eurocode 0),
propose au maître d’ouvrage des valeurs de durée de vie minimale des constructions en fonction de leur
catégorie (Tab. 1). Afin d’être sûr que les longévités proposées soient atteignables, les normes d’application, ici
l’EN 1992 (Eurocode 2 consacré aux structures en béton), présentent des dispositions constructives, en
adéquation avec les exigences de durabilité, la première d’entre elles étant l’exigence d’un enrobage minimum
des armatures. On imagine bien que le cahier des charges d’un béton et les méthodes de construction, pour un
ouvrage prévu pour 100 ans, sont plus sévères que pour un autre prévu pour 50 ans.

Catégorie de durée Durée indicative EN 1990 Annexe


exemples
d’utilisation du projet nationale française (en année)
Structures provisoires non
1 10
réutilisables
2 25 Eléments structuraux remplaçables
3 25 Structures agricoles et similaires
4 50 Structures de bâtiments courants
Structures de bâtiment monumentaux
5 100
ou stratégiques, ponts

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Tableau 1. Durée indicative d’utilisation de projet selon la norme l’annexe française de l’EN 1990 (dit également
Eurocode 0)

2 La physique pour expliquer les règles de l’art

Dans la majorité des cas, la corrosion des armatures est responsable de la dégradation des constructions en
béton. Lorsque la corrosion, en augmentant le volume de métal transformé en oxydes à la surface des aciers,
fait fissurer le béton de parement, le phénomène s’accélère. Mais alors peut on déduire qu’un béton sans
armature sera aussi durable que la pierre ? Il n’y a pas de réponse définitive à cette question. Il faudrait
d’ailleurs pour cela définir la durabilité de la pierre. Or certaines pierres se dégradent sous l’action d’agressions
diverses physiques ou chimiques. Le béton non armé est quant à lui généralement très durable, les parties
bétonnées du Panthéon de Rome, datant de 125 après JC, en sont la preuve. Mais, il peut aussi subir, à l’instar
de la pierre, des agressions physiques ou chimiques exogènes, telles que les actions du gel, du feu, ou les
réactions sulfatiques. Dans certaines situations très rares, le béton peut même être le siège de réactions
chimiques différées mettant en cause la stabilité de ses hydrates. Les progrès remarquables de ces 20 dernières
années dans la science des matériaux ont permis de bien prévoir tous ces phénomènes et de les éviter. Ils ont
aussi fait apparaître des nouveaux bétons, dont la durabilité était jusqu’à lors inégalée, des méthodes de
réparation plus efficaces et même des méthodes permettant de retarder préventivement, in situ, la dégradation
des structures existantes.

Une spécificité du béton est qu’il est un des rares matériaux à pouvoir être fabriqué sur chantier. Il est alors
naturellement sujet à des aléas qui peuvent réduire grandement la durabilité, même si par ailleurs la formulation
a été étudiée par le meilleur spécialiste. La bonne organisation du chantier (planning, qualité des outils,
qualification des personnels, etc.) et les règles de mise en œuvre sont des facteurs tout aussi importants que la
conception pour le respect de la longévité prévue. Ceci implique aussi pour le maître d’œuvre une compétence
minimum et une implication forte sur le chantier.

Figure 2. Travée d’accès à la passerelle Debilly


(1906). Dégradations par corrosion des aciers. Béton
d’enrobage manquant.

Figure 1. Halle Boulingrin à Reims. Freyssinet (1928).

Phénomènes couplés

Si l’on exclut de notre propos les évènements ayant une origine accidentelle (séisme, feu, choc, etc.) ou
géotechniques (tassements imprévus par exemple), la durabilité d’une construction en béton armé est liée à
celle des mécanismes de dégradations du béton et de l’armature (Fig. 3). La rouille ayant un volume massique
plus grand que l’acier, elle exerce des pressions au sein du béton pour « prendre sa place », ce qui provoque des
fissures. Comme l’indique la figure 4, les phénomènes sont couplés. Si la corrosion des armatures provoque des
fissurations du béton de parement, la fissuration du béton, pour une cause quelconque, facilite aussi l’accès des
agents agressifs aux armatures, ce qui va à son tour accélérer la corrosion. Par simplicité, nous allons
néanmoins séparer les phénomènes et discuter des mécanismes de dégradation du béton d’une part, et des
phénomènes qui conduisent à la corrosion des armatures d’autre part.

Figure 3. Progression d’une altération du béton


permettant le démarrage de la corrosion.

Figure 4. Décomposition du problème d’altération des


constructions en béton.

3 Le contrôle de la fissuration du béton - De la micro fissure normale


à la fissure désordre

Avant d’envisager la dégradation du béton, on propose d’aborder les mécanismes courants de fissuration du
béton armé, afin de distinguer lesquels peuvent être évités moyennant quelques simples précautions.

3.1 Les microfissures de fonctionnement

Le premier mécanisme conduisant à la fissuration du béton est dû au fonctionnement même du béton armé. En

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raison de la faible résistance en traction du béton, l’ingénieur a su immédiatement qu’il était préférable de ne
pas en tenir compte dans le calcul de la résistance d’une poutre (voir fiche béton armé). Il suppose donc que les
parties de la structure en traction sont fissurées. Effectivement, lorsque les contraintes de traction dans les
aciers sont supérieures à une trentaine de MPa (méga Pascals), la déformation de l’acier est suffisante pour
entraîner la fissuration du béton en état de tension. Des fissures de l’ordre du 5/100ème de millimètre
d’ouverture peuvent donc être présentes dans une poutre fléchie sous l’action des charges de service. Ces
fissures se referment lorsque les charges disparaissent.

Le remède est ici immédiat. Partant de l’hypothèse que l’ouverture des fissures est corrélée à la durabilité, on
cherchera donc à limiter ces ouvertures. C’est le parti pris présenté dans l’Eurocode 2 (voir fiche
réglementation). L’ouverture moyenne des fissures étant dépendante des contraintes de traction dans les aciers,
la solution consiste alors à limiter l’amplitude de ces contraintes - ce qui conduit à augmenter le taux
d’armatures. L’ouverture des fissures, sous l’effet des chargements est ainsi limitée à 0,3 mm dans la plupart
des cas, ou 0,4 mm en cas de risque faible de corrosion des armatures. Il faut donc réaliser un calcul, mais on
peut aussi s’en dispenser en appliquant des règles pratiques de disposition d’armatures supplémentaires, qu’on
appelle armatures de peau. L’espacement maximal entre ces armatures est aussi codifié en fonction de leur
diamètre et de la longévité désirée de l’ouvrage (sa catégorie telle qu’elle est présentée dans le tableau 1). C’est
donc l’ingénieur concepteur qui apporte ici la solution.

Enfin, dans les cas d’exigences exceptionnelles, le recours à la précontrainte est une solution qui a fait ses
preuves, grâce à la mise en compression du matériau. Dans des cas particuliers, cette précontrainte est
appliquée suivant les 3 directions – voir fiche précontrainte, digue de Monaco.

3.2 Les fissures consécutives au retrait empêché

Un deuxième mécanisme de fissuration a son origine dans le retrait du béton, ou plutôt, les retraits du béton
(voir encart). Les déformations de retrait du béton armé sont généralement comprises entre 0,3 mm/m et 0,8
mm/m. Le retrait n’entraîne pas toujours de fissuration. En effet, les fissures du béton n’apparaissent que si des
contraintes de traction sont créées et encore faut-il que ces contraintes dépassent la résistance en traction du
matériau. Or, le retrait libre et homogène n’entraîne aucune contrainte. Un retrait empêché peut donc être à
l’origine d’une fissuration.

3.2.1 AUTO CONTRAINTES ET FISSURES DE PEAU

Pourtant, un paradoxe apparent subsiste puisqu’un objet, même libre de se déformer, peut fissurer. Il est connu
qu’une poterie sortant du four, et trop rapidement refroidie, fissure. L’explication est dans la création
d’autocontraintes. Une partie de la matière est en compression, l’autre en traction, de telle manière que la
somme des efforts internes s’annule. Rien ne permet d’observer extérieurement l’existence de ces
autocontraintes, exceptées bien sûr, l’apparition de fissures. Pour le cas du pot en terre cuite, la surface
extérieure se refroidit rapidement, donc cherche à rétrécir, alors qu’au cœur du matériau, la température élevée
le maintient en état dilaté. Le rétrécissement de la peau est partiellement empêché par le maintien du cœur, ce
qui crée des autocontraintes de traction en peau et de compression à cœur. D’où le risque de fissuration. Si cette
dernière se produit, les autocontraintes s’annulent, au moins partiellement. Le refroidissement lent est, pour le
pot en terre cuite, une solution pour limiter ces contraintes.

Le retrait thermique du béton produit, à une amplitude moindre, le même effet. Dans une paroi épaisse
fraîchement bétonnée, la température n’est pas uniforme. Une vingtaine d’heures après le bétonnage, elle sera
en effet élevée au centre - des températures de 70°C ont été mesurées sur ouvrages d’art - et proche de la
température ambiante en surface (Fig. 5). Des autocontraintes sont créées comme pour le pot en terre cuite. En
pratique, ce retrait thermique est en général négligeable pour les parois d’épaisseur inférieure à 30 cm, sauf
peut être pour les bétons ultra performants. Pour certaines structures, comme les piles de ponts, les enceintes
étanches, les fondations massives, etc., il est important de chercher à le limiter ou à en limiter les effets, même
si parfois la fissuration est inévitable (Fig. 6).

Figure 5. Champ de température dans un tablier de


pont en béton fibré ultra performant. Simulations par Figure 6. Massif de fondation d’une pile de pont de
le code de calcul aux éléments finis CESAR LCPC (F. J. grande hauteur. A droite fissure d’origine thermique de
Ulm). La couleur rouge dans le talon renseigne sur la ce massif.
température maximale (ici 46 °C).

Dans le phénomène de dessiccation, le front de séchage se propage de la surface vers le cœur, le béton de peau
va subir un retrait de dessiccation plus rapide que le béton de cœur. Cette différence de retrait va engendrer des
contraintes de « retrait empêché » - distribution continue des autocontraintes-, ce qui peut générer des fissures
de peau (Fig. 7). Ces fissures, produites en général au jeune âge, restent superficielles. Dans les cas extrêmes
d’une dessiccation précoce la fissuration se traduit par un parement dit « faïencé » (Fig. 8).

Figure 7b. Il s’ensuit une répartition des contraintes


(autocontraintes) dans le béton sous l’effet du
Figure 7a. En imaginant une paroi feuilletée, le retrait séchage. Des micro fissures de peau apparaissent si
n’est pas uniforme (à gauche). Dans la réalité, la les contraintes de retrait empêché dépassent la
déformation du monolithe (à droite) est telle que résistance en traction du béton.
l’effort résultant est nul dans la section considérée, ce

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qui impose aux couches extérieures d’être tendues et


aux couches intérieures d’être comprimées.

Figure 8. Parement faïencé résultant d’un séchage précoce de la surface.

3.2.2 LES FISSURES TRAVERSANTES

Le retrait peut aussi être empêché à l’échelle de la structure. Le cas d’un mur encastré à sa fondation filante
peut servir d’exemple. En imaginant que la semelle de fondation ait été réalisée bien avant le mur et que le
retrait de celle-ci soit déjà bien avancé, le retrait du mur est empêché par la liaison mécanique à la fondation. Il
s’ensuit la création de contraintes horizontales de traction dans le mur, comme si on avait allongé le mur de la
valeur du retrait qu’il souhaitait développer. En supposant que le mur ait une longueur de 10 m et que le retrait à
long terme soit de 0,5 mm/m, le raccourcissement horizontal libre serait de 5 mm. Ce retrait empêché va
provoquer des microfissures verticales, voire parfois des macro fissures visibles (Fig. 9). Des fissures tous les 50
cm, soit au total 20 fissures sur 10 m, auraient par exemple une ouverture de 0,25 mm. Ces fissures sont alors
traversantes puisque le retrait est empêché sur toute l’épaisseur du mur.

L’exemple du mur est tout à fait généralisable. Dans tous les cas où le retrait d’un élément en béton est limité à
une de ses frontières, il y a un risque de fissuration. Ce risque se rencontre pour les reprises de bétonnage si un
temps important s’est déroulé entre le bétonnage de la première phase et la reprise.

Figure 9. Fissuration de retrait empêché. Cas d’une semelle de fondation ayant déjà produit son retrait.

3.3 Les moyens de limiter les fissurations de retrait

Pour limiter les fissurations il faut donc veiller à limiter les contraintes de retrait empêché et les autocontraintes.

3.3.1 DIMINUER L’AMPLITUDE DU PHENOMENE

C’est la première solution qui vient à l’esprit. Des solutions existent pour limiter les retraits. En proposant des
ciments à faible chaleur d’hydratation, l’industrie cimentière répond à la question des ouvrages massifs. Certains
ciments au laitier de haut fourneau (CEM III) entrent dans cette catégorie. Il est aussi possible d’agir sur la
formule de béton. Le retrait endogène est connu pour être important pour les bétons de hautes résistances
(jusqu’à 0,25 mm/m), alors qu’il est négligeable pour les bétons ordinaires. A l’inverse, le retrait de dessiccation
des bétons ordinaires est plus important que celui des bétons de hautes résistances. L’ingénierie des matériaux
permet de prévoir avec une précision convenable l’amplitude de ces phénomènes. Un logiciel (bétonlab.pro
distribué par les presses de l’ENPC) permet même de réaliser ces simulations.

3.3.2 AGIR SUR LA CONCEPTION

Le contrôle de la dimension des fissures est conditionné par les intervalles et l’ouverture des fissures. On évitera
la concentration des fissures. En cherchant à diviser par N le pas des fissures (la distance entre elles), on
diminue par N leur ouverture. Dans le cas de fissures résultant d’un gradient de retrait dans l’épaisseur
(autocontraintes), la diminution du pas de fissuration est possible par l’addition d’armatures de peau, en plus des
armatures calculées pour la tenue des éléments de structure.

Par ailleurs, les cas de figure de retrait empêché sont nombreux en construction en béton armé car les bâtiments
sont en général conçus pour fonctionner de manière monolithique. Pour des constructions longues, des joints de
retrait/dilatation doivent être prévus tous les 30 ou 35 m pour éviter la concentration de fissures de retrait
empêché. On citera le cas spécifique des ponts. Le tablier repose en général sur les piles par l’intermédiaire
d’appuis en néoprène fretté permettant les retraits et dilatations de se produire librement. Aux extrémités du
tablier, un système de joint de dilatation est prévu pour permettre la libre déformation de celui-ci.

3.3.3 OPTIMISER LES PROCEDES DE CONSTRUCTION

Un principe de chantier très important, et malheureusement trop peu souvent observé, est l’application d’une
cure sur la surface du béton en contact avec l’atmosphère. La cure consiste à protéger la surface du béton contre
la dessiccation soit par un produit prêt à l’emploi, soit par de l’eau apportée continûment par des systèmes
d’arrosage (comme ceux de jardin). Elle évite la microfissuration au jeune âge due à ce qu’on appelle le retrait

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plastique car il se produit avant le durcissement du béton (faiençage de la figure 8) et diminue le retrait du béton
d’enrobage à long terme, donc le risque de fissuration différée.

Cette cure est aisée à réaliser sur les surfaces horizontales tels que les dallages, mais bien plus difficile pour les
surfaces verticales. En pratique, on ne la réalise pas pour les voiles de bâtiment, souvent destinés à être
protégés par un revêtement, mais pour les ponts exceptionnels la cure de surfaces verticales a déjà été mise en
œuvre. Ajoutons qu’une solution simple est de maintenir plus longtemps le coffrage en place, en prenant garde
qu’il ne provoque pas de retrait empêché. Le noyau rigide du coffrage d’un tuyau en béton peut par exemple
provoquer des fissures au jeune âge.

Le recours à la préfabrication, si elle est décidée pour des raisons de délais, peut avoir des conséquences
positives sur la durabilité. Dans le cas de pièces préfabriquées, les retraits endogène et thermique peuvent déjà
s’être produits en grande partie avant l’assemblage des pièces, ce qui contribue à diminuer les contraintes de
retrait empêché post clavage. Bien évidemment, il faut que le béton ou mortier de clavage soit à retrait nul ou
presque, ce qui est possible dans la situation spécifique de bétonnage de faibles volumes confinés (voir encart
béton sans retrait).

Il est possible de prévoir par le calcul les contraintes provoquées par les retraits du béton, afin de trouver les
meilleures solutions, en terme de scénario de construction, ou de formulation, qui minimiseront l’apparition des
fissures. Des outils de simulations par éléments finis ont ainsi été utilisés pour les grands ouvrages (Pont de
Normandie, Viaduc de l’Iroise à Brest, Centrale nucléaire de Civaux, Viaduc de Verrières sur la A75, Viaduc de
Millau pour ne citer qu’eux). Des calculs réalisés au Laboratoire Central Des Ponts et Chaussées ont par exemple
montré qu’il était important de différer le décoffrage des pylônes du pont de l’Iroise de plusieurs heures afin de
diminuer le choc thermique.

4 Mécanismes ayant pour effet la corrosion des aciers

La corrosion a plusieurs mécanismes : corrosion chimique, biochimique et électrochimique. La corrosion des


aciers dans le béton est un processus électro-chimique. Le phénomène peut se développer lorsque les 3
conditions indiquées sur la figure 10 sont réunies. Il faut de l’oxygène, la présence d’humidité, et l’absence de
protection de l’acier.

Figure 10. Conditions à réunir pour que la corrosion des armatures se développent.

4.1 Processus de corrosion

Le processus de corrosion électrochimique met en jeu, comme son nom l’indique, un déplacement d’électrons et
des réactions chimiques. Prenons une barre de fer plongée dans un liquide aqueux contenant de l’oxygène.
Lorsque le fer en surface de la barre, Fe, perd 2 électrons et se transforme en Fe2+, qui part dans la solution,
c’est une réaction d’oxydation. Des électrons se retrouvent « en trop » dans le métal, si bien qu’une autre
réaction, se déroulant à la même vitesse, doit avoir lieu avec le milieu. Cette réaction de réduction conduit à la
formation d’ions OH- :

En présence d’oxygène :

En absence d’oxygène, H2O réagit avec les électrons pour former OH- et H2

4.2 Passivation des armatures

Dans le béton les réactions précédentes ont bien lieu. Pourtant, les armatures de béton armé sont naturellement
protégées dans un béton sain. En l’absence de dégradation, le milieu interstitiel du béton, qui contient toujours
une certaine masse d’eau libre, est alcalin, c’est-à-dire un pH basique. Le pH se situe entre 12,5 et 13,5, grâce à
la présence d’hydroxyde de calcium (qu’on appelle simplement chaux ou, pour les chimistes, Portlandite)
[Ca(OH)2] et des hydroxydes alcalins NaOH et KOH.

En fait, d’autres réactions entrent en jeu. La solution aqueuse se trouvant en présence d’ions métalliques (Fe2+)
et hydroxyde (OH-), un équilibre s’opère suivant les réactions :

Ces 2 réactions génèrent de l’hydroxyde ferreux (réaction de gauche) et de l’hydroxyde ferrique (réaction de
droite). Ce sont tous deux des composés de très faible solubilité qui précipitent sur la surface métallique. Ces
réactions sont dites de passivation, car elles viennent protéger l’armature d’une couche protectrice. Les
mécanismes de dissolution sont toujours possibles mais très nettement ralentis compte tenu qu’ils sont alors
gérés par la diffusion des ions à travers cette couche protectrice.

En résumé, lorsque le pH est très élevé (milieu basique), ce qui est le cas dans le béton sain, une couche

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protectrice, ou de passivation, empêche la corrosion de se développer. Néanmoins, avec le temps, un risque peut
survenir comme nous allons le voir.

4.3 Carbonatation

La carbonatation est une réaction lente qui se déroule entre le gaz carbonique atmosphérique et la chaux libre
présente dans le béton. Le gaz carbonique pénètre dans la microstructure du béton par le réseau poreux ou les
fissures et réagit suivant la réaction suivante :

La chaux, qui permet de maintenir le pH à un niveau élevé, est donc consommée. En disparaissant, c’est alors le
pH qui diminue. Lorsque celui-ci atteint la valeur approximative de 9 au niveau des armatures, il y a un risque de
corrosion si les 2 autres conditions sont réunies, à savoir, de l’humidité et un oxydant (qui peut être l’eau
elle-même ou l’oxygène par exemple).

Fort heureusement, la carbonatation est un phénomène très lent. La profondeur de béton d’enrobage atteinte
varie entre 0,1 cm et 3 cm en 30 ans, en fonction de la performance du béton et des conditions climatiques.
Mathématiquement parlant, on remarque que la profondeur de carbonatation varie suivant une loi
proportionnelle à √t . Autrement dit, si la carbonatation a atteint une profondeur de 1 cm en 30 ans, alors, pour
100 ans, la profondeur sera :

On notera immédiatement qu’en augmentant l’enrobage des armatures, on retarde l’échéance de la corrosion.
Ce point sera précisé plus loin.

4.4 Effet des chlorures

Les ions chlorures sont présents par exemple dans l’eau de mer ou dans les zones soumises à des sels de
déverglaçage. Ces ions vont diffuser lentement dans le réseau poreux, certains vont réagir (sans conséquences
particulières néfastes pour le béton) avec les hydrates du ciment, d’autres vont continuer leur chemin (chlorures
libres). Le risque provient du fait que la corrosion par piqûre localisée apparaît pour des fortes concentrations en
chlorures. Cette concentration critique en [Cl- ] est comprise, selon les auteurs, entre 60 et 100 % de la
concentration des ions [OH- ]. Cette corrosion localisée diminue localement la résistance de l’armature atteinte.

Pour les ouvrages à la mer, la zone de marnage est la plus exposée au risque de corrosion par les chlorures (Fig.
11). Aux effets d’érosion de la houle s’ajoute un effet cumulatif de la pénétration de [Cl- ] dû aux cycles
d’humidification et de séchage. En effet, lors d’un séchage, les ions [Cl- ] sont piégés dans la microstructure.
D’autres ions vont être apportés par la marée suivante.

Figure 11. Pile atteinte de corrosion en zone de marnage (Divet).

5 Mécanismes de dégradation du béton en l’absence d’armatures

Nous avons évoqué en introduction la possibilité de dégradation du béton même en l’absence d’armatures. Les
experts internationaux ont classés par ordre décroissant d’importance les mécanismes de dégradation des
structures en béton. Après la corrosion des aciers vient, pour les pays à climat froid, le gel, puis les attaques
chimiques par les sulfates et les chlorures. Nous nous intéresserons donc en priorité à ces causes de
dégradation.

5.1 Le gel

5.1.1 MECANISMES

L’action mécanique du gel sur les matériaux de construction a pour origine le gel de l’eau dans la porosité et
l’apparition de pression internes dues à l’augmentation de volume de 9% de la glace. Cette dégradation apparaît
pour des cycles successifs de gel-dégel. La dégradation augmente avec le nombre de cycles. Il existe donc des
régions sans gel, à gel modéré et à gel sévère, en fonction du nombre de jours de l’année où le gel est apparu.

Tout le monde sait qu’il existe des roches gélives et d’autres non gélives. Ce qui les différencie est leur porosité
et leur perméabilité. Lorsque l’eau libre, présente dans les pores d’une roche, gèle en un point, l’eau liquide
environnante est mise sous pression. On peut par exemple supposer que l’eau puisse migrer vers des zones à

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plus faible pression. Cela est par exemple possible lorsque la roche n’est pas saturée en eau et qu’elle contient
donc des vides d’air. Mais, si l’eau ne peut pas migrer, l’accroissement de pression de l’eau met à son tour la
roche en pression interne. Cette pression interne va provoquer un gonflement macroscopique voire une
fissuration de la roche. On voit aussi que la perméabilité du matériau est une grandeur qui intervient dans le
phénomène. Une forte perméabilité, pour une porosité donnée, ou une très faible porosité non saturée, sont
bénéfiques à la résistance au gel.

Le gel des bétons est gouverné par les mêmes principes.

Dans le schéma qui est décrit, le gel n’apparaît pas de manière uniforme dans le matériau. Il est vrai qu’il
progresse de la surface vers l’intérieur. Cependant, même si on pouvait faire chuter la température d’un
échantillon de manière uniforme, on ne pourrait pas faire geler l’eau en même temps. En fait le gel apparaît
d’abord dans les grands pores (de l’ordre du micromètre tout de même), puis, si la température baisse, dans les
pores plus petits. Un matériau dont la distribution poreuse est centrée vers des très petits pores est donc
protégé contre les risques de gel modéré. Les pores à l’échelle du nanomètre gèlent par exemple aux alentours
de -70°C.

Enfin, on trouve le cas particulier des revêtements en béton recevant des sels de déverglaçage. Ces sels sont du
chlorure de potassium ou du chlorure de sodium (ils contiennent également en faible quantité des sels de
magnésium). Ils ont pour effet de retarder le gel en surface du béton, ou de faire fondre la glace si celle-ci s’est
déjà formée. Ce dernier cas de figure est particulièrement agressif pour le béton. En effet, la réaction de fonte
de la glace est dite endothermique, c’est-à-dire qu’elle se produit en puisant de la chaleur, ici dans le béton . En
fondant, la glace fait donc refroidir une couche de béton proche de la surface. Dans ce scénario, les différences
de températures suivant les couches horizontales font apparaître des autocontraintes. Le paroxysme se produit
lorsqu’un front de gel apparaît à quelques cm en dessous de la surface du béton. Ce gel fait encore une fois
apparaître des pressions internes, et on retrouve les mécanismes décrits ci-dessus. La dégradation se manifeste
alors par un écaillage de la surface du béton (Fig. 12).

Figure 12. Mécanisme d’écaillage par gel.

5.1.2 SOLUTIONS

Les solutions sont à trouver dans la possibilité de mouvement de l’eau et la réduction du taux de saturation du
matériau. Depuis longtemps, on introduit un entraîneur d’air dans la formulation du béton pour le protéger du
gel. On retrouve dans le matériau durci des micro bulles d’air qui vont servir à diminuer les pressions
interstitielles locales, comme un vase d’expansion d’un circuit de refroidissement de voiture ou d’une installation
de chauffage. Pour que leur efficacité soit maximale, elles ne doivent pas être distantes de plus de 0,2 mm en
moyenne (Fig. 13).

Figure 13. Un réseau de bulles d’air (à droite) contre le gel du béton.

Une autre solution est la recherche d’un matériau comportant peu d’eau. Pour cela il doit être peu poreux et, de
plus, faiblement perméable. On retrouve ici la signature des bétons de hautes performances (BHP) (voir fiche
formulation). Cependant, tous les BHP ne conviennent pas. Dans le milieu de la gamme (autour d’une résistance
de 60 MPa), la teneur en eau de surface, due à une porosité pas assez faible, ne permet pas de protéger
efficacement le matériau contre le gel. De plus, la perméabilité a, dans le même temps, fortement chuté, ce qui
permet la création de pressions internes encore plus fortes par manque de mobilité de l’eau intesticielle.

Il faut donc encore introduire des entraîneurs d’air dans les « petits » BHP. Pour les bétons de résistance
supérieure à 100 MPa, qu’on appellera béton de très hautes performances (BTHP), la perméabilité est très faible
-il ne saturent pas- et la quantité d’eau libre est suffisamment faible pour que leur protection au gel soit, en
général, suffisante.

Dans les cas pratiques, la protection contre le gel est à assurer en fonction des climats. Les zones de gel et de
leur sévérité sont données dans la norme européenne sur les bétons, l’EN 206-1 (voir fiche réglementation).

5.2 Les réactions sulfatiques

5.2.1 MECANISMES

Les bétons sont sensibles à la présence de sulfates. On trouve les sulfates dans le sol, par exemple le sol
gypseux parisien (CaSO4, 2H2O), ou dans l’eau, par exemple les eaux des égouts, voire l’eau de mer. La pâte de
ciment Portland durcie n’est pas très stable en présence de sulfates. Il est par exemple très déconseillé
d’appliquer un enduit de ciment sur un mur ancien en maçonnerie de moellons hourdée au plâtre. On peut par
contre plâtrer un mur en béton. Candlot avait constaté en 1887 que les fortifications de Paris étaient attaquées
partout où se trouvaient des sulfates de chaux, c’est-à-dire du gypse. C’est ce qui a conduit à appeler sel de
Candlot le produit de la réaction de dégradation, autrement dit l’ettringite. La même qu’on va contrôler pour faire
des ciments à retrait compensé (voir encart). La formule chimique de l’ettringite est : 3CaO, Al2O3, 3CaSO4,
32H2O. Cette formule sera utile pour savoir comment éviter sa formation. La création d’ettringite s’accompagne,
sur le matériau durci, d’un gonflement qui crée des pressions internes et un risque de fissuration.

On trouve dans le ciment courant tous les ingrédients pour que cette réaction ait lieu lorsque le matériau est au

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contact de sulfates. En effet, CaO est la chaux (chaux vive diraient certains), Al2O3 l’alumine. La chaux est
produite à l’occasion de l’hydratation du ciment Portland. Elle se trouve sous forme de Portlandite (Ca(OH)2) et
peut représenter plus de 10% des hydrates. L’alumine se trouve dans le ciment anhydre sous forme d’aluminate
tricalcique (3CaO,Al2O3) dans des proportions de 2% à 11% de la masse de ciment. Il est le siège de réactions
successives que l’on ne va pas détailler ici.

La dégradation progresse donc de la surface vers l’intérieur du matériau. Elle conduit à un enlèvement progressif
de la matière.

Plus récemment a été identifié un phénomène voisin, mais plus rare, avec des sulfates qui proviennent du béton
lui-même, et qui provoquent la formation -différée- d’ettringite. Les recherches ont réussi à montrer les
conditions d’existence de ces sulfates en solution et de formation d’ettringite. Hormis la composition du ciment
elle-même, une de ces conditions est l’atteinte d’une température élevée du béton, proche de 80°C pour fixer les
idées, et aussi la durée du maintien de cette température, etc. Le risque apparaît donc pour des structures
épaisses ou pour des éléments ayant subis un traitement thermique à haute température. C’est pour cela que la
filière de préfabrication a limité la température des bétons dans les cycles d’étuvage des pièces.

5.2.2 SOLUTIONS

La solution consiste à formuler le béton avec un liant résistant aux sulfates. Certains ciments Portland
contiennent peu d’aluminates tricalciques et sont donc à privilégier dans le cas de risque de contact du béton
avec des sulfates. La désignation du ciment permet de vérifier cette qualité. Elle est mentionnée par les lettres
PM ES (prise mer eau sulfatée). Un ciment CEM II 32,5/A PM ES est donc un ciment résistant aux sulfates (voir
guide Cimbéton G10).

Une solution complémentaire est de limiter la teneur en chaux, soit en choisissant un ciment en produisant peu,
le ciment CEM III au laitier de haut fourneau par exemple, soit en incorporant des ajouts minéraux qui vont
provoquer une réaction pouzzolanique avec la chaux (voir fiche formulation).

Lorsque le risque est important, il peut être utile de limiter la progression des sulfates en diminuant la porosité,
donc en augmentant la résistance.

La protection de la surface du béton par une résine est également une pratique rencontrée dans des cas
spécifiques, notamment en réparation (station d’épuration par exemple).

5.3 Le béton dans l’eau de mer

5.3.1 MECANISMES

Nous avons vu que les chlorures ne produisent pas de rréactions de dégradation du béton, mais sont surtout
néfastes aux armatures. Il fauda aller chercher le sulfate de magnésium présent dans l’eau de mer pour trouver
une source de dégradation, mais en mettant en jeu plusieurs réactions successives. La première réaction est
celle de substitution de Ca dans la chaux par Mg suivant la réaction :

MgSO4 + Ca(OH)2 -> Mg(OH)2 + CaSO4

Mg(OH)2 est insoluble et a un effet protecteur. Par contre, la formation de CaSO4 introduit des sulfates de
calcium qui vont pouvoir réagir avec les aluminates du ciment hydraté, pour former, encore une fois, de
l’ettringite, donc un risque de fissuration.

5.3.2 SOLUTIONS

Le remède est ici simple. On choisira d’abord un ciment comportant une proportion d’alumine suffisamment
faible (< 5%), de manière à former le moins d’ettringite possible. On cherchera aussi à limiter la quantité de
chaux libre, soit par un ciment en produisant peu (CEM III par exemple), soit en utilisant des ajouts à caractère
pouzzolanique (cendres volantes, fumées de silice). La formulation de béton à faible teneur en eau (BHP) vient
renforcer les premières précautions.

5.4 Le béton et les acides

Le milieu du béton étant à pH élevé, pH = 13,5 pour le béton sain, il est naturellement sensible aux attaques
acides, notamment par combinaison avec la chaux présente dans la microstructure. Les acides forts, tels que les
acides chlorhydrique et nitrique dissolvent entièrement le béton. Les acides lactiques sont aussi très agressifs.
Certains acides ne dégradent pas le béton, comme par exemple l’acide oxalique (COOH)2.

Les solutions sont donc à traiter au cas par cas et se trouveront d’abord dans le choix du liant hydraulique ainsi
que dans la minimisation de la porosité (faible rapport e/c). Dans l’exemple de l’acide lactique, on peut citer
l’efficacité des liants alumineux (ciment fondu).

5.5 L’alcali réaction ou réaction alcali granulat

L’alcali réaction désigne un ensemble de réactions chimiques différées au sein de la solution interstitielle du
béton durci, entre les ions sodium et potassium, la chaux, et des minéraux siliceux provenant des granulats. Les

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produits de cette réaction s’appellent les silicates mixtes de calcium et de potassium hydraté (ou de calcium
hydraté). Il faut donc que des conditions simultanées soient réunies pour que la réaction ait lieu : présence
d’alcalins (ions sodium et potassium), de silice réactive (provenant des granulats), de chaux (calcium), et
humidité relative élevée. Ceci explique la rareté de son apparition. Néanmoins, certaines régions sont plus
propices que d’autres à l’apparition du phénomène à cause de granulats siliceux dont la silice est soluble en
milieu basique. Mais la nature est parfois trompeuse, car tous les granulats siliceux ne sont pas réactifs, et,
inversement, des granulats calcaires peuvent contenir des éléments siliceux réactifs. Des types d’ouvrages sont
également plus propices que d’autres à l’apparition d’alcali réaction. Ce sont ceux en contact avec l’humidité :
piles de pont en rivière, barrage par exemple. Lorsque l’on est amené à utiliser des granulats potentiellement
réactifs, la solution est de choisir un ciment pauvre en alcalins.

Généralement les laboratoires et les fournisseurs de béton présents sur l’ensemble du territoire français sont
informés des risques et ont déjà intégrés des solutions en terme de choix de ciment.

6 Les moyens d’atteindre la longévité grâce au respect des normes


européennes et françaises

6.1 Respecter la norme béton (l’EN 206-1) et aller au delà

Les normes européennes (voir fiche réglementation) ont données des règles dont le respect permet d’espérer
que la construction réalisée atteindra et même dépassera la durée de vie escomptée. Cet espoir est fondé sur le
fait que ces règles sont le résultat de nombreuses recherches européennes associant des scientifiques et des
praticiens. Les exigences réglementaires sont liées à la catégorie d’ouvrage (tab. 1) et à la classe
d’environnement. La norme sur le béton (EN 206) définit ces classes d’environnement (voir fiche réglementation)
qui représentent les types d’agression : carbonatation, corrosion induite par les chlorures, attaque due au gel,
attaques chimiques. Elle impose ensuite, en fonction de la nature du risque, des exigences sur la formulation du
béton. Nous pouvons comprendre en effet, au travers des explications précédentes, que les phénomènes de
dégradation voient leur cinétique évoluer en fonction de la qualité du béton.

Prenons l’exemple du gaz carbonique qui migre par les pores du béton : on comprend que la perméabilité est
une grandeur clé dans la vitesse du phénomène. Celui-ci pouvant être très fortement ralenti pour un béton de
très faible perméabilité (un BHP par exemple). Il en est de même pour la diffusion des chlorures. Une quantité
minimum de liant est aussi spécifiée. Dans le cas de la carbonatation, elle permet de fixer une quantité de chaux
minimale nécessaire au maintien du pH élevé (voir paragraphe carbonatation). Pour le bâtiment où le risque
principal est la carbonatation, une teneur en ciment de 265 kg/m3 de béton est par exemple imposée. Pour une
structure à la mer la teneur peut aller jusqu’à 350 kg/m3.

Dans le cas d’ouvrages particuliers, il arrive fréquemment que le maître d’ouvrage définisse ses propres règles
préventives, plus sévères que la norme EN 206. Cela peut aller de la nature du liant à des performances
exceptionnelles requises.

Le choix de la nature du liant est fondé sur la connaissance, maintenant assez grande, de l’efficacité particulière
de certains ciments face aux agressions diverses. Il est par exemple connu que les ciments au laitier de type
CEM III, sont particulièrement résistants aux sulfates. Ce sont donc les ciments de prédilection des fondations.

L’approche désignée « approche performantielle » représente l’avenir pour obtenir une très grande longévité de
la construction. Elle consiste à vérifier les propriétés du béton sans chercher à en imposer la formulation (ce qui
permet l’innovation). Les critères sont divers. Ils peuvent être fondés sur un essai accéléré (diffusion des
chlorures dans un échantillon de laboratoire), la mesure d’une grandeur qui décrit la microstructure (porosité) ou
la cinétique des transferts (perméabilité). L’association française de génie civil (AFGC), qui a réalisé un important
travail sur ce thème, a mis en pratique une méthode performantielle sur des ouvrages récents, comme par
exemple le pont Vasco de Gama à Lisbonne. Les résultats importants, rapportés par l’AFGC et le laboratoire
central des ponts et chaussées (LCPC), portent sur les bénéfices qu’apportent les bétons de hautes performances
sur la durabilité des constructions. Leur faible perméabilité –la perméabilité à l’eau des BHP peut descendre en
dessous de 9% contre plus de 15% pour les bétons ordinaires-, leur microstructure très fine sont des propriétés
qui limitent les transferts des chlorures ou la carbonatation dans des proportions importantes. Leur faible fluage
les destine également aux pièces précontraintes. La plupart des grands ponts français sont ainsi réalisés en BHP
depuis les années 90. Les propriétés liées la durabilité étant encore améliorée pour les bétons fibrés ultra
performants (BFUP), la longévité des ouvrages en BFUP devrait encore être plus grande dans le cas d’utilisation
de fibres inoxydables ou synthétiques.

6.2 Ce qu’apporte la norme de conception (l’EN 1992)

Nous avons vu que le concepteur doit limiter l’ouverture des fissures dans le béton provoquées par les
chargements. Il intervient sur un autre point important qui est l’enrobage du béton. Le béton d’enrobage étant la
protection de l’armature, le concepteur est tenu, en fonction de la catégorie d’ouvrage, au respect d’un enrobage
minimum. Si autrefois cet enrobage était une valeur forfaitaire, 2 à 3 cm pour les bâtiments, 4 à 5 cm pour les
ponts, il fait maintenant l’objet d’un calcul plus savant décrit dans la norme EN 1992. L’enrobage nominal (Cnom )
figurant sur les plans est la somme de l’enrobage minimal (Cmin) et d’un supplément dû aux erreurs d’exécution
(ΔCdev), ce dernier étant généralement fixé à 10 mm :

Cnom =Cm in+ΔCdev

Cm in dépend de plusieurs paramètres mais est principalement fonction de la durabilité souhaité, donc de la
catégorie d’ouvrage. Pour un bâtiment de durée de vie de 50 ans (catégorie 4) soumis au risque modéré de
carbonatation, l’enrobage minimum, défini dans l’EN 1992-1, est par exemple de 15 mm. L’enrobage nominal
sera alors de 15 + 10 = 25 mm. Pour un pont (durée de vie de 100 ans), soumis au risque lié aux chlorures des
sels de déverglaçage, l’enrobage minimal peut atteindre 50 mm (valeur variable selon la fréquence de sallage),
ce qui conduit à un enrobage nominal de 50 + 10 = 60 mm. Des conditions particulières permettent une légère
réduction, comme par exemple un contrôle strict du respect de l’enrobage, ce qui permet de réduire ΔCdev.

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6.3 Ce qu’apporte la norme d’exécution (l’ENV 13670)

Cette norme européenne est provisoire à la date de rédaction du document. Elle décrit les méthodes d’exécution
à respecter et les contrôles permettant de ne pas annihiler les efforts de conception par des erreurs grossières
de réalisation. Sans entrer dans les détails du document, nous signalons un point très important : le béton doit
être protégé pendant la phase de durcissement au jeune âge pour éviter des fissurations précoces. La période
pendant laquelle le risque existe est fonction de la rapidité de durcissement, donc de la formulation du béton, et
des conditions climatiques. L’ENV définit les durées de cure des surfaces de béton en tenant compte de ces
éléments. Les durées varient de 0,5 jour à plusieurs jours.

D’autres documents comme les documents techniques unifiées (le DTU 21 par exemple), ainsi que les fascicules
requis pour les marchés publics de travaux (le fascicule 65 A du cahier des clauses techniques générales pour
l’exécution des ouvrages en béton, béton armé et précontraint) regroupent la position française en matière
d’exécution d’ouvrages. Ces documents contiennent des informations explicatives très précises et sont donc des
outils très utiles.

BIBLIOGRAPHIE

La durabilité des bétons, bases scientifiques pour la formulation de bétons durables dans leur environnement,
(2008) sous la direction de Jean Pierre Ollivier et Angélique Vichot, presses de l’école nationale des ponts et
chaussées, Paris.

Conception des bétons pour une durée de vie donnée des ouvrages, (2004) Documents scientifiques et
techniques, Association Française de Génie Civil.

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