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Novalis

Les grains de pollen


traduction nouvelle et notes de Laurent Margantin

www. publie. net


ISBN 978-2-8145-0349-6
© Laurent Margantin & publie.net pour cette traduction
première mise en ligne le 16 août 2010
dernière mise à jour le 9 septembre 2011

2 Novalis | Les grains de pollen


LES GRAINS DE POLLEN, OU L’ÉCRITURE
ROMANTIQUE– INTRODUCTION PAR LAURENT
MARGANTIN

On connaît assez bien les circonstances dans lesquelles


les Grains de pollen ont été composés et publiés. En
1797, Novalis a vingt-cinq ans. Il a fait des études de
droit aux universités d’Iéna et de Leipzig, mais s’est
aussi intéressé à la philosophie postkantienne. Après
avoir composé de nombreux poèmes, premiers exerci-
ces littéraires influencés par quelques noms glorieux de
la poésie de son époque, il s’est tourné vers l’œuvre de
Fichte, dont venait de paraître la Doctrine de la
science. C’est donc sous le signe du mélange des disci-
plines que Novalis inaugure une écriture d’un type
nouveau, fragmentaire, inspirée, à la fois philosophique
et littéraire, on dira bientôt : romantique.
Mais le romantisme qu’inaugurent les Grains de pollen
n’aurait pas été possible sans une rencontre décisive,

3 Novalis | Les grains de pollen


celle, cinq ans plus tôt, de Novalis avec Friedrich
Schlegel, son aîné de quelques mois, à Leipzig où ils
étudient tous les deux. Celui-ci aura une influence dé-
terminante sur le jeune homme qu’il décrit en ces ter-
mes dans une lettre à son frère August Wilhelm : « Il
faut que je te parle de quelqu’un : Le destin a conduit
vers moi un jeune homme dont on peut attendre
énormément. – Il m’a beaucoup plu et je suis allé vers
lui, car il m’a grand ouvert le sanctuaire de son cœur.
Je m’y suis installé et prospecte à présent. – Un tout
jeune homme, de bonne éducation, avec un visage très
fin et des yeux noirs, d’une expression splendide lors-
qu’il parle avec feu de quelque chose de beau – un feu
d’une ardeur indescriptible – il dit trois fois plus de
choses et parle trois fois plus vite que nous autres – très
grande rapidité de son intelligence et de sa sensibilité.
Grâce à l’étude de la philosophie, il a acquis une grande
facilité à former de belles pensées philosophiques –
pour lui compte le Beau, et non le Vrai – ses auteurs
préférés sont Platon et Hemsterhuis – une des premiè-
res soirées passées ensemble, il m’a présenté ses idées
avec une ardeur extrême – le Mal n’existe pas en ce
monde – et nous nous approchons à nouveau de l’âge
4 Novalis | Les grains de pollen
d’or. Jamais je n’avais vu ainsi la jeunesse dans sa pu-
reté»1. C’est l’ardeur de la pensée et l’enthousiasme de
Novalis qui frappent d’emblée son nouvel ami qu’il
n’oubliera pas, puisque, quatre ans plus tard, en 1796
donc – soit un an avant la composition des Grains de pol-
len –, ils se retrouveront et échangeront plusieurs
écrits. Dans la lettre des retrouvailles, on peut lire les
lignes suivantes, qui annoncent les années de « symphi-
losophie » à venir : « Je ne t’ai absolument pas oublié et
ne le pouvais si facilement, sans m’oublier moi-
même », et il ajoute : « Tu sais combien tu as jadis con-
tribué à mon éducation »2.
Depuis ses années d’études, Friedrich Schlegel, philo-
logue de formation, avait beaucoup travaillé. Dans
cette même lettre, Novalis évoque ses essais sur la poé-
sie grecque parus dans différentes revues , et lui écrit à
ce sujet  : «  Tu parles de choses totalement nouvelles,
tu enrichis le langage et l’esprit – Tu crées une criti-
1 Lettre de janvier 1792, cité par Gerhard Kurz, Novalis, Hambourg,
Reinbeck, p.35.
2 Lettre du 8 juillet 1796, in Werke, Tagebücher und Briefe Friedrich
von Hardenbergs, volume 1, Munich / Vienne, Carl Hanser Verlag,
1978 (2004), p.599-600.
5 Novalis | Les grains de pollen
que »3. Deux auteurs avaient permis à Friedrich Schle-
gel d’élaborer une conception nouvelle de la littéra-
ture, fondée sur la notion de fragment  : Lessing et
Chamfort. L’auteur de Nathan le sage était réévaluée et
qualifiée par son disciple de « fragmentariste », car, se-
lon lui, « ce que Lessing dit de mieux est ce qu’il lance,
comme s’il l’avait deviné et inventé, en quelques paro-
les souples pleines de force, d’esprit et de sel ». L’écri-
ture fragmentaire, on le voit, n’était pas conçue
comme une nouveauté propre au romantisme naissant,
mais toute œuvre littéraire – et celle de Lessing en
premier lieu, qui agissait aux yeux de Schlegel comme
un révélateur – devait être comprise comme naturel-
lement fragmentaire, car elle était toujours l’expres-
sion de l’infini dans le fini. Toute œuvre, face à l’idéal
de beauté formelle instauré par le classicisme, était
condamnée à être inachevée, et devait donc être consi-
dérée comme un fragment. Il restait simplement à re-
vendiquer ce caractère fragmentaire de l’œuvre litté-
raire comme le propre de la littérature, ce que faisait
l’ami de Novalis en recourant également à la figure de

3 Ibid.,.id.
6 Novalis | Les grains de pollen
Chamfort, dont il avait lu Maximes et pensées, caractères et
anecdotes (1795), œuvre publiée en allemand en 1797.
Dans ses propres Fragments critiques parus la même an-
née – et qui sont avec les Grains de pollen une espèce de
manifeste de l’écriture fragmentaire et du premier ro-
mantisme allemand –, Friedrich Schlegel évoque les
Maximes de Chamfort comme « son œuvre posthume la
plus délectable », et les définit comme un « livre plein
de Witz vierge, de Sens profond, de sensibilité délicate,
de raison mûre et de virilité ferme ainsi que des inté-
ressantes traces du caractère le plus passionné  ; et de
plus un livre choisi, et d’une expression parfaite ; sans
comparaison, le plus grand et le premier de son espè-
ce »4. On retrouve le terme de Witz dans les Grains de
pollen, mot difficilement traduisible en français, surtout
dans son sens romantique. Il ne peut être vraiment
rendu par le mot « saillie », car le Witz n’est pas sim-
plement humoristique, il est le produit d’une véritable
réflexion philosophique (ainsi Schlegel parle de «  Sens
profond  ») alliée à une émotion esthétique. Dans le
Witz se produisent en effet des combinaisons nouvelles,

4 In : L’Absolu littéraire, Paris, Seuil, 1978, p.95.


7 Novalis | Les grains de pollen
des associations d’éléments les plus variés, de manière à
offrir à l’esprit du lecteur des perspectives totalement
inédites. Il est également souvent question chez les ro-
mantiques d’esprit witzig, capable de transcender les
catégories de la logique pour accéder à un niveau de
conscience où des éléments contradictoires peuvent
être reliés et harmonisés au-delà de leur incompatibilité
d’un point de vue rationnel.
On retrouve ce souci d’associer les éléments les plus
hétérogènes dans les Grains de pollen de Novalis. Il y est
question de littérature (avec des références à Goethe,
auteur du Wilhelm Meister, qui intéresse vivement le pe-
tit groupe romantique), de philosophie (Kant et Fichte
sont toujours en arrière-plan), mais aussi d’histoire et
de politique, car la Révolution française ne cesse de
hanter les esprits allemands. De nombreux fragments
évoquent également les sciences de l’époque et sont
parcourus d’allusions à la médecine. C’est que l’esprit,
souffrant de maux divers, a besoin d’un traitement
nouveau, à travers lequel il atteindra une santé spiri-
tuelle supérieure. Tout système de pensée – qu’il soit
philosophique, religieux, scientifique – est unilatéral
(einseitig), limité dans ses principes et n’offre par con-
8 Novalis | Les grains de pollen
séquent qu’une perspective tronquée sur l’univers infi-
ni. Il s’agit donc de varier les points de vue, de multi-
plier les observations (et ce que Novalis appelle les
«  auto-observations  ») dans tous les domaines, d’où
l’écriture fragmentaire qui, par sa souplesse et son dy-
namisme, ouvre la conscience à des potentialités infi-
nies. La figure du philistin – centrale dans les Grains de
pollen – symbolise au contraire l’auto-limitation de
l’esprit, courante à tous les niveaux de la société – aussi
chez les savants et les philosophes –, et en cela elle est
l’exact opposé de cette grande santé romantique que
Novalis ne cesse de dessiner fragment après fragment.
Ce souci de la santé est récurrent dans ces pages  : il
s’agit toujours de vivifier l’esprit, d’en développer et
d’en perfectionner les facultés. La vivification passe par
une série d’opérations (notamment de constants «  ef-
fets alternés » entre la théorie et la pratique, entre l’es-
prit et le corps) pouvant conduire à faire des expérien-
ces d’un type nouveau, «  au-delà des sens  ». Novalis,
en cette année 1797, a été confronté à deux reprises à
la disparition d’un être aimé  : d’abord celle de son
frère Erasmus, ensuite celle de sa fiancée Sophie. Cette
expérience du deuil l’a conduit à une pensée nouvelle,
9 Novalis | Les grains de pollen
où la mort n’est pas niée, refoulée, mais mise en cor-
rélation et même en polarité avec la vie. La conscience
de la mort égale celle de l’infini, correspond à une mé-
ditation sans fin sur le suprasensible, c’est-à-dire cette
sphère «  inconditionnée  » au-delà de nos perceptions
sensibles. Savoir, connaître, c’est tenter de se rappro-
cher indéfiniment de cet Inconnaissable, et Sophie res-
tera le symbole de cette connaissance absolue qui hante
le premier romantisme allemand. Dans une lettre à
Friedrich Schlegel, Novalis écrit  : «  Mon étude préfé-
rée porte au fond le même nom que ma fiancée. Elle
s’appelle Sophie – la philosophie est l’âme de ma vie et
la clé de mon moi le plus authentique  »5. Écrits à la
suite de cette disparition, les fragments des Grains de
pollen témoignent de la volonté du poète d’inaugurer
une « religion de l’univers » au sein de laquelle la con-
naissance rationnelle et l’amour mystique pourront
être associés.
Affirmation d’un culte voilé de Sophie, au nom d’une
philosophie qui tendrait toujours vers l’infini et l’in-
connu, ces fragments sont aussi une manière de sceller

5 Lettre du 8 juillet 1796, op.cit., p.602.


10 Novalis | Les grains de pollen
une amitié littéraire et créatrice. Novalis avait lu les
Fragments critiques de Friedrich Schlegel parus dans la
revue Le Lycée, et à ce sujet il lui avait écrit  : «  Tes
fragments sont totalement nouveaux – de vraies affi-
ches révolutionnaires. Certains m’ont plu jusqu’à la
mœlle »6. Dans cette lettre, il est aussi question d’une
nouvelle revue avec laquelle « une nouvelle période de
la littérature peut commencer  ». Cette revue, c’est
l’Athenäum, fondée par les frères Schlegel, dont les six
numéros, parus entre 1798 et 1800, demeureront em-
blématiques du premier romantisme allemand. C’est
dans le premier numéro que paraîtront les Grains de pol-
len (puis, dans le dernier, les Hymnes à la nuit).
En décembre 1797, Novalis envoie l’ensemble de frag-
ments à Friedrich Schlegel en les présentant ainsi : « Ce
sont des fragments (Bruchstücke) d’un dialogue continu
avec moi-même – des boutures. Tu peux en faire ce
que tu veux. Il me semble que leur contenu est assez
révolutionnaire (…). Toutes sortes de choses m’ont
traversé l’esprit ces trois derniers mois. D’abord la

6 Lettre du 26 décembre 1797, op.cit., p.651-652


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poésie – ensuite la politique, puis la physique en masse7 .
En poésie, je crois avoir bien pris pied – car il me sem-
ble que je suis tombé partout sur tes découvertes. En
politique, je crois non sans raison être au fait8 (…). En
physique, je suis encore en fermentation »9 . Les Grains
de pollen et les Fragments critiques de Friedrich Schlegel,
parus un an plus tôt, sont donc les œuvres inaugurales
du romantisme allemand, toutes deux fragmentaires.
Dans le deuxième fascicule de l’Athenäum paraîtra éga-
lement un ensemble assez important de fragments dans
lequel se trouvera exposée la théorie littéraire du pre-
mier romantisme allemand. Pour symboliser cette
nouvelle communauté romantique, Friedrich Schlegel
intégrera treize « grains de pollen » à cet ensemble de
quatre cent cinquante et un fragments (dont, outre les
Schlegel, Schleiermacher est aussi l’auteur), et mêlera
quatre des siens à ceux de son ami. Mode de féconda-
tion réciproque qui scelle véritablement la naissance du
groupe, mais définit du même coup l’écriture romanti-
7 En français dans le texte.
8 En français dans le texte.
9 Lettre du 26 décembre 1797, op.cit., p.652.
12 Novalis | Les grains de pollen
que elle-même, qui n’est plus l’œuvre d’individus ou
de « personnalités », mais de ce que Novalis, dans ses
Études de Fichte, a appelé «  dividu  », soit un être tou-
jours divisé, incomplet, en attente de l’autre pour être
complété et fécondé.
C’est à l’occasion de cette publication – qui n’est pas la
première pour lui, il avait déjà publié un poème, Klagen
eines Jünglings, dans une revue – que le jeune Friedrich
von Hardenberg prend un pseudonyme, signe que ce
qui est en jeu se situe au-delà de sa propre personnali-
té, désir aussi de se protéger, car il projetait de faire
carrière dans l’administration prussienne, et une activi-
té littéraire n’y était pas bien vue. Le choix du nom
renvoie à la généalogie familiale. Au Moyen-âge, quel-
ques ancêtres du domaine Großenrode s’étaient fait
appeler de novali, du latin novalis, signifiant « champ en
friche ». Dans une lettre du 24 février 1798 à laquelle il
joint les Grains de pollen, Hardenberg écrit à August
Wilhelm Schlegel : « Si vous aviez envie d’en faire un
usage public, je vous demande de les signer Novalis –
un ancien nom de famille qui n’est pas inapproprié »10.
10 Lettre à August Wilhelm Schlegel du 24 février 1798, op.cit.,
p.661-662.
13 Novalis | Les grains de pollen
Le pseudonyme est donc un nom crypté, celui des an-
cêtres. Il est associé à une écriture fragmentaire, terre
en friche de la littérature qu’il s’agit de rendre fertile,
de vivifier en la réensemençant. Les Grains de pollen se
refermeront sur la définition du fragment comme
«  semences littéraires  », dont quelques-unes pourront
– peut-être – lever. Le pari lancé par Novalis est natu-
rellement toujours d’actualité !

L.M., 2010.

14 Novalis | Les grains de pollen


LES GRAINS DE POLLEN

Amis, le sol est pauvre, il nous faut semer


abondamment
Pour n’obtenir que de maigres récoltes.

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1

Nous cherchons partout l’inconditionné et ne trouvons


que des choses11.

11 En allemand  : «  Wir suchen überall das Unbedingte, und finden


immer nur Dinge ». Aphorisme qui est le résumé de deux années de
réflexion philosophique au contact avec la philosophie de Fichte : das
Unbedingte, ce qui est hors du monde des choses, du conditionné (be-
dingt, unbedingt étant construits sur le mot Ding, chose), soit de
l’Absolu, qui ne peut être l’objet d’aucune connaissance humaine.
Novalis a lu Schelling (Du Moi comme principe de la philosophie) paru à
Tübingen en 1795 : « En effet, est inconditionné (unbedingt) ce qui
ne peut absolument pas être fait chose, ce qui ne peut absolument pas
devenir chose ».
17 Novalis | Les grains de pollen
2

La désignation par des sons et des traits est une abstrac-


tion digne d’admiration. Quatre lettres me désignent
Dieu  ; quelques traits un million de choses. Comme
l’emploi du monde devient ici aisé, comme la concen-
tricité du monde des esprits devient évidente ! La théo-
rie du langage est la dynamique de l’empire des esprits.
Un mot d’ordre met en branle des armées ; le mot li-
berté des nations.

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3

L’État mondial est le corps qu’anime le beau monde, le


monde spirituel. C’est son organe nécessaire.

19 Novalis | Les grains de pollen


4

Les années d’apprentissage sont destinées au jeune


poète, les années universitaires au jeune philosophe.
L’Université devrait être un institut entièrement philo-
sophique  : une seule faculté  dont toute l’organisation
servirait à l’excitation et à l’exercice approprié de la
capacité de penser.

20 Novalis | Les grains de pollen


5

Dans un sens supérieur, les années d’apprentissage sont


les années d’apprentissage de l’art de vivre. C’est à tra-
vers des essais organisés de manière planifiée qu’on ap-
prend ses principes fondamentaux et qu’on acquiert
une habileté à opérer librement à partir de ces princi-
pes.

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6

Nous ne nous comprendrons jamais totalement nous-


mêmes, mais nous ferons et nous pourrons faire bien
plus que nous comprendre.

22 Novalis | Les grains de pollen


7

Certaines interruptions ressemblent aux gestes d’un


joueur de flûte qui, pour produire différents sons, bou-
che cette ouverture-ci ou celle-là, et semble enchaîner
des ouvertures sourdes et sonores de manière arbi-
traire.

23 Novalis | Les grains de pollen


8

La différence entre l’illusion et la vérité tient à la diffé-


rence de leurs fonctions vitales. L’illusion vit de la véri-
té ; la vérité vit sa vie en elle-même. On annihile l’illu-
sion comme on annihile des maladies, et l’illusion n’est
donc rien d’autre qu’une inflammation ou une extinc-
tion logique, exaltation ou philistinisme. La première
ne laisse habituellement derrière elle qu’un manque
apparent de faculté de penser qu’on ne peut supprimer
qu’à travers une série décroissante d’incitations et de
contraintes. La seconde se change souvent en une viva-
cité illusoire, dont les dangereux symptômes révolu-
tionnaires ne peuvent être supprimés qu’à travers une
série croissante de remèdes violents. Seules des cures
chroniques rigoureusement suivies peuvent modifier
ces deux dispositions.

24 Novalis | Les grains de pollen


9

Toute notre faculté de perception ressemble à l’œil.


Les objets doivent passer à travers des foyers opposés
pour apparaître correctement sur la pupille.

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10

L’expérience est l’épreuve du rationnel, et inverse-


ment. L’insuffisance de la théorie dans l’application,
souvent commentée par le praticien, se retrouve réci-
proquement dans l’application rationnelle de l’expé-
rience pure, et est assez nettement perçue par les véri-
tables philosophes, toutefois assez réservés quant à la
nécessité de ce succès. C’est pourquoi le praticien re-
jette la pure théorie, sans soupçonner combien la ré-
ponse à cette question pourrait être problématique  :
« La théorie existe-t-elle pour l’application, ou l’appli-
cation à cause de la théorie ? »

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11

Le plus haut est le plus compréhensible, le plus proche,


le plus nécessaire.

27 Novalis | Les grains de pollen


12

Les miracles et les lois naturelles sont dans une relation


d’effet alterné  : ils se limitent réciproquement et for-
ment une totalité. Ils sont unis dans la mesure où ils se
neutralisent mutuellement. Pas de miracle sans événe-
ment naturel et inversement.

28 Novalis | Les grains de pollen


13

La nature est l’ennemie des possessions éternelles. Elle


détruit, en suivant des règles fixes, tous les signes de
propriété, supprime tous les caractères de formation.
La Terre appartient à toutes les espèces ; chacun a droit
à la totalité. À la primogéniture n’est associé aucun pri-
vilège. – Le droit de propriété s’éteint à des époques
déterminées. Les conditions de l’amélioration et la dé-
térioration sont immuables. Mais si le corps est une
propriété à travers laquelle j’acquiers seulement les
droits d’un citoyen de la Terre actif, je ne peux me
perdre moi-même en perdant cette propriété. Je ne
perds rien d’autre que ce poste dans une école prin-
cière, et accède à une corporation supérieure où me
suivent mes condisciples bien-aimés.

29 Novalis | Les grains de pollen


14

La vie est le début de la mort. La vie est à cause de la


mort. La mort est à la fois achèvement et commence-
ment, séparation et rapport plus intime à soi. La réduc-
tion s’accomplit par la mort.

30 Novalis | Les grains de pollen


15

La philosophie aussi a ses floraisons. Ce sont les pensées


dont on ne sait jamais si on doit les qualifier de belles
ou de spirituelles. [Friedrich Schlegel]

31 Novalis | Les grains de pollen

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