Vous êtes sur la page 1sur 9

LA

CONSOMMATION DE DROGUES ET SES EFFETS SUR LES JEUNES EN AFRIQUE


DE L OUEST













Par


















Isidore S. Obot, PhD, MPH.
Professeur de psychologie, Université de Uyo, Uyo, Nigéria
Directeur du Centre de recherche et d’information sur la toxicomanie (CRISA)
Rédacteur en chef de l’African Journal of Drug and Alcohol Studies


1
Introduction

Contrairement à l’idée que l’on retrouve dans certains milieux sociaux selon laquelle
le problème de la drogue en Afrique de l'Ouest est un phénomène récent, la région
s’illustre depuis longtemps dans l’histoire de la drogue en Afrique. Il y a presque un
siècle, le cannabis été déjà cultivé en Sierra Leone, 1 et voilà presque soixante ans
que sa consommation par les jeunes «déviants» au Nigeria est associée à des
problèmes de santé mentale. 2 En outre, dans l’Afrique de l'Ouest précoloniale, bien
avant la naissance des nations indépendantes que nous connaissons aujourd'hui, les
prohibitionnistes occidentaux ont mené des efforts concertés pour le contrôle de la
production et de la consommation de boissons alcoolisées. La Convention de
Bruxelles de 1890, qui visait à mettre un terme à la traite des esclaves prévoyait
également l'interdiction de l'importation en Afrique de produits dangereux, y
compris les « liqueurs spiritueuses ». 3 Généralement considéré comme la première
tentative de contrôle international d'une substance psychoactive, cette loi est le fruit
de campagnes menées par des groupes religieux occidentaux et les réactions des
chefs locaux à ce qu'ils considéraient comme conséquences négatives de gin sur
leurs propres populations.3 Ce qui est nouveau aujourd’hui en Afrique de l'Ouest,
c’est la présence d’une grande variété de substances addictives que peuvent utiliser
la plupart des jeunes, ainsi que la prévalence croissante des troubles liés à la
toxicomanie et d'autres problèmes sociaux et physiques associés à l'usage de
drogues. Cet article met l’accent sur ces deux questions connexes, le degré
d'utilisation des drogues et ses conséquences. Elle offre aussi un certain nombre de
recommandations sur la manière d’apporter des solutions effectives au problème.

Disponibilité des drogues

Le cannabis jouit d’une énorme popularité parmi les utilisateurs de drogues en
Afrique de l'Ouest, et demeure au premier rang mondial des drogues illicites.
Cependant, dans différents pays et villes, les scènes de la drogue sont complexes et
fluides. Avant le début des années 1980, dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest
comme le Ghana et le Nigeria, les autorités compétentes étaient plutôt préoccupés
par la consommation de stimulants légers par les étudiants et autres jeunes hors du
circuit scolaire pour rester alerte et avoir plus d’énergie. Elles étaient aussi
préoccupées par le lien suspecté entre la consommation de cannabis et les
psychoses, et les conséquences sociales et familiales de la consommation excessive
d'alcool. En 1982, la situation allait cependant radicalement changer, notamment
avec l'arrivée de la cocaïne et de l'héroïne dans la région. Ces drogues ont été
introduites en Afrique de l’Ouest à partir des pays producteurs et sont
principalement destinées à l'exportation vers les grands pays consommateurs
d’Amérique du Nord et d’Europe. Au Nigeria, par exemple, l'un des tout premiers cas
de trafic de cocaïne a été enregistré suite à l'arrestation en 1982 d'un jeune homme
sur le point de quitter le pays avec 1,2 kg de cocaïne. Depuis lors, il y a eu une nette
augmentation du nombre d'arrestations de trafiquants et de saisies de cocaïne
destiné au trafic dans toute l'Afrique de l'Ouest.4

2
Il y a environ vingt ans, l’Afrique de l’Ouest devenait la plaque tournante du
commerce de cocaïne en destination des pays occidentaux. Depuis, les autorités
chargées de la lutte contre la drogue sont fortement préoccupées par les activités
des différents gangs criminels locaux et étrangers. En 2007, Au plus fort des saisies
de drogues, la région semblait bien mériter son surnom de « côte de la cocaïne ».
Néanmoins, grâce à une combinaison de facteurs favorables, notamment une
meilleure collaboration entre les agences chargées de la lutte contre la drogue et la
forte volonté des pays d’anéantir les agissements des trafiquants, l’attrait de
l’Afrique de l’Ouest comme principale zone de transit de la cocaïne semble
s’estomper ; ce qui n’est pas malheureusement le cas pour le trafic en lui-même.5 En
effet, on note toujours dans la région des arrestations de trafiquants de cocaïne et
d’héroïne, sans parler de la culture de cannabis et la production de
méthamphétamines.

Parce que la stratégie de lutte contre la drogue en Afrique de l'Ouest a longtemps été
centrée sur la réduction de l'offre, en s’appuyant en particulier sur le système de
justice pénale (stratégie connue au fil des années sous le nom de «guerre contre la
drogue»), et ce, uniquement contre les drogues couvertes par les conventions
internationales, d'autres aspects importants de la lutte contre la drogue ont été
négligés. Les mesures de réduction de la demande—prévention, traitement, soins,
épidémiologie—et les risques comparatifs liés à l'utilisation de substances
psychoactives licites (par exemple, le tabac, l'alcool, les produits inhalants) 6,7 ont
fait l’objet de peu d’attention. Ceci est un échec patent des politiques de drogues, en
particulier dans le cadre d'une meilleure compréhension de la dynamique de la
toxicomanie et de la prévention de l’abus de drogues parmi les jeunes. Il existe
cependant certaines initiatives dans les politiques de drogue qu’il est important de
noter, notamment le projet à grande échelle en cours au Nigeria, financé par l'Union
européenne et mis en œuvre par l'ONUDC, qui pourrait changer la donne dans le
pays en matière d'amélioration des connaissances, des capacités et des services. En
outre, l'adoption de services basés sur des observations factuelles pour la
dépendance aux opiacés au Sénégal, et ce qui semble être un examen favorable à la
réforme des lois sur les drogues au Ghana témoignent d’une amorce de
changements dans certains pays de la région. Le succès de la lutte contre les
nombreux problèmes liés à la drogue dépendra dans une large mesure de l'adoption
d'une approche nouvelle qui privilégie la dimension de santé publique et qui, par
nature, accordera une attention particulière aux drogues licites (alcool et tabac)
comme possible « substances-passerelles ».

La consommation de drogues et ses conséquences en Afrique de l’Ouest

L'utilisation dysfonctionnelle (ou abus) de substances addictives est sans nul doute
un problème mondial auquel on accorde une attention particulière dans presque
tous les pays africains.7 Cette partie de l'article est consacrée à un résumé de ce que
nous savons aujourd'hui sur l'étendue de l’abus de différents types de substances
psychoactives au niveau mondial et en Afrique de l'Ouest, et les conséquences de
l'usage de drogues chez les jeunes. Les catégories de drogues examinées sont la

3
cocaïne, l'héroïne, le cannabis, les stimulants de type amphétamine, les
médicaments sur ordonnance, les substances volatiles, et l'alcool (les deux derniers
étant des exemples de catégories de substances licites populaires chez les jeunes).

L’Alcool: depuis de nombreuses années, l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
recueille des données sur le nombre de personnes qui boivent et ceux d'entre eux
qui développent des troubles de consommation d'alcool (y compris la dépendance à
l'alcool).8 Un peu plus du tiers de la population adulte mondiale sont des
consommateurs d'alcool. Il existe cependant d’importantes variations entre les
régions, en raison notamment de l'interdiction religieuse de boire de l’alcool dans de
nombreux pays. Environ 42% des Africains boivent de l'alcool, ce qui signifie que la
plupart d’entre eux s’abstiennent à vie ou sont d'anciens buveurs. La majorité des
buveurs d’alcool sont des hommes, qui consomment des boissons fermentées ou des
boissons distillées fabriquées localement. On enregistre néanmoins une
augmentation de la consommation de boissons commerciales occidentales, due
probablement à la croissance économique que connaissent un bon nombre de pays.9

L'alcool est loin d’être une marchandise ordinaire. La consommation excessive
d’alcool est liée à de nombreuses maladies, souvent de manière banale, mais aussi à
une foule de problèmes sociaux qui touchent l'individu, la famille et la communauté
en général. Dans beaucoup de ces cas (par exemple, les accidents de la route), les
jeunes adultes sont les auteurs, mais souvent aussi les victimes. Si l’on tient en
compte maintenant du genre dans la prévalence de la consommation, les hommes
sont plus touchés que les femmes.10

L'alcool est différent des autres substances addictives. Non seulement parce que
c’est une drogue licite, mais aussi parce que peu de pays africains ont des politiques
nationales visant à réduire le niveau de consommation et prévenir les problèmes
engendrés par l’alcool, en dépit du fait qu'il est une substance létale pouvant causer
de graves torts à la santé. En effet, selon le rapport de l'OMS sur l'alcool et la santé
de 2014, seulement 2 des 15 pays membres de la CEDEAO disposent de politiques
nationales et/ou de plans d'action de lutte contre les problèmes liés à d'alcool. Par
exemple, des mesures pour réglementer la commercialisation et la promotion des
produits alcooliques chez les jeunes.11

Cannabis: Parmi les drogues sous contrôle international, le cannabis est de loin la
drogue la plus accessible et la plus facile à se procurer en Afrique de l'Ouest. Comme
plante, Cannabis Sativa pousse facilement dans nos climats, propices à sa culture. Il
est également source de revenus illicites pour beaucoup de personnes dans les
zones rurales de certains pays. En termes de consommation, l'Office des Nations
Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) note que la plus forte prévalence de
l'usage récréatif de cette drogue dans le monde est en Afrique occidentale et
centrale, où plus de 12% des adultes entre 15 et 64 ans dans la région sont des
utilisateurs ; ce qui est une prévalence beaucoup plus élevée que la moyenne
mondiale de moins de 4%, ainsi que celle enregistrée dans d'autres parties de

4
l'Afrique (moins de 8%).7 Plus alarmant encore, le taux d'utilisation chez les jeunes
dans des pays tels que le Ghana et la Sierra Leone est plus élevé, soit plus de 20%.

Alors que le monde entier se prépare pour la Session extraordinaire de l'Assemblée
générale des Nations Unies (UNGASS) sur le problème mondial de la drogue prévue
en avril 2016, aucune drogue n’a de nos jours autant attiré l’attention que le
cannabis.12 Dans une large mesure, cela est dû à la récente série de légalisations de
l'usage personnel de la drogue dans certains pays (par exemple, en Uruguay et dans
plusieurs États américains), et qui semble contredire l'impact négatif sur la santé
que beaucoup voient dans la consommation de cannabis. Chez les personnes à la
recherche d’un traitement pour troubles de l'usage de drogues en Afrique de l'Ouest,
le cannabis reste la principale drogue. 7 Au Ghana, au Niger, au Sénégal et au Togo,
au moins deux tiers des personnes sous traitement ont fait référence au cannabis. Il
est important de noter que l’association observée entre la consommation de
cannabis et les troubles mentaux a été rapporté dans de nombreux autres pays en
dehors de l'Afrique de l’Ouest. Ce qui aujourd'hui n’est toujours pas clair est de
savoir si la consommation de cannabis est une cause directe de la maladie mentale
ou si elle sert de déclencheur chez les personnes qui sont déjà prédisposés à des
troubles. Alors que la question sur le lien supposé entre maladie mentale et
cannabis subsiste, l’on a de bonnes raisons d'être préoccupé par les effets du
cannabis sur le cerveau en croissance, d’où la nécessité d’efforts accrus pour
prévenir, ou au moins retarder la consommation de cannabis chez les jeunes et les
populations les plus vulnérables dans la région et au-delà.

Cocaïne and héroïne: La cocaïne est un puissant stimulant produit à partir de
feuilles de coca tandis que l'héroïne est dérivée du pavot à opium et agit comme un
analgésique. Alors que le cannabis fait depuis longtemps partie de la scène des
drogues illicites en Afrique de l'Ouest,2 la cocaïne et l'héroïne n’ont eu une présence
remarquée dans le continent que depuis le début des années 1980 ; et des années
durant, la préoccupation des autorités à leur sujet n’a porté que sur l’aspect trafic.4
Les personnes arrêtées pour trafic sont en général des jeunes adultes, recrutés par
des «patrons» pour acheminer les substances illicites vers les marchés des
utilisateurs. Ainsi exposés, et en raison d'autres facteurs, ces jeunes adultes sont
souvent impliqués dans l'utilisation de ces drogues. Les données sur la
consommation de cocaïne et d'héroïne dans la plupart des pays africains sont rares
et proviennent de petits échantillons non représentatifs ; et il est tout aussi rare de
recueillir des données sur les conséquences de l'utilisation des drogues, hormis les
témoignages de certains patients dans les centres de traitement.

Aujourd'hui, la prévalence de cocaïne et d'héroïne chez les personnes entre 15 et 64
ans en Afrique de l'Ouest est estimée à environ 0,4% ; un chiffre qui est le double de
la prévalence de 0,2% enregistrée en 2006. De telles estimations totales peuvent
être trompeuses, car il existe des variations d’un pays à un autre, et surtout au sein
de groupes dans différents pays. Par exemple, les résultats des recherches et les
stratégies de lutte contre l’injection de drogues récemment enregistrés en Afrique—
en particulier en Tanzanie et au Kenya, en Afrique de l’Est ; et au Sénégal, en Afrique

5
de l'Ouest—font suite à l'augmentation rapide de la consommation de drogues, non
pas tant dans la population en général, mais plutôt au sein de sous-groupes à haut
risque.

Méthamphétamines et autres stimulants: Les substances de type amphétamine
(STA)—en particulier la méthamphétamine—ont récemment capturé l'imagination
des experts en matière de lutte contre la drogue et les décideurs politiques en
Afrique de l’Ouest.13 les stimulants sont depuis longtemps populaires parmi les
jeunes qui les utilisent à des fins bien précises—pour étudier, dans des jeux, et
simplement pour le plaisir. Les STA viennent en général hors d’Afrique de l’Ouest et
sont acheminées vers l'Asie où se trouvent de grands marchés de consommation,
notamment en Chine et en Thaïlande. Le Rapport mondial sur les drogues de
l'ONUDC de 2015 note clairement que: «L'Afrique de l'Ouest semble être devenue
une plaque tournante de la méthamphétamine introduite clandestinement en Asie
de l’Est et du Sud-Est via l'Afrique du Sud ou l’Europe, avec de nouveaux itinéraires
de trafic reliant les marchés de méthamphétamine régionaux qui n’étaient pas
auparavant liés». 7

Dans la dernière décennie, deux nouvelles dimensions sont venues s’ajouter à la


situation. La première est que les méthamphétamines sont maintenant produites
dans au moins deux pays (Nigeria et Ghana) de la région; la deuxième est qu’une
partie de cette production est consommée au niveau local. Pour l'instant, selon les
chiffres de l'UNODC, le niveau de consommation semble très faible ; l'Afrique du Sud
étant le pays le plus touché en Afrique. Cependant, de plus en plus anecdotes
indiquent que la «meth» est fumée en association avec le cannabis, au Nigeria et au
Ghana. Au Burkina Faso, il a été signalé qu'un nombre important de personnes à la
recherche d’un traitement ont indiqué que les STA étaient leur drogue de
prédilection. Avec le renforcement des activités de lutte contre la drogue au niveau
des aéroports et des ports maritimes—ce qui rend le trafic de stupéfiants plus
risqué pour les trafiquants—, si la production locale n'est pas supprimée, la part du
marché intérieure est susceptible de se développer davantage.

Le tramadol et d'autres substances contrôlées: Le tramadol est un puissant
analgésique opioïde souvent utilisé comme antalgique sous prescription médicale.
Dans un nombre croissant de pays d'Afrique de l’Ouest, le tramadol et certaines
substances opioïdes (par exemple, sirops contre la toux contenant de la codéine)
sont devenus des drogues très populaires chez les jeunes. Au Nigeria, l'abus de
sirops contre la toux contenant de la codéine a été signalé, non seulement parmi les
«enfants de la rue », mais aussi chez les élèves du secondaire et les étudiants. Ceux
qui abusent du tramadol ou de la codéine le font parce qu’en quantité suffisante, ils
éprouvent une certaine euphorie. Malheureusement, son utilisation peut entraîner
une dépendance psychologique et physique dans laquelle les utilisateurs éprouvent
des symptômes désagréables quand ils essaient d’arrêter d’en consommer.

Substances Volatiles: les substances illicites et contrôlées sont généralement
difficiles d'accès et peuvent parfois être trop coûteux pour certains utilisateurs

6
potentiels. D’autres substances peu volatiles (produits inhalants) et largement
disponibles, car pas chères, sont des drogues populaires chez les enfants de la rue et
les jeunes dans certaines professions où ils sont exposés à des produits contenant
ces drogues. Il existe plusieurs types de substances inhalées, mais les plus connues
sont les solvants organiques (les «solutions») que l’on retrouve en menuiserie ou
dans la fabrication de chaussures, en particulier la colle. Ceux-ci sont facilement
humés de leur récipient, « sniffés » d'un morceau de tissu imbibé, ou inhalés à partir
d'un sac en plastique. L'une des premières études sur l'utilisation de substances
inhalées en Afrique, menée il y a plus de vingt ans dans le nord du Nigeria, a révélé
qu'au moins 10% des élèves du secondaire ; et 13% des enfants hors du circuit
scolaire avaient déjà inhalé une substance « pour éprouver certaines fortes
sensations », au moins une fois pendant l’année précédente.15 Récemment, des
nouvelles rapportées par les médias du Nord du Nigéria semblent faire état d’une
situation de plus en plus alarmante.

Consommation de drogues injectables (CDI): l’injection intraveineuse d'héroïne
ou de toute autre substance injectable est une des formes les plus fréquentes d’abus
de drogues. La Consommation de drogues injectables (CDI) a été signalée dans
presque tous les pays d'Afrique de l'Ouest, notamment au Nigeria, en Côte d'Ivoire,
au Ghana et au Sénégal, souvent en mettant l’accent sur la capacité de la pratique à
aggraver la situation déjà périlleuse de l’épidémie de VIH/SIDA. Même si en Afrique
le VIH se transmet principalement par contact sexuel, un nombre important
d’infections liées à la CDI a été signalé au Sénégal et dans les villes côtières du Kenya
et de la Tanzanie. En effet, dans certaines régions du monde (Europe de l'Est, en
particulier) le principal moteur de l'épidémie de SIDA est la transmission du VIH par
le partage d’équipement contaminé d’injection de drogues. Ainsi, en dehors de la
dépendance aux drogues, ce qui en soi est un trouble chronique nécessitant des
soins spécialisés, les utilisateurs de drogues injectables sont confrontés au risque
d'infection par le VIH ou tout autre virus contenu dans le sang. Par conséquent, il
impératif que toute stratégie nationale de lutte contre l'épidémie du SIDA réponde
de manière effective aux besoins des toxicomanes, notamment par la mise en place
de mesures de réduction des méfaits comme c’est actuellement le cas au Senegal.14

Drogues et jeunes en Afrique de l’Ouest : quelques observations finales

Ce que nous avons présenté ci-dessus est un aperçu général de la situation actuelle
de la consommation de drogues chez les jeunes en Afrique de l'Ouest, et ne constitue
nullement une image complète du problème. Cette situation suscite un certain
nombre d’interrogations, notamment sur les facteurs de vulnérabilité, ou encore
pourquoi certains adolescents s’adonnent à la drogue et d'autres pas; sur les
conséquences de la consommation de drogues; et sur les voies et moyens
d’empêcher une amplification du mal, surtout quand on assiste à une disponibilité
croissante du nombre de psychotropes licites ou illicites. Si l’on prend l’exemple
précis de l'Afrique de l'Ouest, beaucoup de questions subsistent sur les risques
associés à la consommation de cannabis—la drogue la plus consommée dans la
région. Ces questions nécessitent de véritables réponses ; heureusement que des

7
progrès sont réalisés grâce à la recherche effectuée dans le domaine. Par exemple,
l’on reconnait de plus en plus (même si ce n’est pas encore de manière définitive)
que le THC—la substance psychoactive du cannabis—n’est pas inoffensive et que la
consommation de cannabis pourrait être associée à une altération des fonctions
cognitives telles que l'attention, la mémoire, l'apprentissage et la prise de décision.
L'âge d'initiation est un facteur important dans la consommation de drogues parce
qu’un cerveau qui n’est pas pleinement développé sera plus affecté qu'un cerveau
mature. Ce que cela signifie qu’en Afrique de l'Ouest, comme ailleurs, les jeunes ont
besoin d'être protégés contre l'usage de drogues grâce à des programmes de
prévention bien réfléchis et basés sur des expériences antérieures qui ont porté
leurs fruits.


Aujourd’hui, l'image des jeunes en Afrique de l'Ouest est celle d'une population à
très fort risque par rapport à leurs pairs dans d'autres parties du monde. Quel que
soit l’angle sous lequel on aborde le problème—l’emploi, l'alphabétisation,
l’espérance de vie, l’exposition aux conflits sociaux, la possibilité d’exploiter son
potentiel au maximum—l'adolescent ou le jeune adulte ouest africain est très
désavantagé. La drogue ne fait que s’ajouter aux nombreux problèmes auxquels les
jeunes et leurs familles sont déjà confrontés au quotidien. Par conséquent, les
discussions et programmes visant à lutter contre le problème croissant de la drogue
parmi les jeunes doivent prendre en compte les conditions socio-économiques dans
lesquelles la plupart de ces populations vivent.

On ne pouvait choisir meilleur moment pour contribuer au débat mondial actuel sur
les solutions à apporter au problème de la drogue, surtout dans un monde moderne
avec une plus grande connaissance des substances psychoactives. Les spécialistes
semblent s’accorder sur le fait que l'approche traditionnelle de lutte contre la
drogue qui a prévalu pendant des décennies a lamentablement échoué et a
malheureusement eu comme principale conséquence l'incarcération—et d'autres
formes de punition—de la plupart des jeunes issus de milieux défavorisés. Pour
l’heure, la plus belle occasion qu’il nous est donnée d’abandonner l’approche
punitive et instinctive en matière de lutte contre la drogue est la Session
extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur les drogues prévue en
avril 2016 à New York. La position africaine commune15 et les déclarations
concoctées par plusieurs organisations de la société civile ouest africaine et
déposées au secrétariat de l’UNGASS sont claires sur une chose : la consommation
de drogues est un problème de santé publique et ne relève guère du système de
justice pénale.

Même si le trafic de drogue exige l'application des lois en vigueur pour réduire,
sinon éliminer l'offre, l'utilisateur n’est pas un criminel, mais quelqu’un (le plus
souvent un jeune) qui a besoin d'aide pour surmonter la dépendance dont il souffre.
Il est temps que l’on arrive à un consensus mondial sur le problème de la drogue
afin d'alléger les jeunes du fardeau de la consommation de drogues, en Afrique de
l'Ouest et également dans le monde entier.

8

Références

1. Klantschnig, G. (2014). Histories of cannabis use and control in Nigeria,
1927-1967. In Klantschnig, G., Carrier, N. & Ambler, C. (eds.), Drugs in Africa.
New York: Palgrave Macmillan.
2. Lambo, T. A. (1965). Medical and social problems of drug addiction in West
Africa: with special emphasis on psychiatric aspects. West African Medical
Journal, 14, 236-254.
3. Pan, L. (1975). Alcohol in colonial Africa. Helsinki: The Scandinavian Institute
of African Studies.
4. Obot, I. S. (2004). Assessing Nigeria’s drug control policy, 1994–2000.
International Journal of Drug Policy, 15 (2004), 17–26.
5. West Africa Commission on Drugs (2014). Not just in transit: Drugs, the state
and society in West Africa. Accra, Ghana: WACD.
6. Obot, I. S. http://www.wacommissionondrugs.org/wp-
content/uploads/2013/05/Prevention-Treatment-of-Drug-Dependency-in-
West-Africa-2013-04-03.pdf
7. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (2015). Rapport
mondial sur les drogues 2015. Vienne: ONUDC.
8. Organisation mondiale de la santé (2014). Rapport de situation mondial sur
l'alcool et la santé. Genève : OMS.
9. Obot, I. S. (2015). Africa faces a growing threat from neo-colonial alcohol
marketing. Addiction, 110, 1371-1372.
10. Babor et al. (2010). Alcohol: nor ordinary commodity. New York: Oxford
University Press.
11. De Bruijn, A., Ferreira-Borges, C., Engels, R., Bhavsar, M. (2014). Monitoring
outdoor alcohol advertising in developing countries: Findings of a pilot study
in five African countries. African Journal of Drug & Alcohol Studies, 13(1), 13-
29.
12. https://www.unodc.org/ungass2016/
13. https://www.unodc.org/documents/scientific/ATS_West_Africa_final_2012.
pdf
14. http://www.cnls-senegal.org/index.php/joomla-fr/photo/333-inauguration-
du-cepiad
15. Position commune de l’Afrique pour l’UNGASS 2016.
https://www.unodc.org/documents/ungass2016//Contributions/IO/AU/Co
mmon_African_Position_for_UNGASS_-_English_-_final.pdf