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De terre en porcelaine,

histoire d’un art exceptionnel

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Chronologie

Période néolithique Xe Ier millénaire av. J.-C.

Dynastie des Shang vers 1751-1050 av. J.-C.

Époque des Zhou de l'Ouest vers 1050-771 av. J.-C.

Époque des Zhou de l'Est 770-256 av. J.-C.

Époque des Printemps et Automnes 770-481 av. J.-C.

Époque des Royaumes combattants 481-221 av. J.-C.

Dynastie des Qin 221-206 av. J.-C.

Dynastie des Han 206 av. J.-C.-220 apr. J.-C

Han de l'Ouest 206 av. J.-C.-9 apr. J.-C.

Han de l'Est 25-220 apr. J.-C.

Époque des Six Dynasties du Sud 222-589 apr. J.-C.

Dynastie des Sui 581-618 apr. J.-C.

Dynastie des Tang 618-907 apr. J.-C.

Dynastie des Song 960-1279 apr. J.-C.

Song du Nord 960-1126 apr. J.-C.

Song du Sud 1127-1279 apr. J.-C.

Dynastie des Yuan 1279-1368 apr. J.-C.

Dynastie des Ming 1368-1644 apr. J.-C.

Dynastie des Qing 1644-1911 apr. J.-C.

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Jingdezhen

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Introduction
La Chine dont on (re)découvre en ce début de XXIème siècle, les nombreuses inventions, a
été particulièrement réputée pour la finesse de sa porcelaine. Secret bien gardé, elle
devient objet de collections et phénomène de mode en Europe dès le XVIème siècle avec
l’approvisionnement des caravelles portugaises puis hollandaises. La technique reste
cependant un mystère jusqu’au XVIIIème siècle. En 1707 en effet, Les manufactures de
Meissen mettent au point une céramique à base de kaolin (argile blanche et pure) : la
première porcelaine européenne est née.

La céramique, en Chine, accompagne la vie et la mort. Trouvées dans les tombeaux depuis
les époques les plus reculées, elle décore les tables des vivants pour des banquets
somptueux comme pour les repas quotidiens ou la dégustation du thé. Elle a ses codes, ses
couleurs et ses motifs particuliers, ses formes élaborées de longue date, voisines des
productions des bronziers Shang et Zhou. Elle a ses fours renommés ou non, ses origines
nobles ou industrielles, destinées à la cour ou au commerce international. Elle s’est adaptée
et modulée au gré de sa propre histoire, du développement technique, des modes et du
goût de ses commanditaires.

La technique
Poterie, céramique, grès, porcelaine ?
On parle de poterie pour tout objet d’usage domestique (vases, pots,…) réalisé en terre cuite.
Ces objets sont poreux, recouverts ou non d’une glaçure (voir plus loin). Les premières
poteries apparaissent au Néolithique (10.000-3000 aC), dans toutes les zones où la présence
humaine est avérée.

La céramique, terme plus général, couvre l’entièreté des produits réalisés en terre cuite
(tuiles, carrelages, figurines, objets usuels ou décoratifs divers…).

Le grès et la porcelaine sont des terres cuites à haute température (> 1000°C), avec un
processus de vitrification (la terre est un mélange d’argile et de matières fusibles : silice et
potasse) qui rend l’objet imperméable (à l’inverse de la poterie). Le grès est une céramique
opaque et vitrifiée, non translucide.

La porcelaine est une variété de grès composé d’argile blanche (kaolin) et de matières
fusibles (petuntse = feldspath). Elle a des qualités semblables au grès, mais lorsqu’elle est
très fine, elle est également translucide. La cuisson se fait à 1350°C.

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A u départ, une équation simple :

Terre + feu = céramique


A l’arrivée, un processus compliqué qui prend en compte :

• la composition de l’argile et le contrôle de la température


• la mise en forme par moulage rudimentaire (colombin + barbotine + incisions
ou impression de motifs), puis usage du tour et usage de moules
• l’élaboration de fours avec cuisson en oxydation ou en réduction. Feu de bois,
au charbon, fours électriques
• le décor incisé dans la terre encore molle ; le décor peint à sec ; l’usage
d’engobe, de glaçures, de couvertes, d’émaux

Le décor
L’engobe est une couche d’argile appliquée sur l’objet moulé. Il permet de cacher ou
diminuer les imperfections de la pièce et sert de couche de base à la peinture, glaçure ou
couverte.

La glaçure est une matière vitreuse (feldspath) qui recouvre la pièce et la rend imperméable.
Elle est constituée de plomb et de silice (fondant). Elle peut être colorée avec des oxydes
métalliques (cuivre, titane, fer,…). Appliquée sur une pièce déjà cuite, la glaçure est cuite à
petit feu (800°C).

La couverte est constituée de feldspath et de cendres végétales. Elle vitrifie le grès et la


porcelaine. Elle peut être colorée ou transparente. Elle se pose sur la pâte crue et le
processus de vitrification est possible quand la température de cuisson dépasse 1200°C.

Les émaux : glaçure avec un taux de plomb plus élevé (donc plus fondant). Ils sont vitreux,
opaques et se posent sur la pâte déjà cuite.

Les oxydes métalliques sont employés pour colorer l’objet (pigments). Il s’agit de poudre
finement broyée mélangée à la terre ou aux émaux. Selon la composition de la terre et
l’usage du four (oxydation ou réduction), ils se colorent différemment.

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Exemples :

L’oxyde de fer devient bleu en atmosphère réductrice, et jaune orangé en oxydation.


Il est rouge pour les émaux.

L’oxyde de cuivre en oxydation devient vert. Si la base comporte plus de silice, il vire
au turquoise. En réduction sous couverte, il devient rouge.

L’oxyde de manganèse donne des émaux violets

L’oxyde de cobalt donne un bleu plus ou moins soutenu utilisé dans les « bleu et
blanc »

L’oxyde d’antimoine donne le jaune

Le chlorure d’or donne les émaux roses de la « famille rose » au XVIIIème siècle

La cuisson en réduction se fait dans un four privé d’oxygène, tandis que la cuisson en
oxydation se fait dans un four dont l’atmosphère contient de l’oxygène. Ces deux modes de
cuisson ont une influence sur la coloration des pièces.

Les grandes périodes de la céramique chinoise


La céramique chinoise se développe avec la sédentarisation des hommes (IVème millénaire
aC). D’usage domestique ou funéraire et rituelle dès l’origine, cette double tradition se
poursuit jusqu’au XIXème siècle.

Avec les dynasties Shang et Zhou (1751-221 aC) on voit se développer une production
d’objets similaires aux réalisations de vaisselle rituelle en bronze. Les formes traditionnelles
sont inventées durant cette période.

Sous les Han (206 aC-220pC), la vaisselle en bronze pour les tombes n’est plus produite que
pour la famille impériale. La céramique prend le relais (tuiles, briques, figurines, vaisselle)

Une nouvelle source d’inspiration est visible dans les productions de la période Tang (618-
907) : les formes classiques font place à des objets inspirés de la nature et le commerce
international apporte des formes plus exotiques. Les formes sont désormais très variées.

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Des fours prestigieux produisent une porcelaine (la première ?) fine et « sonore » destinée à
l’aristocratie.

La majorité des fours est créée sous les Song (960-1279) ; la céramique monochrome, entre
autres la production de céladons, est la plus recherchée des collectionneurs de tous les
temps. Les techniques sont au point ; les porcelaines sont élégantes et raffinées.

Avec l’invasion des Yuan (1260-1368), une culture plus cosmopolite s’installe en Chine. La
céramique prend des formes et motifs étrangers afin de s’adapter au commerce extérieur
(signes arabes,…) Les bleu et blanc s’exportent.

Plus connue en Europe, car importée depuis l’origine, la porcelaine Ming (1368-1644) est
surtout connue pour ses bleu et blanc. Les fours de Jingdezhen sont une référence
internationale. L’Europe s’emballe pour les « Kraak », le Japon pour les « somet suke ». La
ville portuaire de Swatow donne son nom à une porcelaine faite pour l’exportation. Malgré
le franc succès de ces bleu-blanc, des polychromes ou monochromes sont aussi produits
pendant toute la période. Les marques avec dates de règne apparaissent sur les objets.

Avec la dynastie Qing (1644-1912) le succès des porcelaines ne faiblit pas. Des fours
impériaux ou privés travaillent à plein régime. C’est le temps des polychromes, de la
richesse décorative ou de la surcharge ornementale. Les émaux sont caractéristiques de
cette période : familles vertes, roses, mille fleurs,…

L’époque moderne et contemporaine a conservé le savoir-faire des potiers chinois. La


céramique s’est adaptée aux techniques et au design modernes. Jingdezhen et ses fours ,
patrimoine mondial de l’humanité, restent le symbole mondial de la production de
porcelaine.

L’Europe et la porcelaine chinoise

Si les récipients de céramique chinoise ont certainement traversé les continents par les
Routes de la Soie depuis la Haute antiquité, c’est surtout par le commerce maritime que des
cargaisons entières sont arrivées dans nos contrées.

Avec l’arrivée des Song, et des Yuan ensuite, les exportations se généralisent (ce qui
explique la présence d’une grande quantité de pièces dans les collections du musée du Palais
de Topkapi à Istanbul aujourd’hui) et se poursuivent sous les Ming.

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Dès le XVIème siècle, les Portugais accostent à Macao et Malacca (Malaisie). Ils échangent
argent contre épices, soies et porcelaines. Le bleu et blanc, transporté sur les « caraques »
portugaises, a la cote et l’engouement pour ce type de porcelaine « Kraak » est énorme en
Europe.

Au XVIIème siècle, les Hollandais installés à Batavia (Indonésie) prennent le port de Malacca
et détrônent les Portugais tandis que les Espagnols installés aux Philippines ouvrent leur
marché via l’archipel. Durant deux siècles, les bateaux de la VOC (compagnie hollandaise
des Indes orientales) contrôlent la majorité du commerce maritime. Des centaines de
milliers de pièces sont déversées sur le marché européen. C’est la grande mode du « Kraak »,
- dont les pièces sont reprises dans les natures mortes des peintres hollandais- qui sera
suivie après 1683 des importations de porcelaines des familles « vertes » et « roses ».

Parallèlement à ces importations, plusieurs manufactures européennes tentent de produire


la vraie porcelaine. Ces tentatives aboutissent à la production des majoliques toscanes, du
« China bone » anglais, et de la vaisselle en bleu et blanc de Delft (terres cuites recouvertes
d’un émail à l’étain), des faïences de Nevers, Rouen, Saint-Cloud,…

Au XVIIIème siècle, il faut compter avec les Anglais qui installent leurs comptoirs à Canton,
en face de la colonie de Hong Kong. L’engouement est à son maximum : la mode est aux
chinoiseries et les résidences aristocratiques sont décorées de pièces chinoises.

En 1708, le secret est dévoilé ; le kaolin découvert près de Meissen permet une production
de véritable porcelaine européenne. Les importations chinoises restent importantes
jusqu’au XIXème siècle quand, suite aux progrès industriels occidentaux, elles ne sont plus
compétitives. (leur qualité avait également chuté)

L’archéologie sous-marine dévoile aujourd’hui les secrets des bateaux naufragés et révèle
ainsi un large pan de ce marché international des siècles passés.

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Les poteries néolithiques

1. Yangshao : 5000- 3000

Banpo : site archéologique

2. Longshan : 3000-2000
3. Dawenku : 4100-2600

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Yangshao

Poterie rouge avec motif de grenouille.

Terre cuite à 600-800°C

En oxydation, la présence d’oxydes de fer dans l’argile


provoque une coloration rouge de la céramique. La
peinture est faite ensuite, à base d’oxyde de manganèse
ou de noir de fumée

Poterie peinte aux motifs de grenouille. Culture Majiayao


Néolithique, 2200-2000 B.C.

Utilisation du tour lent pour les parties fines (cols)

Longshan

Poterie rouge, puis grise ou noire, cuite en réduction. La


couleur vient des oxydes carboniques dégagés lors de la
cuisson qui ont imprégné l’argile. Pour une couleur plus
noire, on introduisait des herbes fraiches dans le feu, ce qui
provoquait plus de fumée.

Poterie cuite à 600-800°C

Utilisation du tour lent pour la totalité de la pièce

Les formes de coupe, trépied, broc annoncent les bronzes


rituels Shang

Coupe noire « coquille d’œuf », culture de Longshan, vers 3000 aC, .Université de Pékin

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Les dynasties Shang et Zhou : 1751-221 (Age du
bronze)

Durant les 640 années de leur règne,


les Shang étendent leur domination
sur un vaste territoire.

Ils développent l’art du bronze, de la


céramique (grès), de l’écriture.

Les premières villes sont crées, avec


une architecture royale avérée.

Pour la production courante, la Céramique Shang poursuit la tradition des fours de


Longshan (poteries rouges, grises ou noires).

L’usage du tour lent devient plus fréquent. Les fours fermés et voûtés présentent des
séparations intérieures munies d’ouverture (chaleur et fumées). Ils ont alimentés au bois ou
au charbon

Le kaolin (base de la future porcelaine) est utilisé. L’argile claire est purifiée et la meilleure
qualité de kaolin est utilisée pour les rares céramiques blanches conservées à ce jour. Il s’agit
d’une production plus luxueuse. Grâce à la maitrise totale des mélanges et des
températures (1000°C environ), des pièces plus fragiles destinées aux grandes familles
aristocratiques sont réalisées.

Les premières glaçures (accidentelles tout d’abord) apparaissent. Les cendres végétales
formées en cours de cuisson forment une pellicule brillante sur la surface de la poterie (les
végétaux contiennent de la potasse qui fait office de fondant. La vitrification en surface est
possible). On obtient les premiers grès (non poreux)

Les techniques du bronze et de la poterie sont étroitement liées. Les moules de terre
réfractaire nécessaires à la fonte du bronze doivent supporter une température supérieure à

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la cuisson des céramiques. Cette nécessité va entraîner une recherche dans la cuisson des
terres en général et amener plus tard à la production de porcelaine (cuisson à 1350°C).

Par ailleurs, le développement extraordinaire de la fonte et de la production des objets de


bronze dès le XIIIème siècle avant JC entraîne une production de pièces de terre cuite aux
formes similaires pour l’usage funéraire. Les modèles de bronze créés à l’époque vont être
repris tout au long de l’histoire de la porcelaine à des fins rituelles.

Ces formes se fixent petit à petit, selon l’usage qui en est fait (boisson, nourriture, cuisson,
offrandes,…)

Exemples : Li (chaudron), Dou (coupe haute pour aliments), Gui (céréales), Gu (calice),
Jue (gobelet tripode avec bec verseur), Ding (tripode pour cuisson), Jia (récipient pour
chauffer le vin),…

Formes des vases chinois :

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Les décors des pièces courantes sont réalisés à la main, tamponnés, ou avec des cordes imprimées
dans la pâte. Les pièces plus importantes (rituelles et aristocratiques) sont entaillées afin d’obtenir
un effet de bas-relief. Les motifs des bronzes (triangles, spirales, Taotie,…) se retrouvent sur la
céramique.

Collection du musée du Palais, Pékin.

Poterie blanche à décor géométrique, Shang, 1600-


1100 B.C.

La poterie blanche à décor en relief (entaille) de la fin


des Shang est obtenue grâce au faible taux d’oxyde
ferrique contenu dans la pâte (Fe2O3) cuite à environ
1000C. La plupart sont découvertes dans les tombes d’
Anyang, Henan.

Usage exclusif pour la famille royale.

Rares exemplaires conservés

motif du taotie, sur un vase de bronze Shang

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Les couleurs jaune-olivâtre sont fréquentes. L’aspect brillant imite le bronze.

Jarre en céramique blanche avec masque Jarre en bronze avec Taotie, musée
toatie, Freer Gallery, Washington Cernuschi, Paris

vase Li (chaudron à pieds creux), Shang

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Les Zhou : (1028-221 aC)
Les Zhou qui ont vaincu les Shang seront eux-mêmes soumis par les armées du Premier
Empereur de la dynastie de Qin en 221 aC.

A cette époque les philosophies chinoises traditionnelles prennent forme : taoïsme et


confucianisme. Le Livre des Rites des Zhou est un classique de la littérature chinoise qui gère
tous les aspects rituels respectés jusqu’à la fin de l’Empire.

Il s’agit d’une société féodale stricte, où tout est strictement réglementé. L’aristocratie
domine. Les tombeaux sont remplis d’objets de bronze, jade,… pour le confort de l’âme du
défunt. Le dépôt d’objets et d’offrandes pour les morts répond à un ordre décrit dans le
Livre des Rites (nombre de vases, formes, contenu,…)

Les sacrifices humains disparaissent peu à peu et sont remplacés par des représentations
des accompagnants (Mingqi) sculptées en bois puis en terre cuite

Il y a peu de changement dans la production céramique des Zhou. Le bronze reste le


matériau de prédilection des vases rituels. Les céramiques en imitent les modèles. Les
décors sont toujours à motifs géométriques, avec taotie.

On trouve dans les tombes les premiers « mingqi » (figurines qui accompagnent le défunt)
en bois puis en terre cuite.

Les fours sont plus grands qu’à l’époque précédente, et les températures montent à 1140°C.

La technique de l’émaillage à base de plomb serait mise en place au cours de cette période.

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La dynastie des Han (206aC-220pC)

En 221 aC, la Chine a été unifiée par l’Empereur Qin Shi Houang Ti. A sa mort, ses héritiers
ne maintiennent pas le pouvoir. Trop autoritaire et centralisateur, le gouvernement est
renversé par une nouvelle dynastie : les Han.

C’est une période florissante qui s’ouvre. Les arts se développent et le commerce est ouvert
au monde extérieur (route de la Soie). Le bouddhisme pénètre en Chine.

En proie aux révoltes paysannes et aux incursions de peuples du Nord, les Han sont
renversés à leur tour en 221 de notre ère. Une période d’instabilité fait suite à la prospérité
des Han.

La céramique :

La production est importante ; la terre cuite remplace dans les tombes les grands objets de
bronze. Vases, mingqi, tuiles et briques en terre cuite sont produits en abondance pour
accompagner le défunt.

Les vases sont soit décorés de motifs peints à froid, comme des spirales, vagues, triangles,…
(ils ne sont pas vitrifiés), soit, plus tardivement et dans le Sud du Pays, émaillés au plomb. La
couleur est ocre-ambré (oxyde de fer dans la terre) ou verte (présence d’oxyde de cuivre).
Des gouttes typiques de la position du vase ouverture vers le bas dans le four apparaissent.

Les mingqi :

Les sacrifices humains lors des funérailles réalisés sous les Shang disparaissent
progressivement sous les Zhou et sont remplacés par des statuettes déposées aux côtés du
défunt afin de l’accompagner dans l’autre vie. Ces statuettes sont en bois, en terre, avec des
tissus pour les vêtir. Les sujets sont liés à la vie du vivant : serviteurs, animaux domestiques,
architectures,… Ces objets se retrouvent par centaines dans les tombeaux.

Très nombreuses sous les Han, la tradition se poursuit jusqu’au Tang où les productions sont
remarquables, puis disparait sous les Song.

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The Minneapolis Institute of Arts

Musée Guimet, Paris

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Les Six dynasties (221-581)

Période d’instabilité et de guerres, la période est cependant prospère pour la culture


(littérature, peinture). Le Bouddhisme s’installe en Chine et devient la première religion.

Concernant la production de céramiques, on trouve une production de mingqi dans la lignée


de la production Han, avec quelques thèmes plus particuliers (guerriers, bêtes protectrices).

Les fours de Yue produisent les premiers céladons aboutis.

Royaume de Yue (Zhejiang actuel), Six dynasties

Le céladon
Nom donné par les Français, en relation avec le personnage du berger du roman d’Honoré
D’Urfé, l’Astrée (1610) habillé de vert.

Céramique verte (« qingci ») : grès dont la couverte chargée d’oxyde de fer est cuite en
réduction (cendres végétales contenant de la potasse favorise la vitrification + couleur).

Connu déjà sous les Zhou, cette céramique est proche par sa couleur des grands bronzes
rituels. La technique est au point dans les fours de Yue (baie de Hangzhou) au VIIIème siècle
et devient le type favori des lettrés, notamment pour les bols à thé. Le rapprochement avec
la couleur du jade n’est pas étranger au succès de ce type de céramique.

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Les potiers de Yue utilisent une couverte calcique constituée d’argile (à forte teneur en
oxydes de calcium et de potassium = fondant) et de cendres végétales qui au cours de la
cuisson (1200°C) vire au vert, vert pâle, vert intense ou vert jaune. Les formes sont variées
(bols, jarres, boîtes, coupes, oreillers,…)

Céladon de Yue, verseuse en grès émaillé


vert olive avec bec en forme de tête de
coq

Epoque Jin de l'Est (317 - 420)

Photo : Lafon Castandet

Voir aussi : Southeast Asian Ceramic Society,


Chinese celadons and other related wares in
Southeast Asia, Arts orientalis, Singapour, 1979, p.
105.

Les céladons ont été produits ensuite tout au long de l’histoire de la céramique chinoise, au
gré des modes et des commanditaires. Les fours de Yue déclinent dans le courant du XIème
siècle, mais la technique se perpétue sur d’autres sites.

Cependant c’est sous les Song qu’ils acquièrent leurs lettres de noblesse. (voir plus loin :
fours de Longquan, de Yaozhou).

Les célèbres céladons coréens (époque Goryeo) sont issus des techniques chinoises. Les
motifs en relief couverts de glaçure verte seront repris par les Chinois sous les Yuan.

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Les Tang (618-906)

La période qui s’ouvre avec la dynastie Tang est prometteuse. Le pays réunifié sous les Sui
(589-618) après des siècles de division, passe sous le contrôle des Tang en 618. Il atteindra
des limites territoriales jamais atteintes jusqu’alors. La culture se développe à la cour
comme à la ville. La capitale Chang’an (Xian) puis Luoy’an sont des lieux cosmopolites.
Aboutissement de la route de la Soie, Chang’an est le centre d’une activité intense et d’un
métissage culturel important.

La cour encourage la culture et les arts : peinture de paysage, littérature, sports (le polo est
introduit à la cour) et céramique se développent rapidement et dessinent les bases de la
grande tradition de la culture chinoise.

La céramique est connue par ses mingqi : personnages de la cour et de sa suite, joueurs de
polo, danseurs, voyageurs étrangers sont représentés de façon naturelle et mouvementée.
(Victimes de leur succès, ces figurines sont l’objet de nombreux faussaires sur le marché des
antiquités !!)

Joueuse de polo. Chine du Nord, dynastie Tang, première moitié du 8ème siècle. Terre cuite, englobe blanc et polychromie.
Musée Guimet, Paris.

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Techniquement, on atteint à cette époque des températures de fours plus élevées et bien
contrôlées dans les fours–dragons. On obtient une porcelaine « sonore », fine et translucide.
Les décors sont plus naturalistes ; on s’éloigne des modèles « officiels » hérités des bronzes
antiques.

On peut classer la céramique Tang sous deux registres : les monochromes et les céramiques
polychromes.

Monochromes : le développement d’une céramique monochrome aux formes simples et


raffinées préfigure les productions des Song.

Les céladons ont toujours la cote : les fours de Yue continuent de produire des
récipients et objets déclinés dans les tonalités de vert, avec des motifs gravés ou
imprimés en relief.

Une porcelaine blanche est produite dans les fours de Xing (Hebei), qui avait « l’éclat
de l’argent et la blancheur de la neige ». Ces pièces éclatantes étaient en majorité
destinées à la dégustation du thé (nombreuses théières et bols, coupes). On y voit la
naissance de la véritable porcelaine.

Polychromes :

Les mingqi sont peints ou couverts de glaçures épaisses et colorées similaires à celles
observées sur les récipients.

Les productions sancai (« trois couleurs », mais on peut en trouver beaucoup plus sur
un même objet) sont sans doute les plus typiques de l’époque Tang. Produites dans
le Nord, il s’agit de pièces couvertes de glaçures au plomb colorées appliquées sur le
sommet des vases, ce qui provoque lors de la cuisson les coulures caractéristiques.
Les couleurs jaune (oxyde de fer), vert (oxyde de cuivre), violet (oxyde de
manganèse), bleu (oxyde de cobalt –importé !-) se mélangent parfois au cours du
processus. Les formes, à part les figures mingqi ou bouddhiques, sont le plus
souvent des vases, aiguières, assiettes, boîtes, cruches à vin ou à eau,… A l’image de
la société Tang, les céramique sancai sont souvent inspirées de motifs étrangers
(perses surtout). Par la suite, elles inspireront les productions étrangères, de l’Italie
au Japon.

On trouve également des modèles imitant le marbre dus à un savant mélange


d’argiles de couleurs différentes, le tout recouvert d’une glaçure transparente.

Les décors « sous couverte » : invention des Tang, le décor est peint à l’oxyde de fer
sur le corps ou sur l’engobe, puis couvert d’une glaçure transparente. Cette
technique donne une grande résistance au motif (fleurs). Elle sera utilisée
régulièrement par la suite.
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Aiguière avec glaçure « œufs et
épinards » jaune-vert-marron.

Les traces de coulures sont typiques


de cette technique Tang.

Sancai

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Les Song (960-1279)

En 960, la nouvelle dynastie des Song installe sa capitale à Kaifeng dans le Nord. Envahi par
des tribus Toungouzes (Royaume de Jin) qui s’installent au Nord, le royaume est coupé en
deux en 1125. Les Song « du Sud » se replient et établissent leur nouvelle capitale à
Hangzhou. En 1271, Khubilai Khan, roi des Mongols, vainqueur des Jin est proclamé
empereur. Malgré une résistance des Song du Sud, le pays est vaincu en 1279 et le nouvel
empereur mongol prend le pouvoir sous le nom dynastique de Yuan.

Les Song ont été prospères économiquement et culturellement. De nombreuses inventions


datent de cette période (imprimerie, poudre à canon, ingénierie maritime, cartographie,
développement d’une organisation bureaucratique forte, …).

La céramique Song est révélatrice de cet essor culturel et artistique. Les fonctionnaires
érudits investissent dans les œuvres d’art et d’artisanat. On voit les premières collections se
mettre en place ; la recherche d’objets raffinés concerne évidemment les porcelaines.
L’empereur Huizong (1082-1135), artiste et poète, encourage l’archéologie et la collecte
d’antiquités. Il fonde les ateliers de porcelaine du Palais qui alimente la cour en objets de
luxe. De hauts fonctionnaires sont chargés de la gestion de la production officielle (fours ru,
guan, jun, yue, jiaotan) tandis que des fours privés produisent des céramiques pour le
marché local ou pour l’exportation.

Les fours sont nombreux (75% des fours de toute l’histoire chinoise sont créés à cette
époque). Bien que connus pour un type de porcelaine, chaque four pouvait cependant
produire tous les types de glaçures selon la demande. Dans le Nord, le combustible utilisé
est le charbon (1000 ans avant la révolution industrielle occidentale !) qui augmente le
rendement de la production.

La porcelaine Song qui sera imitée dans les époques ultérieures, et très recherchée des
collectionneurs, est caractérisée par sa simplicité dans les formes et le décor.

Les couvertes sont fines et monochromes pour la plupart des fours. Appliquées en plusieurs
couches fines, des craquelures sont parfois provoquées ; parcourue d’un réseau de veines
visibles, la céramique est vivante.

Les formes sont reprises des modèles Tang : bols, aiguières, verseuses, assiettes, oreillers,
figurines animalières,…

Les motifs incisés ou moulés sont inspirés de la nature (fleurs, lotus,…)

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Caractéristiques de quelques fours Song :
Dans le Nord :

Ru : officiel. Réalisés à l’initiative de l’empereur Huizong . Céladons de couleur bleu-vert pâle


ou bleu lavande, produites de 1086 à 1107. Il ne reste que peu de pièces ( ?70) de cette
production actuellement.

V&A museum, Londres

Jun : (des fours se développent aussi dans le Sud à partir du XVème s.) : décor flambé. Existe
déjà sous les Tang. Nouveauté : le rouge produit par l’oxyde de cuivre (au lieu du fer). Pas de
motifs ajoutés.

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Guan et Ge : officiel (localisation des fours incertaine. Kaifeng, puis Hangzhou ?)

V&A museum, Londres

Ding : blanc. Couleur ivoire. Décor moulé (lotus, fleurs, dragons, paons,…) concurrente des
xing Tang. Léger cerclage brun. Usage impérial qui sera rejeté sous les Song du Sud, à cause
de la bordure sans glaçure.

Photo : Metropolitan Museum NY

Yaozhou : céladon. Dans la continuité des céladons de Yue (voir plus haut). Servait de
cadeaux officiels. Décor au relief saillant avec motifs nouveaux dès le XIème s.

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Cizhou : « scraffito » blanc et noir

Minneapolis Institute et V&A museum Londres

Dans le Sud :
Longquan : céladon à glaçure claire. Nombreux fours (400+). Supplante les Yue. Décor gravé
et moulé.

Minneapolis Institute of Arts

Qingbai : bleu-blanc

Minneapolis Institute of Arts

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Jizhou : noir

Jian : glaçure sombre. Grande majorité de bols pour le thé.(= tenmoku japonais)

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Carte des fours principaux

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La dynastie des Yuan (1279-1368)

En 1279, Khubilaï Khan (le petit fils du redouté Gengis Khan), héritier de la tribu nomade des
Mongols, soumet la Chine des Song et fonde la dynastie des Yuan.

Bien qu’il instaure un régime fort basé sur la discrimination raciale à l’égard de la race
« Han », le nouvel empereur ouvre les routes du commerce et par route et par mer sous
contrôle gouvernemental.

Les ateliers continuent de prospérer, surtout à Jingdezhen (Zheijang) qui prend la tête de la
production céramique tant sur le marché officiel que sur les exportations.

La porcelaine est plus fine et plus résistante (mélange d’argile avec le kaolin). Pour la
décoration, les motifs floraux, animaliers (dragons, cerfs, poissons, rhinocéros,…) ou
religieux (divinités taoïstes, motifs bouddhistes) contrastent avec la sobriété des Song. Des
signes calligraphiés (vœux de bonheur, dédicaces, …) ainsi que des motifs étrangers
(calligraphie arabe) apparaissent dans les décors. La décoration des vases est souvent
divisée en registres superposés, soulignés par un dessin à l’oxyde de fer (brun sépia).

Pour les formes, le goût mongol est aux plats de grande dimension ; le cercle parfait des
Song s’efface pour des bordures arrondies ou lobées. Des vases en formes de gourde
apparaissent pour satisfaire le marché arabe. Les vases adoptent la forme polygonale. La
coupe sur haut pied est également une forme nouvelle qui s’installe dans l’histoire de la
céramique.

La production de céladon (Yaozhou, Longquan) se poursuit. Les décors sont cependant


moins fins, les gravures plus en surface. On trouve des motifs moulés non couverts, dont la
couleur naturelle contraste avec le vert céladon de la pièce.

L’émail bleu (à l’origine des célèbres bleu et blanc qinghua) prend la première place. La
peinture au cobalt sous couverte se généralise (cette technique était déjà connue des Tang).
Quant à l’oxyde de cuivre sous couverte il donne à haute température des motifs rouges. Ces
deux couleurs sont parfois utilisées sur une même pièce.

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Le bleu et blanc sous couverte
Les bleu et blanc (qinghua) sont les plus connus en Occident. Ce fait est dû sans doute à
l’abondance de pièces arrivées sur le marché européen dès le XVIème siècle.

Bien que la technique soit connue précédemment, c’est avec les Yuan et les Ming qu’elle se
développe dans les manufactures de Jingdezhen.

Jusqu’ici, le décor coloré des céramiques était constitué soit d’une couche de peinture sur la
pièce déjà cuite, soit de glaçures plombifères colorées. La peinture sous couverte permet de
réaliser un décor raffiné au pinceau (donc directement sur la terre crue), qui est ensuite
recouvert d’une couverte transparente avant de passer au four. Il faut donc que la peinture
résiste à de très hautes températures. C’est le cas du cobalt et du cuivre. Par la suite, on
utilisera l’émaillage : les couleurs seront appliquées sur la pièce déjà cuite, et les émaux
seront recuits à plus basse température, ce qui permet l’usage de plus nombreux pigments.

Le cobalt était importé de Perse. Il arrivait au port de Canton en passant par le Golfe
persique et Sumatra. Ce métal n’était pas pur. Il contient des particules de fer et d’arsenic
qui influencent la teinte du bleu : des taches noires sont visibles après la cuisson et
permettent une datation éventuelle.

A l’époque Yuan, on produit aussi des pièces à l’exportation entièrement recouvertes de


bleu cobalt, ou laissant un motif « en réserve » (principe du négatif). Le bleu est souvent
épais et grumeleux, avec une couleur peu homogène.

Vases bleu et blanc qinghua, Yuan, Musée d’art asiatique de San Francisco et Musée Guimet

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La dynastie des Ming (1368-1644)
Issue de la révolte paysanne menée par Zhu Yuanzhang (qui prendra le nom de règne de
Hongwu), la dynastie Ming renverse le pouvoir des Mongols et installe sa capitale à Pékin.
Commence alors la construction de la Cité Interdite, de la Grande Muraille, mais surtout de
l’économie et de la bureaucratie nationale.

Les relations internationales ainsi que le commerce avec l’Occident se développent. Au


XVème siècle, les Portugais sont à Malacca (Malaisie) puis à Macao. Ils échangent l’argent
contre soies et porcelaines. La course aux épices lancées par les Occidentaux provoque un
arrivage de bateaux portugais, puis espagnols et hollandais aux portes de l’Empire du Milieu.
Les Jésuites sont invités à la cour et les échanges culturels (surtout dans le domaine
scientifique) se développent.

L’artisanat est sous contrôle impérial. Les fours comme Jun, Ding, Cizhou, Longquan
continuent à alimenter les tables du Palais. Mais c’est la ville de Jingdezhen (Zhejian) qui
prend la première place dans la production de porcelaine. Des fours impériaux (une
cinquantaine en 1420) approvisionnent Pékin tandis que de nombreux fours privés
produisent une porcelaine d’usage courant ou pour l’exportation. De renommée
internationale, celle-ci est achetée en quantité de plus en plus importante par les Européens,
Arabes, Japonais, … A la fin de la période, une nouvelle clientèle bourgeoise influence les
productions tant pour la qualité (plus industrielle) que sur les motifs (moins officiels).

En plus des formes déjà traditionnelles, on trouve une grande quantité de bols décorés de
fleurs, de fruits, de scènes à personnages, des coupes à haut pied, des porte-pinceaux,…

En ce qui concerne les couleurs, le bleu et blanc (qinghua) est le plus caractéristique.
Cependant de nouvelles couleurs apparaissent dans les monochromes. Le rouge (favori de
l’empereur Hongwu ; il s’agit d’un rouge de cuivre) et le jaune qui deviendra la couleur
impériale de la dynastie suivante. Les blancs de Dehua sont réputés. Des motifs
apparaissent parfois en transparence (an-hua). Le vert des céladons est toujours recherché.
En outre, les polychromes prennent plus de place, avec les grès sancai, les procelaines wucai,
doucai.

Les pièces sont marquées (nian-hao). Les marques se réfèrent au nom de l’empereur
régnant au moment de la production.

Hongwu (1368-1398) Chenghua (1465-1487)

Yongle (1403-1424) Jiajing (1522-1566)

Xuande (1426-1435) Wanli (1573-1620)

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Les bleu et blanc Ming

Les porcelaines bleu et blanc Ming prolongent la tradition Yuan, bien que le commerce (et
l’arrivée du cobalt persan) ait été interrompu au début de la dynastie. Le cobalt utilisé dans
les productions Ming, à partir de 1420, contient du manganèse, ce qui révèle un usage du
minerai local seul ou en mélange avec le cobalt importé. Quoi qu’il en soit, la présence de
manganèse dans les décors permet une datation plus précise.

Ces modèles bleu et blanc sont les plus demandés. L’âge d’or de la production se situe dans
le règne de Xuande (1426-1435). Les fours de Jingdezhen et ceux, plus au sud, de Swatow
(Roazhou) sont les plus sollicités.

Les motifs sont semblables : fleurs, dragons, motifs taoïstes (« les trois amis de l’hiver »,
champignons lingzhi…) mais leur distribution sur les parois des vases bols et assiettes est
plus libre : les lignes de division disparaissent laissant plus de place au blanc (vide) du fond.
Le trait est plus sûr, le dessin plus fin et plus souple qu’à la période précédente. Des nuances
sont à observer au cours de la période Ming, tant au niveau des nuances de bleu que de la
finesse du décor.

Pour l’exportation, on trouve des modèles « mahométans » avec inscriptions arabes, des
kendi pour le marché indonésien ou malais, et à partir du XVIème siècle des modèles conçus
pour l’Europe et le Japon.

La porcelaine Kraak

La production de « Kraak » est orientée vers le marché occidental. Elle démarre au cours de
l’ère Wanli (1573-1620) et se poursuit jusqu’en 1683 (fermeture des fours de Jingdezhen).
Elle tire son nom du transport des cargaisons sur les caraques portugaises (Kraak en
hollandais)

Le décor est disposé en panneaux sur le bord des plats, bols et assiettes, délimitant des
espaces où sont peints des petites scènes ou des motifs décoratifs. Dès le XVIIème siècle, on
trouve également des motifs européens (tulipes ou autres fleurs européennes). Très en
vogue, ces porcelaines se retrouvent dans les natures mortes des peintres hollandais du
XVIIème siècle.

Porcelaine Kraak, collection Princessehof Leeuwarden, Holland

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Les monochromes

Le celadon est toujours produit dans les fours de Longquan. A Jingdezhen, on parvient à
réaliser des céladons sur un corps de porcelaine.

Les blancs de Dehua dans le sud déjà produits sous les Song sont réputés. A Jingdezhen on
produit également un blanc très fin et translucide parfois décoré d’un motif (fleurs, dragon,
emblèmes bouddhistes) visible par transparence (an-hua)

Le rouge de cuivre déjà utilisé sous les Yuan est parfois seul ou associé au bleu de cobalt
(peinture sous couverte). Couleur prisée de l’empereur Hongwu, le rouge est difficile à
obtenir. Au XVIème siècle, il est réalisé à l’émail d’oxyde de fer sous couverte. On obtient un
rouge corail-orangé typique de la fin de l’époque Ming. Les formes des bols et vases sont
simples et élégantes.

Le jaune (oxyde d’antimoine) est nouveau au XVème siècle -époque de Xuande (1426-1435)-.
Il devient couleur impériale. Il est souvent rehaussé de motifs dorés.

Le turquoise apparaît au XVIème siècle.

Le décor bicolore

Des motifs de fleurs, fruits, rinceaux, dragons décorent des vases, bols, assiettes dans une
association bleu-jaune, rouge-jaune, vert-jaune, violet-jaune. Les émaux posés sur une
couverte colorée sont passés au feu de moufle. Il s’agit d’une première innovation dans le
style pour la céramique. Le jaune très prisé dans cette catégorie devient couleur impériale.

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Les polychromes

C’est sous les Ming que le goût pour la polychromie se développe. Les émaux rouge, vert et
jaune font leur apparition dans des pièces décorées de scènes issues de la littérature, de
romans populaires, ou de paysages avec oiseaux ou animaux. Ces émaux sont posés sur la
couverte, avant une deuxième cuisson au feu de moufle (800-1000°C).

Les fours du Sud de la Chine (Swatow=Raozhou) se spécialisent dans la décoration avec


émaux sur couverte. On a deux produits :

Les doucai : les motifs se détachent sur un fond blanc largement épargné. Le dessin
bleu des contours apparait et les émaux colorés (jaune, rouge, vert et aubergine)
cuits à four réduit remplissent les champs délimités. On a donc deux cuissons : le
corps avec les contours bleus sous couverte, et les émaux à feu de moufle.

On produit surtout de petites coupes, assiettes, bols avec des motifs de fleurs, de
fruits, d’oiseaux. Il s’agit de commandes destinées prioritairement à la Cour. Les
petits bols avec des poules sont très demandés. Ces pièces sont souvent copiées sous
les Qing.

Les wucai : « cinq couleurs ». Début de la production au XVIème s. Le dessin n’est


plus réalisé en bleu sous couverte, ce qui autorise les retouches. Le décor n’est pas
strictement limité aux cinq couleurs. Le décor plus chargé correspond à la nouvelle
clientèle des grands commerçants enrichis.

boite époque Wanlli (Photo Alain Truong)

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La porcelaine de Swatow : du nom du port d’embarquement des cargaisons de cette
porcelaine réalisée pour l’exportation vers le Japon, la Corée, l’Asie du Sud-Est. Elle
est caractéristique par ses formes irrégulières, et le sable qui en adhérant à la base
des pièces lors de la cuisson lui donne un aspect rugueux. Les motifs sont adaptés au
marché. Moins raffinée que la porcelaine de Jingdezhen, les pièces sont cependant
très recherchées des collectionneurs.

Les grès émaillés fa-hua

L’invention des glaçures sur biscuit sancai fahua. Des alvéoles individuelles
correspondant aux différentes couleurs, réparties sur la surface des pièces (inspiré de
la technique d’émaux cloisonnés sur bronze).

photo AlainTruong

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La dynastie Qing (1644-1911)

En 1644, les Ming affaiblis ne peuvent résister à l’invasion manchoue. Après diverses
incursions, Pékin tombe et la nouvelle dynastie qui prend le nom de Qing gouverne le pays
jusqu’en 1911. Les envahisseurs s’installent dans les édifices érigés par les Ming et
reprennent à leur compte une grande partie de la culture chinoise (art, techniques,
administration). Il y a donc en quelque sorte rupture politique, mais continuité culturelle.

Pour la porcelaine, cette période commence par une « période de transition » (1644-1683) :
la guerre civile qui fait suite à l’invasion, particulièrement dans le Sud, perturbe le commerce
et l’industrie. Les grandes commandes impériales tournent au ralenti, et les potiers orientent
leur production pour une clientèle bourgeoise, ainsi que pour l’exportation. Plus rentable, la
production est parfois de qualité moindre. Les fours de Jingdezhen sont brûlés en 1674, et
ne sont reconstruits que dix ans plus tard (1683)

Cette reconstruction des fours sur ordre impérial de l’empereur Kangxi (1662 -1722) marque
la reprise d’une production impériale de haut niveau. La renommée internationale de
Jingdezhen est désormais établie.

L’empereur désigne un surintendant expert en porcelaine à la tête de la manufacture.


L’organisation du travail est sous contrôle et la qualité exceptionnelle. Le père d’Entrecolles
(1664-1741), jésuite originaire de Limoges envoyé en mission à Jingdezhen, a décrit le
fonctionnement des fours de façon précise, document précieux pour les Occidentaux à la
veille de la découverte du « secret de la porcelaine ».

Les règnes de Kangxi (1662-1722), Yongzheng (1723-1735) et Qianlong (1736-1796) ont


produit les meilleurs exemples de la technicité et du raffinement stylistique atteints par les
Chinois.

On produit en très grand nombre des pièces qui servent à la Cour (utilitaires ou
décoratives) pour les cérémonies officielles ou encore comme cadeaux diplomatiques.
Les services commandés pour la Cour répondent à un protocole très particulier quant
à l’usage des couleurs et des motifs selon la position et le grade des utilitaires, le
jaune étant réservé à l’empereur.

Des copies de pièces antiques (monochromes Song, bleu et blanc ou polychromes


Ming) sont produites sur ordre impérial. Les marques sont soit celles du
commanditaire, soit celles de la période présumée. Ce qui rend difficile la datation de
certaines pièces.

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S’ensuit une période de déclin, généralisé dans l’Empire du milieu, liée pour la production
céramique à l’émergence des manufactures occidentales. La surcharge décorative étouffe le
style qui devient répétitif.

Les copies de modèles anciens


Les potiers Qing imitent les modèles classiques Song (ru, guan, jun, ding, ge). Les bleu et
blanc, les rouge de cuivre, les bicolores ou les doucai sont inspirés ou copiés des Ming.

Les imitations de matériaux


On parvient à imiter dans la céramique le jade, le bambou, l’ivoire ou le corail, l’or ou
l’argent.

Les monochromes
La période Qing est liée à l’invention de nouvelles couleurs auxquelles on donne des noms
particuliers : « sang de bœuf » (rouge de cuivre sombre et épais sur un corps blanc), « fleur
de pêcher » (rouge de cuivre avec variation de température de cuisson), vert poudreux, vert
haricot, bleu « clair de lune », brun « café au lait » ou « rouille de fer ». Le noir « miroir » est
une invention Qing. Il est réalisé d’un composé d’oxydes de manganèse, cobalt et fer.

Une autre technique superpose deux couvertes monochromes : « poudre de thé » (couverte
verte sur marron), « œil de rouge-gorge » (turquoise sur fond bleu avec effet tacheté).

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« Coquille d’œuf de Martin pécheur» et « poudre de thé »

Les polychromes
Au cours du XVIIIème siècle, l’intérêt pour les bleu et blanc s’estompe tant en Chine qu’en
Occident, et les émaux colorés sont les plus recherchés.

Les productions doucai (l’utilisation du noir pour souligner les détails est une
caractéristique Qing), sancai et wucai se poursuivent, dans le goût des pièces créées
aux périodes précédentes.

A celles-ci s’ajoutent quelques grandes familles caractéristiques de la période Qing :

L’imari

Inspirée des porcelaines japonaises qui ont plu aux Européens, les ateliers chinois
reprennent le style coloré des Imari. Elle est constituée de bleu sous couverte avec
des émaux rouge et or. Cette porcelaine sera produite jusqu’au milieu du XVIIIème
siècle.

Imari de Arita au Japon Imari chinois

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La famille verte yingcai

Des émaux verts aux tonalités très variées sont appliqués soit sur le biscuit, soit sur couverte.
Ils sont associés à d’autres teintes de rouge, noir, aubergine, jaune, bleu et or. Les contours
des motifs sont visibles en rouge ou en noir.
Les thèmes restent traditionnels : fleurs et oiseaux, paysages avec ou sans personnages,
scènes de romans, symboles de longévité. On peut faire un parallèle entre les motifs
ornementaux de cette céramique et les motifs utilisés pour les soieries.
Cette production commence sous le règne de Kangxi.

La famille rose fengcai

L’émail rose ou « pourpre de Cassius », d’origine européenne, provient d’un précipité d’or
connu en Chine dès 1720 (sans doute importé par le peintre Castiglione à la cour impériale).
Cet émail est posé en association avec des bleus, verts pâles, jaunes et mauves.

Il s’agit d’un groupe de grande finesse, où les détails sont traités avec soin. L’usage de blanc
de plomb permet de donner des dégradés dans les couleurs : pour la première fois en Chine,
le modelé à la façon occidentale est représenté.

La disposition asymétrique des motifs est une autre caractéristique de ce groupe.

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La porcelaine très fine, voire transparente, est dite « coquille d’œuf ».

Cette production débutée sous Yongzheng se poursuit avec les règnes suivants et remplace
progressivement les wucai. Des scènes raffinées (paysages avec personnages) avec des
poésies ou descriptions finement calligraphiées sur le motif décorent vases, tabatières, bols,
assiettes, porte-pinceaux….

ASIAN ART MUSEUM San Francisco

Les mille fleurs

Ces décors font partie de la famille rose produits à partir du règne de Qianlong ; ils
démontrent l’excellence des potiers du XVIIIème siècle à manier l’art des émaux.

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Les productions yangcai

Il s’agit d’un groupe de porcelaines émaillées produites durant le règne de Qianlong. La


technique de peinture est inspirée de l’Europe (dégradés de couleurs pour donner du
volume ; perspective ; motif de brocards de fleurs). Le décor est fait de tableaux semblables
à la peinture contemporaine (paysages avec poésie)

Le blanc d’arsenic est utilisé pour donner des gradations de tons dans les émaux.

vases yangcai Musée du Palais, Pékin

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La production pour l’Europe

Avec la mode de la porcelaine chinoise et l’engouement pour les chinoiseries, des


commandes arrivaient d’Europe avec des modèles et un décor spécifique. Les porcelaines
étaient réalisées à Jingdezhen et envoyées à Canton (où elles recevaient parfois un dernier
décor) où les bateaux étaient chargés de milliers de pièces. Il s’agissait de services de table,
de pièces pour la toilette, ou de pièces de parure.

Les porcelaines Kraak et les commandes anglaises sont déjà produites à la fin de l’époque
Ming.

Avec les Qing et les échanges plus fréquents entre les deux empires, de nombreuses
collections se mettent en place en Europe.

Des porcelaines chinoises sont achetées et « enchâssées-ormulu- » dans des supports de


bronze ou d’argent ou d’or.

Les familles verte et rose ont un succès certain, ainsi que des pièces appelées « blancs de
Canton » (porcelaines blanches qui reçoivent un décor occidental –sujets, armoiries,…-
réalisé à Canton sur modèle européen.

Des modèles en étain ou en argent, ainsi que des cahiers de modèles sont envoyés en Chine
par l’intermédiaire de la Compagnie des Indes afin d’être reproduits en porcelaine par les
potiers de Jingdezhen. On trouve des modèles inexistants en Chine tels que cafetières,
soupières, salières,… La mode est également aux décorations de cheminée (cinq vases de
Delft), lointain souvenir des autels taoïstes chinois.

Des thèmes décoratifs sont également soumis aux artisans chinois (mythologiques ou
religieux ; blasons ; thèmes historiques ou commémoratifs ; reproduction de tableaux ;
marines ou scènes de chasse). L’encre de chine se prête bien à la reproduction des
estampes qui servent de modèles. Ces pièces sont souvent rehaussées d’or.

Les figurines (couples d’oiseaux, animaux naturalistes) sont également prisées sur le marché
international.

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Famille rose, scène avec Vénus et Apollon

Bol à punch, 1786-90, Metropolitan Museum, NY

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Glossaire
Feldspath(petuntse) : minéral à base de silicate double d'aluminium, de potassium,
de sodium ou de calcium. permet d'abaisser le point de vitrification de la porcelaine lors de la
cuisson

Kaolin : argile, blanche, friable, dont la source la plus connue est la colline de Gao-ling, au
nord de Jingdezhen ; il est composé d'alumine, de silice et d'eau. Base de la production de
porcelaine.

Engobe : fine couche d'argile, crue ou mélangée à des colorants, appliquée sur le corps pour
en masquer les imperfections. Peut constituer le fond du décor peint.

Couverte : matière vitreuse, destinée à enrober grès et porcelaines. On l'obtient à partir du


feldspath mêlé à des cendres végétales (potasse)

Terre cuite : composée d'argiles impures, auxquelles on ajoutait du sable et de la potasse ;


la potasse, obtenue à partir de cendres, jouait le rôle d'un « fondant »

Faïence : terre cuite constituée d’un mélange de potasse, de sable, de feldspath et d'argile,
recouverte d’un émail à base d’étain. La plus ancienne technique de céramique en Europe
(IXeme s.) Imite la porcelaine, mais est plus poreuse et plus fragile. (ex. Delft, Majolique)

Biscuit : Porcelaine sans glaçure, cuite au demi-grand feu. Sa surface a l'apparence du


marbre. Les premières exécutions en biscuit ont été faites à Sèvres.

Grès : céramique dure, vitrifiée à haute température, et obtenue en ajoutant à l'argile des
matières feldspathiques fusibles, pour permettre cette vitrification. N’est pas translucide.

Porcelaine : variété de grès faisant appel à du kaolin, du feldspath et du sable. Cuisson à


plus de 1200°C. Translucide, sonore.

Fritte : Pâte vitrifiable composée de différents éléments (à demi-translucide).

Glaçure (ou émail) : matière vitreuse (silice + plomb) qui enrobe la poterie et la rend
imperméable. Peut être colorée (oxydes métalliques)

Emaux : enduits vitreux, avec une proportion de plomb plus élevée que pour la glaçure. Plus
fluide que la glaçure.

Peinture sous glaçure : Est appliquée directement sur le biscuit puis est glaçurée et cuite.

Porcelaine dure : Céramique de la meilleure qualité, à base de kaolin. Elle est blanche,
mince et translucide (Sèvres, Limoges).

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Porcelaine tendre : Cuite à plus basse température que la porcelaine dure, sa pâte ne
comporte pas de kaolin. Elle permet donc l'usage de couleurs sous couverte beaucoup plus
variées

Aile : Bord de l'assiette ou d'un plat qui est séparée du fond (bassin) par le marli.

Marli : Partie séparant le fond (bassin) de l'aile d'une assiette ou d'un plat.

Filet : Ligne très fine d'un millimètre soulignant l'arête de l'assiette.

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Bibliographie

Christine Lahaussois, La céramique, Collection Arts et techniques, éditions Massin

Li He, La Céramique chinoise, 2006, Thames & Hudson.

Michel Beurdeley, La céramique chinoise, Editions Charles Moreau, réédition 2005

Huard Pierre, Wong Ming. Un album chinois de l'époque Ts'ing consacré à la fabrication de
la porcelaine. In: Arts asiatiques. Tome 9 fascicule 1-2, 1962. pp. 3-60.

Mary Tregear, Song Ceramics, Thames and Hudson, London, 1982.

William Watson, Tang and Liao ceramics, Thames and Hudson, London, 1984

http://www.chinese-antique-porcelain.com

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