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La pathologie des façades

Établissement public au service de l’innovation dans le bâtiment, le CSTB, Centre Scientifique et


Technique du Bâtiment, exerce quatre activités clés : la recherche, l’expertise, l’évaluation, et la
diffusion des connaissances, organisées pour répondre aux enjeux de la transition écologique et
énergétique dans le monde de la construction. Son champ de compétences couvre les produits
de construction, les bâtiments et leur intégration dans les quartiers et les villes.
Avec plus de 900 collaborateurs, ses filiales et ses réseaux de partenaires nationaux, européens
et internationaux, le groupe CSTB est au service de l’ensemble des parties prenantes de la
construction pour faire progresser la qualité et la sécurité des bâtiments.

L’ Agence Qualité Construction (AQC) est une association loi 1901 regroupant toutes les
organisations professionnelles de la construction autour d’une mission : la prévention des désor-
dres et l’amélioration de la qualité de la construction. Elle conduit cette mission en observant
l’évolution des désordres et des pathologies, en identifiant les signes de qualité, en accom-
pagnant les professionnels dans le choix des produits, en rappelant les bonnes pratiques, et
en les informant grâce à des plaquettes d’informations, guides pratiques, magazine bimestriel,
site Internet.

Le présent guide ne se substitue en aucun cas aux textes de référence, qu’ils soient réglementaires
(lois, décrets, arrêtés…), normatifs (normes, DTU ou règles de calcul) ou codificatifs
(Avis Techniques, « CPT »…) qui doivent être consultés.
Le CSTB décline toute responsabilité quant aux conséquences directes ou indirectes de toute nature
qui pourraient résulter de toute interprétation erronée du contenu du présent guide.

Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans le présent
ouvrage, faite sans l’autorisation de l’éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du droit de copie (3, rue Hautefeuille, 75006 Paris),
est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une part, les reproductions strictement réservées à l’usage du copiste
et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les analyses et courtes citations justifiées par le caractère scientifique ou
d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (Loi du 1er juillet 1992 - art. L 122-4 et L 122-5 et Code Pénal art. 425).
© CSTB/AQC novembre 2017 ISBN 978-2-86891-681-5
Illustrations : Bernard SULLEROT
BRGM : figure 15, page 42
figure 34, page 50
figure 36, page 53
Thierry Bel : figures 71 et 72, page 75
figures 73 et 74, page 76
figure 3, page 116
figure 5, page 120
figure 10, page 123
figures 15 et 17, page 126

Photographies : Philippe PHILIPPARIE


Couverture (photo du milieu) : © 2014 - Sylvie BOUTET - AQC
Bertrant RUOT : figure 40, page 138
figure 43, page 139
figure 46, page 140

Remerciements : L’auteur et l’agence Qualité Construction souhaitent remercier tout


particulièrement les professionnels réunis au sein de l’AQC qui ont participé à la relecture
du présent ouvrage.
La pathologie des façades
5
Sommaire

Sommaire
Avant-propos ....................................................... 7 3.2 Les différents types de retrait du béton ..... 66
3.3 Les causes du retrait du béton .................... 67
Partie I : La fissuration des façades 3.4 Le retrait du béton et des maçonneries ...... 68
– Généralités ......................................... 9
3.5 Les déformations d’origine thermique
1. Introduction ................................................. 11 (retrait et dilatation) ..................................... 73
2. Le vocabulaire .............................................. 12 3.6 Le cas particulier des fissures
3. Les différentes fissures ................................ 12 de plancher .................................................. 74
3.1 Les fissures affectant les poutres 3.7 Les pathologies des murs
en béton armé ............................................. 12 en briques .................................................... 75
3.2 Les fissures affectant les murs en béton 3.8 Les pathologies des façades en pavés
ou en maçonnerie ........................................ 14 de verre ........................................................ 81
3.3 Les fissures affectant les enduits 3.9 Prévenir les pathologies des murs
ou les revêtements minces .......................... 18 en maçonnerie et en béton ......................... 86
3.4 La fissuration propre 4. La corrosion des armatures en acier
aux enduits hydrauliques ............................. 19 et l’éclatement du béton ........................... 100
4. La réparation des fissures de façade ........... 20 4.1 Présentation ............................................... 100
4.1 Le suivi de la fissuration ............................... 21 4.2 Manifestation de la pathologie
et diagnostic .............................................. 101
4.2 La réparation proprement dite .................... 24
4.3 Les réparations .......................................... 105
Partie II : Les désordres affectant 4.4 Prévenir la formation d’éclats du béton
le gros œuvre ..................................... 31 et respecter les règles de l’art................... 110
1. Les tassements du sol d’assise .................... 33
Partie III : Les désordres affectant
1.1 Présentation ................................................. 33 les revêtements .............................. 113
1.2 Reconnaître une pathologie
1. Les pathologies des enduits de façade
de fondations ............................................... 35
à base de liants hydrauliques .................... 115
1.3 Le diagnostic ................................................ 36
1.1 Présentation des enduits à base de liants
1.4 Cas des tassements sur sols argileux .......... 40 hydrauliques............................................... 115
1.5 Cas des tassements différentiels ................. 42 1.2 La fissuration des enduits .......................... 120
1.6 Les réparations ............................................ 46 1.3 Les défauts d’aspect .................................. 127
1.7 La prévention des pathologies 1.4 Réparer les désordres ................................ 133
de fondations .............................................. 49
1.5 Prévenir les désordres ............................... 133
2. Les effets des déformations de flexion
2. Les pathologies des revêtements
des poutres supportant les façades ............ 54
plastiques épais (RPE) et des revêtements
2.1 Position du problème .................................. 54 souples d’imperméabilité (RSI) .................. 142
2.2 Identification des causes ............................. 54 2.1 Présentation des revêtements................... 142
2.3 La fissuration à la jonction entre le béton 2.2 Les facteurs de risques communs
et les maçonneries ....................................... 56 aux RPE et aux RSI ..................................... 143
2.4 La voûte de décharge .................................. 57 2.3 Les désordres :
2.5 Le calcul des flèches ................................... 59 identification et prévention ....................... 148
2.6 Quelques situations caractéristiques .......... 62 2.4 Comment choisir le revêtement souple
2.7 Les réparations ............................................ 63 d’imperméabilité pour réparer
une façade fissurée ? ................................. 151
2.8 La prévention des désordres ....................... 63
3. Les systèmes d’isolation thermique
3. Les pathologies des murs en maçonnerie
extérieure par enduit sur isolant (ITE) ....... 153
et en béton .................................................. 65
3.1 Présentation ............................................... 153
3.1 Présentation du phénomène de retrait
et de dilatation ............................................ 65 3.2 Le déroulement des travaux ...................... 153

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Sommaire

3.3 Les désordres : identification


et prévention ............................................. 155
3.4 Prévenir les pathologies en rénovation
grâce aux règles professionnelles ETICS .... 158
4. Les pathologies des façades carrelées ...... 160
4.1 Présentation du revêtement
en carrelage collé....................................... 160
4.2 Le décollement : principale pathologie
des façades carrelées ................................ 160
4.3 Diagnostic et réparations des désordres .... 166
4.4 Prévention et règles de l’art
(d’après prescriptions particulières
au NF DTU 52.2 P1-1-2) ............................. 167

Partie IV : Menuiseries et vitrages ................... 171


1. Impropriété à destination .......................... 173
2. Les menuiseries extérieures ...................... 173
2.1 Le classement AEV et les performances
acoustiques et thermiques
des menuiseries ......................................... 176
2.2 La pose des menuiseries extérieures ........ 176
2.3 Ensembles menuisés .................................. 179
3. Vitrages ...................................................... 181
3.1 Le calfeutrement ........................................ 181
3.2 Les vitrages isolants................................... 181
3.3 Les vitrages ordinaires ............................... 182
3.4 Les vitrages trempés ................................. 183
3.5 Les vitrages feuilletés ................................ 183
3.6 Les verres à couches .................................. 183
3.7 L’acoustique ............................................... 184

Partie V : Confort thermique ........................... 185


1. Les condensations superficielles ............... 187
2. Les ponts thermiques ................................ 189
3. La diffusion de vapeur d’eau ..................... 189
4. L’isolation par l’extérieur ........................... 191

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Avant-propos

Avant-propos
À partir d’exemples de pathologies affectant les façades, l’auteur s’attache
à présenter les points sensibles de la réglementation et de la normalisation,
les bonnes pratiques, ainsi que les règles de l’art, qui permettent d’éviter
les désordres affectant les constructions.
À cet égard, on citera notamment les pathologies présentes sur :
• les murs en maçonnerie et en béton ;
• les enduits de façade ;
• les systèmes d’isolation thermique extérieure ;
• les façades carrelées ;
• les armatures abîmées par la corrosion.

Cet ouvrage ne vise que les façades « modernes ». Les dommages décrits
relèvent le plus souvent de la garantie décennale.

Utile aux professionnels et aux praticiens, cette collection est d’autant plus
nécessaire que la problématique des pathologies de façade est peu ensei-
gnée en tant que telle, ce qui rend d’autant plus précieux cet exposé clair,
accessible et complet.
L’expertise technique du CSTB et la compétence pratique de l’AQC
permettront à la collection d’atteindre son objectif : contribuer à l’amélio-
ration de la qualité et à la diminution de la sinistralité.

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PARTIE I
La fissuration des façades
– Généralités

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La pathologie des façades
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La fissuration des façades – Généralités

1. Introduction
Que désigne le mot « fissure »  ? Devant un même désordre, certains
emploieront le terme « faïençage », d’autres parleront de « microfissures ».
Qu’entend-on par « fissure active » ou « fissure de cisaillement » ?
Il est nécessaire de comprendre tous ces termes et d’adopter un vocabu-
laire précis. Savoir analyser l’origine de la fissuration est indispensable, à la
fois pour déterminer le mode de réparation et la responsabilité des acteurs.
Pour éviter un mauvais diagnostic, la connaissance des principes de la
résistance des matériaux est indispensable. Le simple bon sens ne suffit pas
toujours, et bien des confusions sont faites en son nom.
Force est toutefois de convenir que certaines situations ne sont pas
toujours simples à analyser. C’est particulièrement vrai si le désordre qui se
produit est d’apparition récente et, surtout, de faible intensité.
Autre point pouvant conduire à une polémique : doit-on réparer ? La répa-
ration relève-t-elle de la garantie décennale, voire d’une autre garantie qui
s’impose aux constructeurs, ou bien du simple entretien courant ? La ques-
tion posée est souvent celle-ci : la fissure qui s’est ouverte présente-t-elle
un caractère de gravité ?
Certains vont parler de « fissure infiltrante », d’autres de « fissure traver-
sante ». Et s’il s’agit d’une microfissure, c’est-à-dire d’une fissure de très
faible ouverture, il y a tout lieu de penser qu’un tel désordre restera sans
conséquence. Au pire, il sera facile à réparer. C’est souvent exactement le
cas contraire. Une très fine fissure, d’apparence banale, pourra conduire
à des infiltrations d’eau dans un bâtiment et se révèlera délicate à réparer.
Les travaux qui en découleront seront coûteux  ; la réparation, soit le
rebouchage de la fissure, ne devra pas altérer l'aspect général de la façade.
Le mécanisme qui conduit à l’apparition des fissures est toujours le même :
• avant fissuration, la structure se déforme. Des contraintes se déve-
loppent dans la matière. Les fissures apparaissent lorsque ces contraintes
deviennent excessives, et dépassent la capacité de résistance de la
matière. La fissure traduit une rupture du matériau. Il s’agit souvent
d’une rupture de « traction ». Le béton et les maçonneries résistent mal
à ce type de sollicitation ;
• après fissuration, la structure recherche un nouvel équilibre. Des zones
non affectées peuvent à leur tour être anormalement sollicitées et vont
se fissurer. Des déformations importantes se produisent, elles peuvent
entraîner des effondrements, ce qui est assez rare. Le plus souvent, une
nouvelle situation d’équilibre est trouvée ; la structure s’est adaptée en
quelque sorte aux sollicitations auxquelles elle a été soumise.
Cet ouvrage vous propose d’aborder l’étude des différentes fissures
pouvant affecter une façade. Ces fissures pourront résulter :
• d’un mauvais comportement de la structure elle-même ;
• de la déformation excessive du sol d’assise.
Figure 1 : Devant un désordre de
cette ampleur, on emploie le terme Elles pourront affecter :
« lézarde » pour qualifier la fissuration • le gros œuvre, la structure en elle-même ;
qui apparaît entre deux corps
de construction. • ses équipements, revêtements divers ou enduits.

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La fissuration des façades – Généralités

2. Le vocabulaire
La norme NF P84-404 (NF DTU 42.1 : Travaux de bâtiment - Réfection de
façades en service par revêtements d’imperméabilité à base de polymères,
novembre 2007) définit les termes suivants :
• microfissure : fissure dont l’amplitude reste inférieure à 0,2 mm ;
• fissure : ouverture linéaire de 0,2 mm à 2 mm ;
• lézarde et crevasse : fissure importante de plus de 2 mm.
D’autres termes sont couramment employés :
• faïençage : il caractérise de fines fissures qui forment un maillage, géné-
ralement à la surface d’un enduit ou d’un dallage ;
Figure 2 : Fissuration d’un mur
• fissure traversante : elle apparaît dans un mur ou dans une poutre. Elle
en maçonnerie. Cette fissure traverse
s’étend à l’épaisseur entière de la paroi ou de la poutre ; la paroi dans sa totalité. Elle peut bien
• fissure infiltrante : une fissure est dite « infiltrante » lorsqu’elle s’accom- entendu laisser passer la pluie et
pagne d’une pénétration d’eau à l’intérieur de l’ouvrage. se révéler « infiltrante ».

Remarque :
La pénétration d'air en excès ou
3. Les différentes fissures de pluie à l'endroit d'une fissure
traversante peut constituer un litige
relevant de la garantie décennale.

3.1 Les fissures affectant les poutres


en béton armé
La résistance des matériaux enseigne que les charges verticales appliquées
sur une poutre reposant sur deux appuis sont à l’origine de deux types de
sollicitation qui vont affecter la matière  : le moment fléchissant et l’effort
tranchant.
Le moment fléchissant exprime la déformation de la poutre vers le bas
lorsqu’elle est chargée. La partie inférieure de la poutre se tend, des
contraintes de traction apparaissent. La matière peut rompre sous ces
contraintes. Les contraintes de flexion d’une poutre atteindront leur valeur Figure 3 : Faïençage d’enduit.
maximale en milieu de portée lorsque la poutre est soumise à un charge- Seul l’enduit est fissuré.
ment réparti. Les fissures pouvant s’ouvrir seront d’allure verticale et se
refermeront vers le haut de la poutre. La partie supérieure de la poutre aura
en effet tendance à se comprimer.
Chacun sait que le béton résiste assez bien en compression, beaucoup plus
mal en traction. La résistance d’une poutre en béton suppose la mise en
place d’armatures horizontales dans sa partie inférieure. On les appelle les
« barres longitudinales ».

Figure 4 : Le dommage revêt de


l'ampleur. Le terme « crevasse »
est approprié pour le qualifier.

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La fissuration des façades – Généralités

Il demeure qu’il sera toujours difficile d’analyser avec précision une fissure
d’ouverture faible et de longueur réduite. Mais faut-il alors s’inquiéter et
s’interroger longuement si la pathologie est sans conséquence réelle sur le
comportement de l’ouvrage ?
Cette fissure ne devra pas pour autant être négligée par le peintre en
charge du ravalement. Il traitera cette fissure en respectant les règles
de l’art et notamment le NF DTU 42.1 cité plus loin. A défaut, la fissure
négligée viendra endommager le film de peinture appliqué lors du
ravalement.
À l’exception des situations extrêmes correspondant à des tassements
majeurs du sol d’assise des fondations ou lorsque les fissures accompagnent
une défaillance d’un ouvrage porteur, la fissuration d’un mur ne conduira
pas à s’inquiéter sur sa solidité ou, plus globalement, sur la solidité de la
structure considérée dans son ensemble. En revanche, même si la fissura-
tion est discrète et qu’il convient plutôt de parler de « microfissuration »,
il convient de garder présent à l’esprit que la fissuration d’un mur est presque
toujours traversante. Cela signifie que si ce mur est exposé à la pluie,
elle peut atteindre l’intérieur du bâtiment. La fissure peut devenir infiltrante.

3.3 Les fissures affectant les enduits


ou les revêtements minces
Il faut en tout premier lieu bien préciser qu’un enduit à base de
mortier ou un revêtement formulé avec des résines, de type revêtement
plastique épais (RPE), et a fortiori les films de peinture, ne résisteront pas à
l’ouverture d’une fissure coupant leur support : les revêtements adhérents
mis en œuvre sur une façade vont toujours se fissurer lorsque leur support
va lui-même se fissurer.
Seuls les revêtements souples d’imperméabilité peuvent, dans une certaine
mesure, résister à l’ouverture de fissures postérieures à leur application. Ces
films de résine ne s’emploient qu’en réparation, dans des conditions bien
précises qui sont étudiées au chapitre « Les pathologies des RPE et des RSI ».

Remarque
Les revêtements plastiques épais (RPE)
sont régis par la norme NF DTU 59.1.
Les revêtements souples
d’imperméabilité (RSI) sont régis par
la norme NF DTU 42.1.
Figure 16 : Cette façade en béton a été recouverte d’un RPE.
Une fissure franche s’est ouverte dans la façade. L’enduit RPE n’a pas résisté.
La pluie qui pénètre dans la fissure conduit à un cloquage, ici très nettement visible.

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La fissuration des façades – Généralités

La fissuration d’un enduit ou d’un revêtement pourra avoir aussi des consé-
quences sur l’étanchéité de la façade. Il faut se souvenir qu’un mur en
maçonnerie n’est pas étanche par lui-même, que l’enduit qui le recouvre
participe à son étanchéité. De même, la fissuration d’un RSI appliqué
au droit d’une fissure traversante aura des conséquences directes sur
l’étanchéité de la façade.
A contrario, le mauvais comportement d’une peinture appliquée sur un mur
ne nuira qu’à son esthétique.

3.4 La fissuration propre aux enduits hydrauliques


L’étanchéité de la façade est susceptible de ne plus être assurée si l’enduit
se fissure, se décolle de son support ou se révèle anormalement poreux.
La fissuration des enduits, lorsqu’elle ne résulte pas de la fissuration
du support, est le plus souvent la conséquence d’un retrait excessif.
Ces enduits contiennent du ciment, se raccourcissent en faisant prise
et en durcissant. Ce retrait est contrarié par le support qui fait corps
avec l’enduit. La fissuration est inévitable. Le dosage en ciment d’un
enduit traditionnel conditionnera son retrait ultérieur et l’apparition d’une
éventuelle pathologie.
La fissuration de retrait d’un enduit pourra se traduire par un faïençage
superficiel discret ou par un réseau de fissures plus ouvertes quand ce
n’est pas par des fissures franches qui vont s’ouvrir autour du cadre des
ouvertures d’une façade ancienne qui a été rénovée (voir figure 14).
Les fissures de retrait des enduits peuvent donc prendre des formes multi-
ples. Il est en général aisé de distinguer les fissures qui résultent du mauvais
comportement des enduits, des fissures consécutives à la fissuration
du support.

Figure 17 : Ces fissures ne concernent que le seul enduit de façade

L’entreprise en charge d’un ravalement ou d’une réparation devra toujours


s’interroger :
• Les façades sont-elles fissurées ?
• Les fissures sont-elles stabilisées ?
• Existe-t-il des infiltrations d’eau ou d’air dans l’ouvrage ?
• Les techniques proposées conviennent-elles ?

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La fissuration des façades – Généralités

4. La réparation des fissures de façade


La réparation doit être efficace, durable et ne doit pas dégrader l’aspect
général de la façade, voire du bâtiment. Le problème posé est en fait assez
complexe.
Il est courant d’entendre que, puisque la fissure n’est pas grave, la répa-
ration ne peut qu’être simple et bien sûr, peu onéreuse. Ce n’est que
rarement le cas.

Figure 18 : La façade de ce petit immeuble mérite un ravalement qui viendra masquer


les bandes de pontage des fissures disposées sur les principales fissures

Figure 19 : Une réparation bien inesthétique

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La pathologie des façades
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La fissuration des façades – Généralités

Il est tout aussi courant que le maçon responsable soit convié à réparer. Il met
en œuvre ses techniques, se contente le plus souvent de recouvrir la façade
fissurée avec une couche d’enduit après avoir rebouché, tant bien que mal,
les fissures qui s’étaient ouvertes. L’échec est assuré. Il convient de se souvenir
que les fissures traversantes, et ce sont les plus fréquentes, demeurent
actives ou vivantes, même si la pathologie en elle-même est stabilisée
(Cf. chapitre « Les pathologies des murs en maçonnerie et en béton »).
L’enduit projeté sur une fissure qui va s’ouvrir ou se refermer suivant les
variations de température ambiante ne peut que se fissurer de nouveau.
La pose d’un grillage venant armer l’enduit au droit de la fissure à
dissimuler se révèle être une précaution souvent insuffisante.
Figure 20 : La réparation n’a pas La pièce se raccourcit ou se dilate
résisté. Une fissure d’apparence sans en fonction de la température.
gravité, restera le plus souvent vivante
dilatation
si elle coupe la paroi de part en part.

mur

enduit

fissure consécutive
à la dilatation
Si la pièce est fissurée, les mouvements de retrait ou
de dilatation vont faire s'ouvrir ou se fermer la fissure.
Le revêtement de surface appliqué sur un support fissuré
va se fendre avec le retrait de son support.

Figure 21 : Appliquer un enduit sur un support fissuré conduit à des déboires

4.1 Le suivi de la fissuration


L’appréciation de l’évolution de l’ouverture d’une fissure, voire de son
extension, est du plus haut intérêt.
Il convient de savoir si la pathologie est stabilisée ou non, ou en voie de
l’être. Cette information est fondamentale. Dans les situations graves, elle
pourra justifier l’évacuation d’un bâtiment ou pour le moins son conforte-
ment par des étais. Plus couramment, et lorsque les fissures accompagnent
un tassement du sol d’assise des fondations d’un ouvrage, l’appréciation
du caractère évolutif ou non de la pathologie déterminera le mode de
réparation.
Il est fréquent d’entendre que les fissures consécutives à un tassement
de sol se stabilisent au bout de quelques années, que les fissures dites
« de retrait » ou résultant de la dilatation excessive d’un ouvrage sont
inactives. C’est faux dans de très nombreux cas. Seules les fissures de retrait
d’enduit peuvent être qualifiées d’inactives, et encore uniquement s’il s’agit
d’un faïençage de faible intensité.
Quoi qu’il en soit, il est intéressant d’apprécier l’évolution d’une fissure
dans le temps.

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La fissuration des façades – Généralités

4.1.1 Les outils traditionnels


4.1.1.1 Le fissuromètre
Il s’agit d’une jauge qui permet de mesurer simplement l’ouverture d’une
fissure.

4.1.1.2 Les témoins


La pose de témoins est une méthode ancienne qui conduit à ponter
la fissure par des plots en plâtre ou en ciment, voire des plaques de verre
scellées.
La mise en œuvre de témoins de cette nature est délicate. Il n’est pas rare
de constater que les témoins se décollent avant de se fissurer.
La pose d’un témoin en plâtre peut renseigner sur l’évolution d’une fissure
en intérieur, mais son usage sur un mur extérieur ne fournit pas d’éléments Figure 22 : Témoin
probants. Une fissure traversant un mur de façade reste en effet vivante. Elle au plâtre traditionnel
se comporte comme un joint de dilatation : elle s’ouvre par temps froid et
se ferme par temps chaud. Poser un témoin pour mesurer l’ouverture d'une
fissure suppose d’apprécier la température du support. C'est peu réaliste.

4.1.2 Des méthodes plus modernes


4.1.2.1 Les jauges Saugnac
Le suivi de l’évolution des fissures d’un ouvrage suppose des mesures
régulières.
Il est fréquent d’utiliser des pointes clouées de part et d’autre de la fissure.
L’observateur mesure avec un pied à coulisse la distance entre les pointes
à intervalles réguliers.
Cette méthode simple a été développée il y a quelques années par un
expert en bâtiment bien connu, M. Saugnac. Les jauges Saugnac peuvent
être mises en œuvre commodément au droit des fissures que l’on veut
surveiller. L’évolution de l’ouverture des fissures peut être appréciée au
1/10e de millimètre grâce à l’échelle dont sont dotées les jauges.
La lecture des jauges doit être interprétée avec prudence. Il convient de
distinguer les effets de la température de la structure du mouvement que
l’on souhaite effectivement analyser.

4.1.2.2 Le rebouchage des fissures


L’ouverture des fissures puis leur rebouchage par un produit quelconque
de calfeutrement permet un suivi efficace. L’aspect de la façade souffrira Figure 23 : Pose d’une jauge
toutefois quelque peu de la pose de témoins aussi visibles. micrométrique au droit d’une fissure

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La fissuration des façades – Généralités

Figure 24 : Une première fissure a été rebouchée. Une épingle a été insérée dans la façade.
Cette réparation a servi de témoin. L’apparition d’une nouvelle fissure conduit à mieux
appréhender la pathologie afin de trouver une solution définitive.

4.1.3 Les variations de température


Revenons sur cet aspect important.
Une fissure coupant un ouvrage de part en part va s’ouvrir avec la baisse
de la température ambiante et au contraire se refermer lorsque la
température s’élève. Ce propos est vrai qu’il s’agisse d’une fissure modeste,
dite « de retrait », ou d’une fissure plus importante, consécutive à un
tassement (voir figure 18 p.43).
C’est pourquoi pour les fissures observées en façade, donc soumises
à des variations de température, il conviendrait de corréler la mesure
de l’ouverture de la fissure avec la température. Qui prend des précautions
de cette nature ?
Plus généralement, quel intérêt existe-t-il à mesurer la variation d’ouverture
d’une fissure dite « de retrait » ? L’observateur mesure en fait la variation de
la température des parois coupées !
Finalement la pose de témoins n’a de sens que lorsque la pathologie
résulte d’un tassement de sol ou du fléchissement d’une poutre.
C’est pourquoi, à l’exception des fissures de retrait d’enduit se
traduisant par un faïençage léger, toutes les autres fissures restent vivantes
ou actives, ne serait-ce que parce qu’elles sont traversantes, coupent la
paroi concernée dans toute son épaisseur et évoluent avec la dilatation des
tronçons fractionnés par la fissuration.
Ces propos sont de la plus haute importance lorsque l’on aborde les
modalités de réparation.

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La fissuration des façades – Généralités

4.2 La réparation proprement dite

4.2.1 Quand faut-il réparer ?


La garantie due par le constructeur
La question ne se pose pas face à des lézardes traduisant un défaut de
solidité majeur : la réparation relèvera de la garantie décennale due par les
constructeurs.
En pratique, les constructeurs seront souvent mis en cause par le maître
d’ouvrage ou son représentant, quel que soit la gravité du dommage. La
réparation peut répondre à une obligation légale due par les constructeurs :
• la garantie de parfait achèvement ;
• la garantie de bon fonctionnement ;
• la garantie décennale.
Voici une présentation succincte des obligations qui pèsent sur les construc-
teurs en application des articles 1792 et suivants du Code civil.

4.2.1.1 La garantie de parfait achèvement


L’entrepreneur est tenu de réparer son ouvrage si celui-ci n’est pas
« parfait » le jour de la réception ou dans la première année de garantie
(soit un an après la réception de l’ouvrage).
Cette obligation est lourde de conséquences : elle peut conduire à engager
des travaux d’une certaine ampleur venant dissimuler une fissure modeste,
d’apparence insignifiante.

4.2.1.2 La garantie de bon fonctionnement


La garantie de bon fonctionnement a longtemps visé les peintures et
revêtements épais. Des décisions de justice récentes ont exclu les revête-
ments du champ de la garantie de bon fonctionnement, tout comme les
carrelages collés, moquettes et autres revêtements de sols.
Le maitre d’ouvrage doit rechercher la faute commise par l’entreprise et faire
valoir ensuite que la réparation relève de ses obligations contractuelles.
Les traitements dits « d’imperméabilité de façade » bénéficient toujours de
la garantie décennale.

4.2.1.3 La garantie décennale


Elle peut être mise en jeu en présence de désordres graves, par exemple
lorsque les fissures sont consécutives à une défaillance de la structure, mal
dimensionnée ou mal réalisée. Relèvent également de la garantie décen-
nale les désordres d’apparence plus modeste mais qui sont de nature à
« rendre l’ouvrage impropre à sa destination », selon les termes retenus
par le législateur. C’est ainsi que, classiquement, des microfissures laissant
passer la pluie à l’intérieur d’une pièce habitable devront être réparées.
Les constructeurs seront souvent aidés par les garanties apportées par
leur contrat d’assurance pour répondre aux obligations qui viennent d’être
décrites.
Le lecteur intéressé se reportera aux ouvrages juridiques traitant de la
responsabilité des constructeurs.

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25
La fissuration des façades – Généralités

Quoi qu'il en soit, l’entreprise en charge du ravalement d’un immeuble


devra prendre acte de l’existence de fissures. Sa proposition, puis les
travaux, devront être adaptés. Le maître d’ouvrage comprendrait mal que
les fissures réapparaissent à bref délai. L’entreprise, aidée d’un maître
d’œuvre s’il y a lieu, devra faire un bon diagnostic.

4.2.2 Les solutions possibles


Dans la mesure où l’on est certain que l’ouvrage ne nécessite pas un
confortement, voire un renforcement, ou si les travaux correspondants ont
été réalisés, trois types de solution peuvent être adoptés :
• la reconstitution du monolithisme de la façade accompagnée de la
projection d’une couche d’enduit ou l’application d’une peinture
décorative ;
• la mise en œuvre d’un revêtement d’imperméabilité tel que défini dans
le DTU 42.1 ;
• la mise en place devant la façade d’un vêtage ou d’un bardage.
Les solutions qui consistent à réaliser des injections dans les parois ne sont
pas traitées. Elles sont réservées aux ouvrages de génie civil pour lesquels
les considérations esthétiques sont sans objet.

4.2.2.1 La reconstitution du monolithisme de la façade


Il convient en quelque sorte de ressouder les différents panneaux de la
façade fragmentés par des fissures. L’opération conduit à ouvrir au disque
la maçonnerie afin de poser des épingles constituées de barres en acier qui
vont coudre les fissures. Un produit de rebouchage, un mortier sans retrait,
est mis en œuvre dans les saignées et le long des fissures ouvertes.
Il est prudent de mettre en observation ce replâtrage avant de projeter une
couche d’enduit sur la paroi.
De tels travaux sont assez lourds. Ils peuvent être réalisés par des maçons
ou des enduiseurs. Une solution de cette nature permet de s’affranchir
des variations d’ouverture des fissures en fonction de la température de la
paroi, et présente l’avantage de redonner à la façade son aspect d’origine.
Le lecteur aura compris qu’une solution de cette nature est difficilement
envisageable lorsque la paroi est en béton.

4.2.2.2 L’application d’un film à base de résine acrylique


C’est cette solution qui sera le plus souvent retenue, notamment sur les
supports en béton armé. Elle présente beaucoup d’avantages, mais aussi
quelques inconvénients.
L’application d’un film de résine à base de résine acrylique ou d’un revête-
ment souple d’imperméabilité (RSI) à la surface d’une façade fissurée est
Figure 25 : Les fissures qui se définie dans le DTU 42.1.
sont ouvertes sur cette façade ont
été ouvertes puis soigneusement De nombreux fabricants de résine proposent aux professionnels des
rebouchées. Des épingles ont été solutions efficaces et durables. Les travaux correspondants sont souvent
posées. Après vérification de la appelés «  imperméabilisation de façade  ». Ils sont réalisés en réparation
stabilisation de la pathologie, la façade
dans le cadre de la garantie décennale ou lors des opérations d’entretien.
pourra être ravalée avec un enduit
ou un film de peinture. Le DTU 42.1 définit avec précision les différentes étapes du traitement de
la façade fissurée, et plus précisément :
• la réparation des fissures ;
• le film de résine associé.
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26
La fissuration des façades – Généralités

L’imperméabilisation d’une façade avec un film à base de résine acrylique


présente de nombreux avantages :
• le film appliqué à la surface de la façade possède une certaine élasticité,
il s’accommodera de fissures modérément vivantes ;
• les travaux correspondants restent d’un coût modéré.
Il est bien entendu hors de question d’attendre d’un RSI qu’il reste intègre
face à une pathologie potentiellement évolutive comme un tassement du
sol d’assise des fondations d’une façade.
Les RSI restent malgré tout une solution performante. Les films de type I3
et I4 peuvent être appliqués sur des fissures évolutives (voir tableau 1
page 27). Ces films sont donc parfaitement adaptés lorsque la façade est
affectée par des fissures dites « de retrait ».
L’application d’un film de résine acrylique s’apparente à des travaux de
peinture ou de ravalement. Les maçons présumés responsables de la fissu-
ration de leur ouvrage ne disposeront souvent pas du personnel qualifié
pour réaliser les travaux correspondants. Il conviendra de faire appel à un
peintre.
Ces travaux ne constituent pas pour autant une panacée. Une façade
recouverte d’un RSI n’a pas le même aspect qu’une façade enduite ou
peinte. Utilisé en réparation, un RSI devra parfois être étendu aux surfaces
non fissurées si l’on veut conserver aux façades une bonne homogénéité
esthétique.
Lorsqu’ils sont mis en œuvre sur un enduit comportant du grain, les RSI
présentent également l’inconvénient de faire disparaître une partie des
aspérités ; l’aspect de la façade s’en trouve modifié.
À moyen terme, et si le grammage du film adhérent mince est modeste,
il est courant de voir apparaître par transparence les bandes de pontage
des fissures.
Par ailleurs, la durabilité des RSI n’est pas infinie.
Ces travaux bénéficient malgré tout de la garantie décennale.
Enfin, l’entretien d’une façade ayant reçu un traitement par RSI ne devra
pas être effectué sans réflexion. Ces films restent assez peu perméables à
la vapeur d’eau ; ils devront en général être éliminés par décapage lors du
ravalement qui suivra la première application. Il y a là une contrainte non
négligeable.
Le décapage sera tout aussi obligatoire si la façade a reçu initialement un
revêtement « mince » de plus de 300 microns.
Comment choisir le système adapté à la fissuration du support ?

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La fissuration des façades – Généralités

Tableau 1 : Classes de traitement I1, I2, I3 et I4 en fonction de l’ouverture des fissures du


support selon le DTU 42.1

Défauts en partie Épaisseur sèche


Classe Prescription minimale
courante du film (en mm)
Microfissuration du
1 couche d’impression
I1 support, porosité et 0,2
1 couche de finition
faïençage < 0,2 mm
1 couche d’impression
Fissuration du
I2 1 couche intermédiaire 0,3
support < 0,5 mm
1 couche de finition
1 couche d’impression
Fissuration du
I3 1 couche intermédiaire 0,4
support < 1 mm
1 couche de finition
1 couche d’impression
Fissuration du 1 couche intermédiaire
I4 0,6
support < 2 mm avec armature
1 couche de finition

Dans une certaine mesure, les traitements I3 et I4 peuvent résister à une


évolution de la fissuration.

Figure 26 : La partie haute de cette façade a reçu un traitement par RSI.


Il apparaît plus clair, tranche nettement par comparaison avec les zones non recouvertes,
d’aspect plus mat. Il s’agit d’un enduit de type monocouche.

Dans le cas d’un traitement de type I4, une armature en toile est disposée
à la surface de la façade : la façade est « entoilée ».
Les fissures comprises entre 1 et 2 mm sont ouvertes, calfeutrées au mastic,
entoilées et recouvertes des couches correspondant au traitement retenu.
Les fissures d'ouverture inférieure à 1 mm sont couvertes d'un galon.

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Le tableau précédent ne doit pas conduire à un excès d’optimisme. Un RSI


se comportera en principe de façon satisfaisante si des fissures viennent
à s’ouvrir dans le support ou si les fissures existant dans celui-ci évoluent.
Il peut être utile d’épingler les fissures majeures afin de reconstituer le
monolithisme de la façade comme cela a été indiqué supra et il est toujours
prudent d’attendre la stabilisation de la pathologie avant d’appliquer
un RSI.
La réalisation d’un RSI ne dispense pas d’isoler une terrasse mal conçue, de
fractionner des acrotères ou des reliefs en béton trop massifs. De même,
et si nécessaire, l’application d’un RSI pourra être précédée de la création
de joints de comportement, de retrait ou de dilatation et de renforce-
ments de structure ou reprises en sous-œuvre qui pourraient s’imposer.
Ces évidences sont parfois oubliées.

4.2.3 La pose d’un bardage ou d’un système d’isolation


par l’extérieur
La pose d’un bardage ou d’un système d’isolation thermique par l’exté-
rieur, à la surface d’une façade fissurée, constitue un remède radical.
Ces solutions pourront constituer une alternative intéressante lorsque la
façade est très dégradée et quand la réalisation d’un RSI nécessite un
décapage onéreux.
Ce type de remède ne traite que l’aspect esthétique mais n’a pas (ou très
peu) d’influence sur le désordre proprement dit.

Figure 27 : Réparation par vêtage Figure 28 : Façade couverte d’un système d’isolation thermique
fini avec un RPE

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La fissuration des façades – Généralités

4.2.4 Le colmatage naturel des fissures


Parfois, la façade n’a pas été réparée avant que des traces blanches
n’apparaissent le long des fissures. Celles-ci semblent s’être alors refer-
mées naturellement. Que s’est-il passé ?
Les spécialistes parlent d’« autocolmatage ». La nature viendra parfois au
secours de l’entrepreneur : les fissures vont se reboucher. Ce sera le cas
de fissures qui se sont ouvertes dans un mur et restent peu actives, par
exemple : des fissures qui coupent des enduits.
L’autocolmatage des fissures est le résultat du gonflement naturel du
béton ou du mortier en présence d’eau, de la formation de carbonate de
calcium, de l’hydratation in situ de particules de ciment qui n’ont pas réagi
au contact de l’eau de gâchage.
L’autocolmatage suppose la présence d’humidité au contact de la fissure.
Mais ses effets bénéfiques ne se produisent qu’à long terme.
C’est ainsi que les fissures qui s’ouvrent dans les bassins et les réservoirs se
colmatent souvent d’elles-mêmes, à la satisfaction de leurs gestionnaires.

Figure 29 : Les fissures se sont ici progressivement colmatées

En résumé
Les fissures coupant une façade peuvent résulter de multiples circonstances. Elles traverseront souvent la façade de
part en part et resteront « vivantes », leur ouverture variant avec la température de la paroi. Le mode de réparation
devra prendre acte de cette particularité.

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PARTIE II
Les désordres affectant
le gros œuvre

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Les désordres affectant le gros œuvre

1. Les tassements du sol d’assise

1.1 Présentation
Les sinistres de fondations sont nombreux, parfois spectaculaires et surtout
coûteux à réparer.
Lorsque la fondation d’une façade s’enfonce, des fissures vont souvent
s’ouvrir dans les étages. Pour peu que le tassement ait une certaine
ampleur, la fissuration pourra atteindre rapidement 1 mm, et parfois beau-
coup plus ; les cloisons, les plafonds et les planchers pourront être affectés.
Il s’agira le plus souvent d’une pathologie évolutive.
Les désordres correspondants compromettent la solidité de l’ouvrage et
relèvent dès lors de la garantie décennale.
L’objectif de ce chapitre est de sensibiliser le lecteur aux conséquences
d’un tassement du sol d’assise des fondations d’une construction et d’en
comprendre les raisons. Des situations fréquentes vont être examinées sans
que les concepts théoriques de la géotechnique soient abordés : il s’agit
d’un exposé essentiellement pratique.

1.1.1 Les constructions légères


Paradoxalement, ce sont plutôt les constructions légères et, plus préci-
sément, les maisons individuelles qui souffrent le plus du manque de
portance de leurs fondations.

Figure 1 : Cette photo a été prise dans un pays du tiers-monde. Figure 2 : La tour de Pise.
Le constructeur méconnaissait la portance du sol sur lequel il a Son inclinaison ne s’est stabilisée qu’au bout d’un grand nombre
construit. Ce ne sont pas forcément les constructions les plus d’années. Il est faux de croire qu’un tassement se stabilise
lourdes qui sont concernées par la pathologie des fondations. au bout de 3 à 4 ans et qu’il ne peut apparaître
Cette photo en est la parfaite illustration. que sur une construction récente.
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Les désordres affectant le gros œuvre

Cela tient à plusieurs circonstances :


• ce type de constructions est fondé le plus souvent sur semelles filantes,
à faible profondeur, et donc sur un sol généralement peu porteur ;
• les maisons individuelles manquent de rigidité si on les compare à un
immeuble comportant plusieurs niveaux de sous-sols ceinturés par des
parois en béton armé ;
• les façades comportant des ouvertures seront celles qui souffriront le
plus d’un tassement ;
• une maison individuelle est, sauf exception, bâtie avec des blocs de
béton ou des briques. Ce sont des éléments de construction moins résis-
tants que le béton banché, notamment vis-à-vis d’efforts de traction. Les
joints entre les blocs ou les briques constituent autant de lignes faibles
où se produiront les fissures ;
• le constructeur d’une maison individuelle se dispense souvent d’étude
de sol.
Fondations superficielles, rigidité insuffisante de la structure, exécution
maladroite et absence d’étude de sol sont les facteurs qui expliquent que
les maisons individuelles sont plus touchées que les immeubles. C’est ce
type de constructions que nous étudierons dans le présent chapitre.

1.1.2 Les sols argileux


Les sols de type argileux riches en grains très fins sont courants en France.
Le comportement de ces sols varie notablement avec leur teneur en eau.
L’étude qui va suivre porte sur la pathologie des façades des maisons
individuelles reposant sur des sols de cette nature.
Les sols, ou plutôt les argiles «  gonflantes  » à l’origine de nombreux
sinistres ces dernières années, seront tout spécialement abordés. Le terme
« argile gonflante » vise les sols argileux sensibles à l’eau, susceptibles de
se rétracter lorsqu’ils s’assèchent, éventuellement de gonfler en présence
d’eau.

1.1.3 Les tassements différentiels


Les tassements d’ensemble sont rares, ce sont plutôt les tassements diffé-
rentiels qui sont à redouter. Ils se produisent lorsque la réaction du sol, sous
les charges apportées par la structure, n’est pas homogène. Mais tous les
tassements ne sont pas nuisibles ; ils le deviennent lorsqu’ils sont à l’origine
de contraintes inacceptables par la structure.
Il convient donc de réfléchir au comportement de la structure lorsque son
assise s’enfonce. Les spécialistes parlent d’« interaction sol - structure »
ou plus simplement de la capacité de la structure à s’accommoder d’une
déformation du sol sur lequel elle s’appuie.

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Les désordres affectant le gros œuvre

1.2 Reconnaître une pathologie de fondations


Certaines situations sont simples : l’ampleur des désordres est telle que le
doute n’est pas permis.
À l’opposé, il n’est pas raisonnable de vouloir diagnostiquer un tasse-
ment de fondations à la vue de fissures de l’ordre de quelques dixièmes
de millimètre. Pourtant, le propriétaire de l’ouvrage attend souvent une
explication précise et un remède définitif lors du passage d’un technicien.
En pratique, ce sont les situations intermédiaires qui peuvent poser
problème. La méconnaissance des bases de la résistance des matériaux sera
parfois à l’origine de confusions et d’erreurs de diagnostic. Par exemple,
une fissure horizontale de quelques dixièmes de millimètres qui ceinture une
maison ne peut résulter d’un mouvement des fondations (figure 12 page 16).
Il y a lieu de distinguer deux situations qui auront en définitive des effets
comparables sur la façade :
• la semelle de fondation fléchit, ne pouvant plus supporter les charges
de la façade alors que le sol sur lequel elle a été coulée s’est enfoncé ;
• la semelle de fondation se casse.
Le béton de la semelle de fondation souvent insuffisamment ferraillé va
souffrir d’une sollicitation de type moment fléchissant excessive dans le
premier cas, de type effort tranchant dans le second cas.

1.2.1 Sollicitation d’effort tranchant


• La façade se déforme puis se fissure.
• Les fissures vont se former le long de points faibles de la structure, là où
elle manque de raideur et donc préférentiellement autour des ouver-
tures.
• Les fissures ont une inclinaison voisine de 45°.

Figure 4 : La semelle a fléchi,


insuffisamment soutenue par le sol.
Une fissure s’ouvre entre le plancher Figure 3 : Fissure caractéristique d’une façade en maçonnerie dont la fondation s’enfonce
et le soubassement.

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Les désordres affectant le gros œuvre

1.2.2 Sollicitation de moment fléchissant


Les fissures liées à un défaut de portance des fondations pourront aussi
avoir une allure horizontale, par exemple lorsque c’est l’angle de la maison
qui s’enfonce ou quand la fissure apparaît au niveau du soubassement,
sous l’arase du dallage (voir figure 4).

1.3 Le diagnostic

1.3.1 Identifier une pathologie de fondations


Il n’existe donc pas de règle simple, à la vue de fissures, pour affirmer que
les désordres observés sont la conséquence ou non d’un mauvais compor-
tement des fondations. La connaissance des bases de la résistance des
matériaux est nécessaire comme une bonne expérience professionnelle du
sujet. C’est ainsi qu’il est faux de conclure qu’un tassement s’accompagne
toujours de fissures à 45°, mais un mur coupé par des fissures à 45° subit
presque toujours les effets d’un tassement… (voir figure 6)
Il faut aussi savoir lire à travers l’enduit qui décore la façade et dissimule
des renforts dans la structure qui restent invisibles et modifient le trajet
escompté des fissures  : il s’agit en tout premier lieu des linteaux et des
chaînages. Figure 5 : Fissuration d’une cloison de
doublage en briques. Si la façade est
Enfin, lorsque des fissures d’une certaine ampleur coupent les façades également fissurée au droit de cette
d’une maison et sont attribuées à un tassement, on observe systémati- ouverture, on peut conclure que l’on
quement des désordres à l’intérieur de l’ouvrage. En effet, les cloisons de est en face d’un tassement.
doublage sont bloquées autour des menuiseries extérieures, elles-mêmes
solidaires du gros œuvre. À la fissuration des façades répondra la fissuration
des cloisons. Ces dernières seront d’autant plus affectées qu’elles auront
été bâties avec des éléments fragiles  : les cloisons en briques plâtrières
sont bien sûr plus sensibles que les cloisons montées avec des plaques de
plâtre cartonnées.
Dans le même esprit, il est fréquent de constater le blocage ou le mauvais
fonctionnement des menuiseries extérieures attachées à la façade lors-
qu’un tassement se produit.

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Figure 6 : Ces fissures pourraient conduire à penser qu’elles résultent d’un tassement de
l’angle de l’immeuble. Elles font suite en fait à un retrait du plancher séparant les niveaux.

1.3.2 Établir le diagnostic


Lorsque la fissuration de la façade possède une certaine ampleur et qu’un
mouvement des fondations est pressenti, le technicien ou l’expert en
charge de la gestion du sinistre dispose de nombreux moyens pour établir
son diagnostic. Il pourra :
• examiner les plans de fondations ou faire réaliser des fouilles de recon-
naissance ;
• lire l’étude de sol s’il en existe une ou solliciter un géotechnicien ;
• questionner les occupants : la date d’apparition des fissures pourra être
corrélée ou non avec une période de sécheresse ou, au contraire, très
pluvieuse ;
• prendre connaissance de la carte géologique ;
Remarque : • vérifier si la construction se trouve ou non sur une zone sensible à
le site www.georisques.gouv.fr l’aléa retrait-gonflement et cartographiée par le BRGM (site internet
permet de savoir si la construction est www.georisques.gouv.fr) ; (voir paragraphe 1.7.5, p. 52).
implantée sur une commune à risque,
ayant fait l’objet d’arrêtés Un diagnostic précis pourra souvent être posé dès la première visite.
de catastrophes naturelles
« mouvements de terrains ». Le choix du mode de réparation conduira souvent à aller plus loin et,
en tout premier lieu, à poser des témoins sur les fissures. Un tassement
dit « de consolidation » pourra souvent rapidement se stabiliser au point
que ses seules conséquences mériteront un traitement. Au contraire, les
fissures d’une maison reposant sur des argiles gonflantes s’ouvriront et se
refermeront avec les épisodes de pluie. Des fissures d’importance affectant
les façades d’une construction reposant sur un sol de cette nature resteront
vivantes. La réparation devra prendre en considération cette particularité.
En présence de fissures importantes, ou si les désordres ne se stabilisent
pas, il conviendra d’engager une campagne géotechnique, quel que soit
le type d’argile.
C’est dire si la pose de témoins ne constitue pas une fin en soi.

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1.3.3 La campagne géotechnique


1.3.3.1 Observer les effets de la sécheresse sur un échantillon
Il est souvent possible d’effectuer un prélèvement du sol en place et de
reconstituer sommairement les effets de la sécheresse sur cet échantillon.
Il suffit de remplir un moule avec l’argile, de saturer le sol en eau puis de le
Figure 7 : La perte d’eau de ce
déshydrater dans un four de cuisine. Si le sol est sensible à la dessiccation, prélèvement de sol argileux conduit
il va se rétracter et se fissurer. à des fissures comparables à celles
visibles sur le sol. La diminution de
L’observation de fissures à la surface du sol ne remplace bien évidemment
longueur de l’échantillon est nettement
pas des essais effectués en laboratoire sur des échantillons prélevés sur visible aux extrémités
le site, mais elle constitue malgré tout une piste et oriente la campagne du bac métallique.
géotechnique souvent nécessaire.

1.3.3.2 Évaluer la portance et la résistance du sol


Le pénétromètre dynamique léger, très employé, apporte des informa-
tions sur la portance du sol. Il conviendra en toute rigueur de corréler les
informations obtenues avec la teneur en eau du sol  : une argile saturée
d’eau est moins raide qu’une argile sèche. Cet essai permettra de mettre
en évidence un horizon porteur sous-jacent qui pourra servir d’assise à la
reprise en sous-œuvre. Mais, et il convient d’insister sur ce point, cet essai
n’apportera pas d’informations sur le caractère gonflant du sol.
L’essai pressiométrique donnera lui aussi de précieuses informations sur la Figure 8 : Fissures caractéristiques
résistance d’un sol. d’un sol desséché

1.3.3.3 Évaluer la sensibilité du sol aux variations de teneur en eau


Les essais permettant d’apprécier le caractère gonflant d’un sol argileux
sont nombreux :
• limites d’Atterberg, mesure de l’indice de plasticité IP ;
• mesure du potentiel de gonflement à l’œdomètre ;
• valeur au bleu VBS ;
• essai de dessiccation permettant d’apprécier la limite de retrait ;
• mesure de la granulométrie ;
• etc.
Le non-spécialiste se trouve confronté à bien des difficultés face à
l’offre d’essais des différents laboratoires. Quels sont les essais les plus
significatifs  ? Des discussions sont actuellement en cours pour apprécier
la représentativité des essais qui viennent d’être cités et comparer les
résultats obtenus avec chacun d’eux.

Figure 9 : La végétation très intense


près du pignon de cette maison
participe à coup sûr au tassement
du sol d’assise de sa fondation.

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Les désordres affectant le gros œuvre

Tableau 1 : Valeurs souvent retenues pour l’évaluation du caractère gonflant des sols


argileux

IP % Limites d’Atterberg Potentiel de gonflement


> 35 Très élevé
20 à 35 Élevé
< 20 Faible
Pression de gonflement en MPa Potentiel de gonflement
1 Très élevé
0,25 à 1 Élevé
0,15 à 0,25 Moyen
< 0,15 Faible
Valeur au bleu VBS Potentiel de gonflement
>8 Très fort
Remarque De 6 à 8 Fort
Les valeurs indiquées dans ces De 3 à 6 Moyen
tableaux constituent des ordres
de grandeur. <3 Faible

1.3.3.4 Mesurer la teneur en eau du sol


Il convient de ne pas oublier la mesure de la teneur en eau du sol.
Les résultats permettent d’apprécier les informations apportées par
le pénétromètre lors de la traversée de la première couche de terrain,
souvent humidifiée par la pluie. Il est aussi souvent utile d’apprécier l’état
de la façade en période sèche et après une période pluvieuse.
La mesure de la teneur en eau d’un sol est un essai peu coûteux, souvent
oublié.

Figure 10 : Matériel d’essai utilisé


pour apprécier les limites d’Atterberg

Figure 11 : Réalisation d’un prélèvement de sol au moyen d’une vis sans fin,
sondage à la tarière.

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Les désordres affectant le gros œuvre

1.4 Cas des tassements sur sols argileux

1.4.1 La classification des argiles


On dit qu’un sol est argileux lorsqu’il contient des éléments très fins, de
l’ordre du micron, dont le comportement varie avec la présence d’eau. Les
minéraux présents dans les sols argileux sont des silicates d’aluminium ou
de magnésium hydratés.
Un sol peut être constitué d’argile pure ou au contraire ne contenir qu’une
certaine proportion d’argile mélangée à des particules de sable ou des
nodules calcaires par exemple. Ces inclusions vont bien sûr tempérer le
comportement de l’argile, en général dans un sens favorable aux construc-
teurs.
Il est d’usage de classer les argiles en trois grandes catégories : Figure 12 : Des fissures d’allure inclinée
• les kaolinites ; à 45° dans les angles des ouvertures :
c’est un tassement.
• les illites ;
• les smectites ou montmorillonites.
Ces derniers sols sont les plus sensibles.

1.4.2 Le comportement d’un sol argileux


en présence d’eau
D’une façon générale, l’eau en contact avec de l’argile va profondément en
modifier les caractéristiques. L’eau rend l’argile plastique, c’est-à-dire qu’un
sol argileux humide et comprimé va aisément se déformer, un peu comme
l’argile du potier. Au contraire, en l’absence d’eau, le matériau peut devenir
très raide puis perdre sa cohésion lorsqu’il se dessèche profondément
pour devenir pulvérulent, sans résistance. L’eau dans le sol, sous forme de
circulations ou de nappe phréatique sans écoulement, modifie considéra-
blement les caractéristiques d’un sol argileux.
C’est dire combien l’étude d’un sol argileux va conduire à s’intéresser à Figure 13 : À l’ouverture de sondages,
l’eau avec laquelle il peut être en contact. on constate la présence anormale
d’eau dans le sol au-dessus du patin
Des essais de type pénétrométrique mal interprétés et réalisés par temps de fondation. La nappe phréatique
sec peuvent conduire à surestimer la portance d’un sol argileux. Sur chan- a pu, lors de sa remontée, altérer
tier, un sol argileux pourra laisser une bonne impression si la visite est la portance du sol.
effectuée par temps sec. Lors du coulage des fondations, quelques jours
après, ce même sol pourra avoir perdu une partie de ses qualités s’il a plu
entre-temps. Si le sol est sensible à l’eau, un tassement se produira rapide-
ment lorsque l’ouvrage sera réalisé.
C’est pourquoi il est recommandé d’écarter les eaux de ruissellement des
fouilles et de couler une galette de béton de propreté dès que les semelles
sont terrassées afin d’éviter la décompression du sol.
La pathologie des fondations sur sol argileux conduira à s’intéresser bien
évidemment aux réseaux de drainage, s’il en existe, aux réseaux enterrés
souvent fuyards, et bien entendu à la pluviométrie. Il sera souvent utile de
savoir si les semelles ont été coulées sur une argile humide ou sèche.

Figure 14 : Le pignon de cet immeuble


relativement lourd s’enfonce. La façade
se fissure. La portance du sol est
insuffisante. Les fondations ont été
sous-dimensionnées.

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La pathologie des façades
41
Les désordres affectant le gros œuvre

1.4.3 Les tassements dits « de consolidation »


Des tassements de cette nature se produisent lorsque le sol argileux se
déforme. Le sol réagit comme une éponge : il perd de l’eau et du volume.
Il s’agit d’un tassement classique sous charge.
La capacité du sol a pu être sous-estimée par le laboratoire d’étude de sol
ou, plus souvent, les conditions d’exécution des fondations se sont révélées
défavorables : le béton des semelles a été coulé sur un sol trop humide et
l’eau va être expulsée du matériau avec sa mise en charge.
Le manque d’étanchéité d’un réseau de drainage, d’un regard d’eaux
pluviales ou des fuites sur une canalisation enterrée provoquent des circu-
lations d’eau parasites qui pourront avoir des effets comparables.

1.4.4 Les argiles sensibles à l’eau


Les sols argileux sont plus ou moins sensibles à l’eau. Ils perdent de la
portance en présence d’eau ; certains peuvent se rétracter en période
sèche ; d’autres, les plus dangereux pour les constructeurs, peuvent à la
fois gonfler et se rétracter. Ce sont ces deux derniers types d’argile que
nous allons examiner.
La structure de la construction reposant sur un sol argileux pourra être
insuffisamment soutenue en période sèche  ; le sol n’est plus au contact
de la semelle. Au contraire, si les fondations ont été coulées sur une argile
sèche qui vient à s’humidifier, la structure pourra être repoussée vers
le haut.
De tels mouvements vont se révéler particulièrement préoccupants s’ils
conduisent à l’ouverture de fissures. Chacun comprendra que celles-ci vont
alternativement se fermer et s’ouvrir avec les variations de teneur en eau du
sol sensible et donc rester vivantes…
Le poids de la structure, ou plus techniquement parlant la contrainte
exercée par les façades sur le sol, est sans relation avec ce type de patho-
logie. La largeur du patin de fondation n’a pas non plus d’incidence sur ce
type de sinistre ; c’est plutôt, comme nous le verrons plus loin, la profon-
deur de la fondation qui revêt une grande importance.
Il faut que la teneur en eau de l’argile varie de façon notable pour que le
gonflement du sol ait des conséquences néfastes. Une structure légère
s’accommodera en effet d’un tassement de 1 cm qui affectera un pignon
ou un angle, mais pas d’un tassement différentiel de plusieurs centimètres.
Il est utile de donner des ordres de grandeur. Un sol saturé d’eau pourra
se tasser à l’issue d’un été très sec de 4 à 5 cm en surface et de 1 à 2 cm
à 1 m de profondeur. La sécheresse reste sans effets à partir de 2 à 3 m
de profondeur. Cette considération conduit à retenir que les constructions
disposant d’un sous-sol complet ou fondées sur puits se comporteront
mieux que celles fondées « superficiellement ».
La pathologie qui vient d’être décrite est bien connue des ingénieurs
travaillant en Afrique, confrontés à des argiles sensibles comme la latérite.
Ce sol est très présent dans la zone équatoriale. Ces phénomènes ont
été quelque peu oubliés sous nos latitudes. C’est ainsi que de nombreux
désordres se sont produits à l’issue des périodes de sécheresse qui se sont
succédé  : 1976, 1989-1991, 1996-1997 et après l’été 2003. Les construc-
tions ne se sont pas révélées adaptées à la dessiccation des sols argileux
sensibles.

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La pathologie des façades
42
Les désordres affectant le gros œuvre

Notons la publication récente par l’Institut français des sciences et


technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar)
de trois guides rédigés par un comité d’experts sur le sujet. Ils apportent
un éclairage récent, traitant des moyens de prévention et des modes de
réparation.

aucune occurrence

© BRGM ; réf. R11/01 Ed. ; www.argiles.fr


0,1 à 5 occurrences
5 à 25 occurrences
25 à 75 occurrences
75 à 150 occurrences
plus de 150 occurrences
(maximum 413)

Nombre d’occurrences de CatNat sécheresse rapporté à 100 communes par département


(d’après la base Gaspar extraite sur www.prim.net au 03 février 2011)

Figure 15 : Cette carte a été élaborée par le BRGM. Elle met en évidence les départements
les plus touchés par les sinistres attribués à la dessiccation du sol.

1.5 Cas des tassements différentiels


Pour que des fissures consécutives à un tassement différentiel se forment,
il faut qu’une partie de l’ouvrage s’enfonce dans le sol davantage que
le reste de la construction. Les situations les plus fréquentes sont exposées
ci-après.

1.5.1 Les terrains en pente


Les fondations reposent côté amont sur un sol plus résistant qu’en aval.
La structure va mal se comporter car elle repose sur des terrains qui ne vont
pas se tasser uniformément. Une situation de cette nature peut aussi exister
lorsque le terrain est plat, quand le pendage des couches de terrain est
tel que les fondations reposent sur des sols différents.
De même, en présence d’argile sensible, l’arrière de la maison, plus
encastré dans le sol, sera moins affecté par la dessiccation. En effet, la
sécheresse a moins d’impact en profondeur qu’en surface.

Figure 16 : Cette fissure spectaculaire


coupe une construction légère.
Il faut pour cela que le terrain se soit
rétracté sous l’effet de la sécheresse.
Les constructions légères, peu rigides
et mal chaînées, sont très sensibles
à ce type de pathologie.

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La pathologie des façades
46
Les désordres affectant le gros œuvre

1.6 Les réparations


Faut-il ou non effectuer une reprise en sous-œuvre, et si oui, de quel type ?
Comment réparer ensuite la façade ? Comment éviter que de nouveaux
désordres se produisent ?
Le technicien qui va devoir déterminer une solution de réparation devra
bien entendu en intégrer le coût dans sa réflexion.
Le sujet n’est pas simple, notamment s’agissant des argiles gonflantes.
De nombreuses erreurs ont été commises dans le passé.
Figure 27 : En période de sécheresse,
les racines des végétaux recherchent
1.6.1 Principe général l’humidité et s’orientent vers les
fondations des maisons.
Le principe général est le suivant  : la solution à adopter doit prendre Elles contribuent à l’assèchement
en compte la qualité du sol, la rigidité de la structure, l’intensité de la du sol sous la fondation et peuvent
fissuration et, il faut bien le dire, la patience de la victime. se révéler nuisibles.

Il est ainsi parfaitement déraisonnable de reprendre en sous-œuvre par


micropieux, et à grands frais, une construction modestement fissurée
qu’il suffirait de mettre en observation pendant quelques mois avant
d’effectuer une réparation simple des fissures coupant la façade. Tomber
dans l’excès inverse conduit parfois à des réparations partielles limitées à la
zone sinistrée qui ne donneront satisfaction que pendant quelques années.
Un nouvel épisode de sécheresse peut se reproduire.
Il est tout aussi regrettable de réaliser des micropieux dont la prescrip-
tion est parfaitement justifiée et qui ne vont pas durablement donner
satisfaction.
Des erreurs ont été commises à l’occasion de réparations lourdes :
• des micropieux trop courts, ancrés dans un sol instable, ne résoudront
pas la problématique ;
• la structure portée par des micropieux se comportera mal si ces derniers
sont trop espacés. La semelle « travaille » en poutre sans posséder des
dimensions et un ferraillage adéquats. Des fissures apparaîtront avec la
flexion excessive de la semelle ;
• l’ancrage des micropieux dans les semelles doit faire l’objet d’un soin
particulier. Ces aspects sont développés au paragraphe 1.6.4.
Une reprise en sous-œuvre ou, plutôt, un renforcement de ce type passe
inévitablement par une étude de sol. Le comportement de la structure sur
ses nouvelles fondations doit être bien analysé.
Des sinistres dits de « deuxième génération » se sont produits par mécon-
naissance de ces contraintes ou, plus simplement, parce que le coût des
réparations pouvait effrayer, par exemple lorsqu’il vient à dépasser la valeur
de l’ouvrage.
En fait, il faut toujours chercher un compromis raisonnable, annoncer
avec humilité que la solution proposée pourra ne pas se révéler suffisante
et qu’elle devra, s’il y a lieu, être complétée. Cela ne veut pas dire
pour autant que le technicien en charge de la prescription devra systéma-
tiquement sous-estimer l’étendue de la réparation.
Dans la pratique, et avec les argiles gonflantes notamment, trouver la
solution optimale n’est pas souvent simple.
Alors, comment procéder ?

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48
Les désordres affectant le gros œuvre

1.6.4 Les reprises en sous-œuvre


Les mesures de rigidification décrites plus avant peuvent ne pas être suffi-
santes, par exemple lorsque le sol manque de portance en profondeur ou
est très sensible à la sécheresse. Il convient alors d’effectuer une reprise en
sous-œuvre.
Les techniques traditionnelles conduisant à réaliser des reprises en
sous-œuvre filantes ou par puits ne sont plus guère pratiquées avec le
développement récent des micropieux. La réalisation de ceux-ci dispense
de terrassements importants, se révèle plus simple à mettre en œuvre,
notamment en présence d’eau dans le sol. In fine, une reprise en sous-
œuvre par micropieux se révélera souvent plus économique.

Figure 31 : Machine de forage de micropieux Figure 32 : Tête de micropieux bien ancrée dans la semelle
d’un pavillon

Des précautions indispensables tant au niveau de la conception que de


l’exécution s’imposent lorsque de tels travaux doivent être engagés. Citons
les principales :
• l’étude de sol est indispensable. Elle doit comprendre la réalisation
d’essais pressiométriques qui permettront de déterminer la longueur
d’ancrage des micropieux. Il est important de prendre conscience que
les micropieux qui vont constituer les nouvelles fondations de la maison
pourront être sollicités en traction s’ils sont forés en période sèche
sur un sol gonflant. Connaître la teneur en eau du sol en profondeur
lors de la réalisation du chantier est bien utile pour apprécier le risque
d’arrachement des micropieux après une période de précipitation.
La réhydratation d’un sol argileux puis son gonflement constitueront
souvent des sollicitations plus contraignantes que les charges verticales
attachées au poids de la structure ;
• apprécier la qualité de la semelle existante est également indispensable.
Celle-ci doit avoir une résistance suffisante pour recevoir les têtes de
micropieux. L’espacement entre ceux-ci doit être compatible avec
la descente de charge et le ferraillage espéré de la fondation…
La prudence conduit souvent à couler une longrine de rigidification
le long du soubassement (voir figure 30) ;

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51
Les désordres affectant le gros œuvre

1.7.3 La portance du sol


La capacité portante du sol peut être appréhendée lors de sondages à
la pelle. Une bonne expérience est indispensable pour bien analyser ces
sondages. De plus, dès qu’une couche de «  bon sol  » est découverte,
il est indispensable de vérifier qu’elle est bien présente sur toute la zone
construite. L’essai doit être approfondi afin de s’assurer que le sol ne
s’altère pas en profondeur…
Dans le doute, notamment lors de la découverte d’un sol « inconnu », il est
nécessaire de faire intervenir un géotechnicien.
En présence d’un sol insuffisamment porteur, le constructeur pourra
consulter un bureau d’études qui dimensionnera les semelles, les longrines,
voire le radier proposé par l’étude de sol.
Le tableau ci-après fournit les valeurs moyennes des contraintes de calcul
(c’est-à-dire à l’état limite ultime) observées pour les différents types de
sols rencontrés, et montre dans quelle mesure les capacités varient pour
certains sols en fonction de leur état d’humidité.
Tableau 2 : Contraintes de calcul en fonction des natures de sol

Nature du sol Contrainte de calcul (*) (MPa)


Limons, argiles limoneuses 0,060 à 0,100
Terre végétale :
- sèche 0,075 à 0,115
- humide 0,060 à 0,090
- saturée d’eau 0,030 à 0,075
Remblais anciens stabilisés 0,100 à 0,150
Argile :
- sèche 0,150 à 0,300
- humide 0,150 à 0,300
- plastique 0,150 à 0,300
- sèche sableuse 0,300 à 0,450
- graveleuse humide 0,150 à 0,225
- sèche compacte 0,450 à 0,750
Sable 0,300 à 1,200
Gravier 0,450 à 1,200
Marne :
- compacte 0,600 à 0,100
- très compacte 0,750 à 1,200
Craie 0,450 à 1,200
Mâchefer 0,150 à 0,300
Tourbe 0,008 à 0,022
Vase 0,008 à 0,045
Roche en formation stratifiée 1,500 à 2,250
Roche en formation massive (granit, basalte) 3,000 à 4,500
(*) : Valeurs communément admises.

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1.7.4 La présence d’eau


Des circulations d’eau peuvent être mises en évidence  ; des précautions
devront être adoptées :
• creusement d’un fossé écartant le ruissellement ;
• drainage ;
• rabattement de nappe ;
• modification éventuelle du projet.
La présence d’eau dans le sol complique toujours la tâche des constructeurs.

1.7.5 Les argiles sensibles


L’immeuble à construire peut facilement être implanté sur les cartes
accessibles sur le site www.georisques.gouv.fr

Figure 35 : Extraits du site www.georisques.gouv.fr

Ces cartes apportent des informations utiles mais ne dispensent pas de


vérifier sur le terrain que le sol rencontré est bien celui attendu. La décou-
verte d’une poche très argileuse reste possible. Se fonder au-delà de
1,50 m pourra alors se révéler utile.

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© BRGM ; réf. R11/01 Ed. ; www.argiles.fr


Figure 36 : Moyens de prévention

Un bâtiment construit en zone d’aléa fort devra reposer à au moins


1,20 m de profondeur. En zone d’aléa moyen ou faible, il suffira de
descendre à 0,80 m.
D’autres recommandations sont proposées sur ces terrains :
• laisser à distance la végétation arbustive ou couler un pare-racine ;
• privilégier les planchers sur vide sanitaire ;
• rigidifier l’ossature avec des chaînages ;
• désolidariser les bâtiments de poids différents ;
• s’abstenir de tout sous-sol partiel ;
• couler une terrasse en béton en périmétrie de l’ouvrage afin de limiter
l’évaporation de l’eau du sol.

En résumé
Les sinistres de fondations sont parmi les plus coûteux. Il n’est pas rare que la reprise en sous-œuvre d’une maison
dépasse son coût de construction.
Les constructeurs doivent impérativement vérifier la compatibilité du terrain avec l’ouvrage projeté.
Cela passe par l’examen préalable du sol, l’engagement d’une campagne géotechnique et l’élaboration de plans de
structure si le besoin s’en fait sentir. De telles études ont un coût. Il reste minime en regard de la valeur de la réparation
qui pourra s’imposer quelques années après l’achèvement des travaux.
L’influence de l’eau dans le sol ne devra pas être négligée, tant en phase de conception que lors des travaux.

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2. Les effets des déformations de flexion


des poutres supportant les façades

2.1 Position du problème


Les éléments horizontaux d’une structure fléchissent sous les charges verti-
cales qu’ils reçoivent. Il en découle des déformations appelées « flèches »
qui affectent ces éléments porteurs.
Les poutres supportant une façade vont ainsi immanquablement fléchir.
Ce fléchissement est théoriquement bien cerné par des règles de calcul.
La flèche d’une poutre peut être évaluée avec une précision raisonnable.
Une certaine prudence s’impose toutefois s’agissant de ce type de calcul.
Les hypothèses à prendre en compte sont multiples, nous y reviendrons.
Quoi qu’il en soit, le projeteur devra s’assurer que la flèche qu’il peut
approcher par le calcul est compatible avec la constitution de la façade.
Le fléchissement d’une poutre pourra en effet avoir des conséquences
néfastes si celle-ci supporte des maçonneries manquant de résistance en
traction. Une façade, largement percée d’ouvertures, manquant de raideur
d’ensemble, sera plus fragile qu’un pignon aveugle. Le risque d’ouverture
de fissures sera plus grand dans le premier cas.
La déformation de la poutre va générer des contraintes dans les maçonne-
ries qui peuvent se révéler excessives et conduire à l’ouverture de fissures
nuisibles.
Il est donc nécessaire de limiter les flèches des poutres en béton suppor-
tant des maçonneries.

2.2 Identification des causes


Lorsque des fissures apparaissent dans une façade en maçonnerie reposant
sur des poutres qui viennent à fléchir, deux causes peuvent être invoquées :
• le ferraillage de la poutre est insuffisant, la poutre a été mal calculée ou
mal réalisée ;
• le ferraillage de la poutre est suffisant, la déformation de la poutre reste
excessive.
Examinons ces deux situations.
Dans le premier cas, des fissures s’ouvrent dans la poutre, mal dimen-
sionnée ou anormalement chargée. Ces fissures sont dangereuses  : elles
traduisent un défaut de solidité. Les maçonneries supportées par la poutre
seront bien évidemment affectées. Des renforcements seront nécessaires.
Dans le deuxième cas, la poutre fléchit sans que les armatures s’allongent
au-delà de la limite élastique. Les fissures ne vont pas s’ouvrir dans la
poutre en béton armé ; celle-ci aura été en apparence bien dimensionnée.
Ses armatures lui apportent une résistance suffisante. Ce sont les maçon-
neries soutenues par la poutre qui vont se fissurer, car elles ne peuvent pas
supporter les déformations qui leur sont imposées.
L’expérience montre que cette dernière situation est la plus fréquente.
Le calcul de la déformation, ou flèche, de la poutre est oublié. Les résultats,
lorsqu’il y a calcul, peuvent aussi être mal interprétés.

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Les désordres affectant le gros œuvre

Figure 38 : Fissuration d’une façade


à la suite du fléchissement d’une poutre formant linteau

2.3 La fissuration à la jonction entre le béton


et les maçonneries
Il est fréquent qu’une façade d’immeuble comporte un passage pour
accéder à un parking donnant sur la façade arrière. Imaginons que la façade
soit réalisée avec des blocs de béton reposant sur une poutre en béton
armé d’environ 6 à 7 m de portée.
Il y a là une situation courante à laquelle est associée une pathologie très
répandue.
Dans un premier temps, des fissures en escalier tendent à s’ouvrir entre les
blocs maçonnés à partir des angles inférieurs des fenêtres ; dans un second
temps, des fissures horizontales apparaissent au niveau du plancher et
gagnent ensuite les étages.
Que peut-il bien se passer ?

Figure 39 : Maçonnerie en blocs de béton

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57
Les désordres affectant le gros œuvre

La poutre fléchit sous la charge constituée par le poids de la façade et le


report des charges provenant des planchers.
Une fissure à 45° s’ouvre au niveau de l’appui, puis des fissures se forment
le long du plancher et dans les étages.
La déformation reste modeste, mais incompatible avec la faible résistance
à la traction des joints de maçonnerie.
La poutre a été bien dimensionnée. Le rapport H/L entre la hauteur et
la portée répond sensiblement au dixième  : H/L > 10. Les aciers ont été
calculés suivant les règles. Le béton possède une résistance suffisante, et,
d’ailleurs, la poutre porteuse est exempte de toute fissuration suspecte.
Bien que les règles de construction aient été respectées, de nombreuses
fissures apparaîssent pourtant dans les maçonneries en étage.
L’explication est la suivante : la poutre a fléchi. Il y a là une situation normale,
prévisible. Toute poutre en béton armé qui reçoit un chargement ne peut
que fléchir. Dans la situation que nous venons de décrire, la déformation
prise par la poutre, ou flèche, est parfaitement tolérée par le béton armé.
Elle se révèle incompatible avec la quasi-absence de résistance en traction
des joints de maçonnerie et de l’enduit qui assure l’étanchéité.
Comment expliquer cela ?
Pourquoi une fissure à 45° se forme-t-elle ? Que penser du calcul des
déformations ?

2.4 La voûte de décharge


Considérons la fissuration de l’enduit couvrant les maçonneries portées
par une poutre en bois mise en place au-dessus de l’entrée d’une grange.
Des fissures prennent naissance au niveau des appuis de la poutre. Elles
sont sensiblement orientées à 45°, puis s’arrondissent. On dit qu’il se forme
une « voûte de décharge » dans la maçonnerie.
La structure s’adapte en se déformant, un nouvel état d’équilibre est trouvé
après fissuration.
Les charges situées au-dessus de la voûte se reportent directement vers
les appuis sans solliciter la poutre ; cette dernière ne supporte, après fissu-
ration, que les charges constituées par la maçonnerie de la voûte sous la
fissure.
Pour que ce mécanisme se mette en place, il convient que la poutre
fléchisse notablement.

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Les désordres affectant le gros œuvre

2.5 Le calcul des flèches


Le calcul de la flèche d’une poutre en béton armé a revêtu de tout temps
un caractère assez théorique. Les règles qui se sont succédées : CCBA 68,
BAEL 91 puis l’Eurocode 2 conduisent à des calculs complexes qui prennent
en compte de nombreuses hypothèses et notamment l’âge du béton, en
fait sa résistance, ou pour être plus précis, son module d’élasticité lors de
la dépose des étais de la poutre porteuse de la structure.
Le concepteur est invité à distinguer la déformation immédiate du béton,
dans les jours suivant la dépose des étais, et la déformation à long terme ou
fluage. Dans ce dernier cas, au poids de la structure s’ajoutent les charges
dites d’« exploitation » apportées par les occupants.
Le calcul nécessite de connaître aussi le module de déformation instantané
pour les charges qui s’appliquent pendant peu de temps et le module de
déformation différé pour les charges de longue durée.
Une deuxième difficulté surgit : que retenir comme valeur pour l’inertie de
la poutre sachant qu’il s’agit d’un matériau hétérogène, mélange acier et
béton, susceptible, dans la section où le calcul est effectué, d’être fissuré…
La réglementation distingue enfin la flèche totale, c’est-à-dire la valeur
de la déformation in fine de la structure, de la flèche nuisible (Fn). Cette
dernière correspond grosso modo à la part de flèche qui est susceptible
de nuire au bon comportement des cloisons et des revêtements de sols qui
sont mis en œuvre, en général, largement après le départ du maçon, donc
l’enlèvement des étais. La structure s’est alors déjà déformée sous son
poids propre.
Les valeurs limites suivantes sont retenues pour s’assurer du bon compor-
tement des cloisons et des revêtements de sols :
• Fn < L / 500 si L < 5 m ;
• Fn < L / 500 + 0,5 cm si L > 5 m ;
L est la portée de la poutre.
Les calculs sont conduits en utilisant les formules tirées de la résistance des
matériaux.
Les logiciels, dont disposent les bureaux d’études, permettent d’effectuer
très rapidement tous les calculs nécessaires, de vérifier si la déformation de
la poutre est réglementairement acceptable ou non.
Il convient d’insister sur le fait qu’un calcul représentatif nécessite de
connaître :
• le module d’élasticité du matériau ;
• l’inertie de la poutre qui fléchit ;
• la date d’application des chargements successifs ;
• la date de dépose des étais.
Les hypothèses à intégrer sont si nombreuses que l’on peut avoir des
doutes sur la représentativité des résultats.
La réglementation est plus discrète, en fait inexistante, lorsqu’il s’agit
d’aborder les conséquences de la déformation d’une structure béton sur
les maçonneries qu’elle supporte. En effet, l’expérience révèle que la
pathologie est abondante dès que la portée des poutres dépasse 5 à 6 m,
ce qui est très courant.

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60
Les désordres affectant le gros œuvre

Comparons les résultats de calculs conduits avec les règles BAEL dans des
situations courantes :
Tableau 3 : Résultats de calculs avec les règles BAEL dans des situations courantes

Coffrage Flèche Flèche Flèche


Portée Ferraillage Charge totale
B/H totale nuisible réglementaire
(en m) (en cm²) (en T/ml)
(en cm) (en cm) (en cm) (en cm)
Poutre 1 6 20 / 65 12,50 1,27 0,78 1,1 4,5
Poutre 2 6 20 / 65 21,00 1,12 0,66 1,1 4,5
Poutre 3 6 20 / 155 5,33 0,12 0,10 1,1 4,5
Poutre 4 4 20 / 50 8,00 0,66 0,40 0,8 4,5

La charge totale intégrée dans le calcul correspond sensiblement à celle


d’une poutre supportant la façade d’un immeuble de deux étages.
Comparons la poutre 1 et la poutre 2. À portée égale, doubler le ferraillage
d’une poutre ne conduit pas à une réduction notable de la déformation. Il
ne faut donc pas compter sur le ferraillage pour limiter la flèche.
Comparons la poutre 2 et la poutre 3. Lorsque la hauteur de la poutre passe
de 65 à 155 cm, soit une augmentation dans le rapport de 1 à 2,4, la flèche
diminue de façon considérable dans le rapport de 1 à 10.
Augmenter le ferraillage d’une poutre a peu d’effets sur sa déformation.
Augmenter l’inertie d’une poutre réduit notablement sa déformation.
Comparons la poutre 1 et la poutre 4. À charge égale, une poutre de 4 m,
normalement dimensionnée, se déforme beaucoup moins qu’une poutre
de 6 m.
Ces résultats étaient attendus, les ordres de grandeur pourront surprendre
et conduire à la vigilance. En effet, les joints entre blocs de béton et l’enduit
qui les recouvre toléreront une flèche nuisible de 0,2 à 0,5 cm, mais certai-
nement pas à une déformation de l’ordre de 1 cm.
Il convient donc d’augmenter, autant que faire se peut, la hauteur des
poutres de plus de 6 m, dès lors qu’elles supportent des maçonneries.
Et si une telle solution n’est pas possible, on devra diminuer le chargement
de la poutre en pied de façade, par exemple en incorporant dans la maçon-
nerie une poutre à chaque étage. Il faut savoir que la déformation d’une
poutre est directement proportionnelle à son chargement.
Mais ce n’est pas la seule explication. L’entreprise de maçonnerie, croyant
bien faire, enlève les étais sous la poutre soutenant la façade en fin de
chantier. La structure peut alors se déformer d’un coup. Il est préférable
d’enlever les étais dès que la poutre a atteint une résistance suffisante,
15 jours par exemple après le coulage. La déformation de la façade est
alors progressive, les maçonneries sont moins sollicitées.

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63
Les désordres affectant le gros œuvre

Les déformations de la structure sont d’analyse complexe. En effet, le


mur en retour, attaché aux garde-corps, est soutenu par les balcons de
l’immeuble tout en étant attaché au pignon.
Une façade de cette nature aurait dû être construite en béton armé. Son
comportement aurait été meilleur.
Ces deux exemples montrent que l’entreprise de maçonnerie, appelée en
garantie, n’est pas toujours responsable.

2.7 Les réparations


Lorsqu’une poutre est suffisamment ferraillée pour pouvoir être justifiée
par le calcul, que les contraintes de compression qui se développent dans
le béton sont acceptables, mais que, malgré tout, se produisent des défor-
mations excessives, il est tentant d’attendre que les fissures se stabilisent.
C’est la solution la plus fréquemment retenue. Le remède consistera alors
à simplement ravaler l’immeuble, après avoir traité les fissures.
Il peut arriver qu’une poutre ne «  passe pas  » au calcul, que ses aciers
soient insuffisants. Un renforcement doit être mis en place. Une technique
ancienne consiste à rapporter autour de la poutre des tôles d’acier qui vont
accroître la résistance à la flexion ou au cisaillement. C’est le
procédé « l’Hermite ».
Le béton est préparé pour recevoir les tôles qui sont collées
avec une résine époxyde.
De tels travaux sont de mise en œuvre délicate. Ils supposent
notamment que les faces de la poutre à renforcer possèdent
une bonne planéité.
Des procédés plus modernes, bénéficiant d’Avis Techniques,
et plus simples à mettre en œuvre, ont été mis sur le marché
il y a quelques années. Ils consistent à coller sur la poutre un
tissu en fibres de carbone.
Des réparations de cette nature sont bien adaptées lorsque
Figure 49 : Renforcement d’une poutre le ferraillage se révèle insuffisant. Par exemple, lorsque les
avec un tissu armé de fibres de carbone charges d’exploitation d’un bâtiment sont modifiées.

2.8 La prévention des désordres


Les facteurs à prendre en considération sont multiples, mais il s’agit
essentiellement de :
• la section ou plutôt l’inertie de la poutre porteuse ;
• la portée entre appuis ;
• l’importance du chargement ;
• la date d’application des différentes charges (dépose des étais) ;
• la qualité du béton.
Le concepteur ne devra pas négliger les informations apportées par le
calcul. Mais il aura souvent intérêt, notamment lorsque la structure présente
une certaine complexité, à surdimensionner les poutres porteuses, plus
spécialement lorsque celles-ci supportent des maçonneries.
Dans certaines situations, l’usage des maçonneries devra être écarté.
L’ouvrage devra être réalisé en béton armé soit dans sa globalité, soit dans
les zones sensibles.

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Figure 50 : Pour franchir cette grande portée, il a fallu associer l’allège à la poutre permettant l’accès à l’arrière de cet immeuble.

En résumé
Apprécier par le calcul la déformation d’une poutre en béton armé conduit à prendre des hypothèses qui sont ignorées
par le chantier, pour le moins méconnues. Dès que la portée d’une poutre dépasse six mètres, il y aura tout intérêt à
surdimensionner sa hauteur, notamment si ce sont des maçonneries peu résistantes qui sont supportées.

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3. Les pathologies des murs en maçonnerie


et en béton

3.1 Présentation du phénomène de retrait


et de dilatation
Tous les matériaux ou éléments de construction fabriqués avec un mélange
contenant du ciment et de l’eau sont sujets au phénomène dit « de retrait ».
Ce retrait va affecter :
• les blocs agglomérés courants ou blocs de béton, très utilisés en
maçonnerie ;
• le béton lui-même ;
• les enduits contenant du ciment.
Le retrait d’une pièce contenant du ciment se produit dès avant la prise et
se stabilise au bout de cinq ans environ. Il existe plusieurs types de retrait
qui dépendent de nombreux facteurs.
Il convient de retenir que les blocs de béton, les poutres ou les poteaux en
béton, et plus généralement, les murs de façade réalisés en béton ou avec
des blocs de béton, vont faire du retrait, se raccourcir en œuvre.
Les briques en terre cuite ne font pas de retrait.
Pourquoi les fissures de retrait sont-elles aussi courantes ?
Cela tient au fait que le retrait d’un élément contenant du ciment est
inévitable : modeste résistance en traction du béton et des blocs de béton,
faiblesse des joints de maçonnerie. Les contraintes qui vont naître dans les
ouvrages réalisés avec ces matériaux vont, lors de leur retrait, dépasser leur
résistance propre, des fissures vont s’ouvrir.
Par ailleurs, un bloc de terre cuite aura plutôt tendance à gonfler. Un bloc
de béton gonfle également mais plus légèrement avec l’humidité pour se
rétrécir in fine davantage qu’un béton courant.
Faible résistance en traction, aptitude au gonflement et au retrait des blocs
sont les causes de la fissuration dite « de retrait » des façades, notam-
ment lorsque ces blocs sont au contact de pièces en béton se déformant
différemment.
Les fabricants d’éléments de construction, et avant eux les cimentiers,
les concepteurs puis les acteurs sur chantier vont devoir intégrer chacun à
son niveau ces notions pour éviter, ou plutôt limiter, les risques d’apparition
de fissures.
Tableau 4 : Comparatif des caractéristiques des maçonneries courantes (ordres de grandeur)

Retrait gonflement
Type Coefficient de dilatation
à l’humidité à long terme
de maçonnerie thermique 10-6/K
(en mm/m)
Briques courantes – 0,2 à + 1,0 4à8
Blocs en béton – 0,6 à – 0,1 7 à 11
Blocs en béton léger,
– 1 à – 0,2 6 à 12
béton cellulaire

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3.2 Les différents types de retrait du béton


Les spécialistes distinguent de nombreux types de retrait, notamment :
• le retrait de ressuage, qui se manifeste peu après le coulage, avant la
prise, lors de la remontée de l’eau de gâchage à la surface de la pièce
et corrélativement du tassement de l’élément qui vient d’être coulé. La
phase liquide et la phase solide du mélange se séparent, cette dernière
étant évidemment plus dense ;
• le retrait plastique ou retrait endogène, qui accompagne l’évaporation
de l’eau et qui doit être rattaché aux conditions hygrométriques lors du
coulage ;
• le retrait lié aux réactions chimiques qui se produisent lors de la prise du
béton. Le béton s’échauffe puis se refroidit en se raccourcissant. Il s’agit
d’un retrait thermique ;
• le retrait hydraulique ou retrait de dessiccation, qui se produit dans le
temps, pendant et après le durcissement, avec l’assèchement définitif
du béton. Ce retrait atteint son maximum au bout de trois ans environ.
C’est donc une erreur de croire que le retrait du béton est achevé au bout
de 28 jours ou n’affecte le béton qu’à son jeune âge.

Figure 51 : La trace des armatures apparaît à la surface de ces semelles de fondations.


Les fissures correspondantes résultent du retrait dit « de ressuage » du béton.

L’ordre de grandeur du retrait hydraulique affectant une pièce en béton


de 1 m est de 0,3 mm dans les cas courants. Cela peut paraître très faible,
mais il faut bien comprendre qu’une façade de 50 m, dépourvue de joints Figure 52 : Cette fissure d’acrotère
de dilatation, va se raccourcir de 15 mm. Ce qui n’est pas négligeable. s’est ouverte bien après la fin des
travaux. Il s’agit d’une fissure dite
Par temps chaud, une grande part de l’eau contenue dans le béton « de retrait hydraulique » qui affecte
s’échappe rapidement. Le retrait plastique correspondant peut prendre un acrotère haut, insuffisamment
des valeurs importantes, jusqu’à 3 mm par mètre. Des précautions fractionné.
s’imposent.

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3.3 Les causes du retrait du béton


Le retrait est fonction de nombreux facteurs :
• le dosage en eau et la présence d’adjuvants ;
• le dosage en ciment et le type de ciment utilisé ;
• les conditions hygrothermiques lors de la mise en œuvre et dans les
heures qui suivent ;
• la cure et la date de décoffrage ;
• la forme et la longueur de la pièce.

3.3.1 L’excès d’eau


En tout premier lieu, c’est l’excès d’eau dans le béton frais qui est à
redouter. Un béton trop riche en eau deviendra poreux et moins résistant.
Il se fissurera plus facilement, sera moins durable. La fissuration sera la
conséquence d’un retrait plastique ou de ressuage excessif.
Ajouter de l’eau dans du béton livré sur chantier par une toupie présente
de nombreux inconvénients :
• augmentation du retrait donc de la possibilité d’ouverture de fissures ;
• baisse de la résistance ;
• augmentation de la porosité ;
• diminution de la durabilité.
L’eau du béton reste malgré tout nécessaire pour faciliter la mise en œuvre
du mélange, lui donner une bonne maniabilité et bien sûr permettre
l’hydratation des grains de ciment. Mais il ne s’agit pas d’un adjuvant.

3.3.2 Un temps sec et chaud


Au-delà de 25 °C, l’eau de gâchage est susceptible de rapidement s’éva-
porer. Le béton devient moins maniable perdra de la résistance si des
précautions ne sont pas prises pour limiter la dessiccation. Les risques
d’ouverture de fissures de retrait sont alors plus importants. Sont particuliè-
rement concernés les dallages et les planchers dont la surface est souvent
directement exposée au soleil.
Ces ouvrages devront être protégés par des bâches. La pulvérisation d’un
produit de cure sera souvent utile.
L’efficacité de la cure et la date de décoffrage influencent le retrait final du
béton.
Une pièce en béton de faible épaisseur s’asséchera plus rapidement ; elle
sera plus sensible au retrait plastique.

3.3.3 Le type de ciment utilisé et l’épaisseur


de la poutre coulée
La prise du béton s’accompagne toujours d’un fort échauffement. L’hydratation
du ciment est à l’origine de réactions chimiques exothermiques.
La quantité de chaleur dégagée dépend :
• du type de ciment ;
• de l’épaisseur de la pièce.

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Voici quelques exemples illustrant le retrait d’une pièce en béton au


contact de maçonneries :

3.4.1.1 Exemple 1 : mur en maçonnerie


Les murs de façade sont reliés à des planchers ou à des murs qui leur sont
perpendiculaires et qui ne vont pas suivre leur retrait. Ces murs sont percés
de baies matérialisant les ouvertures. Celles-ci vont constituer des singula-
rités au droit desquelles les effets du retrait vont se concentrer.

➊ Jonction maçonnerie-refend béton


susceptible de provoquer une fissure.
➋ Joint de dilatation.
Figure 55 : Le refend béton de cet immeuble en construction vient au contact
des maçonneries de façade. En l’absence de harpage, on peut penser qu’une fissure
va s’ouvrir à la rencontre entre les deux matériaux.

Figure 56 : Jonction voile-maçonnerie. Le refend intérieur de cet immeuble n’a pas été
harpé avec les maçonneries de façade. Une fissure dite de retrait s’est ouverte.

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Les reprises de coulage ou reprises de bétonnage d’un mur en béton sont


aussi sollicitées par le retrait. Il est fréquent que des fissures s’ouvrent
le long de ces liaisons qui constituent une faiblesse. Des fissures dites
« de retrait » apparaissent de la même manière au niveau de la reprise
de montage d’un mur lorsque les maçons n’ont pas pris suffisamment de
précautions pour permettre l’adhérence du mortier étalé sur le rang de
maçonnerie sous-jacent. Cette pathologie affecte fréquemment les murs
en maçonnerie lorsqu’un arrosage ne précède pas la reprise du montage.

Figure 63 : Fissure de reprise de montage de mur. Le montage du mur a été arrêté à la base
de la pointe de pignon. Le premier rang de maçonnerie de la pointe de pignon n’a pas
adhéré sur le chaînage périmétrique coiffant le mur de façade.

3.4.2 La fissuration de retrait


Les fissures qui résultent du retrait ne vont généralement pas, sauf situation
extrême, compromettre la solidité de l’élément de construction affecté.
L’ouverture de ces fissures restera le plus souvent inférieure à 0,5 mm, tout
au moins si le retrait de ressuage et le retrait plastique ont été maîtrisés.
Ces fissures se révèlent néanmoins gênantes dans la mesure où elles vont
immanquablement affecter l’enduit couvrant la façade ou tout autre revête-
ment adhérent. En effet, les enduits courants et les carrelages ne possèdent
pas de résistance à la traction suffisante pour contenir la fissuration de
leur support. L’esthétique de la façade souffrira de l’ouverture de fissures
de retrait. Les opérations d’entretien se révéleront plus complexes et plus
onéreuses.
Plus grave, la durabilité du béton et l’étanchéité de la façade peuvent se
révéler compromises si la fissuration est traversante, situation malheureu-
sement courante. La fissuration du béton facilite aussi la corrosion de ces
armatures, pathologie qui sera traitée ultérieurement.
L’existence de fissures traversantes coupant une façade maçonnée ou en
béton peut être également à l’origine d’infiltrations d’air et surtout d’eau de
pluie néfastes, plus spécialement si la façade est exposée aux intempéries.
Les constructeurs devront alors répondre de tels désordres dans le cadre
de la garantie décennale prévue par le législateur.

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3.5 Les déformations d’origine thermique


(retrait et dilatation)
Le retrait et le gonflement d’un élément de construction est inhérent à sa
composition, à la présence de ciment et de terre cuite. Il se traduit par un
raccourcissement et/ou un allongement de la pièce. Le retrait de pièces en
béton et des maçonneries contenant du ciment est abordé précédemment.
Les éléments en terre cuite peuvent légèrement gonfler. Les déforma-
tions correspondantes sont inhérentes au comportement du matériau.
À ces phénomènes se conjuguent les conséquences des variations de
température qui règnent autour de l’ouvrage : un mur et un plancher vont
s’allonger lorsque la température augmente et, bien entendu, se raccourcir
par temps froid. Il est d’usage de parler de « dilatation thermique » ou de
« rétractation thermique ».
Le coefficient de dilatation du béton est de l’ordre de 0,1.10-4 par degré,
c’est-à-dire qu’un bâtiment de 50 m va s’allonger de 20 mm lors d’un
échauffement de 40 °C. Le retrait hydraulique et la dilatation à la chaleur
d’un mur sont du même ordre de grandeur.

Figure 64 : Le retrait du plancher de cette maison est Figure 65 : Dilatation de plancher. Ce plancher couvre
à l’origine de la fissuration en hachures de l’enduit des parkings. Il n’a pas été isolé thermiquement.
Les effets de la dilatation sont très visibles en son extrémité.

Un mur va donc se raccourcir à son jeune âge puis s’allonger et se raccourcir


avec les variations de température et d’humidité. Il en sera de même des
planchers, même si les effets de la température sont moins importants
puisqu’ils sont à l’abri. Les planchers de combles ou sur sous-sol sont bien
sûr davantage sollicités. Leur jonction avec la façade est d’ailleurs souvent
le siège de fissures décrites plus loin.
Le raccourcissement ou l’allongement d’un élément de construction, voire
d’un plancher ou d’une façade, lors de variations de la température va,
comme il a été dit plus haut à propos du retrait hydraulique, générer des
contraintes à l’intérieur de la matière pouvant conduire à des fissurations.
Les allongements ou raccourcissements d’origine thermique n’affectent
pas uniformément la construction et, bien entendu, les planchers sont plus
protégés que les façades.
En pratique, les fissures de retrait ou consécutives à la dilatation excessive
Figure 66 : Le retrait d’un plancher d’un élément de construction sont parfois difficiles à distinguer. Analyser
peut être à l’origine avec précision les fissures de retrait ou de dilatation, en trouver l’origine
d’un décollement d’enduit précise sera ainsi un exercice délicat. L’isolation des façades par l’extérieur
limite notablement les risques de dommages.

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Les désordres affectant le gros œuvre

Brique de base Brique accessoire Complémentaire

Arase
Linteau-chaînage

Feuillure Poteau About

Figure 73 : Gamme d’éléments accessoires. Exemple de blocs à alvéoles verticales et


isolation répartie de type Monomur.

Les briques peuvent être hourdées au mortier ou posées à la colle.


Ce dernier montage, en développement, est à l’origine de pathologies
bien spécifiques (voir § 3.7.3.4 et figure 84).

3.7.1.2 Les briques pleines ou perforées (HD)


Il s’agit de briques pleines ou perforées destinées le plus souvent à rester
apparentes (briques généralement de petit format traditionnel 6 x 11
x 22 cm) ; ces briques sont dénommées « HD » dans la norme NF EN 771-1.

Figure 74 : Briques pleines ou perforées

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3.7.2 Le comportement des murs en brique

Figure 75 : Maison individuelle construite avec des briques isolantes posées à joints minces

Les murs de façade en briques présentent de nombreux avantages


(légèreté, isolation, stabilité dimensionnelle) mais ne sont pas pour autant
exempts de pathologies : efflorescences, dégradation du matériau, infiltra-
tion, etc.).
La norme NF DTU 20.1 apporte toutes les informations utiles pour réaliser
des murs stables et étanches. Mentionnons simplement que les briques
pleines sont laissées apparentes, parfois enduites sur leur face intérieure,
et que les briques creuses sont toujours enduites sur leur face extérieure.
Ces enduits participent à l’étanchéité à l’eau de la paroi.
Figure 76 : Mur simple. La paroi
intérieure est enduite pour améliorer Dans le cas des briques pleines, une cornière en PVC est disposée en
l’étanchéité d’ensemble de la façade. pied des parois. Elle a pour rôle de rejeter vers l’extérieur l’eau en excès,
pouvant ruisseler sur la face intérieure de la paroi. Il convient de dégarnir
les joints verticaux tous les mètres en pied de mur pour permettre à la pluie
de s’échapper à l’extérieur.
Ces murs, intéressants par leurs performances thermiques, restent de
montage complexe. De nombreux détails doivent être gérés efficacement
pour éviter des déboires, la jonction avec les ouvertures notamment. Citons
également les murs doubles comportant deux parois.

3.7.3 Les principaux désordres spécifiques


aux murs en briques
3.7.3.1 Les efflorescences
Les efflorescences sont constituées de sels solubles dans l’eau qui se
déposent à la surface de la paroi et cristallisent en séchant. Elles se carac-
Figure 77 : Mur double. Les briques térisent par des salissures blanches qui altèrent l’aspect de la façade. Elles
extérieures ont un rôle peuvent aussi prendre la forme d’un voile discret ou de concrétions plus ou
essentiellement décoratif. moins pulvérulentes.

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Les désordres affectant le gros œuvre

Se pose la question de savoir si ces sels sont imputables à la mauvaise


qualité de la brique ou aux conditions de montage de la paroi et notam-
ment à l’action de la pluie sur le mortier de jointoiement.
Essayons d’apporter quelques explications, même s’il est parfois difficile de
distinguer ce qui relève du matériau et ce qui doit être attribué aux condi-
tions d’exécution sur chantier.
Lorsque des coulures apparaissent à la surface d’un mur, il y a lieu de
penser que les joints de maçonnerie ont été délavés par la pluie. Ce phéno-
mène se produit lorsque l’humidification suit le montage du mur. L’eau de
pluie réagit avec le ciment du mortier, de la chaux se forme et cristallise à
la surface de la paroi. Dans ce cas, la brique n’est pas en cause.
Mais parfois, lorsque les briques renferment des sels solubles et qu’une
forte humidification se produit dans le matériau permettant leur remontée
en surface, il peut aussi se former des efflorescences.
Il est assez facile de vérifier si une brique peut ou non donner naissance à
des efflorescences. La norme NF P13-304 propose de placer la brique dans
un bac rempli d’eau, de simuler ainsi des remontées d’humidité, et de véri-
fier si le matériau blanchit ou non au séchage.
Le traitement des efflorescences conduit à l’emploi de produits chimiques
acides. Une certaine prudence est de mise. Des essais doivent toujours être
effectués. Les efflorescences peuvent également disparaître en effectuant
un microsablage.
Quelle qu’en soit l’origine, les efflorescences ne compromettent pas la
pérennité du matériau ni les performances de la façade ; c’est l’esthétique du
mur qui n’est pas satisfaisante. Dans la mesure où les efflorescences appa-
raissent rapidement, souvent avant la réception des travaux, il appartiendra
aux constructeurs d’y remédier, au titre de leurs obligations contractuelles.
Les efflorescences sont parfois confondues avec le salpêtre. Les phéno-
mènes sont différents. Il y a formation de salpêtre lorsque des remontées
d’humidité se produisent dans la paroi, que la base du mur est au contact Figure 78 : Efflorescences
de bactéries qui vont être à l’origine de dépôts constitués de nitrates de caractéristiques sur un mur
calcium ou de magnésium. en briques pleines

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Les désordres affectant le gros œuvre

3.7.3.2 Les sinistres consécutifs au mauvais comportement des briques


Les briques peuvent se déliter sous les effets du gel. Le matériau devient
pulvérulent, perd sa consistance. Une cuisson insuffisante peut être à
l’origine de la gélivité du matériau.

Figure 79 : Mur monté avec des briques qui se sont révélées gélives. Le manque de cuisson
des briques constitue souvent l’origine de la gélivité du matériau.

Il arrive aussi que la paroi extérieure d’un mur en briques s’arrache.


Cette dernière pathologie est particulièrement grave et concerne les
briques creuses. Elle peut survenir à long terme, à la suite du gonflement
d’incuits calcaires ou points de chaux enfermés dans le matériau.
Les briques fabriquées ces dernières années ne devraient plus présenter
de tels défauts. La vigilance s’impose toutefois lors de travaux de réno-
vation d’anciens bâtiments pouvant comporter des briques de mauvaise
qualité. Le ravalement d’un mur en briques devrait toujours être précédé
de sondages permettant de vérifier la qualité du matériau parfois caché
par un enduit.
Il est possible également, et uniquement dans le cas de vieux murs montés
avec des briques mal cuites, de constater l’ouverture de fissures résultant du
gonflement du matériau. Ce phénomène résulte de la lente réhydratation
des briques au contact de l’humidité ambiante et de la pluie. Les briques
modernes, dont la fabrication est bien contrôlée, ne sont pas gonflantes.

Figure 80 : Les points de chaux visibles dans cette brique ont provoqué l’éclatement
de la cloison et l’effondrement partiel d’un plafond.
La réhydratation d’un point de chaux est très lente.
L’effondrement peut se produire plus de 20 ans après la construction.

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Les désordres affectant le gros œuvre

Figure 81 : La rénovation de cette façade Figure 82 : Les briques ont gonflé


dont les briques sont gonflantes va en présence d’humidité. L’enduit s’est
conduire à des travaux lourds. Lors du fissuré puis est tombé au sol. Les briques
ravalement d’une façade bâtie en briques, modernes ne présentent plus ce genre
il convient toujours de sonder le support. de défaut.

3.7.3.3 Les infiltrations d’eau à travers les murs en briques apparentes


Les joints entre les briques constituent toujours le point faible de la paroi.
Si la pluie pénètre en excès au droit des joints, elle ne pourra pas toujours
s’échapper, malgré l’adoption de précautions au niveau de la conception :
enduit intérieur, cloison de doublage non hydrophile, équerre de récupéra-
tion en pied de paroi. Il suffit que des déchets de mortier mettent en contact
la face intérieure de la paroi avec le doublage pour que des infiltrations d’eau
apparaissent. Ces déchets forment autant de mèches que suivra la pluie. Il
convient donc que les joints soient bien réalisés, avec un mortier de qualité,
bien dosé. Dans ce cas, les joints doivent être remplis. Si les conditions
d’exposition l’exigent, le mur devra être rejointoyé. Dans ce cas, les joints
sont garnis en deux fois : au montage, puis après l’achèvement du mur et
« en montant » du bas vers le haut.
Le joint devra bien adhérer à la brique. Pour cela, il est nécessaire d’humi-
difier la brique avant de la maçonner et de serrer le mortier au montage.
La réalisation des points singuliers est souvent improvisée  : appuis de
fenêtre, tableaux, linteaux. Ils constituent des points faibles qui méritent
l’élaboration de croquis précisant le détail de leur réalisation.
Les sinistres mettant en cause la mauvaise réalisation des joints se
produisent en général sur les murs de type IIa ou IIb, au sens du DTU 20.1.
Les murs de type III comportant un décaissement au niveau du plancher
et les murs doubles, peu répandus en France, apportent une meilleure
sécurité. Mais, et il convient d’insister, un mur de type II dont les joints
sont bien réalisés donnera satisfaction dans les conditions d’exposition Figure 83 : Un mur dont les joints
courantes. sont aussi grossiers ne pourra
pas être étanche
La réparation d’un mur mal jointoyé conduira souvent à dégrader les joints
à la scie puis à les refaire. Il s’agit de travaux onéreux.

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81
Les désordres affectant le gros œuvre

3.7.3.4 La fissuration des murs en briques montées à joints minces


Des montages modernes de murs en briques se développent : le mortier
traditionnel est remplacé par un mortier-colle à gâcher sur place et à étaler
sur la largeur du mur. Un fabricant bien connu propose l’utilisation d’un liant
mono-composant.
Des fissures peuvent apparaitre et couper l’enduit de façade lorsque deux
rangs de briques superposés n’ont pas adhéré de façon satisfaisante.
Ces solutions supposent un parfait calibrage des briques et le bon réglage
du premier rang. Il s’agit en effet d’une pose à joints minces.

Figure 84 : Des fissures horizontales s’ouvrent fréquemment dans les murs bâtis
avec des briques montées « à la colle ». Le sondage réalisé en expertise révèle
un défaut d’adhérence entre les rangs superposés.

3.7.4 Prévenir, bien monter un mur en briques


Il convient en tout premier lieu de consulter la norme NF DTU  20.1. La
conception du mur, simple ou double, devra être adaptée à l’exposition à
la pluie.
La réalisation des murs en briques laissées apparentes doit être très
soignée, notamment le jointoiement et le traitement des points singuliers.
Le maçon devra posséder une bonne expérience ou avoir reçu une forma-
tion professionnelle adaptée.

3.8 Les pathologies des façades en pavés de verre

3.8.1 Présentation
L’utilisation de briques ou pavés de verre dans le bâtiment est ancienne.
Les premières réalisations remontent au XIXe siècle. Un mur en pavés de
verre peut prendre des formes arrondies, être monté sur plusieurs étages.
Les briques elles-mêmes sont de plusieurs types : surface, épaisseur, coloris
et aspect peuvent varier. Une paroi en pavés de verre apporte de la lumière
dans un bâtiment. L’intimité des locaux est toutefois protégée des vues
directes. Il s’agit pour toutes ces raisons d’un matériau intéressant pour
l’architecte. Outre leur aspect esthétique, les pavés de verre présentent
de nombreuses qualités techniques. Les briques de verre sont isolantes.
La résistance mécanique d’un mur en briques de verre est importante.

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Les désordres affectant le gros œuvre

3.9 Prévenir les pathologies des murs


en maçonnerie et en béton
La dilatation d’une façade ou d’un plancher lors d’une élévation de tempé-
rature et la rétractation thermique sont inévitables. Qu’en est-il du retrait ?
Certains affirment que la fissuration de retrait n’est pas «  évitable  », que
la maîtrise d’ouvrage doit s’en accommoder, pour le moins ne prétendre
à réparation que quand les fissures sont dites « infiltrantes » (elles laissent
passer la pluie et atteignent les parties habitables au point d’endommager
papiers peints ou peintures).
On ne peut que souscrire à de tels propos, ils ne doivent toutefois pas
conduire les participants à l’acte de construire à se désintéresser de ce type
de fissures.
En effet, les tribunaux retiennent le plus souvent une telle apprécia-
tion. L’entre-preneur est toutefois tenu de réparer lorsque les désordres
surviennent en cours de chantier et pendant l’année dite « de parfait
achèvement ».

3.9.1 Mesures à adopter au niveau de la conception


L’ajout d’armatures au-delà de ce qu’impose la simple résistance méca-
nique de la pièce améliorera son comportement vis-à-vis des effets du
retrait limitera le risque de fissuration.
C’est ainsi qu’incorporer une double nappe de ferraillage paraît s’imposer
pour les bétons autoplaçants (BAP), dont on attend en général une parfaite
esthétique, qui font un retrait supérieur à celui des bétons courants.
Des chaînages horizontaux continus, il convient d’insister sur cet adjectif,
limiteront le risque d’ouverture de fissures en tête des murs.

Figure 98 : Une fissure verticale


s’est amorcée, sensiblement à
mi-longueur de la façade. Elle
peut résulter des effets de la
dilatation de la façade au soleil
ou plus vraisemblablement du
discret tassement d’un pignon. Les
chaînages horizontaux ne doivent
pas être confondus avec des poutres.
Ils ont pour objet d’apporter de la
cohésion, de la raideur à la structure.
Figure 97 : La fissure représentée sur la figure 90 Ces chaînages ne doivent présenter
se situe sensiblement au milieu de cette façade aucune discontinuité.

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3.9.2 Mesures à adopter lors de l’exécution


des ouvrages en béton
Les facteurs influençant le retrait énumérés plus haut conduisent à jouer sur
le dosage en eau des bétons lors de leur fabrication et à prohiber les ajouts
d’eau sur les chantiers.
L’évaporation de la peau du béton devra être contrôlée, notamment par
temps chaud, sec et/ou venteux.
La pulvérisation d’un produit de cure à la surface d’un plancher limitera
sa dessiccation, augmentera l’hydratation du ciment, limitera le retrait et
les sollicitations exercées par le plancher ou les poutres au contact avec
les maçonneries de la façade. La résistance de la pièce augmentera avec
l’hydratation du ciment, notamment la résistance en traction, particulière-
ment utile lorsque les effets du retrait s’appliquent.

3.9.3 Les règle de l’art


Les règles de l’art, et plus précisément le DTU 20.1, apportent des solutions
pour limiter la fissuration à la jonction entre les éléments en béton et les
maçonneries et prévenir la fissuration des murs en béton.
Ces textes formulent également des propositions pour limiter la fissuration
le long des planchers.
La longueur des éléments de construction, et plus généralement des bâti-
ments, est limitée. Le DTU 20.1 fixe ainsi la distance maximale entre les
joints de dilatation ou de retrait.
La longueur des bandeaux en béton incorporés dans les façades, les
balcons et les acrotères fait également l’objet de recommandations bien
précises.
Le ferraillage bien conçu d’un élément en béton va favoriser sa résistance
aux effets du retrait. Les règles Eurocodes établissent la densité minimale
du ferraillage à mettre en place, l’espacement des armatures et le renfor-
cement des points faibles comme les angles des baies.
La réalisation des chaînages est traitée dans le détail.
La réglementation prend en compte la position de l’élément de construction
dans la façade. Les chocs thermiques ou la dilatation des planchers-
terrasses sont des facteurs pris en considération.
Certaines situations sont même prohibées, par exemple la réalisation de
poutres ou chaînages massifs incorporés dans des maçonneries. Le retrait
ou la dilatation de telles pièces entraînent inévitablement des fissures.

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La pathologie des façades
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Les désordres affectant le gros œuvre

Dans la pratique, le projeteur dispose d’une certaine latitude pour inter-


préter ces règles :
• la distance entre joints sera plus faible lorsque les façades seront de
teintes foncées, plus sensibles aux chocs thermiques, ou lorsque l’isola-
tion des terrasses sera modeste ;
• la distance entre joints pourra être augmentée lorsque les façades seront
isolées par l’extérieur.
La forme du bâtiment devra également être analysée avant toute décision.
En cas d’hésitation, le concepteur aura tout intérêt à créer un joint qui ne
sera jamais surabondant.

Figure 105 : Fissure classique de retrait hydraulique dans ce mur en béton

Figure 106 : Ce balcon insuffisamment ferraillé et fractionné s’est fissuré.


Sa solidité n’est pas compromise mais l’esthétique de la façade souffre
de passages d’eau à travers les fissures. La peinture appliquée en sous-face
des balcons est particulièrement sensible à ces infiltrations.

3.9.3.2 Les abouts de plancher


Le DTU 20.1 distingue deux situations : le plancher peut être désolidarisé
du mur sur lequel il s’appuie ou non désolidarisé. La deuxième situation est
la plus fréquemment retenue. Les prescriptions suivantes sont obligatoires :
• les planchers doivent avoir une rigidité suffisante pour que leur rotation
d’appui n’entraîne pas de risques dommageables des maçonneries ;

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La pathologie des façades
98
Les désordres affectant le gros œuvre

Figure 127 : Ce mur d’immeuble est insuffisamment ferraillé. Des fissures de retrait
se sont ouvertes à partir des points faibles que constituent le châssis et le passage
de la descente d’eaux pluviales.

L’armature de peau doit comporter :


• 1,2 cm² d’acier horizontal par mètre linéaire ;
• 0,6 cm² d’acier vertical par mètre linéaire.
Les ouvertures doivent être bordées par des aciers :
• verticaux, repère RV, de 0,85 cm² ;
• horizontaux, repère RH1, de 1 cm².
Les chaînages horizontaux courants CH doivent avoir une section minimale
d’acier égale à 1,5 cm².
Les chaînages verticaux CV dans la hauteur du dernier étage doivent avoir
une section minimale d’acier égale à 1,50 cm².
Sous terrasse, des aciers horizontaux RH en renfort sont à prévoir. Leur
section est égale à 2,35 cm².
Les aciers repérés AT ont 1 cm² de section.
Les règles de l’art pourront parfois conduire à opter pour une structure
homogène en béton armé lorsque, par exemple, il se révèle quasi impos-
sible de marier l’ossature béton avec des maçonneries en respectant les
dispositions fixées par le DTU 20.1.

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La pathologie des façades
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Les désordres affectant le gros œuvre

Et, répétons-le, lorsque le projeteur décide de concevoir un ouvrage en


béton homogène, il devra garder à l’esprit que la densité de ferraillage
fixée par les règles constitue la limite inférieure de ce qu’il convient de
mettre en œuvre. Un mur isolé par l’intérieur, dépourvu de tout revête-
ment de finition et exposé aux intempéries devrait être davantage ferraillé
qu’un mur protégé par un vêtage. Il y a là une évidence souvent oubliée.
De même, une façade réalisée avec un béton autoplaçant BAP devrait
être calculée à la fissuration préjudiciable au même titre qu’un réservoir
étanche. Car il est bien évident que le maître d’ouvrage attend d’un béton
de cette nature un aspect parfait sans fissures. La réparation d’une fissure
de retrait, traitée en première partie, altère souvent l’aspect de la façade.

En résumé
Les effets du retrait et de la dilatation des éléments constitutifs d’une structure ne doivent être négligés ni par la
maîtrise d’œuvre, ni par l’entreprise. Chacun à son niveau doit réfléchir au comportement prévisible de l’ouvrage qu’il
conçoit ou réalise pour que le retrait et la dilatation des maçonneries ou des planchers et murs ne génèrent pas des
tensions excessives, puis des fissures difficiles à réparer.
Les règles de l’art prescrivent des dispositions qu’il convient de respecter, essentiellement au niveau de la conception.
À l’exécution, les acteurs doivent rester attentifs et connaître la pathologie pour limiter les risques de survenance de
désordres.
La fissuration de retrait constitue une pathologie majeure. Des règles existent, des recommandations sont souvent
édictées, la littérature est abondante. Malgré tout, les fissures demeurent fréquentes. Certains incrimineront peut-être
rapidement les ciments, d’autres, à plus juste titre, la relative complexité de forme des constructions modernes. Chacun
conserve sa vérité. Il est incontestable que la construction de certains immeubles à l’architecture recherchée ne permet
pas l’utilisation de blocs de béton venant au contact de poutres ou voiles en béton. Réaliser un bâtiment homogène,
tout en béton bien armé, constituera la seule solution.
Force est de convenir que la survenance de fissures ne peut complètement être évitée. La maîtrise d’ouvrage doit
avoir conscience des limites de la technique. Il convient de la rassurer, la fissuration de retrait n’altère pas la solidité de
l’ouvrage.

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Les désordres affectant le gros œuvre

4. La corrosion des armatures en acier


et l’éclatement du béton

4.1 Présentation

Figure 128 : Les éclats de béton constituent une pathologie ancienne. Cette photographie a
été prise sur le mur de l’Atlantique. Elle représente un blockhaus construit par les Allemands,
le long d’une plage.

La construction d’ouvrages en béton armé dont les parements ont été


laissés bruts s’est largement répandue après la Seconde Guerre mondiale.
Des bâtiments souvent prestigieux ont alors été construits ; les architectes
comme les entrepreneurs voyaient dans le béton un matériau d’avenir éter-
nellement résistant que l’on pouvait modeler à sa guise.
La fissuration paraissait pouvoir être raisonnablement maîtrisée. Le progrès
technique a conduit à réaliser des structures plus légères, comportant
des voiles minces d’avant-garde pour l’époque. Les exemples d’ouvrages
de cette nature sont nombreux dans les villes ayant souffert des bombar-
dements pendant la Seconde Guerre mondiale et qui ont dû être
reconstruites : Le Havre, Royan, par exemple.
Des bâtiments récents sont également touchés par cette pathologie.
À l’usage, ces structures n’ont pas été anormalement affectées de fissures
et ont souvent franchi sans dommages le cap de la garantie décennale.
Mais avec le temps, certaines d’entre elles, et notamment les ouvrages
situés en bord de mer ou construits avec des éléments minces, c’est-
à-dire ceux dont les parois pouvaient être atteintes pas des ions chlorures
contenus dans les embruns ou dont les armatures étaient les plus faible-
ment enrobées, se sont détériorées. La peau du béton a éclaté en de
nombreux endroits, des épaufrures sont apparues sans que le phénomène
paraisse se stabiliser avec le temps.
Une nouvelle pathologie est ainsi apparue avec la corrosion des armatures
les plus proches des parements : l’éclatement du béton. Le mécanisme est
simple en apparence : les armatures se corrodent, augmentent de volume
et font éclater le béton qui ne peut résister à une telle expansion.

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La pathologie des façades
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Les désordres affectant le gros œuvre

Pourquoi un tel développement de la corrosion des aciers alors que le béton


a l’heureuse propriété de protéger les armatures incorporées au coulage ?
On dit que les armatures sont « passivées » par le béton, pérennisées
en quelque sorte.
Les explications relèvent de la chimie minérale et de l’électrochimie. De
nombreuses études ont été menées pour comprendre, réparer et bien
sûr prévenir la formation d’éclats de béton. Les mécanismes qui seront
sommairement décrits par la suite restent assez complexes. Plusieurs
facteurs doivent être intégrés, notamment l’environnement de l’ouvrage.
Des méthodes traditionnelles de réparation existent. Elles présentent des
lacunes. Des méthodes innovantes sont parfois mises en œuvre par des
entreprises spécialisées. Elles supposent le recours à des mesures permet-
tant de poser un diagnostic précis de l’avancement de la pathologie.
Les gestionnaires d’ouvrages sont ainsi parfois confrontés à une probléma-
tique délicate.
Quant aux règles de l’art, elles tendent à orienter les réalisateurs vers
l’adoption de précautions de plus en plus sévères, relatives d’une part à la
composition du béton, et d’autre part, à l’enrobage des armatures.

4.2 Manifestation de la pathologie et diagnostic

4.2.1 Description de la pathologie


L’apparition d’une discrète fissure précède la formation de l’éclat propre-
ment dit. La corrosion de l’acier, alors moins bien protégé, s’accélère.
Un morceau de béton se détache de la façade, l’armature est visible.
Figure 129 : Éclat de béton autour
L’observateur attentif constate l’expansion et le feuilletage de l’acier,
de l’armature d’un poteau
insuffisamment enrobée témoins de sa corrosion.
La formation d’éclats de béton s’accompagne parfois de coulures rouille,
disgracieuses à la surface de la façade.
Les éclats de béton peuvent se produire tant au droit d’aciers de faible
diamètre qu’au droit de barres plus importantes. C’est la qualité du béton
et la valeur de l’enrobage de l’armature qui conditionnent l’apparition d’un
éclat dans un point plutôt qu’un autre.
La chute au sol de petits blocs de béton peut bien évidemment se révéler
dangereuse pour les passants et doit être appréhendée par le propriétaire
de l’ouvrage lors du ravalement de la façade. Elle peut à long terme se
traduire par la coupure de l’armature affectée. La solidité de l’ouvrage peut
s’en trouver affectée.
Figure 130 : Éclat de béton autour Si ledit éclat survient pendant la période de garantie décennale, le ou
de l’armature d’un bandeau de façade. les constructeurs devront en répondre. Mais, en pratique, la survenance
L’éclat se forme puis se détache. d’éclats de béton se produit plutôt passé 10 ans.

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La pathologie des façades
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Les désordres affectant le gros œuvre

L’équation chimique est la suivante :


Ca(OH)2 + CO2 CaCO3 + H2O
Remarque La transformation de la chaux en carbonate de calcium s’amorce
On peut retenir plus simplement que évidemment à la surface du béton, soit au nu de la façade pour
la carbonatation naturelle du béton atteindre quelques centimètres au bout de quelques années, et ce, en
est à l’origine de la corrosion des fonction de facteurs qui seront examinés au paragraphe suivant. Elle
armatures et ensuite de l’apparition des
éclats de béton.
s’accompagne d’une baisse du pH. Les essais et analyses effectués en
laboratoire conduisent à dire que lorsque le pH atteint 9 au voisinage d’une
armature, la couche d’oxydes qui la protégeait initialement se dégrade. La
corrosion peut se développer.
La corrosion qui s’amorce puis se développe est de nature électrochimique.
Des micropiles se forment au voisinage des points de corrosion. Le fer
se transforme, perd des électrons qui réduisent l’oxygène présent en
hydroxydes OH-, lesquels donnent naissance à des hydroxydes de fer ou
rouille : Fe2O3 et Fe3O4.
Remarque Fe Fe++
Il est important de retenir que les
réactions chimiques qui conduisent
Fe++ + 2H2O Fe(OH)2 puis Fe(OH)3 et enfin Fe2O3 et Fe3O4,
à la formation de rouille supposent constituants expansifs de la rouille.
la présence d’eau, d’oxygène et
La mesure du pH du béton est simple : un test à la phénolphtaléine sur une
un pH faible qui passe par la
carbonatation du béton. carotte prélevée dans l’ouvrage permet directement d’apprécier l’avan-
cement de la carbonatation. On peut aussi mesurer le courant électrique
qui accompagne la corrosion et circule dans les armatures. Ainsi, l’état
d’avancement de la dégradation du béton peut être évalué.

4.2.3 Les facteurs à appréhender


La carbonatation du béton ne peut être évitée dès lors que ce matériau
est en contact avec le gaz carbonique de l’air. C’est le cas des bétons de
façade. Les bétons situés en milieu urbain pollué seront davantage sujets à
cette pathologie que ceux situés en milieu rural. Des composés chimiques
aggressifs contenus dans l’air vont participer à la corrosion.
Une façade protégée de la pluie sera moins affectée, de même qu’un
béton qui aura été peint ou enduit. La pluie permettra moins facilement la
pénétration du gaz carbonique et de l’oxygène.
Mais, c’est la qualité du béton et l’enrobage des armatures, voire la nature
de celles-ci, qui vont, à principe constructif équivalent, conduire ou non à
la formation d’éclats.
Le gaz carbonique, comme l’eau, pénétrera plus facilement dans un
béton poreux. Tous les facteurs qui peuvent concourir à l’amélioration
de la compacité du béton retarderont la carbonatation  : fort dosage en
ciment, utilisation d’un ciment performant, optimisation du dosage en
eau, hydrofugation de la façade, ajout de fumées de silice dans le béton
à la fabrication. Les bétons à hautes performances (BHP) se comporteront
mieux que les bétons ordinaires.
À l’exécution, une vibration efficace sera recherchée pour que la peau,
au contact de l’air, soit fermée.
Les facteurs qui concourent à la formation d’éclats de béton sont donc
multiples :
• le degré d’exposition de la façade ;
• la qualité du béton ;

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104
Les désordres affectant le gros œuvre

• l’enrobage des armatures ;


• la présence ou non d’un film protégeant la peau du béton ;
• l’état de fissuration de la façade.

4.2.3.1 Vitesse de propagation de la carbonatation


C’est la vitesse de propagation de la carbonatation dans le temps qui va
déterminer la valeur à adopter pour l’enrobage, compte tenu de la durabi-
lité souhaitée de l’ouvrage.
On pourra retenir l’ordre de grandeur suivant : la profondeur de carbona-
tation atteindra 20 mm au bout de vingt ans pour un béton courant exposé
aux intempéries. La carbonatation tend ensuite à se stabiliser.

4.2.3.2 Enrobage des armatures


Il était autrefois courant de fixer l’enrobage des armatures à 2 cm.
Les textes qui se sont succédé ont toujours recommandé des valeurs
plus élevées. L’Eurocode  2 impose 3, voire 4 cm sinon plus, suivant
les situations.

4.2.3.3 Fissuration du béton


La fissuration favorise la corrosion, tout particulièrement si l’acier est au
contact de l’air. Mais, à terme, et contrairement à ce que l’on pourrait
penser, la corrosion ne se propage pas systématiquement au-delà de la
fissure. En effet, il se produit un colmatage au fond de la fissure qui vient
bloquer le phénomène. Cela n’est pas vrai pour les fissures d’ampleur,
dépassant 0,5 mm d’ouverture.

Figure 132 : Éclat de béton le long du nez d’un balcon. Figure 133 : Éclat de béton sur un bandeau incliné
Enrobage insuffisant.

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4.2.4 L’action des chlorures


La carbonatation du béton, puis la dépassivation des armatures constituent
en quelque sorte une pathologie « naturelle ». La corrosion des armatures
d’une façade peut également reprendre si des corps chimiques agressifs
pénètrent dans le béton.
C’est ainsi que les parois en contact avec du sel sont souvent affectées
d’éclats de béton : ce peuvent être les silos de stockage des sels utilisés
pour déneiger les routes ou les façades des bâtiments construits en bord
de mer.
Les ions chlorures Cl- ont la particularité de provoquer la corrosion des
armatures qui sont à leur contact.
Il s’agit à nouveau d’une corrosion électrochimique. La couche d’oxyde qui
protège l’armature est attaquée par le chlore. Les chimistes proposent les
équations suivantes :
Fe + 3Cl- FeCl 3- + 2 e-
FeCl 3- + 2 OH- Fe(OH)2 + 3 Cl-
On estime qu’à partir d’une teneur en ions chlore de 0,5 % en poids par
rapport au ciment, la corrosion peut s’amorcer.

4.3 Les réparations


Il serait tentant de simplement dégager l’éclat qui s’est formé, de protéger
Figure 134 : Hangar à sel. Attaque des l’armature avec un produit inhibiteur de la corrosion du fer et de reconsti-
parois, corrosion des armatures à la tuer localement la peau de l’ouvrage. Mais une réparation de cette nature
suite de la pénétration d’ions chlorures ne résoudra pas toujours la problématique, enfin à long terme.
dans le béton.
Une pathologie qui s’amorce en un point est susceptible de se développer
par ailleurs. En effet, si « le front de carbonatation » atteint les armatures,
de nouveaux éclats vont apparaître peu à peu. Il en est de même avec
la pollution du béton par les chlorures. Cela tient au fait que la couche
protectrice des armatures peut être altérée, y compris hors de la zone
éclatée.

4.3.1 Le diagnostic
L’établissement d’un diagnostic complet s’impose, au moins dans les situa-
tions à risque :
• ouvrages minces ;
• ouvrages en bord de mer ;
• pollution du béton par les chlorures ;
• ou lorsque l’état apparent de la façade l’exige.
Ce diagnostic suppose la réalisation de mesures et d’analyses.
Le maître d’ouvrage qui souhaitera réparer durablement son bâtiment devra
se rapprocher d’un laboratoire comme le CEBTP et le LERM (Laboratoire
d’études et de recherches sur les matériaux) qui possèdent une grande
expérience en la matière et disposent du matériel nécessaire.
Plusieurs méthodes d’analyse existent :
• il convient en tout premier lieu de se procurer les plans de ferraillage.
Un repérage superficiel des aciers et la vérification sommaire de leur
enrobage est possible avec un pachomètre, appareil d’emploi courant,
ou au moyen de méthodes plus sophistiquées de type radar ;

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106
Les désordres affectant le gros œuvre

• la mesure du pH du béton apporte des informations sur l’état d’avance-


ment de la carbonatation. Cela suppose la réalisation de carottes ;
• le laboratoire pourra facilement analyser la teneur en ions chlorures.
La mesure du courant de corrosion complètera ce qui précède.
Le propriétaire d’un immeuble peut à l’aide de ces différentes techniques
apprécier la gravité de la pathologie et opter pour une stratégie en toute
connaissance de cause :
• un traitement ponctuel traditionnel ;
• une réparation générale ;
• des mesures préventives.

4.3.2 Les techniques de réparation


4.3.2.1 La méthode traditionnelle

A. Les différentes tâches


Il s’agit de la méthode la plus couramment pratiquée à l’occasion des
ravalements. Les entreprises qui réalisent ce type de travaux ont formé du
personnel ou sous-traitent la réparation à une entreprise spécialisée.
Les tâches suivantes se succèdent :
• élimination du béton ayant éclaté au droit de l’armature corrodée ;
• élimination de la rouille ;
• traitement des aciers ;
• reconstitution du béton.
Les aciers à traiter doivent être dégagés. Plusieurs techniques sont
possibles  : l’entrepreneur pourra utiliser un burin ou un marteau piqueur,
voire procéder par sablage si la zone à traiter le nécessite.
L’élimination de la rouille se fait au moyen d’une brosse ou par sablage.
Le traitement des armatures conduit ensuite à la mise en œuvre d’un film
en résine.
Le béton est ensuite reconstitué au droit de l’éclat avec un mortier spécial,
le plus souvent enrichi avec des résines lors d’une utilisation en faible épais-
seur, à base de liants hydrauliques dans les autres cas. Si la zone réparée est
étendue, l’entrepreneur devra coffrer, voire projeter du béton à la surface
de l’ouvrage. Cette dernière technique se révèlera bien adaptée dans les
situations les plus graves qui peuvent nécessiter l’ajout d’armatures.
Si les analyses ont révélé que le béton était poreux, les traitements décrits
plus avant pourront être complétés par la pulvérisation d’un hydrofuge.
La pénétration de la pluie va être ralentie par l’hydrofuge ; la carbonatation
sera ralentie. Il convient de garder à l’esprit qu’un traitement d’hydrofuga-
tion n’est efficace que pendant quelques années. Les produits pulvérisés
sont en général solubles dans l’eau.

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107
Les désordres affectant le gros œuvre

Figure 135 : Ravalement de façade. Les éclats de béton sont réparés.

B. Inconvénients de la méthode
Les opérations décrites précédemment et notamment la purge mécanique
des zones altérées ne sont pas sans conséquences  : elles peuvent créer
des fissures au voisinage de la zone que l’on répare. Des désordres sont
susceptibles de se produire à brève échéance en périphérie de l’éclat
réparé.
L’esthétique du parement est modifiée par la réparation qui vient d’être
décrite. La réparation s’achèvera souvent par un traitement dit d’imper-
méabilité de façade qui redonnera à la façade un aspect homogène et
Figure 136 : Rebouchage d’un éclat dissimulera les zones réparées. Le traitement d’imperméabilité de façade
avec un mortier hydraulique, aura l’avantage de bloquer la porosité du support et de prévenir l’appari-
après traitement de passivation tion de nouveaux éclats. Mais un tel traitement n’est pas toujours possible,
de l’armature. par exemple lorsque les éclats de béton se produisent en nez de balcon ou
à la surface de panneaux de façade comportant des zones carrelées.
La corrosion pourra se poursuivre si la couche de protection des armatures
est altérée hors les zones réparées.
Ce traitement n’est pas non plus toujours compatible avec la qualité de
l’ouvrage, notamment si le concepteur a souhaité que la façade soit en
béton brut sans traitement de surface complémentaire. Dans ces cas, il
conviendra d’enduire la façade. Le coût des réparations sera alors très
élevé.
La réparation traditionnelle des éclats de béton peut donc bien convenir
lorsque la façade concernée est peu dégradée ou lorsque les investiga-
tions ont révélé que la pathologie ne devrait pas évoluer. Dans les autres
situations, des méthodes plus modernes doivent être retenues.
Figure 137 : L’armature dégagée au
droit de cet éclat a été mise à nu par
des moyens trop puissants. Une fissure
s’est ouverte. Quelle sera la durabilité
de la réparation ?

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Comme pour la déchloruration, des réparations ponctuelles pourront


s’avérer nécessaires après enlèvement de l’anode.
Ces deux types de traitement, sans être d’apparition récente sur le marché,
ne sont développés que par quelques entreprises. Ils ont leurs limites : des
déboires sont parfois rencontrés, notamment lors de l’ouverture de fissures.
Il convient aussi de ne pas oublier que les armatures sont laissées en l’état.
Un contrôle de l’efficacité du traitement s’impose après travaux : la mesure
du pH et la teneur résiduelle en ions chlorures.

4.3.2.3 La protection cathodique


La protection cathodique conduit encore à réaliser une anode en surface
de la paroi à protéger, puis à la relier par l’intermédiaire d’un générateur
aux armatures de l’ouvrage. Un courant électrique est imposé à titre défi-
nitif, contrairement aux procédés décrits plus avant qui nécessitent une
simple mise sous tension temporaire.
L’anode sera enrobée dans du béton projeté contre l’ouvrage.
Ce type de traitement doit s’accompagner d’un suivi. La puissance du
courant imposé doit être régulièrement contrôlée. L’objectif est d’annihiler
en quelque sorte le courant électrique qui accompagne la corrosion des
aciers et, par là, de bloquer leur dégradation.
La protection cathodique présente bien des contraintes. Elle est plutôt
adoptée en génie civil, lorsqu’aucune autre solution ne peut convenir.
Son coût reste élevé.

4.3.2.4 L’habillage de la façade


Dans certaines situations, aucune réparation n’est techniquement ou
économiquement adaptée. La solution passera par un habillage de la
façade, mettant à l’abri de la pluie la surface du béton.

Figure 140 : Ce panneau de façade en Figure 141 : Le maître d’ouvrage


béton comporte des parties carrelées. a sagement décidé de dissimuler
La réparation ponctuelle n’est pas possible les façades par un vêtage
tant pour des raisons économiques
que techniques.

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4.4 Prévenir la formation d’éclats du béton


et respecter les règles de l’art
Le concepteur devra procéder à une analyse de risque et adopter les
précautions utiles :
• quel est l’environnement de l’ouvrage, son exposition ?
• quel type de béton retenir ?
• la surface de la façade sera-t-elle ou non revêtue d’une peinture ou d’un
enduit ?
• comment faut-il enrober les armatures ?
• peut-on limiter les risques de corrosion des armatures en adoptant des
dispositions originales ?
Il est bien évident qu’un ouvrage de prestige, construit en béton laissé
apparent ou béton architectonique ne devra pas être réalisé comme
les façades d’un immeuble bâti en ville et couvert d’un enduit ou d’un
revêtement plastique apportant une protection efficace contre la pénétra-
tion du gaz carbonique et de la pluie.
Dans le premier cas, il sera impératif de bien enrober les armatures.
L’utilisation d’un béton peu poreux, par exemple de type BHP ou hydrofugé
s’imposera.
Dans la deuxième situation, les précautions à prendre seront moindres.
Lorsque les risques sont importants, par exemple pour réaliser des voiles
minces, il est possible de mettre en œuvre des armatures spéciales proté-
gées de la corrosion, en acier galvanisé ou en acier inoxydable, voire en
fibre de verre. Quelques réalisations existent en France mais ces techniques
sont plus fréquemment employées à l’étranger. Elles conduisent, s’agissant
des armatures en fibre de verre, à des calculs spécifiques.
Une telle option peut se révéler économique car les contraintes d’enrobage
seront moins sévères et les risques de corrosion beaucoup plus faibles.
Il est également possible d’utiliser des inhibiteurs de corrosion à titre
préventif : ce sont des adjuvants incorporés lors de la fabrication du béton,
des produits pulvérisés en fin de chantier, à base de silane ou de mono-
fluorophosphate de sodium. Des fabricants proposent aussi d’incorporer
dans le béton des anodes sacrificielles raccordées aux armatures, afin de
prévenir leur corrosion.

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111
Les désordres affectant le gros œuvre

Ces techniques ont un caractère qui pour l’heure reste expérimental.


En pratique, bien enrober les armatures reste fondamental.
Les règles BAEL prescrivaient les enrobages suivants :
• 5 cm pour les ouvrages situés en bord de mer, soumis aux embruns ou à
des atmosphères très agressives ;
• 3 cm pour les parois non coffrées soumises à des atmosphères agressives ;
• 2 cm pour les parois exposées aux intempéries.
L’Eurocode 2 intègre deux paramètres : le type d’exposition de la façade
ou plutôt la classe d’exposition pour reprendre les termes de la norme
EN 206-1 et la classe structurale qui prend en compte la durée de vie
de l’ouvrage.
L’enrobage retenu pourra dépasser 5 cm pour des murs de façade situés
dans des situations à risque : façades en bord de mer et béton laissé brut
de décoffrage par exemple.
La prévention passe par l’appréciation de l’enrobage des armatures,
la qualité du béton mis en œuvre et, dans certaines circonstances, conduit
à l’emploi d’armatures ne pouvant pas se corroder.

En résumé
La corrosion des armatures est une pathologie qui est restée longtemps méconnue. Les désordres qui en découlent
portent atteinte à la solidité de l’ouvrage.
Les réparations ponctuelles se révèlent souvent peu durables. Réparer durablement une façade passe par des
investigations très complexes puis des travaux onéreux. Il est donc nécessaire d’analyser les risques avant de construire
et de veiller à l’enrobage des armatures et à la qualité du béton.

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PARTIE III
Les désordres affectant
les revêtements

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La pathologie des façades
115
Les désordres affectant les revêtements

1. Les pathologies des enduits de façade


à base de liants hydrauliques

1.1 Présentation des enduits à base de liants


hydrauliques

Figure 1 : Façades protégées par des enduits hydrauliques

Un enduit de façade à base de liants hydrauliques a plusieurs fonctions : il


contribue à la planéité et à l’imperméabilisation de la paroi qu’il recouvre
et lui donne son aspect final. Un enduit de cette nature doit être durable.
Il s’agit, au sens de la loi, d’un élément d’équipement indissociable, soumis
à une garantie de dix ans.
Les enduits à base de liants hydrauliques sont réalisés avec des mélanges
confectionnés en usine ou, plus rarement depuis quelques années, par des
mélanges réalisés sur chantier. Dans le premier cas, on parle de « mortiers
industriels » et de « mortiers de chantier » dans le second cas.
Les principaux constituants sont : le ciment, la chaux, le sable, les colorants,
des adjuvants et des charges. Ils sont mélangés à l’eau.

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La pathologie des façades
117
Les désordres affectant les revêtements

Ces explications permettent de bien comprendre qu’une façade maçonnée


ne se comportera pas convenablement si l’enduit qui la recouvre est
fissuré, anormalement poreux, décollé voire tout simplement inadapté à la
situation.
Un enduit à base de liants hydrauliques peut aussi recouvrir une façade en
béton. Son rôle sera alors uniquement décoratif.
Le DTU 26.1 traite spécifiquement des enduits de façade et notamment des
enduits monocouches OC.
Les désordres susceptibles de se produire sont comparables : fissuration,
décollement, défauts d’ordre esthétique, quel que soit le type d’enduit.

Remarque
On trouve également des mortiers
1.1.1 Les mortiers de chantier
prémélangés : certains constituants, Ils sont composés de constituants individuels (chaux, ciment, sables,
comme les liants et les additifs, sont adjuvants éventuels) directement dosés et mélangés sur le chantier.
dosés en usine (liants spéciaux) et
mélangés à d’autres constituants Leurs caractéristiques sont conditionnées par les dosages en liants.
comme le sable sur le chantier.

1.1.2 Les mortiers industriels


Ils sont entièrement dosés et mélangés en usine et sont fournis sous forme
de poudres prêtes à gâcher avec de l’eau.
Leurs caractéristiques dépendent essentiellement de leur formulation.
Ils sont également qualifiés de « performanciels ».
Les mortiers industriels font l’objet du marquage CE.
Remarque Tableau 1 : Types de mortier d’enduit industriel
Les mortiers GP sont parfois qualifiés
de mortiers de sous-enduit Propriétés et/ou
Mortier d’enduit Notation
ou d’enduit « gris » domaine d’emploi

Pas de propriété spécifique GP


Usage courant
Utilisé pour les corps d’enduit (Général Purpose)

Contient des charges légères


LW
Allégé Masse volumique à l’état durci
(Light Weight)
et sec inférieure à 1 300 kg/m3

Spécialement coloré
CR
Parement Utilisé pour les finitions
(Coloured Rendering)
décoratives

Application en une seule couche


OC
Monocouche Remplit les mêmes fonctions
(One Coat)
qu’un système multicouche

Ils font l’objet de la certification « Certifié CSTB Certified » gage des


contrôles effectués par les fabricants.
Ces enduits sont livrés à l’entrepreneur dans des sacs, prêts à gâcher. Ils
sont mis en œuvre en deux passes sur les maçonneries à imperméabiliser.

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118
Les désordres affectant les revêtements

1.1.3 Les enduits monocouches OC


Ces enduits ont connu un grand développement ces dernières années
au point que la réalisation des enduits à trois couches est devenue rare,
sauf dans le domaine de la rénovation.

Figure 4 : Façades d’immeuble enduites avec des monocouches

Ils font l’objet d’une classification nouvelle qui remplace l’ancien classe-
ment MERUC. Il y a lieu de penser que les deux approches vont coexister
pendant quelques années, au moins dans les esprits et probablement dans
les descriptifs.

1.1.4 La classification des enduits monocouches


Avant d’aborder le nouveau mode de classification des enduits mono-
couches, il est utile de rappeler les grandes lignes de l’ancienne classifica-
tion MERUC.
La classification MERUC porte sur cinq caractéristiques :
M Masse volumique apparente de l’enduit durci
E Module d’élasticité
R Résistance à la traction
U Rétention d’eau de l’enduit
C Capillarité
Les enduits sont classés à la suite d’essais effectués en laboratoire suivant
une procédure précise. Les classes sont au nombre de six.
Tableau 2 : Les classes d’enduit
M en kg/m3 M1 < 1200 M6 > 1 800 Remarque
Seules les classes extrêmes
E en MPa E1 < 5 000 E6 > 16 000 sont rappelées.
R en MPa R1 < 1,5 R6 > 3,5
U en % U1 < 78 % 95 % < U6 < 100 %
C en g/dm3.min 1/2 < 1,5 > 10

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Les désordres affectant les revêtements

L’enduit retenu sera choisi suivant les circonstances :


• un enduit de faible capillarité C1 ou C2 sera retenu pour des façades
exposées à la pluie ;
• un enduit exposé aux chocs devra avoir des résistances mécaniques
élevées : E > 3 et R > 3 ;
• si l’enduit doit recevoir un carrelage collé, il devra présenter des caracté-
ristiques minimales : E > 4 et R > 4 ;
• par temps chaud, on choisira un enduit ayant une bonne capacité à
retenir l’eau, soit U > 5 ;
• par temps froid, on préférera les enduits M5 ou M6.
Abordons le texte en vigueur. Le DTU 26.1 classe les supports en trois
catégories suivant leur résistance à l’arrachement :
Tableau 3 : Classement des supports selon DTU 26.1

Résistance
Appellation Nature
à l’arrachement
Rt1 0,4 MPa < Rt < 0,6 MPa Blocs en béton cellulaire
Éléments en terre cuite, blocs
Remarque Rt2 0,6 MPa < Rt < 0,8 MPa
en béton de granulats légers
La classe de résistance des éléments
Blocs en béton de granulats courants,
en terre cuite est déclarée Rt3 Rt > 0,8 MPa
éléments en terre cuite, béton
par le fabricant.

Les enduits monocouches sont classés en trois catégories  : OC1, OC2


et OC3.
La compatibilité suivante devra être respectée :
Tableau 4 : Compatibilité support-enduit

Classification du support Type d’enduit monocouche


Rt1 OC1
Rt2 OC2 ou OC1
Rt3 OC3, OC2 ou OC1

Les enduits monocouches sont classés en fonction de :


• leur résistance mécanique à la compression CS ;
• leur perméabilité à la vapeur d’eau ;
• leur rétention d’eau Re ;
• leur capillarité W.
Et comme il en était avec le classement MERUC, on choisira l’enduit mono-
couche adapté aux circonstances du chantier :
• un enduit classé W2 (faible capillarité) est recommandé pour une façade
fortement exposée à la pluie ou en pied de mur ;
• un enduit exposé aux chocs bénéficiera d’une classe de résistance
CS IV ou CS III ;
• un enduit recevant du carrelage sera classé CS IV, voire CS III ;
• sur une paroi enterrée, il conviendra de choisir un enduit de caractéris-
tique W2 et CS3 ou CS4.

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121
Les désordres affectant les revêtements

Des fissures peuvent aussi se produire si les joints entre blocs sont
trop larges. De même, le support doit présenter une bonne planéité.
Des arêtes vives présentes dans un support constitueront autant de « points
de blocage » pouvant être à l’origine d’une fissure.

1.2.2 La fissuration de retrait propre à l’enduit


Des fissures peuvent n’impliquer que le seul enduit de façade, sans se
prolonger dans le support : il s’agit de fissures de retrait partant en étoiles
ou formant un maillage, un faïençage.
Les facteurs à prendre en compte sont :
• le dosage en liants et plus spécialement la quantité de ciment ;
• le module d’élasticité E du mortier ;
• la résistance en traction Rt du mortier.
L’entrepreneur devra parfois trouver un compromis : un enduit riche en
ciment sera résistant, accrochera bien à son support mais fera davantage
de retrait. Il s’opposera efficacement à des sollicitations extérieures. Les
enduits ayant un bas module d’élasticité se révèleront plus souples et
s’adapteront mieux à un support hétérogène. Mais, ils seront souvent
moins résistants.
Il était d’usage, il y a quelques années, de classer les enduits en fonction
du rapport E/Rt. E est le module d’élasticité, Rt la résistance en traction.
Un enduit souple et déformable, dont le module d’élasticité est bas
et dont la résistance mécanique Rt est élevée bénéficiera d’un rapport
E/Rt faible. Il se comportera comme un « élastique » doté d’une bonne
résistance à la traction.
Tableau 5 : Rapport élasticité/résistance en traction des enduits (valeurs indicatives)

Module d’élasticité
Retrait
Retrait E E/Rt
Δl/l en mm/m
(daN/cm²)
Faible < 0,7 < 70 000 < 2 500
Moyen 0,7 < ∆l/l < 1,2 70 000 < E < 120 000 2 500 < E/R < 3 500
Fort > 1,2 > 120 000 > 3 500

Il convient de retenir que les différents enduits monocouches mis sur le


marché ne sont pas équivalents, ne possèdent pas intrinsèquement les
mêmes performances.
Mais dans la pratique, ce sont les conditions de mise en œuvre et la
qualité du support, sa préparation, qui feront souvent in fine que l’enduit
viendra ou non à se fendre. Citons notamment le respect du dosage en
eau et la qualité du malaxage prescrit par le fabricant. Les conditions
hygrothermiques lors du séchage peuvent aussi être à l’origine de fissures.
Tous ces facteurs vont conditionner les performances de l’enduit en œuvre
autant que ses caractéristiques propres qui sont déterminées par le fabricant
en laboratoire.

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1.2.5 Les décollements d’enduit


Il s’agit d’une pathologie spectaculaire qui peut prendre plusieurs formes : Remarque
Avant la parution du DTU 26.1 d’avril
• l’enduit se détache de son support ;
2008, on distinguait :
• les couches d’enduit se dissocient. - les supports de type A en maçonnerie
ou en béton à l’exception des
Dans la première situation, il peut arriver que l’enduit arrache l’épiderme de maçonneries en béton cellulaire et
la maçonnerie. Un enduit trop riche faisant beaucoup de retrait, pourra ainsi des supports anciens peu résistants ;
se décoller d’une maçonnerie peu résistante, par exemple d’un support en - les supports de type B en maçonnerie
briques anciennes ou d’une maçonnerie en béton cellulaire. ou en béton, y compris les supports
peu résistants.
Les enduits monocouches étaient
dits de type A ou B. La lettre A ou
B accompagnait le classement
MERUC. Sur un support de faible
résistance superficielle, il convient
maintenant d’opter pour un enduit
monocouche OC1.

Figure 12 : La façade de ce bâtiment a été bâtie avec des blocs de béton cellulaire.
La résistance mécanique de la surface de ces blocs reste modeste.
L’enduit de façade projeté sur les blocs est incompatible avec une maçonnerie de ce type.
L’enduit arrache son support.

Mais, le plus souvent, l’enduit se décollera, laissant à nu son support tel


qu’il était avant la projection.
Les décollements se produiront dans les cas suivants :
• l’enduit a été projeté sur un support lisse et peu absorbant, ne favorisant
pas l’adhérence. Sur support béton, les règles de l’art recommandent
la projection d’un gobetis afin de faciliter l’accrochage. Certains fabricants
proposent des produits fixateurs spécifiques ;
• l’enduit a été projeté sur un support en maçonnerie gelé ;
• l’enduit a été projeté sur un support non humidifié par temps chaud.
L’eau contenue dans le mélange sera absorbé par le support au
détriment des réactions chimiques nécessitant la présence d’eau au
contact de la chaux et du ciment de l’enduit. Les spécialistes disent que
l’enduit a « grillé ». Il manque alors aussi souvent de résistance ;
• l’enduit a été projeté sur un support saturé d’eau ; il manquera d’adhérence.

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Figure 13 : Cette maison a été bâtie avec des panneaux en béton préfabriqués en usine.
L’enduit de façade, projeté sans précaution sur un support lisse se détache.

Figure 14 : La tranche supérieure de cet enduit, appliqué le long d’un seuil de porte-fenêtre
n’est pas protégée du ruissellement. Le décollement est inévitable.

Le support est parfois impropre à recevoir l’enduit. C’est ainsi que des
décollements se produisent toujours lorsque l’application a lieu sur un
support horizontal et bien souvent lorsque l’enduit s’arrête au sommet d’un
mur, d’un acrotère ou d’un garde-corps sans protection. Les règles de l’art
sont très précises à ce sujet. Il convient de protéger les têtes de mur par
des bavettes ou des couronnements.
Des décollements comparables se produisent aussi lorsque des infiltrations
d’eau se produisent à l’arrière de l’enduit, dans le cas de fuites en toiture ou
en terrasse, et si l’enduit est le siège de remontées d’humidité.

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Figure 19 : Les fuites en terrasse ont eu raison de l’adhérence de cet enduit

1.3 Les défauts d’aspect

1.3.1 Les salissures


1.3.1.1 L’origine des salissures
Des salissures très variées peuvent altérer la surface d’un enduit. Elles ne
compromettent pas ses performances, mais nuisent à l’esthétique de la
façade. Citons notamment les coulures noirâtres visibles à la surface des
façades lorsque le ruissellement est mal géré.
Deux types de salissures sont à l’origine de l’encrassement progressif des
bâtiments :
• les salissures d’origine biologique liées à la croissance de micro-
organismes ;
• les salissures issues de la pollution atmosphérique.
La propagation des salissures s’effectue principalement par ruissellement
et par rejaillissement.

Figure 20 : Salissures à la surface d’un immeuble collectif

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Les désordres affectant les revêtements

On parlera de salissures biologiques.

1.3.2 La carbonatation des enduits


Des auréoles blanches apparaissent parfois à la surface d’un enduit
de façade, généralement dans les jours qui suivent l’application.
Il s’agit de carbonate de calcium qui cristallise à la surface de l’enduit et
qui résulte de l’action du gaz carbonique de l’air avec la chaux contenue
dans l’enduit.
La cause est un excès d’eau dans le mélange, une température d’appli-
cation basse et une forte hygrométrie. Dans des conditions normales
d’application, la carbonatation se produit à l’intérieur de l’enduit, non en
surface, et reste sans conséquences.
Ces auréoles ou efflorescences sont beaucoup plus perceptibles sur les
enduits de teinte foncée.

Figure 24 : Carbonatation d’un enduit 1.3.3 Les spectres ou fantômes de joints


traditionnel projeté sur une façade
ancienne Le terme de «  spectre  » s’emploie lorsque la maçonnerie est visible
comme par transparence sous l’enduit de façade. C’est par exemple le cas
lorsque les joints entre les blocs se dessinent, que les parties en béton se
distinguent des maçonneries.
Les spectres peuvent être visibles en permanence ou au contraire se révéler
après une période de pluie.

1.3.3.1 La microfissuration de l’enduit au pourtour des blocs


constituant la maçonnerie
Il peut arriver, à la suite de phénomènes de retrait affectant les blocs
constituant la maçonnerie, que l’enduit se fissure. Cette fissuration sera
perceptible après la pluie. L’eau stagne le long des fissures, sèche moins
vite et, à terme, des moisissures peuvent apparaître, rendant le phénomène
encore plus visible.

Figure 25 : Des fissures se sont ouvertes le long des joints de cette maçonnerie.
La pluie stagne dans les fissures et permet le développement de lichens.

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1.3.3.2 Développement de salissures à la surface des blocs


Le même terme de «  spectre  » s’emploie également lorsque des micro-
organismes vont se fixer sur les parties les plus thermiquement isolées de
la façade et non sur les joints. Le développement de ces micro-organismes
suppose en effet des conditions de température particulières qui font qu’ils
ne se formeront pas au droit des joints réchauffés par la diffusion de la
chaleur depuis l’intérieur de la paroi.

Figure 26 : Cette façade a été bâtie avec des blocs en béton. La température à la surface
des blocs est différente de celle qui règne le long des joints ou du chaînage en béton.
Les micro-organismes qui se développent à la surface de l’enduit préfèrent les températures
les moins élevées.

1.3.3.3 L’enduit n’a pas la même couleur au droit des joints


et sur les blocs
C’est la situation la plus fréquente. Le spectre sera permanent lorsque
les joints sont trop larges et très garnis. Dans ce cas, l’enduit va sécher
beaucoup plus lentement à ce niveau qu’à la surface des blocs, plus absor-
bante. L’enduit n’a pas une teinte homogène.
Le phénomène peut aussi ne se révéler qu’après la pluie. L’enduit sèche plus
vite sur les joints, et les surfaces en béton non doublées par des planelles.
Le spectre n’est alors bien sûr qu’occasionnel.
Dans la première situation comme dans la seconde, l’intensité du spectre
dépendra de l’épaisseur de l’enduit.
Les performances de l’enduit ne sont pas altérées par les spectres. L’aspect
de la façade n’est en revanche pas satisfaisant et l’entreprise en charge
du ravalement devra adapter sa prescription à l’état du support.
Augmenter l’épaisseur des couches va toujours limiter les risques d’appari-
tion de ce type de spectre.

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Figure 27 : La façade de cet immeuble a été bâtie avec des blocs en béton encadrés par des
chaînages. Ces derniers apparaissent par transparence. Ils sèchent plus vite et paraissent plus
clairs. Les spectres de ce type sont d’autant plus visibles que l’épaisseur d’enduit est faible.

1.3.4 L’aspect non homogène de la façade enduite


Des défauts directement imputables à la réalisation peuvent apparaître.
Citons les principaux :
• la présence de grains de chaux mal broyés pourra être à l’origine de
cratères qui se formeront avec l’expansion de ces grains lors de leur
hydratation in situ ;
• un manque de serrage de l’enduit pourra conduire à l’emprisonnement
d’air dans celui-ci puis à la formation de cratères lors du départ de l’air ;
• la teinte de l’enduit pourra paraître manquer d’uniformité d’une façade
à l’autre. Il faut savoir que la teinte définitive d’un enduit est fonction de
sa vitesse de séchage. Le même enduit réalisé sur deux supports d’ab-
sorption différente ou projetés dans des conditions hygrothermiques
distinctes n’aura pas exactement le même aspect. Des variations dans le
dosage en eau du mélange ou le temps de malaxage auront des consé-
quences identiques ;
• un enduit gratté trop tardivement présentera des traces lisses contras-
tant avec des surfaces plus ouvertes ;
• des nuances différentes peuvent apparaître le long des zones de reprise
de projection et quand l’angle de projection varie d’une zone à l’autre.
Ce défaut disparaît ou pour le moins s’estompe avec le temps.
C’est dire combien la réussite d’un enduit de façade passe par l’expérience,
le « tour de main » des exécutants.
Ajoutons enfin que les différences de teinte sont plus perceptibles lorsque
l’enduit a une teinte soutenue.

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Les désordres affectant les revêtements

1.4 Réparer les désordres


La définition d’un mode de réparation passe par l’analyse précise de
la pathologie. L’enduit est-il ou non adhérent  ? Les fissures sont-elles
« vivantes » ou non ? Quel est le résultat attendu, sa durabilité ? La façade
laisse-t-elle ou non passer l’eau ? Faut-il réaliser des travaux lourds ou se
contenter d’un ravalement décoratif ?
Dans certains cas, l’ampleur des travaux s’impose à l’observateur. Parfois,
il sera utile de réaliser des sondages, d’installer une nacelle permettant
d’accéder aux endroits élevés, souvent les plus affectés.
Il conviendra en tout premier lieu de vérifier l’adhérence de l’enduit sur
son support. Si nécessaire, les zones douteuses seront piquées. La base
des murs, et leur couronnement, les zones fissurées constituent autant de
points sensibles à vérifier. Des couvertines oubliées lors de la construction
devront parfois être installées.
Le technicien en charge du diagnostic devra savoir distinguer une fissure
d’enduit résultant de la fissuration du support et une fissure n’intéressant
que l’enduit lui-même. Dans le premier cas, il s’agira d’une fissure vivante
qui justifiera la réalisation d’un RSI, voire un épinglage en complément.
Dans le second cas, une nouvelle couche d’enduit pourra être directement
projetée.
Le développement de micro-organismes conduira à apprécier la porosité
de l’enduit et son exposition. La pulvérisation d’un fongicide suivie de la
réalisation d’un film de peinture fera disparaître les défauts à corriger.
Un enduit poreux est souvent un enduit friable, grillé. Il sera bon de le
piquer puis de le refaire. L’accrochage d’une nouvelle couche est en effet
susceptible de se révéler aléatoire.
Les défauts esthétiques, formation de spectres, nuances de teinte, peuvent
être corrigés en appliquant une couche supplémentaire sur la façade
concernée ou en la peignant. Les efflorescences, lorsqu’elles restent
discrètes, peuvent être atténuées par un lavage avec de l’eau acidulée.

1.5 Prévenir les désordres

1.5.1 Bien choisir l’enduit


Tous les enduits ne sont pas identiques.
L’enduit à mettre en œuvre, lorsqu’il s’agit d’un monocouche, devra être
compatible avec sa situation sur la façade, l’exposition de cette dernière
et la situation de l’ouvrage.
Le classement MERUC autrefois et les classements proposés par le récent
DTU 26.1 permettent de retenir la solution adéquate.

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1.5.2 Respecter les règles de l’art


Le respect des règles de l’art s’impose ensuite, tant au niveau de la
conception que de l’exécution et notamment :
• ne pas réaliser d’enduit sur des surfaces horizontales ou faiblement
inclinées ;
• poser des couvertines au sommet des murs ;
• mettre en place des appuis de fenêtre ;
• projeter un gobetis d’accrochage sur les surfaces en béton lisse ou incor-
porer un agent d’adhérence dans la première passe ;
• éviter de mélanger les matériaux lors de la réalisation d’une façade ;
• ne pas hésiter à armer l’enduit par un grillage ;
• vérifier la planéité du support et réaliser les correctifs utiles avant la
projection ;
• ne pas projeter d’enduit sur une façade fissurée sans correctif adapté ;
• respecter les préconisations des fabricants, malaxage, dosage en eau,
température lors de l’application ;
• humidifier le support, notamment par temps chaud. Arroser l’enduit
jeune, toujours par temps chaud ;
• ne pas appliquer d’enduit monocouche au-dessous de 8 °C et au-dessus
de 30 °C ;
• respecter l’épaisseur finie, entre 10 et 15 mm  pour un enduit mono-
couche ;
• prévoir des joints délimitant des panneaux fractionnant des grandes
surfaces et bien sûr respecter les joints de gros œuvre.
Réaliser un enduit reste un exercice difficile nécessitant à la fois le respect
des règles de l’art et un tour de main certain. Des progrès incontestables
ont été réalisés ces dernières années, tant par les fabricants que les
applicateurs. Les pathologies décrites plus avant ne doivent pas effrayer.
Un enduit de façade réalisé dans de bonnes conditions se révélera durable
et esthétiquement satisfaisant.
En expertise, l’entreprise en charge de l’application de l’enduit de façade
Figure 31 : La réception du support
rencontrera des difficultés pour dégager sa responsabilité. Il lui appar-
constitue pour le façadier un acte
tient de réceptionner le support, de choisir le bon enduit et de le mettre essentiel. Un enduit monocouche ne
en œuvre dans des conditions adéquates. Seul un travail «  anormal  » du peut pas être directement projeté sans
support lui permettra de s’exonérer. que ce support ait été redressé.

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2. Les pathologies des revêtements


plastiques épais (RPE) et des revêtements
souples d’imperméabilité (RSI)

2.1 Présentation des revêtements


La réalisation d’un revêtement peinture épais (RPE, en remplacement
de l’ancien vocable revêtement plastique épais) et l’application d’un
revêtement souple d’imperméabilité (RSI) constituent des travaux
traditionnels relevant respectivement du DTU 59.1 (version révisée en 2010)
pour les RPE et du DTU 42.1 (version 2007) pour les RSI.
RPE et RSI, bien que formulés les uns et les autres à base de résines
vinyliques ou acryliques en phase aqueuse, présentent des propriétés
différentes. Ils sont donc employés dans des situations différentes, sur
béton et autres maçonneries.
Les RPE s’appliquent en neuf ou en entretien, sur des supports ne présentant
pas de fissures. Ils masquent, tout au plus, le faïençage d’un enduit hydraulique.
Les RSI sont adaptés aux bétons et aux maçonneries enduites affectés de
fissures, ou poreuses, car ils sont d’une part étanches à l’eau, d’autre part
souples, donc résistants à la fissuration du subjectile.
Ils sont très couramment utilisés en réparation.
Les RPE forment un film pouvant atteindre plusieurs millimètres d’épaisseur.
Les RSI peuvent s’appliquer sous des épaisseurs variables selon leur classe
(I1 à I4) et selon le choix de la finition. Ainsi, leur mise en œuvre conduit
à la formation de films semi-épais (épaisseur minimale 200 μm en finition
lisse pour un revêtement de classe I1) à des films épais (1,5 à 2 mm) en cas
de choix d’une finition structurée (talochée, grain de marbre, etc.). Ils se
distinguent ainsi des peintures dites « de film mince » (classement D2) dont
l’épaisseur est inférieure à 200 μm.
Les RPE n’ont pas pour fonction d’assurer l’étanchéité d’une façade. Ils
ont une vocation décorative et sont classés D3 par la norme NF P 84403,
et spécifiés par la norme NF T 34720.
RSI et RPE peuvent souffrir de pathologies identiques. L’application des RSI
peut toutefois conduire à des désordres bien spécifiques.
Tableau 6 : Revêtements organiques de façade (d’après la norme NF P 84403)

Fonction
Décorative Imperméabilité
essentielle

D2 D3 I1 I2 I3 I4
D1
Classe (peinture RSE Revêtements souples
(hydrofuge)
film mince) RPE d’imperméabilité (RSI)
DTU
de 59,1 42,1
référence
Les finitions de ces revêtements peuvent se décliner sous différents aspects : roulé, taloché, grésé, ribbé…

RPE  : Revêtement de peinture épais (exemple  : revêtement plastique épais, modification apportée par la révision du
DTU 59.1 « Peinture »).
RSE : Revêtement semi-épais.
RSI : Revêtement souple d’imperméabilité (selon la version révisée de novembre 2007 du DTU 42.1).

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Figure 49 : Les RPE s’encrassent plus facilement que les RSI.


La façade nord de cet immeuble est couverte de mousses.

Figure 50 : Façade en cours de réparation au moyen d’un RSI. Les fissures sont pontées
par des galons qui seront dissimulés par la suite au moyen d’un film de résine qui couvrira
la façade dans son ensemble.

2.2 Les facteurs de risques communs aux RPE


et aux RSI

2.2.1 Les décollements et les cloquages


Les RSI comme les RPE doivent être appliqués sur des supports secs et
qui le resteront après polymérisation de la résine contenue dans le film. À
défaut, des décollements vont se produire, le film peut s’écailler ou cloquer.
Des circulations d’eau à l’arrière du film, la réhumidification du support ou
des remontées d’humidité dans le support vont toujours provoquer des
désordres.
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Figure 55 : Décollement d’un RPE appliqué sur un mur dépourvu de couvertine

2.2.1.3 L’application au pied des façades


En pied des façades, les maçonneries comme les enduits sont toujours
soumis à des remontées capillaires. Pour éviter la survenance de désordres,
il conviendra d’arrêter le film largement au-dessus du niveau du sol. L’arrêt
minimal du revêtement est de 0,25 m au-dessus du sol (article 8.4.8 du CCT
du DTU 42.1). Une peinture moins sensible, de classe D2, pourra compléter
le ravalement de la façade à ce niveau.

2.2.1.4 L’application sur supports humides ou venant à s’humidifier


Il convient toujours d’appliquer les RSI et les RPE sur des supports secs. Si
Figure 56 : Décollements consécutifs
tel n’est pas le cas, le film de résine se décolle rapidement. C’est ainsi qu’il
à des remontées d’humidité
est proscrit d’appliquer des revêtements de cette nature sur une jardinière
non étanchée ou sur un mur de soutènement.
En présence d’un cloquage, certains avancent que le film constitue un
obstacle à la diffusion de la vapeur d’eau à travers les façades. La poussée
de la vapeur d’eau ferait cloquer le revêtement. Une telle explication ne
peut pas être retenue. Les revêtements traités dans ce chapitre conservent
toujours une porosité suffisante pour permettre, dans les cas courants, des
échanges suffisants entre l’intérieur et l’extérieur sans porter atteinte à
l’adhérence.
Ce sont en fait des circulations d’eau parasites à l’interface support revê-
tement qui provoquent le décollement du film et parfois l’apparition de
Figure 57 : Décollement de RPE cloques, voire d’une poche pouvant atteindre plusieurs mètres carrés. Il est
appliqué à la surface d’un mur enterré. parfois aisé de déterminer le point d’arrivée de l’eau. Une fuite en terrasse
L’humidité de la paroi conduit le film sera souvent la cause d’un tel désagrément.
à se décoller.
Dans certains cas, il conviendra de chercher davantage et l’installation
d’une nacelle pourra se révéler utile. La pluie peut migrer sous le film en
passant à travers une fissure coupant un appui de fenêtre ou le traitement
en partie courante. La jonction entre un garde-corps en serrurerie mal
protégé, qui rouille en repoussant le RSI qui vient à son contact, peut être
un point d’entrée pour la pluie.

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La pathologie des façades
148
Les désordres affectant les revêtements

2.3 Les désordres : identification et prévention


Le DTU 42.1 qui traite des RSI classe ces films en fonction de leur gram-
mage. Il est possible d’incorporer une armature dans le film pour en
améliorer les performances. Le traitement des fissures conduit à la pose
d’une armature venant compléter leur traitement spécifique. Des informa-
tions sont apportées à ce sujet plus loin.
Plusieurs systèmes sont proposés : I1, I2, I3 et I4.
Il convient de bien apprécier l’état de dégradation de la façade et de
réaliser le système adapté à la pathologie constatée. Une certaine prudence
doit être de mise. L’ouverture des fissures coupant une paroi reste une
donnée variable avec les saisons. Dans le doute, il vaut mieux adopter
une démarche prudente et privilégier les traitements I3 et I4.
Les RSI ne peuvent répondre durablement à toutes les situations.
Certains spécialistes s’interrogent sur la capacité d’un traitement I3 ou I4
à résister à l’ouverture brutale d’une fissure de 1 voire de 2 mm dans le
support après l’application du système. Il est vrai que l’ouverture de telles
fissures reste rare sur une façade ravalée 15 ans après la construction de
l’immeuble. C’est aussi la raison pour laquelle les RSI ne doivent pas être
proposés en travaux neufs.
L’application d’un RSI sur une façade fissurée sans réflexion sur l’origine de
la pathologie conduira à des déboires.

2.3.1 La poursuite de la fissuration du support


La poursuite de la fissuration du support après l’application d’un RSI peut
se produire. Ce sera le cas d’une fissure dite de plancher qui n’intéressera
qu’une partie de la façade lors des travaux et qui se prolongera par la suite.
Une bonne précaution consiste à ponter préventivement toute la longueur
du plancher afin d’apporter de la résistance au film.
Si ces précautions ne sont pas prises, les inconvénients décrits plus avant, Figure 66 : Le RSI appliqué sur cette
cloquages et décollements vont se produire lorsque le film se fissurera. paroi s’est fendu. L’entoilage de la
La façade ne sera plus étanche. fissure a été oublié ou la fissuration est
d’apparition postérieure à l’application
Une fissure peut aussi totalement s’ouvrir après l’application du film. Il n’y du RSI.
résistera pas s’il n’est pas dimensionné pour.
C’est d’ailleurs, en partie, la raison pour laquelle il n’est pas admis de
réaliser un RSI sur une façade neuve.

2.3.2 La surestimation des performances du RSI


Si des joints de retrait manquent, si des joints de dilatation ont été oubliés
ou ont été mal réalisés, il sera nécessaire d’y remédier. Là encore, il est
prudent de ne pas surestimer les performances du RSI.
Devant une fissure franche, même stabilisée, il pourra être prudent de
poser quelques épingles qui rattacheront les pans de façade qui se sont
séparés avant d’appliquer le film.
Figure 67 : Les performances des RSI
Un RSI ne résistera pas à l’aggravation d’un tassement de fondation mal sont souvent surestimées. Le film de
analysé et insuffisamment réparé… Le peintre applicateur devra savoir résine n’a pas résisté ici à une banale
poser le bon diagnostic. fissure de retrait.

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La pathologie des façades
149
Les désordres affectant les revêtements

2.3.3 L’ instabilité du support


Un RSI ne résistera pas ou vieillira mal s’il est appliqué sur un support fissuré
manquant d’inertie thermique comme un conduit de fumées. L’ouverture et
la fermeture répétées des fissures avec la vie du conduit de fumée aura à
terme raison de la solidité du film.

2.3.4 La mauvaise mise en œuvre


Certains applicateurs, pensant la fissuration du support stabilisée, se
dispensent de ponter les fissures. Ils espèrent ainsi, quand ce n’est pas par
méconnaissance des règles de l’art, ne pas altérer l’aspect fini de la façade,
plus particulièrement lorsqu’elle a été recouverte d’un enduit à gros grains.
En effet, appliquer un pontage sur les grains atténue l’aspérité de la façade.
La réparation est plus visible.
Les fissures coupant une façade sont toujours plus ou moins vivantes. Elles
auront raison du film qui viendra à se fissurer en l’absence de pontage.

2.3.5 Le blocage de la vapeur d’eau


Les RSI, comme il a été dit plus avant, sont étanches à l’eau. Ils
permettent aussi la respiration de la façade, mais dans une certaine mesure
seulement. L’application d’un RSI à l’occasion de la rénovation d’un
immeuble mal isolé conduit parfois à la survenance de désordres, au
développement de moisissures, par exemple lorsque le programme des
travaux conduit, en complément du ravalement, au remplacement de
menuiseries peu étanches par des menuiseries performantes. Il convient
Figure 68 : La pénétration d’eau
dans ce cas d’installer une VMC et de renforcer l’isolation.
à l’arrière d’un RSI conduit
systématiquement à un décollement 2.3.6 L’ esthétique de la façade
La réparation d’une façade fissurée au moyen d’un RSI constitue une solu-
tion très répandue. C’est la vocation première de ces systèmes. Le film
assure l’étanchéité et apporte à la façade une esthétique satisfaisante. Il
convient toutefois de bien prendre conscience que le film n’aura jamais
l’aspect d’un enduit de maçon. Il apparaîtra souvent plus brillant, bien qu’il
existe des formulations mates. Adopter une réparation de cette nature sur
une construction récente au titre de la garantie décennale conduira à traiter
par panneaux entiers quand ce n’est pas appliquer le film sur la totalité de
l’ouvrage pour ne pas nuire à son esthétique.
Le vieillissement d’un enduit ne pourra jamais être comparé au vieillisse-
ment d’un RSI. Ce dernier s’encrasse plus lentement. Dans le même esprit,
il est important de signaler que les fissures recouvertes par un RSI finissent
à la longue par réapparaître par transparence. La mise en œuvre d’un film
de fort grammage limitera ou plutôt retardera l’apparition de cet inconvé-
Figure 69 : Fissuration d’un RSI nient.
appliqué sur un conduit de fumée
Les RSI restent des films « minces ». Ils n’ont pas pour vocation de redresser
soumis à des chocs thermiques
une façade présentant des défauts de planéité. Si nécessaire, le support
devra être enduit avant d’être recouvert par le film de résine.
Proposer un RSI à finition structurée pourra constituer un bon compromis.

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151
Les désordres affectant les revêtements

2.4 Comment choisir le revêtement souple


d’imperméabilité pour réparer
une façade fissurée ?
Suivant l’état de dégradation de la façade, l’intensité de sa fissuration,
le DTU 42.1 propose quatre solutions :
• I1, la fissuration est imperceptible ;
• I2, la fissuration est plus importante ;
• I3, les fissures restent inférieures à 1 mm d’ouverture ;
• I4, les fissures peuvent être plus ouvertes mais restent inférieures à 2 mm,
la totalité de la façade devra être entoilée.
Dans tous les cas, les fissures devront être spécifiquement traitées au
moyen d’une toile de verre « marouflée » dans le film de résine.
L’épaisseur du film et le nombre de couches appliquées dépendent ainsi de
l’état apparent de la façade.
Tableau 7 : Fissuration du support

Épaisseur sèche
Classe Type de fissuration Prescription minimale
théorique
Fissuration
1 couche impression
I1 existante du 0,2 mm
1 couche finition
support < 0,2 mm
Fissuration 1 couche impression
I2 existante du 1 couche intermédiaire 0,3 mm
support < 0,5 mm 1 couche finition
Fissure du support 1 couche impression
I3 < 1 mm, évolution 1 couche intermédiaire 0,4 mm
possible 1 couche finition
1 couche impression
Fissure du support
1 couche intermédiaire
I4 < 2 mm, évolution 0,6 mm
avec armature
possible
1 couche finition

Afin d’éviter la survenance de désordres consécutifs au blocage de la


diffusion de la vapeur d’eau de l’intérieur du logement vers l’extérieur, il
conviendra de souvent décaper le film en place.

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152
Les désordres affectant les revêtements

Le tableau suivant apporte les informations utiles à ce sujet.


Tableau 8 : Étude préalable ou décapage

Épaisseur Classe d’imperméabilité


du revêtement
en place I1 I2 I3 I4

< 300 μm EP EP EP EP
> 300 μm EP Décapage Décapage Décapage

Le lecteur intéressé se reportera au DTU 42.1 pour analyser les situations


à l’occasion desquelles une étude préalable (EP) est nécessaire.

En résumé
Revêtements plastiques épais (RPE)
Les RPE sont largement utilisés. Ils apportent aux façades un bel aspect, retarde la propagation du gaz carbonique dans
les bétons et donc la survenance des éclats de béton. Ils ne sont pas supposés pour autant assurer l’étanchéité, et ne
résistent pas à l’ouverture de fissures même discrètes.
Il s’agit d’une solution économique bien adapté aux façades en béton ou ayant reçu un enduit ciment. Les RPE présentent
l’inconvénient d’être sensibles aux cloquages lorsque la pluie parvient à circuler sous le revêtement, notamment s’il se
fissure. L’entretien d’un RPE conduira souvent à effectuer un décapage onéreux, inconvénient qui n’existe pas avec les
façades enduites.
Revêtements souples d’imperméabilisation (RSI)
Les RSI sont proposés sur des façades fissurées, que celles-ci laissent ou non passer l’eau. Leur compatibilité avec la
fissuration active (faiblement) du support en a fait la promotion. Les systèmes proposés par les fabricants ont fait de
grands progrès, vieillissent mieux. Il n’en demeure pas moins que les performances des RSI sont parfois surestimées. Le
RSI peut aussi avoir été sous-dimensionné. A contrario des RSI sont parfois proposés sur des façades saines, justifiant
d’un simple revêtement de type D1 ou D2, moins onéreux, qui ne nécessitera pas de décapage lors du ravalement qui
suivra.
La prescription d’un RSI suppose un diagnostic précis de l’état de la façade du bâti dans son ensemble.

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153
Les désordres affectant les revêtements

3. Les systèmes d’isolation thermique


extérieure par enduit sur isolant (ITE)

3.1 Présentation
Les crises de l’énergie qui se sont succédé depuis les années 1970 ont
conduit les pouvoirs publics à inciter les sociétés HLM et les propriétaires
de maisons individuelles à réaliser des travaux d’isolation thermique.
Les systèmes d’isolation thermique par l’extérieur ont alors connu un
grand développement, et ce à partir des années 1976-1977. La technique
qui consiste à fixer sur les façades des panneaux isolants recouverts d’un
enduit mince ou sous-enduit et en finition d’un RPE s’est répandue. Elle est
plus économique que la réalisation d’un bardage traditionnel. Il faut dire
également que les façades des immeubles de ville qui ont été rénovées à
cette occasion pouvaient s’accommoder facilement d’une finition compa-
rable à une peinture. Ce sont d’ailleurs justement les fabricants de peinture
qui vont s’emparer du marché et qui ont mis au point des systèmes qui ont
obtenu des Avis Techniques.
Suite à l’apparition de nombreux désordres, fabricants et entrepreneurs ont
progressé : les travaux d’isolation par l’extérieur réalisés depuis quelques
années ont un comportement très satisfaisant au point que cette technique
fera bientôt l’objet d’un DTU.
Dans le même temps, les façades anciennes qui avaient été isolées dans
le passé ont dû être réparées ou ont plus simplement dû faire l’objet de
travaux d’entretien. C’est alors qu’une nouvelle génération de désordres a
été observée.
Avec la publication des règles ETICS (règles professionnelles pour
l’entretien et la rénovation de système d’isolation thermique extérieure),
il y a tout lieu de penser que la pathologie résultant de travaux d’entretien
mal appréhendés va disparaître.
Ce sont tous ces aspects qui vont être ici abordés :
• les grandes lignes des pathologies anciennes ;
Figure 73 : Immeuble collectif isolé
• les déboires rencontrés lors de réparations mal adaptées ;
par l’extérieur • les progrès de la technique.

3.2 Le déroulement des travaux


Les tâches se succèdent de la façon suivante :
• pose des panneaux isolants, généralement du polystyrène expansé : les
panneaux isolants peuvent être collés ou fixés mécaniquement par des
chevilles.
• réalisation du sous-enduit : le sous-enduit est appliqué à la taloche,
en deux passes. Une armature en fibres de verre est marouflée dans le
sous-enduit.
Après séchage du sous-enduit, une couche de régulateur de fond est appli-
quée au rouleau.
• réalisation de l’enduit de finition : les procédés les plus répandus
conduisent à l’application d’un RPE.

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155
Les désordres affectant les revêtements

3.3 Les désordres : identification et prévention

3.3.1 Le décollement de l’isolant


3.3.1.1 Origine et manifestation
Les sinistres sont spectaculaires. Ils se produisent lorsque l’isolant a été
collé. Le système se détache du mur. L’isolant, de par son poids entraîne
d’anciens films de peinture qui auraient dû être décapés. Le produit de
collage n’a pas adhéré convenablement.
Les produits de collage ont parfois été incriminés, mais c’est surtout la
préparation des fonds qui n’est pas adéquate.

3.3.1.2 Prévention
Ces sinistres ont disparu avec la pratique systématique du décapage des
fonds peints avant collage des panneaux.
Le recours au chevillage des panneaux, ou l’emploi de profilés de fixation,
a contribué à mettre un terme à cette pathologie.
Figure 76 : Décollement du seul RPE.
La couche d’impression du sous-enduit,
de couleur blanche, est très visible.

Figure 77 : Décollement d’ensemble de l’ITE. L’isolant s’est détaché des plots ayant servi
à le fixer contre la façade.

3.3.2 La fissuration du sous-enduit


3.3.2.1 Origine et manifestation
La fissuration du sous-enduit ne présente pas le même caractère de gravité
que le décollement de l’isolant. Les sinistres ont été en revanche beaucoup
plus nombreux. Si quelques microfissures peuvent être tolérées, il n’en
est pas de même lorsque la pathologie présente un caractère généralisé.
C’est d’autant plus vrai sur les façades exposées à la pluie. La fissuration du
sous-enduit va avoir alors pour conséquence d’entraîner la détérioration du
RPE appliqué en finition. Ce revêtement se fissure dans un premier temps,
entraîné par le sous-enduit, puis des cloques se forment avec le passage de
la pluie dans le système. À terme, le RPE se décolle.
Comment expliquer cette pathologie ?
Il faut bien comprendre que le sous-enduit, mince par nature (de l’ordre de
3 mm), est fortement sollicité.
L’isolant qui constitue son support ne permet pas la diffusion de la chaleur.
La température du sous-enduit peut ainsi varier brutalement, par exemple
en été lors d’un orage en fin de journée, sur une façade ensoleillée.
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La pathologie des façades
157
Les désordres affectant les revêtements

3.3.3 Les cloquages et les décollements


3.3.3.1 Origine et manifestation
Des cloques peuvent apparaître. Elles se forment soit dans le sous-enduit
dont les couches se dissocient, l’armature est alors visible sous la cloque,
soit dans le RPE.
Dans les situations les plus graves, le sous-enduit et le RPE peuvent se
décoller par plaques.
Ces pathologies sont toujours la conséquence de la pénétration anormale
d’eau dans le complexe d’isolation. Plusieurs mécanismes sont possibles :
• la pluie pénètre dans le complexe au droit d’un point singulier mal traité,
près d’un balcon ou en tête de mur par exemple, ressort au droit des
Figure 80 : Il apparait clairement joints de panneaux isolants « pousse » le sous-enduit et l’enduit ;
sur cette photo que les panneaux
d’isolants se sont déformés :
• la pluie pénètre au droit des fissures décrites plus haut, chemine dans le
ils ont bombé. système, puis provoque cloquages et décollements.

3.3.3.2 Prévention
L’amélioration des performances des sous-enduits, de leur souplesse et de
leur résistance mécanique, a mis un terme à cette pathologie.

Figure 81 : Décollement Figure 82 : Infiltration d’eau entre Figure 83 : La pluie circule entre les
de l’enduit en partie courante l’étanchéité et la bavette protégeant la panneaux et ressort en surface en faisant
tête du système d’isolation éclater le RPE

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La pathologie des façades
160
Les désordres affectant les revêtements

4. Les pathologies des façades carrelées

4.1 Présentation du revêtement en carrelage collé


Décorer une façade par des carreaux céramiques constitue pour l’archi-
tecte une très belle solution  : de nombreuses possibilités s’offrent à lui,
les fabricants proposent des gammes très variées. Ce sont les carreaux
émaillés ou céramiques qui sont les plus souvent employés. Ils offrent une
bonne résistance au gel.
Les occupants de l’immeuble dont la façade a été traitée de cette façon
s’attendent à avoir un entretien très réduit, limité au simple nettoyage.
Malheureusement, de nombreux sinistres se sont produits. Figure 88 : Un carreau en céramique
bien décoré anime une façade
4.2 Le décollement : principale pathologie
des façades carrelées

Figure 89 : Décollement de carrelage collé sur une façade en béton

4.2.1 L’origine des décollements de carreaux


Le décollement des carreaux peut résulter de la combinaison de plusieurs
facteurs. Il peut s’agir d’un banal défaut d’adhérence consécutif à la
mauvaise qualité du support ou d’un défaut de mise en œuvre :
• le carreau s’arrache en entraînant la peau du béton ou un enduit de
rattrapage. Ce « support » n’adhère pas à la structure. La réception du
support n’a pas été effectuée avec soin ;
• un mortier-colle inadapté a été utilisé ;
• le mortier-colle a trop durci lorsque les carreaux ont été posés.
Les sillons du peigne ne sont alors pas écrasés ;
• les carreaux manquent de porosité. L’adhérence se révèle insuffisante
par manque de transfert du mortier-colle dans le corps des carreaux.
Ces défauts sont assez faciles à mettre en évidence. L’explication plus
détaillée du mécanisme conduisant au décollement est apportée dans le
paragraphe suivant.

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Les désordres affectant les revêtements

4.2.2 Les risques de chute


La chute d’un carreau au sol n’est précédée d’aucun signe annonciateur.
Lorsqu’elle survient, des mesures de précaution doivent aussitôt être mises
en place. Il est d’usage d’installer des filets ou d’interdire l’accès aux abords
du bâtiment Ces précautions s’imposent d’autant plus que les désordres
sont toujours évolutifs.

Figure 90 : Un filet a été posé devant cette façade carrelée afin d’éviter la chute de carreaux
sur les passants

4.2.3 Les différentes causes des décollements


4.2.3.1 Les contraintes subies par le mortier-colle
Le support et les carreaux se déforment inévitablement sous l’effet de la
température. Le mortier-colle disposé à l’interface va être sollicité. Des
contraintes de cisaillement vont se développer dans le plan de collage
chaque fois que le support et les carreaux se déformeront de façon diffé-
rente. Les carreaux pourront flamber si la compression du support et par
suite, son raccourcissement, se révèlent excessifs. Cela se produira lorsque
la surface carrelée n’aura pas été suffisamment fractionnée.
Les désordres peuvent n’apparaître qu’au bout de plusieurs années. C’est
une rupture par fatigue qui se produit à la suite de cycles multiples de
variations de température et avec le fluage ou le retrait dans le temps du
support.
Cette problématique est parfaitement connue. Elle conduit à adopter des
dispositions de nature à limiter la sollicitation du mortier-colle :
• fractionner les surfaces carrelées par des joints ;
• poser des carreaux de teinte claire ;
• éviter les passages d’eau entre le support et les carreaux.
Les décollements consécutifs à des passages d’eau intempestifs dans
le plan de collage constituent une source fréquente de désordres. Le
mortier-colle est délavé par la pluie qui circule dans les sillons mal écrasés.
Il perd de sa résistance, fragilisé par des périodes de gel, surtout si elles
surviennent après des précipitations.
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La pathologie des façades
165
Les désordres affectant les revêtements

Figure 100 : Une situation fréquente : le décollement de carreaux collés le long du chant
d’un balcon. Le ruissellement de la pluie à l’arrière des carreaux altère le mortier-colle.

Figure 101 : Les sillons du mortier-colle Figure 102 : Les sillons du mortier
ne sont pas écrasés. Les carreaux ont été ne sont pas écrasés.
pressés trop tardivement, l’adhérence Le carrelage se décolle.
n’a pas été de bonne qualité.

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La pathologie des façades
166
Les désordres affectant les revêtements

4.3 Diagnostic et réparations des désordres


Avant de définir une solution de réparation, il convient de déterminer
quelle est l’étendue de la pathologie.

4.3.1 Tests d’arrachement


Après l’installation d’un échafaudage, des tests d’arrachement peuvent
être réalisés. Une auscultation sonique systématique est de rigueur. Un son
creux est perceptible lorsque des carreaux sont décollés de leur support.
Les zones douteuses doivent être reportées sur un plan.
Il n’est pas rare de mettre alors en évidence que les surfaces à la pluie sont
les plus touchées, les parties les moins protégées de la façade. La corréla-
tion entre coulures de calcite et décollement est systématique. Le sommet
de la façade, les parties inclinées sont en général sinistrées ou en voie de
le devenir.
De telles investigations sont indispensables pour analyser les risques de
décollements futurs.

4.3.2 Identification de la source du décollement


Il est utile d’effectuer des prélèvements pour vérifier à quel niveau se
produit le décollement :
• entre le support et le mortier-colle ;
• entre le mortier-colle et le carreau.
Dans la première situation, la réparation restera relativement simple. Si
malheureusement le mortier-colle adhère au support, il devra être éliminé.

4.3.3 Fractionnement et joints


La vérification du fractionnement et de l’état apparent des joints entre
carreaux est indispensable.
Si la surface décollée est importante, les travaux devront être repris en tota-
lité. La tâche correspondante passe par l’élimination du mortier-colle puis
par la préparation du support avant toute nouvelle application. Ce sont
donc des travaux lourds. Dans le cas contraire, des injections de résine dans
le plan de collage peuvent améliorer l’adhérence. Quelques entreprises
spécialisées disposent du savoir-faire.

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PARTIE IV
Menuiseries et vitrages

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La pathologie des façades
173
Menuiseries et vitrages

1. Impropriété à destination
Les dommages compromettant la solidité de l’ouvrage relèvent de la
garantie décennale. La loi Spinetta retient également que les dommages
rendant l’ouvrage impropre à sa destination relèvent de la garantie décen-
nale. La notion « d’impropriété à destination » peut paraître imprécise,
contrairement aux défauts de solidité qui sont plus faciles à caractériser.
Les décisions de justice qui se sont succédé ont permis de cerner ce que la
notion d’impropriété à destination recouvrait : elle correspond au confort
des occupants de l’ouvrage concerné.
Plusieurs critères peuvent concerner la conception et la réalisation de la
façade :
• infiltrations d’eau ;
• passages d’air ;
• inconfort thermique et développement de moisissures ;
• inconfort acoustique.
L’ouverture de fissures, pathologie largement décrite dans les chapitres
précédents, peut être source d’infiltrations d’eau ou d’air.
Les situations d’inconfort thermique ou acoustique conduisent à considérer
la façade dans sa globalité :
• l’isolation thermique intérieure ou extérieure ;
• les menuiseries extérieures et les volets roulants ;
• les vitrages.
Il est intéressant de se pencher sur l’intégration des menuiseries dans le
bâti et le comportement des vitrages qui les équipent.

2. Les menuiseries extérieures


Les matériaux bois et aluminium, voire acier, sont utilisés de longue date.
Les fenêtres en bois ont longtemps dominé le marché. Des pathologies
anciennes ont quasiment disparu, comme :
• les déformations des ouvrants et infiltrations d’air ou d’eau ;
• le pourrissement ou l’altération des bois ;
• le décollement voire le cloquage des films de peinture mis en œuvre sur
les bois.
La diminution de ces désordres peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
• l’utilisation plus fréquente d’essences nobles, de bois exotiques ;
• l’accroissement de la section des profils utilisés ;
• la concurrence avec l’arrivée des menuiseries en PVC.
Des menuiseries extérieures en bois modernes ont des performances
comparables aux menuiseries en PVC, et ce malgré le caractère « naturel »
et donc quelque peu imprévisible du bois. C’est dire que les fabricants
de menuiseries en bois ont progressé. Ils ont été largement aidés par les
organismes de certification qui leur ont proposé des solutions fiables.

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La pathologie des façades
174
Menuiseries et vitrages

Figure 1 : Infiltrations d’air parasites au droit d’une menuiserie extérieure

Les avancées techniques ont porté sur :


• le choix des essences et leur traitement ;
• les recouvrements entre ouvrants et dormants et entre ouvrants ;
• les assemblages d’angle ;
• les joints d’étanchéité ;
• le calfeutrement des vitrages, souvent réalisé en usine.

Figure 2 : Exemple d’une menuiserie peu performante. La traverse basse ne peut évacuer
la pluie qui s’écoule à l’intérieur du logement. La menuiserie est mal conçue.

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La pathologie des façades
175
Menuiseries et vitrages

Figure 3 : Cette menuiserie est déformée. L’assemblage traverse/montant baille.


Le calage du vitrage n’a pas été bien réalisé.
Le poids du vitrage a conduit à l’ouverture de l’assemblage.

Figure 4 : La dépose de l’ouvrant met en évidence l’ouverture de l’assemblage.

Les menuiseries en aluminium ont elles aussi progressé. Leurs défauts


majeurs étaient bien connus  : fuites dans les angles des dormants et
condensations.
Les « gammistes », soit les concepteurs des menuiseries, proposent
des solutions éprouvées et bien sûr des profilés dits « à rupture de ponts
thermiques ». Les condensations ont disparu.
Les menuiseries en PVC ont connu un grand développement. Les patho-
logies sont peu nombreuses. Seule la dilatation à la chaleur du matériau a
généré des litiges, souvent simples à résoudre.

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La pathologie des façades
176
Menuiseries et vitrages

2.1 Le classement AEV et les performances


acoustiques et thermiques des menuiseries
Le DTU 36.5 Mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures apporte
une aide au concepteur puis au fabricant des menuiseries à les insérer en
façade d’un bâtiment.
Les performances minimales à obtenir pour les menuiseries sont fonction
de l’exposition de la façade. Des essais sanctionnent ces performances. La
procédure d’essai est normalisée.
Ces essais visent :
• la perméabilité à l’air : A
• l’étanchéité à l’eau : E
• la résistance au vent : V
D’autres essais permettent d’apprécier la résistance mécanique des menui-
series : l’endurance à l’ouverture/fermeture, essais mécaniques spécifiques,
efforts de manœuvre, etc.
La résistance thermique et les performances acoustiques ne sont pas
oubliées. Des menuiseries bénéficiant de la « marque Acotherm » possè-
deront des performances thermiques certifiées. Figure 5 : Marque Acotherm
Tableau 1 : Classes Acotherm (valeurs Uw)

Classes Th Uw (W/m².K)
Th6 2,6 ≥ Uw > 2,2
Th7 2,2 ≥Uw > 2,0
Th8 2,0 ≥ Uw > 1,8
Th9 1,8 ≥ Uw > 1,6
Th10 1,6 ≥ Uw > 1,4
Th11 1,4 ≥ Uw > 1,3
Th12 1,3 ≥ Uw > 1,2
Th13 1,2 ≥ Uw > 1,1
Th14 1,1 ≥ Uw > 1,0
Th15 1,0 ≥ Uw > 0,90
Th16 0,90 ≥ Uw > 0,80
Th17 0,80 ≥ Uw

2.2 La pose des menuiseries extérieures


La pose est longtemps restée le point noir avec de nombreux cas d’infiltra-
tions d’eau et de passages d’air.
Ces désordres tiennent à une mauvaise gestion de l’interface menuiserie/
gros-œuvre. La coordination entre le maçon et le menuisier est souvent
approximative, voire inexistante :
• absence de plan ou croquis de principe ;
• appuis de fenêtre improvisés.

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177
Menuiseries et vitrages

Il arrive que le maçon apporte un soin insuffisant à son ouvrage :


• largeur entre tableaux irrégulière ou non conforme aux dimensions de
fabrication des fenêtres ;
• arêtes non rectifiées ;
• défauts de verticalité ;
• etc.
Le raccourcissement des plannings n’est pas étranger à certaines
difficultés. Il est bien évident que si le menuisier peut prendre connaissance
de l’état du gros-œuvre avant de lancer la fabrication, les résultats finaux
seront meilleurs. Mais de tels usages ont malheureusement disparu : bien
souvent, le maçon travaille à partir des côtes fournies par le plan de l’archi-
tecte, voire le plan de structure et le menuisier lance sa fabrication à partir
des mêmes informations, en principe portées à sa connaissance.
Le menuisier a pour obligation la réception du support : il ne doit accepter
de poser qu’après rectification du gros-œuvre…il n’en n’est pas toujours
ainsi. L’improvisation fait loi, elle conduit parfois à l’utilisation souvent peu
économique de mastic de calfeutrement puis à des litiges.

Figure 6 : La jonction menuiserie-gros-œuvre n’est pas satisfaisante.


Des infiltrations d’eau se produisent.

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Menuiseries et vitrages

Figure 7 : Des passages d’air voire de pluie sont prévisibles.


Figure 8 : La mousse de polyuréthane
S’agissant de l’étanchéité à l’air, l’arrivée de la RT 2012 a conduit à des ne peut pas assurer valablement
l’étanchéité
progrès. Ce texte limite le niveau des infiltrations d’air à l’intérieur des
logements. Un essai dit à la « porte soufflante » permet de s’assurer, en fin
de chantier, du niveau des infiltrations d’air pouvant se produire sous l’effet
de la dépression prévue par le texte.
Les constructions en bois (dont il n’est pas fait mention dans ce livre)
intègrent un écran capable de résoudre la problématique. La qualité et la
pose de cet écran conditionnent le résultat final.
En principe, les façades en béton et les constructions réalisées avec des
blocs en béton ou avec des briques ne posent pas de problème : le béton,
non fissuré, est étanche à l’air. Les blocs enduits sur leur face extérieure le
sont également, enfin suffisamment pour satisfaire la RT 2012. Ce sont les
menuiseries extérieures qui peuvent poser problème, et essentiellement, la
qualité de leur intégration dans le bâti.
La pose dite en feuillure a disparu. Elle a été remplacée par la pose en
applique qui reste la plus courante.
La pose en tableaux ou plutôt entre tableaux est certainement la plus
exigeante.
Des modes de pose nouveaux sont parfois retenus, notamment lorsque le
bâtiment est isolé par l’extérieur.
Figure 9 : Porte « soufflante »
permettant d’apprécier les passages
d’air parasites

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Menuiseries et vitrages

3. Vitrages

3.1 Le calfeutrement
Disons-le tout de suite, les infiltrations d’eau entre la menuiserie et son
vitrage ne constituent pas une pathologie répandue.
Citons en revanche, pour mémoire, le sinistre sériel qui a fait suite à la
suppression de l’amiante lors de la fabrication des bandes préformées.
La méthode de calfeutrement retenue était la suivante :
• le vitrage est posé à plat contre la bande mise en place le long du profil
de la menuiserie ;
• une pression est exercée pour légèrement comprimer la bande.
L’étanchéité à l’eau est bien assurée. Un joint en silicone, appliqué en solin,
Figure 14 : Fluage d’une bande peut améliorer les performances du calfeutrement dans les situations d’ex-
préformée position sévère.
Ce mode de calfeutrement, très en vogue, n’a jamais réellement posé
problème avant l’interdiction de l’utilisation de l’amiante. En effet, dès la
suppression de l’amiante dans les bandes, des déboires ont été signalés :
un fluage a été observé, notamment lorsque la menuiserie est exposée au
soleil. La bande coule alors sur le vitrage. Les premières réparations ont
conduit à recouper la bande et à nettoyer le vitrage. En complément, du
mastic silicone formant solin a été rapporté au pourtour du vitrage. Ces
réparations n’ont pas donné satisfaction : la bande emprisonnée parvenait
souvent à repousser le mastic…
Une solution radicale et onéreuse a prévalu. Elle a conduit à extraire les
bandes préformées, travaux nécessitant la dépose des parcloses, parfois
leur remplacement. Des incidents n’ont pas manqué de se produire et des
vitrages ont dû être remplacés.

3.2 Les vitrages isolants


Le principe du vitrage isolant est d’espacer une ou plusieurs lames d’air
(ou gaz argon /krypton) entre des verres simples. Sa principale fonction est
d’apporter une meilleure isolation thermique que celle du vitrage simple.
Malgré cela, des risques de détérioration subsistent lors de la mise en
œuvre et lors du processus de fabrication :
• présence d’eau en feuillure, le vitrage isolant ne devient plus étanche à
la vapeur d’eau ;
• exposition à une température excessive en feuillure qui génère un fluage
du mastic de scellement périphérique ;
• constituant défaillant lors de l’assemblage d’un vitrage isolant ;
• remplissage de déshydratant insuffisant.
La durabilité des vitrages isolants se révèle in fine supérieure aux attentes.
Les litiges d’embuage, traduisant la dégradation du dispositif assurant
l’étanchéité entre les verres, sont rares et anciens.
Un vitrage isolant conserve ses performances bien au-delà du délai de
garantie habituelle de 10 ans.

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Menuiseries et vitrages

Là encore, les fabricants ont progressé. Les mastics utilisés pour le calfeu-
trement entre les deux verres sont plus performants que par le passé. Le
drainage des feuillures est une disposition connue et acquise par tous.
Un bon drainage participe à la durabilité du vitrage isolant.

Figure 15 : Embuage de vitrages isolants.

3.3 Les vitrages ordinaires


Le dimensionnement ne pose pas vraiment problème aux professionnels.
Les casses vont résulter de chocs accidentels qui ne conduisent pas à
retenir la responsabilité des constructeurs. Elles peuvent aussi faire suite à
un choc thermique.
Un vitrage, souvent d’assez grande dimension, peut se casser (fissurer)
spontanément. Ce sont les différences de température dans le verre qui
conduiront à sa casse.
Ce type de pathologie surviendra lorsque le vitrage sera en partie exposé
au soleil, en partie à l’ombre.
L’écran générant l’ombre peut être connu du menuisier. Mais des stores
ou des rideaux peuvent avoir été ajoutés après la réception de l’ouvrage.
La fissure qui va s’ouvrir partira souvent d’une cale.
La prévention conduit à façonner (polissage) la tranche des vitrages de
façon à ce qu’aucune aspérité ne puisse constituer un départ potentiel de
fissure. Lorsqu’un vitrage est fortement exposé aux chocs thermiques, il
devra avoir reçu un traitement spécifique, le trempage étant le plus connu.

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3.4 Les vitrages trempés


Un vitrage trempé, souvent appelé SECURIT, a reçu un traitement ther-
mique qui accroit sa résistance. Il se brise en petits morceaux lors d’une
casse.
Ces vitrages peuvent malgré tout se casser à l’issue de chocs thermiques
répétés. Les ruptures se produisent par fatigue, souvent longtemps après la
pose. Si les variations de température du vitrage constituent le fait déclen-
cheur, ce n’est pas pour autant la cause de la rupture. C’est la présence
Figure 16 : Rupture
d’un vitrage trempé.
d’inclusions à l’intérieur du matériau, des particules de sulfure de nickel
qui est à l’origine de la rupture. Celle-ci est imprévisible, elle peut survenir
après le délai d’épreuve de 10 ans.
Les industriels proposent des verres qui ont subi un traitement thermique
complémentaire, soit une élévation de température d’environ 300 °C
(traitement HST). Les vitrages comportant des inclusions sensibles se
cassent à cette température. Les vitrages ayant reçu ce traitement sont
donc particulièrement résistants puisqu’il limite le risque de casse, sans
pouvoir totalement l’éliminer.
Les vitrages trempés ayant subi un traitement HST sont plus onéreux que
les vitrages ordinaires. Leur choix sera dicté par le niveau de sécurité
attendu par le maître d’ouvrage.

3.5 Les vitrages feuilletés


Ce type de verre offre une excellente résistance aux chocs.
Le verre feuilleté est composé de deux verres collés de manière
permanente avec un intercalaire. Il en existe trois types à ce jour : PVB, EVA
et rigide.
La fonction principale de ce produit est de limiter la projection de morceaux
de verre en cas de casse accidentelle.
Le risque dans le temps peut être une dégradation du film intercalaire
Figure 17 : Ce vitrage a été inséré qui peut provoquer un délaminage de l’assemblage verrier et/ou une
entre deux planchers en béton. décoloration jaunâtre en présence d’humidité et exposition aux U.V.
Leur fluage est à l’origine de la casse.
3.6 Les verres à couches
Les verres à couches modifient le comportement d’un verre face aux rayon-
nements solaires.
Grâce à des méthodes physiques et chimiques, des empilements allant
parfois jusqu’à vingt couches minces de métaux ou d’oxydes métalliques
sont déposés sur la surface du verre.
Ces verres peuvent assurer plusieurs fonctions en même temps : le contrôle
solaire, l’isolation renforcée, l’esthétique mais aussi des propriétés anti-
reflet, autonettoyante ou hydrophobe.
Ces bénéfices sont importants en termes d’économie d’énergie et de
confort.
Dans le cas des couches tendres, celles-ci doivent obligatoirement être
assemblées en vitrage isolant en face 2 ou 3 et doivent également être
émargées en périphérie du verre pour assurer une bonne adhérence du
mastic de scellement et du butyl.

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Menuiseries et vitrages

3.7 L’acoustique
Le législateur a voulu protéger les occupants des logements situés le long
des routes et voies ferrées. L’arrêté du 30 mai 1996 précise les modalités
de classement des infrastructures et détermine l’isolement acoustique
minimal.
Les menuiseries, qui participent à cette isolation, peuvent parfois constituer
un point faible. Les grilles d’entrée d’air et les caissons de volets roulants
constitueront des ponts phoniques.
Il demeure qu’une menuiserie bien conçue, équipée de vitrages isolants,
voire de vitrages apportant spécifiquement une isolation acoustique de
qualité, donnera un résultat satisfaisant.
En rénovation, installer une menuiserie performante peut être source de
déboires. Le bruit ne peut plus « s’échapper » vers l’extérieur. L’isolation
acoustique intérieure va se trouver dégradée.

En résumé
Les menuiseries extérieures ont beaucoup progressé. Les différents labels et certifications dont jouissent les produits
attestent de ces progrès.
La pose, plus généralement la jonction menuiserie/gros-œuvre, n’a pas toujours suivi cette évolution. La qualité du
gros-œuvre n’est pas toujours compatible avec une bonne étanchéité.
Enfin, les déformations inévitables du gros-œuvre ne sont pas toujours bien intégrées.

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PARTIE V
Confort thermique

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188
Confort thermique

Une quantité d’air à une température donnée contient une certaine quan-
tité de vapeur d’eau.
Par exemple, à 20 °C et à 100 % d’humidité relative (HR), 1 kg d’air contient
14,7 g d’eau sous forme de vapeur. A 5 °C, l’air pourra contenir uniquement
5,4 g de vapeur d’eau dans le meilleur des cas (en saturation à 100 % HR).
Dans une pièce chauffée à 20 °C dont l’air est à 60 % d’humidité
relative, des condensations vont se former au contact d’un point de la paroi
donnant sur l’extérieur dès lors que la température de surface est égale
à 12 °C. Cela peut être :
• un vitrage peu isolant ;
• le dormant d’une menuiserie en métal ;
• une paroi donnant sur un espace non chauffé.
On dira communément que de la buée se forme ou que le point de rosée
est atteint. Cela reste sans gravité s’il s’agit d’un phénomène ponctuel lié
par exemple à l’utilisation d’eau chaude (cuisine, douche) : il suffit d’aérer,
la buée disparait. La condensation observée traduit malgré tout un défaut
d’isolation et de ventilation ou une modification subite des conditions
intérieures.
Le diagramme de Mollier met clairement en évidence que tout se passerait
bien, à température intérieure égale, si le vitrage et la menuiserie étaient
plus performants ou si l’humidité relative de l’air était plus faible.
Deux facteurs essentiels apparaissent :
• l’humidité de l’air, la ventilation, et plus généralement les possibilités
d’échange de vapeur d’eau entre l’extérieur et l’intérieur ;
• la température de surface des éléments constitutifs de la façade, et plus
précisément, la température de surface de la façade, côté intérieur.
Le point de rosée peut aussi se situer à l’intérieur de la paroi. La condensa-
tion va alors altérer ses performances isolantes.

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Confort thermique

4. L’isolation par l’extérieur


Vis-à-vis des risques de condensation, les solutions d’isolation par l’exté-
rieur trouvent pleinement leur place. La paroi intérieure, porteuse, ne se
refroidit pas comme lorsque l’isolation est disposée à l’intérieur. Les ponts
thermiques disparaissent.
Depuis quelques années, c’est une solution qui s’impose en rénovation et
qui prend très largement sa place en travaux neufs.
Ce type d’isolation engendre notamment une réduction de l’impact
des déperditions provenant des murs de refend, des ponts thermiques
structuraux, des planchers hauts et bas et des ouvertures.
L’isolation thermique des terrasses (et notamment des acrotères), comme
celle des planchers bas, devra être particulièrement soignée. Ce sont des
points faibles potentiels mis en évidence par la solution consistant à isoler
la façade par l’extérieur. Le concepteur devra avoir une réflexion globale.

En résumé
Les phénomènes de condensation décrits plus avant sont pernicieux  : ils peuvent générer un inconfort réel.
Le développement de moisissures s’accompagne toujours d’odeurs désagréables voire insupportables.
L’humidité de l’air à l’intérieur du logement, excessive en regard de la conception de la paroi, plus généralement de la
façade, provoque des condensations puis des moisissures.
La réflexion doit porter sur l’aération du logement, le renouvellement d’air et donc la ventilation.
La conception de la façade ne doit pas être occultée. Existe-t-il des ponts thermiques  pouvant générer des
condensations ?
Isoler la façade par l’extérieur constituera toujours une bonne solution.
Les constructeurs ne devront pas faire abstraction de la relative complexité de la problématique. L’intervention d’un
BET Thermique, associé à l’équipe de maîtrise d’œuvre, constituera toujours un plus. A minima, il vérifiera la conformité
du projet avec la RT 2012.

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