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Monsieur Çidem Kafesciolu

La reconstruction de l'espace et de l'image de la capitale


impériale : Constantinople/Istanbul dans la seconde moitié du
XVe siècle
In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public. 36e congrès,
Istanbul, 2005. Les villes capitales au Moyen Age. pp. 113-130.

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Kafescioğlu Çiğdem. La reconstruction de l'espace et de l'image de la capitale impériale : Constantinople/Istanbul dans la


seconde moitié du XVe siècle. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur
public. 36e congrès, Istanbul, 2005. Les villes capitales au Moyen Age. pp. 113-130.

doi : 10.3406/shmes.2005.1891

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_2006_act_36_1_1891
La reconstruction de l'espace

et de l'image de la capitale impériale

Constantinople/Istanbul
dans la seconde moitié du XVe siècle

Çigdem KAFESCIOGLU

Deux vues d'Istanbul au XVe siècle reflètent la transformation


frappante de l'espace et des images de la ville à la suite de la conquête
ottomane. L'image intitulée Konstantinopel dans la Weltchronik de
Hardtman Schedel en 1493 montre la ville byzantine, avec ses symboles
et ses monuments importants, en ruines. Cependant, en la regardant de
près, on voit certains monuments qui n'appartiennent pas à l'époque
byzantine, en particulier les tours évoquant des minarets. La carte de
Vavassore, qui présente la capitale vers 1480, donne, elle, l'image d'une
capitale ottomane, mais là aussi fortement marquée par la présence
byzantine (fig. 1-2).
Ces deux illustrations, de style et de contenu différents,
interprètent de manière divergente le processus de reconstruction mis en place
par Mehmed II et l'élite gouvernante ottomane à la suite de la conquête
ainsi que la transformation radicale de l'identité de la ville à laquelle il
aboutit. Nous aborderons brièvement les descriptions de la ville
produites à cette époque et leurs significations respectives vers la fin de notre
communication. Nous traiterons d'abord de la reconstruction de
Constantinople par les Ottomans, en évaluant les activités architecturales de
l'élite ottomane qui ont transformé l'espace, l'image et l'identité de la
ville, dans le contexte des dynamiques politiques et culturelles du monde
ottoman dans la deuxième moitié du XV* siècle.
Un aperçu rapide suffira à montrer que l'ancienne capitale
byzantine connaît un programme de construction de grande envergure après la
conquête ottomane . Une dizaine de monuments furent alors érigés, tels

Note de l'auteur : je voudrais remercier l'Institut français d'études anatoliennes pour avoir
entrepris la traduction de cet article.
1 . La transformation de Constantinople à la suite de la conquête ottomane est analysée dans ses
dimensions symboliques et vernaculaires par Ç., Kafescioglu Constantinopolisl Istanbul : Imperial
Vision, Cultural Encounters and the Making of the Ottoman Capital City (sous presse).
114 Çigdem KAFESCIOÔLU

le palais nommé ultérieurement l'Ancien Palais, construit à


l'emplacement de l'ancien Forum Tauri, la forteresse des Sept-Tours, bâtie sur
un plan étoile à côté de la Porte Dorée de la ville byzantine, un grand
centre commercial dans lequel se trouvait un bedesten, situé près de
l'avenue Mese/Divan yolu et l'Ancien Palais, et enfin le grand complexe
(kùlliye) de la mosquée et du mausolée {tùrbe) d'un compagnon du
Prophète, Eyiip (Ayyub) el-Ensari, tombé lors du premier siège de la ville par
les Arabes. L'emplacement de la sépulture avait été « découvert » pendant
le siège décisif mené par Mehmet II (fig. 3). En 1459, Mehmed II lance
un second programme architectural, à plus grande échelle. La même
année commence la construction d'un palais qui prendra le nom de « Palais
de Topkapi » sur ce qui avait été l'acropole de Byzance. Le plus grand
complexe social et religieux réalisé par les Ottomans jusqu'à cette époque
est élevé entre les années 1463 et 1470. Nommé « la mosquée nouvelle »,
il se dresse sur la colline où se trouvait l'Église des Saints-Apôtres, fondée
par Constantin et renfermant des sépultures impériales. Tandis que l'on
construit le palais de Topkapi et la kùlliye, le Grand Vizir Mahmud
Pacha, l'homme d'État le plus en vue de l'époque, entreprend également la
construction d'une grande kùlliye et d'un palais. Après cette première,
l'élite dirigeante patronne les chantiers d'une série de kùlliye.
La rapidité de la construction des édifices administratifs et religieux
reflète l'importance que la nouvelle administration attache à donner à
Constantinople un visage ottoman. Le sort des monuments byzantins de
la ville manifeste le même souhait. Les auteurs ottomans du XVIe siècle et
des siècles suivants insistent sur la conversion des églises en mosquées
après la prise de la ville et les chercheurs modernes reconnaissent que
cette conversion constitue un facteur important de la transformation de
Constantinople byzantine en capitale ottomane. Cependant, si l'on
consulte les actes de fondation {vakifi qui sont les sources les plus fiables
pour l'historique des bâtiments byzantins, on remarque que pendant ces
premières années la seule conversion en mosquée fut celle de Sainte-
Sophie, symbole majeur de la ville, tandis que trois autres églises étaient
utilisées par les Ottomans à des fins purement sociales2. L'administration

2. Il s'agit de la medrese Mevlana Zeyrek (ou mosquée du Molla Zeyrek) qui est la première
institution d'enseignement de l'Istanbul ottoman, située dans l'ancienne église du Christ
Pantocrator ; du monastère de l'Akataleptos dans lequel se trouvait la première « soupe
populaire » {imaret) ; et de l'église de Kyriotissa, utilisée comme un couvent nommé
Kalenderhane. L'hôpital appelé « Aristo » dans le plus ancien vakfiye daté de l'époque de
Mehmed II, dans les années 1470, pourrait être une église ou un monastère réutilisé par les
Ottomans. Cependant l'identité de cet édifice reste incertaine. Tous ces édifices appartiennent
aux fondations de Mehmed II et sont mentionnés dans les actes rédigés dans les années 1470 :
Fatih Sultan Mehmed'in Vakfiyeleri, O. ERGIN éd., Istanbul, 1945. La conversion de nombreuses
églises en mosquées a été réalisée sous les règnes des successeurs de Mehmed II, Bayezid II (1481-
1512), et le fils de celui-ci, Selim I (1512-1520).
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 115

ottomane n'avait pas utilisé les palais byzantins, mais s'était servie de
certaines pièces du Grand Palais et du domaine impérial des Blachernes
pour y créer des ateliers royaux et des ménageries.
Les interventions des Ottomans dans l'espace urbain et en
particulier l'érection de nouveaux monuments plutôt que la réutilisation des
édifices byzantins (excepté Sainte-Sophie, église impériale devenue
grande mosquée impériale) doivent être appréciées en fonction des
dynamiques de la politique ottomane. La conquête de la capitale de
l'Empire byzantin constitue le catalyseur essentiel pour la transformation
en empire de l'Etat ottoman. Constantinople a été reconstruite en
symbiose avec de nouvelles tendances politiques et culturelles, une nouvelle
conception de la souveraineté et la constitution parallèle d'une nouvelle
élite administrative. La capitale est conçue comme un espace abritant,
représentant et reproduisant l'ordre ottoman.
D'après les trois chroniques écrites pour Mehmed II pendant la
même période (par ordre de publication, celles de Kritovoulos, Mu'ali et
Tursun Beg, respectivement en grec, persan et turc), le Sultan ordonne à
ses Vizirs de mettre en chantier des palais et des édifices publics à
Istanbul3. Selon la chronique de Kritovoulos, la plus détaillée sur ce sujet, le
Sultan aurait ordonné à son entourage la construction de palais, de
hammams, d'espaces commerciaux (han), de marchés, d'ateliers et
d'édifices religieux pour accroître la grandeur et la belle ordonnance de la
ville. Selon Kritovoulos, « son objectif fut désormais de faire de la ville la
plus grande et la plus imposante de toutes les villes, comme elle l'était
autrefois, dans toute sa puissance, sa magnificence et sa richesse, par ses
écoles et ses commerces, avec tous les métiers et toutes les bonnes choses,
et ses monuments publics et privés ».
Cette introduction à la description de l'œuvre bâtie de Mehmed II
et de ses vizirs révèle certains aspects importants des plans urbains du
Sultan ainsi que la conception architecturale et politique sur laquelle ils
reposent. L'ordre du Sultan (et par la suite, l'activité urbanistique de
l'élite ottomane) montre l'impact de la structure administrative
centralisée de l'époque sur la fondation de la capitale. Le règne de Mehmed II
voit l'apparition d'une hiérarchie administrative bien précise. La nouvelle
classe dirigeante, composée pour la plupart de convertis (issus du dev-
chirmé) d'origine aristocratique, parvenus à un rang élevé dans la hiérar-

3. KRITOVOULOS, History ofMehmet the Conqueror, trad. C. T. RlGGS, Princeton, 1954, p. 141
et suiv. ; Mu'ali, Hunkarname, Bibliothèque du Palais de Topkapi, H 1417, fol. 8v ; TURSUN
BEY, The History ofMehmet the Conqueror, trad, et éd. H. ÎNALCIK et R. MURPHY, Minneapolis
1978, fol. 59v.
4. KRITOVOULOS, ibid., p. 141-142. Pour plus de détails voir Ç. KAFESCIOGLU, Constantinopolis-
/Istanbul, op. cit.
116 Çigdem KAFESCIOGLU

chie militaire et administrative (dont le pouvoir augmente grâce à


l'élimination de l'ancienne élite d'avant la Conquête, militaire et
religieuse, faite de propriétaires terriens) est le fruit de la politique de
centralisation de Mehmed II5. Dans cette nouvelle structure, l'élite militaire
placée hiérarchiquement juste après le Sultan, fonde des édifices
d'importance symbolique et finance des institutions urbaines. Cette élite
jouera un rôle primordial dans la construction de la capitale impériale.
On peut considérer le projet de reconstruction de Constantinople
de Mehmed II, et les travaux qui s'y rapportent, comme une œuvre
collective de l'élite administrative. L'entreprise a deux dimensions distinctes,
étroitement liées : premièrement la création de nouveaux réseaux
institutionnels administratifs, militaires, commerciaux, éducatifs et religieux,
ainsi que de nouveaux lieux d'accueil pour ces institutions.
Deuxièmement, un nouveau dispositif visuel reflétant la nouvelle structure
politique et culturelle de la ville et l'apparition de hiérarchies formelles. Le
phénomène, souligné dans les sources mentionnées ci-dessus et dans les
interventions des Ottomans dans l'espace urbain, est en effet la
conceptualisation de la ville comme une entité intégrale et comme la
concrétisation du nouvel ordre. En reprenant une citation de Manfredo Tafuri qui
figure dans son œuvre sur Rome sous le règne de Nicolas V
(contemporain de Mehmed II), nous pourrions affirmer que la « ré-signification »
de Constantinople constitue une partie majeure du projet de
construction de la capitale ottomane .
Les projets réalisés par l'élite administrative ottomane s'articulent,
par leurs caractéristiques et leurs dimensions, avec une nouvelle tendance
qui façonnera les capitales du monde pré-moderne à partir du XVe siècle.
Fernand Braudel l'a formulée comme un contrat entre un état territorial
et sa capitale : la capitale est fondée par une entité impériale ou
nationale ; et réciproquement, la capitale joue un rôle essentiel dans la création
de cette entité impériale ou nationale7. La conceptualisation de la capitale
en tant que « siège du souverain » détenant le pouvoir central comme lieu
symbolique de l'entité politique a constitué un modèle pour l'édification
d'une série de villes pré-modernes. De ce fait, une nouvelle conception
de la monumentalité, qui n'existait pas au Moyen Âge, visant à la
transformation intégrale de la ville, influence fortement les capitales pré-mo-

5. Pour la politique de centralisation de Mehmed II, voir H. ÏNALCIK, « Mehmed II », Islam


Ansiklopedisi, t. 7, 506-535 ; G. NECIPOÔLU, Architecture, Ceremonial and Power : The Topkapi
Palace in the Fifteenth and Sixteenth Centuries, Cambridge Mass., 1991.
6. M. TAFURI, « "Cives esse non licere", The Rome of Nicolas V and Leon Battista Alberti :
Elements toward a historical revision », Harvard Architecture Review, 6, 1987, p. 60-75.
7. F. BRAUDEL, The Mediterranean and the Mediterranean World in the Age of Philip II, tr.
S. Reynolds, New York, 1976 (éd. orig. 1966), p. 344-352.
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 117

dernes. Les premiers projets de la Papauté pour Rome sont réalisés dans
les mêmes années que les projets d'Istanbul. Grâce à ces travaux, Rome
rejette son enveloppe médiévale et s'agrandit sur les zones habitées à la
période impériale8. Au XVIe et au XVIIe siècles, Ispahan et Paris sont
également agrandis et pourvus de monuments, dans le cadre de projets mis en
place par des administrations centrales9. Suite au transfert du trône
d'Edirne à Constantinople, Istanbul aussi sort de son noyau médiéval.
Les projets mentionnés visent en général la totalité du territoire intra-
muros, et partiellement les habitations extra-muros, à Eyùp et, du côté
asiatique, à Ùskiidar (Scutari10).
Les interventions et entreprises des Ottomans sur ce sujet ne
suivent pas une méthode unique et homogène, mais combinent des
approches et des modèles différents. Dans une vision impériale et syncrétique,
les Ottomans adoptent et fusionnent une série de réflexions et de
pratiques d'urbanisation. Les pratiques d'urbanisation ottomane d'avant la
conquête, les plans de villes idéales s'esquissant en Italie lors de la
Renaissance et la structure urbaine byzantine ont eu un impact sur le processus
de construction de la capitale ottomane. Nous allons brièvement traiter
ces trois facteurs, ainsi que leurs relations avec le nouvel ordre politique.
Une des caractéristiques de l'urbanisation ottomane avant la
Conquête, est la construction de kulliye11. Ces dernières sont bâties
autour de zaviye [couvent] qui assurent la fonction de mosquée. Elles
constituent également le centre de nouveaux quartiers et de faubourgs. Celles
qui ont été construites sous le règne de Mehmed II et de ses vizirs sont les
héritières de cette tradition, mais les cadres institutionnels et la structure
architecturale de ces kulliye se distinguent de celles de l'époque
prémoderne. Désormais, leurs centres ne sont plus des zaviye ayant une

8. Pour les activités d'architecture et d'urbanisme de la papauté dans les années qui suivent le
retour à Rome, et leur interprétation, voir Ch. BURROUGHS, From Signs to Design. Environmental
Process and Design in Early Renaissance Rome, Cambridge, 1990, M. CHIABO, G. D'ALESSANDRO,
P. PlACENTINI, Allé origini della nuova Roma : Martino V, C. RanieRI dir., Rome, 1992.
9. En ce qui concerne les projets « royaux » transformant Paris et Ispahan aux XVIe et XVIIe siècles,
voir H. BALON, The Paris of Henry TV. Architecture and Urbanism, Cambridge, 1991 ; Studies on
Isfahan, n° spécial de Iranian Studies, 7, 1974.
10. Pour Constantinople à l'époque byzantine tardive, cf. N. NECIPOGLU, Byzantium Between the
Ottomans and the Latins : Politics and Society in the Late Empire, Cambridge (sous presse).
11. Pour désigner les monuments constituant le centre des complexes {kulliye) des premiers
sultans ottomans, on a proposé plusieurs définitions et équivalents dont l'expression « mosquée à
zaviye » (couvent) serait la plus appropriée. Cependant, ceux qui ont été construits avant la
conquête sont désignés par le terme « couvent » (zaviye ou imaret) aussi bien dans les actes de
fondation (vakfiye) que dans les inscriptions monumentales. Il serait peut-être plus juste de les
interpréter comme des espaces dans lesquels la fonction d'accueil est prépondérante, mais qui
offrent une place pour le culte. Deux catalogues différents de ces édifices sont donnés par
A. KURAN, The Mosque in Early Ottoman Architecture, Chicago, 1968, et E. HAKKI Ayverdi, Ilk
Devir Osmanli Mimarisi, Istanbul, 1971.
118 Çigdem KAFESCIOGLU

fonction socio-religieuse, mais de grandes mosquées considérées comme


des centres religieux stricto sensu. Ces complexes sont au service des
quartiers neufs et constituent le centre d'un réseau de patronage dans
toute la ville. Par exemple, plusieurs milliers de personnes travaillant dans
diverses institutions des fondations pieuses de Sainte-Sophie et de la
Mosquée Mehmed II, ainsi que les bénéficiaires et les locataires des fonds
immobiliers appartenant aux fondations pieuses, sont subordonnées,
dans le cadre du réseau de patronage, au souverain et aux fondations au
centre desquelles se trouvent deux types de monuments . Les kùlliye et
les fondations qui les institutionnalisent introduisent une partie
importante de la population dans un réseau de relations administratives,
éducatives, religieuses et financières. Ce réseau de relations est un des
espaces où se crée une nouvelle structure urbaine, politique et sociale.
Pour revenir du cadre institutionnel à l'espace urbain, les plans des
kûlliye et leurs relations avec leur environnement montrent la coexistence
de différents concepts d'urbanisation. Dans la kùlliye de Mehmed II, un
plan géométrique, inspiré des plans de ville idéale en cours d'élaboration
dans l'Italie de la Renaissance, basé sur des axes centraux, est surimposé
au tissu préexistant (fig. 4-5). Les édifices érigés par le Grand Vizir
Mahmud Pacha ont été mis en chantier selon un urbanisme différent, les
nouveaux bâtiments ont été insérés dans le tissu urbain qui les entoure
(de façon « organique » en langage d'urbaniste), et en même temps le
tissu existant a été utilisé pour donner toute la visibilité possible aux
nouveaux édifices (fig. 6-7).
La kùlliye de Mehmed II, le plus grand édifice socio-religieux de
l'Empire ottoman à cette époque, illustre l'interaction entre le monde
ottoman et l'Italie de la Renaissance13. Les tendances et les sensibilités qui

12. Fatih Sultan Mehmed'in Vakfiyeleri, O. ERGIN éd., Istanbul, 1945 ; Zwei Stifisurkunden des
Sultan Mehmed II, Fatih, TAHSIN Oz éd., Istanbuler Mitteilungen IV, Istanbul, 1935 ; Fatih
Mehmed II vakfiyeleri, id., Ankara, 1938 ; MM 19 : Ayasofya Vakfi Cibayet Defteri, daté de
895 H., Baçbakanhk Arçivi ; Mukata'a defteri, 914 H. et ensuite, Basbakanhk Arçivi KK 4988 ;
Ayasofya Vakfi cibayet defteri, 926 H., Istanbul Atatùrk Kùtuphanesi, M. C.0. 64. Le plus ancien
document, édité par Halil Inalcik, porte la date de 1455. Cf. INALCIK, « Istanbul », Encylopedia of
Islam, t. 5, p. 224-248 ; ID., « Ottoman Galata », E. ELDEM dir., Première rencontre internationale
sur l'Empire ottoman et la Turquie moderne, INALCOIMSH, 18-22 janvier 1985, Istanbul et Paris,
1991, p. 17-116. Pour l'évaluation du réseau de patronage formé par les vakif de Mehmed II,
cf. Çigdem Kafescioglu, Constantinopolis/Istanbul, op. cit.
13. Ces dernières années, les échanges culturels entre les Ottomans et l'Italie de la Renaissance
ont retenu l'attention d'historiens, tant de l'Empire ottoman que de la Renaissance. Ces deux
mondes étaient considérés jusqu'à présent étrangers l'un à l'autre ; les efforts pour les replacer
dans un cadre historique plus large, celui du monde pré-moderne, ont gagné en visibilité. Pour
ces travaux cf. G. NECIPOÔLU, The Age of Sinan : Architectural Culture in the Ottoman Empire,
Londres, 2005 ; EAD., « Plans and Models in 15th and 16th Century Ottoman Architectural
Practice», JSAH, 45, 1985, p. 224-243 ; J. RABY, «A Sultan of Paradox: Mehmed the
Conqueror as a Patron of the Arts », The Oxford Art Journal, 5/1, 1982, p. 3-8 ; ID., « Pride and
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 119

influencent la constitution du régime politique ottoman en tant qu'État


absolutiste, ainsi que les réflexions développées par les théoriciens et les
architectes de la Renaissance, étaient chargées de sens pour les bâtisseurs
ottomans. Deux groupes de quatre medrese sont disposés de part et
d'autre de la grande cour de la kulliye de Mehmed II, tandis qu'au centre
se trouve une grande mosquée. Les autres édifices de la kulliye sont placés
à l'extérieur de la cour. Cette disposition traduit dans l'espace
l'administration centralisée et hiérarchisée de Mehmed II, et en
particulier la subordination de l'enseignement religieux au pouvoir central . La
similitude entre ce plan et celui de l'Ospedale Maggiore, conçu par
l'architecte italien Filarete pour le duc Sforza de Milan est très frappante15
(fig. 8). Il semble que soit l'architecte italien, soit ses plans, aient joué un
rôle important dans le dessin de cette Kulliye. Il est frappant de constater
un style de réflexion politique et architecturale qui reconceptualise la
ville, donnant forme à la structure publique majeure et centrale
d'Istanbul. Le thème principal du traité d'architecture de Filarete,
comprenant également le plan d'hôpital, est la ville idéale (fig. 9), nommée
Sforzinda, conçue pour le duc Sforza . Sforzinda est imaginée par
Filarete pour représenter le pouvoir absolu du souverain milanais. La ville
et les différents groupes d'édifices sont élaborés dans une perspective
géométrique. L'idée d'un aménagement reflétant la hiérarchie politique
de ce lieu, en constitue le fondement. L'expression spatiale de la
hiérarchie politique est conforme à la conception de la capitale ottomane (et du
régime politique ottoman).
Les entreprises architecturales de l'élite dirigeante ottomane à
Istanbul montrent quelle était l'approche des nouveaux souverains envers
l'histoire de Constantinople et les espaces importants symboliquement.
Dans la manière ottomane d'envisager l'histoire de Byzance, on constate
une interaction complexe entre l'adoption et le refus. Parallèlement, les
édifices présents sont évalués dans une optique à la fois symbolique et

Prejudice : Mehmed the Conqueror and the Italian Portrait Medal », J. G. POLLARD éd., Studies
in the History of Arts, XII : Italian Medals, Washington, 1987, p. 171-194 ; L. JARDINE et
J. BroTTON, Global Interests : Renaissance Art between East and West, Londres, 2000.
14. Pour une discussion de cet arrangement de l'espace, cf. S. YerASIMOS, La Fondation de
Constantinople et de Sainte-Sophie dans les traditions turques : légendes d'Empire, Istanbul et Paris,
1990 ; Ç. Kafescioglu, Constantinopolis/Istanbul, op. cit.
15. M. RESTLE, « Bauplannung and Baugesinnung unter Mehmed II Fatih », Pantheon, 39, 1981,
p. 361-367.
16. Reproduction en fac-similé du traité de Filarete : Filarete 's Treatise on Architecture, éd. et tr.
J. R. SPENCER, 2 vol., New York et Londres, 1965. Pour une évaluation de Sforzinda dans le
contexte des dynamiques politiques et culturelles de l'époque, cf. J. ONIANS, « Alberti and
Filarete : A Study in their sources », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 34, 1971,
p. 96-114; P. PlEROTTI, Prima de Machiavelli : Filarete e Francesco di Giorgio consiglieri del
principe, Pise, 1995.
120 Çigdem KAFESCIOGLU

pragmatique17. Il est frappant que la majorité des entreprises


architecturales des souverains se concentrent sur les lieux et bâtiments symboliques
de Byzance. Prenons quelques exemples : le palais de Topkapi est édifié
sur l'acropole de la ville antique de Byzance. Ce choix favorise une
proximité entre le palais ottoman, Sainte-Sophie et l'hippodrome tout
comme pour le Grand Palais de Byzance. La trilogie
palais-église-hippodrome de la ville byzantine est reconstituée : palais - grande mosquée —
hippodrome. L'entrée solennelle de la ville, la Porte Dorée, est obstruée
par la construction de Yedikule (les Sept-Tours), citadelle sur un plan
étoile qui est également le produit des théories architecturales de la
Renaissance (fig. 10).
Selon Cyril Mango, la Porte Dorée était un édifice en forme d'arc
de triomphe romain sur la façade duquel se trouvait une composition
complexe de reliefs figurés, faite de matériaux antiques et byzantins de
récupération18. La construction de la citadelle de Yedikule transforme la
Porte Dorée en un énorme morceau de récupération (fig. 11). La kulliye
de Mehmed II, déjà citée, fut bâtie sur la colline où se trouvait l'église des
Saints-Apôtres. Celle-ci fut détruite pour édifier la nouvelle mosquée.
Cependant, cette mosquée, dans son architecture, porte la marque de
Sainte-Sophie, la mosquée impériale de la ville. Grâce à la mosquée de
Mehmet II, la superstructure de Sainte-Sophie, avec sa coupole érigée sur
des demi-coupoles et des murs tympans, devint spécifique à l'architecture
de la mosquée impériale. La mosquée de Mehmed II constitua un
modèle pendant des siècles. En bref, une dimension importante de la
transformation de la ville est liée à l'adoption des lieux et des grands
monuments symboliques par le patronat ottoman ; à leur réinterprétation
ou bien à l'édification de monuments ottomans à leur place.
Parallèlement à l'espace, l'image visuelle de la ville est transformée
dans la période que nous étudions. De nombreux paysages urbains
représentant Constantinople ont été produits vers la fin du XVe siècle. La
fréquence des représentations de Constantinople dans les manuscrits ou les
gravures est liée à l'intérêt croissant pour les images urbaines en général,
tant dans le monde ottoman que dans le monde occidental de l'époque.
En outre, la prise de Constantinople par les Ottomans a provoqué un

17. Françoise Choay souligne que ces optiques forment les deux dimensions distinctes de la
sensibilité nouvelle aux monuments historiques apparue dans l'Europe de la Renaissance. Selon
elle, les hommes de la Renaissance ont une approche des œuvres anciennes qui va au-delà d'une
distance historique : ils déterminent une nouvelle esthétique dont les critères sont des
préoccupations utilitaires, politiques et morales : Fr. CHOAY, The invention of the Historic
Monument, tr. L. M. O'Connell, Londres, 2001 (éd. originale 1992), p. 17-39.
18. Pour une interprétation de la Porte Dorée comme arc de triomphe et sa restitution, voir
C. MANGO, « The Triumphal Way of Constantinople and the Golden Gate », Dumbarton Oaks
Papers, 54, 2000, p. 174-188.
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 121

regain d'intérêt de la part du monde occidental. Les images symboliques


et littéraires de la ville accroissent sa place dans l'imaginaire de l'Europe.
Parmi de nombreuses représentations, je m'arrêterai sur deux images
urbaines qui présentent l'ordre spatial et le système politico-religieux de la
ville. Le premier est daté du début des années 1480 et se trouve dans un
manuscrit, publié voici peu, du Liber Insularum Archipelagi de Christo-
foro Buondelmonti19. Le second est l'œuvre du cartographe vénitien Gian
Andreas di Vavassore, que nous avons brièvement mentionnée en
introduction, imprimée vers 1520 mais montrant la ville telle qu'elle était vers
1480 (fig. 2-12).
Ces deux images sont très différentes par leur style. Celle du
manuscrit de Buondelmonti appartient au genre des représentations
urbaines à vol d'oiseau représentées dans les cartes italiennes du XVe siècle, tels
Xlsolario de Buondelmonti ou la Geographia de Ptolémée. Dans cette
catégorie, les monuments importants de la ville sont représentés en
élévation sur un plan urbain déjà esquissé. Ce qui est décrit n'est pas le tissu
urbain mais un ensemble de monuments ; ce qui fait sens, c'est la
figuration de monuments précis dans une enceinte urbaine. La représentation
de Vavassore, à la fin du même siècle, est un exemple d'un nouveau
langage figuratif, apparu dans le domaine récent de l'imprimerie. Elle aussi
offre une vue à vol d'oiseau. Mais elle présente une description réaliste
des limites de la ville, du tissu urbain et des monuments visibles dans
celui-ci20. En bref, la première image appartient au Moyen Âge tardif, elle
est le produit d'un langage figuratif en voie de disparition, tandis que la
deuxième est le produit d'un nouveau langage qui se propagera dans la
période pré-moderne, qui reste aujourd'hui encore connu et parfois
utilisé, et qui résumera l'image de la ville pour les hommes de la période
pré-moderne.
Dans ces deux images sensiblement contemporaines, si différent
que soit leur langage figuré, une ressemblance thématique dans le style de
représentation de la ville attire l'attention. Dans l'une et l'autre, ce qui
frappe au premier coup d'œil, ce sont les édifices d'architecture ottomane
élevés par le sultan et l'élite administrative, qui transforment la structure
spatiale et visuelle de Constantinople.

19. Cette image urbaine a été étudiée et publiée pour la première fois dans I. MANNER,
« Constructing the Image of a City : The Representation of Constantinople in Christopher
Buondelmonti's Liber Instularum Archipelagi », Annals of the American Association of Geography,
87, 1997, p. 72-102.
20. siècle,
XVe Pour voir
l'étude
L. NUTI,
détaillée« The
de ces
Perspective
types dePlan
représentations
in the Sixteenth
urbaines
Century.
apparues
The vers
Invention
la fin ofdua
Representational Language», The Art Bulletin, 76, 1994, p. 105-128. En ce qui concerne
l'interprétation politique de ces représentations, cf. L. MARIN, Utopies : Spatial Play, trad.
R. A. Wollrath, New Jersey, 1984, p. 208 et suiv.
122 Çigdem KAFESCIOGLU

Sur la carte de Vavassore, entre le palais de Topkapi et la porte


d'Edirne, une rangée de constructions constitue le nouvel axe
monumental de la ville. C'est ici que l'on trouve le nouveau palais de
Mehmet II, à l'extrémité de la péninsule intra muros, regardant vers la
mer de Marmara et vers le Bosphore, donc au tout premier plan de
l'espace du dessin. À la suite, en direction des murailles terrestres qui se
trouvent dans la partie supérieure de l'image, s'alignent Sainte-Sophie,
un bedesten qui est le cœur du nouveau centre commercial, le complexe
{kulliyé) de Mehmet II et les espaces marchands qui l'entourent. Le
château des Sept-Tours, bâti en avant de la Porte Dorée, en dehors de cet
axe central, constitue un locus ottoman.
Dans le tableau de Constantinople qui figure dans le Liber insu-
larum de Buondelmonti, à côté de ce que l'on trouve chez Vavassore, on
voit aussi les mosquées monumentales édifiées par les grands vizirs de
l'époque, Mahmud Pacha, Murad Pacha, Rum Mehmed Pacha. Les deux
dessins représentent non pas Constantinople byzantine mais la capitale
des Ottomans, tout en incorporant des détails qui paraîtront
contradictoires ou anachroniques à un regard moderne.
Sur l'un et l'autre, les symboles les plus forts aussi bien de la ville
ottomane que de Byzance se côtoient, ou même se recouvrent. Sur la
carte de Buondelmonti, Hagia Sophia est représentée avec le minaret
qu'on venait d'édifier, mais la coupole est toujours surmontée d'une
croix. À côté de cela, et juste au milieu du dessin, bien en vue, est la
statue colossale en bronze de Justinien, à cheval, le globe dans une main,
montrant de l'autre la direction de l'Orient. Cette statue était l'un des
symboles essentiels de Constantinople byzantine ; après la conquête
ottomane elle resta en place seulement deux ans puis elle fut abattue et
utilisée pour fondre des boulets de canon21. Sur la carte de Vavassore
aussi, les pavillons des marins dans les eaux qui entourent la ville portent,
à côté du croissant ottoman, l'aigle byzantin et le lion vénitien. À côté
des églises de la ville, les noms des saints, inscrits, signalent une présence
chrétienne importante. L'intitulé de la carte Byzantium sive Constanti-
nopolis (Byzance ou Constantinople) souligne la fluidité entre les deux
différentes identités de la ville. Ces images où se chevauchent deux
périodes transmettent un message ambigu. Leur polysémie d'un côté
souligne cette différence, et de l'autre montre que les Ottomans, pour
s'adresser aux mondes divers auxquels ils étaient liés, au milieu desquels

21. La statue de Justinien sur le forum de l'Augustéon : voir C. MANGO, « The Column of
Justinian and its Successors », Studies on Constantinople, Hampshire et Vermont, 1993, p. X/l-
20. L'histoire de la statue à l'époque ottomane : voir J. RABY, « Mehmed the Conqueror and the
Byzantine Rider of the Augustaion », Topkapi Sarayi Muzesi Yilhk, 2, 1987, p. 141-153.
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 123

ils se trouvaient, ont su passer avec aisance d'un discours à l'autre, d'une
stratégie de représentation à l'autre.
Dans les décennies qui suivent la conquête, la diversification, la
polysémie et le syncrétisme qui se marquent dans l'image tant spatiale
que visuelle, de la ville, ne sont pas le résultat des difficultés rencontrées
pour bâtir une ville ottomane sur des fondations byzantines. En nous
appuyant sur les observations de Cernai Kafadar à propos de la structure,
politique et culturelle, de l'Anatolie au Moyen Âge tardif, nous pouvons
affirmer que l'attitude culturelle qui consiste à accepter et intégrer les
diversités qu'affronte le nouveau pouvoir, donne leur sens à l'éclectisme et
à l'ambiguïté sémiotique 2. La politique absolutiste et centralisatrice
suivie sous le règne de Mehmet II est l'héritage d'une culture de
frontières, tout au long du siècle et demi qui précède, une culture sachant
embrasser, intégrer, s'assimiler les particularités de l'autre ; et, par voie de
conséquence, mettre à son service l'hétérogénéité et l'ambiguïté qui
apparaissent. Le projet de rebâtir Constantinople pour en faire la capitale
des Ottomans est un produit, peut-être le plus important, de
l'affrontement avec l'autre - ici, avec le centre d'un empire millénaire. Ce
projet, qui s'appuyait sur des visions et des conceptions urbanistiques
différentes, avait pour but de créer un nouvel ordre politique et social, et
de le représenter. En même temps, ce projet a aussi pour but de s'adresser
à un éventail social et culturel multiple, complexe, conflictuel parfois ; et
d'être lisible par ce public pluriel.

Traduction du turc : Laie ARSLAN ÔZCAN et ERSÔZ DEMIRDAG, revue


par Pierre CHUVIN.

22. C. KAFADAR, Between Two Worlds : The Construction ofthe Ottoman State, Berkeley, 1995.
124 Çigdem KAFESCIOGLU

Figure 1 . — Constantinople dans la Weltkronik de Hardtman Schedel,


1493

Figure 2. — Gian Andreas di Vavassore, Byzantium sive Constantinopolis,


ca. 1520
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 125

Figure 3. — Constantinople, la ville et ses monuments pendant la


deuxième moitié du XVe siècle ; adapté de Wolfgang Millier- Wiener,
Bildlexikon zur Topographie Istanbuls, p. 408

Figure 4. — Kulliye de Mehmed II, plan ; Wolfgang Miiller- Wiener,


Bildlexikon zur Topographie Istanbuls, p. 408

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^
126 Çigdem KAFESCIOGLU

Figure 5. — Kûlliye de Mehmed II,


détail du panorama de Melchior Lorichs

Figure 6. — Kûlliye de Mahmud Pacha, plan ; Wolfgang Miiller- Wiener,


Bildlexikon zur Topographie Istanbuls, p. 433

\ \ \ ■*-■■»-*•
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 127

Figure 7. — Kùlliye de Mahmud Pacha ;


détail du panorama de Melchior Lorichs

Figure 8. — Filarete, Trattato di architettura, Ospedale Maggiore, plan

1* i à t > n *n
\
128 Çigdem KAFESCIOGLU

Figure 9. — Filarete, Trattato di architettura, Sforzinda, plan

Figure 10. — Fort de Yedikule, plan; Wolfgang Millier- Wiener,


Bildlexikon zur Topographie Istanbuls, p. 338
Constantinople dans la seconde moitié du XVe siècle 129

Figure 11. — Francesco Scarella, Fort de Yedikule, 1686; MS Vienna,


Osterreichische Nationalbibliotek, Cod. 8627, F5 5r
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130 Çigdem KAFESCIOGLU

Figure 12. — Cristoforo Buondelmonti, Constantinople dans Liber


Insularum Archipelagi ; Universitàts- und Landesbibliothek Dusseldorf,
MS.G13Fr. f> 54r