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Université de Boumerdès Module : TP de Physique 1

Faculté des Sciences LMD – ST – SM


Département de Physique Année 2008-2009

TP-3
Frottement statique
Introduction
Sans le frottement une voiture ne peut ni rouler ni freiner, le train d'atterrissage d'un avion ne peut
jouer son rôle, une grue ne peut soulever de charges, une allumette ne peut s'allumer, et on aura beau
frotter les mains elles ne s'échaufferont jamais!... C'est dire l'importance des forces de frottement dans
notre vie et dans le monde qui nous entoure.

Dans l'industrie, le frottement est, après la corrosion, le second facteur responsable de la dégradation
des systèmes mécaniques. Et les constructeurs de machines en tiennent compte dès la conception de celle-
ci, afin de gagner en rendement et en durée de vie de leurs équipements.

But du TP
C'est de permettre à l'étudiant, par des expériences simples, d'estimer "assez correctement" un
coefficient important relatif au frottement : le coefficient de frottement statique µs.

Un peu de théorie
Les forces de frottement
Dès qu'un solide est mis en contact avec un autre solide, il apparaît un phénomène d'adhérence qu'on
appelle frottement.
Le frottement provient des interactions microscopiques entre les aspérités existant à la surface des
corps en contact.
En général, on définit le frottement comme étant la résistance mécanique au glissement relatif de deux
solides en contact.
Lorsque cette "résistance" garde les deux solides à l'état statique, malgré l'application d'une force
visant à faire déplacer l'un par rapport à l'autre, on parle alors de frottement statique.

Frottement statique
Avant d'aborder le frottement statique, commençons par rappeler ceci : chaque fois qu'un solide A est
ρ
posé sur un solide B, il apparaît une force de contact C .
ρ
Si le solide A n'est soumis à aucune force tangentielle à la surface de contact, la force C est
ρ
perpendiculaire à cette surface (voir Fig.1). (N.B. C est la force avec laquelle B agit sur A, et il y a aussi
ρ
la force – C avec laquelle A agit sur B).
ρ ρ ρ
C C R

θ A Fext
A
Ff
B B

Fig.1 Fig.2
1
ρ
Dès que le solide A est soumis à une force extérieures Fext , et même s'il reste au repos, C n’est plus
perpendiculaire à la surface de contact, mais s’incline d’un angle θ par rapport à la normale, du côté
opposé à la tendance au mouvement (voir Fig.2).
ρ ρ
La force de contact C se décompose ainsi en deux forces : la réaction R du support (également
notée C⊥ , c.-à-d. perpendiculaire à la surface de contact) et la force de frottement F f (également notée
C // , c.-à-d. parallèle à la surface de contact).

En réalité, θ n'est pas un angle fixe, il dépend de la valeur de Fext , comme le montre la Fig.3, où l'on
voit bien qu'à l'état statique Ff est toujours égale à Fext.

ρ ρ ρ ρ ρ
ρ R C R
C R C

θ
Fext θ A Fext θ A Fext
A
Ff
B B B
Ff Ff

(a) (b) (c)

Fig.3

L'angle θ va continuer ainsi d'augmenter en fonction de Fext jusqu'à ce que, pour une valeur précise de
Fext qu'on appellera Fext,max , l’état statique est rompu et le solide A se met en mouvement. Cette situation
sera caractérisée par un angle θ limite : θlim = φ .

Cet angle limite φ s’appelle angle d’adhérence.

L'expérience montre que la surface de contact pour tout couple de matériaux (et sous conditions
données : surfaces sèches, surface graissées, surfaces lubrifiées, etc.) est caractérisée par une valeur bien
F
déterminée du rapport f max , auquel les physiciens ont donné le nom de coefficient de frottement
R
statique µs.
(N.B. expérimentalement, on n'a pas directement accès à Ff,max, mais sachant qu'elle est égale à Fext,max –
et que celle-ci est facilement mesurable – alors on peut déterminer la valeur de cette force de frottement).

F f max F f max
Comme = µs (1) et = tan ϕ
R R

Alors : µ s = tan ϕ (2)

Nous partagerons notre travail expérimental comme suit :


F f max
• = µ s → sera la formule utilisée dans la Manipulation 1.
R
• µ s = tan ϕ → sera la formule utilisée dans la Manipulation 2.

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Si nous disposons d'un dynamomètre fiable (pour mesurer Fext,max) et si nous connaissons la masse du
solide A avec une bonne précision, alors nous pouvons déduire la valeur de µs. Mais si nous ne disposons
pas de tout ça, alors il n'y a pas mieux que l'angle d'un simple plan incliné pour nous donner la valeur de
µs !
Pour illustrer ceci, mettons le solide A sur un solide B, puis inclinons doucement ce dernier. La Fig.4
nous permet de voir les étapes de cette opération (dans chaque dessin nous avons indiqué la réaction du
ρ ρ
support R et la force de contact C ).

A au repos A au repos A se "décroche" et débute la


Solide A au repos L'angle d'inclinaison = 6° L'angle d'inclinaison = 10° descente pour θ = 14°36'
ρ
ρ ρ ρ C ρ
ρ ρ C R
C R R
C
A
A A B
A B
B B

Fig.4

Dans cette Fig.4 nous avons donné la valeur des angles seulement à titre d'exemple. Toutefois, vous
remarquerez que nous avons considéré l'angle d'inclinaison du plan B comme étant lui-même l'angle
ρ
d'inclinaison de la force de contact C . Pour comprendre cela, dessinons les forces qui agissent sur le
solide A et n'oublions pas que celui-ci est à l'état statique (voir Fig.5).
ρ
ρ ρ C ρ
C R R

θ θ
Ff
Ff
Px Px
θ
θ
ρ Py
Py P ρ
P

Fig.5
ρ
Nous voyons clairement, d'après la Fig.5, que les deux angles sont les mêmes. Quand Px augmente, C
s'écarte encore plus de la normale (ce qui signifie que Ff augmente et que R diminue).
A l'équilibre limite, c'est-à-dire quand le solide A se "décroche" du plan incliné B et amorce une
descente, nous noterons alors la valeur correspondante de l'angle φ d'inclinaison du plan, et en calculant
sa tangente on déduit tout simplement la valeur de µs : µs = tanφ.

Dans ce TP nous sommes censés vérifier que le coefficient de frottement statique µs :


• dépend de la nature des matériaux en contact.
• Ne dépend pas de la masse du corps considéré (Attention! le frottement statique, lui, dépend de
cette masse, mais le coefficient de frottement statique µs n'en dépend pas!).
• ne dépend pas de la dimension des surfaces en contact (…que le frottement ne dépende pas de
l'étendue de la surface de frottement, ceci est tout à fait paradoxal!).

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Remarque: Cette dernière propriété a "perturbé" les physiciens pendant quelques 500 ans, son
explication n'a été trouvée que récemment : en réalité, en analysant les choses au niveau microscopique,
on aura à distinguer la surface de contact apparente de la surface de contact réelle. Ce que nous voyons
à l'œil nu est la surface apparente, qui est très différente de la surface réelle (à cause des aspérités et des
rugosités de surface). Voilà pourquoi le frottement, phénomène très complexe, est indépendant de la
surface apparente de contact.

Le tableau ci-dessous nous donne des exemples de valeurs du coefficients de frottement statique µs,
pour différents types de matériaux en contact.

Matériaux en contact Surfaces sèches Surfaces graissées ou lubrifiées


µs µs
Acier / Acier 0.18 0.12
Acier / Fonte 0.19 0.1
Acier / Bronze 0.11 0.1
Acier / Téflon 0.04 //////
Bois / Bois 0.65 0.2
Pneu / Route 0.80 0.15 (route mouillée)
Coefficient de frottement statique µs pour quelques couples de matériaux

Manipulation-1
Détermination de µs en utilisant un dynamomètre

Dispositif expérimental
a. Un châssis sur lequel peut glisser une "plaque à ergots".
b. A l'une des extrémités du châssis, est fixé un petit moteur, portant sur son axe un tambour.
c. Un fil inextensible-1, qui peut s'enrouler sur ce tambour, est fixé à la "plaque à ergots" et
l'entraîne d'un mouvement uniforme.
d. Un interrupteur qui permet de commander le moteur.
e. Sur l'autre extrémité du châssis est fixé un dynamomètre à cadran, gradué de 0 à 20 dN.
f. Le coefficient de frottement statique µs est mesuré entre une plaque supérieure posée sur
une plaque inférieure. La plaque inférieure est installée sur la "plaque à ergots".
g. 2 plaques inférieures sont utilisées : une en bois et une en feutre (dimensions : 12cm/8cm)
h. Les plaques supérieures sont en deux formats.
→ 4 plaques supérieures moyen format : plastique, aluminium, acier, bois.
(dimensions :10cm/4cm)
→ 2 plaques supérieures petit format : plastique, bois, acier.
(dimensions : 6cm/2cm)

i. La plaque supérieure sera attachée, grâce à un crochet, au fil inextensible-2 enroulé autour
de la poulie du dynamomètre.

j. Une série de masses de 10g (qui seront employées comme surcharges).

4
Ressort du
dynamomètre
Fil inextensible-2 Bouton
Ergots moleté
Tambour

Interrupteur
0

Châssis
Poulie
Crochet Cadran du
Fil inextensible-1 "Plaque à ergots" dynamomètre

Dispositif expérimental

Travail à effectuer
Dans cette manipulation, nous allons partager notre travail en trois parties :

Partie A Dans cette partie nous allons vérifier que µs dépend de la nature des matériaux en contact.
1- Vérifier que le fil inextensible-1 accroché à la "plaque à ergots" n'est pas enroulé sur le tambour;
sinon le dérouler à la main, puis pousser la "plaque à ergots" vers l'extrémité du châssis pour que
ce fil soit légèrement tendu.
2- Poser la plaque inférieure en bois sur la "plaque à ergots". Grâce aux ergots, la plaque inférieure
et la "plaque à ergots" seront solidaires et auront le même mouvement.
3- Poser la plaque supérieure moyen format en bois sur la plaque inférieure. Rajouter des surcharges
sur la plaque supérieure de façon à ce que la masse totale de celle-ci soit d'environ 100g.
4- Enrouler le fil inextensible-2 du dynamomètre sur la poulie dans le sens des aiguilles d'une
montre, puis l'accrocher à la plaque supérieure (ce fil doit obligatoirement passer dans la zone
limitée par les deux triangles marqués sur le cadran du dynamomètre).
5- Vérifier que l'aiguille du dynamomètre est bien en face du zéro, sinon effectuer le réglage après
avoir débloqué le bouton moleté, puis le resserrer.
6- Mettre le moteur en marche en actionnant l'interrupteur. Observer soigneusement les deux plaques
ainsi que l'aiguille du dynamomètre. Lorsqu'il y a début de glissement (rupture de l'équilibre)
entre les deux plaques, l'aiguille s'arrête momentanément de tourner et indique la force maximale
T correspondant au début du glissement (T qui n'est autre que Fext,max, ou Ff,max de la partie
théorique).
7- Arrêter alors immédiatement le moteur et noter cette force : T = valeur lue x 0,1N, comme indiqué
sur le cadran (en aucun cas le moteur ne doit tourner au-delà du glissement, pour éviter que la
"plaque à ergots" ne heurte le tambour du moteur).
8- Dérouler complètement le fil du tambour, déplacer la "plaque à ergots" à la main vers l'extrémité
gauche du châssis, replacer la plaque supérieure avec ses surcharges, puis refaire la mesure une
seconde fois, puis une troisième.
9- Inscrire les résultats obtenus sur le tableau ci-dessus.
10- Changer de plaques supérieures, selon les indications des tableaux correspondants, et répéter à
chaque fois la même démarche que précédemment.
11- Remplir les deux tableaux de mesure suivants :

5
Plaque inférieure bois T (N) Mg (N) µs µs
– –
Bois – – – –
Plaque – –
Supérieure – –
Plastique – – – –
– –
– –
Aluminium – – – –
– –

Plaque inférieure Feutre T (N) mg (N) µs µs


– –
Acier – – – –
Plaque – –
Supérieure – –
Plastique – – – –
– –
– –
Bois – – – –
– –

N.B. toute mesure de T doit être répétée 3 fois, les résultats seront bien plus fiables ainsi.

12- Récapitulez vos résultats dans le tableau qui suit (ça ressemblera plus à un travail de
professionnels…)

Couple de matériaux µs
Bois / bois –
Plastique / bois –
Aluminium / bois –
Acier / Feutre –
Plastique / Feutre –
Bois / Feutre –

13- D'après ce dernier tableau, µs dépend-il de la nature des matériaux en contact?

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Partie B Dans cette partie nous allons vérifier que µs ne dépend pas de la masse du corps "frottants".
1- Prendre deux couples de matériaux : plastique / Feutre et aluminium / bois, les plaques
supérieures doivent avoir la même surface (10cm/4cm), mais il nous faudra varier leur masse (en
rajoutant des surcharges)
2- Remplir les tableaux de mesure suivants:

Masse plaque 50 g 100g 150g


supérieure
– – –
µs – – –
– – –
µs – – –
Couple plastique / Feutre

Masse plaque 50g 100g 150g


supérieure
– – –
µs – – –
– – –
µs – – –
Couple aluminium / bois

3- D'après vos résultats expérimentaux, µs dépend-il de la masse du corps "frottant"?

Partie C Dans cette partie nous allons vérifier que µs ne dépend pas de la surface de contact.
1- Prendre deux couples de matériaux : bois / Feutre et plastique / bois , où les plaques supérieures
(en bois ou en plastique) peuvent avoir une "petite" surface (S1 : petit format), ou une "moyenne"
surface (S2 : moyen format) , mais il nous faudra veiller à avoir la même masse pour la plaque
supérieure quelle que soit sa surface (en rajoutant des surcharges).
2- Remplir les tableaux de mesure suivants:

Surface de la S1 = … S2 = …
plaque supérieure
– –
µs – –
– –
µs – –
Couple bois / Feutre

Surface de la S1 = … S2 = …
plaque supérieure
– –
µs – –
– –
µs – –
Couple plastique / bois

3- D'après vos résultats expérimentaux, µs dépend-il de l'étendue de la surface de contact?

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Manipulation-2
Détermination de µs en utilisant un plan incliné

Dispositif expérimental
k. Un plan incliné constitué d'une glissière en acier.
l. Une masse en bois.
m. Une masse en plexiglas.
n. Un rapporteur muni d'un fil à plomb (comme celui utilisé par les maçons) pour mesurer
l'angle d'inclinaison θ.

Bois ou plexiglas
Glissière en acier Rapporteur

Fil à plomb

Dispositif expérimental

Travail à effectuer
b- Mettre le matériau en bois sur la glissière, variez l'angle θ d'inclinaison de la glissière jusqu'à
rupture de l'équilibre. Notez cet angle θlim. Déduire µs.
c- Varier la masse du matériau, en rajoutant des surcharges. Notez chaque fois l'angle θlim et déduire
µs.
d- Remplacer le matériau en bois par celui en plexiglas, et refaire les mêmes manipulations que
précédemment.
e- Inscrire vos résultats sur les tableaux suivants :

Masse du bois M1 = …g M2 = …g M3 = …g M4 = …g
θlim
µs
Bois sur glissière en acier

Masse du plexiglas M1 = …g M2 = …g M3 = …g M4 = …g
θlim
µs
Plexiglas sur glissière en acier

f- µs dépend-il de la nature du corps posé sur la glissière?


g- µs dépend-il de la masse du corps considéré?

( N.B. Même si µs ne dépend pas de la masse m du corps "frottants", toutefois la force de frottement
statique Ff,max en dépend, car n'oublions pas que : Ff,max = µs R, et que R dépend de m).