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Compte-rendu de procès.

24ème chambre correctionnelle du Palais de Justice de


Paris.
Le vendredi 11 décembre 2009.

I) Le procès

Composition du tribunal

Juge - Juge –
Juge
(Président du tribunal)

Avocat général Greffière

Victime Accusé (dans


Avocat de la victime le box)
Avocat de l’accusé

Public Public

A) La démarche avant le procès

1
L’affaire :

Un homme, connu des services de police du 8ème arrondissement


depuis 2004, est interpellé par deux policiers habillés en civil dans le
quartier de la Madeleine alors qu’il s’apprêtait à voler des téléphones
portables à des gens assis en terrasse de café.

L’homme, tentant d’échapper aux policiers, se heurte à l’un d’eux, le


blessant à la cheville gauche, et l’incapacitant pour dix jours. Mais il est
vite rattrapé et est emmené au commissariat où il est placé en garde à
vue. Les policiers découvrent la somme de 1720 € en liquide. Il en ressort
une investigation pour découvrir d’où vient cet argent.

L’historique :

On découvre que l’homme arrêté travaillait à mi-temps en tant


qu’agent de surface. Le reste du temps, il revendait des voitures, tirant un
maigre bénéfice, à d’autres escrocs qui les faisaient transiter par la
Belgique avant de les revendre à Abidjan en Côte d’Ivoire.

L’homme, en plus du trafic de voitures, volait soit des téléphones


portables de dernière génération à des gens assis en terrasse de café, soit
en agressant des gens dans la rue, à qui il volait leur téléphone à
l’arraché. Il avait pour habitude de travaillait seul, mais revendait ces
téléphones volés à d’autres trafiquants dans le quartier des Halles à Paris.
Les bénéfices sur les téléphones volés étaient plus importants que ceux
pour les voitures volées.

B) Les partis, la procédure et le jugement

Le procès et son déroulement :

Le juge, prédisent du tribunal, après avoir exposé les faits,


questionne l’accusé sur ses méthodes, lequel explique son modus
operandi dans le détail.

De là, l’avocat du policier victime d’un heurt fortuit avec l’accusé qui
tentait de s’enfuir lors du contrôle de police, réclame 1000 € à titre de

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dommages-intérêts pour la blessure que son client, présent au tribunal, a
subie.

L’avocat général, se fondant sur le témoignage du policier blessé, et


prenant en compte le passé de voleur de l’accusé, réclame un an de
prison ferme et la confiscation de l’argent retrouvé sur lui lors de son
interpellation.

Par la suite, la parole est donnée à l’avocat de l’accusé, qui dans une
longue plaidoirie, reproche à la cour une incrimination pour des vols que
l’accusé n’a pas commis ; et lui reproche également de fonder une
accusation sur un simple témoignage, témoignage du policier différent de
celui de l’accusé.
Selon l’avocat de la défense, le « doute droit profiter à l’intérêt de [son]
client ». Toujours d’après lui, et reprenant une formule latine : « à
témoignage unique, témoignage nul. »
Et de ce fait, l’avocat de la défense tente de montrer l’iniquité de la cour
qui ne « donne aucun crédit aux justiciables lorsqu’ils comparaissent
devant leur juridiction ».
Mais encore, il affirme que son client se voit imputer malgré lui des faits
qu’il n’a pas commis, et également des faits antérieurs, qu’il a certes
commis, mais qui ne sont pas retenus contre lui dans les griefs qui lui sont
reprochés. Ces faits sont donc hors contexte et n’ont pas valeur à être
retenus, selon son avocat.
De ce fait, l’avocat réclame la relaxe de son accusé, ou tout au plus une
mise à l’épreuve et une réinsertion professionnelle, car la peine plancher,
de un an, requise par l’avocat général n’est pas en accord avec les faits
commis. Il réclame également l’abandon des poursuites pénales, et enfin
la restitution de 1320 € sur les 1720 € confisqués, au titre que c’est de
l’argent non issu de la revente de voitures et/ou de téléphones portables.

Le verdict après délibération :

Le verdict tombe rapidement, ou du moins est rendu rapidement :


l’accusé est reconnu coupable de blessures involontaires sur
fonctionnaire de police en exercice. Il devra payer 1000 € de dommages-
intérêts au policier blessé, en vertu de l’article 475-1 du Code de
procédure pénale1.
1
Art. 475-1 (L. no 93-2 du 4 janv. 1993) Le tribunal condamne l'auteur de l'infraction à
payer à la partie civile la somme qu'il détermine, au titre des frais non payés par l'État
et exposés par celle-ci. Le tribunal tient compte de l'équité ou de la situation
économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des
mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
(L. no 2006-1640 du 21 déc. 2006, art. 25-V) «Les dispositions du présent article
sont également applicables aux organismes tiers payeurs intervenant à l'instance.»

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La relaxe requise par l’avocat de la défense est rejetée, au titre que
l’argument invoqué par celui-ci - jugement contradictoire de la cour - est
insignifié.
La mise à l’épreuve est rejetée.
La restitution de l’argent confisqué est rejetée.
L’accusé devra ainsi effectuer une peine de prison de un an ferme.

II) Les impressions

A) Les points positifs

Ma première impression fut de voir avec quelle conviction les


différentes parties au procès exerçaient leur rôle respectif.
Les juges qui cherchaient à faire sortir la vérité de la bouche de l’accusé,
l’avocat général œuvrant pour que la loi soit appliquée en juste proportion
des faits, et l’avocat de la défense cherchant à innocenter son client par
tous les moyens qui étaient mis à sa disposition.
L’avocat de la partie civile n’a pas réellement pris la parole, ne serait-ce
que pour demander réparation à l’égard de son client.
A l’inverse, l’avocat de la défense attaquait directement les juges et leur
quête de vérité, critiquant ouvertement leurs méthodes d’investigation.
Cela m’a interpellé.

Quant à l’image que je me faisais d’un procès avant d’y assister, elle était
quasiment similaire à celle dégagée ce jour.

B) Les impressions négatives

Cependant, deux points négatifs sont à relever, l’un concernant la


méthode de la justice, l’autre le fond de la justice.

Tout d’abord, j’ai pu constater qu’après que la délibération des juges a eu


lieu, le verdict est tombé très rapidement : en deux minutes, tout au plus,
le jugement fut rendu pour les 4 personnes qui comparaissaient cette
matinée.
Il m’a fallu du temps pour comprendre, et il m’a également fallu voir le
juge lui-même pour qu’il m’explique son jugement, juge parfaitement
désagréable avec moi - bien qu’il m’eut invité à venir le voir – du fait

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probablement qu’il se sentait en toute puissance face à un jeune étudiant
en droit de 1ère année.

Hormis cette rapidité presque outrancière eu égard à l’accusé, bien qu’en


tort – cela va sans dire -, et eu égard à l’avocat de l’accusé qui demandait
clémence ; ce qui me froisse est que le juge n’a pas donné de réelle
justification quant au jugement qu’il rendait.

Certes, le code pénal doit être appliqué à la lettre, il n’y a pas réellement
d’interprétation des lois à faire car à chaque infraction correspond une
peine prévue par la loi, mais pour des personnes non initiées, et même
pour l’accusé, le jugement peut sembler être rendu trop rapidement sans
qu’il soit expliqué.

La deuxième chose qui me laisse perplexe, mais qui me permet un peu de


douter de la justice française est la suivante : comment peut-on
condamner un homme pour un an de prison de ferme seulement pour
avoir blessé un policier, alors que derrière cela se cache des années de
trafic de voitures et des vols de téléphones portables ?
Pourquoi n’est-il pas inculpé pour vols ainsi que pour trafics ? Pourquoi
faut-il qu’il ne soit jugé que pour avoir malencontreusement blessé un
policier, alors qu’il a un lourd passé de trafiquant derrière lui ?
La réponse simple que j’ai pu en déduire est qu’on l’a condamné
simplement pour ce qu’on l’a inculpé, à savoir blessure involontaire sur
policier, et qu’on ne l’a pas inculpé et condamné pour tous ses méfaits
antérieurs.
Je reconnais cependant qu’il a dû purger ses peines correspondant aux
délits qu’il a commis.

Mais mon impression globale est la suivante, résumant la plupart des


impressions développés ci-dessus : j’ai le sentiment qu’une justice laxiste
et finalement superflue a été rendue, et cela m’interpelle en haut lieu.

C) Les incompréhensions, propositions?

Et pour montrer cette limite de la justice, cette stricte rigueur


procédurale, je cite l’affaire qui a eu lieu après celle suscitée.
Un homme de 29 ans, condamné 11 fois pour violences, vols, détentions
de stupéfiants, violences en bande organisée, outrage à agent, conduite
sans permis, refus d’obtempérer, ivresse sur la voie publique ; et cette
fois-ci condamné pour avoir jeté des canettes de boissons sur des policiers
en uniforme lors d’un heurt dans une surface publique, n’a pris que 2 mois
de prison ferme, et devra seulement dédommager 100 € à chacun des
policiers ayant reçu les projectiles.

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Pourquoi cette peine si faible ? Pourquoi ne pas tenir compte de son passé
de multirécidiviste ?

Tout simplement par ce que l’affaire instruite ne portait que sur le jet de
canettes de bières, ne jugeait que cela, et ne tenait strictement pas
compte de ses 11 condamnations précédentes : il est vrai qu’il a déjà été
jugé pour ses délits antérieurs…

La justice pénale semble finalement trop clémente à l’encontre des grands


récidivistes comme cet homme qui en fin de compte s’en tire plutôt bien.

On devrait réellement créer une loi, instaurer un principe pour que les
condamnations, les peines de prison des récidivistes augmentent en
fonction de la fréquence ou du nombre de fois où ils comparaissent devant
le juge et sont jugés ; et ne plus se référer à la stricte lettre du code pénal
– cela vaut aussi pour l’affaire que j’ai décrite dans laquelle on n’a pas
tenu compte du passé de voleur et de trafiquant de l’homme finalement
condamné pour avoir blessé involontairement le policier qui tentait de
l’arrêter et non pour ses vols à répétition - pour condamner des hommes
qui se fichent éperdument de ce qu’on leur inflige comme peine, la preuve
en est que cet homme a été interpellé 5 ou 6 jours seulement après être
sorti de prison.