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CIHEAM - Options Mediterraneennes

Quelques aspects de l’élevage du lapin au Maroc


A. BARKOK
STATION AVICOLE DE SKIKIMA, TEMARA, MAROC

RESUME - Le lapin a été introduitau Maroc à l’époque romaine, venant de la Péninsule Ibérique. I1 y aurait actuellementun peu
plus d’un million de mères lapines. Jusqu’en 1985, le lapinétait utilisé presqu’uniquement dans les systèmes traditionnels d’élevage,
au niveau familial, avec moins 5deà 10 lapines par famille. Le lapin utilise les ressources locales, les déchets d’alimentation humaine
et les mauvaises herbes.I1 n’y a pas d’investissement pourson habitat. I1 existe des populations locales de lapins
et des métis avec des
races exotiques importées. Les lapins sont répandus partout au Maroc avec une concentration en milieu aride saharien (Vallées du
Drâa et du Ziz). En 1985, le Ministère de l’Agricultureet de la Réforme Agrairea jugé nécessaire de développer cette production
dans un but d’autosuffisance alimentaire. 3 unitésd’élevageont été créées, SKIKIMA à Témara, et dans le sud marocain à
OUARZAZATE et ERRACHIDIA. Cet article décrit les élevages traditionnel et rationnel du lapin au Maroc et indique les
perspectives des étudesà réaliser.
Mots-clés :Maroc, lapin, viande, systèmes de production.

SUMMARY - “Some aspects of rabbit raising in Morocco”. Rabbit was introduced in Morocco in Roman times, from the Iberian
Peninsula. The currentpopulition size is about one millionbreeding females. Up to 1985, rabbit was used almost solely in traditional
raising systems, at familiar level with less than 5 to IO breeding females. Rabbits use local resources, leftovers of person’s meals and
weeds. There is no investment for housing. Rabbits are spread everywhere, with a concentration in dry areas (DrTia and Ziz Valleys in
the South). Local animal populationsand crossbred ones with exotic imported breeds are used. They give food self-sufficiency and
small but regular income to the family. In 1985, the Ministry of Agriculture decided to develop rabbit raising in order to get animal
protein supply.3 research units were established, SKIKIMA in Temara and in the South at O U A R Z A Z A T E and ERRACHIDIA. This
paper describes traditional and rational rabbit raising systems and the prospects for rabbit meat productionstudies in Morocco.
Key words: Morocco, rabbit, meat, production systems.

A l’instar des autres pays méditerranéens, le Maroc L’élevage traditionnel


aurait connul’élevage du lapin un demi-siècle avant J.C.
I1 semblerait que le lapin originaire d’Afrique du Nord Jusqu’en 1985, l’élevage du lapin était uneexclusivité
futintroduit par les romains à travers la Péninsule du milieu traditionnel. I1 demeurait une affaire familiale
Ibérique vers cette époque. avec des effectifs dépassant rarement S à 10 mères et
dontlesproduitsétaient destinés principalement à
Plusieurs études régionales, notamment les projets l‘autoconsommation.
de développement intégré, ont traité de l’élevage des
petits effectifs de lapin en milieu traditionnel. Le lapin a toujours constitué en milieu rural une
réserve de sécurité de viande. I1 est souvent un plat
Lesenquêtesétabliesen1971et 1975 par le réservé a u occasions imprévues. L‘élevage du lapin est
Ministère de l’Agriculture et de la Réforme Agraire à essentiellement une activité féminine, lavente des
l’échelle nationale ont respectivement recensé 220.800 produits leur assurantdes revenus réguliers.
et 833.000 mèreslapines(enquêtes agricoles). Les
effectifs exploités actuellement dépasseraient le million On trouve l’élevage du lapin danspratiquement
de mères lapines. Cependant, le
lapin
reste
une toutes les régions duMaroc avec uneconcentration
production souvent ignorée des statistiques officielles du marquée dans les régions déshéritées, en milieu aride,
fait qu’elle demeure essentiellement abondanteen saharien (vallées du Draâ et duZiz) de même que dans
milieu rural (élevage de type traditionnel). les zones périphériques des petitscentres urbains. I1

Options Méditerranéennes - Série Séminaires- n” 17 - 1992: 19-22

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assure un apport protéique nonnégligeable. De même, il difficile de les attribuer à uneracedonnée. Cet état
présente l’avantage majeur de pouvoir valoriser bon pourrait être dû à la position géographique du Maroc -
nombrede produits etde sous-produitsautrement trait d’union entre l’Europe et l’Afrique - favorable aux
inutilisables. échanges entre le Nord et Sud ledu bassin
méditerranéen, ce qui a permis un croisement entre les
races locales et celles importées.
HABITAT
Le lapin n’a pas toujours été “gâté” dupoint de vue Les résultats de ces brassages sont plus accentués au
habitat, puisqu’il s’est contenté de creuser lui-même ses norddu pays et favorisés par la proximité de la
galeries au fond d’une étable. Péninsule Ibérique.

Quelquefois, l’agriculteur lui place unréseaude On note cependant la présence de traces de races
canauxsouterrainsqui convergent vers uneenceinte étrangèresintroduites au moment dela colonisation
dans laquelle sontplacées de petites mangeoires. (Californien, Néo-zélandais, etc...). Ces races ont donné
naissance à des élevages semi-organisés localisés à la
Apartirde 1912, débutdela colonisation, nous périphérie des grandscentres urbains. Mais il existe
avons assisté à une amélioration des conditions d’habitat encore
des
populations locales ayant subi peu
de cette espèce. On a construit des clapiers comprenant d’influence extérieure dans les oasis du Draâ et du Ziz,
des cages en dur accotées aux murs, ou en bois, ou tout méritant des investigations approfondies.
simplementdes enclos cimentés ayantunefaçade
grillagée et munis de caisses en bois pour lesmises bas.
CONDUITE D’ÉLEVAGE ET PERFORMANCES
Ces élevages sont fréquents dans les plaines et les
zones irriguées, lieux d’implantation des exploitations Certaines
études
régionales
rapportent
quele
coloniales. rythme de reproductionappliqué par les éleveurs
correspond à un âge d’accouplement de huit mois pour
ALIMENTET ABREUVEMENT les femelles et dix mois pour les mâles.

Peu d’effort est fourni dans ce domaine par Le sevrage se fait vers le 50ème jour d’âge pour des
l’agriculteur puisque le lapin est nourri principalement portéesmoyennes de six lapereaux au maximum.
par les déchets ménagers (restes de légumes, pain sec), Lorsquelaportée est supérieure à six, les lapereaux
divers sous-produits de meunerie, résidus de supplémentairessontadoptés paruneautre lapine-
désherbage, quelques produits des cultures (feuilles et mère.
collets de betteraves) et céréales au moment des
récoltes. A ce rythme, le nombre de portées parlapine et par
anne dépassepasquatre,donnantuneproduction
Parfoisdesproduits tels que la pulpesèche de annuelle moyenne de vingt lapereaux par lapine.
betterave, les résidus de taille des arbres fruitiers, sont
distribués en périodede soudure. L’abattage a généralement lieu entre le 3ème et le
Sème mois d’âge, les lapereaux pesant alors entre 1,000
Le lapin est reconnu comme étant un utilisateur et kg et 1,750 kg de poids vif.
un recycleur des déchets ménagers. Pour cette
raison, les
agriculteurs ne disposent pasde programme alimentaire En définitive, l’élevage traditionnel du
lapin
raisonné pour cette espèce. demeure localisé dansles zones démuniesdu milieu
rural où il constitue une activité essentiellement
Les aliments sont distribués souvent à même le sol
familiale dont les revenusalimentent la trésorerie
(terre battue ou planchercimenté), parfois dansdes
féminine. Exploitant de petits effectifs (quelques lapines
récipients localement conçus.
mères),
concerne
il des animaux à caractères
L‘abreuvement quant à lui fait souvent défaut dans phénotypiques variés et suscite peu d’intérêt de la part
ce type d’élevage : les éleveurs pensant que cette espèce des exploitants à pouvoir de décision. Cet élevage
peut vivre sans eau, étant donné le contenu en cette secondairesouvent négligé est la proie
régulière
dernière de leursaliments. d’épidémies et de prédateurs et nejouit d’aucun apport
de soins prophylactiques.
Aucun matériel
d’abreuvement approprié n’est
disponible. La plupart du temps, c’est un pot ou une Le lapin ne bénéficie dans ce type d’élevage
assiette qui faitl’affaire. d’aucune alimentationrationnée etsecontente des
endroits les plus délaissés.
RACES Lesproductionssontprincipalementdestinées à
Etant donnéles nombreux caractères phénotypiques l’autoconsommation et atteignent difficilement les
observés au niveau des élevages traditionnels, il est marchés des grands centres urbains.

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L’élevage rationnel L’unité d’engraissement, d’une capacité de 512


lapereaux, est placée dans un bâtiment de 100 m? de
L’installation des exploitations de colons a favorisé surface avec une ventilation statique.
ledéveloppement de l’élevage rationneldu lapin,
utilisant de nouvelles races plus performantes et conduit E n plus la
de photopériode
naturelle,
un
dans des clapiers grillagés (en bois ou endur).Cet complément est assuré par des lampes à raison de 4
élevage a connu un développement plus important grâce wattslm2.
aux religieux des monastères et des couvents implantés La maternité est équipée d’un chauffage d’ambiance
un peu partout dans les zones pauvres (les montagnes du utilisant des radiants à gaz.
moyen et duhaut Atlas, etc...).
Ces derniers ontvulgarisé l’élevage du lapin en cages ALIMENTATION
métalliques (C.I.D.E.R.A. à Témara). Depuis et avec
l’apparition de l’aviculture moderne, plusieurs tentatives On utilise de l’aliment commercial complet ayant
d’installation d’élevages rationnels de lapins de “chair” 17% de protéine brute et 12% de cellulose. Ce dernier
ont échoué et ceci pour plusieurs raisons, la principale est fourni aux reproducteurs e t aux jeunes lapereaux à
étant la faible demande du marocain résidant dans les l’engraissement. La distribution de l’aliment se fait le
centres urbains. matin àraison de120 grammes par femelle non gestante,
gestante de moins de 28 jours ou un mâle.
Ce n’est que vers 1985 que le Ministère de
l’Agriculture et de la Réforme Agraire a jugé nécessaire Les autreslapines et les lapins à l’engraissement
de développer cette
production longtemps restée reçoivent une alimentation ad libitum. De la paille de
artisanale, alors qu’elle pouvait contribuer à bonne qualité est livrée l’après-midi par dessus les cages
l’amélioration des niveaux protéiques des populations à tout le troupeau en complément de l’aliment
de certaines zones. L‘élevage de trois ou quatre lapines commercial.
et unmâle satisferait lesbesoins d‘une famille moyenne
en viande, sans oublier la peau etle fumier quiest d’une
grande qualité organique. RACES
Ainsi futcrééeuneunité d’élevage de lapins de Les races utilisées danslesStations Cunicoles du
“chair” à la Station Avicole de Skikima à Témara suivie Ministère de l’Agriculture et delaRéformeAgraire
de deux autres au suddu pays, respectivement à sont :
Ouarzazate en 1986 et Errachidia en 1990. * Le Californien
Les objectifs de ces stations sontles suivants: * Le Néo-Zélandais.
* L’élevage des reproducteurs et la production de Ces deux races ont étéimportées.
lapereaux, La taille moyenne de ces animaux et leur adaptation
aux conditions climatiques locales ont étéles principales
* La vulgarisation des races améliorées et des techni- raisons de leur choix.
ques d’élevage auprès des éleveurs.
Les descendants de ces croisements sont rétrocédés
a u agriculteurs et aux éleveurs à des prix symboliques.
LOCAUX D’ÉLEVAGE
Ils sont destinés à l’amélioration des performances
Les lapins reproducteurs de la Station Avicole de des races locales.
SKIKIMA sont logés dans des cages individuelles en
Flat-deck. Chaque cage est équipée d‘un système
d’abreuvement à tétine, d’une trémie et d’une boîte à RYTHMEDE REPRODUCTION
nid. La maternité, d’une superficie de 100 m2, compte 48 ET PERFORMANCES
cages dont 6 sont réservées aux mâles.
Rythme de reproduction
Chaque cage est numérotée et comporte une fiche
d’élevage dans laquelle sont notés l’identité de l’animal Le rythme de reproduction appliqué à la Station de
ainsi que son carnetde travail. SKIKIMA est ajusté en fonction des résultats obtenus.

La cage est réservée à une femelle et sa portée ou à -Les saillies.


un mâle. Les batteries d’engraissement sont compactes : Les premières saillies commencent lorsque les
chaque cage équipée d’un abreuvoir à godet et d’une femelles atteignent l’âge de seize semaines et les mâles
trémie,sert à l’engraissement dehuitlapereaux soit dix-huit à vingt semaines.
l’équivalent d’une portée moyenne.

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Lorsquelenombredelapereaux nés vivants est D e plus, le lapin a souvent éténégligé dansles projets de
inférieur à huit, la saillie est post-partum. Autrement, la développement car on ignore sa véritable contributionà
lapineauraunreposde dix joursavantuneautre lacouverturedesbesoinsenprotéinesanimalesdes
présentation au mâle. populations étudiées.
-Le contrôle degestation Plusieurs autresproblèmesontcontribuéd'une
façon ou d'une autre à limiter le développement de la
Se fait dix jours après la saillie, par palpation, afin
cuniculture au Maroc, parmilesquels on peut citer :
d'optimiser l'occupation des cages-mères.
-Louverture dunid * Les maladieset les prédateurs
* Les habitudesalimentaires, etc...
A lieu le 28ème jour degestation.
Le lapin demeure ainsi un plat d'occasion recherché
A la constatation de la mise bas, les lapereaux nés par une certaine catégorie dela population et réservé à
sont dénombrés etles chétifs sont éliminés. quelques occasions. La commercialisation se faitsoit en
pièce dans les souks ou abattus et éviscérés dans les
Dans lecas d'une grande portée, quelques lapereaux
boucheries des grandscentres urbains.
sont adoptés par une autre mère. Leur nombrevarie en
fonction de l'état de leur mère au momentla mise
de bas
Le prix de vente estsimilaire à celui du pouletlabel.
et deses aptitudes allaitantes. Les circuits de commercialisation demeurent semblables
-Le sevrage à ceux du poulet.

I1 est effectué environ 25 jours après la misebas. Le Face à cette situation stagnante et à la contribution
poids detoutelaportéeestdéterminé à 21jours appréciable quepourraitapporter l'élevage decette
permettant,dedonneruneidée sur les aptitudes espècedans la couverturedesbesoinsprotéiques,le
laitières de la mère. Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire a
inclu dans le plan quinquennal1988-1992 des actions de
vulgarisation du lapin à travers trois unités implantées à
Performances Témara, Ouarzazate etErrachidia.
L'action de ces trois stations portera essentiellement
- Les critères de maternité
sur la vulgarisation dessouches et destechniques
g: Nombre de portées par cage-mère par an = 4,75 d'élevage du lapin dans d'autres régions dupays.
* Nombre de lapereauxnés vivants par portée= 5,22 Les fruits des actions menéespar ces noyaux
* Nombredelapereaux sevrés par portée = 2,97 commencent déjà à apparaître :
-Les critères d'engraissement * Le matérielcunicole etnotamment les cages
d'élevage sont maintenant fabriquées localement,
* Poids vif moyen à 80 jours = 1,17 kg
* Indice de consommation = 2,04 *: La demande en lapereaux est supérieure
à l'offre.

* YOdemortalité sevrage-abattage = 18,73% On commence déjà à retrouver les caractéristiques


phénotypiques des reproducteurs au niveau des produits
Comme on peutleconstater, les performances commercialisés.
obtenuesdemeurent
relativement
moyennes.Les
résultats enregistrés peuvent être en partie attribués à En conclusion, études
des
exhaustives et
l'existence d'un seul type d'aliment commercial fabriqué approfondies sontnécessaires afin de :
en petite quantité et selon la demande. 1." Evaluer l'impact de l'élevage decetteespèce
dans les systèmes de production traditionnelle,
Quelques freins au développement 2." Caractériser les différentes populations locales,
de la cuniculture au Maroc 3." Mesurerleursperformancesdans différents
milieux afin de dégager les caractéristiques de l'habitatà
L'importation de lapins fut longtemps interdite au
vulgariser,
Maroc en vue de préserver le cheptel national de la
myxomatose. Cettedernière avait décimé plusieurs 4." Voir dans quelle mesure de l'aliment industriel
populations locales de lapins avec l'arrivée des "colons". pourrait êtremis à la disposition des éleveurs,
La cuniculture marocaine est restée ainsi un peu en 5." Déterminer les principaux goulots d'étranglement
dehors des progrès techniques
réalisés dans ce domaine. freinant la consommationde la viandede lapin ...

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