Vous êtes sur la page 1sur 4

LES PHONEMES VOYELLES

Source : Cours de Mme Laurence VIGNES, Maitre de Conférences, Université de Rouen, 2015

DESCRIPTION

Les voyelles des langues du monde se placent dans un continuum entre les valeurs extrêmes
suivantes : [i], [a], [u]. Toutes les langues du monde possèdent ces trois voyelles, certaines
n’ont que ces trois voyelles (l’arabe classique, l’esquimau).

[i]
[u]

antérieur
postérieure

fermée
fermée

écartée arrondie

[a]

intermédiaire

ouverte

moyenne

Tableau 1 Système à trois voyelles (voyelles de base)

Note : antérieure = aiguë, postérieure = grave

Voici le système vocalique (le système à cinq voyelles) souvent rencontrés au niveau débutant
par des apprenants français. C’est le système de la plupart des langues (russe, grec, espagnol,
japonais, beaucoup de langues d’Asie - y compris le philippin, et d’Afrique).

[i]
[u]

antérieur
postérieure

fermée
fermée

écartée arrondie

[e] [a]
[o]
antérieure intermédiaire
postérieure
demi-fermée ouverte
demi-fermée
écartée moyenne arrondie

Tableau 2 Système d’oppositions à cinq voyelles

La première originalité du système français, ce sont les voyelles antérieures arrondies (labiales)
[ø] et le [y]. Peu de langues ont des voyelles du type antérieur labial, mais l’allemand, le danois,
le suédois, le hollandais, le hongrois, le turc, en ont. Le français possède cependant la plus
forte labialité.

Ces sept voyelles forment l’essentiel des voyelles orales (= non nasales) en français. C’est la
base du système des oppositions vocaliques du français, nécessaire à un minimum de
compréhension linguistique. C’est le système commun à tous les types de français.

[i] « si »
[y] « su » [u] « sous »

antérieur
moins antérieure postérieure

fermée
fermée fermée

écartée arrondie arrondie

[e] « ces »
[ø] « ceux « [o] « seau »

antérieure
moins antérieure postérieure

demi-fermée
demi-fermée demi-fermée

écartée arrondie arrondie

[a] « sa »

intermédiaire

ouverte

moyenne

Tableau 3 Système d’oppositions à sept voyelles

Les voyelles nasales : avec le portugais et le polonais, le français est une des rares langues
(bien connue) à opposer des voyelles nasales (l’air passe par la bouche et le nez) aux voyelles
orales (l’air passe uniquement par la bouche et pas du tout par le nez). Le français possède
trois voyelles nasales essentielles à la communication [ã ɔ̃ ɛ̃ ]. Les voyelles nasales ne sont pas
prononcées en français standard avec une consonne nasale en fin de syllabe. Lorsqu’on ajoute
ces trois voyelles nasales aux sept voyelles orales, on a complété le système vocalique
minimum à toute communication linguistique (système phonétique), composé de dix
phonèmes. Ce sont les voyelles types du français, celle qu’il faut prendre en compte à priori.

[i] « si »
[y] « su »
[u] « sous »

antérieur
moins antérieure
postérieure

fermée
fermée
fermée

écartée arrondie arrondie

[e] « ces »
[ø] « ceux «
[o] « seau »

antérieure
moins antérieure postérieure

demi-fermée
demi-fermée
demi-fermée

écartée arrondie arrondie

[ɛ̃ ] « saint » [a] « sa »

antérieure intermédiaire

écartée ouverte

+ nasale moyenne

[ã] « sans » [ɔ̃] « son »


intermédiare postérieure
moyenne arrondie
+ nasale + nasale

Tableau 4 Système phonémique, qui comprend les dix phonèmes voyelles nécessaires et
suffisants à la compréhension du français

Pour compléter, voici ci-après le système complet des 16 phonèmes voyelles du français, tel
qu’il apparaît dans les descriptions « classiques » du français.

Voyelles Voyelles Voyelles Voyelles


antérieures antérieures postérieures postérieures
écartées arrondies écartées arrondies

Fermées [i] [y] [u]

Demi-fermées [e] [ø] [o] [ɔ̃ ]

Moyennes [ə]

Demi-ouvertes [ɛ] [œ] ɔ

[ɛ̃ ] [œ̃ ]

Ouvertes [a] [ɑ] [ã]

Tableau 5 Le système complet de 16 phonèmes du français (avec les variantes)

LES TRAITS ARTICULATOIRES

Lorsqu'on étudie les phonèmes d'une langue, on se concentre sur les traits qui caractérisent
leur articulation, on parle aussi de critères.

Voici les 4 critères (ou traits) utilisés pour décrire des voyelles :

• l’Aperture : le niveau d'ouverture de la bouche (qui entraine la position verticale de la


langue)

• l’Antériorité : la position horizontale de la langue (antérieure, postérieure)

• la Labialité : l'arrondissement des lèvres

• l’Oralité (vs la nasalité) : si l'air passe par la cavité nasale ou uniquement par la bouche,

L'aperture : La langue peut monter ou descendre dans la bouche. Ainsi faisant, l'ouverture par
laquelle passe l'air change et il en résulte des voyelles différentes. Notre description des
voyelles françaises se sert de quatre niveaux de hauteur (ou de fermeture): numérotés de 1
(fermé) à 4 (ouvert). Considérons, par exemple la voyelle /i/ du mot "si". Pour articuler cette
voyelle, la langue est relativement haute dans la bouche. Comme la langue est haute, le
passage par lequel passe l'air est étroit. C'est pour cela qu'on utilise souvent le terme "fermé".
En français, il y a trois voyelles hautes (ou fermées): /i/, par ex.: "si", /y/, par ex.: "su" and /u/,
par ex.: "sous".

L'antériorité : Tout comme la langue se déplace verticalement, elle peut aussi s'avancer et se
reculer. On distingue trois positions horizontales de la langue: antérieure, centrale et
postérieure.

La labialité : Lorsqu’on articule une voyelle française, les lèvres peuvent être arrondies ou non-
arrondies (= écartées). Notez bien que lorsqu'on articule une voyelle arrondie les lèvres sont
aussi avancées. C'est-à-dire que la forme des lèvres est semblable à la position qu'on utilise
pour siffler.

Orales et nasales (la nasalité) : À la différence de l'anglais, le français a une série de voyelles
nasales: /ã/, /õ/, /ɛ̃ /, /œ̃ /. Lorsqu'on articule une voyelle nasale, le voile du palais se baisse afin
de laisser passer de l'air par la cavité orale et par la cavité nasale.

REMARQUES MÉTHODOLOGIQUES

Pour récapituler :

• Cinq phonèmes voyelles n’ont qu’un timbre : [i, y, u ã, ɔ̃ ]

• Cinq autres phonèmes peuvent se réaliser selon des variantes phonétiques 



(voir Tableau 5) :

[o] / [ɔ]

[e] / [ɛ]

[ø] / [œ] et [ə]

[a] / [ɑ]

[œ̃ ] / [ɛ̃ ]

Lorsque l’on neutralise ces variantes, on obtient un ensemble de dix phonèmes (système
phonémique, Tableau 4).

Un exemple de neutralisation : « ticket » peut se prononcer soit avec un [e] soit avec un [ɛ], ce
qui n’affecte pas la compréhension.

Le timbre de la voyelle est également en rapport avec le découpage syllabique : en finale


prononcée, il y a une loi de distribution. Il s’agit de la loi de distribution complémentaire.

La loi de distribution

- lorsque la syllabe est ouverte, la voyelle est fermée

- lorsque la syllabe est fermée, la voyelle est ouverte

Exemples :

Dans le mot « fée », la syllabe est ouverte (se termine par un son voyelle), et cette
voyelle est fermée : [e]

Dans le mot « fête », la syllabe est fermée car terminée par un son consonne (attention
le [ə] de la fin du mot ne se prononce pas). Donc la voyelle est ouverte : [ɛ]

Le raisonnement est identique avec les paires de mots : « ceux/seul », « seau/sol »

Attention à cette règle générale toutefois, car il y a une quantité d’exceptions.