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QUE SAIS-JE

L'argumentation
PIERRE OLÉRON
Université René-Desoartes, Paris

Troisième édition mise à jour


2 0 mille
DU MÊME A U T E U R

Les composantes de l'intelligence d'après les recherches factorielles,


Paris, Presses Universitaires de France, 1957 (épuisé).
Recherches sur le développement m e n t a l des sourds-muets. Contri-
bution à l ' é t u d e d u problème « langage et pensée , Paris, Ed. du
Centre national de la Recherche scientifique, 1957 (épuisé).
Les sourds-muets, Paris, Presses Universitaires de France, coll.
« Que sais-je ? », n° 444, 2 éd., 1969.
Les activités intellectuelles, Paris, Presses Universitaires de France,
2 éd., 1972 (épuisé).
Langage et développement m e n t a l , Bruxelles, Mardaga, 1972.
E l é m e n t s de répertoire d u langage gestuel des sourds-muets, Paris,
Ed. d u Centre national de la Recherche scientifique, 1974.
L'éducation des enfants physiquement handicapés, Paris, Presses
Universitaires de France, 2 éd., 1976 (épuisé).
L'enfant et l'acquisition du langage, Paris, Presses Universitaires
de France, 1979.
L'intelligence, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que
sais-je ? », n° 210, 5e éd., 1991.
Le raisonnement, Paris, Presses Universitaires de France, coll.
Que sais-je ? », n° 1671, 3e éd., 1989.
E n collab., Savoirs et savoir-faire psychologiques chez l'enfant,
Bruxelles, Mardaga, 1982.
L'intelligence de l'homme, Paris, A. Colin, 1989.

ISBN 2 1 3 0 4 5 5 1 3 1

D é p ô t légal — 1 édition : 1983


3 édition mise à j o u r : 1993, j u i n

© Presses Universitaires de F r a n o e , 1983


108, b o u l e v a r d S a i n t - G e r m a i n , 75006 Paris
CHAPITRE PREMIER

PRÉSENTATION
DE L'ARGUMENTATION

I. — Argumentation et vie quotidienne


L'argumentation fait partie de notre vie quoti-
dienne. Il n'est guère de pages d'un journal, de sé-
quences à la radio ou à la télévision qui n'exposent
ou ne rapportent les arguments d'un éditorialiste,
d'un invité, d'un homme politique, d'un auteur, d'un
critique... Les textes ou présentations explicitement
publicitaires argumentent pour justifier l'achat ou
la consommation d'une marchandise ou de quelque
produit culturel. A l'égard de ceux-ci, des magazines
ou des chroniques spécialisées se livrent à des exa-
mens critiques qui font apparaître qualités ou fai-
blesses et incitent à les adopter ou les rejeter. Et
même la description d'événements, voire la présen-
tation d'images sont parfois des arguments impli-
cites en faveur de thèses que l'habileté de leurs
défenseurs conduit ici à ne pas démasquer da-
vantage.
Chacun de nous, par ailleurs, à divers moments,
en diverses circonstances, est amené à argumenter,
qu'il s'agisse de plaider sa cause, de justifier sa
conduite, de condamner ou de louer amis, adver-
saires, hommes publics ou parents, de peser le
pour et le contre d'un choix ou d'une décision. E t il
est la cible d'arguments développés par d'autres
dans les mêmes contextes, sur les mêmes sujets.
Ainsi l'argumentation nous est familière. Du
moins sur le plan de l'expérience que nous en avons
comme spectateur — surtout comme spectateur —
ou comme acteur. Par contre sa nature, les mécanis-
mes qu'elle met en œuvre, les conditions de son
efficacité, de sa vulnérabilité à l'égard de l'indiffé-
rence, du parti pris, de contre-mesures... sont beau-
coup moins connus. De même ses rapports avec les
intentions et les calculs de ceux qui la mobilisent
dans le cadre de leurs stratégies, en vue d'obtenir,
grâce à elle, sans dévoiler forcément leurs objectifs
ou projets, une adhésion en faveur de leurs thèses.

II. — Définition

L'argumentation peut être définie de différentes


manières. Nous adopterons la définition suivante :
démarche p a r laquelle une personne — ou un groupe —
entreprend d'amener un auditoire à adopter une
position par le recours à des présentations ou asser-
tions — arguments — qui visent à en montrer la vali-
dité ou le bien-fondé.
Cette définition fait ressortir trois catéristiques
de base de l'argumentation sur lesquelles on aura
à revenir plus en détail par la suite.
1) L'argumentation fait intervenir plusieurs per-
sonnes : celles qui la produisent, celles qui la reçoi-
vent, éventuellement un public ou des témoins.
C'est un phénomène social.
2) Elle n'est pas un exercice spéculatif, comme le
seraient par exemple la description d'un objet, la
narration d'un événement (encore qu'on puisse
douter qu'il existe jamais d'actions, même verbales,
purement gratuites). C'est une démarche par
laquelle une des personnes vise à exercer une in-
fluence sur l'autre.
3) Elle fait intervenir des justifications, des élé-
ments de preuve en faveur de la thèse défendue,
qui n'est pas imposée par la force. C'est une
procédure qui comporte des éléments rationnels ;
elle a ainsi des rapports avec le raisonnement et
la logique.

III. — D'Aristote à Perelman

Aristote est le premier auteur qui ait exposé une


conception systématique de l'argumentation. Dans
les Topiques, il l'a considérée essentiellement sous
l'angle du raisonnement (l'ouvrage contient une
théorie du « raisonnement dialectique »). Dans la
Rhétorique il s'est attaché aux aspects relatifs à la
persuasion de l'auditoire. L'argumentation appa-
raît ainsi, à travers ces deux ouvrages, comme l'asso-
ciation ou la coordination d'une procédure ration-
nelle et d'une démarche sociale.
Dans les Topiques, comme raisonnement, elle
part de prémisses et aboutit à des conclusions qui
en découlent nécessairement. Mais ce raisonnement
ne se conçoit pas sans interlocuteurs. Un point de
référence pour l'élaboration de la théorie d'Aristote
est constitué par le dialogue entre deux personnes,
spécifiquement du dialogue réalisé comme exercice
d'école dont les règles sont assimilées à celles d'un
jeu (cf. Brunschwig, introd. à la traduction des
Topiques) : un des interlocuteurs accepte une propo-
sition au départ et l'art de son adversaire est d'en
tirer des conséquences qui amènent à en établir la
fausseté. Plus généralement le point de départ de
l'argumentation est constitué par des opinions admi-
ses (et non des vérités démontrées). Ceci implique
une référence à l'accord des interlocuteurs, mais,
au-delà, au contexte qui détermine le contenu et
les limites des opinions.
Par ailleurs, l'argumentation n'est pas tributaire
de connaissances propres à un domaine spécifique
(de telle ou telle science, par exemple). Ceci résulte
de ce qu'elle concerne un public tout venant, sans
compétences particulières et que le débat ne peut
conduire à une discussion prolongée ni mobiliser des
raisonnements trop complexes pour être suivis par
ce public. Cette caractéristique lui confère une
compétence théoriquement universelle, son mode et
son niveau d'approche des questions lui permettant
de s'appliquer à toutes.
L'intérêt pour l'argumentation, dans la perspec-
tive définie par Aristote, n'a pas persisté lorsque est
apparue la pensée moderne. Elle est même tombée
dans le discrédit, comme l'a souligné Perelman qui
fait porter la responsabilité de ce changement
d'attitude à Descartes.
«Le domaine de l'argumentation est celui du vraisemblable,
du plausible, du probable, dans la mesure où ce dernier échappe
aux certitudes du calcul. Or la conception nettement exprimée
par Descartes dans la première partie du Discours de la mé-
thode était de tenir «presque pour faux tout ce qui n'était que
vraisemblable ». C'est lui qui, faisant de l'évidence la marque
de la raison, n'a voulu considérer comme rationnelles que les
démonstrations qui, à partir d'idées claires et distinctes, pro-
pageaient, à l'aide de preuves apodictiques, l'évidence des
axiomes à tous les théorèmes »(Perelman et Olbrechts-Tyteca,
1976, 1-2) (1).
Perelman rappelle de même que Descartes a
rejeté ce qui relevait des opinions et était marqué
par le désaccord des esprits.
« Une science rationnelle ne peut... se contenter d'opinions
plus ou moins vraisemblables, mais élabore un système de
propositions nécessaires qui s'impose à tous les êtres raison-
(1) Les références constituées par des noms d'auteur et une date
renvoient à la bibliographie à la fin de l'ouvrage.
nables, et sur lesquels l'accord est inévitable. Il en résulte que
le désaccord est signe d'erreur. « Toutes les fois que deux
« hommes portent sur la même chose un jugement contraire, il
« est certain, dit Descartes, que l'un d'eux se trompe. Il y a plus,
« aucun d'eux ne possède la vérité ; car s'il en avait une vue
« claire et nette, il pourrait l'exposer à son adversaire, de telle
« sorte qu'elle finirait par forcer sa conviction » » (ibid., p. 2).

P e r e l m a n s'est préoccupé de réhabiliter u n e théo-


rie de l ' a r g u m e n t a t i o n qui r e t r o u v e la t r a d i t i o n
aristotélicienne. Il justifie sa position en f a i s a n t
r e m a r q u e r q u ' u n e d é m a r c h e r a t i o n n e l l e n e se l i m i t e
pas a u x preuves fondées sur la d é m o n s t r a t i o n o u
l'expérience (sur laquelle le d é v e l o p p e m e n t des
sciences e x p é r i m e n t a l e s a c o n d u i t à insister) mais
qu'elle p e u t i n t e r v e n i r aussi p o u r décider dans des
m a t i è r e s q u i r e l è v e n t de la v r a i s e m b l a n c e e t d e

ni l'expérience ni la déduction logique ne p e u v e n t


n o u s f o u r n i r la solution d ' u n p r o b l è m e , n o u s n ' a v o n s
lp' loupsi nqiuo 'nà. n oS ui ns oanb af na ud do rnani et -ri la uaxd fmo er ct et rs eé m«o tqiuoen n leàl l eosù,
à nos instincts, à la suggestion ou à la violence ? »
( i b i d . , p . 3).
P e r e l m a n rejette la notion d'évidence a u profit
d e celle d ' a d h é s i o n . C e l l e - c i , q u i , à l a d i f f é r e n c e d e
l'évidence, est susceptible de plus e t de moins, lui
p a r a î t la b a s e à p a r t i r de laquelle définir l ' a r g u m e n -
t a t i o n . Ceci r é i n t r o d u i t l a p e r s o n n e v i s é e e t u n e d e s
idées s u r lesquelles P e r e l m a n insiste est que, en
e f f e t , « c'est e n f o n c t i o n d ' u n a u d i t o i r e q u e se développe
toute a r g u m e n t a t i o n » ( i b i d . , p. 7).
S a n s e n t r e r d a n s les d é t a i l s e t n u a n c e s q u ' a p p e l -
l e r a i t u n e a u t h e n t i q u e é t u d e h i s t o r i q u e , il f a u t
rappeler au moins que l'attitude adoptée à l'égard
de l ' a r g u m e n t a t i o n et la manière de la concevoir
d é p e n d e n t d u contexte s o c i a l . L a p l a c e q u i l u i é t a i t
a c c o r d é e p a r les a u t e u r s g r e c s e s t l i é e à l a l i b e r t é
et a u poids accordés à la parole dans la vie des
citoyens et la gestion de la Cité. La référence aux
exercices dialectiques évoqués ci-dessus ne doit pas
faire oublier les implications pratiques de la rhéto-
rique dont Aristote a fait état : débats politiques,
défense du citoyen devant la justice. L'intérêt
porté à nouveau de nos jours à l'argumentation est
lié à son usage intensif, qui résulte lui-même de la
liberté des individus, reconnue par les régimes poli-
tiques et — théoriquement — encouragée par l'édu-
cation, et de la diffusion des moyens de communica-
tion de masse. Ceux-ci visent à influencer l'auditoire
et ceci renforce la place accordée, dans l'analyse,
à celui-ci, comme on le voit chez Perelman.
Ces moyens fournissent aussi une matière fort
riche sur laquelle l'étude de l'argumentation, si elle
veut rester insérée dans la réalité, doit largement
s'appuyer, même quand il s'agit de propagande et
de publicité. On peut, à cet égard, regretter que
Perelman malgré l'importance de ses positions de
principe — et l'intérêt accordé à l'argumentation
juridique — en soit resté le plus souvent à l'analyse
de textes académiques, philosophiques ou litté-
raires.

IV. — L'argumentation,
domaine de l'ambiguïté
et du conflit

L'argumentation s'exerce dans un univers où


règnent l'ambiguïté, l'équivoque, l'incertitude, le
désaccord. Ceci apparaît dès les premières analyses
d'Aristote, mais sous une forme qui reste discrète.
Or ce sont là des points essentiels qu'il importe
d'expliciter. Sans oublier qu'aucune forme des acti-
vités cognitives — si on ne les enferme pas dans une
image idéalisée — n'y échappe complètement.
1. Raisonnement et influence. — Les deux carac-
téristiques mentionnées dans la définition de l'argu-
mentation — influence exercée sur les personnes,
démarche rationnelle — n'ont pas d'affinité de
nature ni d'origine. C'est sans doute ce qui a contri-
bué à amener Aristote à traiter dans deux ouvrages
séparés le raisonnement et les manières d'influencer
l'auditoire. Une chose est d'exercer des pressions ou
sollicitations en vue de faire accepter une position,
une autre est de développer un raisonnement.
Les incitations peuvent conduire à l'adhésion les
personnes qui les subissent parce qu'elles procèdent
de techniques de mobilisation qui gardent des traces
de leur origine : rapports de force ou de séduction
entre les personnes, avec les charges affectives qu'ils
impliquent. Le raisonnement établit des liaisons
entre propositions sans autres implications appa-
rentes que d'élargir ou de renforcer le champ des
savoirs. La cohérence, l'articulation entre les deux
aspects de l'argumentation, le soutien que le raison-
nement peut apporter aux incitations appellent un
examen attentif.
S'appuyer sur le fait que l'argumentation com-
porte une composante rationnelle ou logique pour
ne la considérer que sous cet angle ne conduirait
qu'à une connaissance parcellaire, voire caricaturale.
De même si l'on ne rattachait pas les incitations que
véhicule l'argumentation aux pressions et sollicita-
tions exercées par d'autres voies.

2. La rigueur et le flou. — L'argumentation est


un champ de conflit entre le souci de conduire un
raisonnement rigoureux et la nécessité de tenir
compte du flou des concepts sur lesquels elle
s'exerce.
Seule une représentation idéalisée des activités
intellectuelles amène à imaginer que celles-ci ne
s'exercent que sur des concepts susceptibles d'être
définis d'une manière rigoureuse. L'univers intel-
lectuel courant est constitué de concepts flous dont
les contours ne peuvent être exactement délimités.
Ne sont rigoureux que les concepts construits ou
reconstruits dans des systèmes dont l'esprit se
donne la maîtrise parce qu'il les coupe des sugges-
tions du concret. C'est ce qui se passe pour les mathé-
matiques et la logique formelle : la rigueur est asso-
ciée au vide matériel. Ainsi les nombres constituent
des concepts précis dont la définition est sans ambi-
guïté parce qu'ils ne désignent aucun objet spécifique.
Il n'en est pas ainsi avec les concepts sur lesquels
s'exercent l'argumentation et la plupart des raison-
nements. Ces concepts sont flous parce qu'ils ren-
voient à une réalité complexe dont les divers aspects
sont étroitement imbriqués, de même que les réac-
tions qu'ils provoquent chez le sujet qui les ren-
contre et les manipule.
N'est-ce pas le cas pour tant de concepts qui
continuent à faire l'objet de débats, au sens littéral,
interminables : la vie (sa genèse, sa valeur), l'homme
(son origine, sa destinée, ses droits), la justice (ses
implications morales et sociales, sa mise en œuvre),
la paix (ses formes, ses conditions), la nation (sa
valeur, ses limites), la nature (son exploitation, sa
protection), la liberté, la responsabilité, la mort (le
droit d'en disposer), le bien, le mal, le châtiment, le
pardon, sans parler de Dieu, de l'éternité, de la
survie, etc. ?

3. L'accord et les divergences. — L'argumentation


est partagée entre la recherche de l'accord et la
réalité de divergences irréductibles entre les per-
sonnes ou les groupes. Sa définition même présup-
pose la possibilité d'un accord entre celui qui argu-
mente et celui qui, l'ayant entendu, va, si les argu-
ments ont été convaincants, se ranger à son point
de vue. Un des types d'arguments largement utilisés
va prendre appui sur des présuppositions communes
à celui qui argumente et à son auditoire (cf. p. 76).
Ceci est à prendre en compte. Mais est à prendre
aussi le fait que les personnes qui sont amenées à
argumenter ont des points de vue qui ne sont pas
nécessairement labiles au point d'être modifiés par
des arguments qui vont à leur encontre. Un débat
électoral, parlementaire, l'affrontement de l'avocat
et de l'accusation dans un tribunal, celui de plai-
deurs fournissent d'excellents exemples d'argumen-
tation où il n'est pas question que les points de
départ soient remis en cause chez chaque partie.
Ils sont au contraire défendus jusqu'au bout, les
concessions, quand elles interviennent, concernant
quelques aspects accessoires qui permettent de
mieux assurer l'essentiel.
Les divergences ainsi révélées ne sont aucune-
ment des faits accidentels ou marginaux. Elles sont
la conséquence de la complexité des choses, même
au niveau de l'univers matériel (que de débats chez
les physiciens, les astronomes, les géologues, les
biochimistes... !). Contrairement à la théorie carté-
sienne de l'évidence, la vérité n'est pas l'objet
d'une expérience spécifique, où elle apparaîtrait
avec une étiquette qui la désigne sans équivoque.
Tout ce qui peut être proposé est une certaine
lecture de faits, à laquelle une autre lecture peut
être opposée, elle aussi plausible et justifiée par
des arguments. Même des faits historiques solide-
ment admis à certaines époques et dans certains
cercles ne sont-ils pas mis en doute et écartés à
d'autres moments et dans d'autres environnements ?
A plus forte raison quand il s'agit de conceptions
théoriques et de valeurs ou de normes, dont les
rapports avec les données observables sont des plus
indirects.

4. La vérité et l'efficacité. — Comme toute acti-


vité intellectuelle, l'argumentation est théorique-
ment subordonnée à la vérité, qu'elle est censée res-
pecter et — bien plus — contribuer à établir. Mais
cette préoccupation se trouve en conflit avec le souci
de réussite et d'efficacité. Il s'agit bien de conflit
et non d'une coexistence qui pourrait au plus être
analysée d'une manière spéculative. Car la recherche
de l'efficacité conduit à utiliser toutes les armes
disponibles. Parmi celles-ci la ruse, l'équivoque, la
distorsion des faits et des paroles ne sont pas des
moyens négligeables. Les stratégies militaires,
comme celles qui interviennent dans les jeux de
compétition, les affrontements idéologiques, les
conflits sociaux, les luttes entre les personnes n'ont
pas pour objet l'établissement en commun de la
vérité, mais le succès dans le combat. Aussi utilisent-
elles naturellement la feinte, l'esquive, l'intoxication
de l'adversaire...
Et la destruction, au moins sociale, morale,
économique, politique de celui-ci. Les campagnes
électorales la vise, bien souvent, beaucoup plus,
avec des imputations infamantes ou diabolisantes
qu'elles n'exposent des projets raisonnés et plau-
sibles. Et les réactions des oppositions pour qui
toute mesure gouvernementale ne peut, a priori,
qu'être détestable.
La vérité n'est pas sans valeur pratique. Mais
elle est restreinte à certains domaines et à certains
cercles qui l'acceptent comme norme. Les conflits
de la vie collective expriment le jeu d'intérêts
moins élaborés et de tendances plus brutales qui,
en dernier ressort, conditionnent la survie et le
pouvoir.
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J u i n 1993 — N° 39 092
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