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Finance & Finance Internationale N°15 juillet 2019

LES RISQUES DANS LE SYSTEME FINANCIER ISLAMIQUE

Par

Fouad ELLESK

Chercheur à la Faculté Polydisciplinaire de Larache, Laboratoire de


Mathématiques Appliquées & Economie du Développement Durable (MAE2D),
Université Abdelmalek Essaâdi (Maroc).
f.17042012@gmail.com

&

Ahmed OUAZZANI

Professeur à la Faculté Polydisciplinaire de Larache, Laboratoire de


Mathématiques Appliquées & Economie du Développement Durable (MAE2D),
Université Abdelmalek Essaâdi (Maroc).
ouazzanifr@gmail.com

Résumé :

Le présent papier s’intéresse à l’étude des risques dans le système financier islamique et en
spécifiquement les risques encourus par les institutions financières islamiques IFI (hors
institutions d'assurance). La composante essentielle des activités des IFI est l'exigence de
conformité avec les préceptes et les principes de la Charia et, en particulier, l'interdiction de
générer des profits sans assumer les risques correspondants.

La gestion des risques est au cœur de l’actualité financière mondiale avec la crise que subit
précédemment l’ensemble du secteur financier. Dans un tel contexte, toutes les institutions
financières doivent augmenter leur surveillance, leur contrôle et leur gestion des risques,
mesures qui n’échappent pas aux IFI. Mieux encore, elles ne sont pas seulement sujettes aux
mêmes catégories de risques que leurs consœurs conventionnelles, mais de surcroit, elles font
face à une série de risques spécifiques à leur nature.

La mise en application des mécanismes de gestion des risques par les IFI devra être effectuée
en conformité avec la Charia et dans le respect du cadre juridique établi par les juridictions
dans lesquelles les IFI exercent leurs activités, en veillant à ce que cette mise en œuvre soit
adaptée à la taille, à la complexité et à la nature de chaque IFI.
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http://revues.imist.ma/?journal=FFI ISSN: 2489-1290
Finance & Finance Internationale N°15 juillet 2019

Mots clefs : Finance Islamique - Institution Financière Islamique - Banque Islamique -


Banques conventionnelles - Risques - Gestion des Risques.

Abstract :

The present paper deals with the study of risks in the islamic financial system and specifically
with the risks incurred by the islamic financial institutions (exept for insurance institutions).
The essential component of the islamic financial institutions activities is the compliance
requirement with precepts and principles of the sharia and, in particular, the prohibition to
generate profite without assuming the corresponding risks.

Risk management is at the heart of the word financial news along with the crisis that the
whole financial sector suffered from previously. In such a context, all the financial institutions
have to increase their surveillance, their control, and their risk management; measures that do
not escape to the islamic financial institutions. Even better, they are not only subject of the
same risk categories like their conventional sisters, dut also they face a series of risks specific
to their nature.

The implementation of risk management mechanisms by the islamic financial institutions


should be performed in accordance with sharia and with regard to the legal framework
established by the jurisdictions in which the islamic financial institutions practice their
activities by insuring that this implementation is adapted to the size, the complexity and the
nature of each islamic financial institutions.

Key words: Islamic finance – Islamic financial institutions – Islamic banks – Conventional
banks – Risks – Risk management.

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Introduction

Les perspectives de la finance islamique ne font pas d’elle une finance sans limites, car celle-
ci présente un certain nombre de risque, qu’elle pourrait avoir en commun avec la finance
conventionnelle, mais également des risques spécifiques à son mode de fonctionnement.
Ajouter à cela, les nombreux défis qu’elle devrait relever, au niveau international, ainsi que
les défis internes à son environnement et à son fonctionnement.

La finance islamique est une finance éthique basée sur des valeurs morales tirées des
enseignements de la charia. Parmi les principaux fondements de cette finance, figurent
l’interdiction de l’application des taux d’intérêt, ainsi que l’adoption du principe de partage
des pertes et profits.

Bien que la finance islamique ait commencée dans une petite communauté musulmane à
travers l’exercice de quelques opérations financières, aujourd’hui cette finance est une
industrie mondiale qui ne cesse de prendre de l’ampleur et à connaitre de plus en plus
d’innovation financière. Dans ce contexte nous essaierons de présenter et de répondre dans ce
travail les questions suivantes: Quels sont les risques liés aux modèles islamiques ? Quels sont
les mécanismes de gestion de ces risques ? Quelle sorte d’instruments de gestion des risques
conformes à la charia ? Comment vont s’en prendre les régulateurs face à ces nouveaux types
de risques propres aux banques islamiques ?

Le présent papier traite les risques encourus par les institutions financières et particulièrement
les risques encourus par les institutions financières islamiques (spécifiquement les banques
islamiques).

Ce document est composé de trois principales parties. La première est une présentation
générale des banques islamiques. La deuxième est axée sur les risques encourus par le
système financier conventionnel et islamique. La troisième partie porte sur une présentation
des deux études empiriques réalisées dans le domaine.

I. Les banques islamiques : une présentation générale

De nos jours, la crise économique et financière mondiale a imposé aux pays de trouver des
solutions profondes et urgentes pour répondre à la dégradation de leurs grands équilibres
macro-économiques. Plusieurs secteurs sont touchés par cette crise en particulier le secteur
financier dans plusieurs pays occidentaux. Ce qui a généré l’effondrement et la défaillance de
plusieurs groupes bancaires internationaux. Ces derniers perçoivent dans le niveau de
résilience dont ont fait preuve certaines banques islamiques suite à la crise des subprimes
l’assurance d’un système plus résistant aux turbulences et plus performant que le système
bancaire classique.

La finance islamique a vu ses premiers jours dans les années 1970. Mais ses fondements sont
apparus bien avant, au début du XXe siècle, temps où les chercheurs et les praticiens
musulmans cherchaient une alternative aux paradigmes économiques dominants. L’économie
islamique devient donc acceptable et adoptée par plusieurs professionnels en finance y
compris par les non musulmans.

La finance islamique englobe tous les mécanismes permettant la satisfaction des exigences
financières des agents économiques tout en respectant la religion musulmane. Les banques
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islamiques constituent le noyau dur de cette finance et dominent les processus d’épargne et
d’investissement1.

Dans ce contexte, les banques islamiques sont les acteurs principaux de la finance islamique
et leur nombre ne cesse d’augmenter passant d’une banque en 1960 à plus de 300 institutions
financières islamiques en 2008, selon the banker, publication financière britannique, leurs
avoirs ont connu une nette progression passant de 822 milliards USD en 2009 à 1540
milliards USD en 2012. Cet élan est confirmé par le FMI qui affirme que les avoirs des
banques islamiques ont été multipliés par neuf à 1800 milliards de dollars entre 2003 et 2013.
La cadence de croissance de la finance islamique enregistre une croissance forte estimée par
l’agence de notation Standard & Poor’s à 15% par an sur ces dix dernières années. Leurs
activités s’étendent à l’ensemble du globe y compris aux pays non musulmans ; devenant, en
conséquence, un acteur incontournable dans le marché financier mondiale.

A l’instar d’une banque classique, elles reçoivent les dépôts et mènent toutes les activités
bancaires conventionnelles, sous la contrainte de respecter les principes de la charia.

Les banques islamiques se distinguent des banques conventionnelles par trois critères
essentiels :

- Le recours au Comité de Conformité à la charia (Sharia compliance boards) qui évalue


la conformité de leurs produits bancaires aux principes religieux.
- La croissance de leurs ressources qui dépassent les emplois offrant un potentiel
important d’activité.
- Les particularités des ressources et des emplois par rapport aux banques
conventionnelles et aux banques d’investissement conventionnelles que soulignons ci-
dessous.
TABLEAU 1:
COMPARAISON DES SYSTEMES FINANCIERS ISLAMIQUE ET
CONVENTIONNEL.
Finance islamique Finance conventionnelle
Exige le partage du risque Possibilité de partage du risque Permet aussi
la spéculation
Les échanges reposent sur des actifs Possibilité de faire des transactions sur des
tangibles actifs tangibles et intangibles
Les coûts de transaction sont relativement Les coûts de transaction sont relativement
élevés faibles
Interdit de charger des intérêts Charge des intérêts pour les prêts
Un marché en forte croissance Le marché est relativement mature
Fait face aux problèmes de liquidité surtout Marché plus liquide avec un grand volume
de court terme d’actifs disponible
Innovation financière possible Innovation financière en cours
Besoin d’établir et de surveiller la conformité La conformité est plus ou moins acquise
des produits
Les mécanismes de gouvernance sont en Besoin de plus de gouvernance
développement
Absence d’assurance dépôt pour assurer une Existence de l’assurance dépôt pour les
1
Selon les estimations d’IFSL basées sur « The banker, ernst & young » en fin 2008, les banques commerciales islamiques dominent le
marché des actifs financiers islamiques avec une part de 73%.
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relative stabilité du système déposants


Source: Issouf Soumaré. “La pratique de la finance islamique”, Assurances et gestion des
risques, vol. 77(1-2), avril-juillet 2009, p. 59-78.
À travers le monde, on observe que peu de pays ont un système financier entièrement
islamique, excepté les pays comme l’Iran et le Soudan. Dans la plupart des pays, on assiste à
une cohabitation entre les systèmes financiers islamique et conventionnel (e.g. Solé, 2007b),
comme par exemple en Indonésie, Malaisie, Pakistan, et dans les pays du Golfe persique.
Dans le contexte de la cohabitation, on observe que certains pays optent pour la séparation
claire et nette, tandis que d’autres permettent aux banques conventionnelles d’avoir des
guichets islamiques. D’ailleurs, plusieurs grandes banques occidentales ont des divisions de
finance islamique, comme par exemple, BNP Paribas, Citibank, Crédit Suisse, Deutsche
Bank, HSBC, Société Générale.2

II. Risques encourus par les banques islamiques, entre ressemblance et spécificité
par rapport aux banques conventionnelles.

Les risques encourus par les banques sont divers et multiples. La gestion de ces risques est au
cœur de l’actualité financière mondiale avec la crise que subit précédemment l’ensemble du
secteur financier. Dans un tel contexte, toutes les institutions financières doivent augmenter
leur surveillance, leur contrôle et leur gestion des risques, mesures qui n’échappent pas aux
IFI. Mieux encore, elles ne sont pas seulement sujettes aux mêmes catégories de risques que
leurs consœurs conventionnelles, mais de surcroit, elles font face à une série de risques
spécifiques à leur nature. Nous définissons ci-dessous quelques-uns des risques partagés par
les deux types de banques, ensuite nous examinerons certains risques spécifiques aux banques
islamiques.

1. Risques partagés par les banques islamiques et les banques conventionnelles.

Les banques islamiques sont exposées aux risques bancaires traditionnels similaires à leurs
contreparties conventionnelles à savoir le risque de crédit, le risque de liquidité, le risque de
marché et le risque opérationnel. En plus, ces institutions font face à des risques de nature
unique dû à leurs modes de fonctionnement particuliers (Khan & Ahmed, 2001 ; Sundararajan
& Errico, 2002 ; Grais & Kulthunga, 2007).

- Risque de crédit : Le risque de crédit est généralement défini comme le risque


potentiel qu'une contrepartie ne remplisse pas ses obligations conformément aux
conditions convenues, c'est-à-dire lorsque la contrepartie se trouve dans l’incapacité
de répondre pleinement à ses obligations à la date prévue3.

TABLEAU 2 :
LE RISQUE DE CREDIT DANS LES BANQUES ISLAMIQUES
Moudaraba
Mourabaha Salam Istisnaâ Ijara et
Moucharaka
Défaut/retard de Retard/défaut de Retard de livraison de Défaut ou retard La perte du
paiement du livraison du bien l’actif de paiement des capital

2
Soumaré I., La pratique de la finance islamique, Assurances et gestion des risques, vol. 77(1-2), avril-juillet 2009, pp. 59-78.
3
Conseil des Services Financiers Islamiques (CSFI), Principes directeurs de gestion des risques pour les institutions (hors institutions
d'assurance) n'offrant que des services financiers islamiques, Décembre 2005, 39 pages.
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l’acheteur du bien à la date fabriqué/construit par loyers par le investi.


financé par la convenue selon l’entreprise chargée des locataire. La
banque islamique. la qualité et la travaux. La banque banque
Les pénalités de quantité islamique s’expose au islamique, entant
retard ne peuvent spécifiées dans risque de non que propriétaire
être appliquées. le contrat. achèvement de la du bien, peut
Quand le Salam construction/fabrication saisir le bien loué
Annulation du est adossé à un de l’actif dans le si le locataire
contrat par le Salam parallèle, contrat d’Istisnaâ n’honore pas ses
client donneur le défaut ou le parallèle surtout que la engagements.
d’ordre : l’une retard de banque paie en avance
des conditions de livraison par le et l’entreprise (le Sanii)
validité de vendeur est n’achève pas la
Mourabaha est susceptible construction dans les
basée sur le fait d’engager la délais convenus. Le
que la banque responsabilité de retard de livraison peut
doit acheter le la banque envers générer un surcoût.
bien et transférer le deuxième
ensuite le droit de acheteur. Donc La réalisation de
propriété au la banque doit l’ouvrage sans
client. L’ordre rembourser le respecter les
émanant du client prix et prescriptions
ne constitue pas dédommage le techniques et les
un contrat de 2ème acheteur ou modalités spécifiées
vente mais une achète un bien dans le contrat.
simple promesse similaire pour
d’achat. Le client honorer le
Défaut/ retard de
peut renoncer à la deuxième paiement du client
promesse de contrat. acheteur qui ne peut
vente. C’est le pas honorer ses
risque de
La livraison du engagements bien que
contrepartie le
bien sans la construction du bien
plus important
respecter les progresse.
émanant du
modalités
contrat spécifiées dans
Mourabaha. le contrat
(qualité,
Non livraison du quantité)
bien par le
fournisseur d’où Défaut de
aucune obligation paiement du
de paiement du client.
client donneur
d’ordre. Dans le cas d’un
contrat agricole,
le risque de
contrepartie peut
être dû à des
facteurs
climatiques par
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exemple
dépassant la
volonté de la
contrepartie.

Source :
Kaouther TOUMI, Structure de capital, profitabilité et risques des banques islamiques,
Thèse de Doctorat, soutenue le 08/12/2011, thèse en cotutelle entre l’université
Montpellier 1, école doctorale économie et gestion en France et l’université de Sfax,
faculté de sciences économiques et de gestion de Sfax en Tunisie.

- Risque de liquidité : Ce risque surgit en cas d’insuffisance des liquidités pour les
besoins des opérations courantes des banques, réduisant ainsi leur capacité à satisfaire
la demande de leurs clients. Pour les banques islamiques, ce risque est accentué étant
donné que les emprunts à intérêt sont prohibés par la Charia4.
- Risque de marché : Le risque de marché est défini comme le risque de pertes sur des
éléments de bilan et de hors-bilan, résultant des fluctuations des prix du marché, c'est-
à-dire des fluctuations des valeurs des actifs susceptibles d'être négociés,
commercialisés ou loués (y compris les Soukouk) et sur des portefeuilles individuels
de hors-bilan (par exemple, des comptes d'investissement restrictifs). Ces risques sont
liés à la volatilité actuelle et future de la valeur de marché d'actifs spécifiques (par
exemple, le cours d'une matière première d'un actif Salam, la valeur de marché de
Soukouk, la valeur de marché d'actifs Mourabaha achetés pour être livrés sur une
période spécifique) et des cours des devises5.
- risque opérationnel : Selon la comité de Bâle sur le contrôle bancaire (BCBS), le
risque opérationnel se définit comme « le risque de pertes résultant de carences ou de
défauts attribuables à des procédures, personnels et systèmes internes ou à des
événements extérieurs. La définition inclut le risque juridique, mais exclut les risques
stratégiques et de réputation ».6 Dans les banques islamiques, Les risques
opérationnels sont encore plus amplifiés que dans les banques conventionnelles, de
fait que les banques islamiques supportent les mêmes types de risques opérationnels
des banques conventionnelles, relatifs aux facteurs humains, procédures, technologies
….

2. Risques spécifiques aux banques islamiques

La banque est souvent présentée comme un portefeuille de risques. La banque islamique ne


fait pas exception face à cette conception. De manière générale, le risque provient de l’impact
adverse sur le résultat que pourrait avoir un événement ou une action interne ou externe à la
banque. Cet impact adverse pourrait se présenter sous la forme d’un moindre profit, voire
d’une perte, ou de contraintes entravant la banque dans la réalisation de ses objectifs 7. En plus
des risques expliqués ci-dessus, les banques islamiques font face à d’autres types de risques

4
Ben Daoud K., L’intermédiation financière participative des banques islamiques, Etude en Economie Islamique, vol. 6, Nos. 1&2, p. 29,
(Novembre 2012, Mai 2013).
5
Conseil des Services Financiers Islamiques (CSFI), Principes directeurs de gestion des risques pour les institutions (hors institutions
d'assurance) n'offrant que des services financiers islamiques, Décembre 2005, p. 16.
6
Comité de Bâle sur le Contrôle Bancaire (BCBS), Convergence internationale de la mesure et des normes de fonds propres, Banque des
règlements internationaux. 2006. p.376.
7
Kaouther Jouaber-Snoussi, La finance islamique, Repères, La Découverte, 2012.
7
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liés à la particularité des contrats de financement et d’investissement qu’elles pratiquent et à


l’originalité des principes qu’elles doivent respecter.8
- Risque de taux de référence : Comme les banques islamiques ne pratiquent pas de
taux d’intérêt, il semble qu’elles sont à l’abri des risques de marché liés à la
fluctuation des taux d’intérêt. Toutefois, les variations des taux de marché présentent
certains risques pour les gains des institutions financières islamiques. Les institutions
financières utilisent un taux de référence pour déterminer le prix des différents
instruments financiers. Ainsi, dans un contrat Mourabaha, la marge de profit est
déterminée par le rajout d’une prime de risque au taux de référence (généralement le
LIBOR). La nature de l’actif à revenu fixe fait que la marge soit fixée pour la durée du
contrat. Par conséquent, si le taux de référence varie, les taux de marge fixés dans les
contrats Mourabaha ne peuvent pas faire l’objet d’ajustement. Les banques islamiques
ont donc à faire face à des risques émanant des variations de taux d’intérêt.9
- Le risque d’illiquidité : Le risque d’illiquidité provient des difficultés à mobiliser des
fonds à coût raisonnable (emprunts) ou à vendre des actifs financiers. Le risque
d’illiquidité émanant de ces deux sources est d’une importance particulière pour les
banques islamiques. Sachant que les emprunts à intérêt sont prohibés par la Charia, les
banques islamiques ne peuvent pas recourir à ce mécanisme pour se ressourcer, le cas
échéant, en argent liquide. De même, la Charia n’autorise pas la vente d’une créance
en dehors de sa valeur nominale. Par conséquent, il est exclu pour les institutions
financières islamiques de s’alimenter en argent liquide en vendant des actifs
financiers.
- Le risque opérationnel : Etant des institutions de création récente, les banques
islamiques encourent un risque opérationnel provenant essentiellement du manque de
personnel qualifié capable de mener efficacement des opérations financières
islamiques. Le caractère spécial des banques islamiques fait que les logiciels
informatiques disponibles sur le marché ne soient pas utiles pour les banques
islamiques car ils sont conçus pour les banques traditionnelles. Cela ajoute un nouveau
type de risques liés à l’utilisation de la technologie informationnelle au niveau des
banques islamiques.
- Le risque juridique : Sachant que les contrats financiers consacrés par les banques
islamiques ont un caractère un peu spécifique, celles-ci encourent des risques liés à
leur documentation et leur mise en application. En l’absence de formalisation de ces
contrats pour les différents instruments financiers, les banques islamiques continuent
de les concevoir en fonction de leur appréhension de la Charia, des lois nationales, de
leurs besoins et leur intérêt. Ce manque d’uniformisation des contrats et l’absence de
cadre juridique destiné à résoudre les problèmes liés à l’exécution de ces contrats pour
toutes les parties concernées font augmenter les risques d’ordre juridique associés aux
engagements contractuels des banques islamiques.
- Le risque fiduciaire : L’AAOIFI (Accounting and Auditing Organisation of Islamic
Financial Institutions) (1999) identifie également le risque fiduciaire comme le risque
que les clients perdent confiance en leur banque suite à la non-conformité des
opérations bancaires avec les principes de la finance islamique ou bien à cause d’une
mauvaise gestion des fonds. Ceci engendre généralement une dégradation de l’image

8
Ben Jdidia Daoud K., L’intermédiation financière participative des banques islamiques, Les cahiers de la finance islamique, n°3, p. 12,
juillet 2012.
9
Tariqullah khan & Habib ahmed, La gestion des risques : l’analyse de certains aspects liés à l’industrie de la finance islamique, Banque
islamique de développement (BID), Institut islamique de recherche et de formation (IIRF). Document occasionnel n°5, 2002, Jeddah, Arabie
Saoudite, p.59.
8
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de la banque et une perte de confiance de la part des titulaires des dépôts qui peuvent
être amenés à retirer leurs dépôts.
- Le risque commercial déplacé : La banque islamique est exposée également à un
autre risque spécifique appelé le risque commercial déplacé (Sundararajan, 2008;
Archer and karim, 2007; Archer and Karim, 2009; El-Hawary et al., 2007, Archer and
Karim, 2006). Ce risque spécifique résulte de la gestion des comptes d’investissement
participatifs. L’AAOIFI (1999) l’identifie comme étant la probabilité que la banque ne
soit pas capable de faire face à la concurrence des autres banques (conventionnelles
et/ou islamiques) à cause d’un taux de rendement faible sur les comptes
d’investissement islamiques.
- Le risque de concentration : Le risque de concentration peut se définir comme
l’exposition excessive à un secteur particulier, à une région géographique donnée, à un
type d’activité bien spécifique, à un mode de financement déterminé… Cet
investissement excessif peut engendrer des pertes significatives pour l’investisseur en
cas de crise touchant le secteur en question, le marché ou la zone géographique
choisis. Ce risque dans le cas des banques islamiques est spécifique dans la mesure où,
pour l’instant, les emplois bancaires destinés à gérer les liquidités sont peu variés,
aussi, les grandes entreprises admises pour le placement des investissements sont peu
nombreuses à satisfaire les critères islamiques et, au passif, le nombre de contreparties
institutionnelles est peu élevé. Ces éléments laissent les banques islamiques
dépendantes à de faibles emplois de leurs ressources.
- Le risque d’investissement : Les banques islamiques, offrent un financement sous les
principes du partage de profit et des risques avec ses déposants. A ce titre, Le risque
d’investissement dans les banques islamiques découle des choix de placement de la
banque, puisqu’en investissant en capital, la banque encourt le risque d’une perte de
ses apports, perte qu’elle partage, avec ses déposants.
- Le risque religieux ou de non-conformité : Les écoles de pensée musulmanes se
rejoignent dans l’interprétation de la plupart des textes religieux et dans la
promulgation de la quasi-majorité des opinions juridiques. Cependant, il n’est pas
exclu que certaines d’entre elles émettent un avis différent concernant un même
questionnement juridique ou qu’elles produisent des décisions divergentes. Ces
situations sont rares mais peuvent, quand elles se produisent, entraver par exemple le
lancement d’un produit par une institution financière islamique.

3. La gestion des risques dans le système financier islamique

Il existe de nombreux types d'outils et de moyens de gestion des risques de la finance


islamique, en raison de la diversité des risques auxquels elle est exposée. La mise en place
d’une gouvernance plus rigoureuse est également nécessaire pour minimiser les risques
encourus par la pratique financière islamique.

Dans le cas de la gestion des risques génériques, les moyens utilisés en finance
conventionnelle sont très souvent repris en finance islamique, à l’exception de ceux qui ne
soient pas conformes à la Charia (tel est le cas de certains produits dérivés). Ces moyens
peuvent être : la diversification des portefeuilles d’investissement (pour une plus grande
répartition des risques), la définition de critère d’évaluation et d’octroi de crédits,
l’élaboration d’un système de gestion et d’identification des besoins de liquidité (notamment,
du fait qu’en finance islamique, il est interdit de faire appel aux prêts avec intérêt et à la
titrisation bancaire), l’adoption d’une veille financière aux sein des institutions financières
islamiques, etc. Quant aux risques spécifiques, ceux-ci peuvent être gérés par l’utilisation de
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certains moyens, tels que : l’élaboration de système de contrôle et du surveillance plus


rigoureux dans les Sharia boards, la certitude de l’adéquation des contrats aux principes de la
Charia avant leur signature, la détermination d’un niveau approprié des soldes de réserve de
taux de rendement et d’investissement, la mise en place d’un système pour gérer les attentes
des actionnaires et des titulaires de comptes d'investissement.10

En termes de gouvernance, la finance islamique est tenue de respecter et d’appliquer un


certain nombre de normes. D’abord les normes établies par le comité de Bâle (ratio Cook,
ratio Mc Donough et les normes de Bâle III) et des banques centrales. Egalement, les acteurs
de la finance islamiques doivent respecter et appliquer les normes élaborées par
L’Organisation de la Comptabilisation et de Contrôle des Institutions financières (AAOIFI) et
Le conseil des services financiers islamiques (ISFB), les deux principaux organes de
gouvernance de la finance islamique. En effet, depuis sa création, l’AAOIFI a établi 95
normes, qui se répartissent comme suit : 26 normes comptables, 05 normes d’audit, 07 normes
de gouvernance, 02 normes d’éthique et 45 normes Charia. Quant à l’IFSB, celui-ci a établi
sept principales normes de gouvernance des institutions financières islamiques (IFI), à
l’exception des assurances islamiques (takaful) et des fonds communs de placement
islamiques, et qui se répartissent en des approches de la gouvernance générale des IFI, en
droit des titulaires de comptes de placement, en le respect des règles et principes de la Charia
et en la transparence de l'information financière à l'égard des comptes de placement.

III. Etudes sur la gestion des risques dans les institutions financières islamiques.

1. Etude de la Banque islamique de développement (BID).

En 2002, la BID a mené une étude sur la perception du risque auprès de 17 institutions
financières islamiques provenant de 10 pays différents11. Les résultats de cette étude sont
présentés et analysés comme suit :

 La perception des risques : Risques majeurs encourus par les institutions


financières islamiques en général

D’après cette étude, les banquiers islamiques estiment que le risque de marge (semblable à
celui du taux d’intérêt) est le plus pertinent auquel ils font face avec un résultat de 3.07 (un
score de 1 signifie une situation de risque « moins grave » et 5 un risque « sérieusement grave
»). Le risque qu’ils considèrent comme étant le moins grave est le risque de marché comme
nous pouvons le constater dans le tableau 3 ci-dessous.

La raison que le risque de marge soit le plus élevé s’explique par le fait que les contrats
islamiques donnant lieu à des dettes (comme la Mourabaha) ne peuvent être ni revus à la
hausse ni faire l’objet d’un swap de transfert de risque. Les risques opérationnels sont classés
parmi les risques élevés, à cause de la nature même des banques islamiques où plusieurs
questions concernant leurs opérations doivent être instituées. Cela comprend le recyclage des
employés, le développement de programmes informatiques, de documents légaux, etc. Le
risque d’illiquidité est plus élevé que le risque de crédit à cause du manque d’instruments sur
le marché monétaire qui permettent de gérer rationnellement
10
Lynda OUENDI, La Finance Islamique face aux défis de la globalisation financière , Mémoire de magistère soutenu à l’université
Mouloud MAMMERI de tizi ouzou, Faculté des sciences economiques, Commerciales et de gestion, en Algérie, p.220.
11
Il s’agit du Bahreïn, des Emirats Arabes Unis, de l’Inde, du Bangladesh, du Pakistan, de la Russie, de la Malaisie, de l’Arabie Saoudite, du
Soudan et de la Turquie.
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le stock d’argent liquide. Le risque de crédit qui demeure relativement faible s’explique peut-
être par le fait que le financement des IFI est directement lié à un bien ou à une marchandise
qui servent de garanties.

TABLEAU 3
PERCEPTION DU RISQUE : RISQUES GLOBAUX ENCOURUS PAR LES
IFI
Nombre de réponses Classement
reçues moyen12
Risque de crédit 14 2,71
Risque de marge 15 3,07
Risque d’illiquidité 16 2,81
Risque de marché 10 2,5
Risque opérationnel 13 2,92
Source : Banque Islamique de Développement, Document occasionnel n°5, 2002, p.67

 La perception des risques : Les risques liés aux différents modes de financement

Le tableau 4 résume les points de vue des banquiers islamiques concernant les différents
risques liés aux divers modes de financement.

TABLEAU 4
PERCEPTION DES RISQUES13 : RISQUES LIES AUX DIFFERENTS MODES DE
FINANCEMENT
Risque de Risque de Risque Risque
crédit marge d’illiquidité opérationnel
Mourabaha 2,56 2,87 2,67 2,93
(16) (15) (15) (14)
Moudaraba 3,25 3,0 2,46 3,08
(12) (11) (13) (12)
Moucharaka 3,69 3,4 2,92 3,18
(13) (10) (12) (11)
Ijara 2,64 2.92 3,1 2,9
(14) (12) (10) (10)
Istisnaâ 3,13 3,57 3,0 3,29
(8) (7) (6) (7)
Salam 3,2 3,5 3.2 3,25
(5) (4) (5) (4)
Moucharaka 3,33 3,4 3,33 3,4
dégressive (6) (5) (6) (5)
Source : Banque Islamique de Développement, Document occasionnel n°5, 2002, p.68
Note : Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre d’institutions qui ont répondu aux
questions.

Le risque de crédit

12
Le classement se fait sur une échelle de 1 à 5 où le chiffre 1 correspond à une situation « moins grave » et le chiffre 5 indique une situation
« sérieusement grave ».
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Le classement se fait sur une échelle de 1 à 5 où le chiffre 1 correspond à une situation « moins grave » et le chiffre 5 indique une situation
« sérieusement grave ».
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Le risque de crédit apparaît le moins élevé pour ce qui concerne la Mourabaha (2,56) et le
plus élevé concerne la Moucharaka (3,69) suivi de la Moucharaka dégressive (3,33) et la
Moudaraba (3,25). Il semble que les modes de financement participatifs sont perçus comme
présentant les risques les plus élevés par les banquiers islamiques. Il y a lieu de remarquer que
le risque de crédit lié aux modes de financement participatifs se manifeste lorsque les
contreparties ne paient pas la part qui revient aux banques, sachant par ailleurs que le montant
à payer n’est pas connu ex ante.

Les résultats du risque de crédit éclairent sur la composition des instruments utilisés par les
banques islamiques. Cette étude montre que Les modes de financement à revenu fixe
présentent moins de risques, et c’est pour cela que les autres modes de financement
participatifs sont moins utilisés (Moudaraba et Moucharaka), à cause des risques élevés qui
leur sont associés.

Le risque de marge

Le tableau 4 montre que le risque de taux est le plus élevé et concerne le contrat Istisnaâ
(3,57) et le salam (3,50) suivi des modes de financement participatifs Moucharaka et
Moucharaka dégressive notés à (3,40) et la Moudaraba à (3,0).14 La Mourabaha présente le
moins de risque de marge à (2,87) suivie de l’ijara (2,92). Le risque de marge (taux d’intérêt)
s’accentue pour ce qui concerne les instruments à long terme à taux fixes. Une des raisons qui
explique le fort taux de risque lié à l’istisnaâ est que ce genre d’instruments se caractérise le
plus souvent par une longue maturité. Cela est particulièrement vrai pour les projets liés à
l’immobilier. Les contrats sont liés à un certain taux de marge et tout changement de taux
d’intérêt expose ces contrats à des risques. La Mourabaha présente le risque le moins élevé,
car ce mode de financement concerne généralement le court terme. Après la Mourabaha, c’est
l’ijara qui présente le moins de risque de marge. Malgré que les contrats ijara puissent être à
long terme, le revenu (le loyer) peut être ajusté de manière à refléter les conditions du marché.
Parmi les modes de financement participatifs, les banquiers islamiques considèrent la
Moucharaka et la Moucharaka dégressive comme présentant plus de risques car ces modes
portent généralement sur des engagements à long terme. La Moudaraba, en revanche, présente
moins de risque que les deux modes précédents, car elle est utilisée le plus souvent à court
terme.

Le risque d’illiquidité

Le risque d’illiquidité serait limité si les actifs peuvent être vendus ou sont à courte échéance.
Les banquiers considèrent la Moudaraba comme présentant le moins de risque d’illiquidité
(2,46) suivie de la Mourabaha (2,67). Notons que ces deux instruments sont utilisés dans le
court terme. D’autres instruments sont perçus comme présentant plus de risque, avec la
Moucharaka dégressive qui a le record de 3,33 suivie du salam à 3,20 et de l’Istisnaâ à 3,00.
L’Ijara elle-aussi présente un risque d’illiquidité élevé à 3,1.

Le risque opérationnel

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Le risque de marge lié aux modes de financement participatifs tels la Moudaraba et la Moucharaka dépend, entre autres, d’un taux de
référence comme le Libor.
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Comme mentionné précédemment, le risque opérationnel peut avoir plusieurs sources.


Certains aspects de ce risque au niveau des banques islamiques sont d’ordre juridique liés aux
différents contrats, ou concernent l’appréhension des modes de financement par les employés
de la banque, l’élaboration de programmes informatiques et la confection de documents
légaux consacrés aux différents instruments usités, etc. Le tableau 4 résumant le risque
opérationnel des différents instruments retrace ces préoccupations. Il semble que ce risque est
moins élevé avec les emplois à revenu fixe tels la Mourabaha ou l’ijara représentant
successivement 2,93 et 2,9, mais il est particulièrement élevé avec les contrats à livraison
différée tels le salam et l’istisnaâ (3,25 et 3,29 successivement). Les modes de financement
participatifs viennent juste après avec la Moudaraba à 3,08 et la Moucharaka à 3,18. Le risque
opérationnel est plus élevé avec la Moucharaka dégressive à 3,40. Le niveau élevé des risques
liés à ces instruments montre que les banques trouvent des difficultés à appliquer ces contrats
qui sont parfois complexes et difficiles à manipuler.

Les résultats montrent que les institutions financières islamiques sont exposées à des risques
qui sont différents de ceux encourus par les banques conventionnelles. En fait, les banques
islamiques ont révélé que les risques qu’elles encourent sont beaucoup plus importants que
ceux encourus par les autres institutions financières. Les modes de financement participatifs
(Moucharaka dégressive, Moucharaka et Moudaraba) et les modes à livraison différée (salam
et istisnaâ) présentent plus de risques que les modes Mourabaha et ijara. D’autres risques se
manifestant au niveau des banques islamiques sont liés à la rémunération des dépôts par une
part des profits qui n’est pas déterminée ex ante. Les institutions financières islamiques se
voient dans la contrainte d’offrir la même rémunération que celle offerte par les banques
conventionnelles, car elles estiment que les déposants les prendront pour responsables, pour
tout taux de rendement faible qui pourrait conduire à des retraits massifs.

2. Etude de Martin CIHAK et Heiko HESSE.15

Une étude empirique de Cihak et Hesse16 portant sur 77 banques islamiques et 397 banques
conventionnelles, entre 1993 et 2004, dans 20 pays émergents, permet d’obtenir des éléments
de réponse suivants :

- La banque islamique est sujette aux mêmes catégories de risques qu’une institution
bancaire conventionnelle. Son exposition à ces risques semble par contre être
différente, en raison de ses particularités. En outre, celles-ci génèrent des risques
inconnus du reste de l’industrie. Le critère de la taille de la banque s’avère alors
déterminant pour évaluer la sensibilité de la banque islamique à ces différents risques.

- Les petites banques islamiques (moins d’un milliard de dollars d’actifs) sont
significativement et substantiellement moins risquées que les grandes banques
islamiques. Plus intéressant encore, les petites banques islamiques sont moins risquées
que les petites banques conventionnelles et cette différence de taille n’existe pas pour
les banques conventionnelles.

- les banques islamiques ayant plus d’un milliard de dollars d’actifs sont les banques les
plus risquées de l’échantillon. Elles sont non seulement substantiellement plus

15
Paul-Olivier. K, La banque islamique face aux risques », Les cahiers de la finance islamique, n°8, 2015, p.12.
16
Cihák. M et Hesse. H, Islamic Banks and Financial Stability : An Empirical Analysis, Journal of Financial Services Research, 2010, vol.
38, no 2-3, p. 95-113.
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risquées que les petites banques islamiques, mais encore que les banques
conventionnelles (qui ne connaissent pas cette distinction de taille).

Conclusion

Dans ce papier, nous avons essayé de présenter les différents aspects liés à la gestion des
risques dans le cadre de l’industrie de la finance islamique. Les risques encourus par ces
institutions financières islamiques peuvent être classés en deux catégories : les risques
communs avec les banques traditionnelles en tant qu’intermédiaires financiers et les risques
propres aux banques islamiques liés à leur conformité aux règles de la Charia. La majorité des
risques auxquels font face les institutions financières conventionnelles tel le risque de crédit,
le risque de marché, le risque d’illiquidité, le risque opérationnel, etc. concernent aussi les
institutions financières islamiques. Mais le degré d’importance de certains de ces risques
diffère pour les banques islamiques à cause de leur conformité à la Charia.

En plus de ces risques communs, ce papier nous a permis de démontrer les caractéristiques
propres des risques liés aux institutions financières islamiques. Par ailleurs, nous avons pu
confirmer le fait que ces risques sont plus difficilement gérables en raison des contraintes
religieuses régissant ce système financier.

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Bibliographie

Livre :

- Guéranger. F, (2009) « Finance islamique », Dunod.


- Al-Jarhi. M. A, & Iqbal. M, (2002) « Banques islamiques : réponses à des questions
fréquemment posées », Document périodique n°4, institut islamique de recherches et de
formation, bid, Jeddah.
- Comité de bâle sur le contrôle bancaire (BCBS), (2006) « Convergence internationale de la
mesure et des normes de fonds propres ». Banque des règlements internationaux. 376 pages.
- Conseil déontologique des valeurs mobilière (CDVM), (2011) « La finance islamique »,
Octobre, disponible à www.cdvm.gov.ma, 43 pages.
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magistère soutenu à l’Université mouloud mammeri de tizi ouzou, Faculté des sciences
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d’une alternative islamique », Thèse de doctorat, soutenue le 16/09/2013, à l’Université Paris
II panthéon-assas, École doctorale ecogeinfocom, Septembre.

Articles de revues :

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islamiques : essai de modélisation », Dossier de recherche en economie et gestion, numéro 4,
Vol 2, Septembre.
- Ben Jdidia. D. K, (2012) « L’intermédiation financière participative des banques
islamiques », Les cahiers de la finance islamique, n°3, p. 12, juillet.
- Soumaré. I, (2009) « La pratique de la finance islamique », Assurances et gestion des
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- Ben Jedidia. K, & Jlassi. M, (2013) : « le Risque de liquidité pour une banque islamique :
Enjeux et Gestion », Etudes en Economie Islamique, Vol. 7, n° 1, Juin, p. (71-96).
- Klein. P. O, (2015) « La banque islamique face aux risques », Les cahiers de la finance
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15
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- Akhtar. M. F, & Ali. K, & Sadaqat. S, (2011) « Liquidity risk management : a comparative
study between conventional and islamic banks of pakistan », Interdisciplinary journal of
research in business, vol. 1, n°1, pp. 35-44.
- Goodhart. C, (2008) « La gestion du risque de liquidité », Revue de la stabilité financière,
Banque de france, Numéro spécial liquidité, n° 11, pp. 41-46.
- Hassoune. A, (2003) « La solvabilité des banques islamiques : forces et faiblesses », Revue
d’economie financière, n°72.

Thèse et Mémoire :

- Lynda OUENDI, « La Finance Islamique face aux défis de la globalisation financière »,


Mémoire de magistère soutenu à l’université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, Faculté
des Sciences Economiques, Commerciales et de Gestion en Alrérie.
- Kaouther TOUMI, (2011) « Structure de capital, profitabilité et risques des banques
islamiques », Thèse de doctorat, soutenue le 08/12/2011, Thèse en cotutelle entre l’université
Montpellier 1, Ecole doctorale économie et gestion en France et l’université de Sfax, Faculté
de Sciences Economiques et de Gestion de sfax en Tunisie.

Quelques sites utiles :

Banque Islamique de Développement : www.isdb.org.


Islamic Financial Services Board: www.ifsb.org.
The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions:
www.aaoifi.com.
Islamic International Rating Agency: www.iirating.com.
Fonds Monétaire International : www.imf.org.

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