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EDITION

PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL


Benoît Melançon
Antoine Del Marie Lambert-
et «qui fait
Busso navigue Chan inscrit
quoi»dans le
entre «papier» un guide pour
monde
et «Toile» Page 2 étudiants Page 4
universitaire Page 5

CAHIER SPÉCIAL I › L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 7 E T D I M A N C H E 2 8 O C T O B R E 2 0 1 2

« Notre rôle,
c’est de diffuser
le savoir »
Et 1200 titres plus tard, les PUM
sont cinquantenaires
Cette année, les Presses de l’Université de Montréal (PUM) souf flent leurs cinquante chan-
delles. Ayant fait paraître plus de 1200 titres au cours des cinq dernières décennies, elles sont
reconnues pour produire des ouvrages savants d’exception. Antoine Del Busso, éditeur, et Be-
noît Melançon, directeur scientifique, expliquent comment cette toute petite maison d’édition
spécialisée par vient à produire des dizaines de livres et de revues de qualité chaque année.

ÉMILIE CORRIVEAU logue qui débute entre l’auteur et l’éditeur, puis


qui se poursuit entre l’éditeur et l’expert et qui se

F
ondées en 1962, les PUM ont pour conclut entre l’auteur et l’éditeur. On reçoit par-
mandat principal de diffuser les ré- fois des rapports très longs et très détaillés des
sultats de la recherche universitaire spécialistes avec qui on collabore, mais ça nous
et de transférer des connaissances est immensément utile ! C’est plus long que d’édi-
scientifiques au public, que ce soit ter un livre régulier, mais c’est ce qui assure le sé-
par le biais de livres, de revues savantes ou de rieux des presses universitaires », soutient
matériel électronique. Bien qu’elles aient pu- M. Melançon.
blié plus d’un millier de livres depuis leurs dé-
buts, le catalogue des presses compte environ … et de contenant !
500 titres actifs. Une fois qu’ils ont la conviction que le

PUM
« On publie de 35 à 40 titres par année, précise contenu des livres qu’ils comptent publier est
M. Del Busso. À cela s’ajoutent de 10 à 15 numé- réellement de grande qualité, les éditeurs des
ros de revue. Tout cela est aujourd’hui produit en PUM doivent s’assurer que le contenant qu’ils
numérique. Le reste du catalogue est constitué de ont choisi pour le véhiculer est bel et bien le
livres qui n’ont jamais été réédités. » plus approprié.
« Notre rôle, c’est de diffuser le savoir, affirme
Une nature particulière M. Melançon. Pour qu’il soit bien diffusé, il faut
De par la nature des ouvrages qui sont publiés trouver le bon format et le bon canal. Antoine a
aux PUM, les tâches des éditeurs et du directeur une phrase que je passe mon temps à citer ; il dit
scientifique qui y travaillent ne sont pas tout à fait qu’un éditeur, c’est quelqu’un qui produit uni-
les mêmes que celles qu’on pourrait leur confier quement des prototypes. Son rôle, c’est de trouver
au sein de maisons d’édition généralistes. pour un livre le bon format, le bon papier, le bon
« La différence, aux PUM, c’est qu’on travaille type d’illustration et la meilleure présentation. »
sur des sujets souvent plus pointus et qu’on fait « Mais il faut faire tout cela en étant respec-
des livres plus compliqués. Un éditeur généraliste tueux de ce que l’auteur a voulu faire, complète
se charge du texte et parfois d’illustrations. Nous, M. Del Busso. La pire erreur, c’est de lui faire
dès qu’on travaille avec un auteur, ça implique faire un livre qu’il ne veut pas faire. Il faut s’ins-
du texte, des illustrations, des graphiques, des bio- crire dans sa logique. Il ne faut pas oublier que
graphies, des notes. Nos livres les plus savants nous sommes au service des auteurs, des profs,
sont accompagnés d’un appareil qui nécessite une des chercheurs. Nous sommes importants dans la
expertise particulière », souligne M. Melançon. chaîne de diffusion, mais, sans eux, nous n’avons
Cette expertise, M. Del Busso et M. Melan- rien à diffuser ! »
çon l’ont développée au fil des ans en compa- Une fois le format déterminé, l’éditeur doit
gnie d’une toute petite équipe, laquelle est trouver le canal de diffusion le mieux adapté au
constituée de deux éditrices maison, d’une di- titre en question. Au Canada, les PUM distri-
rectrice de la production, d’une directrice de la buent leurs publications par l’entremise des li-
promotion et d’un responsable du service à la brairies. En Europe, elles utilisent les services
clientèle et des abonnés. de trois distributeurs spécialisés dans les publi-
Bien qu’elle soit chargée d’examiner et de pu- cations universitaires.
blier des textes très spécialisés, l’équipe des « Il faut toujours s’assurer que chaque livre
PUM est surtout composée d’individus ayant un touche son public, dit M. Melançon. Parfois, ça
bagage généraliste. « Les gens qui travaillent ici implique qu’on envoie des exemplaires à certains
sont d’abord agiles et polyvalents, soutient chercheurs ou à des journalistes spécialisés. On
M. Melançon. Une journée, ils sont appelés à tra- s’organise pour que le titre se retrouve entre les
vailler sur un livre de criminologie, le lendemain, bonnes mains. »
ils en font un sur la médecine. Ce ne sont pas des
spécialistes de linguistique, de criminologie ou de En bonne santé
pharmacologie ; ce sont des éditeurs scientifiques Même si elles célèbrent cette année 50 ans
qui travaillent en collaboration avec des spécia- d’ef for ts et que le monde de l’édition est en
listes. L’intérêt d’avoir des éditeurs généralistes, pleine transformation, notamment en raison de
c’est qu’ils regardent tout cela de l’extérieur. » l’émergence du numérique, les PUM sont loin
« Nous veillons tout de même à ce que nos édi- d’avoir le souf fle cour t. Alors qu’aux États-
teurs soient intéressés par les sujets des livres sur Unis, confrontées aux géantes que sont Har-
lesquels ils travaillent, ajoute M. Del Busso. vard, Oxford ou Cambridge, de nombreuses
Nous ne demanderons pas à un éditeur qui ne petites presses universitaires ferment leurs
s’intéresse absolument pas à la mycologie de tra- por tes chaque année, comme la plupar t des
vailler sur un livre qui traite de champignons. presses universitaires canadiennes, les PUM se
Nous sommes attentifs à cela. » portent plutôt bien.
« Tout n’est pas rose, mais on est moins me-
Une question de contenu… nacé, parce qu’ici il y a une volonté importante
Puisqu’ils ne peuvent s’appuyer unique- de la part des universités de maintenir les presses
ment sur leurs connaissances pour juger de la universitaires en bonne santé, confirme M. Me-
valeur scientifique des textes qu’on leur pro- lançon. Les contacts que nous avons avec la di-
pose, les éditeurs des PUM doivent faire ap- rection de l’université montrent bien que, pour
pel à des collaborateurs extérieurs spéciali- elle, les presses sont très importantes. Il faut tout
sés. En général, tous les projets sont soumis à de même être vigilant et réagir aux changements
JACQUES GRENIER LE DEVOIR

l’analyse de deux spécialistes dont on qui sont en train de se produire, mais, pour
conserve toujours l’anonymat, mais, selon les nous, il ne s’agit pas tant d’une menace que d’un
ouvrages, le mode d’évaluation par les pairs monde de possibilités. »
peut varier.
« Par exemple, on ne fonctionne pas de la Pour consulter le catalogue des PUM :
même façon lorsqu’on évalue un ouvrage collectif pum.umontreal.ca.
que lorsqu’on évalue le texte d’un auteur unique.
Chose certaine, l’évaluation par les pairs consti- Collaboratrice
tue toujours un moment d’un dialogue ; un dia- Le Devoir
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ÉDITION
À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE

Du papier à la toile
« Le numérique est un complément de notre travail »
Comprenant près de 500 titres actifs en format papier, le cata-
logue des Presses de l’Université de Montréal (PUM) en
compte presque autant en format numérique. Ayant entamé
un virage technologique il y a quelques années déjà, la maison
d’édition spécialisée par vient aujourd’hui à dif fuser ses ou-
vrages à caractère scientifique de façon efficace sur la Toile.

ÉMILIE CORRIVEAU veaux titres sont rendus dispo-


nibles soit en format PDF, soit

C e n’est pas d’hier que da-


tent les ef for ts des PUM
pour passer au numérique.
en format EPUB. Quant aux ti-
tres plus anciens, mais tou-
jours actifs, ils sont graduelle-
Comme le souligne M. An- ment numérisés puis of fer ts
toine Del Busso, éditeur des en format PDF.
PUM, « elles ont beaucoup tâ- « C’est une étape plus avancée
tonné » ! En 1998, alors qu’In- que les compléments, mais ce
ternet était loin d’être aussi n’est qu’une étape intermé-
développé qu’aujourd’hui, diaire, estime M. Melançon.
elles ont mis sur pied le site L’avenir du numérique n’est pas
Internet Érudit. Donnant sur- là. Il ne s’agit pas de faire des
tout accès à des revues et à PDF ou des EPUB et de les met-
quelques livres en format nu- tre en ligne. Nous souhaitons al-
mérique, il permet encore au- ler beaucoup plus loin que ça. »
jourd’hui de diffuser et de pro-
mouvoir les résultats de la re- Pas de recette unique
cherche universitaire. Le hic, c’est qu’il n’y a pas de
La platefor me d’Ér udit recette unique en matière de
n’étant pas adaptée à la diffu- numérique. Les combinaisons
sion de tous les contenus pro- sont multiples, tout comme les
duits par les PUM, au début formats. Il est donc difficile de
des années 2000, elles ont déterminer la meilleure for-
commencé à développer cer- mule pour dif fuser un livre ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR
tains compléments numé- dont le contenu ne se limite Au centre, Antoine Del Busso, éditeur des PUM, et Benoît Melançon, directeur scientifique des PUM, sont entourés de leur équipe.
riques, lesquels avaient sur- pas qu’au texte.
tout pour objectif de bonifier « La nature des livres que dans la Toile, mais certains y fi- leurs catalogues en différents sont pas verrouillés. Nous tamment pour les droits. Au-
l’offre en papier. nous publions complexifie beau- gurent en PDF, d’autres en for- formats ne diminuent leurs sommes là pour dif fuser le sa- jourd’hui, ils sont contents que
« Par exemple, si on faisait coup la tâche. Ils contiennent mat EPUB et quelques-uns profits, plusieurs éditeurs se voir, nous ne sommes pas là leurs livres soient aussi diffusés
un livre sur la profession de souvent des tableaux, des illus- sous forme de sites Internet. montrent encore hésitants en- pour mettre des verrous sur des via la Toile », affirme l’éditeur.
trations, etc. Il faut « D’ici peu, nous aurons égale- vers le numérique. Ce n’est ab- verrous pour empêcher que nos
que tout ça soit lisible, ment des titres qui ne seront dis- solument pas le cas aux PUM. livres soient lus. Il faut bien La fin du papier ?
« Notre travail, c’est de diffuser du que ça rentre dans le ponibles qu’en format numé- « Pour nous, le numérique, comprendre qu’on s’adresse à Si davantage d’auteurs se
cadre de la page. C’est rique, annonce M. Del Busso. c’est un complément de notre tra- des spécialistes. Soyons francs, montrent enthousiastes à
savoir et, pour diffuser du savoir, pour ça qu’il n’y a pas Par exemple, nous préparons vail. On n’est pas du tout dans l’intérêt pour les copies piratées l’idée de dif fuser leurs ou-
il y a des canaux différents. qu’une solution ! Par une collection des œuvres iné- une logique de crainte, soutient n’est pas le même pour les zoo- vrages via Inter net et que
exemple, il y a certains dites de Germaine Guèvremont, M. Melançon. Notre travail, noses parasitaires que pour 50 l’avancement des technologies
Le numérique est l’un de ceux-là de nos livres qui se- qui sont très intéressantes pour c’est de dif fuser du savoir, et, Shades of Grey », lance d’un facilite chaque jour le passage
raient plus pratiques l’histoire littéraire. Une version pour diffuser du savoir, il y a des ton moqueur le directeur au numérique, d’après M. Del
et il a beaucoup de potentiel ! » comme sites web que critique a déjà été faite. Nous canaux différents. Le numérique scientifique. Busso et M. Melançon, le jour
comme document PDF n’aurons pas de version de pa- est l’un de ceux-là et il a beau- Et qu’en pensent les au- où les livres savants ne seront
musicologue, dans le web, on ou EPUB. Des livres qui pier, parce qu’elle s’adresse coup de potentiel!» teurs ? Sont-ils prêts à rendre plus publiés en format de pa-
pouvait rendre disponibles les contiennent 1500 pages, avec presque uniquement aux cher- Ainsi, contrairement à la plu- leurs œuvres disponibles à la pier est loin d’être arrivé.
fichiers sonores dont il était des tableaux, des graphiques, des cheurs. Mais nous pensons qu’il part des éditeurs qui vendent grandeur de la planète en « On va continuer à faire du
question dans le livre. Ou bien, images, lire ça sur un Iphone, ce est important de rendre cette col- leurs ouvrages numériques à quelques clics seulement ? Aux papier, pour la simple et bonne
encore, si on faisait un livre sur n’est pas très convivial. C’est lection disponible aux gens qui environ 75 % du montant des dires de M. Del Busso, ceux-ci raison que les livres ont encore
les zoonoses parasitaires, la bi- pour ça qu’on fait des sites Inter- désirent la consulter. » versions en papier, les PUM se montrent de plus en plus en- leur raison d’être, assure
bliographie pouvait être mise net avec certains de nos titres », ont choisi d’of frir les leurs à thousiastes lorsqu’on leur parle M. Melançon. Il ne faut pas être
en ligne. C’était sur tout ce souligne M. Melançon. Commercialisation seulement la moitié du prix. de distribution numérique. rétrograde et opposer les deux
genre de choses que nous fai- Parce qu’elles peuvent se le Outre l’adaptation technolo- « Ça nous paraît juste et nous « La réaction de nos auteurs modèles ; ils sont complémen-
sions à l’époque », explique Be- permettre en raison de leur gique qu’impose le passage au ne perdons pas d’argent », envers le numérique est au- taires. Il faut le voir comme une
noît Melançon, directeur taille modeste, les PUM ont numérique, celui-ci suppose confie M. Del Busso. jourd’hui beaucoup plus positive belle occasion, comme la possibi-
scientifique des PUM. donc décidé d’y aller cas par également de nouvelles façons La plupar t des titres des qu’elle ne l’était il y a trois ans à lité de diffuser le savoir là où il
Ce n’est toutefois que depuis cas. Chaque ouvrage est unique de faire en matière de com- PUM disponibles en format peine. Auparavant, si je disais n’était pas accessible ! »
trois ans que les PUM produi- et commande un type particu- mercialisation. Aussi, crai- numérique ne comprennent “ votre livre va être diffusé dans
sent de réels ouvrages en nu- lier de passage au numérique. gnant que les investissements pas non plus une protection le web ”, le premier réflexe, Collaboratrice
mérique. Ainsi, tous leurs nou- Tous se retrouvent désormais nécessaires pour conver tir par ticulière. « Nos livres ne c’était de se montrer inquiet, no- Le Devoir

SUCCÈS ÉDITORIAL

Et l’anorexie fut mise en mots


Dans les bureaux des PUM, on a dévoilé au mer ce que je rencontrais, observais, pensais. Je Mme Tremblay, parce que notre but, ce n’était
Devoir , dans une atmosphère de franche ca- ne sais pas pourquoi, j’avais toujours cette rete- pas de la vulgarisation simple, c’était de rendre
maraderie, le processus ayant sous-tendu le li- nue. Et c’est cette retenue qu’on m’a permis ici de accessible l’information. » C’est d’ailleurs pour
lâcher et de relâcher pour aller plus loin dans ma élargir l’auditoire le plus possible, pour rendre
vre Adolescentes anorexiques. Plaidoyer pour réflexion. » Il a donc réuni toutes ses notes, ses le propos facile d’approche, tant pour des inter-
une approche clinique humaine, l’un des plus présentations multimédias, ses articles scienti- venants que pour des parents ou des patients,
grands succès en libraire de l’éditeur. fiques et ses écrits « épars, mais classés » par- que le livre comporte peu de références, peu
tout dans son bureau. de notes en bas de page.
« Je savais qu’il y avait un produit original, Et M. Wilkins a apprécié cette application
ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND mais je savais aussi qu’il fallait que je fignole ça. pour le choix des mots. « Toute ma vie, j’ai
L’accueil que j’ai eu ici et la rigueur qu’on m’a pensé comme ça : oui à un discours scientifique,

L’ accompagnement, le lien, les mots et le


r
temps. Le D Jean Wilkins résume par ces
quatre mots ce qui est important dans sa pratique
proposée, ça me plaisait », assure M. Wilkins.
Aussitôt, une aide à la rédaction a été fournie à
M. Wilkins. Mais il s’est aperçu très tôt que le
mais il faut avoir un discours humain. Il faut
avoir un discours que les gens comprennent pour
être utile. » Les commentaires que reçoit
médicale auprès des jeunes anorexiques. Nadine choix de la rédactrice scientifique n’était pas ce- M. Wilkins, de la part de parents se disant ras-
Tremblay, l’éditrice aux Presses de l’Université de lui qui collait le mieux au projet. « Elle était peut- surés après la lecture de son livre, semblent
Montréal (PUM) qui est derrière la publication de être trop fascinée par le sujet. Elle essayait de com- prouver le succès de l’opération.
M. Wilkins, sursaute d’étonnement puis elle prendre sous un angle psychiatrique, qui n’était Un an, soit une période ni trop courte ni trop
ajoute aussitôt: «J’allais vous dire que, en édition, il pas mon angle à moi », remarque M. Wilkins. longue pour garder la motivation intacte
y a le lien, les mots, le temps et l’accompagnement.» « C’est un obstacle de ne pas avoir la bonne jusqu’au bout, a été nécessaire pour en arriver
paire, commente Nadine Tremblay, parce que au résultat final. « Ils ont occupé beaucoup de
Drôle de départ travailler avec quelqu’un, c’est, oui, s’entendre de mes fins de semaine », lance M. Wilkins, qui ne
« C’est un article. Un très bon article. Vous pou- façon conviviale, mais aussi s’entendre intellec- pouvait pas mettre une pause à ses obligations
vez l’envoyer ailleurs. Mais, pour nous, ce n’est ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR tuellement, comprendre l’autre, comprendre l’ex- cliniques. N’empêche, il a mis les ef for ts et
pas un livre. » C’est par ces mots que Nadine Le Dr Jean Wilkins, fort de son expérience avec périence, mais en même temps garder le cap. » consacré le temps nécessaire. « Je pense que
Tremblay a d’abord répondu par téléphone au les jeunes anorexiques, voulait partager ses Après des vacances, les PUM ont décidé de ju- j’avais une responsabilité à définir ce qu’est la
Dr Jean Wilkins, après la lecture du manuscrit constats en clinique par l’écriture. meler le Dr Wilkins avec une autre journaliste médecine de l’adolescence, ce qu’on a constaté, ce
du médecin tenant en une quarantaine de pages. scientifique : Odile Clerc. qu’on peut faire. On a cette responsabilité de
Puis, après avoir raccroché, elle s’est ravisée. « Je charnée », se rappelle le pédiatre, très satisfait comprendre, de faire les recherches et de trans-
l’ai rappelé immédiatement pour lui dire : “ On a de l’enrobage de son ouvrage. L’idée avait été Collaboration utile mettre notre savoir », dit-il, en incluant tous les
un livre. Mais, maintenant, il faut penser à une jugée bonne, confirme Mme Tremblay. Une collaboration fructueuse s’est rapide- cliniciens de sa génération qui ont bâti des dis-
table des matières, à un chemin de fer, à une loco- ment installée. Elle lui suggérait plusieurs modi- ciplines de la médecine.
motive avec tous ses wagons ” », raconte-t-elle. Un livre naît fications qu’il écoutait avec ouverture. « Comme « J’espère que des collègues lâcheront un peu les
Puis, « on s’est rencontré ici. C’était le mardi », C’est d’ailleurs pour combler son besoin clinicien pris en pratique, j’avais besoin de cet ap- revues ultrascientifiques pour aller vers quelque
poursuit Jean Wilkins. « Nos fameux mardis », d’écrire, mais aussi pour combler un vide dans la pui. Je ne pense pas qu’on puisse faire ça sans chose d’un peu plus transcendant et plus synthé-
commente aussitôt Nadine Tremblay. C’est un littérature à ce sujet, que le pionnier de la méde- avoir une structure derrière soi. » Odile Clerc lui tique sur notre histoire», lâche-t-il. D’ailleurs, son
mardi, justement, dans les bureaux des Presses cine de l’adolescence a décidé de prendre la posait aussi les bonnes questions pour ouvrir ami André Robidoux, titulaire de la Chaire de re-
de l’Université de Montréal (PUM), que les plume. La plupart des livres publiés sur l’anorexie les chapitres et pour clarifier sa pensée. cherche en diagnostic et traitement du cancer du
deux complices se remémorent toutes les ont été rédigés par des psychiatres ou par des « On me demandait des précisions. C’est ça sein, a été fasciné par son ouvrage et s’attelle ac-
étapes ayant mené au livre déposé sur la table, anorexiques sous la forme autobiographique. qui, peut-être, faisait défaut chez moi : arriver tuellement, dans une démarche semblable avec
à une photographie de jeune fille au regard Fort de ses 37 ans d’expérience où les jeunes avec des précisions sur des images que je pouvais les PUM, à un livre à propos de sa spécialité.
frondeur en page frontispice. anorexiques l’ont constamment poussé vers le avoir de la maladie. On m’a permis de mettre ça « Quand on vieillit, le temps presse. Il faut se dé-
D’ailleurs, si l’auteur exerce un contrôle sur doute, le pédiatre voulait partager ses constats en très bon français, aussi. Et on travaillait. pêcher et s’arrêter. On a une contribution à faire.
le contenu, il n’en a généralement aucun sur la en clinique et bien analyser ces quatre étapes J’écrivais. Odile le relisait. On se questionnait. Je J’ai des amis qui ont passé leur vie et leur carrière
couverture. Mais ici, les recommandations de de la maladie qu’il avait discernées. « C’est un le réécrivais une autre fois. Et, une fois que tout sur une maladie. C’est important qu’il y ait une
M. Wilkins ont été suivies à la lettre. « J’avais concept que j’avais moi-même développé, créé et ça était terminé, on allait vers Nadine, qui re- synthèse qui sorte de ça », insiste M. Wilkins.
dit : “ Je veux des filles qui ont l’air décidées. ” mis sur papier et je faisais beaucoup de confé- voyait le tout », explique M. Wilkins.
L’anorexique est déterminée dans sa maladie. rences là-dessus. Mais je ne m’étais jamais ac- « Moi, je posais des questions pour un public Collaborateur
Puis, je ne voulais pas de photo d’une fille dé- cordé le temps de l’étayer davantage pour expri- non averti, c’est-à-dire un public curieux, ajoute Le Devoir
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ÉDITION
DANS LES ANNÉES CINQUANTE

« Les presses universitaires sont venues combler un vide »


Dans l’après-guerre, les maisons d’édition privées se retirent ça n’a pas toujours été facile. »
peu à peu des publications savantes. « Dès 1955-1956, il y Le créneau des PUM ? Les
avait un projet de maison d’édition en cours à l’Université de mathématiques, la littérature et
la critique littéraire, même si le
Montréal, note Pierre-Luc Beauchamp, doctorant au Départe- catalogue reste relativement va-
ment d’histoire de l’Université McGill, spécialiste des éditions rié. Fides se concentre plus sur
savantes. Il y a même eu des volumes publiés dans ces an- les sciences humaines, quand
nées-là, et, en 1962, on officialise tout ça. » les Presses de l’Université La-
val se concentrent sur les re-
vues et que les Presses de
HÉLÈNE et subventions, quand le chif- l’Université McGill s’attachent
ROULOT-GANZMANN fre d’affaires de Fides s’élève à à publier les ouvrages des pro-
4,3 millions de dollars. Mais, fesseurs anglophones.

À l’époque, le Québec s’ouvre


aux publications savantes :
les Presses universitaires de La-
dès la fin des années 70, alors
que Fides amorce son lent dé-
clin, l’écar t se réduit. Les
Des revues
Les PUM, ce sont également,
val en 1955, des projets à McGill ventes de Fides se montent à dès le départ, des revues scien-
dans les années 50 également. 1,5 million de dollars en 1978, tifiques savantes. « Au départ,
« Il y avait le désir d’augmenter alors que, la même année, les une revue d’économie, puis
les publications savantes, d’au- PUM font des recettes de jusqu’à cinq ou six correspon-
tant que, dans les années 1940, il 500 000 $, seulement trois fois dant à différents départements
y avait eu la commission Massey, moins. Durant toutes les an- de l’Université, raconte le docto-
mise en place pour étudier le mi- nées 1960, l’une comme l’autre rant en histoire. Elles n’ont ce-
lieu scientifique. Cette commis- pendant pas beaucoup
sion avait fait des recommanda- dépassé le cadre des
tions qui indiquaient que le gou- universités québé-
vernement devrait financer ce Dès les années 1960, publier coises, voire cana-
type de publication. Sachant qu’il diennes, françaises
y aurait des montants de finance- aux PUM est un gage de grande également, parce qu’il
ment disponibles, les universités rigueur scientifique y avait des ententes
ont commencé à vouloir éditer les avec les Presses univer- SOURCE HISTORIA
ouvrages de leurs professeurs.» sitaires de France, les Dans les années 1960, les PUM étaient intégrées à l’Université de Montréal et recevaient ainsi une
PUF. Mais on ne peut part de financement public.
L’autre guerre feront d’ailleurs des déficits pas dire qu’elles ont eu une diffu-
Autre élément de contexte, presque chaque année. « Les sion très étendue et qu’elles ont le comité d’évaluation des changer et les PUM, comme les nant le rendement de l’investis-
les années 1940, marquées par PUM étaient intégrées à l’Uni- atteint un grand prestige. » Presses universitaires de autres maisons d’édition liées sement qu’on est en droit
la Seconde Guerre mondiale. versité de Montréal et il y avait Alors même que, dès les an- Montréal choisit ses titres en aux universités, sont au- d’attendre. »
À ce moment-là, toute l’édition du financement public, ex- nées 1960, publier aux PUM fonction de la qualité de l’ou- jourd’hui à la croisée des che-
française est freinée par le plique Pierre-Luc Beauchamp, est un gage de grande rigueur vrage, et non d’impératifs éco- mins, estime Pierre-Luc Beau- Collaboratrice
conflit. Les éditeurs québécois mais ce n’était pas 100 % du scientifique. Contrairement nomiques. « Cette donne est champ. On rationalise de plus Le Devoir
reprennent ce marché et com- budget et, d’une année à l’autre, aux maisons d’édition privées, malheureusement en train de en plus et on regarde mainte-
mencent à publier des ou-
vrages scientifiques. « Les édi-
tions Fides, entre autres, pu-
blient alors des ouvrages de
sciences humaines, explique
Pierre-Luc Beauchamp. Elles
sont fondées en 1937, mais, du-
rant le conflit, elles sont en forte
expansion parce que le marché
français est fermé et que le mar-
ché québécois devient le marché
de l’édition francophone. Quand
la guerre se termine, ce marché
semble se refermer et les débou-
chés commencent à manquer
pour les maisons d’édition qué-
bécoises privées, qui ne sont pas
en mesure de soutenir des pro-
jets d’éditions savantes. Il y a
alors un vide que les universités
vont combler en créant leurs
propres maisons d’édition, au
départ pour publier les ouvrages
de leurs propres enseignants. »
Avec le retour de l’édition
française sur le sol québécois,
la donne change. Jusque-là, les
éditeurs privés tels que Fides
et Beauchemin pouvaient se
permettre de perdre de l’ar-
gent en publiant un ouvrage
scientifique très pointu et se re-
faire avec les manuels sco-
laires. Avec la réduction des
débouchés, ils ne peuvent tout
simplement plus se le permet-
tre. Ils se spécialisent alors
dans certains domaines ou de-
viennent des généralistes. Plus
tard, Beauchemin s’associera
même à Chenelière pour deve-
nir exclusivement scolaire.
« Il y avait un trou, il y avait
du financement disponible qui
allait arriver dans les années à
venir, dans le même temps, les
universités grandissaient, il y
avait de plus en plus de départe-
ments, de plus en plus de profes-
seurs, mis à part quelques-uns
d’entre eux, les plus connus, qui
publiaient dans les maisons gé-
néralistes ou à l’échelle interna-
tionale, ils n’avaient pas de dé-
bouchés de publication, ça deve-
nait donc une possibilité, voire
une nécessité, pour les universi-
tés de se lancer dans l’édition. »
Pour professeurs d’abord
Au dépar t, il y a donc une
volonté claire de la par t des
Presses universitaires de
Montréal (PUM) de favoriser
la publication des ouvrages
des professeurs de l’université.
Dans la première année, huit
volumes sont publiés et cinq
ou six autres sont sur le point
de l’être. Dix ans plus tard,
dans les années 1970, ce sont
une trentaine de livres par an.
Le budget est limité. Les PUM
comptent sur des donations.
Elles reçoivent d’ailleurs
200 000 $ d’une fondation au
moment de sa création,
qu’elles vont placer.
« On parle d’un budget de
fonctionnement autour de
quelques dizaines de milliers de
dollars par an au début », es-
time Pierre-Luc Beauchamp.
Ainsi, le chiffre d’affaires an-
nuel des PUM ne dépasse ja-
mais de 7 à 8 % celui de Fides
entre 1962 et 1972. En 1971-
1972, les PUM dépensent
300 000 $, dont 50 000 $ en dons
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ÉDITION
QUATRE AUTEURS ET LEURS OUVRAGES

Du guide pratique à l’édition de haut vol


« Toutes les grandes universités doivent avoir leurs presses »
Qu’il s’agisse de criminologie, de pharmacologie, d’aménagement urbain ou de conseils pra-
tiques adressés aux étudiants, les Presses de l’Université de Montréal rejoignent l’ensemble
de la communauté universitaire. Benoit Dupont, Pierre Beaulieu, Philippe Poullaouec-Goni-
dec et Marie Lambert-Chan collaborent, chacun dans son domaine, aux PUM.

ASSIA KETTANI Selon le chercheur, le premier rôle des


Presses de l’Université de Montréal se situe du

T rois chercheurs et une journaliste appré-


cient ce que cette maison d’édition peut of-
frir : une dif fusion de proximité avec les étu-
côté des étudiants. « Les ouvrages publiés repré-
sentent une base de travail et des outils intéres-
sants pour les étudiants. Le passage du professeur
diants, une rigueur éditoriale ou encore la pos- aux étudiants ne pourrait se faire aussi facile-
sibilité de publier des ouvrages spécialisés mal- ment sans les PUM. »
gré leur public potentiel restreint. Mais, au-delà de la communauté étudiante,
les recherches publiées peuvent atteindre un
L’art d’être étudiant public plus large et être dif fusées à plus
En marge des ouvrages scientifiques écrits grande échelle. « Sans les PUM, je sortirais un
par des chercheurs et destinés aux spécialistes, petit polycopié que je distribuerais à mes étu-
les Presses de l’Université de Montréal ont fait diants, mais ça n’irait pas plus loin. Or nos li-
paraître, au mois d’août 2012, un petit ouvrage vres sont diffusés dans toute la francophonie et
pas comme les autres : Petit guide de survie des nous pouvons faire passer notre message à toute
étudiants, écrit par Marie Lambert-Chan et illus- la communauté. Ils peuvent prétendre à une
tré par Benoît Gougeon. Dans les coulisses des dimension internationale. »
amphithéâtres, il s’agit ici de l’autre visage des Le guide thérapeutique à paraître bientôt
études universitaires : celui qui se dessine à comprendra par exemple un tableau des médi-
côté des bonnes notes, des cours terminés et caments français et canadiens, qui permettra
des diplômes obtenus, mais qui peut faire toute de s’adresser à une clientèle française. « Avec
la différence dans un parcours universitaire. les échanges entre la France et le Québec, il y a
En effet, être étudiant n’est pas seulement de plus en plus de médecins et d’infirmiers (ères)
obtenir son diplôme, c’est aussi gérer tout le étrangers qui travaillent ici et qui ne connaissent
reste : les finances, l’emploi du temps, la prépa- pas forcément tous les médicaments locaux. »
ration à la vie professionnelle ne s’apprennent
pas forcément sur les bancs de l’école, mais ils Une science en français
sont essentiels pour qui veut tirer son épingle Ces publications répondent à des spécificités
du jeu. Un savoir non universitaire auquel de aussi bien linguistiques que géographiques.
nombreux étudiants sont mal préparés, voire Pierre Beaulieu insiste sur l’importance d’avoir,
complètement néophytes. au Québec, un tel organisme en langue fran- YVES LACOMBE ARCHIVES LE DEVOIR
Journaliste au journal Forum de l’Université çaise. « Il y a un manque dans l’édition scienti- Journaliste au journal Forum de l’Université de Pierre Beaulieu, professeur en pharmacologie,
de Montréal, Marie Lambert-Chan a eu l’occa- fique en français : la plupart des livres que nous Montréal, Marie Lambert-Chan est l’auteur du apprécie que les PUM permettent une dif fusion
sion de croiser nombre d’étudiants en prise faisons lire à nos étudiants sont en anglais. » Petit guide de sur vie des étudiants. des recherches dans toute la francophonie.
avec ces enjeux, qui reviennent d’une année à Il existe aussi des spécificités québécoises en
l’autre et se répètent d’un étudiant à l’autre. la matière, qui gagnent à être publiées par des
C’est pour répondre à ces questions que l’au- maisons d’édition locales. « Il y a une école en
teure a conçu ce guide, qui regroupe 42 ru- pharmacologie. Les experts ne sont pas toujours
briques publiées dans le journal Forum pen- les mêmes. Avec les PUM, nous pouvons mettre
dant un an et demi. En 160 pages, elle livre un l’accent sur ce qui nous semble important. Au
petit condensé de conseils et d’astuces pour se lieu de manuels écrits par des Américains, nous
faciliter la vie. Au répertoire : procrastination, pouvons mettre en avant notre vision de notre
angoisse de la page blanche, conciliation pratique clinique, mieux adaptée à la popula-
études-travail-famille, ou encore la préparation tion, et éviter de travailler uniquement à partir
aux examens de fin de session à la manière de traductions. C’est important de soutenir les
d’athlètes de haut niveau. Pour mieux peaufi- PUM, sinon c’est la mor t de l’édition en fran-
ner ses conseils, Marie Lambert-Chan a fait ap- çais », affirme-t-il.
pel aux nombreux spécialistes qui sont là pour
aider les étudiants : orthopédagogues, spécia- Des publications très spécialisées
listes en finances, psychologues ou conseillers Directeur du Centre international de crimi-
en orientation. nologie comparée, professeur à l’Université de
Montréal et titulaire de la Chaire de recherche
De la chronique au livre du Canada en sécurité et technologie, Benoit
Et puisque apprendre à être étudiant s’avère Dupont a codirigé, avec Samuel Tanner, l’ou-
aussi important que le succès strictement uni- vrage intitulé Maintenir la paix en zones post-
versitaire, on ne s’étonnera pas d’apprendre conflit : les nouveaux visages de la police et paru
que ce sont les PUM qui ont contacté la journa- aux Presses de l’Université de Montréal en
liste pour publier ce recueil. « Avec Benoît Gou- août 2012.
geon, nous avions eu l’idée de proposer le recueil Benoit Dupont a pu mesurer l’impor tance
aux PUM, mais elles nous ont devancés ! Lorsque des presses universitaires lors de la publica-
l’éditrice Nadine Tremblay m’a contactée, elle tion de cet ouvrage. En effet, alors que ce li-
m’a dit que l’équipe des presses suivait avec inté- vre retrace les résultats d’un atelier de re-
rêt cette rubrique chaque semaine », explique cherche sur le rôle de la police dans des opé-
Marie Lambert-Chan. rations organisées par l’ONU dans différents
Comme l’ouvrage se base sur des textes déjà pays, Benoit Dupont apprécie la possibilité de
écrits, le travail d’édition s’est concentré sur diffuser ses recherches hors des grands cir-
l’adaptation de la chronique au livre, du public cuits commerciaux. « Les maisons d’édition
ciblé de l’Université de Montréal à un universitaires publient des projets des-
public universitaire plus large. tinés à la communauté intellectuelle,
« Comme les chroniques du journal Fo- Mais, au-delà qui n’est pas forcément très dévelop-
rum étaient adressées aux étudiants de de la pée. Ce type d’ouvrage s’adresse à un
l’Université de Montréal, il a fallu les public réduit : ce n’est pas un best-sel-
adapter à l’échelle de la province. À la communauté ler. Il est réellement important qu’une ARCHIVES LE DEVOIR QUENTIN PHOTOGRAPHE
demande de mon éditrice, j’ai contacté maison d’édition puisse soutenir des Benoit Dupont a pu mesurer l’importance des Depuis 2003, Philippe Poullaouec-Gonidec
des experts relevant d’universités diffé- étudiante, ouvrages aussi spécialisés. » presses universitaires avec la publication d’un dif fuse, en collaboration avec les PUM, ses
rentes pour avoir d’autres avis et arri- Le livre regroupe ainsi des études ouvrage qu’il a codirigé. réflexions sur l’aménagement des territoires.
ver à une portée plus universelle. » les recherches de cas concernant des policiers issus
L’expérience avec les PUM ? « Je n’ai publiées de tous les pays. Parmi les problèmes vrage en question a fait l’objet d’un lancement teur s’adresse à la communauté internationale.
que des bons mots », commente Marie auxquels les policiers sont régulière- à la librairie Olivieri, auquel ont été conviés En ef fet, ses Workshops retracent des expé-
Lambert-Chan, qui retient la commu- peuvent ment confrontés, citons le choc cultu- spécialistes, lecteurs et curieux. « Nous nous riences menées à travers l’UNESCO en Tuni-
nication et la bonne entente qui ré- rel vécu au contact d’autres policiers sommes sentis accompagnés dans ce processus », sie, au Liban, au Maroc ou en Asie, répondant à
gnait avec la maison d’édition. Une atteindre issus de pays où la police n’a ni le insiste Benoit Dupont. une démarche commune : « Comment faire les
collaboration fructueuse et « une expé- même rôle, ni le même statut qu’ici, villes au XXIe siècle ? »
rience très agréable » avec cette « petite un public plus et qui ont des pratiques très dif fé- Sur l’aménagement de plusieurs villes L’ouvrage à paraître sous peu dans le cadre
famille », aux dires de l’auteure. rentes. Certains policiers sont égale- de l’Asie de cette collection concerne trois expériences
large et être
ment confrontés à des populations qui Titulaire de la Chaire UNESCO en paysage parallèles pilotées en Chine, en Corée du Sud
Un guide thérapeutique sur la diffusées à n’ont aucune confiance dans les et environnement et de la Chaire en paysage et et au Japon et conclut trois ans de travail.
douleur forces policières, ou encore à des si- environnement de l’Université de Montréal, « Nous avons amorcé cette activité à travers le
Professeur au Dépar tement de plus grande tuations complexes auxquelles ils Philippe Poullaouec-Gonidec est l’auteur d’une monde pour se sensibiliser les uns les autres et
phar macologie de l’Université de sont mal préparés. « Souvent, les poli- demi-douzaine d’ouvrages publiés aux PUM, trouver des solutions aux problèmes locaux.
Montréal, Pierre Beaulieu a publié échelle ciers envoyés là-bas connaissent mal les auxquels s’en ajoutera un nouveau au prin- Toutes les villes doivent repenser ce qu’elles sont.
deux livres aux Presses de l’Univer- conflits, ses origines, l’histoire. Ils sont temps 2013. C’est un laboratoire à l’échelle mondiale, permet-
sité de Montréal : Pharmacologie de la douleur, parfois confrontés à des groupes ethniques qui se Depuis 2003, Philippe Poullaouec-Gonidec tant de prendre conscience des enjeux de culture
en 2005, et Précis de pharmacologie, en 2010, détestent depuis des décennies ou des siècles. Sur diffuse, en collaboration avec les PUM, ses ré- différents, de favoriser le dialogue et de partici-
comme codirecteur. Il prépare actuellement un le terrain, ils doivent réapprendre leur métier. » flexions sur l’aménagement des territoires de per à la sensibilisation planétaire des architectes
guide thérapeutique sur la douleur, à paraître demain, qu’il s’agisse du Québec ou des villes et des designers. »
en 2013, au terme d’une année entière de re- Une belle facture du monde entier. Selon lui, la formule des Si les chercheurs ont eu l’idée de proposer
cherche. Selon Benoit Dupont, les PUM sont d’autant presses universitaires comporte plusieurs avan- ces expériences à la publication, ce sont les
Alors que ses livres précédents étaient desti- plus nécessaires dans le paysage éditorial qué- tages précieux, notamment le fait que les ou- PUM qui ont décidé d’en faire une collection à
nés à un public spécialisé, ce guide thérapeu- bécois qu’il s’agit d’une maison d’édition uni- vrages puissent atteindre les librairies et les bi- part entière. « Ils ont trouvé l’initiative nouvelle,
tique, plus attractif et plus pratique, s’adresse à versitaire en français : « Les grosses maisons bliothèques francophones du monde entier. inventive et créative. » Mais la clé de la réussite
tout le monde : « Il vise à aider les médecins, les d’édition anglophones n’ont aucun intérêt à pu- « Nos livres continuent à vivre au-delà des salles des PUM, avance Philippe Poullaouec-Gonidec,
pharmaciens, mais aussi le personnel infirmier et blier des ouvrages en français. Le Québec est un de cours », note-t-il. est leur directeur. « Antoine Del Busso est un di-
les étudiants », précise Pierre Beaulieu. Partant marché restreint et ils ne pourront vendre qu’une L’auteur salue ainsi la politique de prix adop- recteur très ouvert et créatif. Il ne dira jamais
des bases, répondant à toutes les questions et centaine d’exemplaires des ouvrages. De plus, ils tée par les presses, qui permet aux livres d’être non aux bonnes idées. »
offrant une démarche synthétique sur la dou- n’ont pas l’expertise pour faire ce genre de chose : accessibles et plus facilement diffusés. La col- De même, l’ouvrage Montréal en paysages,
leur, qu’elle soit cancéreuse, chronique, inflam- ils n’ont pas les canaux de distribution et de pro- lection « Paramètres », dans laquelle ont été pu- publié en 2011, se présente comme un outil de
matoire ou opératoire, l’auteur présente tous les motion nécessaires. » bliés certains de ses livres, « a l’avantage d’un réflexion et de travail destiné aux spécialistes
types de douleur et de médicament qui existent. Benoit Dupont dit apprécier par ticulière- format réduit et peu dispendieux. Ce sont des li- de l’aménagement. « Nous pouvons donner aux
Ce guide est conçu pour offrir une grande fa- ment le soin accordé à la mise en pages. Au vres que les étudiants peuvent acheter. » Lors de élus, aux gestionnaires municipaux ou aux asso-
cilité d’utilisation et de consultation. Dans cette gage de sérieux et de rigueur apporté par la ses différentes collaborations avec les PUM, ciations des outils et un point de vue sur ce
optique, le travail d’édition a privilégié le pra- sanction universitaire de l’ouvrage s’ajoute un les rares corrections imposées allaient dans le qu’est le paysage montréalais. » Selon le cher-
tique et l’agréable, déployant un travail de pré- souci de l’agréable : « Ce sont des livres d’une sens d’une plus grande facilité de diffusion : « Il cheur, il ne fait aucun doute que les presses
cision concer nant l’image et les tableaux. belle facture, ce qui n’est pas toujours le cas s’agissait chaque fois d’amener l’information de universitaires ont leur place. « Nous avons be-
« Toutes les figures et tous les tableaux ont été tra- dans les éditions universitaires. Les résultats manière plus fluide, d’ajouter des photos et de soin de publier nos connaissances. Toutes les
vaillés pour être le plus lisibles possible. Le choix sont d’une très grande qualité, tant au niveau soigner les cartes. » grandes universités doivent avoir leurs presses :
des couleurs et des tons a notamment fait l’objet du contenu éditorial que de l’aspect général. » c’est un canal de diffusion essentiel. »
de plusieurs reprises et améliorations. » Mais la maison fait plus que publier : elle Vers la communauté internationale
donne l’impulsion d’une réflexion au sein À travers une autre collection lancée en 2005 Collaboratrice
Pour l’étudiant et le grand public d’une communauté intellectuelle. Ainsi, l’ou- et intitulée « Architecture de paysages », l’au- Le Devoir
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ÉDITION
PROFESSION

Sur « qui fait quoi » dans le monde universitaire


Dix-sept professions, dix-sept titres et… treize à venir
Parmi les 14 collections des Presses de l’Université de Mont- alors que, dans d’autres textes, la collection : « Ça oblige les au-
réal se cache « Profession » : 17 titres à ce jour, pour permet- ça passe par une seule phrase teurs à se mettre à l’écart d’eux-
ou une parenthèse où l’auteur mêmes et à se poser la question :
tre à tous de découvrir et de comprendre les diverses profes- subitement se révèle. » Rien “ Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi
sions universitaires. Et ces ouvrages peuvent être téléchargés n’est toutefois jamais imposé. je fais ça ? ” C’est véritablement
gratuitement. Ce sont des lignes directrices une question que tous les uni-
qui sont données, non des versitaires se posent. C’est un
consignes formelles. exercice qu’on fait spontané-
MARIE-HÉLÈNE ALARIE tre public, qui est celui des Le grand défi de la collec- ment, mais aucune collection
étudiants, de ceux qui arrivent tion consiste à choisir les pro- ne posait cette question et n’y ré-

Q ue fait l’astronome ? Pour- à la fin du cégep ou au début


quoi devenir lexico- de l’université : « Ils savent à
graphe ? Qui est éthicien ? Y a- peu près ce qu’ils veulent faire,
fessions qui y apparaîtront. Et pondait de façon systématique
les livres doivent porter la si- et publique », rappelle M. Me-
gnature d’universitaires ayant lançon.
t-il encore des latinistes ? Voilà mais ils peuvent parfois hésiter une certaine expérience : « Je
le genre de questions aux- entre deux disciplines et se de- cherche donc des professeurs Téléchargement gratuit
quelles tentent de répondre mander : “ Est-ce que j’aimerais qui sont engagés depuis relati- Depuis quelque temps, il
les 17 ouvrages de la collec- mieux la sociologie ou l’his- vement longtemps dans leur est possible à quiconque de
tion « Profession ». toire ? ”» Les titres de la collec- car rière, parce que je veux télécharger gratuitement un
Benoît Melançon, le direc- tion sur ces deux sujets, qui qu’ils aient le recul suf fisant titre de la collection. C’est
teur scientifique des Presses sont connexes, expliquent pour expliquer la variété des une décision commerciale
de l’Université de Montréal, ainsi clairement les dif fé- cheminements possibles. Par que ne regrette pas Benoît
professeur titulaire et rences entre les disci- exemple, dans la profession de Melançon : « Notre idée, c’est
directeur du Départe- « Ça oblige les plines et montrent ce criminologue, Jean Proulx de faire en sorte que ces petits
ment des littératures qu’elles représentent n’est pas le même crimino- livres soient visibles et qu’ils
de langue française, auteurs à se comme travail, logue au début et à la fin de sa soient lus. Notre idée, c’est de
est assez fier de sa comme débouchés et carrière. » dire : “ Venez en lire un et vous
collection. Il nous ex- mettre à comme investisse- allez aimer ça ! ”» Mais il ne
plique comment tout ment intellectuel. Selon les disciplines faudra pas oublier que cer-
ça a commencé : « Un l’écart d’eux- « Ce qu’on essaie de On tentera aussi d’équili- tains titres profitent déjà
jour, au conseil scien- mêmes et faire, c’est de toucher brer les titres en les par ta- d’une distribution plus large,
tifique des Presses de ces deux publics, ce geant entre les professions. puisqu’ils sont devenus des
l’Université de Mont- à se poser qui signifie qu’on pro- « Je constate, en regardant le manuels scolaires. Profession
réal (PUM), on discu- pose des livres courts, catalogue actuel, qu’il y a criminologue est une lecture
tait sur la nécessité la question : qui s’appuient sur une beaucoup de titres qui sont du obligatoire en première an-
pour nous d’avoir une par t autobiogra- monde des lettres, des sciences née à l’Université de Montréal
petite collection. On “ Qu’est-ce que phique, sans toutefois humaines et des humanités, en criminologie et est aussi
ne pouvait pas refaire je fais ? employer un langage quelques-uns des sciences so- inscrit au programme à
“ Que sais-je ? ”. On ne technique », explique ciales. Et on devra développer l’École de police de Nicolet.
peut pas refaire “ Ro- Pourquoi je Benoît Melançon. le côté des sciences plus dures », La collection devrait conti-
bert à la découverte ”. Afin qu’une homo- confie Benoît Melançon, qui, nuer à grandir au r ythme de
Et je me suis dit qu’il fais ça ? ”» généité se dégage de ne l’oublions pas, est profes- trois titres par an pour attein-
existait encore une la collection, Benoît seur au Département des litté- dre le chif fre de 30 : « Je sais
question à laquelle ces collec- Melançon utilise ainsi un ca- ratures : comme si ceci expli- déjà ce que sera le trentième,
tions ne répondaient pas : c’est nevas de questions qu’il pro- quait cela ! et c’est moi qui vais le faire.
celle du travail concret des pro- pose à ses auteurs : « Je dis aux Mais l’autr e explication Ça va porter le titre de Profes-
fesseurs d’université. On a ainsi auteurs : “ Voilà les questions vient aussi du fait que, dans sion universitaire ! Chaque
créé une petite collection de vul- auxquelles j’aimerais que vous cer taines disciplines, il est fois, je fais des découvertes sur
garisation qui sert à mettre en répondiez. Vous avez chacun plus facile de trouver des au- chacune des professions du ca-
relief très précisément et très une approche par ticulière de SOURCE ACFAS teurs pour qui écrire sera na- talogue. Même si ce sont des
concrètement ce que ça fait, un votre travail, mais réfléchissez Le directeur scientifique des PUM, Benoît Melançon, est très fier turel : « Quand j’ai demandé à collègues que je côtoie réguliè-
prof d’université, dans la vie, à partir de ça. ” Je demande à de la nouvelle collection «Profession», qui vulgarise le travail des François Wesemael de faire rement, je peux dire que,
parce que beaucoup de gens ne mes auteurs de dire rapide- professeurs d’université en s’adressant à un large public. Profession astronome, il m’a quand je les lis, j’apprends
le savent pas. » ment pourquoi ils sont là et répondu que, dans son secteur, constamment des choses éton-
pourquoi ils sont devenus ce lection, vue comme un ensem- « Prenez Profession philo- personne n’écrivait de livre et nantes », conclut en riant
Tout public qu’ils sont devenus. » ble, chacun des ouvrages re- sophe, de Michel Seymour : sur tout pas un livre pour ra- Benoît Melançon.
Ces livres sont destinés au flète la personnalité de son au- c’est un texte très personnel qui conter sa vie ! »
grand public : il est le premier Selon chaque auteur teur, principalement dans la explique pourquoi et comment Tout ça nous ramène à la Collaboratrice
public visé. Il y a aussi un au- C’est ainsi que, dans la col- section autobiographique : il est philosophe aujourd’hui, base, à la raison première de Le Devoir

ANALYSE

De l’avenir des revues dites savantes


Il peut paraître paradoxal d’évoquer la fin des revues savantes ce changement de paradigme compétition internationale, de moitié du XX e siècle a vu se de manière régulière dans le
alors que, depuis la création en 1665 du Journal des Sça- devait entraîner une révolte, et nombreuses questions se po- multiplier les revues que je temps, avec des pauses plus ou
c’est bien ce qui se passe au- sent : faut-il en créer pour es- qualifierai d’« affinitaires » — moins longues entre les paru-
vants et des Philosophical Transactions, on estime qu’il s’est jourd’hui avec la montée en pérer échapper aux mono- nées de la convergence d’inté- tions — dispositif commode
publié à ce jour plus de 50 millions d’ar ticles et que leur puissance des mouvements poles en place ? Faut-il investirrêts intellectuels de groupes pour les éditeurs comme pour
nombre croît à un r ythme effréné. pour la gratuité de l’accès aux plus massivement dans le sou- hétérogènes (disciplines di- les lecteurs à l’ancienne.
résultats scientifiques. L’idée tien aux chercheurs et aux la- verses, localisations diverses,
MICHEL PIERSSENS trospective, de telle sorte que de fond est que le public a déjà boratoires les plus suscepti- réseaux éclatés, etc.). La créa- Malléabilité
coexistent aujourd’hui dans payé collectivement pour la bles de décrocher de bons fac- tion d’une revue était alors l’ex- Aujourd’hui, et encore plus

Jproduit
ournal des Sçavants et Phi-
losophical Transactions ont
beaucoup de petits et
le « nuage » le pr emier nu-
méro du Journal des Sçavants
et le dernier numéro de Na-
production de ces connais-
sances et que celles-ci de-
vraient donc lui être redistri-
teurs d’impact ? Faut-il conti-
nuer à payer — coûte que
coûte, littéralement — les
pression d’une pensée com-
mune for te et la revue elle-
même était un outil de renfor-
demain, c’est une tout autre
temporalité qui s’impose : la
publication est désormais po-
il s’en crée chaque jour des di- ture. Les occasions of fer tes buées sans frais. abonnements aux prix désor- cement et de diffusion de cette tentiellement permanente,
zaines, peut-être des cen- par le potentiel de la virtuali- Belle idée, en effet, dont le mais exorbitants mais qui ga- pensée. fluide, révisable, sans même
taines, toutes « savantes », sation n’ont pas échappé aux seul tort est de négliger que la rantissent l’accès immédiat Ce modèle, il faut en être parler de son caractère multi-
dans la mesure où elles pu- grands groupes d’édition sa- gratuité a toujours un coût et aux recherches de pointe ? À conscient, a peu de chances média infiniment malléable —
blient des ar ticles signés de vante, cer tains étant noble- que celui-ci ne se résume pas côté de ces questions qui en- de survivre aux révolutions en bien loin des rigidités du pa-
« savants » patentés — pour ment anciens comme Else- à l’investissement initial dans gagent des choix de société cours. La faute en est entière- pier et de la presse à imprimer.
l’essentiel, de ceux qu’on ap- vier, les autres étant des nou- la recherche, dans les labora- ment à la numérisa- Qu’est-ce que peut alors deve-
pelle depuis la seconde moitié veaux venus résolument ins- toires ou dans les systèmes tion et à la dématéria- nir une revue savante qui subit
du XX e siècle des « scienti- tallés dans la culture techno- universitaires en général. L’idée de fond est que le public a lisation, qui est en une pareille transmutation ?
fiques » et, plus généralement, logique et financière du Web L’énorme machinerie technofi- train de devenir la rè- Que deviennent ses agents tra-
des scholars (l’usage franco- 2.0 et qui attendent en sali- nancière qui remplace le pa- déjà payé collectivement pour la gle de fait. En ef fet, ditionnels ? Le rôle des contri-
phone est plus diversifié mais vant le Web 3.0. Le résultat le pier par du vir tuel doit à son grâce à la complexité buteurs, des comités de rédac-
pas toujours très clair). plus tangible en est l’explo- tour être financée. Mais par production de ces connaissances et croissante des sys- tion, des éditeurs, des dif fu-
Mais il a fallu attendre l’in- sion et l’infinie diversification qui et comment ? que celles-ci devraient donc lui tèmes d’indexation, seurs, des bibliothèques et
vestissement massif des États des revues savantes, le tout Nous en sommes là au- le lecteur va désor- même des lecteurs ne doit-il
dans la « société du savoir » signifiant des coûts (et des jourd’hui, et des décisions dif- être redistribuées sans frais mais directement à pas être alors profondément
(l’expression est récente, mais revenus)exponentiels. ficiles, mais majeures, devront l’ar ticle qui l’inté- repensé et reconstruit ?
pas l’idée), por té par l’élan être prises. Les revues sa- resse, voire à la frac- C’est dans ce sens, mais dans
nationaliste et pas toujours Nouveaux réseaux vantes n’en sont que l’un des très lourds, il faut aussi faire tion d’article qui présente tel ce sens seulement, que les re-
désintéressé, pour que l’ar- Aujourd’hui, d’après de ré- paramètres, mais il est crucial. une place à des considérations ou tel mot recherché, et il né- vues savantes sont en train de
gent commence à couler de centes études sur le sujet, les On sait bien en effet que le fi- un peu moins stratégiques et glige sans scr upules tout le vivre leur fin. Pourtant, pas plus
plus en plus abondamment bibliothèques universitaires nancement de la recherche un peu plus abstraites sur la reste. Sauf un travail minu- qu’au XVIe siècle l’imprimerie
dans le réseau complexe de la ont globalement moins d’ar- s’oriente pour l’essentiel en nature même des revues sa- tieux de la rédaction de la re- n’a fait disparaître le savoir en
communication scientifique : gent que dans les années pas- fonction de la visibilité des tra- vantes, dont les fondements vue pour bien organiser les re- faisant disparaître l’ancien par-
vers les laboratoires, d’un sées, mais elles en dépensent vaux, des chercheurs et de sont aujourd’hui aussi en mu- lations entre les composantes chemin calligraphié, il ne
côté, vers les regroupements une fraction toujours crois- leurs publications : pas de pro- tation profonde. de chaque numéro, il s’en s’agira d’une disparition défini-
de chercheurs, de l’autre, sante pour payer les abonne- motion, pas de subventions, Les brèves considérations tiendra là. Ce qui faisait l’en- tive des revues ou des « sa-
puis, de plus en plus, vers les ments aux revues savantes pas de moyens, donc pas de qui suivent vaudront cepen- jeu essentiel de la revue et vants » ; parions bien plutôt sur
supports de diffusion : les re- électroniques — au détriment carrière sans en passer par là. dant moins pour les revues une large part de sa justifica- la pensée autrement stimulante
vues et leurs éditeurs. du personnel, plus technique scientifiques « dures », déjà tion disparaît donc. que ce que nous vivons est une
Les montagnes de papier mais moins nombreux, et à Décisions transformées, que pour celles Mais parler de « numéro » renaissance, non une déca-
qui font exploser les réserves l’avantage des architectes, qui Pour une petite société — pas moins « savantes », est déjà en par tie un ar- dence. L’histoire l’a souvent
des bibliothèques en sont le doivent inventer des lieux nou- comme le Québec, d’une ri- pourtant — que produisent les chaïsme. Ce n’est que par déjà prouvé: mieux vaut travail-
résultat matériel visible veaux bientôt vides de livres chesse relative, dont les uni- « sciences humaines » au sens conformisme ou fidélité assu- ler en regardant l’avenir qu’y
— mais celui-ci ne le restera ou de revues imprimées versités ne figurent pas (mal- large ou les humanities (le mée aux traditions que les re- résister vainement.
pas longtemps : chacun sait à consulter. gré cer tains succès) au tout terme implique un peu moins vues se pensent encore selon
en ef fet que le règne du pa- Déjà les collections an- premier rang des plus produc- de scientisme et un peu plus le modèle de la périodicité ré- Michel Pierssens est professeur
pier touche à sa fin et que ciennes ont rejoint d’inaccessi- tives selon les paramètres des d’« humanité » que l’expression gulière (mensuelle ou trimes- au Dépar tement des littéra-
l’avenir n’est plus à la maté- bles bunkers, quand elles ne organismes d’évaluation inter- française). À côté des grandes trielle le plus souvent, annuelle tures de langue française de
rialisation des connaissances sont pas détruites ou mises à nationaux, les choix sont de revues liées à des organisa- parfois). Rythme logique dans l’Université de Montréal. Son
nouvelles sous la forme tradi- la poubelle (pour le bonheur plus en plus difficiles. tions disciplinaires for tes et un système qui repose sur des plus récent projet de recherche
tionnelle de la revue savante, de collectionneurs un peu per- En matière de revues sa- par fois très anciennes (asso- procédures d’édition, de fabri- porte sur les savoirs des femmes
mais au contraire à leur dé- vers mais avisés). L’augmenta- vantes, ces outils incontourna- ciations, académies, grands la- cation, d’abonnement, de dis- en France dans la littérature et
matérialisation, y compris ré- tion des coûts engendrée par bles de la notoriété dans la boratoires, etc.), la seonde tribution, etc., qui s’organisent la société fin-de-siècle.
Albert Adam Marie Lambert-Chan Samuel Tanner et
La science du vin Le métier d’étudiant Martine Béland Benoit Dupont (dir.)
Jean Després (dir.)
pour amateurs éclairés décortiqué La philosophie
« Un livre tout à fait comme thérapie Joanne Guay, René Martin Les nouveaux visages
exceptionnel ! » et Benoît Plaud (dir.) de la police
— Pierre Gingras Abrégé de la 5e édition

Charles-Philippe David (dir.) François Aubry Raynald Pineault Valéry Ridde et Monique Tardif, Martine Gérard Beaudet,
Auteurs, concepts et Louise Potvin (dir.) Simplifier pour mieux Christian Dagenais (dir.) Jacob, Robert Quenneville Jean-Philippe Meloche
et approches La production locale comprendre Nouvelle édition revue et Jean Proulx (dir.) et Franck Scherrer (dir.)
de la santé et augmentée Approches cliniques Les problèmes
des grandes villes

Francine Ferland et John MacFarlane Gaston Godin Lila Combe, Michel Germain Lacasse, Valéry Ridde
Élisabeth Dutil Une étude de l’héroïsme Comprendre pour mieux Gariépy, Mario Gauthier, Johanne Massé et Au-delà des idéologies
Histoire d’une profession militaire intervenir Florence Paulhiac Scherrer, Bethsabée Poirier et des idées reçues
Franck Scherrer L’émergence de la
Planification urbaine et modernité au Québec
développement durable

CHANTAL BOUCHARD

Mechante
´
langue
La légitimité linguistique du français parlé au Québec

Les Presses de l’Université de Montréal

Dr Jean Wilkins
Rosalind Silvester et Isabelle Tremblay
Jean-François Vallée, Chantal Bouchard William Brock Plaidoyer pour
Guillaume Thouroude Stratégie narratives des
Jean Klucinskas et La légitimité linguistique Pour la recherche médicale une approche romancières des Lumières
Gilles Dupuis (dir.) du français parlé La francophonie chinoise clinique humaine
Notre ère bigarrée au Québec et son histoire

PRIX ET DISTINCTIONS 2012 REVUES


Karine Cellard, Prix Gabrielle-Roy
Yannick Roy, finaliste Prix du Gouverneur général
Normand Chaurette, Prix Spirale-Éva-Le-Grand,
finaliste Prix du Gouverneur général,
Julien Prud’homme, Prix Michel-Brunet
Simon Jolivet, Prix de l’Assemblée nationale
Martin Jalbert, Prix Jean-Éthier-Blais

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Profession
UN DES 17 TITRES DE LA COLLECTION « PROFESSION »
www.pum.umontreal.ca ų Offre valide jusqu’au 30 novembre 2012

Les Presses de l’Université de Montréal


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