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Le mystère des sangaku µ

Le mystère des sangaku


Bernard Honclaire

Mots clés : cercles et homothéties, tangentes, sangaku.

Résumé. Cet article relate mon intervention au congrès de Liège (2017). Il témoigne de nombreux
échanges déclenchés par une question de l’Olympiade Mathématique Belge. Cette question m’a rappelé les
très belles figures qui illustrent le livre de Géry Huvent et a provoqué un échange de questions-réponses
orientées vers des constructions géométriques de figures « du style Sangaku ».

1. Double déclic carrés. . .) et témoignant du sens de l’esthétisme ja-


ponais, ces énigmes présentent une très grande ori-
• Ma rencontre avec le livre de Géry Huvent a
ginalité.
constitué un premier déclic : la découverte des san-
À travers une sélection des plus beaux et plus inté-
gaku (énigmes géométriques japonaises).
ressants sangaku, classés par difficulté et présentés
avec leur solution complète, cet ouvrage vous fera
découvrir ce joyau encore mal connu des mathéma-
tiques japonaises.
Le site http:www.wasan.jp\english situe les en-
droits où des sangaku sont encore visibles actuelle-
ment (huit cent dix-sept recensés en 2008).

La quatrième de couverture ci-dessous résume bien


la situation.

Au Japon, les sanctuaires shinto et Géry Huvent décrit trente-quatre de ces énigmes,
les temples bouddhistes peuvent ren- en donne une solution (numérique ou algébrique
fermer de véritables trésors mathé- selon les cas). Pour ses solutions, il utilise des théo-
matiques : sur des tablettes de bois rèmes classiques : Pythagore, Thalès mais éga-
accrochées aux auvents, sont peintes lement la trigonométrie, inconnue par les mathé-
des énigmes colorées, les sangaku. maticiens japonais de l’époque.
Les sangaku ont vu le jour au cours de la pé- • Le deuxième déclic fut provoqué par une ques-
riode Edo (1600–1868) quand le Japon avait coupé tion des olympiades (question 27, Midi demi-finale
presque tout contact avec le monde extérieur. 2017) accompagnée de : « Que ferais-tu de cette
Composées de figures simples (cercles, triangles, question ? ».

Losanges « N 39 « 2017 « 3–8 3


Le mystère des sangaku

Quel est le rayon du cercle inscrit dans le triangle A N D


curviligne ABC, si |AB| = 8 ?
E
C Supposons
le problème B C
résolu dans un M
« cadre plus
A B étendu ».

√ √ √ √
3 2 2 3 2 2 3 8−4 2
Appelons C le grand cercle magenta, C ” le petit
cercle magenta et E le point commun à C et C ”.
La ressemblance de cette figure (ogive gothique) et Parmi les deux homothéties qui appliquent C sur
du sangaku 9 figurant sur la page de couverture du C ”, seule celle de centre E peut nous aider dans
livre était plus qu’une coïncidence pour moi et j’ai notre recherche ; appelons-la H .
donc « provoqué » quelques amis (retraités comme
moi !) avec le problème suivant : A N D A N D A N D

E E E
A D F

B C B C B C
Sur quelles proprié- M M M
tés géométriques
peut-on s’appuyer H X H H
pour construire la
figure ci-contre ?
B C H (H) = M et HM est une trace de H .
Le point où HM coupe C est le point E (le centre
Nous avons pris un certain plaisir à le résoudre, de H ).
chacun à sa façon, et je vais tenter de vous faire
partager ce plaisir ! La droite HM (= HE) est une diagonale du rec-
tangle AXHD.
En ce qui concerne la construction de l’ogive, deux
approches sont apparues : Le centre F de C ” est aligné avec E et C. Il est
— par les homothéties ; donc le point commun à EC et M N .
— par les tangentes. Est-il vrai que H (C) = F ? Oui car CH // F M .

2. Recherche de constructions 2.1.2. Construction

La droite définie par les points M (milieu de [BC]) Le fichier ConstructionParHomothetie.fag dé-
et N (milieu de [AD]) a d’emblée été perçue comme crit différentes étapes de la construction.
axe de symétrie de la figure. Le centre du cercle
Nous en extrayons les trois images ci-dessous :
cherché est donc un point de [M N ]. Cette propriété
sera utilisée à plusieurs reprises.
A N D A N D A N D

2.1. Approche par les homothéties


E E
F F
2.1.1. Analyse

B M C B M C B M C
Le fichier AnalyseParHomothetie.fag détaille une
approche étape par étape.

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Le mystère des sangaku
A N D A N D A N D
2.2. Approche par les tangentes
E E
G G G
2.2.1. Géométrie dynamique F

B M C B M C B M C
Le cercle cherché étant dessiné approximativement,
imaginons une tangente mobile au quart de cercle Cette fois, c’est la perpendicularité entre tangente
de centre C. à un cercle et rayon de ce cercle qui intervient :
N E ⊥ EC. Pour que la tangente soit commune à
Le fichier LaboTangente.fag visualise cette re- l’arc de cercle et au cercle cherché, il faut que les
cherche (un genre de labo). points E, C et le centre F du cercle cherché soient
Placer un point mobile X sur le alignés. Ce cercle de centre F et de rayon |F E|
A N D quart de cercle de centre C et passe-t-il par M ?
construire la tangente au quart
de cercle en ce point.
Par déplacement du point X, 2.2.3. Démonstration
X
on conjecture rapidement que
la tangente commune cherchée Il reste à démontrer que |F E| = |F M |.
B C passe par N (milieu de [AD]).
Le fichier DemoTangente.fag détaille les étapes
Une conjecture étant apparue. . . place à la d’une démonstration possible.
construction et à la démonstration ! La tangente N E est perpendi-
A N D culaire au rayon CE.
Les angles en N et C, à côtés
E perpendiculaires, ont même
mesure.
2.2.2. Construction F |N E| = |N D| = |M C|.
Les triangles rectangles N EF
B C
Le fichier ConstructionsTangente.fag décrit les M et CM F sont isométriques.
étapes de deux constructions qui diffèrent par le
choix du premier cercle dessiné.
3. Bref retour à la question
• Voici trois étapes de la première construction
(basée sur l’égalité des longueurs des segments tan- d’Olympiades
gents à partir d’un point extérieur).
Le calcul du rayon du cercle cherché découle im-
médiatement de la figure ci-dessus et solutionne la
A N D A N D A N D question 27 des Olympiades :
Si |BC| = 1 et r = |EF |,
E E’ E E’
Alors
B C B C B C
M M M |F C|2 = |F M |2 + |M C|2
( )2
Grâce au cercle de centre N , on obtient |N E| = 1
(1 − r) = r +
2 2
|N D|. N D et N E sont les deux tangentes au cercle 2
de centre C issues de N . Un jeu analogue avec 3
le cercle de centre B (ou l’argument de symétrie) r =
8
donne le point E ′ . Le cercle déterminé par les points
E, E ′ et M est-il tangent à N E et N E ′ ?
Grâce à la symétrie de la figure par rapport à la
• Et voici trois étapes de la deuxième construc- droite M N , ce résultat permet une construction di-
tion (basée sur la construction d’une tangente à un recte du centre F du cercle cherché sur le segment
cercle par un point extérieur à ce cercle). [M N ].

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Le mystère des sangaku

4. Intrus non abouti A D


Dans le quadrillage as-
S
socié au carré, [SC] et
Plusieurs constructions ayant été proposées entre [DC] sont des diago-
nous, l’idée me vint de les rassembler en une pro- nales dans deux rec-
position d’ « Intrus » ! (Projet abandonné puisque B C tangles isométriques.
je l’utilise aujourd’hui !)

Huit méthodes de détermination du point Quelques opportunités d’utiliser un « quadrillage »


de tangence E sont proposées : comme aide à la démonstration sont proposées en
trouver les intrus ! annexe.
• Les points Q et T acquièrent ci-dessous le sta-
tut d’intrus grâce à la géométrie analytique : dans
E un même système d’axes, suggéré dans le dessin
ci-dessous, nous avons calculé les coordonnées des
points S, Q et T .

Les coordonnées de S (0 , 1)
Q R S (qui coïncide avec E) sont
P la solution du système S
{
y + 2x = 0
T V W 4y − 2x − 3 = 0
U
E (−0,3; 0,6)
(0.5 , 0)

Dans les cas des points Q et T , la construction com-


mence par un triangle équilatéral et son cercle ins-
Vous reconnaissez évidemment plusieurs construc- crit.
tions abordées ci-dessus.
La hauteur du √ triangle équila-
• P , R (construction par tangentes) et V , W téral mesure 23 et le centre du
(construction par homothétie). T
cercle inscrit est aussi centre de
• Les points S, U et W font globalement penser à gravité.
√ Son ordonnée √est donc
3 3
un point commun à trois objets (deux segments et 6 et celle de T est 3 . . . Le
un quart de cercle.) point T est donc différent de E.
Le point S est-il sur le quart de cercle ?
Deux justifications de l’égalité |SC| = |CD| Le calcul est un peu plus compliqué pour disqua-
sont apparues lors de nos échanges, le fi- lifier le point Q : le système à résoudre nécessite
chier Tangente4Quad.fag décrit ces raisonnements l’équation de l’oblique définie par l’origine et un
étape par étape ; en voici des raccourcis : point de contact du cercle inscrit dans le triangle.
A D La rotation d’un quart de tour Voici le résultat :

S
à gauche autour du centre de {( )2
ABCD applique D sur A et X x − 21 + y 2 = 1
X √
sur Y donc DX ⊥ AY . y = − 3x
Le segment [SC] est la mé- Q
B Y C √ √ √
diane relative à l’hypoténuse du Q( 1−8 13 ; 3( 813−1) )
triangle rectangle DSZ donc ≃ (−0,32 . . . ; 0,56 . . .)
|SC| = |DZ|
2 = |DC|.
Z

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Le mystère des sangaku

5. Un défi
En guise de défi (un peu à la mode des sangaku de
l’époque ! Inspiré de [1]. )
Les points X, Y et Z ont respectivement la même
A
abscisse dans les repères (A, B), (B, C) et (C, A).
X Le fichier defi.fag permet de modifier les points
A, B, C, X, Y et Z
Utiliser la commande Modifier pour obtenir
quatre disques isométriques.
Z
Toute communication au sujet de ce problème peut
B C m’être envoyée à l’adresse bhonclaire@yahoo.fr
Y

Note : Le fichier Liege.ppt est disponible sur le site de la SBPMef ainsi que les fichiers .fag associés.
Pour que ces fichiers .fag puissent être ouverts à partir du fichier Liege.ppt, il faut que le logiciel AG soit
présent sur l’ordinateur. De plus, tant le fichier Liege.ppt que les fichiers .fag doivent être placés dans
un dossier C:\Liege.
Annexe : utilisation de quadrillages
Nous avons réalisé, au point 4, une démonstration d’égalité de longueurs en utilisant un quadrillage. Cet
outil de démonstration peut éclairer efficacement de nombreuses situations au début du secondaire. Nous
citons ci-dessous quatre situations.

Points au milieu Points aux tiers

Le fichier Medianes-Triangle.fag propose des


étapes qui conduisent aux propriétés suivantes :
— les médianes d’un triangle sont concourantes, Les fichiers TrianglesTiers.fag et ParaTiers.fag
— le centre de gravité d’un triangle se trouve illustrent la comparaison des aires de deux triangles
aux 23 des médianes à partir des sommets. ou de deux parallélogrammes en utilisant des qua-
Le fichier Varignon.fag généralise l’usage des drillages.
« quadrillages » en croisant deux familles de L’utilisation de quadrillages comme aide à la
droites parallèles non équidistantes. . . pour envisa- démonstration sera développée dans un prochain
ger le parallélogramme inscrit et des comparaisons article.
d’aires.

Pour en savoir plus


[1] Chevanne P., Problèmes géométriques, mathafou.free.fr/pbg/.
[2] crem, Apprenti Géomètre, www.crem.be/logiciel/AG.
[3] Huvent G., Sangaku, gery.huvent.pagesperso-orange.fr/html/sangaku.htm.
[4] Huvent G., Sangaku - Le mystère des énigmes géométriques japonaises. Dunod, 2008.
[5] Kotera H., Japanese temple geometry problems, www.wasan.jp/english/.

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µ Les élèves et le cours d’analyse

Comment les élèves appréhendent le


cours d’analyse
Marcel Cornez

Mots clés : Minimum, maximum, tangente, dérivée, Pierre de Fermat,


construction géométrique, résolution de problèmes, question ouverte.

Résumé. Les élèves de 5e année du secondaire doivent manipuler les notions de dérivée, de
continuité et de limite avant la fin de leur année scolaire. Toutefois, la majorité n’en comprend
pas vraiment l’essence. De plus, lorsqu’ils doivent les appliquer à des problèmes de la vie courante
ou des problèmes spécifiques, un « mur » se dresse devant eux. Une approche par des situations
d’exploration et par un texte historique de la découverte de la méthode de la recherche du minimum
ou du maximum de Pierre de Fermat a été testée en 2016–2017 avec des résultats très parlants
au niveau de la réaction des élèves.

1. Prolégomènes

« Mais pourquoi les élèves ont-ils autant de mal à comprendre le cours d’analyse en 5e année du
secondaire et les mathématiques en général ? »
Dans l’élaboration du travail qui suit, j’ai été guidé par cette réflexion et la citation de Nicolas
Rouche : « Qu’est-ce que faire des mathématiques ? Ma réponse globale sera que faire des maths,
c’est les FAIRE, au sens propre du terme, les construire, les fabriquer, les produire, que ce soit dans
l’histoire de la pensée humaine ou dans l’apprentissage individuel. ». De plus, dans mon esprit, les
notions de dérivée, de continuité et de limite devaient avoir un aspect ludique et montrer ainsi la
beauté des mathématiques.
Ce qui suit a été testé durant l’année scolaire 2016–2017 auprès de 37 élèves en option « scien-
tifique ». Je disposais d’un ordinateur couplé à un TBI avec une connexion internet, du logiciel
GeoGebra et de la version numérique du livre CQFD 5e année 6 périodes, aux éditions De Boeck.
Les élèves avaient la version papier par le biais du prêt du livre et une calculatrice graphique. À
l’instar des cours « classiques », j’ai proposé aux élèves une approche historique chronologique,
c’est-à-dire la découverte de la dérivée, puis de la continuité et enfin des limites. Voici la partie
« découverte de la dérivée ».

2. Découverte de la dérivée par la recherche d’un extremum

La séquence débute par une première activité basée sur la consigne ci-dessous.

8 Losanges « N 39 « 2017 « 8 – 17