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Les conséquences des

incendies sur les structures


en béton armé

Loïc DIVET

Colloque « Le Pont » - Toulouse les 8 et 9 octobre 2013

Intervenant - date
Introduction
Les dégradations de béton par incendie sont rares pour les ouvrages
d’art et affectent davantage les bâtiments
Il existe néanmoins quelques cas d’incendie de camions sous des
ponts en béton qui ont provoqué un endommagement significatif du
matériau
 Ponts réseau concédé (~10/an - P. Trouillet)
 Les poids lourds (avec les matières inflammables
qu’ils transportent) constituent le facteur déterminant
du risque incendie

Intervenant - date
Introduction
Des incendies importants dans les tunnels :
 La Manche (1996), Mont Blanc (1999), Tauern (1999),
Gothard (2001), Fréjus (2005), La Manche (2008)

Intervenant - date
Comportement des structures aux incendies
Le domaine de la construction utilise des courbes normalisées pour
vérifier le comportement des structures
 Courbe CN : courbe normalisée utilisée dans le bâtiment (15’  T=750°C)
 Courbe HCM : Courbe dite Hydrocarbure Majorée pour prendre en compte les
feux d’hydrocarbures
(15’  T=1300°C) Courbes normalisées

1400

1200

1000
Température (°C)

800

Montée en température 600

des gaz au cours d’un 400


incendie 200

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Temps (min)

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CN HCM
Comportement des structures aux incendies
 Le transfert de chaleur se fait de l’incendie vers le matériau par
l’intermédiaire d’un flux de chaleur
 Ce flux entraîne une élévation de température du matériau liée à sa
capacité calorifique et à sa conductivité thermique
Dalle béton de 20 cm soumise à un
incendie « CN »
Profil de température toutes les 10 min

Température (°C)

Intervenant - date Profondeur (mm)


Les désordres sur ouvrages

 Selon la durée de l’incendie les dégâts apparents sur un élément


en béton prendront successivement les aspects suivants :
 un écaillage superficiel de profondeur centimétrique se
propageant plus ou moins profondément jusqu’aux armatures
 une chute des caractéristiques mécaniques des
armatures de surface, leur dilatation et ses conséquence :
perte d’adhérence
éclatement du béton d’enrobage
 une décohésion généralisée du béton et la ruine totale de
l’ouvrage.

Intervenant - date
Classification des désordres sur ouvrages

Dépôts de suie

Intervenant - date
Classification des désordres sur ouvrages

Ecaillage superficiel

Intervenant - date
Classification des désordres sur ouvrages
Disparition du béton d’enrobage

Armatures visibles

Intervenant - date
Classification des désordres sur ouvrages

Armatures totalement dégagées

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Le diagnostic

 Mesures in situ

 scléromètre (dureté superficielle)

 auscultation sonique

…

 Essais en laboratoire

 mesure de la fréquence de
résonnance (module d’élasticité)

 analyses minéralogiques

…

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Auscultation sonique
Profil de dégradation – cartographie iso-vitesses

- Béton sain  Vitesse : 4500 m/s

- Béton très dégradé proche du foyer  Vitesse : 1000 m/s


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Comportement du béton à l’incendie
L’élévation de température du béton suite à un incendie entraîne un
certain nombre de transformations :
- physico-chimiques
- minéralogiques
- microstructurales
Ces transformations vont alors conduire à un changement des
propriétés du béton :
- mécaniques
- de transfert (porosité et perméabilité)
Les conséquences sur le béton sont :
- Un écaillage et un éclatement du béton

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Transformations physico-chimiques
3 composantes : l’eau, la pâte de ciment et les granulats
20°C Début du départ de l’eau libre contenue dans les pores

80°C Début du départ de l’eau de constitution des hydrates du ciment

450°C Fissuration de certains granulats siliceux (silex puis granite)

570°C Fissuration des granulats de quartz (dilatation)

700°C Décarbonatation des granulats calcaires (CaCO3  CaO + CO2)

1100°C Début de la fusion de certains granulats avec la pâte de ciment

Intervenant - date
Transformations physico-chimiques

Aspect normal d’une pâte de Matrice cimentaire d’aspect vitreux


ciment n’ayant pas subi et forte porosité T > 1000°C
d’échauffement

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Transformations physico-chimiques
Perte de masse au cours de l’échauffement du béton
Perte de masse importante entre 150 et 400°C
 un transfert d’eau élevé (vaporisation)
 coïncide avec les fortes pressions

Perte de masse d’échantillons de béton chauffé à une


vitesse de 1°C/min (Noumowé, 1996)
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Evolution des propriétés de transfert
Elles augmentent avec la température

Porosité Perméabilité aux gaz

Evolution de la porosité en fonction de la Evolution de la perméabilité apparente


température (Noumowé et al., 1995) aux gaz avec la température
(Tsimbrovska, 1998)
BO : Rc = 38 Mpa
BHP : Rc = 61 MPa
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Résistance en compression du béton
Evolution des propriétés mécaniques
Résistance à la compression Module d’élasticité

Température critique

Evolution de la résistance résiduelle à la Evolution du module résiduel relatif


compression selon Pliya et al., 2012 d’élasticité selon Pliya et al., 2012

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Mécanisme d’altération par incendie
Le comportement au feu : un phénomène d’écaillage et d’éclatement du béton
lié à un problème thermo-hygro-mécanique

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Mécanisme d’altération par incendie
2 processus à l’origine de l’écaillage et de l’éclatement du béton :

 L’échauffement du béton entraîne sa dilatation et la


vaporisation de l’eau d’abord libre puis chimiquement liée
 Établissement d’un gradient de pression de vapeur d’eau
dans le réseau poreux appelé processus thermohydrique
Harmathy 1965, Anderberg 1997

 La présence d’un gradient thermique conduit à un


empêchement de dilatation partiel, générateur de contraintes
mécaniques internes
Appelé processus thermomécanique
Bazant 1197, Ulm 1999

Intervenant - date
Conclusion
 En cas d’échauffement, le béton subit :
Une évolution physico-chimique (changement des
phases, mouvements d’eau)
Une évolution microstucturale (augmentation de la
porosité et de la perméabilité)
Une évolution des propriétés mécaniques (diminution)
 La dégradation du béton se caractérise par :
Le détachement d’écailles
L’éclatement d’éléments de structure

Intervenant - date
Conclusion
 Le comportement du béton à l’incendie est fonction de :
la sollicitation thermique (vitesse d’échauffement et
température atteinte)
la forme de l’élément
la densité d’armatures
la compacité du béton
 l’état hydrique du béton
 la nature des granulats

Intervenant - date
Conclusion
Des solutions existent pour améliorer la tenue des bétons aux incendies :

 Mise en place d’une protection (couche isolante)


 matériaux à forte chaleur lente endothermique (déshydratation ou
décarbonatation)
Gypse (150°C), Hydroxyde de calcium (400°C), carbonate de calcium (900°C)
Sous forme d’enduits ou en panneaux préfabriqués

 Modification de la microstructure du materiau par


ajout de fibres organiques
 fibres de polypropylène
 température de fusion = 160°C
La chaleur fait fondre les fibres et l’espace qu’elle occupaient constitue
un réseau de drains permettant à l’eau libre du béton de s’échapper sous
forme de vapeur
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