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Chapitre 4 : L’influence de la culture politique sur les comportements politiques

Thèmes et questionnements Notions Indications complémentaires


2.1 Quelle est l'influence de Culture politique/civique, On montrera que les attitudes politiques reflètent souvent des
la culture politique sur les socialisation politique, cultures politiques particulières mais aussi des modes de
attitudes politiques ? comportements politiques. socialisation (primaire comme secondaire) spécifiques. La
question de l'identification partisane et celle du clivage
gauche/droite fourniront des illustrations simples de ces
processus de formation des dispositions politiques.
Acquis de première : socialisation primaire, socialisation
secondaire.

Introduction
La participation politique peut avoir des réalités diverses et surtout des degrés divers : voter / adhérer à un
parti / militer / se présenter au sein des structures du parti ou aux élections / être élu.
Tous ces éléments sont des exemples de comportement politique.
Comportement politique : actes par lesquels les citoyens participent à la vie politique
Mais ce terme est très large : s’abstenir, manifester,… sont aussi des comportements politiques.
La science politique montre le fait de voter à droite ou à gauche, ou même de voter tout simplement sont
le résultat, en partie, de la socialisation primaire. Avant l’âge de 10 ans, l’enfant va avoir des
prédispositions politiques.

I- CULTURE POLITIQUE ET SOCIALISATION

1) Culture politique et culture civique, quelle différence ?


a) La culture politique
 La culture au sens sociologique
En sociologie, la culture est définie comme "ce qui est commun à un groupe d'individus" et comme "ce
qui le soude". Ainsi, pour une institution internationale comme l'UNESCO : « Dans son sens le plus
large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et
matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre
les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs,
les traditions et les croyances. »1 Ce "réservoir commun" évolue dans le temps par et dans les formes des
échanges. Il se constitue en manières distinctes d'être, de penser, d'agir et de communiquer.
 La culture politique, une dimension de la culture au sens plus large
Culture politique : système de normes, de valeurs, de connaissances définissant les attitudes et les
comportements politiques des membres d’une collectivité
La culture politique désigne les façons de penser (valeurs) et d'agir (normes) en politique. Elle permet de
se positionner sur l’axe politique en fonction des thématiques concernées.
 Les façons de penser renvoient :
-aux valeurs (idéaux qui permettent de juger bien/mal, juste/injuste) = ex dans l'actualité : mariage
homosexuel
-croyances et la confiance dans le système politique (l'attachement ou non à la démocratie, aux
institutions, au travail des politiciens, etc.)
-aux connaissances politiques (les différentes positions, les différentes idéologies, les références,
l'histoire politique).
 Les façons d'agir renvoient :
-à des pratiques ou des comportements politiques (inscription les listes électorales, vote ou non, action
collective, engagement parti politique ou associatif, etc.).

b) La culture civique
Dans leur vaste enquête comparative menée dans cinq pays, les politologues américains Almond et Verba
s’interrogent sur les fondements culturels de la démocratie, la foi en la viabilité de ce type de système
ayant été ébranlée au cours du XXème siècle (fascisme, nazisme, communisme, difficulté à stabiliser les
régimes des ex-colonies….). Quels types de comportements et d’attitudes politiques sont nécessaires pour
que la démocratie fonctionne ? Quel type de « culture civique » la démocratie appelle-t-elle ? La notion
de « culture civique », en toute rigueur, doit être rattachée à ces deux auteurs, et maniée avec d’infinies
précautions. L’idée, ici est donc la suivante : si chaque nation a sa propre culture politique, la
démocratie nécessiterait, pour fonctionner, une culture politique spécifique basée sur la participation.
Ces sociologues américains Gabriel Almond et Sydney Verba (1963) ont considéré qu’il existait une
culture propre aux démocraties, des pré-dispositions à ce régime politique, comme il pourrait avoir une
culture propre aux régimes totalitaires.
Dans ce contexte, on peut mettre en avant le rôle de l’école de la 3 ème République qui a cherché à former
des jeunes citoyens favorables à la démocratie (et non à l’Empire).
On a donc une culture civique qui comprend trois dimensions :
a- affective (perception des relations entre individus en termes d’échanges, de compromis ou
de conflit et de violence) : la motivation que l’on a pour la démocratie
b- cognitive (les connaissances qu’ont les individus du système politique, de ses acteurs, de
ses règles du jeu et de ses structures)
c- évaluative (jugement sur la capacité des acteurs à remplir leurs objectifs et plus largement
sur la performance du système).
 Ainsi, le citoyen idéal porte une forte affection à la démocratie, a une bonne culture politique, et est
capable de donner les aspects positifs de celle-ci.
Autrement dit, la culture civique est l’orientation psycho-sociologique des individus vis-à-vis de la
vie politique. La culture politique entendue comme ensemble de références à l’histoire politique du pays
et à l’espace politique national renvoie à la dimension cognitive.
L’approche en termes de culture politique ou civique ainsi définie s’oppose radicalement à la conception
marxiste traditionnelle dans laquelle la notion d’idéologie dominante est centrale.
Culture civique : l’ensemble des valeurs, normes, droits et devoirs qui, en démocratie, encadrent les
comportements du citoyen

2) Le rôle de la socialisation politique


a) Définition
 La socialisation
 Définition
La socialisation est le processus par lequel la personne humaine apprend et intériorise tout au cours de sa
vie les éléments socioculturels de son milieu, les intègre à sa structure de sa personnalité sous l’influence
d’expériences et d’agents sociaux significatifs et par là s’adapte à l’environnement social où elle doit
vivre. (Guy Rocher)
Autre définition possible de la socialisation :
Ensemble des processus par lesquels les individus intériorisent les valeurs et les normes de la société
dans laquelle ils vivent.
 Commentaires de cette définition :
- la socialisation est un processus d’acquisition de connaissances, de valeurs, de symboles…
« de manières de faire de penser et d’agir) propres aux groupes où l’on vit
- la socialisation débute dès la naissance et se poursuit toute la vie.
- Les éléments acquis lors de la socialisation deviennent partie intégrante de la personnalité
psychique des individus : ils ont l’impression que c’est naturel, inné (interiorisation)
- L’objectif de la socialisation est de permettre l’adaptation du socialisé à
l’environnement dans lequel il vit : l’individu a alors de nombreux points communs avec
les autres membres de sa collectivité pour pouvoir communiquer avec eux, ils partagent les
mêmes goûts, mêmes valeurs…
DOCUMENT 5
Il ne convient pas de supposer que les dégoûts sont naturels et nous sont donnés par notre constitution ;
ils proviennent de notre éducation et du fait que nous avons intériorisé ce qui nous semble appréciable et
ce qui nous semble dégoûtant. Les pratiques culinaires nous donnent de multiples exemples de ce type : si
nous nous refusons à manger des insectes ou des limaces, ce n’est nullement une donnée naturelle,
puisque les Français sont presque universellement regardés avec dégoût en tant que « mangeurs de
grenouilles et d’escargots ». L’individu est donc un produit de la société, c’est-à-dire qu’il est largement
façonné par la socialisation effectuée par le ou les groupes auxquels il appartient, mais aussi par les
institutions telles que l’État ou l’école.
L’intériorisation des normes et des règles, ce que l’on appelle la « socialisation », est donc la source de la
cohésion sociale. Mais les règles que l’on intègre ne sont pas seulement des règles générales valables pour
tous, des règles relatives au code pénal qui interdisent le vol et l’homicide, par exemple, mais également
des règles de politesse qui garantissent que les hommes peuvent entrer en contact les uns avec les autres.
T. Rogel, Introduction impertinente à la sociologie, éditions Lins, 1999.

 Qu’apprend-on grâce à la socialisation ?


Grâce à la socialisation, on acquiert les normes et les valeurs propres à un groupe particulier ou à une
société en général.
- Les valeurs :
Les valeurs sont des idéaux, des principes généralement d’inspiration morale (bon/mauvais – beau/laid…)
auxquels les membres d’une société (ou d’un groupe social particulier) adhèrent, et qui permettent
d’orienter l’action des hommes en société.
Exemples : la beauté, la justice, la vérité, la liberté, la solidarité, l’honnêteté, l’égalité… « travail, famille,
patrie »…
Les valeurs sont donc à l’origine des normes.
 Remarques : Les valeurs varient évidemment selon les civilisations, mais elles varient aussi à
l’intérieur même d’une société en fonction des groupes sociaux
- Les normes
Les normes sont des règles de conduite, qui orientent le comportement des individus conformément aux
valeurs de la société. Elles enseignent donc les façons socialement adaptées de se comporter en société.
a- Les normes peuvent être explicites ou implicites
b- Elles doivent être largement suivies par les individus appartenant à un groupe social ou à
une société, puisque leur non observance entraîne généralement des sanctions. Pour être
suivies, les normes supposent l’existence de sanctions (rq : en socio, les sanctions peuvent
être positives (récompenses) ou négatives punition, peine…). Ces sanctions peuvent aussi
bien être formelles (écrites, juridiques, institutionnelles) qu’informelles (réprobation des
parents : « yeux noirs, raillerie », « félicitations »).
 Mais, pour être intégré dans la société dans laquelle on vit, il ne suffit pas de respecter et d’intérioriser
ses normes et ses valeurs, il faut aussi remplir les rôles et les statuts que la société ou le groupe attend de
nous.
- Rôles et statuts
a- Un statut est une position occupée par un individu dans une des dimensions du système social (la
famille, l’entreprise, les groupes de pairs…). Un individu possède alors plusieurs statuts puisqu’il est
inséré dans un réseau de relations multiples :
- statut d’homme ou de femme
- d’adulte ou d’enfant
- de parent ou d’enfant
- de salarié ou de patron,
- de mari ou de femme / de célibataire
- de syndicaliste
- de militant d’un parti politique…
b- Un rôle désigne l’ensemble des comportements qu’un individu doit adopter en fonction de son statut,
de la place qu’il occupe dans la société.
Le rôle correspond alors à la mise en œuvre des droits et des devoirs attachés à un statut. (statut : statique
– structurel / rôle : dynamique – fonctionnel)
 Un même statut engendre des rôles différents, selon les individus avec lesquels il doit avoir des
relations :
- Problèmes lorsque nous jouons une pluralité de rôles qui induisent des comportements non compatibles
entre eux.
- Des rôles qui évoluent avec les évolutions sociales
Rôle des femmes, des jeunes, des pères, des enseignants…
- Des processus de socialisation différenciés
En fonction du sexe et du milieu social
 La socialisation politique

La socialisation politique transmet donc des attitudes politiques : voter, ne pas voter, voter à droite ou à
gauche, manifester,…
Attitudes politiques : dispositions (valeurs, normes) acquises lors du processus de socialisation politique
et qui structurent les comportements politiques
Socialisation politique : processus d’apprentissage des normes et valeurs politiques permettant à un
individu de construire son identité politique

b) Le rôle de la socialisation primaire


 Définition
Les attitudes politiques (c'est-à-dire à la fois leurs comportements politiques – s’inscrire ou non sur les
listes électorales, s’abstenir ou participer, voter pour tel ou tel candidat – et leurs opinions politiques –
valeurs qu’ils partagent, jugements qu’ils expriment sur tel ou tel responsable politique) sont incorporées
par les individus au cours des processus de socialisation politique.
La socialisation primaire, qui s’effectue pendant l’enfance (principalement dans le cadre de la famille,
mais aussi de l’école, du groupe de pairs ou des médias) joue un rôle primordial. Il existe ainsi un lien fort
entre les préférences politiques des parents et celle des adolescents, les situations de vraies ruptures
politiques restant marginales. Par leur proximité quotidienne, par l’intermédiaire des échanges affectifs et
des discussions plus fréquentes, les mères participent plus activement que les pères à la socialisation
politique de leurs enfants. La famille fournit les premiers repères ou les premières absences de repères et,
par là même, joue un rôle décisif sur la formation des choix ultérieurs, tandis que l’école (enseignants,
savoirs transmis ou groupe de pairs) joue un rôle bien moindre.
 Le rôle de la famille
La famille reste un vecteur efficace dans la transmission des choix idéologiques et un creuset indéniable
de l’identité politique des individus. Les convictions politiques et religieuses se transmettent de façon
toujours meilleure que bien d’autres valeurs. Et cette transmission se fait d’autant mieux lorsque les choix
des parents sont visibles et homogènes (Percheron, 1993). Les mères jouent un rôle prépondérant. Bien
que la politique reste associée au registre masculin en termes de représentations, ces dernières
transmettent davantage leurs opinions et leurs choix que les pères.
Chaque famille n’a pas nécessairement les mêmes capacités à organiser une transmission, et la
socialisation politique peut emprunter des chemins de traverse. Celle-ci peut se construire dans des
logiques d’opposition et de réaction, ou encore au travers de références non explicitement politiques.
Mais la famille fournit les premiers repères ou les premières absences de repères et, par là même, joue un
rôle décisif sur la formation des choix ultérieurs. Quatre Français sur dix (41%) s’inscrivent dans la
continuité des choix de droite ou de gauche de leurs parents. Si l’on ajoute ceux qui reconnaissent une
filiation apolitique, et refusent donc comme leurs parents de se classer entre la gauche et la droite, ce sont
alors les deux tiers des Français (65%) qui se présentent comme des héritiers politiques. Les cas de vraies
ruptures restent marginaux. Seuls 8% des Français ont changé de camp politique par rapport à leurs deux
parents, passant à gauche alors qu’ils ont deux parents à droite (le cas le plus fréquent), ou passant à
droite alors que leurs deux parents sont positionnés à gauche (Muxel, 2008).
 Le rôle de l’école
Bien que l’école occupe une place éducative à part entière et que le temps scolaire soit indéniablement
important, son rôle dans la socialisation politique est plus difficile à isoler. L’influence des enseignants
n’apparaît guère probante. Quant à l’impact des savoirs enseignés et de leur culture scolaire proprement
dite, véhiculé notamment par l’instruction civique, les conclusions des quelques travaux réalisés sont
souvent divergentes (Maurer, 2000). Certains travaux menés en sociologie de l’éducation ont montré
l’importance des inégalités sociales et leurs effets sur les inégalités en matière de compétences et de
capacités, mais sans que cela soit directement articulé au champ politique (…). Vincent Tournier a montré
l’effet du choix de l’établissement scolaire sur les préférences politiques des lycéens et souligné par là
même l’importance du groupe de pairs. L’école au travers d’échanges qui s’y jouent et des argumentaires
politiques qui s’y développent, vient renforcer ou au contraire contredire la socialisation familiale. Mais
elle n’a pas un impact sur la socialisation politique à elle seule (Tournier, 1997). Ce qui est impulsé dans
l’expérience familiale reste prépondérant (…)
 Qu’est-ce que la citoyenneté ?
La citoyenneté est d’abord politique. On peut dire que c’est la capacité à être membre d’une communauté politique et, à ce
titre, à participer à la prise des décisions. Ces décisions sont celles qui concernent la vie en société et en particulier la façon de
régler les conflits surgissant entre les membres de la société. La citoyenneté s’exerce au travers d’un certain nombre de droits
(égalité juridique des citoyens, droit de vote, etc…) et de devoirs (défense du pays, financement des dépenses collectives,
etc…).
 En quoi la citoyenneté est-elle intégratrice des individus qui composent une nation démocratique ?
Chaque citoyen, au delà de toutes les différences qu’il peut avoir avec les autres citoyens, est dépositaire d’une parcelle de la
légitimité. A ce titre, il dispose des mêmes droits et devoirs que tous les autres citoyens et il est appelé à exercer concrètement
ses droits. La Nation se veut donc intégratrice de ses membres, au delà de leurs différences religieuses, ethniques, de genre
(hommes/femmes), ou autres. Elle transcende donc tous les particularismes, au nom de valeurs universelles (égalité,
démocratie, liberté).
 A partir des années 1880 (IIIème République), l’idée d’une école républicaine se renforce (Jules Ferry, Emile Durkheim)
avec pour objectif premier : l’intégration nationale, par l’intermédiaire de :
- Une inculcation de valeurs collectives (différentes de celle de la famille jugées trop individualistes, communautaires) :
valeurs politiques, morales, former des citoyens, morale laïque à côté de la morale religieuse… ;
- La transmission d’une culture commune, d’un savoir de base, d’un bagage minimum pour pouvoir s’intégrer dans la
société : lire, écrire, compter. L’objectif était de rendre l’apprentissage des savoirs à toutes les couches de la société : pas
seulement à une élite, mais aussi aux enfants de paysans, d’ouvriers qu’aux enfants de familles riches ; aussi bien les
ruraux que les urbains ; aussi bien les français d’origine que les immigrés.
L’école était alors perçue comme un instrument de liberté et de raison, d’autonomie de jugement
 Atténuation des particularismes et des langues locales (contre les patois…)
 Participation à la culture nationale, sentiment d’appartenance commun
 faire disparaître les inégalités, la misère, …bref permettre l’égalité des chances
L’ « école républicaine », celle qui s’est construite au cours de la 3è République, en particulier avec les lois de Jules Ferry
rendant la scolarité obligatoire, est d’abord celle qui a comme objectif de « fabriquer des bons français ». Elle a imposé la
langue française au détriment des langues régionales de manière très systématique. Elle a diffusé tout un ensemble de valeurs
patriotiques (les grandes dates de l’histoire de France, les « grands hommes », le drapeau français, la Révolution française,
etc…) qui ont contribué à construire réellement la Nation française : les enfants, une fois passés par l’école, avaient à la fois
une langue, des références culturelles et des racines historiques communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale,
religieuse ou ethnique. On mesure à quel point ce fonctionnement était en effet intégrateur : les enfants ne sont plus considérés
comme bretons, corses ou picards, ils ne sont plus considérés comme « fils de », ils ne sont plus considérés comme garçons ou
filles, ils ne sont plus considérés comme issus d’un milieu social favorisé ou défavorisé ; ils sont avant tout membre d’une
même communauté, la communauté française.

c) Le rôle de la socialisation secondaire


Cependant, le processus de socialisation est au final le fait d’une pluralité d’instances : famille, pairs,
médias, religion, école, etc. Cette pluralité n’implique ainsi aucun déterminisme politique dès lors que
chacun d’entre nous peut être exposé à des principes de socialisation potentiellement contradictoires. Il
faut à cet égard être particulièrement attentif aux processus à l’œuvre lors des socialisations secondaires,
qui se prolonge tout au long de l’existence.
Les socialisations secondaires sont le résultat :
- de la trajectoire sociale qui peut être par exemple ascendante ou déclinante,
- de l’appartenance à divers milieux (conjugal, familiaux, professionnels, amicaux, culturels,
communautaires, confessionnels, associatifs, syndicaux, de voisinage…) et des positions
occupées dans espace social
- et des divisions du travail notamment entre les sexes les générations les catégories sociales
Ces divers effets de socialisation peuvent être convergents ou contradictoires. La mobilité sociale
ascendante ou descendante est par exemple source de contradiction entre les socialisations primaires et
secondaires et on peut alors interroger sur la portée respective de l’une et de l’autre pour expliquer les
attitudes politiques.

II-LE CLIVAGE DROITE / GAUCHE A L’AUNE DE LA CULTURE POLITIQUE

1) Comment définir la gauche et la droite ?

Il faut répondre à la question : Quels sont les clivages qui permettent de distinguer la droite de la gauche ?
Si on reste à la surface des choses, on peut dire : la gauche, c’est la générosité, on est contre les patrons, la
droite, c’est le réalisme, on est contre les fonctionnaires,…
En fait, 2 variables importantes :
- la question du libéralisme économique : rôle du marché et de l’Etat au sein de l’économie.
- la question du libéralisme politique et culturel : les individus sont autonomes, liberté d’opinion,….
Cela s’oppose aux Etats totalitaires.
Faire schéma à 2 axes : libéralisme économique / libéralisme culturel.
Libéralisme culturel

Verts

Modem

Intervention de Libéralisme
l’Etat économique
UMP libéraux
PC

UMP droite populaire

Conservatisme

Possibilité de sondage
On établit une échelle de libéralisme culturel en posant des questions (6 ici) :
- Dans le couple, c’est la mère qui doit principalement s’occuper des enfants.
- Un couple d’homosexuels ne doit pas adopter et élever d’enfants,
- L’école devrait donner avant tout le sens de la discipline,
- Il faut rétablir la peine de mort,
- Il y a trop d’immigrés en France,
- Dans la société, il faut une hiérarchie et des chefs.
On établit une échelle de libéralisme économique en posant des questions (4 ici) :
- Il faut que l’Etat fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté.
- Faut-il supprimer le S.M.I.C. ?
- Il ne faut pas rétablir l’impôt sur les grandes fortunes.
- Etes – vous pour les privatisations ?
La réponse à ces questions permet de classer un citoyen sur un graphique à 2 axes : libéralisme économique / libéralisme
culturel. Les partis politiques peuvent aussi être classés sur ces 2 axes.

Doc 2 – Vote aux élections présidentielles 2007 selon l’adhésion au libéralisme économique
Étienne SCHWEISGUTH, « Les valeurs & le vote » Le Panel Électoral Français 2007, CEVIPOF

Note - Libellé des questions utilisées


Pour chacune des propositions suivantes, pouvez-vous me dire si vous êtes tout à fait pour, plutôt pour, plutôt contre,
tout à fait contre ?
- On devrait augmenter les impôts pour ceux qui gagnent plus de 4000 euros par mois
- Il faudrait porter le SMIC à 1 500 euros le plus tôt possible
Pouvez-vous me dire, pour chacun de ces mots, s’il évoque pour vous quelque chose de très positif, d’assez positif,
d’assez négatif ou de très négatif ?
- Privatisation ; - Profit ; - 35 heures
Pensez-vous qu’il faut accorder la priorité, dans les prochaines années à la compétitivité de l’économie française ou à
l’amélioration de la situation des salariés ?
1) A la compétitivité de l’économie française
2) A l’amélioration de la situation des salariés
Parmi les problèmes suivants, quels sont les deux qui vont être les plus importants au moment de votre vote ?

Doc 3 – Vote aux élections présidentielles 2007 selon l’adhésion au libéralisme culturel
Étienne SCHWEISGUTH, « Les valeurs & le vote » Le Panel Électoral Français 2007, CEVIPOF
Note - Libellé des questions utilisées
Parmi les problèmes suivants, quels sont les 2 qui vont être les plus importants au moment de votre vote ? -
immigration ; - délinquance
En pensant à l’école, pouvez-vous me dire avec laquelle de ces deux opinions vous êtes le plus d’accord ? 1) L’école
devrait donner avant tout le sens de la discipline et de l’effort 2) L’école devrait former avant tout des gens à l’esprit éveillé et
critique
Pouvez-vous me dire, pour chacun de ces mots, s’il évoque pour vous quelque chose de très positif, d’assez positif,
d’assez négatif ou de très négatif ? - Identité nationale ; - Islam
Pour chacune des phrases suivantes pouvez-vous me dire si vous êtes tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas d’accord du
tout ?
- Si les femmes étaient plus nombreuses au Parlement, les choses iraient mieux en France
- Les couples homosexuels devraient avoir le droit d’adopter des enfants
- Il faudrait rétablir la peine de mort
- Il y a trop d’immigrés en France
- Maintenant on ne se sent plus chez soi comme avant
Doc 3 – Le vote selon les deux sortes de libéralisme

Étienne SCHWEISGUTH, « Les valeurs & le vote » Le Panel Électoral Français 2007, CEVIPOF

Note : Indicateurs d’adhésion au libéralisme économique ou culturel construits à partir d’un ensemble de propositions représentatives de
ces deux systèmes de valeurs avec lesquelles les interviewés sont invités à exprimer leur adhésion ou leur opposition : peine de mort,
condamnation de l’homosexualité, conceptions du rôle de la femme… pour le libéralisme culturel ; favorable ou opposé aux privatisations,
aux nationalisations, à l’impôt sur les grandes fortunes, à l’intervention économique de l’État… pour le libéralisme économique. Les
réponses à ces questions permettent alors de situer les interviewés sur une échelle de libéralisme culturel (7 positions) et sur une échelle
de libéralisme économique (5 positions)
Activité 2 – testez votre proximité partisane avec le politest
http://www.politest.fr/menresult/listepositions.php

2) Comment la culture politique explique-t-elle le positionnement sur l’axe droite-gauche ?

Doc 4 – Auto-positionnement droite/gauche selon la préférence partisane


En % Très à A gauche Au centre A droite Très à Ni à Ne se Total
gauche droite gauche ni prononce
à droite pas
Ensemble 4 26 15 22 3 29 1 100
Parti communiste 20 54 4 2 - 20 - 100
Parti socialiste 2 69 9 1 - 19 - 100
Les verts 3 29 10 8 - 49 1 100
UDF - 3 49 24 1 22 1 100
UMP - 1 12 70 1 16 - 100
Front National 1 7 7 21 32 31 1 100
Aucun, sans 2 10 15 12 - 56 5 100
réponse
Le Baromètre Politique Français (2006-2007), CEVIPOF - Ministère de l’Intérieur,
Résultats par régions – Détaillés, 4ème vague – Février 2007, Volume 2

Doc 5 - Distribution des préférences idéologiques des adolescents français (13-18 ans) selon le degré
d’homogénéité des préférences idéologiques des parents (enquête de 1985)
Sans réponse Gauche Centre Droite Effectifs
DEUX PARENTS DE GAUCHE 15% 59% 23% 3% 179
Père de gauche, mère de droite ou du centre 27% 34% 25% 14% 119
Père de droite, mère de gauche ou du centre 27% 31% 29% 13% 110
Deux parents de droite 19% 13% 22% 46% 186
Source : Annick Percheron, 1993, La socialisation politique, Paris, Armand Colin.
Pour expliquer le positionnement politique des jeunes, il faut faire référence aux attitudes des
parents. La transmission est favorisée par 4 facteurs principaux :
1) l’intérêt des parents pour la politique : la reproduction joue d’autant plus que les familles expriment un fort
intérêt pour la politique,
2) la structuration et la force des préférences parentales : la transmission est d’autant plus forte que les
préférences sont ancrées plus près des extrêmes,
3) l’homogénéité des choix des parents : la transmission est d’autant plus forte que les 2 parents sont de même
sensibilité,
4) la visibilité des choix des parents : la transmission est d’autant plus forte que les enfants connaissent bien
les préférences de leurs parents.

Doc 6 - Trajectoire sociale et transformation des attitudes politiques


Ce sont sans doute les transformations du rapport la politique au fur et mesure de l’ascension sociale qui
mettent le mieux en évidence ces connexions entre les processus de socialisation et le degré
d’investissement dans les questions politiques. Idéal-type à cet égard est la biographie de J. K. (cas n° 3),
femme de 49 ans, fille d’un père ajusteur à la SNCF et d’une mère femme de ménage. Comme beaucoup
enfants de milieux comparables, elle écourte ses études, entre en apprentissage après le Certificat d’études
primaires et devient coiffeuse. Elle explique que, tout au long de cette partie de sa vie, la politique « ne la
concernait pas du tout » : « il fallait que je travaille, que je me débrouille et puis j’étais pas dans un milieu
où on intéressait spécialement à la politique. » Certes, son père a été un moment en relation avec les
organisations représentatives du mouvement ouvrier. On venait lui vendre le journal du parti communiste
dans la cité HLM où ils habitaient alors et « il voulait que ça s’arrange pour les ouvriers, qu’ils gagnent
plus, qu’ils travaillent moins, qu’ils aient des avantages ». Mais il était peu concerné par l’action politique
et s’en est très vite éloigné. Au domicile de ses parents, « on ne parlait pas politique... on ne parlait pas
tout court. C’était un milieu comme dit Brel dans sa chanson chez ces gens-là on ne cause pas ! ». Aussi,
« comme on ne m’avait pas initiée, on ne m’avait pas appris, je ne me suis pas inscrite sur les listes
électorales quand ai eu ma majorité » (au début des années 1970).
Elle va rencontrer celui qui va devenir son mari alors qu’elle a 25 ans. Il est alors âgé de 55 ans, divorcé,
médecin généraliste aisé, juif et ancien déporté des camps de concentration. Ils vont se marier quelques
années plus tard et le rapport de J. K. avec la politique se transforme progressivement : « On regardait
ensemble tous les débats politiques la télévision. J’écoutais avec lui. Je voulais apprendre comme on
apprend écrire. C’était un monde que je ne connaissais pas et qui commençait à m’intéresser. Je me
rendais compte que c’était un monde part et qu’il était important de le connaître pour l’évolution de la
société, du monde, de nous-mêmes ». Cette politisation progressive est contemporaine de la découverte de
la culture légitime. Comme son mari lui demande d’arrêter de travailler, « ça m’a aussi permis de
m’ouvrir sur ce que je ne connaissais pas, c’est-à-dire la culture. Je n’étais pas trop cultivée. J’ai pu
découvrir la lecture. J’avais plus de temps. Je sortais, allais au théâtre, je sentais vraiment que je me
nourrissais comme on mange ».

En relation avec son changement de milieu, l’élévation de sa position sociale et de son capital culturel,
l’amélioration de sa situation (le couple est propriétaire d’un luxueux appartement magnifiquement situé
en bordure de l’un des deux grands bois parisiens et d’une grande maison au bord de la mer sur la Côte
d’Azur), son rapport à la politique est sensiblement transformé. Elle déclare qu’elle n’a « pas vraiment de
convictions politiques », qu’elle « n’est pas très branchée sur la politique », mais elle regarde tous les
matins la chaîne information continue à la télévision avec son mari aujourd’hui retraité, formule des avis
circonstanciés sur divers hommes politiques, note en souriant elle ne « va pas dire comme tout le monde
que la gauche et la droite c’est pareil », avant de regretter quelques carences de l’action
gouvernementale, de se livrer à la critique de la politique et de déplorer l’élévation des impôts dans une
intention de redistribution. Elle vote régulièrement, longtemps pour les candidats de gauche comme son
mari, mais elle tend à se rapprocher de la droite sous l’influence d’amis qu’elle fréquente régulièrement.
Elle a d’ailleurs voté en faveur de Jacques Chirac en 1995.

« Appréhensions du politique et mobilisations des expériences sociales »,


Daniel Gaxie, Revue Française de Science Politique, 2002

1. Résumer - A l’aide d’une frise chronologique, mettez en parallèle la trajectoire sociale, les
comportements politiques et les opinions politiques de JK.
2. Expliquer – En utilisant notamment les termes de « socialisation primaire » et « socialisation
secondaire », expliquez pourquoi S (doc 8) et JK (doc 9), issues d’un milieu social proche, ont des
attitudes politiques différentes.