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Quadrature n◦ 74 (2009) ??–??



c EDP Sciences, 2009
[Géométrie]
DOI: 10.1051/quad:2009xxx

Le théorème de Holditch
par Jean-Paul Truc

Résumé.
Soit une corde de longueur donnée qui glisse sur une courbe convexe fermée (C). Considérons
un point de cette corde qui la divise en deux segments de longueur a et b. Ce point décrit une
nouvelle courbe (C  ). Sous certaines hypothèses, l’aire comprise entre les deux courbes (C) et
(C  ) est donnée par πab. Ce résultat a été démontré par le mathématicien anglais H. Holditch
en 1858. Dans cet article, nous commentons l’évolution de ce théorème et de ses méthodes de
démonstration de 1858 à nos jours. Nous en donnons une forme plus actuelle (1981), qui s’af-
franchit des hypothèses de convexité notamment, et qui est due au mathématicien Suédois Arne
Broman. Nous développons également quelques applications géométriques classiques (cardioïde,
épicycloïdes, système bielle-manivelle).

I Un problème de train un peu and Mr. Mitford Peacock, of Bene’t College, the
particulier... first and second Wranglers. »
Le 13 avril 1823, H. Holditch est ordonné à la cha-
pelle de Christ College. Il sera par la suite président
Rassurez-vous, cette fois il n’est pas question du Caius College et publiera une dizaine d’articles
d’horaire de départ et d’heure de croisement de trains, de mathématiques entre 1838 et 1863. Il a laissé le
comme dans le bon vieux certificat d’études, mais plu- souvenir [11] d’un président invisible, et s’occupant
tôt de géométrie. Voici la question posée : un collec- assez peu des étudiants. Comme le dit Christopher
tionneur de trains électriques a construit un circuit sur Brooke [17], Holditch « abandoned every tempta-
lequel circule un train comme celui de la figure 1 ; les tion to work », ce qui ne l’empêcha pas d’occuper
voitures, un peu longues, ont du mal à suivre la tra- différents postes rétribués à Caius College, comme
jectoire dans les courbes. Une figurine de passager est Président, « Lecturer » en grec et en hébreu. Pour se
située voiture 2 place 56, aux deux tiers de la voiture. reposer de l’année universitaire, il aimait beaucoup
La longueur de la voiture est de 18 cm. La figurine va passer l’été à pêcher en Écosse et au Pays de Galles.
décrire une courbe C1 légèrement différente de celle Nous donnons ci-dessous la formulation origi-
qui représente le circuit C0 . Si Ai est l’aire limitée par nale de son théorème, rapportée par le mathématicien
chacune des courbes Ci , la question est de calculer la Suédois Arne Broman dans [8] :
différence δA = A0 − A1 . La réponse date de 1858.
Théorème 1 (théorème de Holditch).
Elle constitue l’objet d’un théorème [15], démontré
Si une corde d’une courbe fermée de longueur
par le révérend Hamnett Holditch de Caius College à
constante a + b est divisée en deux parties de lon-
Cambridge. Né en 1799, Holditch rentre à Cambridge
gueurs respectives a, b, la différence entre les aires de
en 1822 en remportant le premier prix de mathéma-
la courbe fermée et du lieu du point de division sera
tiques (il est reçu « senior wrangler »). On trouve,
πab.
dans les volumes retraçant l’histoire du Caius College
[5] pour l’année 1822, l’article suivant « Cambridge, Par exemple, dans notre petit problème de train,
February 1.- The late Dr. Smith’s annual prizes of nous aurions, en centimètres, a = 12, b = 6, et la
25 l. each, to the two best proficients in mathema- différence des aires serait environ de 226 cm2 , quelles
tics and natural philosophy among the commen- que soient les dimensions du circuit !
cing Bachelors of Arts, were on Friday last adjud- Avant d’examiner ce résultat plus en détails, étu-
ged to Mr. Hamnett Holditch, of Caius College, dions le cas d’une corde se déplaçant sur un cercle

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Figure 1.

Figure 2. Corde d’un cercle.


Figure 3. La corde AB parcourant un carré.
de centre O et de rayon R (figure 2). La corde AB est
divisée par le point C de telle manière que AC = a et
CB = b. Calculons la puissance P(C) du point C par
rapport au cercle de deux manières différentes : en uti-
lisant la corde AB, nous avons P(C) = CA CB = −ab ;
en utilisant le diamètre passant par C nous avons :

P(C) = −(R − OC)(R + OC) = OC 2 − R2 .

De ces deux expressions, nous en déduisons l’égalité


OC 2 = R2 − ab. Le√point de division C décrit un cercle
de rayon OC = R2 − ab qui englobe une surface
d’aire A1 = πOC 2 = πR2 − πab. Comme ici le cercle Figure 4. La trajectoire du milieu de la corde.
extérieur a pour aire A0 = πR2 , nous avons montré
que dans le cas où la corde décrit un cercle, on a bien
(cf. figure 4). Si nous appelons S l’aire située à l’in-
A0 − A1 = πab.
térieur de la trajectoire de D, le théorème de Holditch
Comme deuxième exemple considérons une corde
nous prédit que :
de longueur 1 qui parcourt le carré FGOH de côté
FG = 1 (figure 3). 1 1 π
δA = 1 − S = π × × = ·
Initialement A est en F et B en G ; puis B glisse sur 2 2 4
GO jusqu’à arriver en O ; A est alors en G. Le mou- Mais δA est dans ce cas l’aire reconstituée d’un cercle
vement se poursuit jusqu’à ce que la corde reprenne de rayon 12 , ce qui donne bien le résultat trouvé :
sa place initiale. Elle a alors fait un tour complet sur  2
1 π
elle-même. Il est facile de voir que la trajectoire du π = ···
milieu D de la corde est constituée de quatre arcs de 2 4
cercle de rayon 12 centrés sur les sommets du carré Passons maintenant au cas général.

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II La formule de Holditch
et sa démonstration originale
Rappelons quelques résultats de géométrie dif-
férentielle : si (γ) est une courbe simple fermée de
classe C 1 par morceaux, alors l’aire limitée par (γ)
est mesurée par l’une des intégrales curvilignes sui-
vantes :
  
1
A= x dy = − y dx = x dy − y dx. (1)
(γ) (γ) 2 (γ)

Dans ces formules, t ∈ [c, d] → M(t) = (x(t), y(t))


est un paramétrage de la courbe tel que quand t va-
rie de c à d, le point M(t) se déplace sur la courbe
en tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une Figure 5. La corde AB et son enveloppe (E).
montre. Par définition, les intégrales curvilignes (1) se
ramènent à des intégrales de Riemann classiques. On
a par exemple :
  d
x dy = x(t)y (t) dt.
(γ) c

De (1), on déduit facilement que l’aire de la surface,


comprise dans un secteur angulaire θ0 ≤ θ ≤ θ1 de
sommet fixe O et limitée par un arc de courbe d’équa-
tion en coordonnées polaires r = r(θ), est donnée par
l’intégrale :
 
1 1 θ1
A= r2 dθ = r(θ)2 dθ. (2) Figure 6. Aire balayée par un segment tournant.
2 (γ) 2 θ0

Pour les détails de la démonstration de Holditch, nous


nous reporterons à l’article de Broman [8] qui en a Il faut nous arrêter un instant sur cette affirmation qui
fait une critique approfondie. Holditch suppose que n’est pas si anodine qu’il y paraît au premier abord. En
la corde se déplace en restant tangente à une courbe effet, nous ne sommes pas ici dans le cas d’un secteur
(E) (l’enveloppe des cordes) se trouvant à l’intérieur angulaire de sommet fixe où la formule (2) s’applique-
du domaine limité par (γ), sans mentionner toutefois rait, mais dans le cas d’un vecteur qui se déplace tout
que (γ) est convexe. La convexité de la courbe fermée en effectuant un mouvement de rotation sur lui-même.
n’est pas nécessaire pour que le résultat soit valide, Une démonstration de cette méthode de calcul d’une
mais elle est un moyen commode d’assurer que l’in- aire balayée par un segment a été donnée en 1959 par
dice de rotation de la courbe est égal à 1. Il note Q le le physicien Arménien Mamikon Mnatsakanian. On
point de contact entre la corde et (E) et il désigne par peut avoir une idée de cette technique grâce à l’article
r la distance r = AQ. P désigne le point de la corde de P. Boulanger [6] par exemple ou en consultant [2].
tel que AP = a et PB = b (voir figure 5). Holditch L’idée directrice est que l’aire balayée par un vecteur
commence par affirmer que les aires balayées dans le −−→
AB dans son déplacement, comme sur la figure 6 par
mouvement de la corde AB autour de (γ) par les trois exemple, est égale à l’aire limitée par la courbe (C) dé-
segments AQ, BQ et QP sont respectivement données −−→
crite par l’extrémité d’un vecteur OM d’origine fixe,
par les intégrales : −−→ −−→
tel que à tout instant OM = AB.

1 2π 2 Admettons les formules (3) sur lesquelles re-
I1 = r dθ
2 0 posent la démonstration de Holditch (nous donnerons
 plus loin deux autres démonstrations qui ne reposent
1 2π
I2 = (a + b − r)2 dθ pas sur ces formules).
2 0

1 2π Nous avons I1 = I2 car les segments AQ et
I3 = (a − r)2 dθ. (3) BQ balayent la même aire comprise entre (γ) et (E).
2 0

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Ceci s’écrit encore : de l’évaluation des aires planes et des arcs de courbe
  du traité de Joseph Bertrand [3]. Dans cet ouvrage,
1 2π 1 2π 2
(a + b − r) dθ =
2
r dθ les hypothèses restent encore vagues pour nos critères
2 0 2 0 actuels ; nous reproduisons ci-dessous in extenso1 le
et après calculs, on en tire : résultat tiré de [3] :
« Si dans une courbe fermée on inscrit une corde
 2π de longueur a + b, le point qui la divise en deux
rdθ = π(a + b). (4) segments a et b décrit une courbe dont l’aire est
0
égale à celle de la courbe donnée diminuée du pro-
Remarquons que l’aire recherchée δA est en fait l’aire duit πab, en sorte que l’aire comprise entre les deux
balayée par le segment QB diminuée de celle balayée courbes, dont l’une est entièrement arbitraire, est
par le segment QP, ce qui nous donne : exprimée exactement par πab. »
 2π La preuve donnée par Bertrand est celle de
1
δA = I2 − I3 = (a + b − r)2 dθ Holditch, avec cette fois une mention explicite de la
2 0 notion d’enveloppe et le dessin qui l’accompagne re-

1 2π présente une courbe convexe. Nous en profiterons au
− (a − r)2 dθ
2 0 passage pour recommander au lecteur de parcourir

1 2π 2 (si ce n’est déjà fait !) l’ouvrage de Bertrand, qui est
= (b − 2br + 2ab)dθ disponible sur LiNum (cf. [4]) et qui présente de jo-
2 0
 2π lis résultats de géométrie un peu oubliés aujourd’hui,
= πb(2a + b) − b rdθ comme par exemple le théorème de Steiner. Ce théo-
0
rème traite d’une courbe « roulant » sur une de ses
tangentes, et il est apparenté aux travaux de Holditch,
et en utilisant (4), nous obtenons puisque ce dernier a publié en 1839 un ouvrage de
Mécanique intitulé « On Rolling Curves » [14].
δA = πb((2a + b) − (a + b)) = πab. En 1923, on trouve encore le théorème de
Holditch dans le Cours d’Analyse Infinitésimale [12]
Il faut tout de même noter que les critiques formu-
de Ch.-J. de la Vallée Poussin, Professeur à l’Univer-
lées par Arne Broman dans [8], au sujet du manque de
sité de Louvain. De la Vallée Poussin énonce le théo-
rigueur de la démonstration de Holditch et du manque
rème sous une forme plus précise avec des hypothèses
de précisions de ses hypothèses, sont en fait simple-
plus rigoureuses :
ment révélatrices de la différence d’approche entre un
« Théorème de Holditch. Une corde de longueur
mathématicien du milieu du XIXe siècle et un mathé-
constante a + b se meut d’un mouvement continu
maticien contemporain. N’oublions pas que les for-
en s’appuyant par ses extrémités sur une courbe
mules de Green et de Stokes datent des années 1850,
fermée donnée, C, qui ne se coupe pas. Si ses deux
peu de temps avant la parution de l’article de Holditch.
extrémités font le tour de la courbe C (on suppose
Il est probable que Holditch savait que son résultat
ce mouvement possible, au besoin avec des rétro-
restait valable pour des courbes non convexes d’in-
gradations), l’aire comprise entre la courbe et le
dice 1 et que c’est pour cette raison qu’il n’a pas men-
lieu du point M qui partage la corde en deux seg-
tionné d’hypothèse de convexité.
ments a et b, a pour mesure πab (quelle que soit la
Passons maintenant à un résultat un peu plus gé-
courbe donnée, pourvu que M décrive un contour
néral, puisqu’il va agrandir la famille des courbes aux-
simple). »
quelles s’applique la formule.

III.2 La preuve du théorème de Holditch


III La formule de Holditch de 1859 par de la Vallée Poussin
à nos jours De la Vallée Poussin s’affranchit clairement de la
III.1 Dans les ouvrages de mathématiques convexité mais suppose sa courbe simple ; en outre il
de langue française fait mention des possibilités de rétrogradation de la
corde lors de son parcours. Sa démonstration n’uti-
Le théorème de Holditch devient très vite célèbre
et figure dans la plupart des traités de géométrie dif- 1
NDLR : Nous avons seulement changé les notations des lon-
férentielle de la fin du XIXe siècle. On le trouve, par gueurs (c et c dans le texte original) pour garder a et b comme
exemple, en France dès 1870 dans le chapitre traitant dans le reste de ce texte.

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lise plus la formule (2) mais seulement la formule (1). l’horizontale, comme le fait Arne Broman (voir sec-
Cette démonstration astucieuse mérite d’être reprise tion IV). En conclusion :
ici.
ab
Nous notons toujours (C0 ) la courbe décrite par δA = π(a + b)2
les deux extrémités de la corde. (x1 , y1 ) et (x2 , y2 ) sont (a + b)2
les coordonnées des extrémités de la corde, supposées = abπ
dépendre d’un paramètre t qui varie de t1 à t2 quand
les extrémités décrivent (C0 ). L’aire A0 à l’intérieur et le théorème de Holditch est prouvé ! D’autre part
de la courbe est égale à : cette preuve ne fait pas appel aux formules (3) sur
l’aire balayée par un segment.
a b
A0 = A0 + A0
a+b  a+b  t2 III.3 Au sujet d’un article de Raymond
t2
a b Estève
= − y1 dx1 − y2 dx2
a + b t1 a + b t1
 t2 Toujours en 1923, la formule de Holditch fait
ay1 dx1 + by2 dx2
= − l’objet d’un article très intéressant [13], de Raymond
t1 a+b Estève, Professeur au Lycée de Toulouse, dans les
 t2 2
(a + ab)y1 dx1 + (ab + b2 )y2 dx2 Nouvelles Annales de Mathématiques. Dans cet ar-
= − ·
t1 (a + b)2 ticle, la formule est présentée sous forme de pro-
blème : « Une droite ABC se déplace dans un plan
D’autre part les coordonnées du point de partage M de façon que trois de ses points décrivent trois
sont : courbes fermées ΓA , ΓB , ΓC , et que la droite décrive
ax1 + bx2 ay1 + by2 un angle total 2kπ. Trouver la relation qui existe
x= y= entre les aires limitées par les trois courbes. »
a+b a+b
La démonstration a cette fois le mérite d’intro-
et l’aire limitée par le lieu du point M est : duire des paramétrisations périodiques des courbes de
 t2 période commune T et surtout une fonction φ qui me-
A1 = − y dx sure l’angle fait par la droite avec l’horizontale et qui
t
 1t2 vérifie φ(t + T ) = φ(t) + 2kπ. Les courbes ne sont plus
(ay1 + by2 )(adx1 + bdx2 ) supposées convexes mais seulement fermées. De plus,
= −
t1 (a + b)2 on passe de deux à trois courbes, ce qui augmente la
portée du résultat. C’est un résultat très voisin, plus
précis, que démontre Arne Broman soixante ans plus
et par soustraction :
tard dans [8].
δA = A0 − A1
 t2
= −
ab
(y1 − y2 )(dx1 − dx2 ). (5)
IV La version de A. Broman
(a + b)2 t1
Théorème 2 (formule de Holditch). Soit (α) une
Il ne reste plus qu’à remarquer que si nous consi- courbe fermée rectifiable de représentation paramé-
−−→ trique x = x(t), y = y(t), 0 ≤ t ≤ 1. Soit θ
dérons le vecteur tournant OP de coordonnées
une fonction continue à variation bornée vérifiant :
τ = x2 − x1 et ξ = y2 − y1 , la formule (5) s’écrit :
θ(1) = θ(0) + 2nπ avec n ∈ N. Soient a et b deux réels
 t2 positifs. Un point A = A(t) parcourt (α) et on désigne
ab
δA = − τdξ. par B = B(t) le point tel que le segment A(t)B(t) ait
(a + b)2 t1
pour longueur a + b et que sa direction fasse un angle
 t2 de mesure θ(t) avec l’horizontale. Soit D = D(t) le
L’intégrale curviligne − τ dξ représente l’aire li- point de AB situé à la distance a de A. Notons (β) et
t1
mitée par la courbe décrite par l’extrémité P du vec- (δ) les courbes décrites respectivement par les points
teur tournant, qui est tout simplement un cercle de B et D quand A parcourt (α). Posons :
rayon a + b parcouru une fois. À ce propos, il faut 
noter que si cela semble évident pour de la vallée- Iα = x dy,
Poussin, une preuve rigoureuse de cette affirmation α 
nécessiterait d’introduire une fonction φ telle que Iβ = x dy Iδ = x dy.
φ(t2 ) − φ(t1 ) = 2π, mesurant l’angle de la corde avec β δ

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Figure 8. Corde sur une courbe présentant une boucle.


Figure 7. Corde parcourant une courbe non convexe.
 1  1

Alors : bIα + aIβ = b x(t)y (t)dt + a xβ (t)yβ (t)dt
0 0
b a  1
Iδ = Iα + Iβ − nπab. (6)
a+b a+b = b x(t)y (t)dt
0
 1 
Remarques +a x(t) + (a + b) cos(θ(t))
Bien sûr pour des courbes simples fermées conve-  0 
× y (t) + (a + b) cos(θ(t))θ (t) dt.
nablement orientées, les intégrales ci-dessus repré-
sentent des aires ; quant à n c’est l’indice de rotation
Nous développons la deuxième intégrale et nous
de la courbe. Ce théorème s’applique également à des
obtenons :
courbes non convexes, comme celle de la figure 7,
 1
et à des courbes présentant des points multiples,
bIα + aIβ = (a + b) x(t)y (t) + a cos(θ(t))y (t)
comme celle de la figure 8. Sur cette figure, nous 0
avons représenté diverses positions de la corde ainsi + ax(t) cos(θ(t))θ (t)
que la courbe décrite par le milieu de la corde (en 
+ a2 cos2 (θ(t))θ (t) dt...
gras). Le programme en Maple utilise un pas de  1

θn = , ce qui fait que les points ne sont pas uni- + a(ab + b )2
cos2 (θ(t))θ (t)dt
n 0
formément répartis sur le lieu du milieu de la corde.  1
Si le point B est assujetti à parcourir la même = (a + b) xδ (t)yδ (t)dt
courbe fermée simple que A, alors, pour n = 1, on 0
 1
retrouve le théorème de Holditch. 1 + 2 cos(θ(t)) 
+ ab(a + b) θ (t)dt
0 2
Démonstration. Simplifiant les hypothèses de  1
Broman, nous nous limiterons ici au cas où toutes = (a + b) xδ (t)yδ (t)dt
les fonctions x, y, et θ qui interviennent sont de 0

classe C 1 sur [0, 1] (on peut étendre sans difficultés la ab(a + b)


+ (θ(1) − θ(0))
démonstration au cas où elles sont C 1 par morceaux 2
= (a + b)Iδ + nπab(a + b)
et continues). Le plus simple est de calculer bIα + aIβ .
Remarquons que les paramétrisations des courbes (β)
ce qui démontre la formule de Holditch.

et (δ) sont respectivement données par :


xβ (t) = x(t) + (a + b) cos(θ(t))
V Applications géométriques
yβ (t) = y(t) + (a + b) sin(θ(t))
La formule de Holditch permet de calculer d’une
manière élégante beaucoup d’aires limitées par des
xδ (t) = x(t) + a cos(θ(t))
courbes classiques. Parmi de nombreuses applica-
yδ (t) = y(t) + a sin(θ(t)) tions, nous avons retenu :

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Figure 9. Système bielle-manivelle.

Figure 11. Trajectoires des extrémités A et B .

on obtient pour le lieu du point A l’équation paramé-


trique suivante :
 π
x(t) = 2R cos t + R cos 2t +
2
 π
y(t) = 2R sin t + R sin 2t + ·
2
(Nous avons supposé que pour t = π2 , le point A coïn-
Figure 10. Cercle roulant sur un cercle de même rayon.
cide avec le point de contact des deux cercles, ce qui
explique la phase initiale de π2 .) Pour B, on obtient
V.1 Les systèmes bielle-manivelle exactement les mêmes équations avec un déphasage.
Les trajectoires des deux points sont identiques à un
Nous retrouvons les circuits ferroviaires, mais déplacement près (figure 11).
cette fois avec des machines à vapeur ! Une bielle est Le mouvement du cercle roulant est représenté sur
fixée en un point A d’un disque de rayon R qui tourne la figure 10. Nous avons représenté quatre positions
autour d’un point fixe O (cf. figure 9). Elle est fixée consécutives du cercle roulant et du diamètre AB,
également à l’extrémité du piston B qui décrit un seg- ainsi que la cardioïde décrite par A. Comme on le voit
ment (d’aire nulle). La longueur de la bielle est L. On sur la figure, quand le cercle roulant fait une révo-
s’intéresse à l’aire S limitée par la courbe décrite par lution, le diamètre AB fait deux tours complets sur
un point D se trouvant sur la bielle à une distance b lui-même ; l’indice est donc ici : n = 2 ; le centre
de B. Lorsque le disque fait un tour, le point A décrit du cercle roulant parcourt un cercle de rayon 2R
un cercle de rayon R et l’angle de la droite AB aug- d’aire 4πR2 . Nous appliquons de nouveau la formule
mente puis diminue d’autant, ce qui fait que l’indice de Holditch (6) pour calculer l’aire S limitée par la
sera n = 0. Grâce à la formule de Holditch (6), on cardioïde ; on a :
bπR2
calcule facilement que S = . R R
L 4πR2 = S+ S − 2πR2
2R 2R
V.2 Épicycloïde et hypocycloïde ce qui donne l’aire S limitée par la cardioïde :
Commençons par étudier le cas où un cercle de S = 6πR2 .
rayon R roule (à l’extérieur) sur un cercle fixe de
même rayon. Ici la corde est un diamètre AB du Examinons maintenant un problème un peu plus
cercle roulant. Quand le cercle fait un tour, A et B dé- général. Un cercle de centre D et de rayon R roule
crivent une épicycloïde bien connue de tous : la car- sans glisser sur un cercle de base fixe de centre O et
dioïde (voir [16] ou [7]). En effet, en écrivant que le de rayon kR (k ∈ N∗ ) en restant à l’extérieur de celui-
cercle extérieur roule sans glisser sur le cercle fixe, ci. Une tige ADB est solidaire du disque qui roule

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Figure 13. Épicycloïde sans rebroussement.


Figure 12. Cercle roulant sur un cercle de rayon double.

Comme cette vitesse est nulle, on en tire :


dθ dα
(voir figure 12). La longueur de la tige est 2l avec = (k + 1) . On en déduit que durant une révolu-
AD = DB = l. Lorsque le disque roulant effectue un dt dt
tion, α varie de 2π et l’angle θ de la tige avec l’axe Ox
tour complet autour du grand disque, les points A et B varie de 2(k + 1)π ; l’indice sera donc n = k + 1.
décrivent la même courbe (à un déplacement près) qui Appliquons la formule de Holditch (6) pour calculer
est une épicycloïde. Nous nous limiterons ici au cas l’aire S limitée par l’épicycloïde :
où l < R ; dans ce cas la courbe ne comporte pas de
boucle et les intégrales curvilignes représentent bien l l
des aires. Lorsque le disque roulant fait une révolu- π(k + 1)2 R2 = S + S − (k + 1)πl2
2l 2l
tion, le point D parcourt un cercle de rayon (k + 1)R.
Il nous faut calculer la variation de l’angle θ fait par d’où on tire l’aire limitée par l’épicycloïde
 décrite par

la tige avec l’axe Ox pour calculer l’indice de rotation les extrémités de la tige : S = π(k + 1) (k + 1)R2 + l2 .
de la formule de Holditch. Pour cela nous appelons On peut remarquer que pour l = R et k = 1, on re-
M le point de contact entre les deux cercles (voir fi- trouve la valeur 6πR2 de l’aire de la cardioïde. Sur la
gure 12) et nous exprimons le roulement sans glis- figure 13, nous avons représenté l’épicycloïde corres-
→− R
sement en écrivant que la vitesse V (M) du point de pondant au cas k = 5, R = 1 et l = , accompagnée
contact est nulle. Nous décomposons le mouvement 2
du cercle de rayon kR.
en considérant la rotation de D autour de O et la rota-
 −−→
tion de M autour de D. Nous notons α = Ox, OD. Les
vecteurs rotations de ces deux mouvements sont res- VI Le théorème de Holditch

− dα→ − → dθ→−
pectivement Ω = N et −
ω= N, en désignant par aujourd’hui
dt dt


N un vecteur unitaire normal au plan du mouvement Les idées de Holditch ont été étendues aux
et compatible avec l’orientation du plan dans le sens surfaces fermées et réglées, grâce aux travaux de
trigonométrique. Nous utiliserons un repère tournant W. Blaschke et de H.R. Müller, et de nombreux ar-
→ →
( u , v ) comme indiqué sur la figure 12. La vitesse du ticles de Mathématiques et de Mécanique parus ré-
point M est donnée par : cemment (par exemple [1, 9, 18] pour ne citer que les
plus accessibles à la consultation) font encore réfé-
rence au théorème de Holditch. Dans [9] notamment,

− →
− −−−→
V (M) = V (D) + →

ω ∧ DM on trouve un théorème de Holditch généralisé intéres-

− −−→ − −−−→
= Ω ∧ OD + →
sant qui redonne celui de Holditch dans certains cas
ω ∧ DM
dα→ − → dθ→ − →
simples. D’autre part le théorème de Holditch consti-
= N ∧ (k + 1)R u + N ∧ (−R u ) tue un excellent sujet d’exercice pour les étudiants qui
dt dt
 dα dθ  → découvrent les intégrales curvilignes (cf. par exemple
= (k + 1)R −R v . l’ouvrage de R. Courant et F. John [10]).
dt dt

8 Quadrature n◦ 74

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“q08048” — 2009/8/7 — 15:40 — page 9 — #9
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E-notes 7 (2007) 175–178.

Octobre–Décembre 2009 9

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