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Le XVIIe siècle est un siècle majeur pour la langue et la littérature française en particulier pour les

œuvres du théâtre classique avec les comédies de Molière et les tragédies de Corneille et Racine, ou pour la
poésie avec Malherbe. Mais si le classicisme s’impose dans la seconde moitié du siècle sous le règne de
Louis XIV, les chefs-d’œuvre qu’il a produits ne doivent pas éclipser d’autres genres comme les textes
des moralistes et des fabulistes (Jean de La Fontaine) et le genre du roman qui s’invente au cours de cette
période avec les romans précieux, les histoires comiques et les premiers romans psychologiques comme la
Princesse de Clèves.
A partir de ce roman, nous verrons que le but du romancier peut effectivement être de sortir de
l’anectotique pour une dimension tragique.
Nous verrons d’abord que la misérable aventure dans la Princesse de clève prend une dimension tragique,
puis qu’en parallèle cela reste une histoire d’exception et enfin en quoi ce roman est un roman d’un autre
genre, c’est à dire psychologique.

Nous pouvons parler de misérables lorsque des personnages ou individus sont confrontés à des
situations qui les obligent à renoncer leur amour. Ces aventures misérables peuvent effectivement prendre
une dimension tragique.
La Princesse de Clèves raconte, les amours impossibles d’une femme mariée, Mlle de Chartres, et du plus
bel homme de la Cour, le duc de Nemours. Ce n’est cependant ni la morale ni les convenances qui créent
l’obstacle essentiel à la finalisation de cet amour, mais bien le conflit intérieur qui se joue chez Mlle de
Chartres entre l’inconstance naturelle et inévitable des sentiments et le désir de vivre un amour parfait
dans une fidélité absolue à l’être aimé. En effet, même une fois veuve, la princesse de Clèves se refusera à
épouser l’homme qu’elle aime. Elle ne peut aimer celui qu’elle aime, ce qui est relève du registre
pathétique. Cette dimension pathétique peut être retrouvée chez le personnage de Cécile de Volange des
Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, puisqu’elle aspire à se marier dès sa sortie du couvent, mais
ce n’est pas le cas, elle devra attendre et sombrer dans la solitude enfermée toute la journée dans sa
chambre, sans pouvoir découvrir ce qu’est le sentiment amoureux. Sa naïveté l’amènera à penser qu’un
mariage arrangé est ce qu’il y a de bien pour elle, mais elle ne connaîtra pas ce qu’est l’amour, puisqu’il est
question du mariage qui est le parcours obligatoire d’une fille qui sort du couvent. Cela devient une
obsession pour elle, elle est emprisonnée dans cette morale, qui l’empêchera d’aimer réellement. Un tel
bonheur, pour être atteint, nécessite un « art du bien se comporter » : il a un seul visage, la quiétude, qui
consiste en premier lieu à savoir se tenir éloigné de tout facteur de trouble. Le tragique et le pathétique
expriment la souffrance d'êtres confrontés à des situations extrêmes. Ils usent tous deux d'un language
expressif propre à traduire et à faire partager des sentiments intenses. Mais si le pathétique éveille la
compassion en insistant sur les manifestations de l'émotion, le tragique se distingue par l'importance qu'il
accorde aux puissances supérieures qui accablent l'homme en niant sa liberté. Dans l’Antiquité, les
tragédies étaient liées au culte du dieu Dionysos. Les thèmes sont pris dans les légendes de la Grèce. Ils
montrent l’Homme aux prises avec des forces qui le dépassent: la nature, les dieux, les autres hommes ou
l’hérédité. Des héros comme Oedipe ou Oreste incarnent les problèmes de la responsabilité de l’Homme
face à la fatalité, de sa révolte ou de sa soumission à la volonté des dieux. Nous pouvons retrouver ces
forces divines chez Agamemnon dans la célèbre pièce Iphigénie où lui, est victime d’une décision qui le
dépasse, victime des dieux qui parlent à travers la bouche de Calchas. Il doit « céder » et se résigner à ce
que les dieux oppriment l’innocence. Mais de quelle faute est-il coupable ? Racine se refuse à faire du
sacrifice d’Iphigénie la conséquence explicite d’une faute antérieure. Agamemnon n’est coupable de rien : il
ne fait qu’éprouver une « pitié sacrilège »pour sa fille. « Sacrilège » car en prenant pitié de sa fille, il
contrevient à l’ordre des dieux. Agamemnon est donc cet autre Abraham , dont les dieux cherchent
simplement à éprouver la piété. Il se dessine par conséquent comme l’archétype du héros tragique : celui
qui conduit à commettre un crime de par son statut de roi, il est un héros ni tout à fait coupable, ni tout à
fait innocent . Il est le jouet d’un destin auquel il doit se soumettre. À l’époque de Madame de Lafayette, le
jansénisme exerçait une influence très importante sur le milieu littéraire. Le dogme fondamental manifeste
la rupture radicale entre l’homme et Dieu, parce que l’homme s’est préféré à Dieu. Cet homme dominé par
l’amour-propre est devenu son propre Dieu. À la recherche d’une vérité qui n’existe pas en dehors de Dieu,
l’homme vit d’illusion et d’égoïsme. Comme aucun sentiment n’est authentique, l’amour et la passion ne
sont que des imitations tragiques du seul amour véritable – celui de Dieu. Dans La Princesse de Clèves on
peut noter les traces de cette influence janséniste . Une des marques dans l’œuvre de Madame de Lafayette
en est l’incapacité de Madame de Clèves à exprimer ses problèmes ainsi qu’à les affronter. Elle ne combat
pas l’amour, mais elle le cache à la cour, de même qu’il ne s’agit pas d’avoir été indigne envers son mari,
mais d’avoir paru indigne au duc de Nemours. Cela reflète tout à fait la fatalité de la situation du
personnage de Madame de Clèves car étant mariée à cet homme, elle est également la victime de son
destin, son mariage qu’elle n’a pas forcément désirer ou envier est une force qui l’a depasse. C’est ce qui
donne une dimension tragique au roman, puisque une fois mariée, compte tenu de la morale elle ne peut
se permettre de rendre un amour passionnel réel, sinon elle tombrait dans l’immoralité. Sa rencontre avec
Nemmours est tardive, cela l’empêchera de vivre cet amour qu’elle ressent pour lui : elle est mariée. Son
mari et son mariage peuvent tout à fait être aussociés aux dieux grecs, qui sont des forces infranchissables.

Le roman de Madame de Lafayette renvoi à l’histoire d’une aventure misérable et tragique mais
reste tout de même une histoire d’exception. Tout d’abord, en se remettant dans le contexte, nous
rappelons que le roman de La Fayette s’ouvre sur un tableau de la cour de France, Sous le reigne d’Henri II,
qui est un environnement de noblesse synonyme de richesse puisque les personnages sont tous issus de la
haute bourgeoisie.. Sur cette brillante toile de fond, se détache les portraits des grands du Royaume, tous
plus remarquables les uns que les autres. C’est à travers ces êtres d’exception, que paraît tout à coup
l’héroïne, Mlle de Chartres, future princesse deClèves, encore plus extraordinaire. Dans cette cour, tout y
est épié, visible, même le plus intime: l'aveu, le vol du portrait. Il est impossible d'y être libre et sincère: elle
prescrit la dissimulation. Le moindre mouvement est commenté, interprété. Lorsque la Princesse de Clèves
est submergée par sa passion pour Nemours, lorsqu'elle veut être vraie, avec elle-même et son mari, elle ne
peut que fuir dans un espace privé comme la campagne pour échapper à la préoccupation du dire / ne pas
dire, du voir / ne pas voir, de l'univers clinquant des faux semblants. Il n’y a pas d'autre choix dans ce livre
que le paraître ou la sincérité, le divertissement ou la retraite, la vanité ou la solitude.
Tout d’abord, le fait que le roi soit un des acteurs clés de ce roman suffit à comprendre que tout ne
se déroule pas dans une socitété modeste ou ordinaire, mais à l’interieure d’une haute société royale qui
désigne la superficialité de la cour et d’un qui tire les ficelle de ces personnages en choisissant les futur
mariés de la cour. De plus, nous pouvons ajouter à cela par la célèbre scène de bal, que notre Princesse De
Clèves et le Duc de Nemmours sont des être d’exceptions, qui sont décris comme des personnages
différents des autres, unique et exceptionnels. Dans cette histoire qui se déroule au 16ème siècle, ces deux
personnages sont vus comme des héros au sens propre du terme au début du livre, c’est à dire des héros
antique : Ces deux personnages ont toutes les qualités, sont d’une beauté magistrale et grâcieux. La
Princesse de Clèves, dès sa première apparition à la cour, étonne et ravit tout le monde par sa beauté et sa
perfection physique mais aussi morale, c’est à dire qu’elle regroupe l’ensemble des qualités intellectuelles et
sa vertu inculcées par l’éducation de sa mère. Mme de la Fayette fait de son héroïne une incarnation de la
perfection en lui dotant d'une beauté exceptionnelle propre aux héroïnes de roman héroïque, en soulignant
son appartenance à la haute noblesse et en insistant sur sa vertu. Ainsi, le personnage principal du roman,
la princesse de Clèves, est le parfait symbole de la sincérité et de la vertu ce qui fait d’elle un être
d’exception puisqu’elle refuse cette union avec Nemours. Nous pouvons retrouver cette notion d’être
d’exception chez George Sand par son personnage indiana, qui est un etre dexception car elle dit non à son
mari, elle refuse de se soumette à ce mariage sans amour qu’elle n’a jamais désiré, elle le fait de manière
digne et respectable, ce qui fait qu’elle mène le « combat » contre son mari. Elle le devance entièrement
par sa manière de parler qui est d’une grande dignité et politesse. Elle renvoi au personnage exceptionnel
qu’est Mademoiselle De Clèves par ce refus de se laisser soumettre.
La Princesse de Clèves est un roman d’un autre genre, dans lequel Madame de Lafayette écrit des analyses
psychologiques qui sont novatrices pour l'époque. C’est un roman d’analyse psychologique, consacré
essentiellement à l’exploration des sentiments de trois personnages principaux qui soulignent passion, vertu
et désir, ainsi qu’aux causes du renoncement à l’amour. L’amour est omniprésent dans le roman et tous les
personnages sont amoureux ou courtisés. La vision qui s’en dégage est que l’amour conduit toujours à la
souffrance bien qu’il puisse donner un bonheur passager.L'auteur est très rigoureux dans ses descriptions
des sentiments et des passions. Elle consacre de nombreux passages à l'analyse des pensées de ses
personnages. Elle explore avec minutie les sentiments qui les animent.
Ainsi, l'auteur parvient à exprimer l'amour, le désir, mais aussi la jalousie. Elle montre la façon dont l'héroïne
se bat contre ses sentiments. Les descriptions permettent de faire comprendre le choix de la jeune femme,
qui préfère renoncer à sa passion pour la vertu.
Le roman d’analyse a une visée morale car il tend à mettre le lecteur en garde contre les passions
dévastatrices : c’est en cela qu’il peut être rapproché de la tragédie classique. Les personnages y sont en
revanche idéalisés.

Ainsi, ce roman étant psychologique demeure intemporel et donc bien moderne. Cela rappel au
personnage de Thérèse Desqueyroux, un personnage issu du roman de Maurilhac qui est une femme
perdue, qui a pris le choix d’empoisonner son mari car elle n’avait selon elle plus d’autres choix, elle
n’accepte pas ce mariage qu’elle n’a pas choisi, mais veut s’en libérer.
Encore aujourd'hui les hommes et femmes de pouvoir cachaient ou pouvaient cacher leurs affaires de
galanterie mais leur célébrité rend cela aujourd'hui presque impossible. Et l'un des points forts du roman
tourne autour du paraître, de l'ostentation, et de l’exhibation.
Encore aujourdh’ui les individus réssistent à des tentations, se retrouvent pris entre leurs obligations,
promesses, leurs devoirs d’une part et leurs sentiments d’autre part. Cela arrive encore aujourd'hui qu’un
individu nous trahisse malgré l’amour que nous lui portons, ou de douter de sa fidélité. Encore aujourd’hui,
des femmes sont soumises à des mariages arrangés, comme dans le film « Le mariage de Verida », où cette
jeune fille mauritanienne est préparée contre son gré donc de force à un mariage, qu’elle ne désire pas. Ce
roman traite de sentiments humains universels que l’on vive au 17ème siècle ou au 21ème siècle, les
relations humaines restes compliquées et parfois douloureuses.
Ce roman peut effectivement prendre l’apparence d’une misérable aventure qui prend une dimension
tragique puisqu’au fur et à mesure du roman, à cause d’un amour impossible, et de passions dangereuses
les personnages de la mère et du mari meurent petit à petit, au fur et à mesure que les sentiments de
Mademoiselle de chartres pour Nemour se dévoilent. Cependant, on ne peut réduire ce roman comme
étant seulement misérable puisque les personnages sont d’exception, et font partis d’un cadre de royauté.
L’art du romancier est celui qui parvient à construire un monde auprès d’un lecteur. Aujourd’hui, le roman
nous permet, à nous lecteurs, de nous construire un univers et de nous laisser imaginer une infinité de
situations.
« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui
se tiendrait de lui-même par la force interne de son style [...]un livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du
moins où le sujet serait invisible, si cela se peut. Les oeuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de
matière ; plus l'expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c'est beau »
lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852 : Cette citation nous illuste cela, car l’art du romancier veut faire
passer une relfexion et une interprétation qui seront différentes pour chaque lecteur, et c’est ça qui en fait
un art. Par exemple, Christophe Honoré à réaliser son film « La belle personne » en fonction de ce qu’il a lui,
interpreter et compris du roman de Madame de Lafayette, son film n’est rien d’autre que sa vision propre
du livre, la manière dont il l’a percu.