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Economie Européenne

Chapitre 1. Politique douanière et régionalisation des échanges

Introduction
On parle beaucoup de la mondialisation, qui se traduit par le déclin des nations mais une mondialisation qui
favorise l’émergence d’entités nouvelles que l’on appelle des accords de commerce régionaux (ACR), qui
sont mieux adaptés aux évolutions en cours.

Elle se partitionne à partir de logiques économiques et financières, après avoir été pendant longtemps dominé
par des logiques politiques et géostratégiques.
Les échanges s’organisent à partir de divers pôles d’attraction :
- En USA, on a encore l’ALENA (accord de libre échange nord américain) (USA, Canada, Mexique)
- En Amérique latine, Mercosur (Uruguay, Paraguay, Brésil, Argentine)
- En Asie, ASEAN (Asie du sud est)
- En Europe, on a l’Union Européenne avec ses 28 pays.
Ce sont les accords les plus emblématiques, il y en a plusieurs.

Ce régionalisme est jusqu’à présent un régionalisme ouvert, c’est un régionalisme qui n’a pas remit en
question la libéralisation des échanges au niveau multilatéral, qui est promu par l’organisation mondiale du
commerce (OMC). La mondialisation et la régionalisation ont progressé de concerts, à partir du
développement de vastes marchés, des marchés qui épousaient le contour des bassins Europe/Méditerranée,
sur l’union européenne. Parmi tous les accords existants, l’Europe fait figure de précurseur car il a poussé au
maximum l’intégration économique et institutionnelle. L’OMC est censée encadrer les accords de commerce
régionaux. Elle a succédé dans cette tâche le 1er janvier 1995 (lors de sa création) au GATT, qui a été mis en
oeuvre à partir de 1997, lors du fameux accord de Bretton Woods. Il devait y avoir une 3e organisation qui
était en charge du commerce (OCI), mais cette organisation n’a pas pu voir le jour en raison de l’opposition
du congrès des Etats-Unis. C’était un accord provisoire signé en 1947 entre 23 Etats qui a régit le commerce
internationale au 1er janvier 1995.
OMC ou GATT, qu’importe, leur squelette principal est l’accord général (traité international de 37 articles
qui définit les règles de l’échange internationale). Aujourd’hui encore, l’OMC repose sur cet accord général.

Partie 1. La tectonique des blocs économiques générales

Les accords de commerce fonctionnent à partir dune logique d’emboitement qui va naturellement du moins
au plus intégré qui peut conduire, in fine, à la formation de nouvelles nations. L’évaluation des effets de ses
accords, sur le plan économique, s’effectue à partir de la structure de base qui est l’union douanière.

1.1. Les différents stades du processus d’intégration économique

Pour un économiste, ce qui sépare traditionnellement les économies internationales sont les barrières aux
échanges : barrière tarifaire (droit de douane) ou des barrières non tarifaires (normes, règles techniques
différentes). Ces obstacles ne frappent pas tous les pays tiers de manière équitable c’est à dire qu’ils peuvent
favoriser les biens en provenance de certains pays au détriment des mêmes biens en provenance d’autres
pays. Dans le jargon international, on appelle cela des « préférences commerciales », ces préférences
modifient les courants d’échanges. Elles introduisent des formes de discrimination dans les flux des biens et
des services.In fine, la disparition de ses barrières aux échanges entre deux nations fait glisser leur commerce
au statut de commerce internationale (avec ses importations et exportations) au statut de commerce intra-
régionale avec changement (acquisition et livraison). le commerce intra-européen n’est plus comptabilisé
dans le commerce internationale, c’est du commerce intra-régional par l’OMC.

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L’intégration économique est au bout du processus de ce système de préférences. Premier économique qui a
essayé de classer ses accords : Bella Bellasa (Hongrie). il a classé en 1961 les différentes étapes du processus
d’intégration économique. Ces étapes sont intéressantes car elles constituent des options en cas de
désintégration économique (Exemple : Brexit).
6 degrés d’intégrations économiques renvoyant à des dispositions diverses concernant le degré de réciprocité
(symétrique ou asymétrique), cela concerne les facteurs de production (travail, capital) et l’intégration
monétaire concernant les politiques communes.
- Groupement préférentiel : suppression des obstacles aux échanges (droit de douane et non
tarifaire) qui est une suppression unilatérale, elles aménagent des courants préférentiels entre des pays
qui ne sont pas situés dans la même aire/zone géographique et dont le niveau de vie est différent. A
travers cette formule de groupement, des avantages ont été historiquement concédés par les pays
développés à des pays en développement et ces avantages n’étaient pas réciproques. C’était des
avantages dérogatoires mais codifié par cet accord général. Il y avait par exemple la réduction ou la
disparition unilatérale des droits de douanes, cet effet dans le cas de l’empire français, Common
Wealth, ces groupements étaient l’héritage de ses anciens empires coloniaux (exportation vers le
métropole). Aujourd’hui, ces groupements ont encore une certaine actualité.
- Accords d’associations : Constitue selon L.24 de l’accord général, une étape avant
l’établissement des étapes suivantes, soit accord de libre échange, soit union douanière. Il y a des
dérogations sur les secteurs comme les chantiers navales, le textile, l’agriculture, qui peuvent concerner
certains instruments de politiques commerciales avec la possibilité de mettre en place des droits de
douane sur certains biens, qui peuvent enfin concerner une certaine liberté d’intégration (Exemple : En
Europe, autour de la mer Méditerranée, il y a eu des accords d’association).
- Zone de libre échange : Groupement de plusieurs territoires douaniers dans lequel les pays
membres suppriment entre eux toutes les barrières commerciales de manière réciproque, contrairement
à l’accord d’association ou groupement préférentiel, mais ils conservent vis à vis du reste du monde
leur barrière commerciale particulière, en clair, dans une zone de libre échange, la politique
commerciale/douanière n’est pas commune, cela reste du ressort de chaque pays qui composent cette
zone de LE. Les contrôles aux frontières perdurent dans les zone de libre échange, il y a des contrôles
de douanes, ceci pour dire que dans une zone de libre échange, les règles d’origine, qui décrivent
l’origine d’un produit, sont extrêmement importantes. Pour que le système puisse être soutenable, il
faut que les politiques commerciales soient relativement proches, ce que l’on constate en règle générale,
c’est que le libre échange exclut les secteurs sensibles comme l’acier, le textile et l’agriculture.
L’Europe est en zone d’échange avec la Corée du Sud, l’Ukraine, le Pérou. Sur le plan Européen,
l’association européenne de libre échange, crée en 57 suite au traité de Rome, considéré comme une
alternative du marché commun, les pays principaux en sont sortis (UK ou Irlande), ne reste dans cette
association que 4 pays : l’Islande, la Norvège, la Suisse… Au niveau international, quelques
associations de LE : ALENA, qui ne permet pas le libre flux des facteurs de production (travail
notamment), l’ASEAN.
- Union douanière : Abandon de souveraineté important au fil des 6 phases. Le tarif douanier
devient un tarif douanier commun. Dans une union douanière, les pays suppriment toujours entre eux
les barrières commerciales (comme dans l’accord de LE), mais ce qui fait la différence, c’est qu’ils
adoptent un tarif douanier commun, à l’égard du reste du monde, c’est donc une politique commune. La
communauté économique est constituée le 1er janvier 1968 à 1992. Turquie est en union douanière
avec l’union européenne pour le monde de l’industrie par exemple. Au niveau international, on a des
unions douanières de l’Amérique centrale.
- Le marché commun : le marché commun n’est pas généralisé par une union douanière. Pour
que le marché devienne commun au sein d’une même entité douanière, cela suppose une libre
circulation des facteurs de production (capital/travail/marchandises/services). Pour qu’il ait la libre
circulation des marchandises, il faut une élimination des frontières fiscales (frontière de TVA
notamment). Il faut aussi une élimination des frontières techniques (règles techniques). Une
harmonisation doit être effectuée, harmonisation des diplômes pour le travail, des normes pour les
produits, doit être effectué pour éviter les distorsions aux échanges et faire des économies d’échelles. Il
faut une liberté à la concurrence (politique de

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concurrence) et une politique d’immigration et d’émigration commune car leur intervention se situe au
niveau même de ce marché très large qui ont pour vocation de réglementer. Au sein de l’UE, la
constitution d’un grand marché a abouti suite à deux traités : Traité de Rome en 1957 (objectif : marché
commun) et l’acte unique avec quatre libertés sur la circulation (services, marchandises, travail et
capitaux). 2 traités pour 2 objectifs car il fallait approfondir le marché commun car le marché commun
connaissait encore des entraves aux échanges. Pour l’Europe, l’assoie européenne de libre échange
(Islande, Norvège) est associé à ce marché unique européen qui a été mis en place officiellement en
1993. Au niveau international, on a des marchés uniques comme le Mercosur.
- L’union économique et monétaire : forme ultime de l’intégration. Pour que le marché commun
devienne totalement efficace, il faut unifier et coordonner la politique économique, au cours du XIXe
siècle, il y avait eu des unions monétaires simples mais pas des unions économiques (comme l’union
latine ou scandinave, des unions qui ont implosé), il faut donc des politiques de change communes. Il
faut une coordination plus importante en matière de fiscalité, budgétaire, il faut une forme de solidarité
sur le plan budgétaire avec des mécanismes d’assurance. (Exemple : Allemagne a connu plusieurs
unions, ainsi que l’UK)

A travers ce processus d’intégration économique, il faut pointer le fait que l’intégration est un processus
cumulatif, progressif. La construction européenne a eu un impact important sur le reste de la planète, elle est
apparue comme attractive pour que plusieurs régions dans le monde s’engagent aussi dans un processus
d’intégration.

1.2. Les effets d’une union douanière

L’union douanière repose sur la libéralisation des échanges entre les pays qui en sont membres et repose sur
la mise en place d’un tarif douanier commun à l’égard du reste du monde. Quand on regarde la théorie
néoclassique, il s’agit d’une forme d’intégration caractérisé par sa double nature :
- Plus de libre échange qui en sont membres (+)
- D’avantages de protection à l’égard des pays tiers.
Ce qui fait qu’au regard de la théorie néoclassique, l’union douanière est l’optimum de second rang (1er rang
: libéralisation des échanges).

1.2.1. La théorie des unions douanières en statique concurrentielle

La théorie des unions douanières a été développé par Viner en 1950. La mise en place d’une union
douanière entre deux pays engendrent 3 effets :
- Un effet de création d’échange : Qui résulte du remplacement des producteurs nationaux moins
efficace par des importations à plus faible coût en provenance du pays partenaire.

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- Un effet de consommation : Qui est imputable à la baisse des prix, qui engendrent de manière standard.
- Un effet de détournement des échanges : qui tient aux pertes de parts de marché subit par les pays tiers au
profit des importations en provenance du pays partenaire.
Les deux premiers effets vont dans le sens d’une amélioration du bien être mondiale, contrairement au 3e
effet, qui va jouer en sens opposé.
Quand on essaye d’évaluer les effets du reste du monde, on met en balance les deux premiers effets au regard
du 3e.

Hypothèses : L’immobilité des facteurs de production, Economie de concurrence pure et parfaite, L’entrée de
l’UK dans la communauté qui s’est faite en 1973, et on va voir les conséquences de cette entrée sur le blé

• Pour les consommateurs, le fait que l’UK soit entrer dans la communauté, cela constitue un gain car il paye
le blé beaucoup moins cher. Ce gain des consommateurs concerne la zone a+b+c+d.
• Pour les producteurs en blé britanniques, cela entraîne une baisse du chiffre d’affaires, correspondant à « a
» et uniquement « a » et non « b » parce que ici, les producteurs UK mettent en culture moins de champs
pour cultiver leur blé et en dessous de l’offre, ce sont les coûts de production. Les producteurs ont une
perte.
• Pour l’Etat UK, le droit de douane est une recette fiscale, correspondant à « c » et « e », c’est une perte de
l’Etat.
Lorsqu’on fait le solde de tout compte sur l’entrée de l’UK dans l’union douanière. « a » est un transfert qui
se fait des producteurs vers les consommateurs. C’est le cas de « c » aussi qui s’annule entre l’Etat et les
consommateurs.
Il reste 3 surfaces : b+d-e : cela renvoie au 3 effets qu’on a identifié, la surface « b » renvoie à l’effet de
création des changes. « b », c’est l’économie de coût sur la production britannique qui a remplacé par des
importations en provenance de France qui sont plus efficaces que les agriculteurs anglais. La surface « d »
renvoie quant à elle, à l’effet de consommation, qui est imputable à la baisse du prix, qui incite les
consommateurs a consommer le bien en question. La surface « e » renvoie au détournement des changes qui
tient au remplacement des importations US, qui sont pourtant les moins chers, par des importations en
provenance de France, cette surface « e » est importante pour le commerce international, c’est un enjeu pour
le commerce internationale puisqu’un pays tiers est potentiellement désavantagé du fait de la formation de
cette union douanière.
Le raisonnement est parfaitement réversible si le pays sort de l’union douanière. cela va entraîner des pertes
pour les consommateurs et des gains pour les producteurs et l’Etat, qui auront une

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nouvelle recette fiscale, cela entraîne la modification des courants d’échanges sur les biens échangés.

Cette théorie standard ont fait l’objet de nombreuses critiques. Pour 3 raisons :
- l’analyse est statique, on regarde ce qui se passe en T1 et on prend tous les effets qui se déroulent, elle
néglige les créations d’échange qui apparaissent en dynamique. La constitution ou l’élargissement d’une
union régionale accroit l’élargissement des entreprises : l’intensification de la concurrence, la
rationalisation du processus de production et l’augmentation des séries qui sont produits. Cela conduit a
baissé le coût unitaire de production. Et s’en suit un surcroit de croissance, de consommation qui va plutôt
jouer dans le sens d’une augmentation du bien être mondial.
- Elle fait abstraction de l’importance de la géographique dans les échanges : qui fait que 2 pays voisins
sont des partenaires commerciaux naturels, privilégiés et pour des raisons objectivement identifiable sur le
plan économique car la proximité diminue le coût de transport, elle permet de diminuer les coûts de
transaction. La proximité est porteuse de distorsion dans les échanges.
- Les effets de création et de détournement des échanges perdent une partie de leur signification du fait
d’une économie qui se mondialise : car les pays tiers qui vont s’implanter dans une union douanière, ces
entreprises vont bénéficier des effets de création de trafic, des échanges, sans subir le détournement des
échanges alors qu’inversement, les entreprises de l’union douanière implanté dans les pays tiers, ces
entreprises vont subir des effets de détournement des échanges.

1.2.2. L’expérience de l’union européenne

L’accord général (texte central du GATT) impose le respect de 2 règles lors de l’instauration de l’union
douanière (L.24) pour essayer de minimiser les réflexes protectionnistes et les détournements majeurs des
échanges.
- Elimination des droits de douanes et de réglementation commerciale pour l’essentiel des
échanges entre des pays membres.
- La baisse du tarif extérieur commun, par rapport à celui qui était en vigueur avant la formation de cette
union. Donne de la compétitivité aux pays tiers.
Les communautés ont appliqué la première clause de manière très large mais elle n’a pas respecté la seconde
règle lors de l’entrée en vigueur de l’union douanière qui s’est faite le 1er juillet 1968 entre les 6 pays qui
composaient la communauté économique européenne. A l’époque, le tarif douanier commun vis à vis des
pays tiers, a été calculé sur la base d’une moyenne arithmétique des tarifs douaniers des 6 pays fondateurs.
Quand on fait la moyenne, ça veut dire que certains pays doivent baisser ou augmenter leur droit de douane.
Certains pays ont dû relever leur tarif, les flux commerciaux entre les 6 ont été délibérément favorisé au
détriment des flux avec le reste du monde, favorisé au nom de la « préférence communautaire » (préférence
protectionniste). Ce qui fait que la compatibilité n’a pas jamais été établi.

Les économistes ont tenté de réaliser des estimations empiriques sur les effets de l’intégration européenne
sur le reste du monde, ces estimations sont contradictoires. Les économistes n’ont pas réussi à mesurer le
détournement des changes, aucun chiffrage n’existe. Malgré l’absence d’évaluation, l’effet de détournement
alimente constamment le débat international. Il alimente les craintes des pays tiers à chaque élargissement de
l’union européenne compte tenu de l’expansion de son réseau préférentiel d’accord. On dispose
d’estimations statistiques :

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Sur ce graphique, on a la part du commerce intra-union européenne sur les marchandises dont le commerce
total de l’union européenne de 1858 (traité de Rome) à 2015. 40% des exportations entre les pays membres
et 37% des importations qui se fait avec les autres états membres.
En 2015, on est a 63% environ, tout au long de cette séquence, il y a eu des élargissements de l’UE, qui a
renforcé le commerce entre les pays membres de l’Union.
Il y a eu des pauses où le commerce entre les Etats membres ne progressent plus (1970) = moment de
tassement. Il y a eu une relance dans les années 80, dû au traité de l’acte unique (1986), fortement anticipé
par les entreprises, voilà pourquoi il y a eu une relance importante.

Les 2/3 des échanges commerciaux sont fait avec nos partenaires de l’Union Européenne.

Le régionalisme communautaire est un régionalisme qui est ouvert dans la mesure où il y a eu constamment
des réductions des barrières, mais à partir de ce graphique, la préférence communautaire (autre façon de
qualifier le détournement des échanges) a fonctionné, la croissance des échanges intérieurs ont été privilégié
par rapport aux échanges extérieurs internationaux.

1.3. La politique commerciale commune de l’UE

Qui échange quoi au niveau international ? 3 faits stylisés.


- Les pays les plus riches (USA, UE, Japon) réalisent 52% des exportations mondiales. Donc le commerce
international est principalement une affaire de pays riches.
- Le commerce international porte à 78% sur des produits industriels ou agricoles et 22% seulement sur les
services. La structure de l’emploi dans les pays riches est l’inverse. Donc le commerce international porte
sur une parte limitée de l’emploi.
- Le commerce intra-régional représente 52% du commerce international. En Europe, près de 70% (UE28 :
63%). Donc le commerce international est essentiellement régional en Europe.

Autre donné importante sur la politique commerciale européenne : l’UE est la première puissance
commerciale au monde en 2015, en ne prenant pas en compte les échanges entre les 28 pays de l’UE.
- 15,2% des exportations mondiales de marchandises derrière la Chine et devant les USA
- 14,4% des importations mondiales de marchandises derrière les USA et devant la Chine
- 24,9% des exportations mondiales de services devant les USA et la Chine. Europe est première aussi sur
les importations mondiales de services (20,2%).

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Il faut nuancer car ces positions sont de plus en plus menacées.

1.3.1. Le cadre institutionnel

La politique commerciale est une politique commune à l’égard du reste du monde depuis la réalisation de
l’union douanière en 1968. Elle organise les flux d’importation et les flux d’exportations vis à vis du reste du
monde. L’objectif est énoncé dans L.206 du TFUE, donc de contribuer « au développement harmonieux du
commerce mondial à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux
investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres ».
La libéralisation du commerce est affichée comme une priorité dans le traité. Le traité fixe le cadre légal de
cette politique dans L.207 du TFUE, c’est la commission européenne qui est chargée de cette mise en oeuvre,
à l’aide d’un conseil qui se statue à la majorité qualifiée (presque tous les domaines). Cette politique
commune est défendu auprès du pays tiers par un représentant unique : le commissaire au commerce, qui
participe aux discussions multilatérales au cadre de l’OMC et bilatéral avec certains groupes de pays. Le
commissaire au commerce est Cecilia Malmström. Et L.207 du traité donne des attributions au commissaire
au commerce, elle a en charge la négociation des modifications tarifaires, la conclusion d’accords tarifaires
et commerciaux relatifs aux échanges de marchandises et de services, l’uniformisation des mesures de
libéralisation, la politique d’exportation et les mesures de défense commerciale.
Concernant les mesures de défense commerciale : il y a un règlement qui permet aux Etats membres de
déposer une plainte auprès de la commission européenne qui met en place après enquête les mesures
appropriées (exemple : relèvement des droits de douane, restriction qualitative avec les quotas).

L’UE utilise activement ce règlement des différends. En espace de 20 ans (1995-2015), l’UE a été plus de 80
fois défendeur (d’autres pays ont porté plainte à l’UE) contre 124 fois pour USA.
Elle a porté plainte dans 96 cas. (USA : ont porté plainte dans 109 cas).
-> UE très active sur ce règlement.

1.3.2. Les mesures visant les importations

Le produit importé par l’UE e, 2015, selon l’OMC sont à 65,8% des importations manufacturés et 22,8% des
combustibles et produits des industries extractives, et 78,7% des produits agricoles. Les pays d’origine des
importations ? viennent pour 17% de Chine, USA sont à 11,9%, Russie avec 9,7% (en raison des obstacles).
Si on prend les droits de douane, ils sont perçus par les Etats membres sur le produit importé, et sont reversés
au budget de l’UE donc constitue une ressource propre. Le code des douanes qui régit ses droits, repose sur
une nomenclature douanière de produits, nomenclature qui distingue 9379 lignes tarifaires. (moyenne simple
des droits de douanes s’élève à 5,1%) mais ce chiffre donne une représentation relativement déformée
(comme toute moyenne) car il y a 2 défauts :
- Exclut les droits inférieurs négociés dans le cadre des accords commerciaux préférentiels
(Accord LE) : ces droits ne s’appliquent en fait qu’à 8 pays qui sont importants (USA, Chine, Japon,
Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Singapour, Taipei)
- Ne rend pas compte des différences entre l’industrie et l’agriculture. Dans l’industrie, la
protection tarifaire est peu significative est extrêmement ciblée sur les produits sensibles. En 2015, un peu
plus du quart des importations de l’UE ne sont frappés d’aucun droit de douane. La moyenne des droits
s’établie à 4,2%, c’est peu, normalement, pour les autres pays, c’est 10 ou 15%. Les pics tarifaires de l’UE
dans le domaine industriel concerne 1,6% des produits importés. Dans l’agriculture, la protection tarifaire
est plus importante, en 2015, 31,7% des importations de ce secteur accède aux franchises de droits. La
moyenne des droits pour les denrées agricoles s’établie à 10,7% : niveau de protection plus relevé que les
produits industriels. Les pics tarifaires concernent ici pratiquement 22% des produits importés, ces pics
peuvent être élevés, tous les droits supérieurs à 100% sont des produits agricoles avec des droits à 146%
pour les plantes.

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Les barrières non tarifaires :
1ère barrière : L’UE dispose d’une licence d’importation et de contingent c’est à dire que l’UE maintient
des restrictions quantitatives, elle le fait pour des motifs sécuritaires et environnementaux par
exemple elle va contrôler les importations de la faune et de la flore sauvage. Des contingents sont appliqué
dans la sidérurgie, mesure marginale car les continents affectent 0,3% du volume total des importations donc
cela est dérisoire.
2e barrière : les droits antidumping et compensateurs (autorisé par GATT). Le dumping est définit comme la
vente à un prix inférieur sur le marché des pays tiers. Dans ce cas de figure, l’OMC autorise des droits de
rétorsion, l’union européenne avait en 2015, 101 droits d’antidumping, quant aux droits compensateurs, ce
sont des droits qui viennent annuler les subventions qui sont versées par le pays d’origine à ces industries
exportatrices. Les mesures antidumping visent les produis chimiques et sidérurgies.
3e barrière : les taxes perçues aux frontières, les règles techniques et les normes. Les marchandises et les
services importés dans un état membre doivent s’acquitter à la frontière extérieure de la TVA et des droits
d’accise (droit portant sur l’essence, les huiles minérales, le tabac). C’est pourquoi la TVA est utilisée
comme un outil protectionniste. Les biens importés doivent respectés des règles techniques et des normes en
vigueur de l’UE : l’évaluation de leur conformité suivent des procédures similaires aux produits européens.
Les marchandises qui sont légalement importés dans les pays membres relèvent d’un principe de
reconnaissance mutuelle.
4e barrière : les mesures sanitaires et phytosanitaires. Ces mesures sont là aussi harmonisées dans l’UE, ces
mesures SPS sont une des entraves principales sur les produits agricoles et c’est la source d’un important
contentieux commercial entre l’UE et les USA. Exemple : interdiction de la viande aux hormones,
l’interdiction des OGM dans l’UE. Les Européens invoquent un principe de précaution pour au besoin,
suspendre les importations des denrées incriminées, l’UE a des exigences fortes en matière de traçabilité des
produits agricoles, elle a également des exigences en matière de santé animale (l’étiquetage est réglementé de
manière étroite), autant d’éléments qui sont vu par les USA, d’une barrière non tarifaire aux échanges.

Conclusion : Il y a un parallélisme important entre la levée des barrières non tarifaires de manière
multilatérale et les mesures qui ont été arrêtés pour constituer le marché unique au niveau européen.
Autrement dit, les exportations des pays tiers bénéficient de l’harmonisation communautaire. Ce qui fait que
l’UE est dans une situation un peu paradoxale car elle a levé la plupart des entraves sur le plan intérieur et
elle demande que s’exerce une certaine réciprocité sur ces exportateurs des pays tiers.

1.3.3. Les mesures visant les exportations

De manière sommaire, l’UE exporte pour 4/5 des produits manufacturés, un peu de combustibles et dans
l’industrie extractive. Les destinations principales des produits sont les Etats Unis, la Chine, la Suisse et la
Russie. on exporte pratiquement autant pour la Chine que la Suisse. Alors que la Suisse et la Chine ont une
différence importante sur la population. (Chine 9,2% et Suisse 8%).

Une stratégie d’accès au pays tiers a été mis en place depuis 1996, pour mieux utiliser les instruments
commerciaux existants pour obtenir cette ouverture. Elle fonctionne en une procédure, les entreprises
informent la commission européenne des obstacles qu’elles peuvent rencontrer dans les pays tiers et le font à
partir d’une base de données sur Internet. C’est un outil précieux, car cela permet à la commission de bien
identifier les obstacles au commerce et ensuite d’agir au cadre de l’OMC ou d’agir à partir des accords
bilatéraux entre tel ou tel pays.

Un contrôle à l’exportation pour les biens qui ont à deux usages, les biens à deux usages ont une usage civile
mais aussi militaire, il y a eu un contrôle suite aux accords internationaux. Ce contrôle vise à éviter la
prolifération des armes chimiques, biologiques, à toxine et des armes nucléaires. Actuellement, la Russie,
l’Iran, la sSyrie et Corée du nord sont concernés par ce type de prohibition. les biens à double usage non
répertoriés peuvent être bloqués en raison de la sécurité publique ou également à la sauvegarde des droits de
l’homme. L.215 du TFUE permet l’adoption à

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la majorité qualifiée sur proposition qui doit être une provision conjointe du représentant de l’union pour la
politique étrangère et de sécurité commune, la PESC. Proposition de mesure restrictive sous la forme d’une
interruption ou d’une réduction partielles des relations financières et économiques entre un ou plusieurs pays
tiers. Ces mesures peuvent être appliqués conjointement, comme pour le cas de la Russie.

Conclusion : Plus généralement ,la politique commerciale est utilisée comme un outil diplomatique de façon
à sanctionner les comportements jugés préjudiciables aux intérêts et aux valeurs de l’UE. Elle est sanctionnée
par un embargo sur les armes, interdiction de fournir certains biens et services, le gel des avoirs ou encore la
restriction sur les visas.

Partie 2. L’organisation du bloc régional européen ou la géo-économie de l’intégration européenne

l’Europe n’a pas achevé son processus de recomposition territoriale, elle reste à la recherche de ses
frontières, de son espace de sécurité régionale et de ses zones d’influence. L’UE a mis en place un système
d’intégration à géométrie variable, avec tous les pays qui lui sont liés par la géographie, l’économie,
l’histoire, aux moyens d’accords commerciaux préférentiels. C’est une approche des cercles concentriques,
qui permet d’identifier autour d’un noyau dur avec des cercles d’un niveau de proximité.
Noyau dur : Membres de l’UE auxquels peut être ajouté 3 pays membres de l’association européenne de libre
échange, qui sont parti prenante du marché unique à travers l’espace économique européen. Autour de ce
noyau dur, il y a un premier cercle constitué par les pays qui ont pour vocation à adhérer à l’UE. C’est une
option ouverte, le UK est le premier pays à vouloir l’activer, on a ensuite un 2e cercle qui rassemble les pays
qui relève de la politique européenne de voisinage, 3e cercle qui structure des pays en développement liés
historiquement aux pays membres de l’UE, notamment par la politique de coalition.Et un dernier cercle qui
concerne les relations préférentielles qui sont entretenues par l’UE, des pays développés qui sont
géographiquement éloignés.

2.1. Les élargissements de 2004, 2007, 2013

L’UE a connu cette élargissement successive, le 1er juillet 2004, qui passe de 15 à 25 pays. Elargissement de
2007 qui a fait passer à 27 avec Roumanie et Bulgarie.
Et 1er juillet 2013, 28 pays avec l’arrivée de la Croatie.

Ces derniers élargissements ont modifié l’équilibre et la finalité du projet européen. Les modalités de
l’adhésion sont définis par le traité et elles sont précisées par des critères d’éligibilité de Copenhague.
Plusieurs instruments permettent d’accompagner la phase antérieure, dite de « pré- adhésion ». De nouveaux
pays sont inscrits dans ce nouveau processus, des négociations d’adhésion ont notamment été ouverte en
2005 avec la Turquie, en 2010 par l’Islande, en 2012 avec Monténégro et Macédoine.

2.1.1. Les modalités d’adhésion à l’UE de Copenhague

L.49 du traité de l’UE qui définit les modalités de l’adhésion d’un pays à l’UE. Cet article indique d’emblée
que ne peut être candidat à l’UE, un Etat qui est Européen, qui respecte les valeurs visées à L.2, sans pour
autant préciser ce qu’il entend dans ses termes, faut-il se fonder sur l’histoire, la géographique, la religion
pour juger cette présomption d’Etat Européen. Ces questions ne sont pas neutres, surtout pour le cas de la
Turquie. Et sur les valeurs, c’est à dire le respect des droits de l’homme, le respect des minorités et leur
protection.

Sur cet article, il précise que pour être candidat, il faut remplir certains critères d’éligibilité qui sont
approuvés par le conseil européen sur les modalités. la capacité de l’union à assimiler de nouveaux membres.
Critères qui font références au sein même du traité de Lisbonne. La CE a

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présenté une analyse très fouillée de ces 3 critères musique c’est la CE qui pilote les négociations et
l’adhésion.
1er critère : critère politique. Fait référence à L.2, requiert des pays candidats un respect des droits de
l’homme, des droits des minorités, la démocratie, la primauté du droit.

2e critère : critère économique. L’existence d’une économie de marché viable et la capacité de faire face à la
pression concurrentielles et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union.
• Economie de marché viable : condition satisfaire selon la CE si des sous-critères sont respectés (il y en a 7)
:
- les prix et les échanges soient libérés
- qui n’existe aucune barrière importante à l’entrée sur un marché : lorsqu’on a des barrières à la création de
nouvelles entreprises et à la sortie du marché
- le système juridique relatif au droit de propriété et aux contrats soit en place
- stabilisation macroéconomique : appréhendée à partir du traité de Maastricht, renvoie donc au prix, aux
finances publiques, et aux soldes extérieurs
- qu’il existe un large consensus dans l’opinion publique quant aux fondements de la politique économique :
la population doit adhérer
- critère financier : il faut un secteur financier suffisamment développé pour orienter l’épargne vers les
investissements productifs.
- équilibre entre l’offre et la demande né du libre jeu des forces du marché

3e critère : critère de gouvernance. Les pays seront capable de souscrire aux objectifs de l’Union politique,
économique et monétaire. Ce critère y renvoie à la mise en conformité de la législation des pays candidats
avec l’ensemble du cadre juridique de l’UE. On parle de « acquis communautaire » qui présente 17000 actes
législatifs (directives ou règlements).

Tous les pays doivent respecter ses 3 critères mais des négociations sont conduites individuellement suivant
le rythme propre à chaque pays candidat jusqu’à la signature du traité d’adhésion, qui doit être ratifié par
tous les Etats contractants. Les traités d’adhésion comporte des clauses de sauvegarde, qui peuvent être
appliqués au cours de ces 3 années qui suivent l’adhésion, ces clauses concernent le marché intérieur, le
domaine de la justice et des affaires intérieures, et enfin une clause générale, qui peut être activée par tous les
états membres (anciens ou nouveaux), en cas de détérioration économique grave dans un secteur donné.
Cette dernière clause permet de mettre en place des restrictions en cas de difficultés.

2.1.2. Les instruments de pré-adhésion

Dans la phase de « pré-adhésion », on a 4 instruments qui sont mobilisés à façon de rapprocher des Etats
candidats et les membres.
- Accord d’association
- Financement multilatéral
- Aide européenne de pré-adhésion
- L’acquis communautaire

Font objet de consultations régulières sur les questions d’intérêt commun, comme l’énergie, l’environnement
et des transports, etc.

a. Les accords européens d’association

Les accords européens sont des accords d’association préalable à une éventuelle adhésion. Ces accords sont
signés entre les PECO et l’UE entre 1991 et 1995 avec pour objectif d’aider les pays dans la transition vers
l’économie de marché et il fallait favoriser le rapprochement économique avec l’UE. Ces accords vont au
delà du cadre habituel des accords d’association puisqu’il assurerait la libre circulation du capital liée à
l’investissement et le libre établissement des entreprises et l’extension du PECO à la politique de
concurrence (politique importante dans le

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cadre du marché unique). Ces accords prévoyaient de manière standard un démantèlement asymétriques.
parallèlement à ces accords, les pays ont approfondi entre eux le libre échange, au sein d’un groupe qui est
appelé « groupe de Visgrad », réactivé suite au problème migratoire rencontré par l’UE et dans le cadre du
libre échange Centre Européen (appelé l’ALECE), qui existe toujours. Cette accord fonctionne d’une certaine
manière comme dans un sas, pour s’essayer au libre- échange entre eux, avant de tester cela au regard du
marché unique européen.

b. La reprise de l’acquis communautaire

La reprise de l’acquis suppose une mise en conformité par le pays candidat, de l’ensemble de ses lois, de ses
règles, de ses normes, avec celles de l’UE. L’acquis se décline dans 35 chapitres qui sont successivement
examinés. On a le chapitre 17 qui concerne l’union économique et monétaire. Sur le principe, cet « acquis »
n’est pas négociable, mais dans la pratique, les négociations pour l’adhésion porte sur des éléments de
l’acquis que les nouveaux entrants ne peuvent pas respecter à court terme, ils vont donc solliciter des
dispositions transitoires, le cas par l’exemple des règles et des normes concernant l’environnement, la sureté
nucléaire et l’union économique et monétaire. La participation à l’euro dans la foulée de l’adhésion, cette
participation n’était pas concevable, les nouveaux Etats membres se sont fixés comme objectif la mise à
niveau progressive avec la 2e phase de Maastricht, ce qui suppose l’adhésion au mécanisme de change
arrimé sur l’euro (MCE II) pour ne pas avoir de contrôle de change, d’avoir une banque centrale
indépendante des pouvoirs politiques et de coordonner avec les autres pays membres leur politique
économique.

c. Les financements multilatéraux

Les PECO ont reçu un soutien financier multilatéral, un soutien financé par le programme OHARE et par la
BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement économique). 2 instruments crées
suite à la chute du mur de Berlin de façon à faciliter la transition de ses pays vers l’économie de marché.
Le programme PHARE (Pologne, Hongrie, Assurance à la restructuration des économies) est financé par les
pays membres de l’OCDE, il a été rapidement étendu à l’ensemble des PECO mais relayé par la suite sur
2001-2006 par le programme CARDS (Assistance communautaire pour le développement, la stabilité et la
reconstruction), ces programmes privilégiaient le renforcement des institutions (Institution Building), les
industries de réseaux (énergie, télécommunication, transport), les restructurations et
l’éducation/formation/recherche. 12 milliards d’ECU soit 12 milliards d’euros pour le programme PHARE.
La BERD a été crée en 1991, qui signifie Banque européenne pour le reconstruction et le développement.
Détenu par 65 pays (dont multilatéral). C’est une banque de développement qui présente la particularité de
s’appuyer sur le secteur privé vu comme étant le vecteur principal du changement. A l’origine, aide qui
s’adressait au PECO mais aussi de l’ex-union soviétique et par la suite, élargi autour de la mer Méditerranée
et l’Asie centrale. Elle aide à mettre en place des réformes économiques, structurelles, sectorielles, visant à
privatiser les entreprises, les systèmes juridiques, les infrastructures nécessaires pour susciter du
développement économique. Elle soutient aussi le développement durable, l’écologie mais présente un autre
particularité par rapport aux autres banques de développements, elle est vigilante sur le cadre politique de ses
engagements, donc soutient les pays qui s’engagent à respecter et mettre en place les principes du pluralisme,
la démocratie et l’économie de marché.

d. L’aide de pré-adhésion

En contrepartie de toutes ces demandes, des partenariats pour l’adhésion spécifient que pour chacun des
candidats qu’il faut des réformes à mettre en place. Il y a une feuille et pour chaque pays, il y a des réformes
économiques qui sont à réaliser et en contrepartie, il y a des soutiens financiers. Cette aide de pré-adhésion
doit satisfaire à 2 principes :

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- le principe de conditionnalité : on conditionne les soutiens financiers au respect des objectifs et des
calendriers qui sont précisés dans le partenariat pour l’adhésion
- le principe d’additionnalité : des financements européens qui viennent toujours en appoint. c’est un
principe fondamental dans le fonctionnement de l’UE : l’UE ne finance jamais seul un projet. Ces
financements viennent s’ajouter à des financements nationaux de façon à inciter les pays demandeurs de
ses financements d’avoir une implication forte sur les projets retenus.

3 instruments étaient utilisés :


- Programme d’ajustement structurel pour l’agriculture et le développement rural (SAPAR) qui a co-financé
à hauteur de 3,6 milliards d’euros entre 2000 et 2006, pour le développement agricole et le renforcement
de ce secteur d’activité. Il avait pour ovation de préparer les pays dans l’intégration de la politique
agricole commune
- Programme structurelle de pré-adhésion (ISPA) : co-financé entre 2000-2006 pour 7,3 milliards d’euros,
qui a co-financé des projets sur le transport et l’environnement. C’est un instrument proche du fond de
cohésions, pour les pays qui ont un retard de développement.
- La banque européenne d’investissement (BEI) : grand fond d’investissement de l’UE, qui a prêté des
fonds aux pays candidats entre 2000-2006.

3.1.1. L’insertion de nouveaux pays dans ce processus

L’évolution vers la démocratie des pays Balkans mais aussi de la Turquie, a placé ses pays dans des
situations de candidats potentiels à l’UE. La crise de 2008 a précipité la candidature de l’Islande, qui a retiré
par la suite sa candidature.
Qui on a actuellement dans ses pays candidats à l’UE ? Bosnie-Herzégovie, Monténégro, Albanie, Kosovo,
Turquie, etc.

1er janvier 2017 : Ces pays sont à des stades différents dans leur cheminement vers l’adhésion. ils se situent
à différents paliers de ce processus d’adhésion ,marqué par 4 stades différents.
Processus d’adhésion : les 4 stades :
• 1er stade : le bénéfice de l’IAP (Instrument d’aide de pré-adhésion) qui a remplacé tous les anciens
instruments d’aide (PHARE, CARDS, ISAPA, SAPARD). (Bosnie bloqué à ce stade)
- IAP I (2007-2013) : 11,5 milliards d’euros
- IAP II (2014-2020) : 11,7 milliards d’euros
• La signature d’un accord de stabilisation et d’association (ASA) : Ces accords reposent sur les échanges
commerciaux asymétriques, repose sur un rapprochement des législations, l’encouragement à la
démocratie, la protection des minorités, le développement de la coopération régionale. (Kosovo bloqué à ce
stade, Kosovo est né d’une scission avec la Serbie, il a proclamé son indépendance depuis 2008, sa
gouvernance ne remplit pas toutes les critères)
• L’attribution du statut de pays candidat : concerne l’ancienne république yougoslave de la Macédoine et
l’Albanie.
• L’ouverture des négociations d’adhésion : s’est faite en direction de 4 pays qui sont Islande, Turquie,
Monténégro et la Serbie, avec des fortunes diverses.
Islande a été frappé par la crise de 2008, comme l’Irlande. Suite à ces difficultés, ce pays a adhérer à l’UE
car il est à la recherche d’une stabilité économique, une intégration rapide dans le zone euro, sa situation au
regard de l’UE est toujours différente de celles des autres candidats car Islande fait parti des l’espace
économique européen, ce qui veut dire qu’une partie de la législation européenne s’applique déjà en Islande
(marché unique ou politique de concurrence par exemple). Islande fait aussi parti des accords de Schengen
(libre circulation des personnes). Les négociations d’adhésion ont été ouvertes en 2009 avec 2 dossiers
concernant la pêche et une indemnisations des pertes bancaires. L’Islande a retiré sa candidature le 12 mars
2015 car elle est confrontée à un euro-septique de sa population, dans un contexte où sa situation
économique s’est améliorée rapidement.
Turquie : elle est en union douanière avec l’UE donc politique commerciale similaire. Turquie s’était vu
offrir une adhésion à l’UE depuis 1963 (la signature de son accord d’association avec la communauté
économique européenne), mais il a fallu attendre 3 octobre 2005 pour que s’ouvre des négociations
d’adhésion avec ce pays, mais avec une restriction importante, qui a été prise à

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l’initiative de la France, ouverture des chapitres les plus sensibles dans l’intégration européenne comme la
justice, la politique, l’agriculture, la citoyenneté européenne. Avec la Turquie, il y a plusieurs difficultés :
question Kurdes et Arméniennes dans une union européenne qui est fondée sur le respect des droits des
minorités et leur protection, question des libertés publiques des droits de l’homme, de l’Etat de droit, des
questions qui freinent l’avancée des négociations. Il y a également la question de reconnaissance de tous les
Etats membres de l’UE, parmi ces 28 membres de l’UE, il y a l’Etat de Chypre, dont la partie nord est
occupée militairement par la Turquie (depuis 1974), question sensible et incontournable dans le processus
d’adhésion. Difficile d’être en union douanière avec les pays sauf le Chypre. L’intégration de la Turquie
placerait l’UE au voisinage direct avec le Moyen Orient compliqué et conflictuel, pour tenter d’endiguer
l’importante vague migratoire de 2015-2016, un accord a été conclu en mars 2016 entre l’UE et Turquie pour
une ouverture de nouveaux chapitres de négociation, dont la politique économique et monétaire et les
questions budgétaires. A la fin 2016, sur les 35 chapitres que comportent l’acquis communautaire, 16 ont été
ouverts, et 1 a été considéré comme clos, ce chapitre concernait les sciences et la recherche.
Dans les Balkans occidentaux (Monténégro, Serbie), l’UE tente de retrouver sa fonction fondatrice qui est
celle d’une machine à faire la paix. L’UE tente de créer une dynamique économique, politique de façon à
contribuer à sa stabilité, à son développement mais elle débute sur de nombreuses obstacles pour l’exercice
d’une « bonne gouvernance ».

2.2. L’option possible de retraite de l’UE : le Brexit

Le traité de Lisbonne affirme de manière classique vouloir franchir une nouvelle étape dans le processus
d’intégration européenne.
Ce traité a abouti à L.50 du traité de l’UE, qui parle du retrait de l’UE, cet article est long. Tout Etat membre
peut décider conformément de se retire de l’Union, l’Etat membre qui décide de se retirer notifie son
intention au conseil européen et que l’Union Européenne négocie et conclut avec cet Etat un accord qui va
fixer les modalités de son retrait en tenant compte de ses relations futures avec l’Union. Les traités cessent de
s’appliquer à l’Etat à partir de la date d’entrée du vigueur de l’accord du retrait ou à défaut, 2 ans à la
notification. L.50 précise bien que la décision de retrait et sa notification du seul Etat membre, qui est naître
de son calendrier, ce qui n’est plus l e cas une fois que cette décision a été notifié, puisqu’intervient un délai
butoir de 2 ans, qui est très court pour négocier un accord de retrait. L’adoption de cet accord de retrait se fait
à la majorité qualifiée et non pas l’unanimité, ce qui donne de la souplesse pour un pays qui se lance
inévitablement dans une négociation délicate, jusqu’à ce délai de 2 (qui peut être prorogé à la règle de
l’unanimité) ans, le pays demeure pleinement un Etat membre de l’UE et il continue de participer aux
instances de gouvernance de l’UE à la seule exception de sa seule sortie; mais politiquement, il est très
affaibli. Ce option du retrait a été choisi par les Britanniques suite au référendum consultatif du 23 juin 2016,
référendum qui a aboutit au Brexit, qui s’est imposé. Mais UK n’a pas à ce jour notifier son intention au
conseil européen. Le 1er ministre Uk a laissé entendre qu’elle allait procéder à cette notification fin mars
2017, Uk a toujours eu un statut spécial, il est entré tardivement dans les communautés européennes (entrée
en 1973), a refusé à plusieurs reprises de s’engager dans une intégration plus poussée, n’a pas adhérer à
l’Union économique et monétaire, à l’espace Schengen, à l’espace de liberté de sécurité et de justice et n’a
pas signé la charte des droits fondamentaux de l’UE, le traité budgétaire TSIG, il a négocié une ristourne sur
sa contribution au budget européen (chèque britannique), tout cela constitue un statut spécial de l’UK.

L’Union Européenne n’en porte pas moins la marque britannique, UK a beaucoup oeuvré pour
l’approfondissement du marché unique, pour l’élargissement en direction des PECO et pour l’Europe de la
défense. Les étapes qui jalonnent l’intégration économique peuvent être parcourues en sens inverse, et
constitué autant d’option possible, l’accord de retrait prévu explicitement par point 2 de L.50 du traité.
L’adhésion à l’espace économique européen est donc au marché unique avec les pays comme Islande,
Norvège, cette adhésion semble improbable dans la mesure où elle suppose une libre circulation du travail
qui est une des 4 libertés fondatrices du marché unique, sur laquelle UK souhaite rétablir des contrôles, cela
suppose une participation au budget européen, laNorvège, Islande contribuent au budget européen,
participation budget européen qui a été un

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point très clivant dans la compagne du Brexit. La référence à la Suisse, qui est un pays membre de l’AELE,
montre que l’UE n’est pas prête à renoncer sur la libre circulation du travail. 120 accords bilatéraux à
exception notable pour la Suisse et UK, du secteur financier. A l’exception du secteur financier, la Suisse a
dû renoncer à l’introduction de quotas d’immigration. Pour UK, d’autres options sont possibles, l’Union
douanière ou du sur-mesure dans le cadre d’un accord commercial préférentiel qui est très complexe à
négocier en espace de seulement 2 ans. Parmi les difficultés auxquels UK va être confronté, on va en relever
4 parmi tant d’autres :
- La gestion de l’incertitude sur une longue période de transition : en économie, on aime pas trop
l’incertitude car cela engendre des problèmes. L’absence d’un horizon prévisible signifie un recul de
l’investissement, des transferts de sièges sociaux vers le continent dans le transfert des institutions
européennes, UK avait quelques institutions comme l’Autorité bancaire européenne qui est à Londres ou
l’agence européenne du médicament, le tout va entraîner une perte d’activité, perte de croissance,
d’emploi, une précarisation du contrat de travail, une baisse sur le marché de l’immobilier de bureaux,
cette incertitude va bien au delà de ses 2 ans après notification, car Uk va devoir renégocier tous ces
accords commerciaux extérieurs. Il aura plusieurs autorités sectorielles à créer pour qu’elles se substituent
à l’UE.
- La question de la City : City qui est devenu le centre financier du marché unique européen et la
place de compensation de manière bizarre des opérations en euros. La City qui annonçait en 2016 sa
fusion avec la Deutsche Borse (Bourse de Francfort), les établissements financiers implantés dans la City
(banque, fonds spéculatifs, agence de notation), ces agents peuvent, de Londres, accéder à l’ensemble du
marché unique grâce au passeport européen, qui leur assurait la libre prestation de services. C’est un enjeu
déterminant pour la City.
- Le décrochage du cours de la Livre : Générateur de plusieurs des équilibres. Ce décrochage
améliore la compétitivité extérieure mais c’est un effet qui joue tout pour le cas de UK, qui exporte des
biens et des services haute gamme, les services sont peu sensibles au prix alors qu’il importe massivement
des marchandises qu’il ne produit pas, pas de production de substitution. Le cours augmente le prix des
biens importés, d’où des tensions inflationnistes et pour les consommateurs, des pertes de pouvoir d’achat.
Mais surtout, cette baisse du Livre va aggraver le déficit courant, qui est extrêmement élevé au UK, la fin
2016, le déficit du compte courant était de 7% du PIB (En France : 1% du PIB). Quand on a un déficit
important, il faut avoir des avoirs sur le compte de capital. Donc le financement de ce déficit par les
excédents du compte financier va donc devenir plus complexe, dans un contexte d’incertitude, de doute
quant à la City. Si les investisseurs mondiaux ne sont au rendez-vous, il faudra revoir à la baisse la
demande interne et les importations.
- L’activation de forces centrifuges au sein même du UK (Ecosse, Irlande du Nord) : UK est né du
plusieurs unions douanières, les Ecossais et les Nord-Irlandais ont voté en faveur du maintien dans l’UE.
La nature des liens à établir entre Irlande du Nord et la république d’Irlande pose un problème spécifique :
l’UE a beaucoup contribué à la suppression de la frontières entre ses deux Irlande et au maintien d’une
paix durable. Si la sortie de UK se maintient, il y aura une barrière qui vont se recréer entre ses 2 Irlande.

Conclusion : Détricoter l’UE est compliqué, ce statut spécial de Uk n’a pas empêché des interdépendances
fortes avec l’UE, mais des interdépendances qui sont aussi un peu asymétriques, à savoir que 44% des
exportations UK se font vers l’UE contre moins de 5% en sens inverse. S’il y a rétablissement de droit de
douane, les coûts seront inégalement répartis.

2.3. La politique européenne de voisinage (PEV)

Les élargissements de 2004 et de 2007 ont repoussé les frontières extérieurs de l’UE et lui ont donné de
nouveaux voisins. Avant la chute du mur de Berlin, l’UE s’en préoccupait peu car le rideau de fer limitait les
contacts. Dans ce nouveau contexte, la politique européenne de voisinage (PEV) définit en 2004, visait à
construire une zone de stabilité, de prospérité, de sécurité aux abords de l’UE. Les questions transnationales
ont pour vocation d’être traité dans ce cadre (contre le terrorisme, la sécurité des approvisionnements
énergétiques, les réseaux de transport, la sureté nucléaire ou encore l’environnement). Les engagements
souscrits correspondent aux critères de Copenhague, même s’il est plus difficile d’inciter à leur bonne
réalisation en matière d’Etat de droit,

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respect du droit de l’homme. Les instruments ne sont guère éloignés, la différence de fond tient au fait que
ces pays n’ont pas théoriquement vocation à adhérer à l’UE, vocation à avoir un niveau d’intégration
économique et politique importante à un niveau qui va au delà de sa coopération économique. Dans cette
perspective, on a un système de bourse d’études, liée à la PEV, certains programmes et agents sont ouverts à
ces pays et une assistance technique et financière leur est fournie au sein de la dernière programmation
budgétaire de l‘union, sur les années 2014-2020, ce sont 15,4 milliards d’euros qui ont été budgété en
direction de ces pays par l’intermédiaire de l’instrument européen de voisinage (IEV), qui a succédé à
l’instrument européen de voisinage et de partenariat, peuvent être abondé par les prêts de la banque
européenne de l’investissement (BEI), la politique européenne de voisinage (PEV).
2 zones géographiques bien différentes : les pays du bassin méditerranéen (qui était structuré par des
interventions européennes plus anciennes que la politique européenne de voisinage), et les pays d’Europe de
l’Est et du Caucase (mais pas les pays de l’espace économique européen, qui font parti du noyau dur, ni les
candidats, ni la Russie). La PEV est devenue une composante importante de la politique extérieure de l’UE
depuis la création d’un poste de euro-représentant de l’union pour les affaires étrangères et les politiques de
sécurité. L’UE doit faire face, depuis 2010, à des crises majeures qui affectent son grand voisinage, dans le
sud qu’à l’est, elle y est confrontée à des conflits armés. Ces zones comptent, en 2015, selon l’ONU, 40% de
la population mondiale des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. La crise des
migrants montrent que ces questions de voisinage sont des questions, par nature, transnationales, avec des
externalités très importantes.

2.3.1. Les pays du bassin méditerranéen du processus de Barcelone à l’union pour la Méditerranée (UpM)

Les pays du pour-tour Méditerranéen fait partie d’une zone naturelle à l’Europe vers le sud. Cette zone a prit
plus d’importante au sein de l’UE avec l’adhésion de la Grèce en 1981, Espace et Portugal, Chypre et Malte
en 2004 et les négociations avec la Turquie. Il y a une proximité historique et géographique avec les pays du
bassin Méditerranéen, il y'a l’importante des communautés originaires de ces pays qui vivent dans l’UE, tout
cela a imposé une approche spécifique, fondée sur un projet de nature économique dans le cadre d’une vision
large de la sécurité de la région. Le soutien au développement économique de ces pays devait permettre de
contribuer à stabilité de la zone. La politique communautaire s’est embauchée dans la moitié des années
1970 avec à l’époque la conclusion d’une série d’accords d’association ou de coopération, des accords
comportant des concessions commerciales en faveur des produits méditerranéens dès lors qu’ils étaient
exportés vers le marché commun. Ces accords mettent en place une coopération commerciale et financière
sur la base d’un protocole quinquennaux.

Conférence fondatrice qui est de Barcelone, 28 novembre 1995, qui a lancé les bases d’un partenariat euro-
méditerranéen donc entre UE et 12 pays voisins de la mer Méditerranée, on trouvait dans ces pays, l’Albanie,
l’Algérie, l’Egypte, Jordanie, Maroc, Iran, Mauritanie, Tunisie, Turquie. Le processus dit, de Barcelone y
reposait sur 3 choses :
- Dialogue politique régulier : pour promouvoir la démocratie
- Etablissement d’une zone de libre échange euro-méditerranéenne (ELEM) : qui devait être effectif à partir
de 2010, large dans son contenu car il incluait l’agriculture mais aussi l’établissement des entreprises et le
secteur des services.
- Coopération économique, sociale et culturelle plus standard

2 nouveaux volets sont venus d’ajouter à ce programme :


- l’immigration avec une changement notable concernant ses pays car ces pays étaient des anciennes zones
d’immigration, qui sont devenus des zones de transit (pour des migrants venant de l’Afrique
subsaharienne)
- Lutte contre le terrorisme

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Cette politique européenne de voisinage (PEV) ne concerne pas exactement le même périmètre de pays :
Albanie et Turquie n’en font pas partis car ils sont candidats à l’UE. La Libye a été intégré dans la politique
mais pas la Mauritanie.
L’UE a conclu avec tous ces pays, à l’exception de la Libye et la Syrie, des accords d’association qui devait
ouvrir progressivement la voie à des accords de libre-échange, pour les marchandises, sur la base d’une
libéralisation qui devait être asymétrique des échanges. L’élément central de la PEV reposait sur des plans
d’actions bilatéraux qui en fonctionnement, comme étant des partenariats pour l’adhésion (système de feuille
de route à faire), qui définissait des réformes économiques et politiques avec des priorités à court et moyen
terme. Dégageait à partir d’un programme MEDA, qui a été relayé à partir de 2007 jusqu’à 2013 jusqu’à
l’Instrument Européen de Voisinage et Partenariat, même mécanisme que l’adhésion, puis par l’instrument
européen de voisinage (IEV).

Bilan (en 2008) : Bilan réservé car l’écart de niveaux de vie s’accentuait entre les deux rives, les accords
n’avait pas d’effet d’entraînement qui était attendue. Le constat qu’on pouvait faire, c’est que ces accords ont
confortés une logique commerciale Nord-Sud, au détriment d’une intégration régionale Sud-Sud. Ces pays
Sud-Sud ne commercent pas entre eux, elle est toujours à destination de l’UE. La libéralisation internationale
des échanges de textiles et d’habillement, libéralisation en 2005, cette libéralisation sur ce secteur a
paradoxalement pénalisé ses économies, qui se sont révélés moins compétitifs que l’Inde et la Chine. Le
projet de zone de libre échange euro-méditerranéenne a connu des retards, pour des pays qui produisent peu,
importent presque tout, avec des droits de douane relativement élevés et qui constituait une part importante
des recettes publiques de ces Etats en question.
Donc la France a proposé de relancer le processus de Barcelone, de le relancer dans un projet qualifié
d’union pour la Méditerranée (UpM), mis sur pieds en 2008, suite à monsieur Guaino. l’UpM a été doté
d’une co-présidence Nord (France)-Sud (Egypte), adossé à un secrétariat permanent. L’objectif est de mettre
en oeuvre des projets concrets, propres à créer des solidarités de faits. Ce budget habitait sur l’hostilité de
l’Allemagne, qui était exclu du processus, pas de façade avec la mer Méditerranée et hostilité de la Turquie,
qui voyait l’élaboration d’une alternance à son adhésion à l’UE. Ce projet s’est enlisé avec le printemps
arabe (débuté en 2011), la PEV est devenue à nouveau la politique de référence dans la région pour l’UE,
mais elle a due se réajuster avec l’apparition de l’Etat islamique et la vague considérable de réfugiés depuis
2015, qui a prit le chemin de l’Europe. Il y avait des conflits ouverts dans la région, qui pénalisait son
développement économique comme conflit Israel/Palestine, Turquie/Chypre, et de nouveaux conflits sont
apparus, notamment en Libye, Syrie, tandis que Tunisie, Egypte, Turquie sont face à des situations
chaotiques. L’instabilité politique, économique, sociale, et l’insécurité se sont aggravés sur le pour- tour
Méditerranéen. Les Européens qui conditionnaient leur soutien à des réformes politiques, sont apparus
décalés par rapport à cette situation et la montée en puissance d’autres partenaires dans la région, comme la
Chine, les monarchies pétrolières, qui n’ont pas les mêmes exigences que les Européens sur ce point. Au
regard de cette nouvelle donne, la PEV a été révisé fin 2015, et fait de la stabilisation de la région et de la
lute contre le terrorisme sa priorité politique, même si les moyens relèvent essentiellement des Etats
membres. Dans les instruments qui relèvent de l’UE, l’agence Frontex qui avait été crée en 2004, pour aider
les Etats membres à agir dans les frontières extérieures a été renforcé par, la création de 6 juillet 2016, d’un
corps européen de 1500 gardes-frontières et gardes-côte afin d’avancer dans une gestion commune des
frontières extérieures.

2.3.2. Les pays d’Europe de l’Est et du Caucase : le partenariat oriental

Avec l’éclatement de l’URSS, les nouveaux Etats indépendants (NEI) ont commencé à être soutenu à partir
de 1991 par le programme TACIS, qui est la réplique du programme PHARE. On a
12 nouveaux Etats indépendants qui sont les destinataires de ces actions, parmi eux, on a l’Ukraine, la
Biélorussie, l’Arménie, etc. Parallèlement, ces 12 pays ont adhéré à la communauté des Etats Indépendants
(CEI) qui était constitué en décembre 1991 afin de maintenir une alliance militaire, mais aussi une
intégration économique. Mais cette communauté des Etats indépendants est restée une coquille vide, entre
les tendances hégémoniques de la Russie et les tendances

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sécessionnistes de ces nouveaux Etats membres qui voulaient s’imposer en tant que tel. depuis l’adhésion de
la première vague de PECO à l’UE (Mai 2004), la Biélorussie et l’Ukraine sont devenus de nouveaux voisins
de l’UE. La Moldavie est devenue un nouveau voisin avec l’adhésion de la Roumanie et Bulgarie le 1er
janvier 2007. N’ayant pas de frontières avec l’UE, l’Azerbaïdjan et la Géorgie ont souhaité être associé à ce
processus. La PEV (2004) s’est concrétisée par l’adoption pour chacun de ses pays, d’un accord de
partenariats et de coopération (APC) entré en vigueur en 1999, doublé par un plan d’action PEV, vu comme
une étape préliminaire avant un accord d’association. La Biélorussie n’a pas intégré ce processus car la
Biélorussie n’est pas un Etat de droit. Dans ses plans d’action PEV, on trouvait les questions énergétiques,
questions de procédure en terme de visas, questions de justices et d’affaires intérieures, comme la lutte contre
la corruption, le blanchiment, le crime organisé. Un plan d’action, c’est un document important car sert de
référence pour les donateurs. En contrepartie de l’adoption de ce plan d’action, l’UE a mis en place des
financements à destination de ces pays qui ont été supporté d’abord par l’instrument européen de voisinage et
de partenariats qui ont été relié par l’IEV. l’union européenne a souhaité approfondir ce partenariat oriental,
en proposant à ces pays, la signature d’accords d’association libre échange, qui étaient des accords complets,
qui devait succéder aux accords APC.
Dans un premier temps, seuls 2 pays (Géorgie, Moldavie) ont accepté de signer cet accord, en septembre
2014. L’Ukraine a fait volt face au dernier moment après de fortes pressions de la Russie, qui était peu
désireuse de voir ce pays s’affranchir de sa sphère d’influence. Une stratégie alternative a été proposé par la
Russie à partir de son intégration dans l’union économique eurasienne, union qui rassemble la Russie, la
Biélorussie, le Kazakhstan, qui a succédé à la CEI. Ce recul de l’Ukraine a été violemment contesté par une
partie de sa population, à l’origine de troubles dans ce pays, troubles qui ont générés une alternance politique
mais aussi l’annexion de la Crimée par la Russie et l’état de guerre dans les régions de l’est de l’Ukraine
avec la Russie et Donetsk. Cet accord était signé par le nouveau pouvoir, il a ouvert la voix à un accord de
libre échange qui est effectif depuis le 1er janvier 2016.
Ces conflits soulignent combien la politique européenne de voisinage est un outil de recomposition
géopolitique. L’UE se heurte à la Russie, qui après avoir laissé s’échapper les Etats Baltes ne souhaitent pas
avoir d’autres pays s’affranchir de sa tutelle. La PEV ne couvre naturellement pas la Russie, bien qu’il y ait
des frontières communes entre l’UE et la Russie, avec laquelle un projet d’accord de partenariats et de
coopération est en négociation depuis 2008, mais n’a pas reçu un soutien politique en Russie. Il rendrait
notamment possible une meilleure gestion de la question énergétique, la Russie est l’un des pays tiers les
plus investis dans les programmes cadres de recherches et d’innovation technologique de l’UE.

2.4. la politique en direction des pays en développement de l’Afrique, des Caraïbes, des Pacifiques (pays
ACP)

3e cercle qui est constitué par des pays en développement, appartenant aux ACP, ce qui veut dire que les pays
de l’Asie et du contient USA ne sont pas parti prenantes. En 2013, l’UE est de très loin, avec 56 milliards
d’euros, qui représente, 0,43% de son revenu national brut, c’est le premier donateur d’aide publique en
développement. Cette aide est née dès les premiers pas de la communauté, avec la création du fond européen
de développement, qui est né avec le traité de Rome, dans un contexte historique qui était celui de
l’accession à l’indépendance pour la plupart de ses pays. Dans les années 60, l’aide était accordée à 18 pays,
ce sont des anciennes colonies de la France, de l’Italie, Belgique et Pays-Bas. En 1964, un premier accord,
ratifié Yaoundé, reconduit en 1969, a ouvert la voix à un partenariat entre la communauté européenne et ses
pays ACP, cet accord a été suivi par la convention de Lomé, qui a été conclu en 1975, reconduit par 3 fois
(79,84,89). Au fur et à mesure de ces élargissements de l’UE, il y a eu de élargissement des pays membres à
cet accord ACP.
Cet accord de Lomé est arrivé à échéance en février 2000, c’est aujourd’hui l’accord de Cotonou, signé le 23
juin 2000, qui a pris le relais de Lomé, et qui codifie les relations entre l’UE et aujourd’hui les 78 pays ACP.

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2.4.1. Les instruments de l’aide

L’aide, qui est fournie par l’UE, est un nouveau mode de coopération entre le nord et le sud, elle est orientée
de manière exclusive vers les pays ACP, l’aide est pilotée au moyen de 3 instruments :
• Les instances d’orientation politique de cette aide : l’UE a innové car cette aide est co-gérée par une
instance d’orientation politique qui est le conseil des ministres ACP et des ministres de l’UE, il y a un
organe permanent appelé Comité des ambassadeurs, qui s’appuie sur une assemblée parlementaire, qui est
composé des parlementaires des pays d’ACP et des parlementaires qui viennent du parlement européen,
• Aide classique, qui est financée par la contribution aux Etats membres de fond européen, et il a une
caractéristique particulière puisque ces aides sont classées hors du budget européen et la ressource provient
de la contribution étatique. On est dans le 11e FED, représentant 3,5 milliards d’euros. Les pays ACP
abordent 97% de l’enveloppe, le FED est structuré autour de 2 instruments : des aides non remboursables
et des prêts et capitaux à risque au secteur privé, géré par la BEI (Banque Européenne d’Investissement).
Ces modalités de fonctionnement ont été revues en profondeur pour essayer de palier à des décaissements
longs.
• Instauration depuis janvier 2008, vis à vis de tous les pays en développement, et pas simplement les pays
ACP, instauration de système de préférences généralisées. C’est à dire l’accès en franchise de droit au
marché unique européen sans réciprocité de ces pays. L’objectif de ce système, c’était de permettre aux
pays en développement d’obtenir des revenus grâce au commerce international, d’essayer d’impulser leur
développement, qui sera tiré par l’exportation. Jusqu’au 31 décembre 2007, l’accès en franchise de droit au
marché unique européen sans réciprocité, cet accès n’a été concédé qu’aux seuls pays de l’ACP, en
dérogation aux règles de l’OMC, il y avait objectivement une préférence commerciale, une préférence qui
n’avait pas empêché une forte diminution de la part du marché européen, prise par ses pays. …Ce système
introduisait une discrimination entre les pays en développement selon qu’ils appartenaient ou non aux
groupes de l’ACP, cette discrimination a été illustré de manière emblématique par un conflit important, le
conflit de la banane.
A l’époque, les importations de banane qui venait du Cameroun n’était pas taxé, car Cameroun appartenait
au groupe ACP, mais les pays du Guatemala devait s’acquitter des droits de douane : donc discrimination.
l’UE a été obligé d’élargir son système de préférence, on parle donc de système de préférences généralisées.
L’UE n’a depuis le 1er janvier 2014, recentré les pays sur les pays réellement les moins développés, ce qui
fait le nombre de bénéficiaire est passé de 178 à 82 en 2015. La Chine et la Thaïlande n’en bénéficient plus.
Le SGP comporte 3 paliers, qui vont du moins au plus favorable :
• SGP classique : système généralisée des préférences, qui s’appliquent à tous les pays, à l’exception des
pays classés « à revenu élevé » et « à revenu intermédiaire supérieur ». Ce système permet une suspension
totale des droits de douane, sur les produits non sensibles et des réductions partielles sur les produits
sensibles.
• SGP+ ou régime d’encouragement au développement durable et à la bonne gouvernance : système offre à
12 pays un dispositif douanier, dispositif favorable dès lors qu’il lutte contre la production et le traffic de
drogues et qu’ils ont ratifié les principales conventions internationales relatives au droit de l’homme, droit
des travailleurs, à l’environnement et aux principes de bonne gouvernance. Sont concernés : Bolivie, Cap
Vert, Pakistan, Pérou.
• Le régime spécial en faveur des PMA (pays les moins avancés) : des pays listés par les Nations Unies,
régime de « Tout, sauf les armes ». L’UE suspend les droits de douanes et les quotas pour tous les produits
à l’exception des armes et des munitions. Sur les 49 pays les moins avancés, 42 sont des pays ACP :
essentiellement des pays d’Afrique.

2.4.2. Cotonou et les accords de partenariats économiques

L’accord de Cotonou (23 juin 2000) qui encadre les relations de l’UE et CPI, a essayé d’anticiper la fin des
préférences réservés aux seuls pays de l’ACP, et passage d’un système généralisé de préférence.

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Cet accord applique ce modèle aux pays ACP à partir du constat que ces pays commercent très peu entre eux,
avec des entraves à leur développement économique, qui tiennent à l’absence de littoral, avec des marchés
intérieurs trop étroits pour assurer leur développement. L’accord de Cotonou préconisait la mise en place
d’un processus d’intégration économique, qui devait se faire en 2 phases :
- les ACP devaient se constituer en 7 unions régionales : CARIFORUM, SADC, CAE notamment.
- l’UE devait conclure avec ses grandes régions ACP, des accords de partenariats économiques, qui était
envisagé comme devant être des accords intérimaires avant le passage à des accords de libre échange pour
l’essentiel des échanges.
Ce redéploiement a fait objet de beaucoup de réticences des pays Africains de libre échange. ces Etats
s’exposaient à d’importantes pertes de recettes douanières et leurs producteurs locaux s’exposaient à la
concurrence d’une économie européenne, économie qui est compétitive et très subventionnée par le secteur
agricole. De ce fait, en 2008, seul le CARIFORUM avait conclu un APU, il fallait attendre 2014 pour que les
APE soit conclus avec les pays de l’Est, CAE et SADC. Le statut des pays membres d’une même région peut
être différent vis )à vis du SPG de l’UE et leurs intérêts vis à vis des 20% des échanges qui pouvaient être
divergents. Actuellement, des APE sont en cours d’application avec 4 pays d’Afrique orientale et australe
(Madagascar, Seychelles notamment), les autres pays ont tous préféré s’orienter vers la SPG.

2.5. Quelles perspectives pour les accords inter-continentaux avec des partenaires développés ?

Dernier cercle : concerne des accords préférentiels qui sont passés en direction de pays ou d’union régionale
qui sont développés.
La commission européenne a pris de nombreuses initiatives qui était fondée sur une approche très libérale du
commerce internationale, conçues à la fois comme une supplétive des pays européens mais aussi il fallait
limiter l’impact pour les entreprises européennes des accords négociés par les autres grandes puissances
commerciales de type l’ALENA ou l’accord Trans-Pacific Partnership (TPP), TPP était un accord
rassemblant 12 pays du contient Asie, Pacifique et Américain, on trouvait USA, Canada, Chili, Japon,
Vietnam, Australie, Nouvelle-Zélande (idée de B. Obama).
Ces initiatives font l’objet d’une contestation importante, c’est pourquoi il est fondamental de distinguer les
accords en cours de négociation, les accords qui sont conclus, et les accords qui sont ratifiés. Car le
cheminement institutionnel de ces types d’accords est un parcours semé d’obstacles.

Le continent américain a été ciblé en priorité par la commission européenne. En direction des pays membres
de l’ALENA, l’UE n’a pas négocié u accord de libre échange avec l’ALENA, elle a préféré négocié avec
chacun des pays qui composent l’ALENA de manière isolée. Le seul accord actif, c’est l’accord noué avec le
Mexique, avec lequel l’UE souhaitait réduire les effets de détournement des échanges, à l’encontre de ses
entreprises, qui résultait de la participation du Mexique à l’ALENA, accord entré en vigueur en juillet 2000,
avec des droits de douane entre UE et Mexique, droit de douane démantelé depuis 2007.
Pour le Canada, accord de libre échange, accord économique, commercial et global, appelé le CETA, conclu
en septembre 2014, accord qui est en cours de ratification. Cet accord prévoit la libéralisation approfondie
sur les biens pour l’agriculture, les services, c’est un accord de
« nouvelle génération » car prévoit un rapprochement des règles techniques, des normes, ainsi qu’une
ouverture de certains services d’intérêt général à l’exception de la santé, l’éducation ou l’audiovisuel. C’est
un accord qui codifie le règlement des différents, entre les investisseurs et les Etat. Sur ce point, l’approche a
évolué, de manière à protéger davantage le droit des Etats à imposer des règlements de réglementation, ce qui
peut susciter des demandes de réparation de la part des entreprises. Il y a eu un antécédent au niveau
international, la condamnation du gouvernement mexicain en 2009, qui avait instauré une taxe sur les
boissons sucrées, vu comme une perte de pouvoir des Etats à réglementer ce secteur d’activité. Pour essayer
de limiter ces problèmes, un panel de juges, qui fera des arbitrages, le panel sera nommé par les Etats pour
garder la capacité à règlementer leur économie. La CETA innove quant à ses modalités de ratification envers
l’UE, c’est le premier accord dite « mixte ». Avant, ces accords étaient conclus

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par la commission et ils étaient ratifiés par le parlement européen. Là, cet accord est avisé par le conseil
européen mais aussi tous les parlements nationaux et régionaux. En dé-saisissant l’UE, les Etats membres ont
rendu la ratification de ce CETA extrêmement longue et incertaine. En direction des USA, il y a eu plusieurs
épisodes comme la première tentative de libre échange entre l’UE et USA. Cette zone de libre échange devait
concerné le secteur des produits/services/audiovisuel, rejeté en 1996. 15 ans après, ce projet a été réactivé
avec l’ouverture en juin 2013 des négociations en vue de la conclusion d’un partenariat trans atlantique pour
le commerce et l’investissements. Ce partenariat trans-atlantique ne portait pas sur les droits de douane qui
sont dérisoires entre l’UE et USA, mais plutôt sur l’harmonisation des normes, des règles techniques,
harmonisation décisive pour fonder un marché commun et pour les imposer au reste du monde (Chine y
compris). Le marché qui devait voir le jour était un marché qui représentait 45% du PIB, le tiers des
échanges internationaux, des chapitres sensibles ont été ouverts, l’accès du marché sous-centraux
notamment, ouverture de l’agriculture et de certaines branches de services (transports). Ce projet, qui en était
à son 13e cycle de négociation, depuis l’élection de Trump, il y avait des critiques émises par la société
civile, les ONG, critiques concernant 3 domaines : l’opacité des négociations, la question des tribunaux
arbitraux privés, et l’agriculture (qui constitue un terrain sensible entre Usa et l’UE dans la mesure où les
modèles sont différentes, USA et des exploitations vastes avec des OGM et pesticides alors que l’UE a une
agriculture de terroir). Ces critiques ont été relayés et a fait l’objet d’un arrêt des négociations avec Trump.
En direction de l’Amérique centrale et du sud, l’UE a essayé de contrer l’influence des Usa par plusieurs
accords, en direction du Chili (accord complet de libre échange appliqué depuis 2003), deuxième accord
entre l’UE et le marché commun d’Amériques centrale (Nicaragua, Honduras notamment) avec un accord
entré en vigueur en 2013, qui repose sur un dialogue politique, une coopération et sur un approfondissement
des mesures de l’OMC en matière de concession tarifaire. Le MERCOSUR, l’UE négocie de manière
bordélique, avec un blocage fondamental concernant le secteur agricole car ses pays sont des grands
producteurs, avec un mode de production libéralisé dans ce domaine, qui constitue un facteur de blocage à la
conclusion d’un accord avec l’UE.

En direction de l’Asie et du Pacifique, les avancées étaient beaucoup moins importantes et c’est ici la
conclusion de l’accord TPP (Trans Pacific Partnership) en octobre 2015, qui a crée une nouvelle dynamique
pour les négociations européens (éviter les effets de détournements). La remise en question par les USA a
généré un redéploiement qui vont se faire autour de la Chine, qui a reprit l’initiative de la région depuis
quelques jours.
Pour la Corée du Sud, un accord de libre échange, entré en vigueur en 2011, assez large qui couvre les
marchandises, les services, des dispositions qui concernent les règlements techniques, l’évaluation de
conformités (automobile).
Pour Singapour, parti prenante du TPP, il y a un accord de libre échange, conclu en octobre 2014, qui est le
premier en direction des pays du sud est asiatique, les négociateurs européens voulaient avoir une tête de
pont en direction du TPP pour les entreprises européennes, cela permet de dé- sécuriser les pays implantés à
Singapour.
La commission continue de négocier des accords de libre échange avec l’Inde, le Vietnam, la Malaisie.
Depuis mars 2013 avec le Japon, et depuis 2015 avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Tous ces projets d’accords ont des effets positifs et négatifs. Positifs : baisse des prix pour les
consommateurs, assurance pour les producteurs européens de ne pas se faire évincer par les autres accords et
les autres marchés tiers, ainsi qu’une stimulation de la croissance grâce à l’accès de la demande plus
dynamique des pays émergents. Mais ces accords sont porteurs de risques : la paupérisation des travailleurs
peu qualifiés des pays Européens, qui sont en concurrence direct avec ceux du sud, la montée du sentiment
anti-mondialisation, la remise en question de la capacité des Etats à légiférer, des difficultés économiques
pour certains secteurs comme l’agriculture, la culture, le textile; la déstabilisation de l’organisation mondiale
du commerce et dans son organe de commerce et de règlement ;et les préjudices pour les pays tiers.

La conclusion de ces accords de libre échange est devenu un instrument stratégique dans les rapports de force
géo-économique. Mais la multiplication de ces accords conduisent à une perte

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de portée de chacun d’entre eux et à une économie mondiale qui tendait vers un accord de change libéralisé.
La sortie de l’UK est de nature à infléchir les dynamiques de l’UE. L’année 2016 a marqué un arrêt brutal à
la mondialisation, avec le vote en faveur du Brexit, la fin annoncée de l’accord trans-Pacific, et les difficultés
de ratification du CETA, tout cela montre le rejet de ses accords commerciaux préférentiels et ses accords de
libre échange. Ces décisions pourraient signifiées la fin de ses accords de grands envergues car plus aucun
pays ne veut négocier en raison de la durée de la négociation et de sa complexité.

Conclusion : Ces échanges ont des normes fondamentales différentes en matières sociales et
environnementales, une partie des classes moyennes a été exclue avec la mondialisation, le retour du
protectionnisme pour les pays dont les chaînes de production sont de plus en plus imbriqués seront
inévitablement complexe et des coûts économiques importants.

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Chapitre 2. Marché unique et politiques d’accompagnement

L’intégration européenne opère à partir de l’extension et l’approfondissement d’un vaste marché à l’échelle
du continent européen, s’étend à 31 pays, concerne également les pays membres de l’espace économique
européenne, 516 millions d’habitants après la sortie de l’UK, environ 460 millions d’individus. Le marché
commun et le marché unique repose sur la même affirmation du l’acte unique de 1968 et traité de Rome en
1957 avec 4 libertés de circulation: des marchandises, des personnes, des services, des capitaux. S’il a fallut
relancer l’objectif de marché commun, il n’avait pas été mené à son terme, le marché commun est un marché
fragmenté, éclaté par les différents Etats, avec des frontières physiques, techniques, fiscales, ce morcellement
du marché entrainait un morcellement de l’industrie européenne, qui n’arrivait pas à atteindre une taille
suffisante pour obtenir des rendements d’échelles. Les entreprises européennes se sont laissés distancés par
le Japon notamment. Cette relance de l’idée du grand marché a été porté par le libéralisme des années 80-90,
mettant l’accent sur les politiques d’offre, l’activation de la concurrence, la déréglementation. Les
consommateurs peuvent aussi attendre des effets positifs qui résulte de la baisse des prix, mais ce n’est pas
l’objectif, l’objectif essentiel avec le marché unique est de créer un choc sur l’offre, donc l’appareil de
production. Les entreprises sont poussées à se restructurer de façon à atteindre la taille qui leur permet d’être
efficace sur le marché européen et à partir de là, être efficace sur le marché mondial. Le marché intérieur est
indissociable de la politique industrielle. Le marché unique n’est pas réductible à un espace de libre échange,
qui suppose la suppression de tous les obstacles au commerce pour passer à ce stade plus avancé que sous
entend le marché unique, il a fallu mettre en place des politiques communes à l’échelle européenne, de
l’intérêt général communautaire, permettant la constitution d’un environnement homogène des entreprises.

Partie I. Approfondissement du marché commun : le marché unique

Le traité de Rome de 1957, visé d’un marché commun (L.2 et 3 de ce traité), au moyen d’une union
douanière qui est réalisé en 1968, ensuite, par la suppression des entraves à la libre circulation des personnes,
des services, des capitaux et des marchandises, et l’instauration de politique commune, politique commune
dans le domaine des transports, de l’agriculture et de la concurrence.

1.1. Les entraves aux échanges dans le marché commun

Après la crise économique de 1994 (choc pétrolier), la communauté n’a pas été épargné par la montée d’un
protectionnisme qui passait par des barrières aux échanges moins lisibles que le droit de douane. Celui qui a
été chargé de rédiger un rapport sur les effets bénéfiques de ce marché commun, est Paolo Cecchini, met en
série des entraves, qui existait déjà entre les 12, des entraves de différentes natures :
- les droits de douane : réintroduit dans le secteur agricole, avec l’instauration compensatoire
monétaire, qui sont là pour rattraper les mouvements de change qu’il y avait à l’époque.
- Les contingents : en principe, il n’y en a pas. Mais dans les faits, ils ont été réintroduits pour 2 secteurs, le
secteur de l’acier et le secteur agricole. Par ailleurs, les accords d’auto-limitation volontaire des
exportations, c’est à dire que ces accords visaient à introduire des contingents, donc que les pays
exportateurs se limitent aux même à leur propre frontière, avant d’exporter à l’UE, on le trouve dans le
secteur du textile notamment.
- Les entraves qui accroissent les coûts parce qu’elles cloisonnent le marché (règles sanitaires,
phytosanitaires, règles techniques différentes selon les Etats membres)
- Les restrictions à l’accès au marché (droit d’établissement, marchés publics) : Les restrictions à l’accès au
marché sur le marché public, marché réglementé, toutes les restrictions au droit d’établissement. Le
marché public est important, ce sont les secteurs des APU (Etat, collectivités territoriales, etc.). 8% du PIB
de la communauté, ces marchés sont protégés par les barrières non tarifaires, c’est à dire qu’à l’époque,
quand il y avait des travaux, il n’y avait pas d’appel d’offre, pas de sous missionnaire, ce qui fait que les
adjudications se limitaient à 2%.

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1.2. Les effets économiques de l’intégration aux marchés

Pour évaluer les effets économiques, le rapport Cecchini décrit les mécanismes micro- économiques qui
permettent de lutter contre l’inflation, la fragmentation des industries européennes.

1.2.1. La baisse des coûts

Le problème dans les années 80 était l’inflation, le marché unique est présenté comme un moyen structurel
pour maitriser ces tensions inflationnistes dans la mesure où elle limite l’inflation par la demande, les coûts
et remet en question les modes d’organisations des marchés.

Le cas de l’inflation par la demande tient à une augmentation autonome de la demande alors que l’offre reste
constante, il y a eu un pic d’inflation (+ de 60% en 1947), c’est une inflation autonome de la demande. Ces
enchaînements ne peuvent s’opérer que dans une économie peu ouverte sur le reste du monde. Avec
l’intégration européenne, la demande nationale n’est plus entièrement satisfaisante par l’offre nationale mais
par l’offre européenne, voir l’offre mondiale.

Inflation par les coûts : qui tient à une augmentation des coûts de production, en matière de coût, le marché
unique génère des baisses des coûts de revient pour les entreprises car disparition de formalité de passage en
douane grâce à l’homogénéisation des réglementations, des normes techniques, grâce à la baisse du prix des
services financiers.

3e vecteur de cette lutte : organisation des marchés. Le marché unique remet en question les modes
d’organisation des marchés qui génèrent de l’inflation. Le caractère captif de certains marchés et le degré de
concurrence des entreprises qui opèrent sur ces marchés, l’ouverture de ces marchés, tout cela a un impact
sur le maitrise des prix. Or, le marché unique conduit à une concurrence accrue qui va accentuer la pression
sur les coûts de revient des entreprises, il va les amener à réduire leur marge. L’ouverture de ses marchés
publics à l’ensemble des producteurs de la communauté, cela doit favoriser la baisse des prix des producteurs
nationaux qui ne sont plus en situation de monopole sur ces marchés.
Tous les effets attendus de la concurrence sont triples,
1er effet : tienne à une harmonisation par le bas des prix de vente, d’autant que la dispersion des prix pur un
même bien est forte selon les pays de la communauté (15% en moyenne pour les prix hors taxe, 30% pour les
prix TTC des services). Les entreprises qui mènent des politiques de discrimination par les prix par rapport
aux pays, devront réviser cette stratégie.
2e effet attendu ; disparition des facteurs d’unificacité dans l’organisation des entreprises, pointé par les
rapports d’audit, ça peut être des sur-effectif, des frais généraux excessifs, des stocks trop élevés.
3e effet attendu : rationalisation des structures productives. Ce que dit Cecchini, c’est que les entreprises qui
ont une marge faible vont disparaitre. L’intégration européenne devrait favoriser la spécialisation des grands
groupes industriels. Le grand marché fait appel à des mouvements de restructuration dans un environnement
plus concurrentiel, qui va favoriser une compression des coûts.

1.2.2. Les économies d’échelles

Le marché unique est toujours, selon Cecchini, d’effet dynamique sur l’offre et les coûts de production. Des
effets qui tienne à l’accroissement de la taille de marché du marché sur lequel opère les entreprises.
L’étendue du marché a un effet important sur la taille d’unité d’opération qui opère. Il y a une corrélation, ce
qui explique pourquoi les entreprises Usa étaient plus importantes que les entreprises européennes.
L’élargissement du marché intérieur devrait permettre à moyen terme, l’émergence d’entreprises de très
grande taille, à la dimension du grand marché. C’est intéressant car les entreprises peuvent comprimer leur
coût de production. le rapport avance un chiffre, il indique que le doublement de la taille d’une unité de
production entraine des gains de

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productivité entre 20 à 30% selon le secteur, c’est donc une économie d’échelle imputable à 3 facteurs :
- technique même de production qui font que le coût unitaire de production décroit avec la
longueur de la série produite. Les entreprises vont produire sur des séries plus importante, à la taille du
grand marché, pour réaliser des économies d’échelles importantes dans l’industrie, qui sont plus modeste
dans certains secteurs (alimentation, textile, services). Dans le secteur des services, ce sont des économies
de gammes.
- phénomènes organisationnels. Les entreprises qui ont plusieurs établissements peuvent par
exemple mettre en commun des fonctions comme des fonctions marketing, recherche et développement,
gestion et financement, selon la fonction que l’on considère dans l’entreprise, la taille minimale
techniquement efficace peut être différente. Concernant la fonction finance, si la taille est importante, on
peut accéder au marché boursier.
- l’amortissement sur une base plus large des coûts en matière de publicité, de recherche et de
développement. L’intégration européenne devrait favoriser l’apparition de marques européennes,
qui devrait permettre d’avoir des messages publicitaires indifférenciés, quelque soit la communauté, on
peut donc amortir les coûts des messages publicitaires. Il est également possible d’espérer des gains en
coût de développement, au niveau des études de marché, grâce à la suppression des barrières techniques et
à l’amortissement sur une base plus importante.

1.2.3. Les enchainements macroéconomiques

Les effets macroéconomiques du grand marché


ont été simulé à partir de différents modèles, l ’
OCDE et la commission e u r o p é e n n e . L
e s o u s b a s s e m e n t économique, concerne
l’ouverture des marchés publics, la
suppression de la libéralisation et tous les effets
d’offre. Elle doit aboutir à une baisse des coûts
de revient pour les entreprise et elle sera
répercutée sur les prix s’il y a concurrence
(élément déterminant), cette baisse de prix
entraîne toute une série d’enchaînement, g a i n
d e p o u v o i r d ’ a c h a t p o u r l e s consommateurs,
gain de compétitivité pour améliorer le solde
extérieur et la balance commerciale. Cela
alimente la croissance, amélioration des soldes
publics.

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A partir de là, l’un des simulations a été faite sur les effets attendus de ce marché unique, il s’agissait de
vendre ce marché unique à l’opinion publique européenne, quelles étaient les hypothèses de départ telles que
faite par la commission européenne pour faire tourner ses modèles ?
Hyp.1 : on supposait que la politique monétaire serait neutre
Hyp.2 : les soldes budgétaires étaient utilisés pour stimuler un peu plus l’activité
A partir de là, le marché unique devait être lancé le 1er janvier 1993, et ont regardé sur 6 ans, l’impact sur la
croissance, sur l’inflation. On voit un supplément de croissance, le prix a diminué, moins de perte d’emploi,
mais la situation se renverse très vite. les soldes budgétaires s’améliorent et le solde extérieur aussi.

Leurs hypothèses de la commission n’a pas été validé par les faits. Dans les années 92-93, il y a eu une crise
grave du système européen monétaire, on a eu des politiques monétaires restrictives qui ont été mise en
oeuvre. Dans ce contexte, la croissance a été très faible dans la communauté et les déficits publics se sont
creusés. La concurrence par les prix n’ont pas eu l’ampleur escomptée, l’échéancier initialement envisagé par
la commission a fait l’objet de prorogation répétée, l’ouverture des marchés publics, la libéralisation des
marchés financiers, l’élimination des barrières non tarifaires ont été des chantiers de très long terme.

1.3. La mise en place d’un marché unique : une affaire juridique

Dresser un bilan du marché unique est un exercice délicat car on n’a pas d’avant/après. Cette date a une
valeur symbolique dans la mesure où le grand marché avait été très largement anticipé par les acteurs
économiques. Alors que sur le plan juridique, tous les Etats n’avaient pas traduits au 1er janvier 1993, toutes
les mesures qui concernaient la mise en place de ce grand marché, la transposition des directives en droit
national, s’est révélé tellement lente qu’elle a imposé à partir de 1997, une politique à long terme de la part
de la commission européenne.

1.3.1. Les 3 outils juridiques au coeur du processus

La mise en place formelle du marché n’est pas une affaire d’économiste mais plutôt de juriste. L’OCDE
estime que sur les 80000 pages qui constituent le corpus du corps européenne, il y avait 30000 qui concernait
le marché unique. On a 3 outils juridiques qui ont progressé :
- extension du vote à la majorité qualifiée : à tous les domaines qui concernent le marché unique,
à l’exception de la fiscalité, de la libre circulation des travailleurs, les droits et les intérêts des travailleurs
salariés. Pourquoi cette extension est importante ? Car la majorité qualifié favorise l’intégration
européenne car elle ne donne pas des droits de veto au seul pays qui n’est pas d’accord. Cela permet
d’aller plus vite quand on prend une décision à la majorité qualifiée
- le principe de reconnaissance mutuelle sur la base de la législation du pays d’origine : C’est un
principe qui a marqué l’avancée la plus marquante, la pierre angulaire sur le marché unique. Ce principe a
été posé à partir d’un arrêt Cassis de Dijon de la CJCE du 20 février 1979. De quoi s’agit-il ? La cour, à
l’époque, a considéré que l’interdiction qui avait été faite par l’Allemagne par le cassis de Dijon, les
Allemands interdisent cette importation du Cassis de Dijon car la législation allemande imposait une
teneur supérieure à 32 degré, donc interdiction du cassis de

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Dijon. La cour de justice a estimé qu’il s’agissait d’une forme de restriction quantitative de l’importation
et que tout produit légalement fabriqué et commercialisé dans l’un des Etats membres doit, en principe,
pouvoir être introduit dans tout autre Etat membre. L’Allemagne doit donc reconnaître les standards
français comme équivalent aux siens. Ce produit peut être librement commercialisé en Allemagne. Un
arrêt important, auquel la commission européenne a a assuré une publication importante, qui constitue
l’acte fondateur du principe de reconnaissance mutuelle, partie importante du commerce
intracommunautaire. Les règles en vigueur dans les Etats membres en matière de contrôle, de vérification,
de conformité des produits, toutes ces règles sont considérées comme équivalente sauf si la preuve du
contraire peut être apportée. Les restrictions d’importation, de transit ou d’exportation doivent être
justifiées pour des raisons qui sont de moralité publique, d’ordre public, de sécurité publique, de la
protection de la santé et des vies des hommes et des animaux, protection des trésors nationaux, protection
de la propriété industrielle et commerciale.
- Statut de société européenne, qui officiellement, entré en vigueur en octobre 2004, ce statut
donne aux entreprises qui opèrent dans plusieurs pays de l’UE la possibilité de créer une société de droit
européen. les entreprises agissent comme un opérateur unique au niveau du grand marché, elles appliquent
les mêmes règles qui est un système unique de gestion comptable, d’informations, c’est un statut qui
inquiète parfois car elle donne plus de facilités pour que les entreprises déménagent. Ce statut pourrait
appelé à terme, à la mise en place d’un régime fiscal européen appliqué à ce type de société de façon à
éviter une concurrence fiscale entre les Etats membres. Il y a une absence de régime fiscale en Europe et
donc cela est l’une des critiques émises.

Le bilan est mitigé sur le statut européen notamment pour la France. En 2014, 2114 entreprises dont 29 en
France, insuccès concernant ce statut. Au delà de cela, ce statut est un prototype même du 29e régime (=
régime européen qui vient s’ajouter aux 28 régimes nationaux sans s’y substituer, c’est un modèle juridique
qu’on trouve dans plusieurs domaines de l’action européenne comme les contrats professionnels et les
expatriés).

1.3.2. La transposition de la législation sur le marché intérieur : la stratégie du tableau d’affichage

Le cadre juridique du marché intérieur se compose de près de 2500 mesures législatives parmi lesquelles on
a 1500 directives et 1000 règlements. Il nous faut différencier les deux.
Une directive oblige tous les Etats membres en ce qui concerne les résultats, mais leur laisse le choix de la
forme et des moyens pour son adaptation en droit national. Elle permet donc un certain ajustement de la
réglementation, aux situations mais aux préférences locales aussi. Les directives doivent être transposées
dans les législations nationales dans un délai fixé d’un « comme un accord ».
Un règlement, quant à lui, est un loi à caractère obligatoire directement applicable à tous les Etats membres
sans mise en place d’une législation nationale, il permet une harmonisation directe des secteurs considérés.
La transposition trop lente d’une directive empêche la constitution d’un marché unique dans la branche
considérée. La commission suit un indicateur qui est le déficit de transposition, indicateur qui a une donnée,
fait le rapport entre le nombre de directives non transposées sur le total de directives devant être transposées
à la date en question.
Constatant en 1997, un déficit de transposition significatif, la commission a imaginé une procédure
dynamique en parlant une simulation. C’est en juin 1997 qu’on va adopter un plan d’action qui a pour but
d’accélérer la mise en place du droit nécessaire pour ce marché. Ce plan a des objectifs à réaliser au 1er
janvier 1999, avec une visualisation des avancées sur un tableau d’affichage. C’est une méthode
communautaire classique pour essayer de faire avancer un dossier. Comment on procède ? On part d’un
accord politique qui est prit naturellement au niveau du conseil, accord politique sur un programme, des
objectifs, un calendrier défini et avec une évaluation régulière qui est faite sur la base d’un classement des
Etats membres, à partir d’indicateurs quantitatifs. Ce plan d’action de juin 97 a permis un certain nombre
d’avancées mais ne permet pas de boucler tous les chantiers réglementaires et juridiques qu’il y avait à
l’époque. Il faut donc prolonger ce plan d’action et qu’il faut raisonner plutôt sur une planification à moyen
et long terme sur le plan juridique. Le marché unique fait l’objet de relance régulière.

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Les deux derniers plans de relance en date :
- L’acte pour le marqué unique I (Avril 2011) : 12 actions-clés
- L’acte pour le marché unique II (octobre 2012) : 12 nouvelles actions-clés
Il s’agit d’accélérer les mesures législatives qui sont en attente depuis plus ou moins longtemps dans les
différentes directions générales de la commission européenne, il s’agira par exemple d’adopter le paquet
législatif (ensemble de mesures directives et règlements) pour créer un marché unique du transport maritime,
il s’agit aussi de faire un portail EURES (pour la mobilité du travail entre les différents pays de l’union),
d’accroitre le développement du haut-débit. Depuis 1997, la commission actualise régulièrement son tableau
d’affichage du marché unique, sur son site internet. Le tableau relatif à l’année 2015 (dernière en date) se
décline en 3 sous-tableaux qui permettent d’étalonner les performances des 31 Etats partis prenantes du
marché unique, élaborés sur la base de différents critères pour lequel il existe un système de feu de
signalisation. Cela permet de classer chaque pays par rapport à la moyenne.
Cela concerne les instruments de gouvernance, appréhendé pour chaque pays par un code. On a 7 indicateurs
qui concernent le système de gouvernance.

Ce deuxième tableau fonctionne à partir de deux indicateurs composites.


Le troisième tableau fonctionne avec deux indicateurs : l’investissement direct étranger, indicateur sur le
commerce des biens de services.

Les pays les plus mal classés : UK et Grèce


La France pèche avec un déficit de transposition qui est plus accusé que les autres, elle pèche aussi sur
l’environnement.

Partie II. Le bilan du marché unique

Le marqué unique repose sur la mise en oeuvre de 4 libertés : de circulation des marchandises, des services,
des capitaux, des personnes. Les résultats sont très inégaux selon les domaines que l’on considère. Le marché
intérieur des marchandises a beaucoup progressé, il est presque achevé, le marché intérieur des services est
en cours de construction, celui des capitaux s’est désintégré suite à la crise financière avant de se reprendre
sur les trois dernières années, mais sans atteindre le niveau d’intégration qu’elle avait avant la crise, le
marché intérieur des personnes est problématique et suscite des réticences.

2.1. Un marché unique des marchandises relativement abouti grâce à l’harmonisation

Les biens génèrent 25% du PIB des 28 et représente 75% des échanges intra-communautaires. Le marché
unique des biens tient pour l’essentiel de la mise en oeuvre d’un processus de normalisation extrêmement
important car permet aux entreprises de travailler pour un seul et grand marché afin de recueillir pleinement
des effets des économies d’échelle. Lors du lancement du marché commun, la multiplication des normes et
des règles techniques dans les Etats membres apparait comme un facteur de fragmentation du marché, c’est
une forme de protectionnisme non tarifaire. Cette forme de protectionnisme s’est beaucoup développé près le
premier choc pétrolier.
Il nous faut bien différencier des normes et des règles techniques. Les normes ne sont pas contraignantes,
elles définissent des types d’objet, des procédés de fabrication de façon à en rationner la production et
l’usage : la norme DIN et la norme AFNOR. Les normes sont souvent associées au processus d’innovation à
seul titre qu’elle a des enjeux dans le développement de nouvelles technologies (le standard européen en
matière de téléphonie mobile, le standard GSM). Les règles techniques s’imposent aussi bien aux producteurs
nationaux et étrangers avec pour souci de protéger l’environnement et le consommateur. L’approche a
beaucoup évolué. La commission avait tenté une approche qui tendait vers l’harmonisation des législations
entre les Etats membres, c’est une approche extrêmement lente et complexe à mettre en oeuvre car le temps
législatif n’est pas le temps d’innovation. En outre, ces directives européennes sont remises en question par
l’adoption des nouvelles normes et règles. En 1985, Cecchni relève qu’il y a uniquement 180 directives à
l’époque, à opposer aux 100 000 normes recensés dans la

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communauté. Nouvelle approche et a attiré toutes les conséquences de l’arrêt Cassis de Dijon pour imposer
cette nouvelle approches. Les directives précisent les prescriptions de bases, alors que les directives «
ancienne approche » énonce des prescriptions techniques détaillées. On va s’attacher aux additifs, aux
matériaux liés au chocolat et les contrôles. Cette évolution n’a pas empêché la communauté de continuer son
travail de définition de normes communes, elle a néanmoins re-cadré sa méthode de façon de prendre en acte
des difficultés rencontrées. Le virage s’est opéré en 1983 avec l’obligation qui été fait à tous les Etats
membres de notifier à l’avance à la commission tous les projets qu’ils avaient concernant l’instauration et des
normes techniques. Une notification en avance pour pouvoir contrôler la mise en place des nouvelles
entraves. Différents communautés s’occupent de l’harmonisation sur le plan communautaire. On a le comité
européen de normalisation (CEN), le comité européen de normalisation électrotechniques (CENELEC) et
l’institut européen de normalisation pour les télécommunications (ETSI) qui ont décerné en 1985, en
concertation avec les organismes, déterminer les essentiels pour qu’un projet soit conforme aux normes
européennes. Parallèlement, les outils de marquage européen ont été progressivement mise en place de façon
à assurer la qualification des produits désignés avec des marques de conformité CE, et avec un travail pour
protéger au niveau international le patrimoine gastronomique européen. On a différentes marques de qualités
importantes pour le secteur agricole et l’industrie agro-alimentaire pour tous les territoires, on a l’IGP
(indication géographique protégée, l’AOP, STG (spécialités traditionnelles garanties). C’est un dossier qui a
finit par aboutir en décembre 2012, après près de 15 ans de blocage sur la question linguistique, pas pour la
totalité des Etats membres car Croatie et Espagne ne participent pas à la coopération renforcée et mise en
place. l’OEB (office européen des brevets) traduit en français allemand et anglais, ce brevet se présentera
comme un régime en sus des brevets nationaux et l’application des règlements qui sont déjà entrés en
vigueur, est subornée à la conclusion d’un accord sur la mise en place d’une juridiction unifiée et spécialisée
dans les brevets.

2.2. Le chantier en cours du marché unique des services

Les services génèrent 70% du PIB et 65% des emplois, correspond à ce que présente ce secteur au niveau
français. Les services sont l’essentiel du PIB et des emplois mais les échanges de services ne représente que
le quart des échanges intra-communautaires de marchandises. Il y a un désajustement entre le poids de ce
secteur dans le PIB et les emplois et son poids dans l’échange international et intra-européen. Ce
désajustement est imputable aux spécificités de ce secteur, il y a ces liens très étroits avec d’autres libertés,
notamment la liberté d’établissement et la libre prestation de services. Il y a une directive important dans ce
domaine, la directive service de 2006, qui a tenté de lever tous à les obstacles à la libre circulation mais
l’intégration de ce secteur reste encore inachevé.

2.2.1. Les spécificités du secteur

La communauté s’est focalisée dans la production matérielle, on commence par la CECA (communauté
européenne du charbon et de l’acier), et l’énergie atomique (EURATOM) et l’agriculture avec le traité de
Rome. Ce n’est qu’avec l’acte unique (1986) que la communauté commence à se préoccuper de la libre
circulation des services en raison de la prépondérance prise par ce secteur dans l’économie, mais aussi de
l’importante de sa contribution à la croissance et à la création d’emplois. On constate tout cela au niveau
européen et international, au niveau international, le cycle de l’Uruguay (1994) qui est le dernier cycle de
négociation à se dérouler dans le cadre du GATT, ce cycle est le premier à intégrer le secteur des services,
c’est le cas aussi de l’agriculture. Si ce secteur a été intégré aussi tardivement au niveau européen et
international, c’est en raison de ses spécificités : les services sont souvent immatérielles (assurance),
historiquement le secteur public a représenté une part importante de l’activité des services postaux, de
télécommunications, d’énergies et de transports, les services nécessitent une relation directe entre le
prestataire de services et son client (service de conseil, agence immobilière, tourisme, loisirs) et puis certains
secteurs des services semblent intraséquement locaux (éducation, santé).

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Le passage à un économie numérique (Internet, réseaux sociaux, moteur de recherche, smartphone)
transforme les modèles de production et de consommation dans presque toutes les branches de services, par
exemple dans le secteur des banques, des médias, de l’administration, du tourisme, de la culture, du
commerce, le développement de cette économie pose donc des questions nouvelles sur les modèles
économiques à trouver que leur régulation juridique. La liberté de circulation des services est par ailleurs
indissociable de la mobilité des facteurs de production, de la libre circulation du capital, à travers des
virements bancaires d’un pays à l’autre mais aussi de la libre circulation de la main d’oeuvre avec la
reconnaissance mutuelle des diplômes, des qualifications professionnelles pour les prestataires de services.

2.2.2. Les principes de libre établissement et de libre prestation de services

Libéraliser les services revient à éliminer des entraves qui empêchent l’entrée de prestataires de services
originaire des autres Etats membres sur le marché d’un Etat membre, le traité sur ce point affirme deux
principes pour limiter cette liberté d’entrée, on va voir qu’en pratique, il y a des obstacles qui sont très bien
renseignés par la commission européenne :
• Liberté d’établissement (L.49 et 54 du TFUE) : la possibilité pour une entreprise de services d’installer un
établissement dans un autre Etat membre, régit par la réglementation en vigueur, cette liberté doit
composer dans les faits avec toute une série d’obstacles :
- 1er type d’obstacle : existence de monopoles nationaux et de restrictions quantitatives qui limitent le
nombre de prestataires de services
- 2ème obstacle : exigence en matière de nationalité ou de résidence.
- 3e obstacle : procédure administrative d’autorisation et d’enregistrement auprès d’une chambre des
métiers.
- D’autres entraves : reconnaissances des qualifications professionnelles, la disparité des activités
considérées comme des professions réglementées (professions juridiques)
• Principe de la libre prestation de services (L.56 du TFUE) : la différence avec la liberté d’établissement est
que l’entreprise peut autoriser à développer une activité dans un autre Etat membre sans y avoir
d’établissement en s’y déplaçant temporairement. Cette liberté se heure à différents obstacles :
- Il peut y avoir des procédures lourdes et complexes concernant le détachement des travailleurs et
l’utilisation du travail intérimaires ou encore l’utilisation transfrontalière des travailleurs.
- Application de toutes les règles de l’état d’accueil sur les conditions d’exercice de la profession et les
difficultés qui lui sont liées (communication commerciale, fixation des prix, comptabilité)
- Obligation de s’établir dans l’Etat d’accueil

2.2.3. L’histoire tourmentée de la directive service

La commission fait ce diagnostic sur les difficultés inhérentes de ce secteur. En 13 janvier 2004, proposition
de directives relatives au services du marché intérieur, souvent désigné dans les débats publics par le
commissaire Belkenstein. 2 secteurs qui étaient exclus dans le champ d’application de cette directive : les
services d’intérêts générales non économiques (services régaliennes, de police, défense, justice, éducation) et
les services financiers et les services d’intérêts économiques générales (= services de réseaux) car leur
modèle économique repose sur l’exploitation d’un réseau (c’est le cas dans les services d’énergies, des
lignes, du gaz, télécommunication, postaux). Pourquoi sont-ils exclus ? Car il relevait d’autres politiques
communautaires.
Mais le champ d’application de cette directive n’en demeurait pas moins étendue puisqu’il englobait
notamment, au côté des services marchandes, des services sociaux d’intérêt générales rendues par l’Etat et
les collectivités locales comme le logement social, la santé, la culture, l’audiovisuel. Ce projet de directives
souhaitait par ailleurs le principe du pays d’origine, à l’exception importante du cas où il y aurait
détachement de travailleurs, c’était important car le prestataire de services devait se conformer aux seules
exigences administratives mais juridiques de son pays d’origine qui devait assurer le contrôle de sa
prestation à distance, notamment sur

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l’inspection du travail, médecine du travail. Cette proposition s’est heurtée à une très vive opposition
puisqu’elle avait pour conséquence de mettre en concurrence directe tous les régimes fiscaux et sociaux des
Etats membres. C’était le fameux exemple du plombier polonais qui viendrait de son pays pour réparer une
plomberie et qui n’est soumis que par l’inspection du travail polonais. Ce principe du pays d’origine est un
principe important pour tout ce qui est de marché unique mais aussi du marché des marchandises (Exemple :
Arrête Cassis de Dijon), ce principe est difficile à transposer de l’industrie aux services car dans la pratique,
c’est le prestataire de services et non le service lui-même qui est généralement réglementé, il y a un lien
direct avec la libre circulation du travail. L’élargissement de l’UE aux PECO a modifié la donne dans ce
domaine car elle augmenté l'hétérogénéité entre les pays membres avec la possibilité de recourir à une main
d’oeuvre qualifiée mais à plus faible coût même si dans les années qui ont suivies l’élargissement, la libre
circulation des travailleurs a été très étroitement contrôlée.
Il y avait aussi un flou juridique entourant les services réellement couverts, risque de dumping social, les
difficultés à exercer réellement le contrôle du travail depuis le pays d’origine, tous ces éléments ont paru
important pour que le conseil européen du 22 mars 2005, demande une révision du projet car la polémique
du plombier a suscité un succès du NON en France, cette révision a été conduite par le parlement européen
car cela relève de la co-décision. La proposition de directives a été amendé sur 2 points importants qui a
modifié l’équilibre de ce texte :
• Le logement social, la santé, la culture, l’audiovisuel et les jeux de hasard ont été exclus du champ
d’application de la directive.
• La législation du pays d’exercice de l’activité prévaut sur celle du pays d’origine.
Par ailleurs, l’établissement et l’activité dans un autre Etat membre ont été facilité grâce à la mise en place
d’un guichet unique qui centralise l’information et les formalités administratives. Ainsi remanier, le texte a
été adopté par le parlement et le conseil et a été publié le 27 décembre 2006 au journal officiel européen. Les
Etats membres ont eu 3 ans pour le transposer dans leurs législations nationales.

2.2.4. Quels services d’intérêts générales ?

La directive service avait dû se positionner par rapport au service public, pour cela, il fallait qu’émerge au
niveau européen des principes communs pour traiter cette question. Comme bien souvent, le débat est
amorcé à partir de la publication d’un livre blanc, publié sur les services d’intérêts générales, suivie par une
communication de la commission en 2007 sur les services d’intérêts générales y compris les services sociaux
d’intérêts générales. Elle est définie comme un service économique ou non économique, que les autorités
soumettent à des obligations spécifiques de services publics. Elles peuvent les fournir directement ou
déléguer directement. 2 catégories de services d’intérêts générales sont caractérisés dans cette
communication :
- SIEG (services d’intérêts économiques générales), soumis aux règles du marché intérieur
comme la libre établissement et les règles de concurrence. Ces services concernent les industries de
réseaux, postaux, radiodiffusions, les services où il existe des législations sectorielles spécifiques.
- Services non économiques : fonctions régaliennes traditionnelles de l’Etat mais aux régimes
légaux de sécurité sociale.
Cette distinction sera reprise dans le traité de Lisbonne et précise simplement pour les SIEG que le traité ne
porte « en aucune manière atteinte à la compétence des Etats pour les fournir ou les faire exécuter ou encore
les organiser ». Toute la difficulté en la matière est la distinction entre économique ou non économique car
on a des services économiques qui peuvent avoir un impact important en terme de cohésion sociale et sur la
vie des individus. Ce sont les services « socio d’intérêt générales » qui sont au coeur de cette difficulté. C’est
une catégorie qui relève de l’économique et du sociale, avec deux types de services : les régimes légaux de
sécurité sociale (santé, vieillesse, accident du travail, chômage, retraite et handicap) et les services rendus à
la personne (services en matière d’emploi et de formation, la dague des jeunes enfants, l’éducation, le
logement social, les soins de longue durée), pour lesquelles les situations sont plus indécises. La question qui
se pose concernant cette dernière catégorie est : l’éducation et la santé ou la formation sont des services
économiques ou des services non économiques ? S’ils sont économiques, les règles du marché intérieur, de
la concurrence doivent leur être appliqué et ne

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peuvent bénéficier du soutien public. Sinon, ils bénéficient du soutien public mais ne sont pas soumis aux
règles du marché intérieur. Cela signifie la fin des subventions s’ils sont économiques, la fin des prêts aussi.
Ici, une latitude importante a été laissé aux Etats membres pour le choix de transposition de la directive
service.
La France a opté pour une transposition sectorielle, contrairement aux autres Etats membres qui ont opté
pour une loi cadre, qui a rendu possible des arbitrages différents selon le secteur considéré. Le logement
social et la très grande majorité des services médico-sociaux ont été définis comme des SSIG non
économique parce qu’ils touchent les publics vulnérables, handicapés, personnes âgées et parce qu’ils
reçoivent un mandat des pouvoirs publics pour exercer cette mission. Par contre, la petite enfance et la
formation professionnelle qui ne satisfont pas ces critères, elles relèvent des SSIG économiques à la
personne, ce qui a rendu possible une marchandisation plus poussée de ces activités et une baise d’exigence
en matière d’encadrement et qualification des personnels.

2.3. Le marché des capitaux

Un marché financier unique suppose la suppression des obstacles à la libre circulation des capitaux et à
l’offre transfrontalière de services financiers. L’avènement de l’euro a accéléré cette intégration des marchés
des capitaux, intégration perturbé après 2007 par la crise financière et la crise de la dette souveraine. Elles
ont imposé à l’UE une mise en place progressive d’une supervision financière au niveau européen, et la
relance du projet d’intégration financière avec la construction d’une union des marchés des capitaux.

2.3.1. L’intégration financière : remise en question par la crise

La libre circulation des capitaux signifie très concrètement la fin des opérations des contrôles des changes,
toutes les opérations qui visaient par des mesures administratives à limiter les transfère de fonds d’un pays à
un autre. Cette liberté a été institué le 1er juillet 1990, le traité de Maastricht en a fait la première étape du
passage de la monnaie unique et lui a conféré un caractère d’échange où le contrôle de change est soumis à la
règle de l’unanimité. C’est une liberté constitutive du marché unique mais aussi du processus d’union
monétaire dont elle démontre les interdépendances, il y a des relations entre les deux. Le lancement de l’euro
constituait une étape décisive pour permettre l’émergence d’un marché financier européen, plus large et plus
liquide comme ne l’était les marchés monétaires, obligataires, des actions et bancaires qui étaient tous
cloisonnés par pays. Ce cloisonnement signifie que les obligations de l’Etat grec, les entreprises allemandes
était côtés à la bourse de Francfort et les ménages espagnoles souscrivaient des prêts bancaires. Ils ont résulté
une thèse qui posait problème aux investisseurs qui reprochaient ses marchés leur manque de liquidité. De
plus, cette segmentation des marchés renvoyait à une diversité au niveau des cadres juridiques, fiscaux,
réglementaires et donc au niveau des organismes de surveillance. c'est à partir de ce constat que le conseil
ECOFIN a chargé un comité, présidé par Alexandre Lamfolussy, ce comité élabore un plan d’action pour les
services financiers, qui date de 2001, qui détaillait 42 mesures à mettre en oeuvre de façon à opérer une
convergence de toutes les structures de surveillance, rapprocher les systèmes juridiques et faire disparaitre les
mesures fiscales qui favorisaient les produits nationaux. Il fallait adopter des normes comptables
internationales et moderniser le droit boursier. Dans un contexte européen nouveau, avec l’ouverture des
bourses de valeur à la concurrence, on a ouvert l’électricité à la concurrence le 1er novembre 2007. La
commission a annoncé que le travail de transposition des législatives a été achevé en 2007, l’intégration
financière s’est-elle améliorée ? Il y a eu des progrès sensibles dans le sens de l’intégration, notamment sur le
marché obligataire mais depuis il y a eu la crise des supprimes en 2007, Lehman Brother en 2008 pour
provoquer une désintégration financière dans la zone euro qui restitue deux indicateurs : FINTEC, ces deux
indicateurs sont « indicateur prix » et « indicateur quantité ».
Depuis, on a eu l’ONT (lancement indiquant que la BCE va faire le nécessaire pour sauver l’euro,
même à racheter les titres sur le marché secondaire).

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Le premier segment de marché est le marché monétaire, marché qui concerne les actions de la banque
centrale, c’est un marché, qui a cours de la crise, s’est bien désintégré, le symptôme de cette désintégration
est l’écart des taux d’intérêts à court terme. L’autre symptôme, ce sont les écarts des activités interbancaires
(prêts entre banques), tout cela s’est brutalement arrêté du jour au lendemain, qui perdure encore aujourd’hui
avec un risque sur le collatéral, perte de confiance entre banques. De manière évidente, l’action de la BCE
avec la fameuse politique non conventionnelle, c’est l’action de la BCE avec l’annonce de l’ONT, APP qui a
permit de contrôle le marché monétaire et redresser ce marché et réduire la dispersion des taux. On a aussi
l’annonce de l’Union bancaire, qui a redressé le marché monétaire.
Le marché obligataire : on a en 2015 une réduction de la fragmentation pour l’UE. Au coeur de la crise en
2012, les marchés financiers discriminaient de manière importante les risques de défauts de paiements selon
les pays. Les banques étaient affectées par cette affaire aussi, car les banques sont souvent les détentrices
privilégiés des obligations émises par leur pays d’origine et quand le pays d’origine va pas très bien, le
système bancaire national ne va pas très bien non plus. On a donc dans des banques une réduction de la
fragmentation.
Marché des actions (très problématique) : intégration contrastée, difficile de poser un diagnostic car on a une
dispersion accrue avec une croissance de la détention des actions transfrontalières, cela permet d’atténuer les
chocs. Il y a eu un mouvement de concentration avec la fusion des bourses de Paris, Lisbonne, Bruxelles et
du Liffe London, Euronext qui a tenté de fusionner avec la bourse de Francfort, opération qui n’a pas pu
aboutir et c’est avec la bourse de NY, NY Stock Exchange que Euronext va fusionner, par la suite, on a une
plateforme américaine intercontinental ICE qui a racheté cet ensemble et qui a conservé NYSE et le LIFFE et
a remis Euronext sur le marché, la fusion entre NYSE et Francfort n’a pas pu aboutir pour problème de
concurrence, aujourd’hui, la bourse de Francfort va fusionner avec la bourse de Londres, London Stock
Exchange. Cela signifie qu’elle aurait un relai mais un relai du côté de Francfort plutôt que Paris.
Dernier segment : le marché bancaire, on a plusieurs sous segments aeec les activités de prêts, des dépôts, de
détail. Sur ce marché bancaire, suite à la crise, on a une réduction de la fragmentation qui a été amorcé
depuis 2013 sur les activités de prêts que les activités de dépôts. Sur les activités de prêts, on a les activités
de prêts aux secteurs d’entreprises non financières et des ménages. Globalement, ça va mieux. L’activité
bancaire de détail va bien, avec le SEPA (Single Euro Payment Area) destiné aux particuliers.

2.3.2. La surveillance des marchés financiers

Après la crise financière, les pays membres du G20 ont pris un certain nombre d’engagement afin de
parvenir à mieux régulier leur système financier et à instaurer une supervision efficace. Un groupe de haut
niveau sur la supervision financière dans l’UE, présidé par Jacques de Lerosière, avec l’idée que l’émergence
d’un marché financier européen et de groupe transfrontalier trop important pour faire faillite, tout cela
augmente les risques de contagion des criques de l’ensemble

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du système dans un contexte où les banques et les assurances demeurent soumises à la réglementation de leur
pays d’origine. Le groupe de Larosière avait pour mission de dépasser cette fragmentation du système de
réglementation et de surveillance. Et c’est sur la base de son rapport, qu’a été créé le 1er janvier 2011, 3
autorités chapeautées par l’autorité bancaire européenne, l’autorité européenne des assurances et des
pensions professionnelles et l’autorité européenne des marchés financiers. Ces 3 autorités ont des pouvoirs
contraignants de façon à garantir une homogénéité d’application du droit européen, de façon à arbitrer des
désaccords qui pourraient souvenir entre les superviseurs nationaux et pour intervenir en situation d’urgence.
Ce nouveau cadre de supervision a été progressivement complété par l’adoption au niveau européen de pus
de 40 règlements et directives afin de modifier les pratiques du système financier européen et sa capacité à
résister à des chocs.
Ces textes encadrent l’activité des acteurs et certaines pratiques des marchés qui ont aggravé la crise.
• L’encadrement des acteurs :
- Cet encadrement concernait les banques et les assurances, les exigences de fonds propres applicables à
ces banques ont été renforcé, leur surveillance a été accru, pour les conglomérats financiers notamment,
seul reste actuellement en chantier : l’assurances dépôts au niveau européen.
- Les professionnels des marchés (traders) de part leur pratique, ont augmenté l’instabilité de ces
marchés, les rémunérations de ses professionnels ont été encadré de façon )à ce qu’il n’y a pas
d’incitations sur une prise de risques excessives.
- Autre acteur qui ont posé problème : les agences de notation. ces agences ont été astreintes à un
système d’enregistrement et de surveillance pour s’assurer qu’il n’y ait pas de conflits d’intérêts. Ces
agences doivent utiliser des méthodes plus rigoureuses, plus transparentes que par le passé, leur
responsabilité civile peut être engagée si elles ont porté préjudice à un investisseur
- Les fonds d’investissements alternatifs (Hedge Funds) : s’ils sont domiciliés en Europe, leur travail est
conditionné par un travail d’enregistrement, ils ont des obligations de communication sur certaines
informations comptables, de transparence
- Au niveau du système bancaire parallèle (Shadow Banking) : plus de transparence sur le système
bancaire parallèle
• L’encadrement des instruments de marché qui ont aggravé la crise
- Les produits dérivés : de nature diverse (action, taux d’intérêts, de changes, d’indices, températures),
les produits dérivés les plus standardisés doivent être organisés sur une plateforme, il y a donc
transparence de transaction.
- Titrisation : technique financière consistant à transformer un porte-feuille en titres. L’encadrement a été
amélioré avec des exigences de fonds propres, avec davantage de transparence sur les opérations.
- La vente à découvert : vente d’une action ou titre de créance dont le vendeur n’est pas propriétaire, des
restrictions ont été imposé, sur des actions mais sur les titres de la dette souveraine, et aussi sur les
contrats concernant les échanges sur les défauts souverains.
- Les marchés de gré à gré : qui traite des opérations pas du tout standardisés, négociés de manière privée
et individuelle avec une plateforme, une visibilité. Sur ces marchés, les opérations sont négociés sur une
plateforme avec une chambre de compensation, ce qui permet de savoir ce qui se passe sur ce type de
marché.
- Les indices de références (Libor et Euribor) avec des échéances de 1, 3 mois voire 1 an. Sur ces indices,
ils ont fait l’objet de trafic dans le secteur bancaire, notamment à Londres, les indices ont été
réglementé aussi.
- Le trading à haute fréquence : réalisé à partir d’algorithme informatique, qui aggrave les tendances au
niveau des marchés. Sur ce trading, des exigences ont été imposé aux plateformes de négociations et
aux entreprises qui ont recours à cette pratique.
- Le blanchiment de capitaux : renforcement du blanchiment.

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2.3.3. Vers l’union des marchés des capitaux

Si l’union des marchés des capitaux concerne l’ensemble des Etats membres de l’UE, elle a des implications
toutes particulières pour ceux de la zone euro. L’idée est qu’elle pourrait permettre la diversification des
sources de financement des entreprises, elle viendrait compléter l’union bancaire et l’union économique et
monétaire. L’unification du système financier devrait améliorer la capacité de résistance aux défaillances
bancaires nationales, aux chocs spécifiques (qui affectent une économie), et cela devrait réduire les soutiens à
mobiliser du côté de la politique budgétaire. C’est un amortisseur aux crises. Cette volonté d’aller vers
davantage d’intégration ds marchés des capitaux, cette volonté part du constat que les modalités de
financement sont extrêmement différentes entre l’UE et les USA. Au niveau du financement, on a deux
possibilités :
- financement par crédit distribué
- par la bourse, l’émission de titres.
En période de crise sur les prêts, il y a des différences accusées selon les Etats membres, qui ont renforcé les
difficultés rencontrés par le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande. La commission a donc proposé en 2015 un plan
d’action avec 33 mesures à mettre en place d’ici 2019, de façon à avancer vers cette union des marchés des
capitaux, dans cette union figure notamment l’élaboration d’un cadre européen pour la titrisation, de façon à
la relancer, un meilleur accès aux PME avec assouplissement des règles d’introduction en bourse et les règles
sur la levée des capitaux. Tout ceci avec l’idée d’éviter que les PME soient trop dépendantes du crédit
bancaire où ce secteur bancaire reste en difficulté dans l’Union. A plus long terme, il y a une mise en
cohérence chargée de la surveillance, qui doit se faire au sein de l’autorité européenne des marchés
financiers; mais aussi une harmonisation des législations sur les sociétés et des tentatives pour rapprocher la
fiscalité des entreprises et puis le durcissement de la lutte contre l’évasion fiscale.

2.4. Les premiers soubresauts d’un marché européen du travail

La libre circulation du travail est garantie par le Traité, article 45 du TFUE, avec des limitations pour des
raisons d’ordre public, de santé publique ou lié à certains emplois dans l’administration publique. Le marché
n’en est pas loin resté longtemps un marché virtuel, qui se présentait comme une juxtaposition des différents
marchés du travail nationaux avec des interactions extrêmement limitées entre eux. La mobilité du travail a
commencé à progresser après l’élargissement aux PECO et avec la crise ; Au début -> tensions, autour
notamment du détachement des travailleurs.

2.4.1. Quelle mobilité du travail dans l’UE ?

Elément déterminant de l’efficience du marché unique car c’est un moyen d’ajustement aux différences de
structure, des offres et des demandes d’emploi selon les Etats membres, mais aussi un moyen d’ajustement
aux chocs asymétriques. Ces éléments sont encore plus importants pour la Zone Euro car les Etats membres
ont perdu toute politique d’ajustement en ayant des politiques monétaires extrêmement contraintes.
La mobilité du travail dépend de la sensibilité du travail aux différences de coût du travail et de taux de
chômage d’un pays à l’autre. Si on a de petites disparités de coûts ou de coûts de chômage -> provoquant des
déplacements considérables de main-d’œuvre -> mobilité du travail forte alors qu’inversement, elle sera
faible si le travail ne s’ajuste pas à des disparités très importantes.
La mobilité du travail peut corriger des déséquilibres sur les marchés nationaux du travail. Elle peut aussi
aggraver les déséquilibres si elle pousse à d’importants mouvements de sorties des travailleurs les plus
jeunes -> ils se dirigent vers des zones déjà très denses. En 2004, la disparition des coûts horaires dans
l’industrie et les services variait de 1 à 11 dans l’UE. D’où la restriction des personnes des PECO. Les pays
de l’UE à 15 disposaient le 1juillet 2004, de différentes options :
- Ils pouvaient ouvrir immédiatement leur marché du travail.
- Ouvrir à 2 ans, ou 5 ans et obligatoirement à 7 ans avec des aménagements possibles, pour chaque
séquence, concernant le type d’emploi ouvert. Dispositif qualifié de dispositif « 2+3+2 »

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Des pays comme le RU, l’Irlande et la suède ont d’emblée installé la libre-circulation, suivi 2 ans plus tard
par l’Espagne, la Finlande, la Grèce et le Portugal. Ces décisions expliquent l’orientation géographique des
flux migratoires jusqu’à l’extinction en 2011 de ces restrictions pour tous les pays de l’UE à 15 en direction
des 8 premiers PECO. Extinction en direction de la Bulgarie et de la Roumanie. Pour les travailleurs croates -
> 2020.

En 2015, la dispersion des coûts horaires de la main-d’œuvre reste toujours importante dans l’UE à 28. //
Diapo coûts horaires de la main d’œuvre On a une dispersion qui va dans un rapport de 1 à 10. (Extrêmement
élevé)

La dispersion des taux de chômages dans l’UE quant à elle (CF DIAPO) s’est fortement aggravée avec la
crise. Avec de tels écarts, la mobilité du travail devrait être potentiellement très élevée dans l’UE. Ce n’est
pas le cas. La situation dans l’UE n’est pas du tout comparable avec la situation qui prévaut aux USA. En
2014, selon la Commission Européenne, on avait dans l’UE 4,1% de la population des 15/64 ans qui vit dans
un pays différent de celui où elle est née. Aux USA, ils sont près de 30%. Les disparités de coût du travail/
du chômage, ne permettent pas de compenser les frais de déménagement, de l’apprentissage d’une langue,
plus généralement de changement d’environnement.

Dans l’UE, l’échange de biens se sont en partie substitué à la mobilité du travail. // (DIAPO Population en
âge de travailler et principaux indicateurs du marché du travail, UE, 2014) Les pays de l’UE -> migrants des
pays tiers = au double des personnes des Etats membres. Il y a des différences très sensibles entre tous ces
migrants. Si les travailleurs européens sont globalement peu mobiles :

-> La crise a provoqué une progression de la mobilité des pays en difficulté vers ceux plus dynamiques.
C’est un constat important car cela veut dire que la mobilité joue un rôle croissant dans l’absorption d’un
choc asymétrique. On retrouve le critère fondateur d’une zone monétaire optimale. Cela joue partiellement
ici. Les personnes mobiles dans l’UE sont devenues beaucoup plus sensibles aux différences de taux de
chômage. Les estimations disponibles après la crise suggèrent que le quart de l’ajustement annuel sur le
marché du travail s’est fait grâce à des migrations. L’Espagne et l’Irlande qui étaient jusque-là des pays
d’immigration sont devenus des pays d’émigration, et sans cette inversion de la mobilité dans ces deux pays,
la hausse du taux de chômage y aurait été plus élevée. La mobilité intra-union européenne s’est opérée pour
plus de la moitié des flux en 2013 vers l’Allemagne et le RU. Deux pays qui ont un haut niveau d’emploi
alors que la France, l’Espagne et l’Italie dont la situation du marché du travail est beaucoup plus dégradée, ne
constituait la destination que de 20% des européens.
-> Les élargissements de l’UE en direction des PECO ont entraîné des migrations significatives de l’Europe
de l’Est vers l’Europe de l’Ouest.

Ces citoyens des pays de l’E représentent la moitié des citoyens mobiles de l’UE. Les taux d’activités et
d’emplois des citoyens mobiles de l’UE sont supérieurs aux nationaux. Leur taux de chômage inférieur, à
l’exception originaire de l’UE à 3 (Bulgarie, Roumanie, Croatie). La distance de ces derniers à l’égard du
marché du travail est plus important en raison des difficultés liées à la maitrise de la langue, du pays
d’accueil, au niveau des qualifications, à la non-reconnaissance des diplômes, des compétences et à leur
situation légale. Le choix de l’Allemagne et du RU comme destination est plus faible quand dans le cadre de
la mobilité intra européenne et s’équilibre avec l’Espagne, la France et l’Italie.

Les motivations à la mobilité intra-européennes sont manifestement différentes des manifestations à la


mobilité des pays tiers (réfugiés, regroupement familial, la formation) Ces flux doivent être replacés dans un
contexte plus général compte tenu du déclin démographique et du vieillissement de la population totale dans
l’UE. La mobilité intra-européenne et l’émigration des citoyens non-UE ont un impact positif sur la
croissance potentielle.

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2.4.2. Les entraves à la mobilité

La crise des réfugiés de 2015/2016 a généré de fortes tensions au niveau de l’espace Schengen, espace dont
le blocage signifierait l’arrêt de la mobilité du travail. 22 des 29 pays de l’UE y appartiennent.

// Cf Diapo Espace Schengen 2015

L’accès au marché du travail des demandeurs d’asile s’opère dans des conditions extrêmement variables
selon le pays d’accueil. Il s’opère immédiatement dans certains pays (Grèce, Portugal, Suède) alors que le
temps d’attente peut varier de 2 à 12 mois dans les autres pays en fonction des délais d’instruction et de prise
de décision sur la demande d’asile. En France, le délai est de 9 mois. D’autres conditions peuvent être
requises : l’obligation faite aux employeurs de démontrer qu’ils ont bien recherché en premier lieu des
travailleurs résidents.
Pour la mobilité du travail des citoyens de l’UE, il existe aussi de nombreuses conditions permissives à cette
mobilité du travail. Pour qu’elle soit effective, il a fallu abolir les discriminations fondées sur la nationalité
dans l’accès et dans l’exercice d’un emploi. Il faut également coordonner les régimes de sécurité sociale. Le
passage d’un système fiscal à un autre. Il faut également mettre en place un système de reconnaissance
mutuelle des diplômes et des formations professionnelles. Si le système européen de diplôme (LMD) a été
lancé dès 2002, son application a été très progressive. -> Mobilité des étudiants et harmonisation des
diplômes. Le portail Européen EURES donne accès à toute l’info des offres et demandes d’emploi sur tout
l’espace économique Européen.
Des entraves demeurent, en particulier pour les professions libérales et les professions réglementées,
notamment les métiers du droit et professions médicales pour lesquelles il y a des problèmes de
reconnaissance d’un pays à l’autre. Egalement perte des droits à retraite complémentaire. Encore une autre
difficulté en ce qui concerne la coordination des systèmes fiscaux.
D’une manière générale, on dira que le passage d’un pays à un autre est une source toujours plus importante
de discontinuité administrative que le déménagement d’une ville à une autre au sein d’un même pays. Les
chômeurs ne sont pas les plus mobiles, alors que selon la théorie économique, il devrait l’être, car la
transférabilité des allocations chômages dans un autre pays ne leur est garantie que pendant 3 mois.

2.4.3. Les non-résidents mobiles

Il n’y a de formes particulières du travail qui ne demandent pas de résider de façon permanente dans un autre
pays de l’UE, et qui permettent de contourner les difficultés que nous venons d’identifier. Ces formes de
mobilité du travail suscitent parfois de fortes tensions.
-> Première forme est celle des travailleurs transfrontaliers =
Personnes qui vivent dans un Etat membre différent de celui où il travaille (2 millions de personnes), avec
une surreprésentation des Etats qui se prêtent le plus de part leur position géographique à ce type de
déplacement. Mais aussi une surreprésentation des pays où il y a d’importants écarts des indicateurs du
marché du travail avec leurs voisins. Ces travailleurs représentent actuellement 0,8% de la pop active de
l’UE. Important car les plus gros effectifs de ces migrations pendulaires proviennent de la frontière est de la
France : 438 000 travailleurs qui font ce genre de chose en France.
// CF diapo proportion des travailleurs traversant une frontière nationale
On trouve beaucoup d’hommes de 25 à 44 ans. Ces travailleurs sont soumis à la législation du pays où ils
travaillent pour l’impôt sur le revenu et pour les régimes sociaux, et soumis à la législation de leur pays de
résidence en ce qui concerne le reste des taxes.

-> Les travailleurs détachés =


Personnes (estimées à 1,9 Millions) qui ne relèvent pas de la libre-circulation du travail mais de la libre
prestation de services. Cette libre prestation de services permet à une entreprise de détacher temporairement
ses propres salariés dans un autre Etat membre pour fournir un service. Ces

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travailleurs ne représentent que 0,7% de la population active de l’UE, part résiduelle mais progression
importante de cette part, jusqu’à créer des tensions dans les branches d’activité où ils sont plus
particulièrement concentrés (dans le bâtiment, l’industrie agro-alimentaires, services de santé).

Selon la directive du 16 décembre 1996, modifié le 15 mai 2014, c’est le droit du pays d’accueil qui
s’applique à ces travailleurs, à une exception importante : les cotisations sociales. Elles sont celles du pays
d’origine, de façon à garantir à ces travailleurs une continuité d’affiliation. Cette pratique est sujette à des
critiques de dumping social et de fraude mais l’existence d’un salaire plancher dans un pays limite la
concurrence des travailleurs détachés envers les résidents. Selon le ministère de l’économie, au niveau du
smic, pour un travailleur détaché en France par une entreprise espagnole, portugaise, polonaise ou romaine,
le coût du travail est équivalent à celui d’un travailleur local pour une entreprise française. Si les
contributions sociales sont naturellement plus élevées en France qu’elles ne le sont dans ces pays, ce n’est
pas le cas pour un salarié qui est rétribué au SMIC pour lequel jouent des exonérations.

C’est cet élément qui explique entre autres la mise en place d’un salaire minimum en Allemagne. Pour
répondre à toutes les critiques, la Commission européenne a proposé le 8 mars 2016, une révision de la
directive de 2014 afin de prendre en compte tous les éléments de rémunération (prime d’ancienneté le 13ème
mois et afin de mettre ces travailleurs détachés face à ce corpus de règles et limiter la durée de détachement
à 2 ans). Mais directive qui n’est qu’au seuil de projet ! car hostilité des européens de l’Est. En outre, le
détachement concerne des travailleurs classés aux antipodes dans la hiérarchie des salaires. Soit on a affaire
à des personnels d’encadrement des grands groupes multinationaux, soit à des travailleurs peu qualifiés qui
sont poussés à la mobilité par la crise et par les différences de rémunération consécutives aux derniers
élargissements. Il est inévitablement complexe d’appliquer ce corpus de règles à des travailleurs qui
travaillent dans des situations aussi dissemblables.

III. La politique de la concurrence


La politique de la concurrence est une politique consubstantielle du marché commun et du marché unique.
C’est une politique consubstantielle du marché commun puis du marché unique. L'exploitation des
économies d'échelles doit amener à une structure de marché qualifiée d'oligopolistique (nombre de
producteurs suffisamment réduit). Dans ce contexte la politique de concurrence doit permettre l'émergence
d'entreprises à la dimension du grand marché (de grande taille) et en même temps éviter la formation de
monopoles (ce qui correspond à un déni de toute concurrence).

3.1. L’indicateur économique d’une concurrence effective : la convergence des prix

Si le marché intérieur était un marché parfaitement intégré, la concurrence qui en résulterait devrait favoriser
un rapprochement des prix. A contrario, l’existence d’une importante dispersion des prix est bien
évidemment un indicateur des difficultés rencontrées dans telle ou telle branche d’activité pour former un
marché unique. Des barrières aux échanges permettent aux prix des biens et services comparables de rester
différents.

// Diapo Convergence du niveau des prix.


Trait noir = les USA
Différence très sensible que l’on est intégré les PECO ou pas -> convergence beaucoup plus soutenu des prix
sans.

La progression de la divergence depuis 2008 s’explique notamment par la fragmentation des marchés
financiers après la crise. Les entreprises et les ménages des pays de la périphérie empruntaient à des taux
nettement plus élevés que les résidents des pays plus prospères. Ce qui a renchéri les prix, et aggravé la
divergence. Une autre explication beaucoup plus classique à la forte divergence entre les anciens et les
nouveaux membres, passe par l’analyse du rattrapage des convergences économiques ; Depuis 2004, les
élargissements successifs se sont fait en

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direction de pays qui accusaient un retard de développement. Ils avaient des niveaux de prix sensiblement
plus faibles au départ mais ils connaissaient des taux d’inflation sensiblement plus élevés.

-> Cette observation est interprétée comme une manifestation d’un effet que l’on appelle Balassa- Samuelson
= Au cours du processus de développement, la productivité du travail augmente beaucoup plus vite dans le
secteur exposé à la concurrence internationale (l’industrie manufacturière, et transports) que dans le secteur
abrité international. Sous l’effet de l’internationalisation, les prix des biens exportés ont tendance à converger
par-delà les frontières.

Dans les pays en retard de développement, la hausse des salaires dans le secteur exposé n’altère pas la
compétitivité parce qu’elle se justifie par la progression de la productivité. Mais cette hausse des salaires se
diffusent à l’ensemble de l’économie, et donc à ce secteur des services où la productivité est relativement
stagnante. Dans le secteur des services, seule la hausse des prix permet de financer la progression des
salaires. Il en résulte un surcroit d’inflation qui est inhérent au processus de rattrapage économique. L’effet
B-S justifie indirectement l’écart de prix d’un pays à l’autre pour les services où on a une activité réalisée au
contact des consommateurs, ce qui ne favorise pas la concurrence transfrontalière par les prix.

Le prix unique comme le signal de l’existence d’un marché unique, n’existe que dans le secteur agricole dans
l’UE, où l’organisation est extrêmement administrée. Partout ailleurs, faire tendre la dispersion des prix vers
0 semble être un objectif vain dans la mesure où il existe un grand nombre de facteurs qui justifient cette
dispersion. La comparaison avec les USA donne sans doute un aperçu correct des perspectives que l’on peut
avoir dans ce domaine à moyen terme. Les USA présentent une dispersion des prix plus faibles que pour
l’UE à 15 que pour l’UE à 12, mais on n’est pas si loin des USA qui présentent une dispersion des prix
beaucoup moins accusée notamment dans le secteur de la santé.

3.2. Les règles de la concurrence

L'analyse faite dans le cadre de l'UE est une analyse inédite. Elle consiste à dire que la concurrence peut
aussi bien être faussée par les pratiques des entreprises que par celles des États et des collectivités
territoriales. Des instruments juridiques ont été développés au niveau européen pour répondre aux deux types
de situation (pratiques des entreprises d’une part et celles de l’État d’autre part).

3.2.1. Les règles applicables aux entreprises

Le traité condamne les ententes et les abus de positions dominantes ce qui suppose une analyse fine de
l’entreprise incriminée ainsi que du marché sur lequel opère l'entreprise (marché pertinent). Les opérations
de concentration font l'objet d'un contrôle spécifique pour détecter s’il n’y a pas apparition d'un abus de
position dominante sur certains segments du marché de l’entreprise.

a. Les ententes et les positions dominantes

Toutes les entreprises (qu’elles soient privées ou publiques) dans l’UE, européennes ou originaires des pays
tiers, relèvent des articles 101 et 102 du TFUE.

-> L’article 101 interdit « les ententes et les pratiques concertées qui visent à fixer les prix, à limiter ou
contrôler la production, les débouchés, le développement technique ou les investissements, à se répartir les
marchés ou les sources d'approvisionnement, à discriminer entre les partenaires commerciaux et pratiquer la
vente liée. »

Néanmoins, il convient de noter la nuance qui prévoit (dans le §3) que « les ententes et pratiques concertées
qui contribuent à améliorer la production ou la distribution des produits ou à promouvoir

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le progrès technique ou économique peuvent être autorisées » (toutes les ententes et pratiques concertées ne
sont donc pas condamnables).

-> L’article 102 condamne « l'exploitation abusive d'une position dominante », elle consiste à avoir recours
aux pratiques abusives listées par l'article 101. Il condamne l'exploitation abusive, pas la position dominante
en elle-même.

L’UE a déjà condamné de nombreuses entreprises pour exploitation abusive d’une position dominante : ex.
Microsoft (plus d’1 milliard d’euros d’amende et communication de ses sources de son système sur le
marché) pour des abus de positions dominantes (ventes liées avec le logiciel et le navigateur), Google (en
cours), Gazprom…

L'application de ces deux articles se fait a posteriori à partir de l'évaluation des pratiques des entreprises sur
la base d'un règlement pris le 16/12/2002 et entrée en application le 1 er mai 2004, qui introduit à travers lui
une application décentralisée (principe de subsidiarité) des règles de la concurrence, pour éviter un
engorgement des services de la Commission.

Par exemple, l'autorité de la concurrence a des pouvoirs d'investigation et d'enquêtes sur ces questions-là. La
Commission a perdu depuis 2004 sa compétence exclusive dans l'application de ces règles et donc depuis elle
veille surtout à ce qu'il y ait une convergence d'approche et un partage d'expérience entre ces autorités
nationales dans l'application de ces deux articles. Elle partage désormais cette compétence avec les autorités
nationales (l’Autorité de la concurrence pour la France par exemple…) et les législations nationales. Pour
cela, il y a eu un renforcement des normes communes qui s’est fait grâce au réseau européen de la
concurrence (partage de normes et d’expérience dans l’UE).

b. La notion de marché pertinent

Le préalable indispensable, pour apprécier si une entreprise est en position dominante sur un marché ou pas,
consiste à délimiter géographiquement le marché d’un produit. Ce marché est qualifié par l’analyse
économique de marché de « pertinent » (pour l'analyse de la situation concurrentielle). Cette notion de
marché pertinent fait simultanément référence aux produits ou aux services substituables à ceux fournis par
l'entreprise mais aussi aux contours géographiques du marché de ces produits. Dans la pratique, bien
identifier un marché pertinent peut être compliqué à deux niveaux :

-> Parce que les services et produits fournis par les différentes entreprises ne sont que rarement des substituts
parfaits. Ils se différencient sur certaines de leurs caractéristiques. On regarde d'autres critères :

- Aptitude à satisfaire un même besoin


- La proximité au niveau du prix de vente
- Existence ou pas d'une stratégie de différenciation.

Arriver à cerner ce marché pertinent est une affaire de subjectivité et de convention. Les lignes de
démarcation du marché pertinent sont une affaire de conventions (avec une grande part de subjectivité).
Ex. Marché de la téléphonie fixe/ et portable, ils sont considérés comme non-substituables et donc considérés
comme 2 marchés différents.

-> Problème quant à la définition géographique des marchés, qui suppose d'avoir une appréciation
différenciée de la situation concurrentielle selon les entreprises de chaque États membres et pour chaque
produit. Une même entreprise peut être un monopole dans un Etat membre, en concurrence dans un autre, ou
ne pas exister ailleurs…

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Dans le cas de l’acquisition d’Hachette par le groupe Lagardère en 2004, marché géographiquement pertinent
pour la littérature générale, englobé le marché des pays francophones/ marché pertinent pour les livres
scolaires dépendait du programme scolaire national et donc était pertinemment en France.

c. Le contrôle des concentrations

Le traité de Rome était silencieux sur cette question des concentrations d'entreprises, or quand on a des
processus de concentrations sur certains marchés au final il y a la formation d'une situation de monopole ->
déni de toute concurrence.

Lors de la construction du marché unique, il y a toujours eu un arbitrage délicat entre la volonté de favoriser
les fusions et acquisitions pour avoir de très grandes entreprises à la dimension du grand marché (de façon à
avoir apparaitre des acteurs pertinents par rapport à la taille du marché unique), et d'un autre côté le souci
d'éviter que cela n’aboutisse à la constitution de monopoles.

La relance du marché commun avec l’Acte Unique a imposé l'adoption d'une approche spécifique pour
contrôler ces concentrations, car à l’époque il y avait beaucoup de regroupements d’entreprises pour essayer
d’atteindre la taille du grand marché. Au moment de l’acte unique => accélération du regroupement des
entreprises pour atteindre la fameuse taille critique pour avoir un pouvoir de marché. Le règlement sur les
concentrations, adopté le 21 décembre 1989 et entré en vigueur le 21 septembre 1990, a imposé une
notification obligatoire des projets de fusion et d'acquisition auprès de la Commission européenne, dès lors
que plusieurs seuils sont atteints. Ces seuils ont été abaissés en 1997. Existence de 4 seuils de notification à
la Commission prévus par le règlement sur les concentrations : (à ne pas apprendre par cœur du tout !)

- Σ CA mondiaux cumulés > 2,5 milliards d’ €


- CA individuel européen d’au moins 2 firmes >100 millions d’ €
- Chaque entreprise concernée réalise plus des 2/3 de son CA communautaire dans un seul et même État
membre
- Dans chacun d’au moins 3 États membres, le CA total réalisé individuellement par au moins 2 entreprises
est > 25 millions d’€, tandis que le CA total réalisé par toutes les entreprises est > 100 millions d’€

Le contrôle des concentrations se fait ex-ante contrairement à la procédure qui concernait les abus de
position dominante. Il s’agit d’obtenir autorisation préalable à l’opération. Mais le critère de fond, quand ces
services évaluent les projets, se réfère à la création ou au renforcement d'une situation de position dominante.

Depuis que ce règlement est entré en vigueur (le 21/09/1990) jusqu'au 30/09/2016, 6339 opérations ont été
notifiées à la Commission européenne. (CF DIAPO) La commission procède à l’analyse économique de la
situation concurrentielle. Elle négocie avec les intéressés les contreparties qui sont susceptibles de permettre
la finalisation d’une opération (ex. cession d’actifs ou vente d’une filiale) (ex. Air France – KLM)

Parmi les autorisations notifiées, (DIAPO)

Au total, les vetos posés par la Commission européenne ont été très limités en nombre, mais n'en ont pas
moins eu un très fort retentissement, notamment le veto en 2001 qui s’est opposé à la fusion entre General
Electric et Honeywell. 2 groupes américains. -> Les autorités Américaines avaient autorisé cette fusion aux
USA, mais pas pareil en UE ; toujours en 2001, à la fusion entre Schneider et Legrand.

La Commission européenne a interdit cette fusion mais 3 décisions d’interdiction ont été annulées par la
CJCE en 2002. Pour cette dernière, la Commission n'avait pas fait une bonne analyse

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économique et n'avait pas pris en compte les concessions auxquelles ces entreprises semblaient vouloir
souscrire.

// Diapo : Interdictions de fusion de crise.

L’autorité de la commission a été atteinté par ces décisions qui s’ajoutaient à une critique de fond qu’elle a à
concilier : la politique industrielle et la politique de co ncurrence.
D'autres décisions d'interdiction ont été condamnées par la CJCE. Les interdictions prononcées par la
Commission ont toujours été très décriées parce qu’elle évalue la situation concurrentielle, résultant d'une
fusion, produit par produit, pour chaque pays et non pas au niveau du marché unique, et dans un certain
nombre de cas elle a pris le risque de bloquer l'émergence de champions européens (ce qui a été très critiqué
dans un certain nombre d’États membres, en particulier en France). L’exercice nouveau de ce contrôle
judiciaire dans ce domaine de la concurrence est donc fortement remis en cause, et son autorité s’en trouve
atteinte. Il y a un désaveu de la Commission car celle-ci éprouve des difficultés à concilier la politique de la
concurrence de l’UE et sa politique industrielle. C’est pour faire face à ces critiques qu’a été adopté le
règlement de 2004 qui associe davantage les autorités nationales de la concurrence et qui offre beaucoup plus
de souplesse à la procédure d’enquête. Depuis 2004, c’est bien à l’échelle nationale mais aussi européenne
que s’effectue les procédures d’évaluation de la situation concurrentielle.

3.2.2. Les règles applicables aux aides d’États

Les aides publiques versées par l’Etat sont de nature à fausser les conditions de la concurrence dans le cadre
européen. Cette approche était au départ une approche nouvelle pour les législations, les autorités nationales
spécialisés sur les problèmes de la concurrence, des autorités qui avaient été spécialisées dans ces problèmes.
Il faut souligner que l’approche d’une législation fédérale ne peut être que différente dans la mesure où les
aides d’un Etat au sens très large, peuvent conférer à une société un avantage significatif par rapport à ses
concurrents. On a là aussi un couple d’articles qui encadres l’approche européenne. (Premier article :
principes / deuxième : procédure).

-> Article 107 : interdit les aides qui « affectent les échanges entre Etats membres et menacent de fausser la
concurrence entre certaines entreprises ». Il veut éviter la course aux subventions qui n’évitent pas la faillite
des entreprises qui ne sont pas viables. Il délimite les aides qui sont accordées par les Etats, jugées
compatibles avec le marché intérieur. Ces aides concernent les aides à caractère social accordées aux
consommateurs sans discrimination liée à l’origine des produits, les aides destinées à remédier aux calamités
naturelles, celles destinées à remédier à une perturbation grave d'une économie d'un État membre, les aides
pour aider les régions à rattraper leur retard de développement, celles destinées à promouvoir la réalisation
d'un projet d'intérêt européen mais aussi celles qui concernent la culture ou encore la conservation du
patrimoine.
Exemple : mise en place d’un régime d’aides temporaires sous la forme d’un taux d’intérêt réduit pour les
entreprises en besoin financement dans toute l’UE, en raison d’une perturbation grave de l’économie
concernant ce secteur.

-> Article 108 : Il impose aux États membres d'informer la Commission des mesures qu'ils projettent. La
compatibilité de l’aide avec le marché intérieur est analysée par ce contrôle préalable. Le texte précise les
conditions de l’aménagement ou de la suppression d’une aide incompatible, ou appliquée de façon abusive.
Si une aide indue a été versée, la commission oblige la collectivité publique à recouvrer les sommes versées.

Ex. : L’Etat français avait versé à la SNCM -> jugé incompatible avec le Règlement intérieur car l’Etat s’est
abstenu de récupérer l’aide de 220 millions d’€.

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L’évolution la plus notable en matière d’aide d’Etat concerne l’usage de l’article 107 par la commission pour
diligenter des enquêtes sur les rescrits fiscaux. (Taxes rulings ) = l’accord anticipatif donné par
l’administration fiscale d’un pays à une entreprise sur le mode de calcul de son imposition. Il y a
condamnations des rescrits fiscaux par la Commission de plusieurs pays. (cf DIAPO) Apple a dû rembourser
13 milliards d’euros d’avantages fiscaux illégaux à l’Irlande. Le but étant de rétablir l’égalité de traitement
entre les entreprises. L’Irlande a pourtant annoncé qu’elle y renonçait. Ces condamnations s’inscrivent dans
le cadre d’une initiative prise au sein de l’OCDE et du G20 pour pallier à l’évasion des sociétés
internationales.

3.3. L'ouverture des entreprises en charge d’un service d’intérêt économique général (SIEG) à la
concurrence

La concurrence est longtemps restée une norme indéfectible au niveau européen avant que l’intérêt général et
les services qui en découlent n’acquièrent une certaine légitimité. Le traité indique que les entreprises
chargées de la gestion relève du droit de la concurrence. L’UE se veut neutre vis à vis des formes de la
propriété, que la propriété soit privée ou publique, ce qui veut dire que le caractère public de ces entreprises
donc ce n’est pas de nature à autoriser de distorsion de concurrence. Il faut remarquer qu’il n’est pas reconnu
de spécificité à l’état actionnaire, ce qui veut dire que les plans de re-capitalisations des entreprises publiques
relèvent de l’article 108. Il faut pointer qu’il est reconnu deux dérogations au SIEG.
- Application de ces règles ne doit pas faire « échec en droit ou en fait de la mission particulière
qui leur a été impartie (L.106 du TFUE), il y a une abondante jurisprudence de la cour de justice de l’UE,
qui a montré que cela pouvait légitimer un droit et une protection de leur marché et inversement, d’une
compensation proportionnelle aux charges induites par la gestion de ses services.
- Concerne le secteur des transports, pour lequel les aides publiques sont considérées comme
compatible avec le marché intérieur, lorsqu’elles répondent aux besoins de la coordination ou à certaines
servitudes inhérentes à la notion service public (L.93 du TFUE). Le traité d’Amsterdam (qui a précédé le
traité de Lisbonne) renforçait la légitimé des SIEG par l’introduction d’un nouvel article qui souligne le
place que ces SIEG tiennent parmi les valeurs communes de l’Union, le rôle important qu’il joue dans la
promotion de la cohésion sociale mais aussi territoriales (L.14 du TFUE), ce qui justifie que l’UE veille à
ce que ces services puissent correctement fonctionner.

3.3.1. Quelle a été la justification économique de leur monopole ?

Les économistes ont légitimés la constitution de monopole dans les entreprises de réseaux. La France a été
exemplaire. Dans ces secteurs, le monopole était considéré comme naturel au regard de la spécificité
économique de l’activité et de l’existence de trois formes de défaillances des mécanismes de marché :
- d’externalités : situation où les décisions d’un agent économique ont des conséquences en
terme de coût et du bien-être sur les autres agents économiques. Les entreprises de réseau sont concernées
par une forme particulière d’externalité : effet de club. A savoir que les avantages qu’un utilisateur va tirer
d’un réseau, ces avantages sont importants car le cercle des utilisateurs est large avec des prestations
fournies importantes. C’est le cas du téléphone, de l’internet, de tous les réseaux sociaux. Cela n’a aucun
intérêt d’être tout seul abonné à ce type de réseau, il faut un certain nombre d’abonnés pour que cela
deviennent attractif. Le problème posé sur le plan économique pour lancer ce type d’activité est que
raccordement est peu attractif mais le raccordement va progresser avec l’augmentation de la taille du
réseau. C’est typiquement une forme d’externalités qui légitime l’intervention publique pour corriger le
système de prix en prenant en charge le raccordement des premiers abonnés de ces réseaux pour avancer
un effet de boule de neige.
- de biens publics : Les biens publics n’ont pas de prix qui résultent d’une confrontation de l’offre
et de la demande sur le marché, les décisions concernant leur production et leur affection sont prises par
les pouvoirs publics, ils sont financés par l’impôt et contrairement à la consommation des biens privés, la
consommation de biens publics n’est pas individualisable. Les cas peu

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exemplaires : la signalisation routière, l’éclairage public. Autrement, quand ces biens existent, ils sont par
construction à la disposition de tous, ce qui pose un problème pour le marché, le marché n’a aucune raison
de prendre en charge la production de ce type de bien car ils ne peuvent pas se rémunérer dessus. Les
entreprises de réseau ne produisent pas des biens publics purs dans la mesure où la consommation de leur
prestation de services est en général individualisable mais elles fournissent des biens et des services
comme de première nécessité pour avoir un vie décente (eau, électricité, téléphone). Ce qui justifie
l’intervention du législateur pour garantir l’accessibilité de ces services jugés comme des services
essentiels.
- de rendements croissants : situation où le coût unitaire de production décroit avec la quantité
produite. C’est le cas dans l’industrie de réseaux, qui nécessite des investissements en infrastructures,
investissements qui sont considérables par rapport au coût de fonctionnement qui seront engagés par la
suite. Le processus concurrentiel lui même pousse ce cas de figure à la constitution d’un monopole,
qualifié de « naturel » dans le mesure où on ne peut dupliquer les réseaux de distribution d’eaux ou
d’électricité en fonction de l’entreprise qui produirait ce type de biens ou services. Il y a une seule
entreprise, ce qui est plus efficace.

Le monopole est d’autant plus légitime que ces prix et tarifs étaient souvent réglementés de façon à ce que la
baisse du coût unitaire de production générés par l’économie d’échelle.

3.3.2. La transformation de leur environnement

Les entreprises de services publics constituées sous forme de monopoles nationaux intégrés, ces entreprises
dominaient le réseau, des critiques se sont développées aux USA puis UK, des critiques sur l’efficacité de
ces monopoles de services publics. Une première critique a porté sur les prix pratiqués, constat qui a été fait :
à l’époque ces monopoles n’avaient pas obtenus une évolution de leur prix plus favorable que dans le secteur
concurrentiel. L’incitation à l’amélioration de la productivité était restée assez faible, le constat qui a été est
que la rente de monopole avait été répartie aux salariés de ces entreprises sous la forme d’avantages ou de
statuts particuliers plutôt que de baisser les prix au niveau du consommateur final. En l’absence de
concurrence dans ces secteurs, ces entreprises avaient pu se laisser se maintenir des inefficacités sur le plan
technique et de l’organisation.
Ce qui était beaucoup dénoncé était les subventions croisées des activités rentables au profit des activités non
rentables, il y avait une péréquation tarifaire qui rendait peu lisible la structure des coûts de revient.
Il y avait aussi une seconde interrogation : le périmètre de ces entreprises, qui se présentait comme des
opérateurs véritablement intégrés (présent depuis l’activité de production jusqu’au consommateur final). Or
le constat : seule l’infrastructure de réseau a les caractéristiques d’un monopole naturel et non pas les
services qui sont fournies à partir de cette infrastructure. Il y avait un intérêt économique à ouvrir au moins
ses seuls services.

Ce sont des critiques de fonds qui n’auraient pas pu apparaitre s’il n’y avait pas de changements
d’environnement :
- le progrès technique : a rendu le monopole caduque dans tous les secteurs concernés par les
infrastructures de réseau, le monopole était lié à un stade lié au niveau de la technologie, ce monopole est
devenu obsolète dans la téléphonie fixe avec l’apparition de messagerie instantanée, connectée, gratuites,
elle est aussi devenue obsolète dans l’électricité avec la turbine à gaz, mais aussi dans les services postaux
avec les courriers électroniques.
- L’évolution des marchés et leur interconnexion au niveau européen : explosion des besoins en
matière de télécommunications, le tassement de la demande d’électricité, la très forte concurrence de la
route et de l’avion (transports ferroviaire) ,concurrence sur les services postaux sur le transport de colis
avec des prestataires privées qui ont fait l’entrée dans ce service. il y a eu la nécessite à faire une
interconnexion des réseaux d’électricité pour mieux gérer les problèmes de pointes dans un tel ou tel pays
dans un moment donné. Cette interconnexion des réseaux a rendu difficile le maintien des services
publics.
- Les nouvelles attentes des consommateurs, de moins en moins « usagers », de plus en plus
des clients exigeants.

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3.3.3. La contestabilité de leurs marchés et l'accès aux facilités essentielles

La théorie des marchés contestables


Elle a été proposée par 3 économistes : Baumol, Panzar et Willig en 1982).
La théorie des marchés contestables de Baumol, Panzar et Willig est une théorie économique très
importante qui a servi de support à la Commission européenne pour effectuer sa politique de changement.
Un marché est dit contestable si l’entrée sur ce marché est libre et si la sortie de ce marché se fait à faible
coût.

Une entrée libre se traduit par l’absence de barrières à l’entrée sur ce marché et part un accès à un prix
raisonnable aux infrastructures disponibles c’est à dire aux réseaux. Cela constitue des facilités essentielles
pour produire. Cette entrée libre est importante car elle rend crédible l’arrivée de nouveaux concurrents,
chaque secteur économique a des conditions d’accès qui lui sont propres en fonction de son modèle
économique et technique. Dans le secteur de transport aérien, pour entrer sur le marché, la compagnie doit
être agrée, ait accès à la clientèle et ces accès dépendent des places sur les réseaux aériens (horaires par
exemple).

Pour que le risque ne soit pas trop élevé, il faut que les coûts fixes irréversibles consentis lors de l’entrée
dans un secteur d’activité, il faut que ces coûts ne soient pas trop importants car ils ne sont pas récupérables à
la sortie si l’entreprise décide de cesser son activité.

Si l'entreprise peut entrer, le marché apparaît comme un marché concurrentiel avec une certaine pression sur
les prix. Une sortie à faible coût signifie que le risque que prend une entreprise qui essaye de pénétrer le
marché d'un monopole n'est pas insurmontable car les coûts fixes irréversibles consenties pour entrer sur un
marché ne sont pas trop élevés (coûts que l'entreprise ne pourra pas récupérer si elle est mise en faillite) car
ils sont irrécupérables.

La théorie des marchés contestables est la même pour chaque secteur d’activité. Sur tous les secteurs
concernés par l’ouverture à la concurrence, la commission européenne a opéré ce clivage entre les
infrastructures et les services, au besoin, en imposant l’éclatement des monopoles historiques, monopoles
intégrés qui ont été éclatés en entités distinctes.

3.3.4. La notion de service universel

L’introduction de la concurrence posait la question du devenir des obligations des services publics qui été
assuré par les monopoles nationaux grâce aux subventions croisées entre les activités rentables et celles qui
ne le sont pas. Il fallait arriver à concilier cette ouverture à la concurrence avec l’accès de tous les utilisateurs
à des services essentiels qui jouent un rôle important en terme de cohésion sociale et territorial. Sur ce point,
la commission a importé des USA pour les télécommunications, l’électricité et les services postaux, le
principe des services universels, qui sont des services définis à des conditions spécifiées parmi lesquelles une
couverture territoriale complète et un prix abordable. Le service universel est inclut dans le champ des
services d’intérêt général. Sa mise en oeuvre est du ressort des autorités nationales, régionales ou locales.
L’offre de service universel doit répondre à des principes fondamentaux qui ont été définis par la commission
européenne en 2003 et qui ont été repris par le traité de Lisbonne.
Ces principes :
- un niveau élevé de qualité : concerne l’évolution de ces services en fonction du progrès technique,
l’exactitude des transports, transparence des prix, couverture territoriale, protection de l’environnement et
certaines prestations de base qui vont dépendre du type de branche des services
- la sécurité : renvoie aux menaces éventuelles (attentats ou catastrophes écologiques), sécurité
d’approvisionnement (niveau adéquate d’investissement sur le long terme).
- l’accessibilité tarifaire : caractère abordable de ces prestations, notamment pour les groupes de population
les plus vulnérables.

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- l’égalité de traitement : suppose d’offrir aux utilisateurs des prestations identiques et fournies dans une
région désertique (Alpes ou Région parisienne)
- L’accès universel : bonne couverture territoriale
- les droits des utilisateurs : suppose une continuité de services qui doit être conciliée avec le droit de
grève.
Toutes ces obligations de services universels justifient que certains services rentables soient réservés à
l’entreprise prestataire de ce service ou qu’elles bénéficient d’une compensation financière à ce titre, que
l’entreprise soit publique ou privée, une compensation pour équilibrer son exploitation.
Cette compensation consentie aux prestataires du service universel doit permettre d’assurer strictement sa
viabilité d’exploitation en fonction d’un principe de proportionnalité qu’elle doit fournir. L’entreprise
gestionnaire du service universel est perçu comme une activité commerciale classique, qui est simplement
crevée de certaines charges.

3.3.5. Les autorités de régulation

L’introduction de la concurrence dans des secteurs où la concurrence n’existait pas (gaz, électricité), le
maintien d’un monopole naturel sur certains segments d’activité et la mise en place d’un service public
minimum, tout cela pose une question sur l’autorité, qui est chargée de définir et faire respecter ce cahier des
charges. Tous les pays de l’UE ont crée des autorités de régulation indépendantes de l’Etat et des monopoles
historiques.
L’objectif de ces autorités, c’est de garantir une concurrence équitable et de s’assurer du bon fonctionnement
du service universel. Les principales taches :
- Attribuer les ressources pour produire : les licences.
- Surveiller la coexistence d’activités en monopole et en concurrence dans la même entreprise : de façon à
éviter des subventions croisées entre les deux.
- Contrôler l’accès aux facilités essentielles pour les nouveaux entrants dans nu secteur, on contrôle
comment va se faire l’attribution des avions en fonction des plages horaires, comment se fait la tarification
s’il y a barrière technique.
- Surveiller les tarifs pour que les tarifs soient conformes aux intérêts des consommateurs et que ces tarifs
intègrent des gains de productivité.
- Veiller au respect des obligations de service universel.
Cet ensemble de missions et de tache n’est pas totalement figée, les évolutions technologiques mais aussi les
mouvements de restrictions qui affectent les entreprises qui travaillent dans ce secteur obliger une souplesse
à la fois dans les analyses et les institutions qui sont chargées de la régulation. On a plusieurs débats
concernent ces autorités :
- Débat sur la opération entre le droit de la concurrence et la régulation : la césure consiste à dire
que le contrôle a posteriori est un contrôle qui se fait par l’autorité chargé de la concurrence et le contrôle
qui se fait a priori serait plutôt le fait de l’autorité qui est chargée de la régulation.
- Débat sur l’indépendance du régulateur : vis à vis de l’opérateur historique, du monopole
historique, du pouvoir exécutif dans les cas où l’Etat est actionnaire de ces entreprises.
- Débat sur le niveau d’exercice de la régulation : Quel est le bon niveau d’exercice de cette régulation ? Le
niveau doit être supranational, national ou régional ? Dans biens de cas, la commission européenne
fonctionne comme une autorité européenne de régulation.
Au total, la déréglementation des monopoles publics ne signaient pas n reçus de la réglementation mais
plutôt un changement en profondeur du cadre réglementaire. Les autorités de régulation ont un rôle
stratégique car elle modélise le paysage industriel de demain et le périmètre des activités de services publics.
La commission européenne concentre beaucoup de pouvoirs sur les entreprises, les Etats sans s’expliquer sur
ses orientations et ses décisions. L’Europe s’est construite sur un vide démocratique.

3.3.6. L’exemple des télécommunications

Ce secteur des télécommunications représente l’un des pôles moteur de la croissance économique mondiale
avec un enjeu important pour l’UE. Tous les autres secteurs ont besoin des télécommunications et de
l’Internet, ce secteur soutient le développement de tous les secteurs.

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Dans ce secteur, on avait pour chacun des pays développés, un monopole naturel (France Telecom en France)
et ces monopoles naturels s’y justifiaient au niveau des économies d’échelle important et l’existence d’un
effet de club. Les pays anglo-saxons ont joué un rôle de précurseur dans le domaine des télécommunications
avec en 1982, l’éclatement d’American Telephon and Telegraph (ATT) aux USA et mise en place de la
première autorité de régulation du secteur, la Federal Commission for Communication, qui a été suivi par les
UK, avec en 1984, la privatisation de British Telecom et la création de l’office of télécommunications.
Un débat s’est alors ouvert au sein de la communauté, débat sur le cloisonnement du marchés européen de
télécommunications entre les exploitants publics nationaux.
Un livre vert fut publié en 1997 et lança le processus de libéralisation, qui aboutit à deux directives en 1990.
Ces directives ont obligé les Etats membres à ouvrir leurs marchés de télécommunications au 1er Janvier
1998 et d’instaurer un service universel.
Ce livre vert a lancé le processus de libération et d’harmonisation de ce secteur avec l’adoption de deux
directives en juin 90. Une obligation a été faite, qui était d’ouvrir leur marché des télécommunications au 1er
janvier 1998 et d’instaurer un service universel assuré par le secteur public ou par les firmes privées. Dans ce
secteur, le service universel concernait les annuaires, les renseignements téléphoniques, les numéros
d’urgence gratuits et les cabines téléphoniques. Plusieurs paquets législatifs ont été adoptés ; paquet qui a
permis le dégroupage de l’accès à la boucle locale c’est à dire l’accès direct pour toutes les entreprises à
l’abonné final, moyennant le versement d’un prix de location, l’élargissement des choix des consommateurs
et le plafonnement du coût de l’itinérance d’un pays à l’autre de l’UE.
Des autorités nationales de régulation ont été mis en place dans les pays de l’UE qui sont coordonnées à
partir de janvier 2010 par l’organe des régulateurs européens des communications électroniques (l’ORECE)
qui chapeaute les 28 régulateurs nationaux. Cette évolution du cadre s’est opérée dans un contexte où les
normes et la technologie évoluaient rapidement, avec la norme GSM, 2G, 3G, 4G avec un modèle
d’organisation de l’informatique en nuage. La concurrence s’effectue par les services lorsque les nouveaux
entrants s’appuient sur les infrastructures historiques, soit par le déploiement d’une infrastructure en nom
propre. L’arbitrage entre les deux dépend du coût de la nouvelle infrastructure appréciés au regard des tarifs
d’interconnexion qui sont soumis à l’approbation de l’autorité de la réglementation. Donc la libéralisation du
secteur a eu des effets sur le prix du téléphone fixe mais il y a eu des ententes qui ont été dénoncés par les
autorités nationales de la concurrence. Le conseil de la concurrence a par exemple sanctionné en 2005
Orange SFR et Bouygues Telecom pour échange d’informations et un accord sur la stabilisation de leur part
de marché.
Le bilan que la commission dresse sur ce secteur en 2013 n’est guère positive car il n’y a pas de marché
unique mais 28 marchés nationaux distincts et aucune entreprise exerce son activité dans toute l’UE
contrairement aux USA et quand un opérateur est actif dans plusieurs Etats membres, ils gèrent ces activités
de manière cloisonnée dans chacun d’entre eux, car il doit composer avec des contraintes différentes et
imposées par les régulateurs nationaux ce qui fait que les opérateurs mobiles ne sont implantés que dans un
seul pays. Le prix des communications d’un pays de l’UE à un autre se ressent avec des accords importants
et des frais d’itinérance élevés. La pénétration du haut débit est aussi variable selon les pays membres. Des
constats qui montrent qu’il n’y a pas un marché intégré et concurrentiel et les économies d’échelle ne sont
pas pleinement exploités. Dans ce contexte, un nouveau règlement adopté le 23 novembre 2015, qui a permis
deux avancées, e établissant des règles communes relatives à un accès égal et non discriminatoire à l’internet
en enlevant des frais d’itinérance à partir du 15 juin 2017. Le trafic téléphonique baisse en raison de la
concurrence des messageries gratuites des acteurs de l’internet

Partie 4. La politique fiscale : entre l'harmonisation, la coordination et la concurrence et fraude

La fiscalité est devenue une question européenne et internationale en raison de ces interactions avec l’euros,
le marché intérieur et avec la libre circulation des capitaux. Elle a toujours été source de conflits entre la
commission et le conseil, et au sein du conseil entre les Etats membres. Il y a toujours eu conflits que les
questions fiscales car c’est l’un des derniers domaines où la prise de décision se fait à l’unanimité. Unanimité
car les pays tiennent à conserver cette souveraineté qui

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est est apparue de plus en plus illusoire avec l’érosion de leur base d’imposition la plus mobile : le capital et
érosion consécutive à un processus de concurrence d’évasion voire de fraude fiscale et la récupération des
pertes fiscales sur leur base la plus captive : le travail et la consommation. Ce redéploiement touche à ces
limites, les systèmes fiscaux européens doivent trouver de nouveaux équilibres entre efficacité économique
et équité tout en permettant aux Etats de conserver leur capacité à lever des impôts. La crise de la dette
souveraine a augmenté la sensibilité des Etats aux pratiques fiscales dommageables, les dissensions entre les
pays européens n’ont été dépassé que grâce à la pression des USA, des G20 et à la fourniture par l’OCDE
d’une boîte à outils pour tenter de contrôler les pratiques les plus nocives.

4.1. Les différences des fiscalités nationales

En 2015, le total des recettes fiscales dans l’UE à 28 est en moyenne 39,7% du PIB, en hausse importante ces
dernières années, depuis 2011. On est à un niveau sensiblement élevé par rapport USA ou Japon où ce ratio
était en 2014 de 26% (USA) et 30,3% au Japon. Différence extrêmement significative par rapport à ce que
l’on trouve en Europe donc. Le poids de la fiscalité et son corollaire, les dépense publiques qui lui sont liées
sont des éléments structurants du modèle européen « d’économie sociale de marché », c’est un des
marqueurs importants des économies européennes.
En tête, le Danemark 47,9%, suivi de la France avec 47,2%. Ce sont des pays nordiques avec le principe
d’Etat providence (modèle nordique), qui offre une gamme très large de biens et de services qui permet de se
justifier de ce niveau de prélèvement.
En bas, on a l’Irlande avec 28% et Roumanie Bulgarie, Lituanie, Lettonie. Des pays qui tentent de transposer
chez eux le modèle de développement irlandais, fondé sur l’attractivité fiscale.
Ce classement est le même donc prélèvement obligatoire et le degré d’avancement de la couverture sociale
sont identiques.
L’opposition de fonds sur la structure fiscale s’établit autour du mode de financement de la couverture
sociale . Il y a co-existence entre deux systèmes au niveau européen :
- les systèmes d’assurances sociales Bismarckien (les prestations sont financées par des
cotisations patronales et salariales). Dans les pays où ce système est répandu : France, Allemagne, Pays
Bas, Slovaquie.
- système de sécurité universel Beveridgien : proche de Keynes qui a mis au point le système de
sécurité sociale, par l’UK suite à l’après guerre, avec des impôts avec des cotisations sociales relativement
faibles. Dans les pays qui ont cette logique, on va trouver UK, Danemark, Irlande, Chypre, Suède.
- Les autres pays combinent ces deux systèmes, on a une disparité des structures fiscales qui est
le produit de l’histoire mais aussi de délicats compromis dans l’évolution des systèmes de sécurité sociale,
ce qui rend illusoire voire impossible un éventuel rapprochement de ces structures fiscales, qui fragiliserait
les Etats membres et qui n’auraient aucune justification sur le plan théorique.
Autre façon de regarder le tableau : différence forte entre les pays de la zone euro et les pays qui sont en
dehors de la zone euro. Le constat, c’est que l’hétérogénéité fiscale est forte entre les pays qui partagent
l’euro, il n’y a pas de coordination particulière en matière de politique fiscale, pas plus qu’il n’y ait de
recherches de convergences alors que ces pays ont un environnement économique beaucoup plus homogène.
Autre façon : est-ce quel y a une opposition entre les nouveaux et les anciens Etats membres ? Là non plus,
on ne peut conclure, le fonctionnement ne marche pas. On a de nouveaux Etats membres (Malte, Chypre) qui
sont dans une situation relativement similaire à celle de l’Espagne/ Portugal et Grèce. La Hongrie dépasse
même UK au niveau des prélèvements obligatoires. Tous les pays qui ont un certain retard de
développement, qui ont un fond de cohésion destinée aux Etats membres dont le PNB par habitant est
inférieur à 90% de la moyenne communautaire. Un point commun : l’importance de leur imposition indirecte
au regard de leur impôt direct.

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4.2. L'harmonisation de la taxe à la valeur ajoutée (TVA)

Les impôts sur la consommation posaient des problèmes particuliers au niveau du marché unique, les
formalités étaient acquittés des frontières qui trouvaient leur justification, ces impôts constituaient une
entrave aux échanges qui empêchaient les transactions entre les pays de la communauté. En outre, les
différences de taux pratiquée entre les Etats membres pouvaient entrainer des distorsions de concurrence de
nature à gêner le bon fonctionnement du marché et à atténuer la capacité de certains Etats à maintenir le
niveau de recette issu de cet impôt.
On tend vers une unification de la TVA et qui a buter sur une existence du conseil dans un domaine qui
requiert l’unanimité, cela n’a aboutit à rien

4.2.1. La diversité dans l'application de la TVA avant le marché unique

Les impôts sur la consommation se répartissent entre la TVA et les droits d’accises (impôt perçu sur
l’essence, le tabac, l’alcool et les huiles minérales). Tous les acteurs économiques ne sont pas dans la même
situation vis à vis de la TVA. Les producteurs en sont assujettis c’est à dire que les producteurs collectent la
TVA pour le compte de l’Etat, ils la collectent en l’ajoutant dans la vente de leurs biens et services et ils
retranchent cette TVA sur leurs achats. Sur le plan micro- économique, leur calcul se fonde sur des prix HT
et on a les non assujettis (les ménages, les administrations, les communes) qui paient cet impôt sur leur
consommation et donc ces non assujettis raisonnent sur des prix TTC. Tous les pays Européens avaient mis
en place un sytème de TVA (invention française) mais lorsque la commission ouvre ce dossier en 1987
(avant le lancement du marché unique).
On a une diversité sur la dispersion :
- entre le taux réduit et le taux majoré, entre le nombre de taux en vigueur,
- disparité aussi dans les pratiques fiscales : les pays européens avaient multiplié des régimes spéciaux
particuliers, des secteurs exonérés car compliqué dans certains secteurs de faire fonctionner la TVA
comme la télécommunication ou les assurances.
- Diversité dans les classements des biens et des services : on a certain pays où les mêmes bien pouvaient
relever d’un taux majoré ou d’un taux réduit, il existait des taux 0 (des produits subventionnés comme le
journal)
- Diversité concernant la part prise par cet impôt dans les recettes de l’Etat, les pays qui ont un retard de
développement investissement massivement sur ce impôt.
Dans les échanges intra-communautaires, lorsqu’un marchandise était exportée, la TVA appliquée est la
TVA du pays de l’application donc elle est frappée de la TVA appliquée dans le pays dans lequel elle entre.
Ce système avait le mérite d’avoir une neutralité sur le plan fiscal, quelque soit le marché sur lequel le
produit est vendu, sa charge fiscale est la même que celle des produits locaux. Lorsque la commission ouvre
ce dossier, ce mode de perception de la TVA lui semble incompatible avec le marché unique, puisque cela
suppose des contrôles douaniers aux frontières, pour vérifier la nature, les quantités de marchandises qui
pénètrent sur le territoire national. Il y a fait à l’époque une frontière fiscale qui marquait le passage d‘une
souveraineté fiscale à une autre. Il y avait à l’époque, des files d’attente considérablement aux frontières, la
suppression des contrôles aux frontières (les formalités douanières), cette suppression réclamait une
évolution de ce système. En outre ,les différences de taux pratiqués sur un même bien, d’un pays à l’autre
étaient de nature à entraîner des distorsions de concurrence c’est à dire que les assujettis serait incités à
acquérir ces biens dans les pays les moins taxés pour les utiliser sur le marché domestique.

4.2.2. La transformation du système proposée par la Commission en 1987

Pour permettre la suppression des contrôles au frontières, la commission a proposé en 1987 une nouvelle
formule qui reposait sur 3 dispositions :
- les taux de TVA applicables ne seraient plus du pays de consommation mais celui du pays de
production, ce qui voulait dire que le même produit qui sera vendu sur un marché local pouvait avoir une
charge d’impôt différente en fonction de son lieu de provenance. Ce système du pays

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d’origine permettait de traiter les échanges comme des échanges au sein d’un même pays donc de
supprimer tous les contrôles aux frontières
- Rapprocher les taux de TVA et les taux d’accises : les taux de TVA devaient être amenés de
deux : d’un taux normal entre 14 et 20% et un taux réduit entre 4 et 9%. Quant aux taux d’accises, ils
devaient être alignés sur la moyenne européenne.
- Introduction d’un mécanisme de compensation : dans la mesure où la TVA est un impôt
supporté par les consommateurs, c’est un impôt dont le produit budgétaire doit revenir à l’Etat et qui l’Etat
de consommation et non pas à l’Etat producteur donc il fallait restituer quelque part cette TVA perçue au
pays consommateur. Donc pour la restituer, la commission propose à l’époque la mise en place d’un
système de compte de compensation selon les Etats membres avec des comptes crédités ou débités selon
les déclarations des assujettis.
L’ensemble de ce système devait s’appliquer du jour au lendemain et la commission européenne avait une
approche de big bang, la commission proposait ce plan au ECOFINN et celui-ci rejette la proposition en
1989 car le rapprochement des taux entre les Etats membres semblait insuffisant pour avoir une approche
fondée sur le pays d’origine. Le risque est que les non assujettis qui font leur arbitrage sur les prix TTC,
auraient été incités à acquérir des biens et des services d’un certain montant dans des pays dont les pays
étaient moins taxés, ce qui entraîne une défiscalisation. Autre critique/risque : Le compte central de
compensation ne fonctionne pas correctement, ne soit pas suffisamment fiable pour procurer aux Etats un
niveau de recettes de TVA équivalent à celui qu’ils obtenaient par le circuit qui était en place. On prenait
donc un risque important sur une recette fiscale qui était importante dans le budget des Etats membres. Le
conseil Ecofin s’est mit d’accord sur un régime transitoire qui permettait un relatif statut-quo et qui
permettait la suppression du contrôle aux frontières

4.2.3. Le régime transitoire de TVA de 1993 toujours en vigueur

Le régime transitoire de TVA a démarré le 1er janvier 1993 pour une durée qui devait être initialement de 4
ans, il a été prolongé à 6 reprises, la dernière fois fin 2015 jusqu’au 31 Décembre 2017. Ce système dit «
transitoire » repose sur 4 principes :
- Le taux de TVA applicable continue à être celui du pays de consommation : et pour les véhicules
de transports et la vente par correspondance (qui posaient des problèmes spécifiques), c’est le pays de
destination qui prime par rapport au pays d’achat.
- Un rapprochement des taux mais un rapprochement qui est beaucoup moins directif que dans
les propositions de commission car les rapprochements passent par la fixation d’un minima à 15% pour le
taux normal (inférieur ou égal à 15%) et plus ou égal à 5 pour le taux réduit. Les Etats disposent à leur
convenance d’un ou de deux taux réduits qui ne peuvent s’appliquer qu’aux services et biens listés à
l’annexe de la directive TVA, qui comprend 22 postes et on trouve dans ces postes des produits de
première nécessite comme l’eau, les produits alimentaires ou pharmaceutiques, des biens culturels aussi
(livres et journaux) et des services à forte intensité en main d’oeuvre (les travaux de rénovation des
logements, la coiffure, restauration qui sont concernés par le travail au noir). Les pays qui appliquent les
taux zéro (super réduit) ont été autorisés à les maintenir. La multiplication de ces dernières années de ces
taux zéro a enlevé le taux réduit une partie de son sens.
- Fixation de fourchettes communes de taux pour les droits d’accise avec perception lors de
l’achat : avec une perception de ses droits lors de l’achat.
- Déclarations de TVA faites par les entreprises lorsqu’elles livrent des marchandises ou des services.

4.2.4. À la recherche d’un nouveau modèle de perception de la TVA pour le XXIe siècle

Le système de 1993 devait être transitoire. La commission a multiplié les initiatives jusqu’en 2011 pour faire
prévaloir un système définitif qui serait fondé sur le principe du pays d’origine, elle s’est heurtée sur une
opposition toute aussi systématique du conseil, hostile à ce principe, dans un domaine qui requiert
l’unanimité. La régime provisoire avait aussi des difficultés croissantes qui étaient pointées dans les bilans
qui étaient régulièrement établis par la commission. 6 reproches qui ont été adressés :

49 sur 75
- il n’est pas adapté à l’évolution des technologies et aux nouveaux modèles commerciaux (numérique)
- Il entraîne une inégalité de traitement entre opérations nationales et trans-frontières
- Il est trop complexe d’où une absence de sécurité juridique : cela ouvre la porte à des interprétations
diverses du lieu de taxation, du régime particulier ou des dérogations, cela entraîne une absence de
sécurité juridique mais des difficultés pour les opérateurs qui doivent arriver à maitriser la législation de
28 Etats membres.
- Il ne permet pas de tirer tous les bénéfices du marché unique : qu’il repose sur un modèle douanier à base
de frontières fiscales sans les contrôles qui vont avec ses frontières.
- Il enregistre des fraudes (15% des TVA non perçue) : ce qui représente en 2014, 160 milliards d’euros de
TVA non perçus.
- Il n’est pas suffisamment souple pour les modifications éventuelles des taux réduits.
La crise de la dette souveraine a consolidé le fond du refus à ces Etats membres quant à une évolution du
principe du pays d’origine car le principe du pays d’origine et de production suppose une prise de risque sur
une recette fiscale fondamentale, avec des difficultés budgétaires. Une des rares recettes à progresser de
manière sensible. Tous les Etats ont qui été concernés par la crise de la dette souveraine, tous ont relevé leur
taux de TVA et parfois dans des proportions importantes (Islande, Espagne, Portugal). Confronté à cette
situation, la commission a finit par prendre acte en abandonnant officiellement en 2011 son objectif
d’élaboration d’un système définitif de TVA qui serait fondé sur le pays d’origine ou de production. Elle a
dans un premier temps réorienter son action vers une amélioration de façon à répondre aux critiques dont il
faisait l’objet, toute une série d’initiatives ont été prises pour faciliter l’accès à l’information avec par
exemple la mise en place d’import-web, pour faciliter l’interprétation de la législation de l’UE, pour
renforcer l’efficacité du système et pour lutter de manière plus efficace contre la fraude ; avec la création sur
le plan européen d’Eurofisc, qui est en charge de cette lutte contre la fraude pour la TVA. Dans un second
temps, la commission a proposé en 2016 un plan d’action il vise à élaborer une proposition législative
consensuelle de façon à mettre en place un régime définitif de TVA, outre les propositions de simplification
pour le commerce électronique, il y a deux grandes options qui ont été ouvertes :
- Une taxation depuis le pays d’origine sur la base de la taxe qui a cours dans le pays de
destination. La TVA due serait perçue par l’administration du pays d’origine puis transférée dans le pays
de consommation des biens ou des services. Ce système suppose d’améliorer la coopération et l’assistance
mutuelle entre les administrations fiscales avec un renforcement d’Eurofisc.
- Laisse les Etats membres fixer, ou non, librement le nombre de leurs taux réduits, leur niveau,
ainsi que les biens et les services qui en font l’objet. La TVA c’est l’un des chantiers fiscaux à venir car le
statut-quo, qui a été longtemps permis par le régime provisoire, ce statut-quo est de moins en moins
tenable.

4.3. La fiscalité de l'épargne : de la fraude fiscale à la fin du secret bancaire

Avec la libéralisation des mouvements de capitaux en 1990 et l’arrivée de l’euro en 1999, la fiscalité de
l’épargne est devenue une donnée stratégique car la fiscalité de l’épargne va affecter naturellement l’attrait
des différentes places financières et la localisation des produits d’épargne. Le problème qui était posé ici à
l’UE allait bien au delà des frontières pour impliquer les Etats au niveau mondial dont le modèle économique
est celui des paradis fiscaux ; en particulier, ce présent en Europe. L’impulsion décisive pour faire avancer
cette question sur plan international et européen est venu des USA, du G20 et de l’OCDE.

4.3.1. La diversité de taxation de l’épargne avant le lancement de l’euro

Au cours du débat sur la directive de 1988, qui était la directive qui organisait la libre circulation des
capitaux, plusieurs pays s’étaient inquiétés qu’elles entraînait une délocalisation de l’épargne et pour l’éviter,
la commission avait proposé en 1989 une harmonisation de la fiscalité de l’épargne par l’introduction d’un
prélèvement à la source au taux de 15%, sur des produits d’épargne donc les intérêts versés sur les
obligations avec un renforcement de la coopération entre les

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administrations fiscales. Ces propositions de la commission toujours dans un domaine, qui requiert
l’unanimité, avait été rejeté par le conseil du fait de l’exercice par le Luxembourg de son droit de veto au
motif d’un déplacement des capitaux vers des pays tiers au fiscalité plus avantageuse. Le lancement de l’euro
a entraîné 10 ans après cette première tentative d’harmonisation, la formalisation des mêmes craintes dans un
contexte de forte concurrence entre les places financières européennes et mondiales. Après l’élimination du
risque de change, le critère fiscal devient un critère d’appréciation essentielle concernant la rentabilité des
fonds investis. Et sur ce plan, la situation des pays Européens était une situation extrêmement disparate en
1998 (avant l’introduction de l’euro).

(Tableau)

Plusieurs niveaux sur un petit échantillon de pays retenus : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie,
Luxembourg, UK avec 3 produits d’épargnes avec des actions, des intérêts d’obligation et les plus values de
cessions de valeurs mobilières. On distingue si on est résidents du pays ou si on est non-résidents. On est en
1998, on constate des différences :
- Le relevé de coupons : c’est la communication des revenus de l’épargne des agents
économiques par les banques aux administrations fiscales. Lorsqu’il y a un relevé de coupons, cela permet
d’aboutir à un regroupement avec des déclarations des ménages. Si quelqu’un ne déclare pas les revenus
sur son épargne, la banque pourra identifier l’individu qui fait une évasion fiscale. On constate qu’en
1988, on voit qu’il y a peu de pays qui pratiquent le relevé de coupons, on en a 2, la France par exemple.
Dans les pays où il n’y a pas de relevés de coupons, il y a du secret bancaire et ce secret bancaire limite
considérablement la taxation de l’épargne dans ces pays.
- On s’aperçoit que les taux d’imposition divergent fortement d’un pays à l’autre pour les différents
produits d’épargnes des résidents. Les dividendes d’actions sont les plus imposés en France
- Sur les intérêts d’obligations, c’est l’Allemagne qui a un taux important.
- Sur les plus values, il y a une forte taxation au niveau des UK et la France. RAS =
retenu à la source

Concernant la dernière colonne, les non résidents, ils sont isolés des résidents car les non- résidents ne sont
pas soumis au même traitement fiscal que les résidents sur les intérêts d’obligations et sur les plus values de
cessions de valeurs mobilières. Mais ils sont souvent frappés par le taux zéro c’est à dire qu’ils sont exonérés
sur la fois d’une simple déclaration (déclaration de non résidence), or ces non résidents sont soumis
juridiquement d’un régime de déclaration de leur pays de résidence. Si on détient des actions en Belgique, je
suis Français et je réside en France donc je réside mon portefeuille en France.

4.3.2. La marche vers l’échange automatique et obligatoire d’informations sur les particuliers sous pression
américaine

Avant le lancement de l’euro, la commission a tenté de prévenir tout mouvement de concurrence fiscale entre
les Etats membres en imposant des minima. Les discussions au sein du conseil Ecofin, des ministres, de
l’économie et des finances, ont longtemps reposé sur un veto de UK et Luxembourg, avant que ne soit adopté
le 3 juin 2003, la directive sur la fiscalité de l’épargne sous forme de paiement d’intérêts, directive entrée en
vigueur le 1er juillet 2005, et ne concerne qu’un produit des épargnes à savoir le versement d’intérêts. Il ne
concerne que le paiement d’intérêt, et ne concerne en outre que les personnes physiques. Cette directive est
entrée en vigueur avec un montage alambiqué sorti d’une période de transition très longue. Les Etats
membres étaient scindés en deux blocs :
- Autriche, Belgique et Luxembourg (paradis fiscaux) qui ont maintenu leur secret bancaire. Ils
conservent 25% de taxe et transfèrent les 75% restants à l’Etat de résidence des contribuables. Mêmes
dispositions pour 5 pays tiers (Suisse, Liechtenstein, etc) et les territoires dépendants ou associés du UK
et des Pays-Bas.
- Les autres Etats ont mis en oeuvre l’échange automatique d’information entre leurs
administrations fiscales et nationales. Plus efficace car il y a échanges d’informatiques.

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Ces pays ont conditionné (Autriche, UK, Belgique) au passage du régime commun a la conclusion d’un
accord automatique d’échanges d’informations avec les pays tiers Européens.
Les limites sont apparues très vite (février 2008) avec l’apparition d’une liste de contribuables originaire
germanique qui étaient accusés de fraudes fiscales en raison de leur placement au Liechtenstein. La
commission a regretté, dans son rapport d’évaluation de la directive de 2003, son champ trop étroit, elle ne
s’appliquait qu’aux seules intérêts et personnes physiques, à l’exclusion des sociétés, de constructions
juridiques comme les TRUSTS et les fondations qui permettent de détenir anonymement des fonds. La
commission a proposé en novembre 2008 une modification du champ d’application à des revenus équivalents
à des paiements d’intérêts, des contrats d’assurance vie. L’Autriche et le Luxembourg ont longtemps bloqué
ce passage, cette directive n’a été adopté qu’en mars 2014 tout en étant immédiatement dépassé, abrogé sans
être adopté par les Etats membres. Entre temps, les rapports de force ont été modifié, si l’échange
automatique d’information est imposé, c’est grâce à la pression des USA sur le plan international, qui résulte
de la crise financière qui a creusé l’endettement public, et un élément déclencheur qui était une affaire de
fonds dissimulés par les contribuables américains en Suisse auprès de la banque UBS. Suite à cette affaire de
fonds, les USA ont adopté la loi FATCA (entrée en vigueur le 1er janvier 2014), cette loi exige que les
banques et les institutions financières du reste du monde identifient leurs clients et investisseurs d’origine
américaine et informent les autorités fiscales américaines de leurs avoirs et de leurs revenus financiers. La
Suisse, sous la menace de cette loi, est contrainte de coopérer car aucun pays ne peut se permettre de ne plus
accéder au marché américain et par la suite, elle est contrainte d’étendre cette coopération fiscale à tous les
Etats membres de l’UE. Le consensus qui a vu le jour est également traduit au sein du G20 qui avait donné
en 2001, mission à l’OCDE, de se transformer en agence d’évaluation et de suivi dans le domaine fiscal à
travers une émanation de l’OCDE qui est le forum fiscal ou forum mondial ; ce forum va bien au-delà de
l’OCDE car il rassemble 129 membres. Ces travaux se sont accélérés à partir de 2009 (après la crise
financière donc), avec un soutien important apporté par le G20, qui a fait de la coopération en matière fiscale,
une priorité politique. Et face à la réduction sensible des recettes fiscales au niveau mondial, il devenait
urgent de renforcer l’efficacité de la perception des impôts. Le 29 octobre 2014, 49 pays ont signé un accord
de passage à l’échange automatique de données fiscales sur les contribuables du monde entier à partir du 30
septembre 2017. Cela concerne par exemple l’échange d’informations sur la possession d’un compte
bancaire à l’étranger, perception de revenus et d’intérêts et l’achat de parts de sociétés. Et parmi tous ces
pays, on a les 28 Etats membres de l’UE. L’approche qui était jusqu’à présent une approche graduelle de la
part des Européens en matière d’échange d’informations, était totalement dépassé par l’imposition d’une
norme plus exigeante au niveau mondial, c’est ici la nouvelle directive du 9 décembre 2014, sur l’échange
automatique et obligatoire d’informations dans le domaine fiscal, cette nouvelle directive est la traduction
législative de ses engagements internationaux. Elle impose aux institutions financières de déclarer tous les
comptes et revenus des contribuables non résidents. Les premiers échanges automatiques commencent le 30
septembre 2017, sauf pour l’Autriche, Suisse qui vont eux, commencer un an plus tard. Le secret bancaire
pour les particuliers ne devrait alors plus exister en Europe, grâce à la mise en oeuvre de cette nouvelle
directive.

4.4. L'impôt sur les sociétés (IS) : concurrence et érosion des recettes

La fiscalité européenne sur les sociétés s’est longtemps focalisée sur le choix de la bonne méthode afin
d’éviter la double imposition des bénéfices d’une entreprise, une entreprise dont les filiales sont localisés
dans plusieurs pays membres et qui rapatrient les bénéfices donc il ne faut pas imposer deux fois (maison
mère et le pays de la filiale), c’est ici une directive appelée
« société mère et filiales », qui date de 1990, qui a été modifié à 4 reprises de manière substantielle et qui
règle ce problème au niveau du marché unique. Les Etats membres ont le choix entre :
- exonérer de l’impôt national, les bénéfices rapatriés dans la société mère
- déduire de l’impôt national, l’impôt qui est versé à l’étranger par les filiales
Insensiblement, ce problème de la double imposition a laissé place au problème de la double non imposition.
Dès lors que les multinationales ont mis en place des stratégies que l’OCDE, il parle

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d’optimisation fiscale agressive, dont les multinationales font apparaître leur bénéfice là où ses bénéfices sont
les moins taxés.

4.4.1. Quelles approches pour comparer l’IS dans les États membres ?

Les systèmes d’imposition des sociétés ont été conçus après un siècle, à une époque où l’activité
internationale des entreprises était moins dense, avec des modèles d’organisation structurés autour du
franchissement des frontières par des biens essentiellement matériels. La mondialisation a généré une
fragmentation entre différents pays de la chaîne de valeur des multinationales. Les échanges sont de plus en
plus immatériels, tandis que se développe une économie numérique, porteuse de nouveaux défis pour les
systèmes fiscaux. Au sein de l’UE, l’impact de la fiscalité des entreprises est très important dans un grand
marché dans la liberté de prestations qui constitue la règle. Cet impact est encore plus décisif pour les pays
de la zone euro car ils ont un environnement économique encore plus homogène. L’IS intervient dans les
décisions de la localisation des activités économiques mais aussi dans des décisions de localisation de base
d’imposition avec une mise en concurrence des Etats membres. Pour apprécier la compétitivité respective de
leurs systèmes fiscaux, on a 3 approches possibles :

- Confronter leur taux d’imposition : Taux effectifs


maximum IS en 2013. Dans la zone Euro, le taux
maximal d’IS part de Chypre (10%) jusqu’à la
France (36,1%). On a une amplitude assez
importante. Au sein de l’UE cette amplitude est
aussi importante. La France se retrouve avec le
taux d’IS le plus élevé. Il est important de noter les
taux d’IS extrêmement faible comme l’Irlande
(12,5%) qui a une stratégie, elle a essayé de
compensé l’éloignement de l’épicentre de la zone
par son taux d’IS qui a fait d’elle une terre
d’accueil des multinationales. L’Irlande à été
copiée sur cette stratégie par les Etats Baltes
(Roumanie par exemple). En revanche, la Belgique
(34%), Pays Bas (25%), Autriche, ont un taux d’IS
qui apparaît comme étant substantiel. Cette
approche est relativement
assez frustre. On a un clivage fort entre les nouveaux et anciens pays de l’UE. Cette concurrence fiscale a
poussé les pays à réduire ce taux de manière drastique entre 1995 et 2015. En espace de 20 ans,
l’Allemagne a baissé ce taux de 27,2 points. La charge fiscale s’est reportée sur le travail et sur la TVA
- Se focaliser sur les assiettes taxables. Ces taux ne portent pas nécessairement sur la même
assiette. Cette comparaison des taux peut être fallacieuse. Pour une entreprise, il vaut mieux avoir un
profit taxé à 30% mais qui sera au final évalué à 10 car il y a des règles d’amortissement, de provisions, de
déduction qui seront généreuses. La chute des taux peut être compensée par un élargissement de l’assiette.
La Commission tente de faire avancer la définition d’une assiette consolidée pour l’assiette (ACCIS).
L’assiette commune permettrait de proposé aux multinationales une fiscalité simplifiée et harmonisée qui
pourrait accélérer leur développement et serait une source de sécurité juridique dans leurs opérations
intracommunautaires. Cette assiette réduirait les possibilité d’exploitation des disparités des systèmes
fiscaux.
- La dernière approche tient pour relativement fictif les taux conséquents affiché par certains pays
(Belgique, Luxembourg, Pays-bas) en présence dans ces pays de dispositif fiscaux préférentiels à
destination des multinationales. Ces dispositifs ont pour effet de réduire la base fiscale dans les autres pays
où est souvent réalisé pour l’essentiel l’activité économique de ces entreprises. Ce problème a été pointé
dès 1998, avec un rapport de l’OCDE sur la « concurrence fiscale dommageable, un problème mondial ».
Ce rapport a eu une incidence dans l’UE puisqu’il a

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entrainé la constitution du groupe « code de conduite » qui a été chargé d’identifier ces pratiques fiscales
dommageables et de mettre fin à ses pratiques sur l’égide du conseil Ecofin. Ce groupe, plus connu sous le
nom de son premier président, Primarolo, a rendu son premier rapport en 1999 où il identifiait 68
pratiques dommageables et prévoyait leur démantèlement dans les 5 ans. Mais le problème, c’est que la
Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Irlande, dont le modèle économique sur ces régimes
économiques reposent sur ces régimes fiscaux préférentiels, ces pays ont négocié un rapport pour les
mesures les plus emblématiques, et ont par la suite bloqué toute évolution au sein de ce groupe « code de
conduite ».

4.4.2. La lutte contre l’optimisation fiscale agressive

Le sujet est revenu après la crise de la dette souveraine. L’OCDE a lancé 2013 un plan pour lutter contre
l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, plus connu sous son acronyme anglais « BEPS
». Il est constitué à partir du constat qu’il y ait un découplage croissant entre le lieu où les entreprises
exercent leur activité et investissent et le lieu où ses bénéfices sont déclarés à des fins fiscales. Dans ce plan
BEPS, l’OCDE relève que les filiales domiciliée dans des juridictions à faible fiscalité déclarent un taux de
bénéfice presque deux fois supérieur à celui de leur groupe. Cette évolution a été facilité par la progression
des échanges immatériels entre les filiales d’une même entreprise (licences de marque, brevets). Il y a le
problème des prix de transferts au sein d’un même groupe, souvent fictifs, ce sont les prix de transactions
entre deux entreprises qui appartiennent dans la même firme multinationale. Est venu s’ajouter un scandale
LuxLeaks de novembre 2014 qui a révélé que plus de 340 entreprises multinationales avaient obtenu de
l’administrions des impôts du Luxembourg des rescrits fiscaux, c’est à dire une approbation juridique de leur
méthode d’évaluation fiscale notamment de leur prix de transfert. Ces méthodes sont légales qui consistent
selon la commission européenne « à tirer parti de toutes les subtilités du système fiscal, ou des asymétries
entre deux ou plusieurs entreprises afin de réduire ou contourner les obligations fiscales ». L’évasion aboutit
à une injustice fiscale dans le mesure où les entreprises peuvent exploiter leurs failles, les disparités des
législations, mais pas les PME ni les particuliers dont la contribution à l’impôt va se trouver de ce fait de plus
en plus important. En outre, les Etats membres sont dans une situation très inégale vis à vis des pratiques
BEPS qui créer une concurrence fiscale déloyale. Afin de les neutraliser des actions ont été mise en places
dans trois directions :
Au niveau internationale, un accord à été trouvé en 2015 entre les 62 pays partie prenante aux travaux de
l’OCDE sur cette question, dont 24 pays de l’UE.
- Cet accord comporte une quinzaine d’actions et inclus le reporting pays par pays pour les
multinationales dont le chiffre d’affaire est supérieur à 750 Mls d’€. Ces entreprises doivent déclarer pays
par pays le nombre d’employé, les impôts, les profits réalisé et le chiffre d’affaire. Cette déclaration doit
permettre d’encadrer les prix de transferts et taxer où la valeur est produite. Cela est très important pour
voir où il y a possibilité de fraude. Mc Donald avait déclaré entre 2009 et 2013, dans sa filiale du
Luxembourg qui comptait 13 salariés, avait déclaré 3,7 milliards d’euros de chiffres d’affaires : on se rend
compte tout de suite qu’il y a un problème. Mc Donald avait payé 16 millions d’euro d’impôt au
Luxembourg. Ce reporting doit permettre d’encadrer les prix de transfert des multinationales et de taxer
les entreprises là où la valeur est réellement produite. Le pays où cette déclaration est faite par la
multinationale doit partager cette information avec les autres états membres. La commission a proposé le
28 janvier 2016 un programme législatif qui reprend ses 15 actions de l’OCDE et du G20, les différentes
mesures sont en cours d’adoption sur le plan européen. Le problème ne vient pas de l’Europe mais surtout
des USA, avec une administration qui n’a pas la sensibilité de l’administration Obama.
- Le second volet qui concerne le conseil, qui a adopté la directive sur « l’échange automatique et
obligatoire d’informations dans le domaine fiscal » de façon à reproduire pour les Etats-membre pour le
monde des entreprises le mode automatique d’échange des données prévu par les particuliers. Cette
directive à été adopté le 6 octobre 2015, et doit rentrer en vigueur le 1er janvier 2017. Une directive qui
devrait dont améliorer la transparence en matière fiscale.

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- Le dernier volet concerne la commission européenne qui a lancé au niveau de la direction générale de la
concurrence des enquêtes approfondies concernant certains rescrits, on est dans le domaine de la politique
de la concurrence. Les avantages fiscaux sélectif accordés notamment à Fiat au Luxembourg et à Fiat au
pays bas viennent de faire l’objet de condamnation le 21 octobre 2015. Il y a actuellement d’autres affaires
dans les tuyaux : Apple en Irlande et Amazon au Luxembourg. L’évasion fiscale est re-qualifiée en fraude
fiscale, mais les sommes récupérées vont aux Etats complices de ses fraudes. Le parlement européen à
demandé à ce qu’il y ai indemnisation des pays qui subissent les conséquences, mais ce n’est pour le
moment qu’une demande.

Le chantier en cours en matière fiscale au niveau européen est inédit tant par son ampleur, ses méthodes que
dans les collaborations qui sont déployées entre pays. Il est essentiel pour la survie de l’Etat face à la
mondialisation et l’optimisation fiscale agressive des multinationales.

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Chapitre 3. Budget de l’UE et politiques publiques européennes

Contrairement à la politique monétaire, le système budgétaire ne fait pas l’objet d’un cadre rigoureux par le
traité. Il ne s’agit pas d’un système propre à la zone mais commun à tous les pays de l’UE avec quelques
dispositions particulières pour les 19 pays membres de l’UE qui ont des besoins spécifiques en matière de
coordination et de discipline financière.

Partie I. Le budget de l’Etat : quelles orientations de politique économique donné ?

Le budget est naturellement l'outil principal d’appui à la gouvernance économique car il reflète les priorités
politiques de l'UE, il peut apporter une réelle valeur ajoutée économique en évitant les doublons, en
permettant d'atteindre une certaine masse critique qui permet le développement de certains gros projets trans-
frontières. Par rapport aux budgets nationaux qui absorbent environ 45% du revenu national, le budget de
l’UE est limité, car plafonné à 1,23% du revenu national brut (RNB) européen. Tous les 7 ans, l'UE tient un
débat relatif à ses priorités politiques, et à leur traduction en matières budgétaires. Les perspectives
financières 2007-2013, qui se donnaient pour objectif essentiel la relance de la croissance, ont été rattrapé par
la crise économique et financière qui a montré l'insuffisance de la fonction stabilisatrice de ce budget qui n’a
pas été corrigé par un cadre financier pluri-annuel 2014-2020, d’où l’émergence d’un débat nouveau sur la
création d’un budget propre à la zone euro.

1.1. La perspective d’ensemble

Le budget est toujours la traduction d’un projet économique et politique. Celui de l’Union européenne reflète
surtout les compromis du passé. Il est doté d’une inertie très importante que la stratégie de Lisbonne, grand
projet politique des années 2000 en Europe, n’a pas réussir à infléchir le budget. Désormais, dans son
prolongement, on a Europe 2020, Il tente de donner une nouvelle vision à 10 ans mais risque également de
buter sur le faible niveau de fédéralisme budgétaire et sur l’importance des contraintes qui pèsent sur ce
budget.

1.1.1. De « la stratégie de Lisbonne » à « Europe 2020 »

La stratégie de Lisbonne a été lancée par le conseil européen en mars 2000, à un moment où l’économie
américaine commençait à prendre une sérieuse avance en matière de croissance, d’emploi grâce à
l’émergence de la nouvelle économie, celle qui s’appuyait sur les NTIC. L’UE s’est alors fixée comme
objectif de devenir à l’échéance 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus
dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration
quantitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale dans le respect de l’environnement ». Pour
réaliser cet objectif, l’UE s’est engagé dans un vaste programme de réformes pour essayer de concilier à la
fois l’économique, le social et le développement durable.

La stratégie de Lisbonne assignait un but à l’économie européenne et était le prototype de la grande


machinerie bureaucratique communautaire. Elle reposait sur 5 engagements déclinés en 28 objectifs et 120
sous-objectifs. L’ensemble était doté de 117 indicateurs de suivie et d’une méthode, nouvelle pour essaye de
faire avancer les dossiers : la méthode ouverte de coordination (la MOC). de part de son amplitude, la
stratégie de Lisbonne concernait beaucoup de domaines qui relevaient de la compétence exclusive des Etats
membres (exemple : la politique de l’emploi). Donc, la MOC reposait sur une coopération volontaire entre
les Etats membres qui devaient adopter entre eux les meilleures pratiques adaptées à leurs spécificités
nationales nationales (= si une mesure fonctionne très bien dans un pays, on aura vocation à l'adapter aux
autres États membres). La Commission coordonnait l’ensemble des opérations et s’assurait de la bonne
diffusion de l'information sur ces meilleures pratiques, elle exercé notamment la pression par les pairs.
L ‘évaluation d’étape de la stratégie de Lisbonne est faite en 2004 par un rapport : le rapport Kok était
extrêmement critique sur la capacité de cette stratégie de Lisbonne à se matérialiser. On a dit

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qu’« il reste beaucoup à accomplir pour éviter que Lisbonne devienne synonyme d’objectifs manqués et de
promesses non tenues ». Ce rapport dénonce une appropriation insuffisante par les États membres des
objectifs de cette stratégie de Lisbonne et la difficulté de les faire travailler ensemble. Le Conseil européen
de mars 2005 l’a relancé en recentrant la stratégie de Lisbonne sur 3 axes :
- La connaissance et l’innovation : qui sont vus comme les moteurs d’une croissance durable
donc il s’agit de stimuler la recherche, le développement, les politiques d’innovation et les technologies de
l’informations
- L’achèvement du marché intérieur de faon à offrir un espace attractif pour investir et travailler, et
pour l’achever, il faut aller un peu plus vite dans la transposition des directives, il faut mettre en place des
marchés uniques. Il faut porter plus de soutiens aux PME et des réseaux d’énergies de façon à ce qu’il y
ait des échanges entre pays en matière d’énergies.
- La croissance et l‘emploi au service de la cohésion sociale pour les rendre plus attractive et
augmenter le niveau général d’éducation

• En matière d'emploi, (qui concerne la population active) on part d'un taux d'emploi dans l'UE de 62,7% en
2007, l'objectif de la stratégie de Lisbonne était de porter ce taux d'emploi à 70%. Quand l'état des lieux est
dressé, le taux d'emploi a augmenté (a pris environ 6 points) mais on est encore loin des taux d'emplois
observés aux États-Unis et au Japon (seulement 68,6%). On retrouve cela au niveau des catégories les plus
ciblées par l'objectif :
- Le taux d'emploi des femmes : il y a eu des progrès satisfaisants mais par rapport aux États- Unis et au
Japon c'est moyen (Europe du Sud en dessous de 62,1%, alors que l’Europe du Nord dépasse ces deux
pays)
- Le taux d'emploi pour les plus de 55 ans : on partait de très bas en 2000 (36,9%) et l'idée était de porter
ce taux à 50%. Il y a eu des progrès mais c’est en deçà des taux observés aux États-Unis et au Japon.
• Le taux de croissance réel : l'idée était de porter ce potentiel beaucoup plus haut : on part en 2000 de 3,9%
et on est en 2009 sur du 0,3% mais la crise est passée par là, donc c’est difficile de juger...
• Les dépenses consacrées à la R&D en % du PIB (on veut devenir l'économie de la connaissance) : on part
d'un niveau de 1,8% en 2000. L'idée est de porter ces efforts à 3% du PIB (pour rejoindre les États-Unis :
2,8% et le Japon : 3,4%). Les résultats sont très médiocres puisqu'on en est à 2%. La difficulté c’est que les
PME n'investissent pas beaucoup en R&D.

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C’est dans ce contexte qu’a été lancé la nouvelle stratégie, le nouveau projet politique que souhaite porter
l’Europe, à l’horizon 2020 qui repose sur 5 objectifs pour garantir une croissance intelligente, durable et
inclusive -> « Europe 2020 » :
- Porter à 75% le taux d’emploi des 20-64 ans
- Investir 3% du PIB dans la R&D
- Tendre vers une croissance verte : réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 20% par rapport
aux niveaux de 1990, faire passer à 20% la part des sources d’énergie renouvelable dans la consommation
finale d’énergie, augmenter de 20% son efficacité énergétique
- Améliorer les niveaux d’éducation : ramener à 10% le taux des décrocheurs, avoir au moins 40% des 30-
34 ans diplômés de l’enseignement supérieur
- Sortir au moins 20 millions de personnes de la pauvreté.

Le nombre d'objectifs d'Europe 2020 a été resserré par rapport à la stratégie de Lisbonne mais la question du
pilotage de la stratégie, la question de son appropriation par les États membres, n'a pas du tout progressé.
Aucun budget spécifique n'est associé à Europe 2020. Cette dernière, comme la Stratégie de Lisbonne, pose
la question de la faiblesse des moyens du budget de l'UE, des difficultés qu'il y a à le redéployer et les
relations qu’entretiennent le budget européen et les budgets nationaux.

1.1.2. Les contraintes imposées au budget européen

Le budget de l'UE est soumis à plusieurs contraintes ayant pour vocation d'éviter tout dérapage dans ses
dépenses et de le placer dans un rapport de subordination par rapport aux États membres. Cet encadrement
est important (budget encadré de manière étroite) parce que cela signifie que le budget ne peut pas avoir une
fonction de stabilisation sur le cycle d'activité. Ces contraintes imposées au budget de l'UE sont au nombre
de 4 :
• Il repose sur une rupture institutionnelle qui ne permet pas d’optimiser la responsabilité et le contrôle
démocratique. Le Parlement et le Conseil votent des dépenses de ce budget mais pas les recettes. Les
parlements nationaux votent environ 80% de ses ressources sans avoir un droit de regard sur les dépenses.
Le budget n’a pas d’autonomie financière, tant que l’UE ne lève pas d’impôts (contrairement à ce qui se
passe dans les États fédéraux qui collecte et répartissent les ressources fiscales). L’UE est de ce fait dans
une situation de dépendance à l’égard des transferts et contributions des Etats membres.
• Il fait l'objet d'une programmation financière sur plusieurs années : il est établi et contrôlé par le Parlement
européen, le Conseil et la Commission. Au départ la programmation se faisait tous les 5 ans, maintenant ce
serait plutôt 7 ans. Tous les 7 ans l'UE tient un débat relatif à ses priorités politiques et à la façon de les
décliner sur le plan budgétaire. Il y a eu plusieurs programmations financières :
- Le paquet (= ensemble de directives et de réglementations) Delors 1 (président de la Commission
européenne de l'époque) avait été arrêté pour les années 1988- 1992 et avait pour objectif l'achèvement
du marché unique
- Il a été suivi du paquet Delors 2 pour la période 1993-1999 qui était centré sur le rattrapage des
économies du sud et de l'Irlande pour préparer l'union économique et monétaire,
- Puis il y a eu l’Agenda 2000 (2000-2006) dans la perspective de l’élargissement,
- Les perspectives financières 2007-2013 qui faisaient de la relance de la croissance la priorité
budgétaire,
- Aujourd’hui, on est dans le cadre financier pluriannuel 2014-2020 qui a pour but de faire sortir
l’Europe de la crise.
• Il doit satisfaire à la règle de l’équilibre entre ses recettes et ses dépenses (L.310 du TFUE) : le budget doit
être à l’équilibre. Pour satisfaire à cette règle, les recettes doivent s’ajuster automatiquement aux dépenses.
L’UE ne peut pas emprunter si ce n’est pour prêter par l’intermédiaire d’autres organes (elle ne le peut pour
ses propres besoins). C’est important parce que cela veut dire que le budget européen accompagne le cycle
économique (pro-cyclique) : on ne peut pas avoir des politiques contra-cycliques, on ne peut pas recourir
au déficit budgétaire pour essayer de stimuler l’activité. C’est une différence importante et particulière par
rapport aux autres grandes fédérations où c’est l’inverse : les Etats membres d’une fédération sont soumis
à

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une contrainte d’équilibre budgétaire, et c’est à l’Etat fédéral de stabiliser la fédération ce qui permet une
redistribution entre les Etats (l’Etat central peut avoir des déficits, cela rend possible de stabiliser
l’économie et d’opérer des transferts).
• Il est plafonné à 1,23% du RNB : cela faut du budget européen un budget très modeste. C’est une
spécificité de l’UE par rapport aux fédérations existantes où le budget fécal est de 30% du PIB. Le budget
2014 de l’UE qui était de 125 milliards d’euros représentait 36% du budget du seul Etat français. Dans les
faits, on n’arrive même pas à ces 1,23%

1.2. Les recettes

Le financement du budget de l’Union européenne est « une combinaison opaque et extrêmement complexe
de contributions provenant des budgets nationaux, de corrections et de rabais » (Commission).
Cette situation est imputable à la perte d’autonomie des ressources propres et à la focalisation des Etats
membres sur leur solde net et la notion de juste retour. Pour essayer de dépasser cette problématique du juste
retour la Commission et le parlement européen militent de manière récurrente pour une réforme en
profondeur du financement de l’Union européenne à partir de la mise en place d’une ressources propre.

1.2.1 Les ressources propres

Il faut tout de suite introduire une distinction fondamentale. Au niveau des recettes il faut dissocier les
prélèvements directs (impôts européens qui présentent un lien avec des politiques de l'UE) des contributions
nationales (cotisations nationales qui mettent le budget européen dans une situation de dépendance à l'égard
des États membres).

Au niveau de ce budget on a 4 types de recettes (Les recettes budgétaires de l’UE – 1958-2011 (en % du
RNB) :
• La recette historique : les droits de douane et la cotisation « sucre ». Il s'agit d'un impôt européen issu de la
politique commerciale commune, de la politique douanière commune depuis 1968àles États perçoivent ces
droits aux frontières (ils en prélèvent 20% pour le fonctionnement des douanes et donnent 80% au budget
de l’UE). Cet impôt dans les années 1970 constituait l'essentiel des ressources de l'UE (57,7%), et en 2011
on en était à 14,1% (car libéralisation des échanges). En 2014, les recettes douanières représentait 12%, on
a eu une libéralisation des échanges donc on a eu un désarmement douanier.
• La ressource TVA introduite en 1978 avec l’idée de faire bénéficier la Commission d’une ressource
partagée avec les autres États membres : il s'agit d'une ressource calculée en se fondant sur l'assiette de
TVA dans chaque État membre, mais une assiette plafonnée à 50% (ressource fiscale dégressive) pour ne
pas surimposer les pays où la consommation est la plus développée et qui sont généralement les pays les
moins prospères. La TVA a peu à peu supplanté les droits de douane comme ressource principale pour
assurer le fonctionnement de l’UE. Son maximum a été atteint en 1988 et depuis cette ressource TVA n’a
cessé de décliner (en 2014, seulement 13%).

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• La ressource RNB qui apparaît en 1983 : elle assure une fonction d'ajustement au sein du budget européen,
ce sont les recettes qui s'ajustent aux dépenses par l'intermédiaire de cette ressource RNB : c'est l'UE qui
l'utilise pour équilibrer ses recettes et dépenses. Cette ressource RNB, qui permet l’équilibrage des recettes
et des dépenses, est depuis montée en puissance en 2000 : elle représente 40,5% du budget de l’UE et en
2014 74% des recettes. C'est de très loin, aujourd’hui, la ressource principale du budget de l’UE.
• D'autres recettes qui permettent de combler l'écart qui demeure, qui viennent du solde de l'exercice
précédent, qui viennent aussi des prélèvements opérés sur le personnel de l'UE, qui viennent d'intérêts
bancaires, contribution des pays qui ne sont pas membres, remboursement d’aides non utilisées. En 2014,
1% des ressources du budget de l’UE.

On a eu historiquement plusieurs ressources qui ont tour à tour pris le relai pour financer de manière
principale ce budget européen, mais il y a surtout eu un changement en profondeur de la structure des
ressources : en 1975 les impôts constituaient 57,7% du budget de l'UE (elle avait la capacité d'augmenter ses
droits de douane pour disposer de plus de ressources), actuellement les droits de douanes ne constituent que
12,4% du budget ->Les contributions nationales sont venues pallier la baisse des droits de douanes. Ces deux
contributions représentent environ 80% du budget de l’UE. 80% des ressources du budget européen sont des
contributions sur lesquelles l'Europe n'a aucune possibilité d’action.

La ressource TVA, et TNB ne sont pas de vrais ressources propres. Ce sont en réalités des contributions
votées par le budget des états membre et n’ont pas de lien direct avec les politiques communautaires.

1.2.2. De la correction britannique aux autres rabais

Le problème du déséquilibre entre les contributions aux budgets de l’UE versé par les Etats membres et les
retours obtenus par ses mêmes Etats membres a été posé par l’UK lors des conseils européens dans les
années 1980, son premier ministre de l’époque Thatcher qui portait une revendication « I want my money
back ». A l’époque le budget européen finançait au deux tiers la politique agricole, et le Royaume-Uni ne
disposait pas d’un secteur agricole développé, et les retours au titre du budget étaient donc faibles en
direction du Royaume-Uni. Celui-ci était moins prospère que les autres pays membres. Ce problème a été
réglé par la mise en place d’un mécanisme de compensation budgétaire, à partir du Conseil de Fontainebleau
de 1984 : les 2/3 de la contribution du Royaume-Uni lui sont remboursés à ce pays. Le manque à gagner pour
le budget européen est compensé par les autres Etats membres au prorata de leur RNB.

Le Royaume-Uni a créé une forme d’antécédent dans laquelle se sont engouffrés d’autres pays lors de la
rédaction de l’agenda 2000. 4 des principaux contributeurs nets de l’époque (Allemagne, Pays-Bas, Autriche,
et Suède) ont alors demandé à leur tour un rééquilibrage de leur part dans le financement au regard des
retours dont ils bénéficient au titre des dépenses de ce budget. Les assiettes RNB de ces 4 pays ont alors été
plafonnées. Concrètement ils ne financent plus qu’un quart de ce qu’ils payaient antérieurement au titre du
manque à gagner.

Cette mesure a été complétée en 2007 par une diminution du taux d’appel de la TVA de ces quatre pays. Ces
« rabais sur le rabais » sont financés par les autres Etats membres au prorata de leur part dans le RNB dans
l’Union européenne. Ainsi la France, l’Italie et l’Espagne sont les pays qui ont pris en charge la part la plus
substantielle de ce redéploiement.

La correction britannique (aussi appelée « chèque britannique) a systématiquement fait l’objet d’une
contestation de fond (2007-2013). En effet cette correction a perdu en légitimité au fil du temps. Le poids de
la PAC dans le budget européen a fortement régressé depuis 1984 (Un peu moins du 1/3) mais aussi la
prospérité relative des différents Etats membres a évolué. En 1984 le Royaume-Uni était l’un des pays les
plus pauvres (RNB de 90% de la moyenne), alors qu’en 2008 il est l’un des plus riches (RNB de 118% de la
moyenne). De plus il est devenu très difficile d’expliquer aux nouveaux Etats membres qu’ils devaient
financer un rabais consenti à un pays

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plus prospère qu’eux. Le Royaume-Uni est donc été confronté à un tir barrage sur cette question, mais à
chaque fois il a très bien résisté. Il a accepté un réaménagement, mais très modeste. Les dépenses consacrées
à l’élargissement, ont été progressivement réduite de la correction britannique. Mais lors des négociations du
cadre budgétaire pluriannuel, la correction britannique n’a fait l’objet d’aucune contestation.

1.2.3. La question des soldes nets et la notion de « juste retour »

La question de la répartition de la charge budgétaire entre les Etats membres revient de manière récurrente.
Il existe deux méthodes pour aborder ces disparités de financement entre les Etats membres
- Comparer les parts des Etats membres dans le RNB européen et leur part dans le financement
du budget , afin de voir s’ils financent le budget proportionnellement à leur richesse. Cette
méthode consiste à comparer les colonnes 2 et 3 de la diapo 9.
- Examiner leur part dans les dépenses au regard de leur part dans le financement. Cela permet
de déterminer les contributeurs nets au budget européen. Méthode consistant à comparer les colonnes 3
et 4 de la diapo 9, ce qui donne la colonne 5.

Le financement est extrêmement concentré. Les 5


principaux financeurs financent à peu près 70% de
ce budget alors que les 10 derniers pays ne
financent que 3% de ce budget. L’Allemagne et le
Royaume-Uni ne financent pas le budget de l’UE à
leur hauteur alors que l’Italie, l’Espagne et la
France vont au-delà de leur part dans le RNB
européen. Cependant, l’Allemagne et le Royaume-
Uni restent des contributeurs nets (la France et
l’Italie aussi).
Par contre, l’Espagne reçoit plus qu’elle ne
contribue au budget. Elle reçoit en effet beaucoup
au titre de la politique de cohésion (politique qui
permet un rattrapage économique pour les pays en
retard de développement). Les pays de la cohésion
sont la Pologne, l’Espagne, la Grèce, le Portugal,
les PECO. La Belgique et le Luxembourg reçoivent plus qu’ils ne contribuent car ils hébergent des
institutions européennes. La France à une particularité. En effet, la France est le pays qui reçoit de très loin la
plus grande part du budget en terme de PAC (Politique Agricole Commune).

Depuis les années 90, les pays sont extrêmement vigilants sur cette question des soldes nets, au cœur de
l’approche du « juste retour ». Cette approche a fait l’objet de nombreuses critiques :
• La critique comptable s’est focalisée sur l’affectation des contributions au budget européen et des dépenses
pour chaque pays. Or ces choix résultaient de conventions comptables qui ont paru discutables à exemple:
les deux grands ports de l'UE Rotterdam et Anvers qui sont les ports principaux de l’UE pour les entrées de
marchandises dans l’UE. Cette importance de ces ports a conduit à surestimer les droits de douanes
acquittés par les Pays-Bas et la Belgique alors que bien souvent les marchandises qui entrent dans ces
deux ports sont redirigés vers les autres États membres.
• La critique économique : assiste sur l'importance des interdépendances entre les pays de l'Union et aussi
sur l’existence de biens publics européens. Les dépenses d’infrastructures consentis par un État membre
peuvent conduire à des entreprises qui vont répondre à ces appels d’offre qui peuvent venir d’autres États
membres. Par exemple : difficulté sur l’imputation des dépenses de police, de frontières... Par exemple, la
Grèce et l’Italie font face à des dépenses très élevées en matière de contrôle des frontières (contrôle
migratoire) mais au final cela a un impact sur toute l’UE. À qui imputé ces dépenses ? L’agence Frontex
(agence qui gère les frontières extérieures

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de l’UE) traite cette question. On retrouve cette question dans tous les domaines où il est susceptible d’avoir
des débordements (défense…)

Si on n’arrive pas vraiment à isoler ce qui est une dépense pour les uns et un coût pour les autres, alors la
notion de juste retour perd de sa signification et tout du moins ne constitue pas une bonne clé pour effectuer
le budget.

1.2.4. Vers un impôt européen ?

La Commission européenne tente d'imposer de manière récurrente la mise en place d'un impôt européen, ce
qui donnerait davantage d'autonomie sur le plan fiscal au budget de l'UE. Cette évolution serait plus
conforme au traité car il dit que le budget doit être financé aux moyens de ressources propres (indépendantes
des États membres). Or, les contributions des États membres à ce budget de l'UE ont pris un poids croissant
puisqu'actuellement elles représentent près de 87% du budget de l’UE à dépendance de l'UE vis-à-vis de ces
contributions. Le traité de Lisbonne a confié, en outre, à l'UE de nouvelles responsabilités dans notamment
les domaines de la politique étrangère et de sécurité commune (une haute représentante), en matière
d'énergie, en matière d'immigration, de l’espace et cela se fait avec des moyens budgétaires constants, voir
même en régression.
Dans le cadre de l'Agenda 2000, la Commission avait désigné la ressource TVA comme étant la seule
ressource qui pourrait être envisageable de manière réaliste à moyen terme comme ressource propre de l'UE
malgré son caractère régressif (les pays les plus pauvres paient le plus en matière de TVA). Le Conseil de
Berlin de 1999 n’a pas entériné cette proposition mais a invité la Commission à réfléchir à la question de la
création d’un impôt européen. La Commission européenne a proposé un point de TVA qui serait versé
directement dans le budget. La Commission a été engagée pour étudier de manière précise l'instauration
d'une ressource propre pour le budget. La Commission a analysé de manière approfondie, dans une étude
comparative, 3 possibilités de ressources propres pour le budget de l'UE(approche avantages/inconvénients
dans le cadre de la préparation budgétaire 2007-2013) :
• La taxation des carburants utilisés pour le transport routier et aérien
• L'application d'un taux communautaire de TVA qui s'ajouterait au taux national
• L'instauration d'un impôt sur les sociétés qui serait un impôt européen ou pour partie tout au moins.

Ces trois impôts sont étudiés au regard de 5 critères :


• Les externalités : quand on taxe les carburants la pollution ne s'arrête pas aux frontières, il y a des effets de
débordements forts qui donneraient de la légitimité à un impôt européen. La TVA apparaît moins légitime.
L'impôt sur les sociétés : des externalités qui jouent à concurrence fiscale très importante (moyen de
contrôler cette course à la baise de l’IS, le dumping fiscal) L’harmonisation de l'assiette : l'impôt doit porter
sur la même assiette fiscale : pas de soucis pour l'impôt sur les carburants ; sur la TVA on a une assiette un
peu différente selon les pays (incomplète) ; sur l'impôt sur les sociétés, il y a des assiettes très différentes
(et cela fait donc partit des grands chantiers, comme on l’a vu). Les liens directs avec les citoyens : taxation
des carburants : forts ; TV A : liens immédiats ; impôt sur les sociétés : faibles
• Les rendements de l’impôt : impôt sur les carburants à satisfaisant avec des taux communautaires
inférieurs à la moitié des taux minimaux prévus par la directive sur la taxation de l'énergie ; TVA : pas de
problème non plus ; impôt sur les sociétés : ça peut aller
• Le temps de mise en œuvre : taxation des carburants : à très brève échéance ; TVA pareil ; impôt sur les
sociétés : long

La Commission n'a pas l’impôt a privilégier. La commission militait pour l’échéance de ses ressources en
2014. Conseil qui n'a pas donné suite. Le débat a été relancé fin 2010 par la Commission en vue de la
préparation du budget 2014-2020 dans un contexte d'austérité budgétaire (crise de la dette souveraine) et
avec un traité de Lisbonne qui assignait de nouvelle mission à l’UE et donnait au Parlement européen un
pouvoir accrue dans le domaine budgétaire.

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La Commission européenne à travaillé sur 6 options possibles pour 2014-2020 : o Elle s'intéresse à la taxe
sur le secteur financier :
- Aux recettes perçues sur la Bourse d'échange de quotas d'émission CO2
- Une taxe sur le transport aérien
- Une TVA européenne
- Une taxe sur l’énergie
- Un impôt sur les sociétés

En ce qui concerne l’évaluation de ces impôts, la Commission utilisent sensiblement les mêmes critères :
c’est la méthode des avantages et inconvénients. La Commission veut un impôt transfrontalier sans
débordements (externalités), avec une assiette harmonisée au niveau européen, qui puisse être collecté
directement par l'UE sans coûts de collecte trop importants, qu'il soit juste et équitable, et qu'il ne soit pas
trop pénalisant pour le secteur économique concerné.

Ce dossier semblait durablement bloqué, malgré le soutient du Parlement européen. On constate une
évolution sensible du dossier depuis l’accord de 10 pays qui ont donné leur aval pour avoir un impôt sur les
transactions financières dans le cadre d’une coopération renforcé.

Il y avait des négociations encore au mois de décembre, et elles n’ont pas aboutit. La date de mise en œuvre
serait le 1er Janvier, mais cela n’est pas confirmé.
• Coopération renforcée rassemblant 10 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Grèce, France,
Italie, Portugal, Slovaquie, Slovénie)
• Taux de 0,01% sur les échanges d’actions d’actions et d’obligations (13 MDS d’€/an) et de 0,01% sur les
contrats dérivés (21 MD €/an) (?)
• Selon les simulations, les recettes générées (34 MDS d’€/an) seront utilisées pour financer un fonds climat
à destination des PVD (?)
• L’une des parties à la transaction doit être établie sur le territoire d’un État membre participant (Le
Royaume-Uni est contre).

1.3. Les dépenses

En matière de dépenses : un important débat a été engagé sur la nécessité de réorienter les dépenses de ce
budget, débat initié en 2003 par le rapport Sapir qui alimente depuis constamment le débat, notamment dans
la préparation du cadre 2014-2020. Cette évolution se fait avec mesure.

1.3.1. Le rapport Sapir : pour une réorientation de fond du budget européen

Le rapport Sapir sur la croissance en Europe a été publié en 2003, Il alimente depuis une contestation de
fond concernant les orientations du budget européen. Ce rapport avait été demandé par le président de la
Commission de l’époque, Romano Prodi, qui avait souhaité qu’il n’y ait aucun tabou dans la démarche des
économistes dans ses analyses et prescriptions
Ce rapport part du constat que si dans les années 60, le taux de croissance de l’UE était plus élevé que celui
des États-Unis et que depuis les années 90, le rattrapage s’est totalement arrêté, les choses se sont inversées.
Le niveau de PIB/tête (indicateur de richesse) se situe à 70% du niveau américain. Au de la des
préconisations sur le rapport sur la gestion macroéconomique de l’UE, ces propositions en matière de
réorientation de budget européen que l’on va voir car ces propositions ont suscité de vastes débats. Ce
rapport contenait toute une série de propositions afin de ré-enclencher le rattrapage.
De manière provocatrice, le rapport commence son analyse en disant que le budget européen est une «
relique historique » : il justifie ceci à partir de 4 constats :
• La moitié de ses dépenses soutient l’agriculture (en 2003) : l'agriculture est analysée une politique du passé
selon le rapport. Politique faible : investissements dans l'éducation, R&D, enseignement supérieur qui
pourrait accroitre le futur de l’Union
• L'effort de convergence des économies et des régions est dispersé, ce qui indique que les projets font
l’objet de saupoudrage (on donne un peu à tout le monde), entre les différents pays

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de l'UE, entre les régions et au sein de ces pays mêmes à saupoudrage qui empêche la dépense publique
d’être efficace.
• 90% du budget est financé par des contributions nationales (qui dépendent des Trésors nationaux) mais en
réalité plutôt 80%.
• L’adoption de ce budget résulte de marchandages et pâtit de la règle de l’unanimité qui impose d’aller au
terme de ces marchandages.

C’est donc face à un diagnostic sévère, et face à cela le rapport propose différentes mesures :
• Réduire le poids des contributions nationales au profit d'un impôt européen
• Privilégier la règle de la majorité qualifiée pour la procédure d'adoption du budget (pour éviter les
marchandages)
• Réduire le budget réservé à l'agriculture et à la cohésion (disposition la plus radicale), et redéployer les
dépenses dans 3 nouveaux fonds :
- Au coeur du mandat : un Fonds pour la croissance économique (45% du budget) pour aider à la
réalisation des objectifs de Lisbonne,
- Un Fonds pour la convergence (35% du budget) : destiné aux seuls pays et non plus aux régions pour
que ces pays améliorent leur capacité administrative, développent l'investissement en K humain
physique = de l'ordre de la politique de cohésion (éviter le saupoudrage)
- Un Fond pour la restructuration (20% du budget) : pour faciliter le processus de ré-allocation des
ressources pour le secteur agricole et les travailleurs qui perdent leur emploi : transition dans le secteur
agricole et aide à la mobilité.

Ces propositions très radicales ont suscité de vives critiques notamment de la part des commissaires
européens parce qu'elles impliquent une re-nationalisation de la politique agricole et la politique régionale. Il
a été aussi reproché à Jacques Sapir de faire de l'économisme (ne pas distinguer les biais macroéconomiques)
: appliquer des théories économiques (théorie de la croissance endogène et de la nouvelle économie
géographique) sans se soucier des problèmes de transition, de redéploiement. Mais ce rapport a pesé et pèse
toujours beaucoup dans le débat européen car il a révélé des difficultés dans ce budget, il a beaucoup
alimenté la réflexion sur le redéploiement du budget européen.

1.3.2. Les cadres financiers pluriannuel 2014-2020

Concernant l’adoption de ce budget, il y a un bras de fer constant entre le Parlement européen et le Conseil.
Ce premier réclamait une hausse de 5% des ressources affectées à ce budget alors que le Conseil devait
contribuer à l’effort d’assainissement financier engagé par les États membres. Il y a toujours une surenchère
verbale entre ces deux, et cette surenchère arrive toujours au même résultat, c'est-à-dire à l’adoption du
budget sur les bases voulues par le Conseil.

Ce sont au total, sur l’actuelle programmation, 960


milliards d’euros (qui correspondent à 1% RNB européen)
de crédits d’engagement (autorisations de dépenses) qui
ont été échelonnés sur plusieurs exercices. Il y a deux
choses à noter :
• Le budget de l’UE est en régression par rapport à ce
qu’il était sur la précédente période.
• Il est très loin du plafond budgétaire (1,23%) à 1%
seulement pour 2014-2020 et si on raisonne en crédits
de paiement on est à 0,95%.

Ces crédits de paiement sont en recul. Les demandes formulées dès l’entrée de cette négociation budgétaire
par 5 pays (Allemagne, Pays-Bas, Finlande, Royaume-Uni et France) de limiter la progression des dépenses
dans le budget ont été écoutées.

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La structure de ce budget est marquée par une très forte inertie, on est loin des bouleversements envisagés au
niveau du rapport Sapir, le budget européen ressemble à un mourt-navire où les changements de cap se sont
progressivement. Néanmoins des changements d’orientation finissent par se faire même s’ils se font très
progressivement = il faut les voir à l’échelle des 2 dernières programmations. La tendance lourde est « moins
pour la PAC » qui perd 10 points entre 2007 et 2020. Cela implique plus de moyens pour la recherche et la
compétitivité économique qui gagne 8 points entre 2007 et 2020. La PAC est aujourd’hui devenu le
deuxième poste de dépense depuis 2011, derrière la politique de cohésion.
Concernant ce budget, il se présente en 6 rubriques de très inégale importance, exprimé en % :

• Croissance intelligente et inclusive : qui se ventile en deux sous rubriques, on a :


- la rubrique « compétitivité pour la croissance et l’emploi » qui concerne les projets d’avenir, qui
correspondent aux objectifs d’Europe2020, bénéficiaires du redéploiement budgétaire engagé à
l’échelle de ces 14 ans, on y trouve le recherche et le développement, le mécanisme pour
l’interconnexion (industrie de réseaux) en Europe, les réseaux de transports, qui concernent la
technologie numérique, l’éducation (Erasmus) et 3 grands projets d’infrastructures où l’Europe peut
permettre la réalisation de ces projets compte tenu de l’importance des coûts : projet Galiléo
(concernant les satellites, avec les services liés au système de positionnement), ITER (concerne
l’énergie thermonucléaire), GMES (concerne la surveillance mondiale de l’environnement et de la
sécurité)
- la rubrique « cohésion économique sociale et territoriale : politique de cohésion qui vise à réduire les
disparités de développement entre les régions mais aussi entre les pays de l’UE. On trouve deux grands
fonds financés à partir de cette ligne : le Fond de cohésion, le Fond Européen de développement
régional (FEDER) et le Fond social Européen (FSE). Il y a aussi des aides qui viennent cibler des
populations les plus affectées par la crise, pour les plus démunis et on a également l’initiative pour
l’emploi des jeunes dans les régions où leur taux de chômage est supérieur à 25%. Cette rubrique est en
légère baisse à l’échelle de ces 14 ans, elle perd 2 points.

• La croissance durable, ressources naturelles : rubrique qui rassemble les dépenses relatives au secteur de la
pêche, de l’environnement et aux deux piliers de la politique agricole commune (PAC) qui sont le soutien
aux producteurs, et le développement rural. Sa part a reculé, en 2020, elle représentera 26,8% du budget
européen. C’est un niveau qui ne fera plus objet de débat dans l’élaboration du budget, les crises
alimentaires ont montré l’intérêt à soutenir ce secteur. Les nouveaux membres sont des partisans de la PAC
et UK (principal détracteur) ne fera plus parti de l’UE.

• Sécurité et citoyenneté : rubrique qui a gagné 0,8% entre 2007 et 2020, rubrique qui concerne les domaines
traditionnelles de l’action publique dans les Etats membres, dans lesquels

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l’intervention européenne est très faible, c’est le cas dans la santé, la culture, la protection des
consommateurs, de l’éducation ou encore du fond de solidarité en cas de catastrophes naturelles. Au niveau
de ces rubriques, des actions se sont développés (en matière d’asile, de gestion de flux migratoires, de
contrôles des frontières, de coopération judiciaire et aussi d’échanges d’informations), des actions qui ont
pris de l’importance avec une légitimité très forte de l’UE, d’une intervention au niveau européen.

• L’Europe dans le monde : qui a gagné 1,1% entre 2007 et 2020, c’est une rubrique qui englobe l’action
extérieure donc les instruments d’aide à la pré-adhésion, de voisinage, de coopérations et de
développement, l’aide humanitaire, la sécurité stratégique, la prévention et la gestion des crises civiles et la
politique étrangère et de sécurité commune. Par contre, le Fond Européen de développement, qui est le
principal instrument d’aide au développement sur le plan européen est financé directement par les
contributions nationales en dehors du budget de l’UE.

• Administration (qui gagne 1 point) : toutes les dépenses relatives aux institutions de l’UE, la commission,
le parlement, le conseil, al cour de justice, la cour des comptes, comité économique et social, et comité
régional, etc.

Partie II. La PAC

Dès le traité de Rome de 1957, le marché commun a été étendu à l’agriculture, au commerce et aux produits
agricoles. Compte tenu de la particularité de ce secteur d’activité, l’intégration par le marché réclamait la
mise en place d’une politique commune. La production et la circulation des produits agricoles n’avait jamais
été laissé au jeu de l’offre et de la demande. Il y a eu à l’époque le passage de politiques nationales
d’intervention à la PAC, qui a permis de pérenniser le système en ouvrant un marché plus vaste pour les
agriculteurs et permet d’unifier les coûts alimentaires dans l’Union donc les niveaux de vie. La PAC a
organisé le Premier marché unique pour un secteur entier de l’économie, et ceux grâce à une contribution très
importante du budget communautaire, mais depuis, la part a régressé. Réussir l’intégration d’une agriculture
en déclin constituait un pari audacieux, 60 ans après le traité de Rome, les questions qui se posent sur
l’agriculture ont changé, ce sont des questions de sécurité alimentaire, le passage à une agriculture plus
soucieuse de l’environnement, de lutte contre le changement climatique, d’équilibre des territoires, ce sont
des nouveaux défis à relever avec un défi très fort qui est aussi de faire vivre les actifs agricoles de leur
activité.

2.1. Les principes de la PAC

Les principes de la PAC ont été défini à la conférence de Stresa, qui s’est déroulé en 1958, 3 principes :
- Le principe d’unicité du marché agricole : unicité qui imposait la suppression entre tous les Etats
membres des droits de douane, des quotas et des subventions. Mais aussi l’harmonisation des
réglementations administratives, sanitaires et vétérinaire. L’idée est que les produits peuvent circuler
librement dans tout le marché unique sans discrimination en raison de la nationalité et donc le prix unique
pour l’ensemble du marché en matière de concurrence.
- La préférence communautaire : Préférence protectionniste, qui vise à privilégier le produit en
provenance de la communauté par rapport aux mêmes produits venant de pays tiers, et ceux, malgré des
prix supérieurs dans la communauté. Ce protectionniste se basait de prélèvements qui étaient des droits de
douane (qui ont été re-qualifiés) tandis qu’il y avait le versement de restitution aux exportations de façon à
compenser la différence qu’il y avait entre le prix au niveau du marché unique européen et le cours
mondial concernant un produit donné. Elle s’est érodée depuis, dans le cadre du GATT puis de l’OMC.
- Principe de solidarité financière entre les Etats membres : concernant les charges de la politique
commune (un des secteurs où les transferts sont importants) et c’est ici le FEODA (1862) qui avait pour
mission d’assurer les dépenses afférentes à ces politiques communes, FEODA sont en 2 sous sections :
Garantie et Orientation (qui prenait en charge des politiques plus structurelles qui touchent la
modernisation de l’exploitation)

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Initialement, le partage entre ses 2 sections devaient se faire de 2/3 pour la garantie et 1/3 pour l’orientation
mais la quasi-totalité des dépenses a été consacré aux soutiens des prix et aux aides directes et ce n’est
qu’après la réorientation de la PAC que l’intervention a pris plus de proie. La FEOGA a été remplacé depuis
2007 par deux fonds qui ne font qu’entériner la séparation entre les deux sections : on a le Fond Européen
Agricole de Garantie (FEAGA) premier pilier de l’APAC et on a le Fond Européen Agricole pour le
Développement Rural (FEADER) qui s’occupe des actions structurelles et qualifié de second pilier de la
PAC

2.2. La PAC historique : soutien des prix, problème monétaire, excédent et dérive budgétaire

La politique agricole et des transports est la seule politique commune sectorielle prévue dans le texte même
du traité de Rome, 5 objectifs lui étaient assignés à l’époque dans ce traité, dans un contexte qui est marqué
par le rationnement de l’après guerre et la dépendance alimentaire de l’Europe.
5 objectifs :
- accroitre la productivité de l’agriculture
- assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs
- stabiliser les marchés agricoles caractérisé par des fluctuations importantes
- garantir la sécurité des approvisionnements
- assurer des prix raisonnables aux consommateurs
Ces objectifs sont contradictoires, ils ont été réalisés en dehors de toute attente en matière de production, et
c’est l’accumulation d’excédents importants qui étaient écoulé par les subventions sur le marché mondial,
qui a entraîné des tensions sur le budget européen et des pressions commerciales dans le cadre du GATT et
de l’OMC

2.2.1. Les organisations communes de marché (OCM) et les trois prix

Le marché agricole se décomposait jusqu’en 2008 produit par produit en organisation commune de marché
en OCM selon le mode de régulation dont relevait chaque produit agricole. On avait au total 21 OCM qui
renvoyaient à 4 formes de régulation des marché agricoles, on avait :
- les OCM fondées sur un soutien des prix, une aide directe aux producteurs liée aux facteurs de
production et un système de protection vis-à-vis des pays tiers (3/4 de la production agricole)
- les OCM fondées sur un soutien des prix dans le cadre des quotas de production et à la charge du
consommateur (exemple : sucre et produits laitiers)
- les OCM fondées sur des aides proportionnelles à la production obtenue soumise à des plafonds. C’était le
cas pour le tabac, l’huile d’olive, les agrumes, les tomates
- les OCM fondées sur le libre jeu du marché. On avait un ajustement qui se faisait entre Offre et demande,
qui permettait de déterminer le prix avec peu d’intervention public : vin de qualité, viande porcine.
Les mécanismes de la PAC se sont historiquement redéployés autour d’un soutien des prix. Le conseil des
ministres de l’agriculture fixé chaque printemps, au cours du marathon agricole et fixait pour chaque produit
et avant chaque campagne, un prix indicatif, un prix d’intervention et un prix de seuil. Chacun de ses prix a
une fonction précise, que l’on va dresser à partir de ce graphique :

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Pour une denrée donnée, les prix sur le marché européen sont supérieurs au cours mondiaux donc la
mécanique est de rendre viable le prix sur le marché européen. On a 3 prix :
• Le prix indicatif (d’orientation, prix que l’on souhaite voir s’établir pour un produit donné sur une saison) :
• Le prix d’intervention (important) : c’est un prix plancher, c’est à partir de ce prix que vont se déclencher
les interventions des organismes de stockage de la communauté quand on a un produit dont le prix
commence à tendre vers son prix plancher.
• Le prix de seuil : disparu en 1995, prix minimal d’importation. La préférence communautaire s’exprime
par l’intermédiaire de prélèvements qu’on a re-qualifié en droit de douane qui vont représenter la
différence q’iil y a entre le prix indicatif et le cours mondial pour que les produits européens entrent dans
un prix qui ne fait pas de dumping. Pour exporter, les prix sont plus élevés, donc on a le versement de
restitution (qualificatif donné qui veut dire subvention, donc paie la différence entre le cours mondial et le
prix plancher pour que ces produits européens soient venus dans le marché mondial).
La garantie d’un revenu minimal pour les agriculteurs s’effectuait pour l’essentiel par la fixation de ses prix
d’intervention (plancher), prix rémunérateur pour les agriculteurs mais payé par les consommateurs aussi,
ces prix ne pouvaient se maintenir que grâce à la protection aux frontières qui passait par des prélèvements
droit de douane.

2.2.2. La difficile maitrise des excédents et des dépenses budgétaires

L’économie globale de ce système de prix garantie, avec des protections aux frontières , cette économie était
conçue dans les années 60 pour une communauté européenne qu iétait en situation de pénurie, de dépendance
extérieure. La communauté en 1962 (au moment du lancement de la PAC), la communauté ne produisait que
80% de sa consommation. La PAC était peu couteuse à l’époque car il y avait de très faibles interventions et
restitution à l’importation car on avait rien à exporter, tandis que les prélèvements sur les importations
constituaient une source principale de rentrée fiscale pour le budget européen. Ces mécanismes n’étaient pas
de nature à susciter l’inquiétude des grands exportateurs agricoles mais après avoir atteint l’autosuffisance
(atteinte dans les années 70), la communauté enregistre rapidement des excédents substantielles dans les
années 1980 pour la production laitière, céréales et viande bovine, qui sont la conséquence de l’amélioration
de la productivité mais aussi de la politique de soutien des prix avec une garantie de débouchés.
L’accroissement s’est maintenu à un rythme de 1,5 à 2%/an, avec le développement des machines alors que
la demande augmentait seulement de 0,5%/an, que les débouchés solvables étaient rares au niveau
international. Avec les excédents, toute l’économie de ce système a été bouleversé. D’importateurs nets, la
communauté est devenue exportateur net. Elle s’est ré-approprié le marché mais a menacé les positions des
autres grands exportateurs à coup d’exportation subventionné. Les achats à l’intervention ont commencé à
peser sur le budget communautaire dans un contexte où les prélèvements sur les importations diminuaient
puisqu’on importait beaucoup moins. On arrive à une situation apocalyptique en 1985 avec les produits
agricoles qui absorbaient 72,8% du budget européen alors que la population active agricole représentait 6%
de la population active. La PAC ne pouvait continuer à capter 3/4 du budget européen. Avec l’extension du
grand marché aux produits industriels et le redéploiement des interventions aux actions structurelles avec
également nécessité de mettre de place des politiques dans la recherche et développement, il fallait procéder
à une réaffectation sur les postes budgétaires. La PAC apparaissait comme un frein à la construction
européenne en privant d’autres secteurs. Cette situation était mal acceptée car la croissance de la production
est passée à une progression des inégalités entre agriculteurs et un mouvement de concentration des
exportations agricoles. A l’époque, la garantie des débouchés était vue comme favorisant de très grandes
exploitations exportatrices qui sont aussi les plus rentables

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2.2.3. Les premières tentatives techniques de gestion des excédents

La fixation de prix planchers artificiellement plus élevés que le prix d’équilibre, on sait que c’est quelque
chose qui incite la production.

On a plusieurs techniques pour gérer les excédents :


- consiste à rétablir de manière artificielle la baisse des prix, arrivé à une certaine quantité produite, on
rétablit la baisse des prix pour casser l’incitation des producteurs à produire davantage. Technique de
déstabilisateur automatique
- fixer des quotas pour limiter les excédents, donc répartir les quantités produites entre agriculteurs pour que
ces quantités renvoient à l’équilibre du marché,
- geler les terres, de façon à contrôler quantitativement les capacités de production,
- baisser les prix d’intervention pour que ce prix tend vers le prix d’équilibre
Toutes ces techniques ont été utilisé sur le plan agricole, les stabilisateurs automatiques ont été introduit en
1988, puis abandonné en 1992 ; les quotas ont été instauré en 1984 pour le secteur laitier et proroger jusqu’en
2015 (date de suppression : 2015), on a encore des quotas sur le sucre. Le gel des terres est un système vieux
comme le monde, c’est le système de la jachère (qui a été appliqué pour le première fois en 1988 qui permet
de limiter physiquement l’offre mais c’est un système délicat à manier si on place mal la jauge, si la jauge est
trop élevée, cela entraîne une hausse des prix sur le marché et donc des coûts intermédiaires plus élevés,
notamment dans le secteur de l’élevage mais si la jauge est trop basse, on aura des excédents qui vont
entraine des coûts de stockage et versent de restitution aurait coulé les stocks sur les marchés mondiaux.
C’est le système qui a privilégié à partir de 1992, qui consiste à réduire les prix d’intervention, on va trouver
ce système au coeur des réformes mises en place en 1992, 1999, ou encore 2003 et 2008.

2.3. Les réformes de la PAC sous pression intérieure et internationale

Les réformes de la PAC reviennent de manière récurrente, 1984/1989/1992/1999/2003/2008/2013. Réforme


donc tous les 4 ans, car il y un manque d’efficacité pour gérer les excédents et contrôler quantitativement
l’offre, ce manque d’efficacité qui a entraîné une rupture de 1992, qui a consisté en une diminution des prix
d’intervention, compensé par l’augmentation des aides directes aux producteurs. Avec 1992, il y a eu un
changement fondamental dans le modèle de régulation du secteur. Les paiements ont été par la suite
progressivement dissociés de l’acte de production. On parle de découplage pour casser le lien sur la
production et le découplage et il y a eu le conditionnement de ces aides dans le respect de certains critères : la
conditionnalité. Les agriculteurs sont soumis à un mouvement de restructuration permanent depuis plusieurs
décennies, de façon à essayer d’assurer la viabilité de leur activité.

2.3.1. L’insertion de l’agriculture européenne dans le système multilatéral : la réforme de 1992

Le GATT avait accordé un statut particulier à l’agriculture, ce qui explique l’élaboration en 1992 mais c’est
dans un climat différent que s’est ouvert en 1986 le dernier cycle dans le cadre du GATT avant le
remplacement de l’OMC : le cycle de l’Uruguay. Les produits agricoles ont prit une

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importance stratégique et la capacité croissance d’exportation de la communauté inquiète les USA, les autres
grands exportateurs mondiaux. La préférence communautaire a provoqué un détournement des échanges au
détriment des pays tiers. De 1981 à 1990, le volume des échanges de produits agro-alimentaires entre les 12 a
été multiplié par 6, tandis que les échanges avec l’extérieur ont été multiplié par 2. Donc il y a eu une
éviction des pays tiers du marché communautaire, qui est capital pour comprendre les oppositions du cycle
de l’Uruguay.
USA a vu ses parts de marché baisser considérablement, la PAC a permis eux Européens de se ré-approprier
le marché intérieur mais de devenir aussi le 2e exportateur mondial derrière USA.

A. Les positions en présence


On voit, lors de ce cycle d’Uruguay, les positions de 3 groupes s’affronter :
- position des USA : qui réclament la suppression des aides au revenu qui passent par le soutien des prix et
le maintien des aides directes car c’est le mode de soutien de l’agriculture américain qui passe par des
Deficiency Payment (= paiement compensatoire). Dans le système au USA, le prix intérieur était proche
des cours mondiaux et les producteurs bénéficiaient d’aides directes qui compensaient la différence entre
le prix de marché et le prix d’objectif. Ce système permettait aux producteurs USA d’être compétitifs à
l’exportation et permettait de les concurrencer directement sur le marché domestique américain, à la
différence du système communautaire
- La communauté européenne, qui était sur la défensive, met en avant la réforme de la PAC de 1992 soit la
montée en puissance des aides directes.
- Le groupe de Caims réclame le libre du marché, qui rassemblait 14 pays (aujourdhui 19) dont l’agriculture
est performante, on trouve l’Argentine, Australie, Brésil, Canada qui réclament le libre jeu du marché et
donc l’élimination des formes de soutien.

B. La réforme de 1992 : un pas vers le mode de soutien américain


C’est donc sous cette pression internationale et sous pression intérieure puisqu’on a des stocks qui se
reconstitue de manière alarmante que le ministre de l’agriculture a adopté une réforme radicale de l’APAC
(Mac Sharry en 1992), qui est fondé sur trois mesures :
- baisser le prix d’intervention pour le rapprocher du prix de libre marché, donc une baisse de
35% pour les céréales, 15% pour la viande bovine en étalent cette baisse sur 3 ans. L’attente : réduire la
production donc dégonfler les stocks publics, qui sont réalisés par l’organisme communautaire pour
réguler le marché, la fourniture d’une matière première bon marché pour les éleveurs, mais on en attend
surtout sur l’atténuation des critiques extérieures adressé par les USA et Caims.
- la réorientation du gel des terres sur les grands producteurs : les petites exploitations sont
dispensée de ses mesures par favoriser une agriculture moins agressive.
- instauration d’aides directes versées indépendamment du niveau des prix : les agriculteurs commencent à
recevoir ces aides plutôt pour par être soutenu par des prix plus élevés

C. Le bilan de la réforme sur le plan intérieur


Cette réforme de 1992 a donné des résultats contrastés :
• Elle a permis une meilleure maitrise de la production : un des objectifs recherchés, qui a permis de faire
diminuer les stocks communautaires, le stockage ayant des coûts
• Une amélioration de la compétitivité des céréales, céréales qui sont un entrant sur la production de
l’alimentation animale, qui a permis de reconquérir ce marché
• Une progression du revenu agricole moyen mais de nombreuses disparitions d’exploitation dans le secteur
• Sur le plan macroéconomique, un coût budgétaire moins élevé que prévu : en raison de la réduction des
dépenses d’intervention et réduction des dépenses de restitution.
Néanmoins, les aides sont coûteuses et parfois difficile à justifier car souvent allé à des grandes exploitations
qui sont souvent très rentables. 1992 a favorisé l’agriculture productiviste, tournée sur l’exploitation et la
contrepartie a été une baisse continue du nombre des actifs agricoles, des résultats pas vraiment satisfaisant
sur la gestion des territoires ruraux.

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D. Le bilan extérieur : le compromis de Blair House
3 parties prenantes à ces négociations. Ces négociations ont été finalisé entre la communauté européenne et
les USA, à Blair House :
- Les aides directes et les Deficiency payement ne sont pas réduits pendant 9 ans (jusqu’en
2009)
- Les importations de la CE sont encadrées (seuil d’importation minimal, conversion des prélèvements
variables en droit de douane)
- Les exportations de la CE subventionnées doivent diminuer de 21% par rapport à la moyenne de la
période 1986-1990 et les dépenses budgétaires de 36%.

3.3.1. La réforme de 1999 intégré dans l’Agenda 2000

En 1999, une nouvelle réforme qui va accentuer les orientations prises en 1992 et qui va essayer de faire face
aux nouveaux défis auxquels l’agriculture européenne est confrontée

A. Les défis
La PAC doit faire face à des défis internes et externes.
• Le défi interne est triple, et concerne :
- le reconstitution des excédents qui apparaissent pour les mêmes raisons : du déséquilibre croissant entre
une consommation communautaire qui stagne et une productivité de l’agriculture qui est en progression
constante
- le problème budgétaire : dans un contexte où on avait 44% du budget communautaire qui est affecté au
soutien du revenu, du catégorie qui représente à l’époque 4,4% de la population active de l’Union. Mais
surtout, avec le système des aides directes, le soutien aux agriculteurs est devenu plus lisible par
l’opinion publique que ne l’était le système de soutien par les prix (financé par les consommateurs qui
ne s’en rendaient pas compte).
- l’élargissement aux PECO qui avaient un secteur agricole à très faible rendement mais un secteur
agricole qui représentait un part importante de leurs emplois. Les prix pratiqués dans ce secteur était
beaucoup plus faible que dans le cadre du marché unique européen mais des prix qui représentaient une
part importante des ménages, où l’alimentation présentait une part importante pour ces pays.
• Le défi externe est double, qui concernait l’ouverture du cycle de négociation qui se déroule dans le cadre
de l’OMC, crée en 1995, qui ouvre le cycle de Doha à la fin 2001, on a donc deux dossiers agricoles au
coeur de ses négociations commerciales et multilatérales :
- les contentieux sanitaires et phytosanitaires (SPS) : contentieux né après la crise de la vache folle mais
une multitude de crises comme la grippe aviaire, la fièvre aphteuse, les antibiotiques. Dans ses crises,
les Européens ont invoqué un principe de précaution pour rendre l’accès au marché unique plus
compliqué pour les viandes aux hormones, les organismes génétiquement modifiés, les animaux élevés
avec un recours aux antibiotiques, les agriculteurs européens étaient soumis à des contraintes nouvelles
en matière d’étiquetage, de traçabilité de leur produit. Sur ce terrain, apparition d’un contentieux très
important entre les USA et l’UE, passé par l’organe des différents de l’OMC, USA qui voyait tous ces
blocages autant de barrières comme des barrières non tarifaires aux échanges.
- le système d’aides : les subventions agricoles. La question sur les subventions agricoles, suite au
bouclage du cycle d’Uruguay, les systèmes d’aides agricoles ont mis en place un système de boites
(boite verte : aides non couplets à la production, ce sont les aides à l’environnement, pour lutter contre
la désertification/ boite bleue : aides qui ont été intégré dans la clause de Blair House/ boite orange : les
aides classiques à la production). La boite orange semblait condamnée car en vue des pays en
développement et le groupe Caims, qui protestaient que leur agriculture était déstabilisé par le
déversement ponctuel des excédents communautaires qui étaient subventionnés.

B. La réforme
Les Européens essayent de réformer leur agriculture sous pression intérieure et internationale, c’est le cas de
la réforme de 1999 qui a essayé d’anticiper un certain nombre de ses évolutions. La ligne conductrice est de
renforcer le mouvement initié avec la réforme de 1992, l’idée est que le

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comportement des agriculteurs se cale le plus possible sur l’évolution des marchés plutôt que sur les
politiques de soutien public. On a, à nouveau des baisses de prix, pour rapprocher le prix d’intervention des
prix de marché, mais ce sont des baisses qui ne sont que partiellement compensées par des aides directes. Les
buts sont les mêmes : réduire l’incitation à produire, rapprocher un peu plus les prix européens des cours
mondiaux, sur le plan de la négociation dans le cadre de Doha, de permettre de l’UE d’avoir une meilleure
posture sur la négociation et par rapport aussi à l’élargissement qui est de permettre et faciliter l’intégration
des PECOS. A signaler que l’Agenda 2000 ne prévoyait pas de verser des aides directes aux agriculteurs de
ses pays. Car ces pays avaient une secteur agricole pléthorique et la commission craignait, qu’en versant les
aides, que cela ne les incite à éviter toute restructuration de leur activité car ils bénéficieraient de prix plus
élevés et des aides directes, il était compliqué de fonctionner la politique commune à deux vitesses. La
conseil européen a arbitré en décidant une introduction graduelle des aides directes pour les nouveaux Etats
membres.
Le deuxième volet de la PAC (c’est dans cette réforme qu’il y a des préoccupations nouvelles), les aides
directes sont liées au respect des critères environnementaux. On voit apparaitre un second pilier de la PAC, à
côté du classique « soutien des marchés », avec le développement rural. C’est avec cette réforme de 1999
qu’on se rend compte que l’agriculture doit être soucieuse de l’environnement, la sécurité alimentaire, autant
de nouveaux thèmes mis en avant en 1999 par les Européens.

3.3.2. La réforme de 2003


La nouvelle réforme de la PAC adopté en 2003, s’inscrit pour une fois dans le cadre d’une stabilisation du
budget agricole consacré au marché. La politique de développement rural n’est pas concerné par cette
réforme pour essayer de favoriser un redéploiement de la PAC dans sa direction, on a donc 3 axes qui
structurent ces nouvelles réformes :
• L’élément central concerne la mise en place d’un droit à paiement unique par exploitation (DPU) qui met
en place des soutiens qui étaient en vigueur dans diverses organisations OCM, mis en place le 1er janvier
2005, en principe découplé des quantités produites, on a donc un découplage partiel pour la plupart des
productions
• Le paiement unique : conditionné au respect de certaines règles, conditionnalité de l’aide, qui suppose
l’application de 19 directives et règlements européens comme l’enregistrement des animaux, ainsi que
l’identification pour savoir s’il y a des problèmes, on trouve l’imposition de la notification des maladies,
protection des eaux sous terraines, le bien-être des animaux mais aussi des directives qui concernent le
maintien des terres dans des conditions agronomiques et environnementales satisfaisantes, maintien de
pâturage
• Modulation de l’aide : qui doit permettre de limiter les avantages, que les grandes exploitations tirent de la
PAC, cela permet aux Etats membres de dégager des fonds pour la politique de développement rural mais
aussi des besoins plus ponctuels.
Globalement, cette réforme de 2003 renforce le mouvement de façon à ce que les agriculture s’appuient
davantage sur le marché et prennent conscience des enjeux environnementaux de leur activité.

3.3.3. L’OCM unique et la réforme de 2008

Avant de procéder à l’évaluation, la communauté a souhaité simplifier le mode de fonctionnement de la PAC.


Depuis son introduction, la PAC reposait sur 21 organisations communes de marché, ces organisations
communes de marché ont été regroupées dans une OCM unique entrée en vigueur depuis le 23 novembre
2007, rendu possible avec la mise en place du droit au paiement unique, et réglemente le marché intérieur et
les échanges avec les pays tiers. L’OCM unique ne fait que reprendre les régulations antérieures, 3
orientations :
- maintien d’un filet de sécurité, intervention publique qui se fait toujours aux moyens de prix
d’intervention (prix plancher) et aux moyens de stocks d’information et qui passe par du stockage privé
par la restitution à l’exportation et par des quotas dans le secteur du sucre et du lait
- le développement d’outils de gestion de crise : avec différentes mesures pour préserver les
perturbations des marchés fréquentes dans le domaine agricole (sécheresse, aléas climatiques)

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avec la restitution à l’exportation, la suspension des droits à l’importation (quand pénurie sur une denrée),
des mesures concernant les maladies animales et la possibilité d’utiliser la réserve de crise
- renforcement des possibilités d’organisation économique : le problème est qu’on a beaucoup de
producteurs et peu d’acheteurs, donc renforcement pour les producteurs à se réorganiser à travers des
normes de commercialisation, ils ont la possibilité de s’associer dans des associations
interprofessionnelles de producteurs.
A partir de cette clarification technique, un accord est conclu au sein du Conseil en 2008, qui encore une fois,
approfondi les orientations prises en 1992, poursuivie en 1999 et 2003, par un ensemble de 6 mesures, qui
laissent une place toujours plus importante aux mécanismes de marché :
- suppression des quotas laitiers au 1er avril 2015 et du sucre au 1er octobre 2017
- suppression des jachères obligatoires de 10% pour les grandes cultures (appel pour produire davantage)
- découpage systémique du paiement unique des quantités produites
- limitation, voire disparition des achats à l’intervention pour la production de beurre, le blé.
- transfert de fonds du budget des aides directes vers celui du développement rural : pour essayer de
favoriser une agriculture de terroir, de moyenne montagne.
- utilisation de cette enveloppe par les Etats membres pour leurs priorités en matière de soutien : pour faire
face à leurs arbitrages internes qui peuvent apparaître dans le domaine agricole

Avec cette réforme, la PAC devient une politique moins encadrée, qui se différencie de plus en plus selon les
Etats membres, politique qui accorde davantage d’importances aux préférences nationales, à partir d’un
financement conséquent assuré par le budget Européen.

3.3.4. La réforme de 2013 pour les années 2014-2020

La nouvelle réforme de la PAC adoptée en 2013 qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2015 et prolonge les
orientations de 2003 et 2008, qui privilégient deux axes :
• La justice dans la répartition des aides : avec des paiements directs qui sont distribués de manière plus
équitable entre les anciens et les nouveaux Etats membres (= convergence externe), et une convergence
interne avec une distribution plus équitable entre agriculteurs, avec notamment un changement du mode de
calcul jusqu’à lors fondé sur une base historique
• Le verdissement de l’agriculture (utilisé par la commission), qui passe par le versement de 30% des
paiements directs aux revenus, aux agriculteurs qui remplissent 3 conditions :
- le maintien de pâturage permanent
- la mise en oeuvre de 2 à 3 cultures distinctes
- la préservation de « surfaces d’intérêt écologique » (des surfaces qui doivent concernées 5% des terres,
portée à 7% en 2017) : ce sont des surfaces comme les bordures de champs, les marres. La PAC finance
les agriculteurs et demandent la préservation de ces surfaces.

La différenciation nationale de la PAC se poursuit avec cette réforme, cette réforme augmente la flexibilité
de la PAC dans un cadre qui reste commun avec le maintien de mesures d’urgence qui doivent permettent de
répondre aux perturbations qui peuvent affecter le marché d’un produit. Car la PAC demeure confrontée à
des défis globaux, liés aux changements climatiques, aux crises sanitaires, à la pression des biocarburants, à
la gestion de l’eau mais aussi à un défi plus ancien qui est le défi de fin dans le monde. La négociation
agricole demeure un sujet de tension importante au sein de l’OMC, le cycle de Doha (actuellement en cours)
est actuellement dans l’impasse et tout particulièrement sur le chapitre agricole. Un produit agricole, ce n’est
pas une marchandise comme une autre car il doit satisfaire à des objectifs alimentaires, sanitaires, de
développement durable et d’aménagement du territoire. Dans un environnement internationale actuellement
marqué par une volatilité extrême des prix agricoles, par aussi la financiarisation de leur marché,
l’agriculture se doit de réaffirmer sa vocation première qui est de nourrir la population et d’assurer la sécurité
alimentaire en Europe. L’achat par la Chine, de nombreuses terres arabes notamment en Afrique, ces achats
montrent l’importance de ces enjeux. La PAC qui a permis à l’agriculture européenne de se moderniser
jusqu’à devenir de très loin, aujourd’hui, le premier

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exportateur mondial du secteur, devant les USA ; selon l’OMC, l’UE exportait 585 milliards de dollars
devant les USA qui étaient à 163 milliards de dollars. La PAC constitue un atout important pour l’UE dans la
mondialisation.

Partie 3. La politique de cohésion

3.1. Les instruments financiers de la cohésion

Le traité indique que « l’Union développe et poursuit son action tendant au renforcement de sa cohésion
économique, sociale et territoriale. En particulier, l’UNion vise à réduire l’art entre les niveaux de
développement des diverses régions et le retard des régions les moins défavorisées » (TFUE L.174).
L’Union Européenne dispose de 5 fonds pour conduire cette politique, 2 fonds structurels, 3 fonds de
solidarité auxquels s’ajoutent les prêts de la banque européenne d’investissement, et le financement de ses 2
fonds d’investissements.
Si on prend les deux instruments structurels :

• Fond social Européen (FSE), crée par le traité de Rome en 1957 et s’est spécialisé sur les politiques
d’emploi, d’éducation, de lutte contre la pauvreté. Ce fond contribue à la stratégie européenne pour
l’emploi mais ce fond est chargé de la mise en oeuvre de la garantie jeunesse qui renvoie au fait que les
jeunes se voient proposer une offre de bonne qualité portant sur un emploi, un complément de formation,
un apprentissage ou un stage dans les 4 mois qui suivent la perte de leur emploi ou la sortie de
l’enseignement. Cette aide est destinée aux jeunes qui sont ni en étude, ni en formation, dans les régions où
le taux de chômage des jeunes dépasse 25%, des financements du FSE sont ciblés pour la programmation
2014-2020 basé sur 4 objectifs :
- promouvoir l’emploi et faciliter la mobilité de la main d’oeuvre
- promouvoir l’inclusion sociale et lutte contre la pauvreté
- investir dans l’éducation les compétences l’apprentissage
- enfin renforcer les capacités institutionnelles et l’efficacité de l’administration pour mettre des
politiques d’emploi efficaces
• FEDER : fond crée en 1975, le FEDER est le pivot de la politique régionale communautaire, c’est un fond
très orienté jusqu’à la fin 2013 vers les régions en retard de développement, sur la programmation actuelle
budgétaire, il élargit à l’ensemble des régions, il privilégie de nombreux aces de financement pour 2014-
2020
- Recherche, développement et innovation
• Fond de solidarité (relève de la solidarité) : au niveau de solidarité, on a 3 grands fonds européens qui
interviennent
- Le Fond de cohésion (crée par le traité de Maastricht en 1993) : ce n’est pas un fond structurel, ne traite
pas les disparités régionales mais plutôt la disparité entre les économies nationales, donc orienté vers le
traitement des disparités entre les économies nationales, réservé aux pays dont le PNB/hab est inférieur
à 90% de la moyenne communautaire, des pays qu’on appelle « de la cohésion ». Le fond de cohésion
soutient des projets qui concernent les réseaux de transport trans-européen et l’environnement.
L’attribution des crédits doit être en face avec le pays à les absorber, il est calculé un plafond à 2,5% du
PIB que le fond ne peut pas dépasser car sinon, les versements réalisés ne pourraient pas se diffuser
correctement dans l’économie.
- Fond européen d’ajustement à la mondialisation (FEM), crée en 2007 : fond intéressant car correspond
à un changement d’analyse et des changements des Européens sur l’emploi. La commission européenne
avait montré le mondialisation comme une opportunité, avec la création de ce fond, elle concède que la
mondialisation peut entraîner des pertes d’emploi, des reconversions et reconnait une responsabilité de
l’UNion européenne dans ce processus dans la mesure où c’est l’UE qui s’occupe de la politique
commerciale commune et pilote l’ouverture des échanges. Dans ce contexte, ce fond a pour mission de
fournir une aide à la reconversion professionnelle, à la recherche d’emploi pour les travailleurs qui sont
les plus affectés par les changements de structure du commerce international, c’est un fond

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faiblement doté (500 millions d’euros par an sur la période 2007-2009), les critères ont été assouplis
avec la diffusion de la crise économique et financière après 2009.
- Fond européen d’aide aux plus démunis (FEAD) : Qui a commencé à fonctionner tardivement
(1er janvier 2014), date à laquelle elle a prit la suite du programme d’aide aux plus démunis,
programme crée en 1987, afin de distribuer les excédents de la politique agricole commune par
l’intermédiaire d’associations caritatives agrées, ce programme résultait d’un accord entre Coluche et
Jacques Delort pour la réalisation des excédents de la PAC pour les plus démunis. Suite à un arrêt de
2011, un arrêt qui estimait qu’en raison de l’importance des achats de l’UE, ce programme n’était plus
lié à la PAC mais relevait de l’aide sociale, laquelle n’est pas du champ de compétence européen, sa
reconduction n’était donc plus assurée. C’est donc sur proposition de la commission que le FEAD a été
transformé en Fond et ses missions ont été élargies à la distribution d’autres biens matériels que ceux la
PAC, avec des mesures d’inclusion sociale.
On a également, dans ses instruments, la BEI (Banque européenne d’investissement), crée suite au traité de
Rome. Au niveau de ses mission, elle s’occupe de développement régional, de réseaux de transport et de
communication, la protection de l’environnement, la maitrise de l’énergie, la compétitivité de l’industrie
européenne et le développement des PME. 2 fonds d’investissements ont été crée.
Plan Junker : Fond important car sert de support au plan d’investissement pour l’Europe, prévoit le
versement de 315 milliards d’euros d’investissement public sur 3 ans, pour stimuler la croissance
économique, plan qui devrait être prolongé jusqu’au 31 décembre 2020 et générait près de 300 milliards
d’euros d’investissement, même s’il y a quelques incertitudes sur les effets de leviers mis en oeuvre.

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