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La personnalité hystérique

Patrick Juignet, Psychisme, 2011.

La personnalité hystérique fait partie de la sphère névrotique.


Cela implique que l'évolution et la psychogenèse se soient bien
passées jusqu'au moment de la troisième structuration, celle
débouchant sur le conflit œdipien. Contrairement à l'opinion
répandue les personnalités hystériques, bien que démonstratives,
ne sont pas caricaturales.

PLAN
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◦ 1/ Clinique
▪ L’enfance
▪ Le caractère
▪ Les conduites
▪ Les conversions
▪ L’évolution
◦ Théorisation
▪ Le blocage œdipien
▪ Les tendances régressives
▪ La faiblesse narcissique
▪ Le corps

1/ Clinique
L’enfance
Les manifestations d’une orientation hystérique de la construction
de la personnalité peuvent apparaître dès quatre ou cinq ans. Le
caractère se modifie. L’enfant montre une suggestibilité, une
tendance trop prononcée à l’imitation avec des changements de
modèle rapides. Chez la fille apparaît une coquetterie excessive,
des attitudes de séduction envers les adultes. La famille est
structurée et ne présente pas de caractéristiques foncièrement
pathogènes, mais on note un lien privilégié entre le père et la fille.
Les symptômes sont divers. Ce sont principalement des
somatisations comme une aphonie, une paralysie, des troubles
sensoriels. Ce peut être un mutisme qui est souvent complet (intra
et extra familial). L’enfant a une propension à faire des crises de
nerfs. Son insertion sociale et scolaire souffre : inhibition,
inefficacité dans les apprentissages, difficultés d’attention, rêverie.
Souvent ces manifestations font suite à un événement
déclenchant : accrochage scolaire, conflit familial, maladie
somatique, problème dans l’entourage.
À l’adolescence, les troubles s’accentuent et le tableau clinique
devient proche de celui de l’adulte.
Le caractère
Le théâtralisme est caractéristique. Il reste modéré et n'est jamais
caricatural ou désadapté (dans ce cas on quitte la spère
névrotique). Grâce à lui, l’hystérique interpelle l’autre. Les
événements sont dramatisés, les propos sont amplifiés, les
attitudes et les émotions sont exagérées. L’hystérique est à la
mode, habillée de manière à attirer l’attention et à ne pas passer
inaperçu. La vie imaginaire imprègne la réalité concrète et sociale.
L’hystérique modifie, enjolive, afin de rendre sa vie plus excitante.
Il y a toujours une avidité affective, une demande exagérée vis a
vis de l’autre qui entraîne des attitude de séduction, une recherche
du prestige, le besoin d’être la vedette. On rencontre deux
inflexions possibles dans le caractère hystérique : Parfois des
caractères faibles, suggestibles, influençables et donc versatiles
dans leurs opinions leurs choix. Parfois il y a une forte affirmation
de soi, une assurance, parfois un autoritarisme. Cette forme
affirmée s’accompagne chez les femmes de tendances masculines
et d’agressivité envers les hommes.
Les conduites
La conquête, la réalisation, débutés dans l’enthousiasme ne sont
jamais satisfaisantes, surtout dans le domaine sentimental. L’élu
est vite rejeté, car il est décevant, ses mauvais côtés apparaissent
vite, il ne procure par la satisfaction sexuelle escomptée. Ce qui
est possédé perd de son intérêt. Les hystériques évitent le plus
souvent le contact sexuel qui n’est pas très satisfaisant, d’où la
rupture lorsque la séduction débouche sur une relation.
L’hystérique a une frigidité relative et préfère la masturbation aux
relations sexuelles. Toutefois cela n’est pas systématique et
certains, surtout de sexe masculin, ont une vie sexuelle bien
remplie. Le sujet a peu d’intérêt pour le résultat, l’essentiel étant
dans l’apparence, le beau geste, le fait d’être à son avantage. Il
préfère se réfugier dans la vie imaginaire plutôt que de se
confronter aux contraintes de la réalité. Il est donc en général peu
efficace. Remarquons enfin, et ce n’est pas la moindre des
caractéristiques cliniques, même si elle est difficile à cerner, que la
plasticité du sujet peut donner des conduites toutes différentes de
celles que l’on s’attendrait à trouver. Pour plaire, il peut prendre
des attitudes qui lui sont étrangères (devenir efficace, se sentir féru
d’ordre, être actif sexuellement). Un certain nombre de conduites
sont donc, en apparence, hétérogènes au tableau clinique. Elles
s’y intègrent pleinement, car elles signent la plasticité du sujet.
Les conversions
Les somatisations sont appelées "conversion" depuis Freud (1895)
pour signaler que le problème psychique se « convertit » dans le
somatique. Les conversion somatiques ne sont pas présentes chez
toutes les personnalités hystériques. Les manifestations sont
diverses. Ce peut être la paralysie d’un membre, l’impossibilité se
tenir debout (astasie abasie), l’incapacité de parler (aphonie).
Parfois le sujet présente une insensibilité partielle ou totale, des
sensations bizarres (fourmillements, brûlures), des douleurs
diverses, des céphalées. Il peut souffrir de contractures, de
crampes, de trouble sensoriels le plus souvent visuels (vision floue,
dédoublement, rétrécissement du champ). Il peut exister des
troubles viscéraux tels des spasmes bronchiques, digestifs ou
urinaires. Les grandes crises, avec des convulsions d’allure
épileptoïde, ne correspondent pas à l'hystérie névrotique mais
plutôt aux personnalités histrioniques (voir : Personnalités
histrioniques). Par contre, on rencontre fréquemment des crises de
tétanie avec contractures fourmillements crampes, tachycardie,
oppressions respiratoire, des états seconds, un refus de la
communication. Lorsqu’ils ressemblent à des troubles somatiques
connus, ils sont cliniquement paradoxaux.
Ce sont des troubles corporels, au sens ou ils viennent directement
du schéma corporel et de l’imaginaire du corps. Le mode
d’installation de ces symptômes est caractéristique. Le début est
brusque et ils s’accompagnent d’une « belle indifférence » : il y a
une plainte de circonstance et le trouble est bien toléré malgré son
caractère invalidant. Les symptômes ont une valeur expressive, on
peut leur trouver un sens même s’il est flou, vague et incertain. Ils
sont rapport avec l’époque et la culture. Les aspects somatiques
sont des troubles purement fonctionnels, c’est-à-dire réversible. Ils
ne s’autonomisent pas en syndromes physiopathologiques ou en
maladies somatiques avérées.
L’évolution
Les désagréments de la vie relationnelle provoquent, chez
l’hystérique, des épisodes dépressifs. La dépression entraîne
parfois des tentatives de suicide de gravité variable, mais en
général faible. L'acte suicidaire représente une décharge des
tensions accumulées et par là il se rapproche des « crises ». La
tentative de suicide se situe aussi dans le théâtralisme et comporte
une demande affective. C'est un appel pour remanier le champ
relationnel. Avec l'âge on voit apparaître des syndromes dépressifs
chroniques traînants et récidivants qui donnent lieu à une
alcoolisation compensatoire. L'hystérique change de style et
s’installe dans la dépendance et la plainte. Il y a une accentuation
des plaintes à caractère somatique qui prennent une allure plus
hypochondriaque et s'accompagnent d'exigences de prise en
charge médicale inadaptées.
Théorisation
L’hystérique a une organisation désirante marquée par la position
phallique et la recherche d’équivalents œdipiens. La
psychogenèse explique pourquoi l’hystérie est majoritairement
féminine.
Le blocage œdipien
Dans la configuration familiale typique il s’agit d’une fille qui na pas
été assez aimée. On remarque un manque de tendresse paternelle
, qui laisse un regret important, et une nette insuffisance d’amour
maternel entraînant des difficultés d’identification à la mère. Ces
circonstances associées à la dynamique personnelle du sujet
laissent supposer à la fille qu’une conquête du père est possible. Il
s’ensuit des échecs et une déception permanente par rapport aux
hommes car le référent objectal n’est jamais à la hauteur de l’objet,
qui reste marqué par l’image du père idéalisé. Dans ces conditions,
le désir sexuel représente une satisfaction incestueuse interdite.
« L’insatisfaction » sexuelle, fréquente chez l’hystérique, réalise
donc un compromis entre le désir et interdit. La quête de
l’hystérique porte avant tout sur la recherche de l’amour. Elle veut
être aimée d’un autre parfait, qui renvoie une image parentale
idéalisée. Elle recherche obstinément l’amour de l’autre en tant que
figure parentale perdue.
Les tendances régressives
La régression phallique peut prendre deux tournures très
différentes. Soit une revendication phallique entraînant une
identification masculine et une agressivité envers les hommes. Soit
un renoncement et un refuge dans le prégénital qui donne les
allures de petite fille aguicheuse. La sexualité manifeste une
oscillation entre le phallique et le génital. Malgré les apparences
(coquetterie, séduction, tenues sexy) l’hystérique ne prend pas un
rôle féminin. Il persiste un regret partiel et inconscient de la
possession du phallus qui suscite moins le désir que la haine et
l’envie.
Dans la structure fantasmatique organisatrice des pulsions, la
représentation du phallus existe, mais elle n’est pas liée à celle de
l’homme et le corps féminin n’est pas situé comme son objet
corrélatif. L’objet sexuel bien que global (corps sexué), garde un
caractère « partiel » car l’autre reste en partie absent.
Concrètement cela se traduit par le choix de référent représentant
l’homme sans phallus (n’ayant pas le droit ou la possibilité de s’en
servir tel prêtre, médecin, professeur) ou bien par la séquence bien
connue séduction sans conclusion sexuelle (permettant d’éviter le
phallus masculin) ou encore par des relations sexuelles prenant
une tournure de captation phallique (attitude donnant l’impression
de s’approprier le phallus du partenaire ou aboutissant au fiasco
du partenaire)
Il existe assez souvent des tendances orales infiltrant la
personnalité, mais elle ne constitue pas une régression
caractéristique. Le manque d’affection maternelle qui favorise le
problème œdipien a pu se faire sentir précocement, si bien qu’il
reste des traces sous forme de recherches compensatoires
(besoin de contact, de toucher, d’agripper, d’avoir des câlins, etc.).
Une insuffisance partielle du « holding » maternel fait souvent le lit
de l’évolution hystérique.
La faiblesse narcissique
On sait que la résolution de l’œdipe apporte une stabilisation
narcissique en donnant une identification stable et valorisée. Chez
l’hystérique, les identifications sont labiles car la fille n’a pu utiliser
le modèle maternel. L’hystérique a donc un soi qui est mal stabilisé.
Le narcissisme secondaire fragile, entraîne diverses
manifestations de réassurances et, tout particulièrement, une
survalorisation phallique qui, chez la fille, se déplace sur
l’ensemble du corps. Si l’on considère le mouvement pulsionnel par
lequel c’est soi-même qui est visé, cela donne une tendance que
l’on peut qualifier d’« homoérotique ». L’investissement excessif du
corps est autant libidinal que narcissique. Le déplacement de
l’investissement sur l’ensemble du corps est un mouvement normal
chez la fille, mais, chez l’hystérique, il est trop accentué et se fait
au détriment de l’investissement génital.
Le corps
Les somatisation hystérique ont été baptisées de conversions par
Freud, au sens ou elles convertissent assez directement un conflit
psychique en symptôme somatique. Le symptôme corporel
hystérique représente un compromis entre le désir et l’interdit.. Il
correspond à une résurgence dans une situation donnée des
représentations refoulées mais sous une forme déformée et
masquée. Par ce biais, l’hystérique demande à un personnage
paternel (prêtre, médecin) de s’occuper de son corps. La demande
se fait sur un mode régressif qui emprunte à l’oralité : les soins, le
toucher, la réassurance. La sexualité génitale n’est pas pour autant
absente, elle est refoulée. Elle va donc se manifester de manière
indirecte.
La conversion (paralysie, douleur, spasmes, etc.), dépend des
circonstances et de l’expérience individuelle. Sa signification varie
d’un sujet à l’autre. Comme le remarquait très tôt Freud, la
conversion est toujours surdéterminée. Elle a toujours plusieurs
déterminations. Ce peut devenir une manière de s'exprimer, si bien
qu'il peut y avoir sans cesse de nouvelles somatisations, en rapport
avec les circonstances.

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