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DOSSIER

Spasticité

Dr Nathalie Charbonnier,
journaliste, Paris

Spasticité La spasticité,
un symptôme fréquent
Pourquoi
la spasticité ?
et SEP dans la SEP
La spasticité se définit comme
Au cours de la SEP, la spasti-
cité est probablement liée aux
Par Nathalie Charbonnier une augmentation du tonus troubles de la conduction ner-
musculaire qui se traduit pas veuse, secondaires aux lésions
une raideur musculaire persis- qui touchent les fibres nerveuses
tante, des spasmes ou contrac- situées dans le système nerveux
tures, ou les deux. central. Comme c’est le cas des
différents troubles observés
La spasticité présente au dans la SEP, la spasticité peut
cours de nombreuses mala- se manifester par des troubles
dies neurologiques, n’est pas très variables d’une personne
spécifique de la SEP. Néan- à une autre, et chez une même
moins, plus de 8 patients personne, survenir à différents
sur 10 atteints de SEP pré- moments de la maladie et évo-
sentent une spasticité à un luer au cours du temps.
moment ou un autre de leur
maladie.
Touchant plus souvent les
Les troubles liés
hommes que les femmes, la à la spasticité
fréquence de la spasticité au Lorsque la spasticité est peu
cours de la SEP semble aug- marquée, la personne ressent
menter avec l’âge et avec une sensation de raideur
l’ancienneté de la maladie musculaire ; quand elle est
et son intensité est d’autant plus prononcée, les spasmes
plus importante que le ni- douloureux et l’augmentation
veau de handicap est élevé. importante du tonus musculaire

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Spasticité

peuvent être à l’origine d’une gêne fonctionnelle C’est la raison pour laquelle, toute spasticité ne
importante. doit pas être systématiquement traitée et seule la
La spasticité peut être focale et toucher seu- spasticité fonctionnellement gênante participant à
lement certains segments ou au contraire être l’aggravation du handicap, doit être prise en charge.
plus généralisée. Généralement, elle concerne
davantage les membres inférieurs que les Un bilan précis
membres supérieurs, en particulier les muscles indispensable
fléchisseurs et extenseurs des jambes. Parfois
isolée, la spasticité peut être aussi associée à La spasticité doit donc faire l’objet d’une évaluation
d’autres troubles, des douleurs, des spasmes complète et précise :
musculaires douloureux, des tremblements et/ Répertorier les troubles,
ou une faiblesse musculaire. Ainsi, la spasticité Identifier les différentes atteintes,
est variable d’une personne à l’autre, presque Rechercher et traiter toutes les autres causes
anodine dans certains cas ou se révélant au que la SEP susceptibles d’aggraver la spasticité
contraire très invalidante ; son évolution au
cours du temps est imprévisible. Evaluer le caractère gênant ou utile de la spasticité
sur des activités de la vie quotidienne précisées
Chez environ 1 patient sur 3, les troubles liés (transferts, déambulation, toilette, habillage...) à
à la spasticité ont des répercussions sur la vie différents moments de la journée et en dehors de
quotidienne avec des gestes de la vie de tous
toute autre cause ou facteur associé.
les jours qui deviennent difficiles et peuvent
induire une perte d’autonomie : par exemple, Et définir le caractère focal ou diffus de la
la marche, le passage de la position assisise à spasticité pour proposer le meilleur traitement,
la position debout, l’activité sexuelle, la toilette, l’objectif étant de viser la meilleure amélioration
l’habillage, la prise des objets, l’écriture ou possible.
encore l’utilisation d’un clavier d’ordinateur.
Pour un certain nombre de personnes souffrant Les éléments clés de la prise en charge
de spasticité, les efforts supplémentaires que de la spasticité
nécessitent par exemple les déplacements,
La prise en charge de la spasticité a pour objectif
augmentent considérablement la fatigue.
d’apporter une amélioration fonctionnelle, un sou-
L’impact psychologique de la spasticité peut être lagement des douleurs et parfois une facilitation
important avec chez certaines personnes, la sur- des soins. Elle repose sur une information détaillée
venue de dépression, d’altération de l’image de des patients, la mise en place d’un programme de
soi et/ou une démotivation. rééducation, des traitements médicamenteux ou
chirurgicaux et une surveillance régulière.
La spasticité, parfois utile et bénéfique Alors que dans certaines situations, la spasticité
ne doit pas être traitée car bénéfique pour la réa-
A côté des troubles qu’elle provoque, la spasticité
lisation des activités de la vie quotidienne, cer-
peut être bénéfique et par exemple, compenser
taines spasticités quand elles sont négligées peu-
un déficit, une faiblesse musculaire. Certaines
vent évoluer défavorablement et provoquer des
personnes peuvent grâce à la spasticité, marcher, se
raccourcissement musculaires, des contractures
déplacer et/ou se tenir debout.
tendineuses et musculaires fixant par exemple un
membre supérieur ou un membre inférieur dans
une position donnée. Ces situations sont alors dif-
ficiles à traiter.
Compte tenu des différents aspects des traitements
possibles, la prise en charge de la spasticité dans la
SEP est multidisciplinaire faisant intervenir autour
du patient, différents spécialistes, neurologue,
médecin généraliste, kinésithérapeute, chirurgien,
infirmière…
Un cours de stretching ou d’exercices similaires

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DOSSIER
Les traitements non médicamenteux de la spasticité

Dr Isabelle Monteil,
Interview du Dr Isabelle Monteil :
médecin de médecine physique
et de réadaptation,
Spasticité et prise en charge
Unité de rééducation
neurologique, Clinique
de la Porte Verte, Versailles.
non médicamenteuse
Par Nathalie Charbonnier

Quelle est la place aujourd’hui des traitements sibles à la chaleur (environ 70 % d’entre eux).
non médicamenteux dans la prise en charge de la Différentes techniques peuvent être utilisées avec
spasticité chez les personnes atteintes de SEP ? succès, l’immersion en balnéothérapie froide (8 à
12°), l’enveloppement des membres spastiques
A côté des traitements médicamenteux, un certain
par des manchons réfrigérés, l’ingestion de glace
nombre de traitements non pharmacologiques peu-
pilée ou encore la prise de douches fraîches. La
vent être recommandés pour améliorer la gêne fonc-
cryothérapie semble plus efficace aux niveaux
tionnelle liée à la spasticité.
des membres inférieurs qu’aux membres supé-
Premier point important à souligner : la pratique rieurs et peut également améliorer la fatigue
d’activités physiques ou sportives ne majore ou un tremblement cérébelleux. En revanche,
pas la spasticité dans cette maladie. La pratique ses effets sont transitoires et durent de 30 mn à
d’exercices physiques et / ou de sport n’est pas 3 heures selon la méthode utilisée. Son effet est
contre- indiquée et elle doit même être encou- particulièrement intéressant avant la kinésithéra-
ragée chez ces personnes, sous réserve bien sûr pie ou après la réalisation d’exercices physiques
que l’état neurologique le permette et qu’elle en association avec les étirements des muscles
soit adaptée au niveau de fatigue. spastiques.
Différents traitements non médicamenteux peuvent La stimulation nerveuse électrique transcutanée (TENS)
être proposés aux patients atteints de SEP pour amé- par séance ciblée de 20 à 30 minutes sur les muscles
liorer la spasticité et la gêne fonctionnelle qu’elle induit. spastiques, permet une diminution des spasmes et une
Les étirements des muscles spastiques. Au réduction de la spasticité. Il s’agit d’une technique qui
sein de programmes de rééducation globale in- consiste à utiliser au niveau de la région spastique, un
tégrant la gestion de la fatigue avec l’identifi- courant électrique de faible tension à l’aide de deux ou
cation de signes avant-coureurs de fatigue et la quatre électrodes placées sur la peau.
réalisation de pauses, et la gestion des différents L’entraînement sur cycloergomètre assisté électrique-
symptômes liés à la maladie, les patients souf- ment (type Motomed) est également efficace et per-
frant de spasticité peuvent bénéficier de séances met une réduction significative de la spasticité.
d’étirements des muscles spastiques. L’objectif Les stimulations électromagnétiques transcorticales
de ces étirements musculaires est de réduire la n’ont pas démontré leur efficacité et ne peuvent en-
spasticité et d’éviter les rétractions musculoten- core être utilisées de façon régulière.
dineuses qui peuvent aboutir à des déséquilibres
sévères lors des activités du patient. Initiés par les Conclusion
kinésithérapeutes (professionnels qualifiés pour La spasticité, présente dès le début de la maladie, peut
ces techniques), ces étirements doivent être en- majorer le handicap des patients. Sa prise en charge
suite réalisés régulièrement par les patients eux- est indispensable en respectant son éventuel caractère
mêmes, une fois formés à ces techniques. utile. Bien qu’efficacement soulagée par les traitements
Le yoga permet aux patients qui le pratiquent, pharmacologiques, le recours aux thérapeutiques non
d’améliorer le niveau de fatigue et ainsi de mieux médicamenteuses en complément ou en première in-
gérer la spasticité. tention limite l’ascension des doses parfois mal tolérée.
La réflexologie plantaire peut avoir un effet Ces thérapeutiques non médicamenteuses, qu’elles
bénéfique pendant quelques mois qui se traduit soient manuelles ou instrumentales ont le plus souvent
par une amélioration significative de la spasticité, un bénéfice sur la spasticité des membres.
des troubles urinaires et des paresthésies 1. 1
La cryothérapie, dont le mécanisme est encore Paresthésie : un trouble de la sensibilité tactile regroupant
plusieurs symptômes, dont la particularité est d’être
mal compris, est une technique intéressante chez désagréable mais non douloureux : fourmillements,
les patients atteints de sclérose en plaques sen- picotements, engourdissements, …

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DOSSIER
Les traitements médicamenteux de la Spasticité

Interview
Pr Djamel Bensmail,
du Pr Djamel Bensmail :
Médecine physique et de
réadaptation, Hôpital
Raymond Poincaré, Garches
Spasticité et prise en charge
médicamenteuse
Par Nathalie Charbonnier

tant (déformation du pied), confer photos ou de rai-


Quels sont les traitements deur de la cuisse, ces traitements ont des difficultés
médicamenteux utilisés pour traiter à réduire la gêne fonctionnelle et il faut envisager
la spasticité ? d’autres approches pharmacologiques.
Les médicaments ayant fait la preuve de leur effica-
cité dans des études pour traiter la spasticité chez
les personnes ayant une SEP, sont le Liorésal® et le
Sirdalud®, traitements dits anti-spastiques, c’est à
dire favorisant le relâchement de l’activité muscu-
laire. Il faut savoir cependant que la prescription
du Sirdalud® est relativement complexe en France
puisqu’elle nécessite l’accord des autorités de santé
(AFSSAPS) car elle est sous le régime des Autorisa-
tions Temporaires d’Utilisation (ATU). Griffe d’orteils
Les autres traitements oraux qui peuvent être utili-
sés n’ont pas réellement fait la preuve de leur effi- Ces traitements par voie orale
cacité (Dantrium®, Myolastan®, Neurontin®…). doivent-ilsêtre pris au long cours ?
Ces traitements, faciles à suivre puisqu’il s’agit de Ces traitements sont généralement pris sur le long
comprimés à prendre par la bouche, ont un certain terme et peut-être trop souvent d’ailleurs, car il est
intérêt dans le traitement des spasticités légères à toujours intéressant d’envisager une fenêtre théra-
modérées se manifestant par une raideur peu sévère peutique pour voir s’ils sont toujours efficaces et
des muscles. comment évolue la spasticité sans traitement.
En revanche, lorsque la spasticité devient vraiment En pratique, il n’est pas rare de voir en consulta-
gênante, par exemple en cas de griffe d’orteils im- tion des personnes atteintes de SEP et souffrant de
portante (flexion des orteils), de varus équin impor- spasticité qui prennent du Liorésal® par exemple
depuis plus de 10 ans mais finalement sans savoir
si le traitement continue à leur apporter un béné-
fice ou pas.

Il est donc conseillé de faire


régulièrement des fenêtres
thérapeutiques ; en pratique comment
cela se passe ?
La fenêtre thérapeutique consiste à arrêter le trai-
tement pendant une période donnée. En pratique,
Varus équin l’arrêt du traitement ne doit pas être brutal mais

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Les traitements médicamenteux de la Spasticité

progressif sur plusieurs semaines et le patient est Le baclofène par voie intrathécale 1 constitue une
revu deux à trois semaines plus tard : autre alternative : il s’agit de dispositifs implan-
tables qui permettent d’infuser un agent pharmaco-
Soit le patient constate une reprise des troubles
logique, le baclofène, directement dans les espaces
et/ou une aggravation de la spasticité qui in-
où circule le liquide céphalo-rachidien- confer photo :
dique que le traitement était efficace ; dans ce
pompe à Liorésal®.
cas, celui-ci doit être repris.
Ce traitement est
Soit le patient ne perçoit pas de grande différence
utilisé dans les
à chaque palier décroissant : dans ce cas, le trai-
spasticités diffuses
tement doit être diminué jusqu’à l’arrêt complet
des membres infé-
éventuel pour voir si la gêne induite par la spas-
rieurs, par exemple
ticité est modifiée ou pas. Il est important de rap-
chez les personnes
peler que le traitement ne vise pas à supprimer la
qui ont des rétrac-
spasticité ou une raideur en tant que telle, mais à
tions musculaires
améliorer la ou les gênes qu’elle occasionne chez
et des difficultés
le patient. Si la raideur ne gêne pas (elle est par-
pour déplier leurs
fois même bénéfique), il faut alors la respecter et
jambes quand ils
ne pas la traiter nécessairement.
sont allongés ou
assis, ou dont les
A côté des traitements oraux spasmes associés à
de la spasticité, peut-on proposer la spasticité pertur- Pompe à Liorésal®
bent énormément
d’autres approches dans les spasticités les gestes de la vie quotidienne.
focales ou diffuses? Ces traitements sont souvent efficaces aussi sur les
Alors que les traitements oraux sont destinés aux douleurs liées aux spasmes. Le baclofène intrathé-
spasticités légères, d’autres traitements permettent cal est actuellement le seul traitement pharmaco-
le traitement de spasticités focales ou au contraire logique efficace pour traiter les formes très sévères
de spasticités diffuses et sévères. de spasticité.
Parmi les traitements focaux de la spasticité, la Ces traitements peuvent être utilisés de façon iso-
toxine botulique permet de réduire une spasti- lée ou associée, l’objectif étant de réduire les gênes
cité qui induit une gêne très localisée comme par occasionnées par la spasticité.
exemple, une griffe d’orteil, un varus équin, un
membre supérieur qui est raide en flexion. Dans tous les cas, il doit y être associée une prise en
charge rééducative associée (kinésithérapie à base
En revanche, il est difficile de traiter plus de deux ou de postures et étirements, parfois des orthèses).
trois groupes musculaires avec la toxine botulique
compte tenu des doses maximales recommandées qui
sont limitées. Le traitement par phénol peut également Quels sont les médecins qui utilisent
avoir sa place : le phénol est un traitement qui injecté ces traitements ?
et appliqué sur un nerf, le détruit et ainsi supprime la
Alors que les traitements oraux comme le Liorésal®
spasticité présente dans le territoire de ce nerf.
sont généralement prescrits par le médecin traitant,
Ces traitements sont plutôt utilisés sur les nerfs le neurologue ou le médecin de médecine physique
essentiellement moteurs, par exemple sur le nerf et de réadaptation, la toxine botulique (dans le
obturateur qui commande les muscles adducteurs cadre de la spasticité) et le baclofène intrathécal
de cuisse, chez les personnes dont les cuisses sont sont quasiment exclusivement testés et utilisés par
accolées l‘une à l’autre et qui ne peuvent plus écarter les médecins de médecine physique et de réadapta-
les genoux. tion dans des centres spécialisés.
Ce traitement provoque alors un relâchement mus-
culaire qui permet à la personne de mieux écarter 1
Baclofène par voie intrathécale : injection directement
les genoux ce qui peut faciliter la marche, la toilette, dans le liquide céphalo-rachidien, à l’aide d’une pompe
l’habillage et éventuellement le sondage urinaire. implantée sous la peau.

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