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Le Maroc a conclu avec de nombreux pays :

- Des accords de coopération judiciaire prévoyant la reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales par
les Etats signataires ;

- Des accords d'investissement qui donnent le choix au cocontractant étranger, soit de saisir les tribunaux
marocains, soit de recourir à l'arbitrage CIRDI ou à l'arbitrage ad hoc régi par le règlement de la CNUDCI.

S'il est difficile de prendre la mesure de la pratique de l'arbitrage ad hoc, on ne manquera pas de relever la
floraison d'organismes d'arbitrage chargés de promouvoir l'arbitrage institutionnel.

Dès 1980, fut créée la chambre d'arbitrage maritime spécialisée dans le contentieux découlant du commerce
maritime.

En 1997, la chambre de commerce internationale — Maroc a créé une cour d'arbitrage à vocation générale sur le
modèle de son homologue parisien.

De nombreuses chambres de commerce ont créé sous leur égide des organismes ou des centres d'arbitrage.

Le Maroc abrite le centre arabe d'arbitrage commercial créé par la convention d'Amman du 14 avril 1987.

Enfin, le Maroc a organisé de nombreux symposiums internationaux sur l'arbitrage auxquels ont pris part les
grands noms de l'arbitrage international.

La loi 08-05 consacre la double nature de l'arbitrage ; c'est un mode à la fois conventionnel et juridictionnel de
règlement des litiges. L'arbitre est investi par une convention qui lui confère un pouvoir juridictionnel.

Cette dualité est annoncée d'entrée de jeu dans la définition qui est donnée de l'arbitrage. L'art 306 dispose que
l'arbitrage a pour objet de faire trancher un litige par un tribunal arbitral qui reçoit des parties la mission de juger
en vertu d'une convention d'arbitrage. On ne peut être plus affirmatif ou plus catégorique.

Cette dualité est développée tout au long de la loi 08-05. Le volet conventionnel se manifeste essentiellement
dans la réglementation de la convention d'arbitrage et dans l'autonomie de la volonté qui régit la constitution du
tribunal arbitral, le choix des règles de procédure, du droit applicable dans l'arbitrage international, l'attribution
aux arbitres des pouvoirs d'amiable compositeur et la fixation du délai d'arbitrage.

L'aspect juridictionnel apparaît d'abord avec force dans la terminologie utilisée : on parle de tribunal arbitral,
d'instance arbitrale, de procédure arbitrale, de pouvoir juridictionnel, de sentence, de voies de recours, de
délibérations, de dessaisissement et de chose jugée.

Ensuite, les arbitres se voient reconnaître les mêmes pouvoirs que ceux conférés aux juges étatiques:

- Ils peuvent même d'office, procéder à toutes mesures d'instruction comme l'audition des parties et des
témoins, la commission d'expert, le transport sur les lieux (art 327-11 al 1 de la loi 08-05) ;

- Ils peuvent enjoindre à une partie qui détient un moyen de preuve de le produire (art 327-11 al.2 de la loi 08-
05) ;

- Ils ont le pouvoir de fixer la date de mise en délibéré qui emporte clôture des débats art 327-21 de la loi 08-05)
;

- Ils peuvent réparer d'office ou à la demande des parties les erreurs matérielles qui se seraient glissées dans la
sentence, interpréter la sentence et même rendre une sentence complémentaire relative à un chef de demande
sur lequel il a été omis de statuer (art 327-28 de la loi 08-05).

Même si le parallèle entre la justice étatique et la justice arbitrale est frappant, il existe néanmoins deux
différences qu'il convient de relever :

- Les injonctions du tribunal arbitral aux parties ne peuvent pas être assorties d'astreinte;

- Les tiers échappent totalement au pouvoir d'injonction du tribunal arbitral ;

Si l'arbitrage est une justice privée, elle demeure une justice à part entière dans la mesure où les arbitres font
office de juges et tranchent définitivement le litige en disant le droit.
- Les arbitres sont les seuls juges de leur investiture lorsque celle-ci est contestée ; c'est la consécration par la loi
de la règle compétence- compétence. Cette règle leur permet également, en cas de contestation, de déterminer
s'ils doivent juger en droit ou en amiable composition.

- Ce sont les arbitres qui statuent sur la validité de la convention d'arbitrage lorsque la nullité de celle-ci est
soulevée. La loi 08-05 reconnaît pleinement l'autonomie de la convention d'arbitrage.

- Non seulement on applique aux arbitres le principe selon lequel le juge de l'action est le juge de l'exception,
mais on leur donne expressément le pouvoir de trancher l'incident de vérification d'écriture ou de faux incident
dans les mêmes conditions que le juge étatique.

- Toute demande formée devant un tribunal étatique doit être déclarée irrecevable en présence d'une
convention d'arbitrage si cette irrecevabilité est soulevée par une partie. Cette disposition confirme le caractère
obligatoire de l'arbitrage.

- La sentence arbitrale, dès qu’elle est rendue et avant même l'exequatur, a l'autorité de la chose jugée
relativement à la contestation qu'elle tranche.

L'article 306 du code de procédure civile a été reprofilé dans le sens de l'élargissement et d'une meilleure
clarification du domaine de l'arbitrage.

-Si la loi d'arbitrage confirme que l'arbitre ne peut intervenir qu'en matière patrimoniale, elle permet toutefois
d'y recourir en matière de statut personnel pour régler les contestations d'ordre pécuniaire qui en découlent.

- La capacité des établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) à compromettre est reconnue
tant pour l'arbitrage interne que pour l'arbitrage international.

- L'Etat, les collectivités locales et les établissements publics à caractère administratif se voient reconnaître la
capacité de compromettre pour les contestations découlant de rapports internationaux d'ordre économique,
commercial ou financier.

- Pour le reste, le domaine de l'arbitrabilité est circonscrit par deux limites :

Les matières où on ne peut pas transiger ;

 Les matières qui intéressent l'ordre public.

Si la loi de l'arbitrage a fait la part belle à l'autonomie de la volonté, elle n'en a pas moins limité cette liberté par
des dispositions impératives.

Ainsi, quel que soit le choix des parties concernant les règles de procédure ou le mode d'arbitrage, ad hoc ou
institutionnel, les droits de la défense doivent être respectés sous peine de nullité de la sentence.

De même, la loi introduit le principe de l'impartialité qui met fin définitivement à l'institution du tiers arbitre
départiteur. Dès lors, l'arbitre ne peut plus être perçu comme le représentant de la partie qui le désigne ; il fait
partie d'une formation appelée à trancher de manière collégiale un litige. On ne saurait mieux faire ressortir
l'incompatibilité qui existe entre les fonctions d'arbitre et celles de mandataire.

Enfin, le monopole des personnes physiques pour la mission d'arbitrage est affirmé pour souligner que cette
mission est confiée à l'arbitre intuitu personae.

La loi 08-05 contient des dispositions supplétives destinées à «gérer les silences contractuels». Ces dispositions
sont les suivantes :

- Si les parties n'ont rien prévu en ce qui concerne les règles de procédure, le tribunal règle la procédure sans
être tenu de suivre les règles établies pour les juridictions.

- Si la convention d'arbitrage n'a pas fixé de délai pour le prononcé de la sentence, la mission des arbitres doit
être accomplie dans un délai de six mois. Sur le délai de l'arbitrage, il y a trois innovations intéressantes dans la
loi 08-05 :

• le délai légal passe de trois à six mois (art 327-20-1).


• Le délai commence à courir à partir de l'acceptation de sa mission par le dernier arbitre nommé (art 327-20-1).
• Le délai qu'il soit conventionnel ou légal peut être prorogé par le président du tribunal à la demande soit de
l'une des parties, soit du tribunal arbitral (art 327-20-1).

L'intervention du juge a été réaménagée pour en faire une autorité d'assistance et d'appui à la procédure
arbitrale.

Il intervient en cas de difficulté de constitution du tribunal arbitral, de prorogation du délai d'arbitrage et de


difficultés relatives à la récusation ou à la révocation des arbitres.

Ce soutien du juge à l'activité arbitrale sonne le glas à cette impression qu'ont certains juges que l'arbitre est un
braconnier qui chasse sur leurs terres et donc un concurrent dont il faut maîtriser les élans. Les juges doivent
considérer l'arbitre comme un auxiliaire chargé d'alléger leur charge de travail particulièrement lourde et
partant, encourager le recours à l'arbitrage par un appui sans faille au travail