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P A R T I E

Interactions avec
l’environnement
c h a p i t re 39 La biosphère

■ MESSAGE PRINCIPAL
La configuration globale de la
circulation de l’air et de l’eau peut
provoquer des phénomènes
climatiques dans une partie du globe
et toucher les écosystèmes partout
dans le monde.

El Niño

D
es événements catastrophiques ont touché la
plupart des écosystèmes du monde entier. Le tielles. Ces bouleversements météorologiques drama-
long de la côte occidentale de l’Amérique du tiques ont été désastreux sur certaines productions
Sud, les poissons dont dépendaient les oiseaux marins agricoles et ont été à l’origine de l’apparition de mala-
et les pêcheurs locaux ont disparu. Des milliers d’oi- dies : les récoltes du maïs ont inexorablement dimi-
seaux marins sont morts affamés. Plus au nord, le long nuées en Afrique du Sud, des champs de blé austra-
de la côte californienne, les herbiers sous-marins liens ont été détruits et le choléra a ravagé plusieurs
dominés par de longs filaments d’algues brunes, le régions d’Amérique du Sud.
varech, ont été détruits ou fortement endommagés par Cette liste de désastres ressemble à des scènes d’un
les tempêtes. Encore plus au nord, les côtes cana- film de science-fiction évoquant le jour du jugement
diennes et celles de l’Alaska ont été touchées par une dernier. Mais ces événements – et d’autres événements
élévation brutale et provisoire du niveau de la mer et semblables – ont réellement eu lieu en 1982 et 1983,
par des précipitations anormalement abondantes. ainsi qu’en 1997 et 1998. Ces catastrophes n’ont pas été
De l’autre côté de l’océan, sur l’ensemble du Paci- provoquées par des envahisseurs étrangers, ni par des
fique occidental, le niveau de la mer s’est abaissé, pro- hommes. Elles ont été déclenchées par des change-
voquant la mort des nombreuses espèces peuplant les ments naturels du sens des vents et des courants océa-
récifs coralliens. Dans le Pacifique oriental, d’autres niques, des changements dénommés de manière glo-
récifs ont été gravement atteints et entre 50 à 98 % de bale sous le vocable du phénomène El Niño.
divers coraux sont morts. Des territoires séparés par Dans ce chapitre, nous examinerons comment se
des milliers de kilomètres ont ressenti les fluctuations forme le climat terrestre basé sur des schémas de cir-
de ces conditions météorologiques exceptionnelles et culation des vents et des courants marins. Le phéno-
violentes : certaines forêts pluvieuses à Bornéo ont été mène El Niño n’est qu’un exemple des effets profonds
ravagées par la sécheresse et les incendies, et certains que la circulation de l’air et de l’eau provoquent sur le
déserts du Pérou ont été inondés par des pluies torren- vivant partout dans le monde.
630 PARTIE 6 Interactions avec l’environnement

■ CONCEPTS CLÉS
1. Les écologues étudient les interactions entre les orga- 4. Les biomes terrestres couvrent de grandes régions géo-
nismes et leur environnement. Toutes les interactions éco- graphiques et sont habituellement désignés en fonction
logiques ont lieu dans la biosphère, qui est composée de de la végétation dominante. L’établissement de biomes
tous les organismes vivant sur Terre ainsi que des environ- terrestres dans une certaine région est déterminé par le
nements dans lesquels ces organismes vivent. climat et par les activités humaines.
2. Le climat a un effet capital sur la biosphère. Le climat 5. Les biomes aquatiques couvrent environ 75 % de la sur-
est déterminé par le rayonnement solaire incident, les face de la Terre. Ils sont habituellement caractérisés par
mouvements globaux de l’air et de l’eau et les particulari- l’état physique de l’environnement. Les biomes aquatiques
tés de la surface de la Terre. sont fortement influencés par les biomes terrestres adja-
cents, par le climat et par les activités humaines.
3. La biosphère peut être divisée en zones biogéogra-
phiques terrestres et aquatiques, appelées les biomes.

D
es millions d’espèces connues coexistent sur Terre de la biosphère. C’est également un domaine important de
et des millions restent à découvrir. Chacun de ces la biologie appliquée. Comme nous l’apprendrons dans cette
organismes vit en un lieu ou en un habitat caracté- Partie, les hommes modifient la biosphère. Ces modifications
ristiques. L’ensemble de ces organismes et de leurs habitats sont souvent fortuites ou ont des conséquences inattendues.
composent la biosphère, qui englobe la totalité des êtres Un des principaux objectifs de l’écologie est de collecter les
vivant sur Terre ainsi que les environnements dans lesquels données sur les impacts des activités humaines sur la vie sur
ils vivent. La biosphère est très complexe. Elle comprend, Terre et de comprendre leurs mécanismes.
entre autres, les prairies, les déserts, les forêts pluvieuses Pour donner un exemple, les chlorofluorocarbones (CFC),
tropicales, les cours d’eau et les lacs. Elle renferme égale- qui sont des produits chimiques synthétiques utilisés entre
ment les sols sur lesquels on marche et les bactéries qui autres comme réfrigérants dans les bombes aérosols et dans
s’y développent, ainsi que les sources hydro-thermiques au la fabrication des mousses d’isolation, ont créé un « trou »
fond des océans et les bactéries qui les colonisent. dans la couche d’ozone de l’atmosphère. C’est typiquement
Dans ce chapitre, nous traiterons du climat terrestre et de un effet secondaire potentiellement dangereux de ces tech-
ses effets sur la biosphère. Nous décrirons également les nologies qui n’a pas été prévu (Figure 45.3). Le trou dans la
biomes terrestres et aquatiques et les principaux comparti- couche d’ozone est extrêmement dangereux parce que
ments qui composent la biosphère. Mais en premier lieu, nous l’ozone absorbe la plupart des rayonnements UV du soleil
ferons une brève révision de l’écologie, discipline scienti- dans l’atmosphère et les empêche d’atteindre la Terre et, de
fique consacrée à l’étude des interactions entre les organismes ce fait, protège les organismes des mutations de l’ADN pro-
et leur environnement, qui fait l’objet de cette sixième partie. voquées par l’exposition à la lumière UV (Figure 14.9). Les
écologues cherchent à comprendre les mécanismes de la for-
mation du trou d’ozone ainsi que ses conséquences sur les
L’écologie : l’étude des interactions entre organismes vivant sur la Terre.
Dans les différents chapitres de cette Partie, l’étude de
les organismes et leur environnement l’écologie nous amènera à considérer les organismes isolés,
Tous les organismes interagissent avec leur environnement. puis les populations, ensuite les interactions entre les orga-
Ces interactions vont dans les deux sens : les organismes nismes, les communautés, les écosystèmes et, enfin, les chan-
transforment leur environnement (par exemple lorsqu’un gements globaux provoqués par l’homme. Mais toutes les
castor construit un barrage qui bloque l’écoulement d’un interactions écologiques, indépendamment de leurs niveaux
cours d’eau et crée un étang ou un lac), et l’environnement biologiques, ont lieu dans la biosphère. Aussi, commence-
modifie les organismes (par exemple lorsqu’une période rons-nous l’exploration de l’écologie par une révision sur
de sécheresse prolongée limite la croissance des espèces la biosphère, afin de pouvoir utiliser les notions données
végétales dont se nourrit le castor). dans ce chapitre pour comprendre les différents niveaux de
Les écologues étudient les interactions à plusieurs niveaux la hiérarchie biologique (des individus aux écosystèmes) qui
de la hiérarchie biologique dans la nature (voir le Chapitre 1) : intéressent l’écologie.
les organismes isolés, les groupes d’individus appartenant à
la même espèce (les populations), les groupes d’espèces dif- ■ Les écologues étudient les interactions entre les
férentes (les communautés) et les écosystèmes. Ces derniers organismes et leur environnement à différents niveaux,
englobent toutes les espèces présentes dans une zone déter- allant des individus aux écosystèmes. Un des objectifs
minée et l’environnement dans lequel elles vivent. L’ensemble principaux de l’écologie est de mettre en évidence et
de tous les écosystèmes sur la Terre compose la biosphère.
de comprendre de quelle façon les activités humaines
L’écologie est une discipline de grande portée et très com-
plexe, allant de l’étude des différents organismes à l’étude affectent la vie sur la Terre.
Dans les régions polaires,
l’atmosphère reflète plus d’énergie CHAPITRE 39 La biosphère 631
solaire que les régions.
Rayonnements Pôle Nord
solaires Figure 39.1 Les rayonnements solaires agissent forte-
ment sur le climat
Les rayonnements solaires touchent la Terre sous un certain angle
et donc moins directement dans les régions polaires que dans les
Dans les régions polaires, une régions tropicales. Cette différence a deux effets majeurs. Premiè-
Terre quantité donnée d’énergie rement, les rayons solaires parcourent de plus longues distances à
solaire est propagée sur des travers l’atmosphère pour atteindre les régions polaires que la
Rayonnements surfaces plus grandes…
solaires proximité de l’équateur. Puisque l’atmosphère reflète, absorbe et
réfléchit la lumière solaire, plus la distance parcourue par les
Équateur
rayonnements à travers l’atmosphère est longue, moins il y a
d’énergie qui atteint la surface terrestre. Deuxièmement, la quan-
tité d’énergie solaire qui atteint la surface terrestre est propagée
…que dans les régions équatoriales. sur de plus grandes surfaces dans les régions polaires que dans les
régions équatoriales. Ces deux effets cumulés font que les régions
polaires ne reçoivent seulement que 40% du rayonnement solaire
touchant les régions tropicales.

Atmosphère Le climat dépend des rayonnements solaires


terrestre Pôle Sud incidents
Les régions tropicales proches de l’équateur terrestre sont
beaucoup plus chaudes que les régions polaires. Cette dif-
Le climat férence de température résulte de l’inégalité de la distribu-
tion du rayonnement solaire. En effet, la lumière solaire
Les conditions météorologiques englobent la température, atteint l’équateur perpendiculairement, et sous une certaine
les précipitations (les pluies et les chutes de neige), la vitesse inclinaison à proximité des Pôles Nord et Sud. En consé-
du vent, l’humidité, la présence de nuages et les autres états quence, les régions polaires ne reçoivent que 40 % du rayon-
physiques de la basse atmosphère, propres à un endroit et nement solaire qui atteint les tropiques (régions situées entre
à un instant donné généralement de courte durée. Les condi- 23,5° de latitude Nord et 23,5° de latitude Sud) ce qui leur
tions météorologiques, comme nous le savons, changent donne une température ambiante beaucoup plus froide
rapidement et sont difficilement prévisibles. Mais le climat, (Figure 39.1).
les conditions météorologiques d’une région pendant des La quantité de rayonnement solaire reçue par les régions
périodes de temps relativement longues (30 ans ou plus), est en dehors des tropiques change considérablement pendant
prévisible. Le climat a un effet majeur sur les interactions l’année, cela provoque les saisons (Figure 39.2). Les varia-
écologiques. En fait, dans la biosphère, les organismes sont
plus fortement influencés par le climat que par les autres Inclinaison constante
conditions environnementales. Sur la terre ferme, par de 23,5°
Líaxe a utour
exemple, les composantes climatiques, duquel tourne
telles que la température et la pluvio- la Terre Pendant l’hiver,
métrie, déterminent la formation des l’hémisphère Nord est
Pendant l’été, éloigné du Soleil.
différents biomes, comme le désert, la
l’hémisphère Nord est
prairie ou la forêt pluvieuse tropicale. incliné vers le Soleil.
Dans cette section, les facteurs
déterminants pour le climat seront ana- Printemps
lysés : la quantité de rayonnements
solaires, les mouvements d’air et d’eau
et les principales caractéristiques géo- Hiver
logiques. Dans les paragraphes sui-
vants, nous d’envisagerons de quelle Sun
façon le climat influence la biosphère. Été

Automne
Figure 39.2 L’inclinaison terrestre
produit les saisons
Dans l’hémisphère Nord, l’hiver commence officiellement
le 21 décembre, quand les jours sont les plus courts et que
l’hémisphère Nord est le plus loin du soleil. L’inverse a lieu
le 21 juin, le premier jour d’été, quand les jours sont les
plus longs et que l’inclinaison de l’hémisphère Nord par
rapport au soleil est la plus grande.

Équateur
L’air sec
et froid L’air humide
descend. Cellule 2
monte.
nord
Les mouvements d’air et d’eau déterminent le
Pôle Nord climat
Au niveau de l’équateur, la lumière intense du soleil
Toundra
arctique réchauffe l’air humide et fait monter les couches d’air en alti-
tude. En effet, l’air chaud s’élève car la chaleur provoque sa
Forêts de conifères L’air sec dilatation et le rend moins dense, donc plus léger par rap-
60° et froid port à l’air plus frais. Pendant ce mouvement ascendant, l’air
Forêts et prairies descend. chaud et humide se refroidit. En conséquence, il libère de
l’humidité sous forme de pluies, car l’air frais ne peut pas
retenir autant d’eau que l’air chaud (Figure 39.3). Naturel-
Désert
lement, l’air frais redescend. Cependant, dans ce cas, il ne
30° Cellule peut pas le faire immédiatement en raison de l’air chaud qui
1 nord
s’élève dans les couches inférieures. Au lieu de cela, l’air frais
Forêts
se déplace vers le nord et vers le sud et a ten-
L’air chaud et dance à redescendre à nouveau à la surface ter-
humide se restre autour de 30° de latitude. En descendant,
Forêt
0° refroidit en l’air frais se réchauffe, ce qui lui permet de se
tropicale
pluvieuse
s’élevant et charger davantage en eau. Lorsque la masse
produit la pluie. d’air arrive vers l’équateur, il absorbe l’humi-
dité provenant de la surface terrestre. Avant
Forêts
Cellule qu’il n’atteigne l’équateur, l’air est encore une fois réchauffé
30° 1 sud et humide, alors il s’élève pour recommencer le cycle.
La Terre a quatre cellules de circulation atmosphérique
Désert
ou cellules convectives composées d’air chaud et humide
ascendant et d’air frais et sec descendant (Figure 39.3). Deux
Forêts et prairies L’air sec des quatre cellules convectives sont situées dans les régions
60° et froid tropicales et deux dans les régions polaires, où elles créent
descend. des vents prévisibles. Dans les régions tempérées (entre 30°
et 60° de latitude), les vents sont plus variables et il n’existe
pas de cellule convective stable. Les vents variables se créent
quand l’air frais et sec des régions polaires se mêle à l’air
chaud et humide circulant des tropiques aux pôles.
Pôle Sud
Les vents créés par les quatre cellules convectives ne se
Cellule 2 dirigent pas directement vers le nord ou vers le sud (Figure
L’air humide 39.4). En effet, la rotation de la terre entraîne une courbure
L’air sec sud
monte libérant
et froid ou une déviation des trajets verticaux de ces vents lorsqu’ils
de l’humidité
descend. se déplacent à proximité de la surface de la terre. Par
exemple, les vents qui sont dirigés vers l’équateur sont
Figure 39.3 La Terre possède quatre cellules convectives déviés vers l’ouest. Quand c’est le cas, ils soufflent venant
géantes de l’est ; par conséquent on nomme ces vents, les vents d’est.
Deux cellules convectives sont situées dans l’hémisphère Nord et De même, les vents qui se dirigent vers les pôles soufflent
les deux autres dans l’hémisphère Sud. Dans chacune cellule en venant de l’ouest et s’appellent les vents d’ouest. Ainsi,
convective l’air relativement chaud et humide s’élève, puis libère dans toutes les régions géographiques, les vents soufflent
l’humidité sous forme de pluie ou de neige. Ensuite, l’air frais et dans une direction prévisible ; ces mouvements d’air sont
sec descend vers la surface terrestre et s’écoule à nouveau dans la connus en tant que vents dominants. Au Canada méridio-
région où l’air chaud s’élève. nal et dans une grande partie des États-Unis, par exemple,
les vents soufflent en venant de l’ouest. C’est la raison pour
laquelle les orages dans ces régions se déplacent habituel-
lement de l’ouest vers l’est.
tions saisonnières de grande amplitude du rayonnement Les courants marins ont également un effet essentiel sur
solaire sont dues au fait que l’axe de la terre est incliné de le climat. La rotation de la terre, les différences de tempéra-
23,5°. Lorsque la terre tourne autour du soleil, l’hémisphère ture océanique entre les pôles et les tropiques et le mouve-
Nord est dirigé vers le soleil en juin (et par conséquent il ment des vents dominants dans toutes les directions, contri-
reçoit plus d’énergie) et il est plus éloigné du soleil en buent à la formation des courants marins. Dans l’hémisphère
décembre (et par conséquent il reçoit moins d’énergie). L’exa- Nord, les courants marins ont tendance à circuler entre les
men attentif de la Figure 39.2 montrera pourquoi c’est l’hi- continents dans le sens des aiguilles d’une montre ; dans l’hé-
ver dans l’hémisphère Sud (au Chili, par exemple) quand misphère Sud, ils tendent à circuler dans le sens inverse
c’est l’été dans l’hémisphère Nord (au Canada, par exemple). des aiguilles d’une montre (Figure 39.5).
CHAPITRE 39 La biosphère 633

Les modèles principaux de


circulation de l’air sont établis
Cellule 2 par quatre cellules
nord convectives.
Vents d’est
Figure 39.4 Les modèles globaux
60° N de la circulation de l’air
Vents d’ouest
Le mouvement de l’air dans les quatre cellules
convectives caractérise le modèle fondamental
30° N de la circulation de l’air sur la Terre. La rota-
tion terrestre entraîne la déflexion des vents
Cellule 1
vers l’est où vers l’ouest. La direction vers
Vents d’est nord
laquelle ils dévient dépend de leur localisa-
tion, mais dans toutes les régions géogra-
phiques du globe, les vents soufflent générale-
Équateur ment dans des directions prévisibles.

Vents d’est Cellule 1


sud
30° S

Vents d’ouest
60° S
La rotation terrestre entraîne Figure 39.5 Les principaux courant marins
l’orientation des vents vers Vents de l’est Cellule2 du monde
l’Est où vers l’Ouest. sud Les courants marins froids figurent en bleu et les
courants marins chauds en rouge.

Dans l’hémisphère Nord, la plupart


des courants marins circulent dans
m ASIA
le sens des aiguilles d’une montre. ASIE
trea
ulf S
AMÉRIQUE
NORTH G EUROPE
DU NORD
AMERICA

AFRIQUE
AFRICA

AMÉRIQUE
SOUTH Équateur
Equator
DU SUD
AMERICA

AUSTRALIE
AUSTRALIA

Courant du
Pérou

ANTARCTIQUE
ANTARCTICA
Dans l’hémisphère Sud, la plupart des courants marins
circulent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
634 PARTIE 6 Interactions avec l’environnement

Les courants marins transportent une quantité énorme


La formation des déserts
d’eau et ont une grande influence sur les climats régionaux.
Le Gulf Stream, par exemple, déplace un volume d’eau 25 Les déserts sont des régions caractérisées par de très faibles
fois supérieur au volume total transporté par tous les fleuves précipitations. Bien que la plupart des déserts soient situés
du monde. En absence de l’effet de réchauffement de l’eau dans des zones très chaudes, il existe également des déserts
portée par ce courant, des pays comme les États-Unis et la sous des climats plus frais. La formation des déserts illustre
Norvège auraient un climat subarctique à arctique. D’une bien la façon dont le climat d’une région est régi par l’action
façon générale, le Gulf Stream permet aux villes européennes combinée des rayonnements solaires incidents, des courants
occidentales d’être beaucoup plus chaudes que les villes d’air et d’eau et des principales caractéristiques de la surface
d’Amérique du Nord de même latitude, par exemple Rome de la Terre.
et Boston, Paris et Montréal et Stockholm et Fort-Chimo (ville Plusieurs des plus grands déserts du monde sont situés
de 1 400 habitants du Québec, au Canada). autour de 30° de latitude (Figure 39.7). Ils se trouvent sous
ces latitudes pour deux raisons : premièrement, l’air sec qui
descend dans ces zones est peu chargé en humidité et
Les caractéristiques principales de la surface de
apporte ainsi peu de précipitations (Figure 39.3). Deuxiè-
la Terre influencent aussi le climat mement, ces latitudes sont relativement proches de l’équa-
La chaleur est absorbée et libérée plus lentement par l’eau teur et l’atmosphère y est donc chaude. Naturellement, des
que par la terre ferme. Par conséquent, puisque par rapport températures élevées avec des précipitations faibles favori-
à la Terre, les océans et les grands lacs assurent bien le main- sent la formation des déserts.
tien de la chaleur, ils modulent le climat des terres qui les D’autres déserts, notamment ceux situés en zone tempé-
jouxtent. Les montagnes peuvent également exercer un effet rée, sont formés exclusivement ou partiellement par des
important sur le climat d’une région. Par exemple, les mon- ombres de pluie créées par des montagnes. Les ombres de
tagnes produisent souvent un effet d’ombre de pluie qui pluie ont contribué à la formation du désert de Mojave et le
repose sur le fait que les versants à l’abri des vents domi- Grand Bassin (désert relativement froid à haute altitude)
nants d’une montagne reçoivent moins de précipitations en Amérique du Nord, ainsi que le désert de Gobi en Asie.
(Figure 39.6). Dans la Sierra Nevada en Amérique du Nord, Enfin, certains des déserts les plus secs dans le monde, tels
cinq fois plus de précipitations tombent du côté occidental que les déserts d’Atacama (en Amérique du Sud) et le désert
des montagnes (exposé aux vents soufflant de l’océan) que du Namib en Namibie (Sud-Ouest de l’Afrique), se sont
du côté est des montagnes à l’abri des vents. Les chaînes créés dans des régions où la trajectoire des vents dominants
montagneuses du Nord des États-Unis, d’Amérique du Sud, venant de la mer passe au-dessus des courants marins froids.
d’Asie et d’Europe créent également des ombres de pluie. L’air se refroidit lorsque les vents circulent au-dessus de l’eau

Figure 39.6 L’effet de l’ombre de pluie


Le côté d’une haute montagne, qui fait face aux vents dominants
(versant exposé au vent), reçoit plus de précipitations que le côté
de la montagne à l’abri des vents (versant à l’abri des vents). On
désigne celui-ci le versant à l’ombre de pluie.
Sur le flanc de la haute montagne qui fait face aux vents,
l’air monte et se refroidit. Puisque l’air froid contient moins
Sommet de
d’eau que l’air chaud, la pluie ou la neige tombent.
la montagne

Du côté de la montagne à l’abri des


vents, l’air descend et se réchauffe
en libérant peu de précipitations.
Les vents prévalents s’imbibent
de l’humidité des nappes d’eau.
Région à l’ombre
de pluie
Océan
CHAPITRE 39 La biosphère 635

froide, libérant la pluie avant que les vents n’atteignent les très différentes, sont réunies dans un seul biome pour faci-
régions côtières. Quand les vents frais et secs arrivent près liter la lecture de la carte.
des côtes, ils se réchauffent encore et déversent peu de pluie, Prenons les prairies, par exemple. Le biome de prairies
ils provoquent ainsi des conditions extrêmement arides ; le comprend les prairies arides (caractérisées par des herbes
désert d’Atacama, par exemple, ne reçoit seulement que 0,6 rases et résistantes à la sécheresse) du Sud-Ouest de l’Amé-
centimètre de précipitation par an. rique du Nord, la prairie d’herbes hautes (caractérisée par
de hautes herbes et de grandes quantités de fleurs sauvages)
■ Le climat d’une région est la résultante de trois fac- au centre-Nord d’Amérique du Nord et dans la savane afri-
teurs principaux : la quantité de rayonnement solaire caines (ces prairies ont occasionnellement quelques arbres).
Ce qui est vrai pour les prairies est vrai pour tous les biomes :
incident, les mouvements de l’air et de l’eau et les
soit les espèces poussant dans un biome et soit les conditions
caractéristiques principales de la surface terrestre. écologiques de celui-ci peuvent considérablement changer
d’un endroit à l’autre.

Les biomes terrestres La localisation des biomes terrestres est détermi-


Après avoir introduit les facteurs influençant le climat, nous
née par le climat et les activités humaines
concentrerons notre attention sur les effets du climat sur la Le climat est tout simplement le facteur le plus important du
biosphère. La biosphère peut être divisée en plusieurs zones contrôle de l’emplacement possible ou normal de biomes ter-
principales de vie terrestre et aquatique appelées les biomes. restres. Le climat d’une région – notamment, la température
Le climat détermine les positions géographiques des diffé- ainsi que l’abondance des précipitations et leurs périodes –
rents biomes. permet à certaines espèces de prospérer tout en empêchant
Les biomes terrestres, comme les prairies et les forêts tro- la survie d’autres. D’une façon générale, les effets de la tem-
picales, couvrent de grandes régions géographiques et géné- pérature et de l’humidité sur les espèces sont responsables
ralement ils portent le nom de la végétation dominante dans de la présence de biomes particuliers dans un ensemble
cette région. L’environnement terrestre de notre planète se cohérent de conditions (Figure 39.9).
partage en sept biomes principaux : la forêt tropicale, la forêt Le climat peut exclure directement ou indirectement cer-
tempérée, la prairie, la garrigue ou le maquis (ou chaparral taines espèces d’une zone géographique. Les espèces qui ne
aux États-Unis), le désert, la forêt boréale et la toundra (qui peuvent pas tolérer le climat d’une région en sont directe-
englobe les sommets des hautes montagnes) (Figure 39.7). ment exclues. Les espèces qui tolèrent ce climat, mais qui
La Figure 39.8 illustre chacun de ces biomes avec une photo sont dépassées par d’autres espèces mieux adaptées au
caractéristique. Gardez à l’esprit, cependant, que les cartes climat, en sont indirectement exclues.
et les photographies d’un biome peuvent donner l’impres-
sion erronée que la totalité du biome est homogène. Pour
réaliser la carte mondiale des biomes terrestres comme celle Figure 39.7 Les biomes terrestres principaux
qui est représentée sur la Figure 39.7, des régions réellement Cette carte représente la distribution probable des principaux
biomes terrestres sur Terre. Cependant la répartition réelle est for-
tement influencée par les activités humaines.

30° N

Légende
Équateur

Toundra
Forêt boréale
Forêt tempérée 30° S
Forêt tropicale
Garrigue et maquis
Prairies
Désert
(b) Forêt tempérée

(a) Forêt tropicale

( f ) Forêt boréale

(d) Garrigue et maquis

(e) Désert

Figure 39. 8 Les biomes terrestres dans des régions où les étés et les hivers sont doux et où les préci-
(a) Les forêts tropicales se forment dans les régions chaudes et pitations sont faibles à modérées. (e) Les déserts se forment dans
pluvieuses, elles sont dominées par une riche variété d’arbres, des régions où les précipitations sont très faibles, généralement
d’arbustes et de plantes grimpantes. (b) Les forêts tempérées sont inférieures à au plus 25 centimètres par an au moins. (f) Les forêts
dominées par les arbres et les arbustes qui poussent dans des boréales sont dominées par des conifères qui poussent dans les
régions caractérisées par des hivers froids et des étés chauds et régions du Nord ou en hautes altitudes, caractérisées par des
humides. (c) Les prairies sont répandues dans le monde entier et hivers froids et secs et des étés doux et humides. (g) Les toundras
sont dominées par des herbes et une riche variété de fleurs sau- se trouvent à de hautes latitudes et de hautes altitudes, elles sont
vages. (d) La garrigue et le maquis sont caractérisés par des dominées par les arbustes de faible hauteur et des plantes non-
arbustes et des plantes non-ligneuses de petite taille qui poussent ligneuses qui tolèrent le froid extrême.
CHAPITRE 39 La biosphère 637

Bien que le climat soit un facteur limitant dans les positions géogra-
phiques des biomes, l’ampleur ou la distribution réelle des biomes dans
le monde à l’heure actuelle est très fortement influencée par les hommes
(voir l’Encadré). Nous reviendrons à l’intervention des hommes sur les
biomes naturels quand nous aborderons les changements globaux dans
le Chapitre 45.

■ Il existe sept biomes terrestres principaux. Le climat peut empê-


cher la survie d’une espèce dans une région de manière directe ou
indirecte. Bien que le climat soit le facteur le plus important dans
la sélection de la localisation probable des biomes terrestres, leur
emplacement réel est fortement influencé par les activités
humaines.

Les biomes aquatiques


(c) Prairies Il y a des milliards d’années, la vie a évolué dans l’eau et les écosystèmes
aquatiques couvrent environ 75 % de la surface de la Terre. On trouve
huit biomes aquatiques principaux : les cours d’eau importants (fleuves
et rivières), les lacs, les zones humides, les estuaires, la zone intertidale,
les récifs de corail, l’océan et la zone benthique (Figure 39.10). À la dif-
férence des biomes terrestres, les biomes aquatiques sont généralement
caractérisés par des états physiques de l’environnement, tels que la
teneur en sel, la température de l’eau, la profondeur de l’eau et la vitesse
des flux d’eau.
Comme pour les biomes terrestres, les photographies de la Figure
39.10 représentent seulement une petite partie de la diversité des biomes
aquatiques. Les biomes de lac, par exemple, comprennent les eaux super-

Régions
arctiques

Toundra
Au
gm
en
tat

Régions
ion

subarctiques
Forêt boréale
de
l
at
em

(g) Toundra Régions



rat

tempérées
Forêt
ur
e

tempérée Guarrigue et maquis


Régions Prairies Désesrt
tropicales

Forêt
tropicale
Désesrt

Prairies
Figure 39.9 La localisation des biomes terrestres e
dépend de la température et des précipitations e ress
la séch
n de
tatio
men
Aug
638 PARTIE 6 Interactions avec l’environnement

■ LA BIOLOGIE DANS LA VIE QUOTIDIENNE


Qu’est ce qu’un « biome naturel » ?

L
ocalisez la région dans laquelle sont ceux qui considèrent la lande courant : dans de nombreux cas, l’ac-
vous vivez sur la Figure 39.7. Le comme un merveilleux paysage natu- tion de l’homme a consisté à créer ou à
biome pointé sur la carte corres- rel, ils ignorent que ces régions main- maintenir des paysages que l’on estime
pond-t-il réellement à votre environne- tenant couvertes de landes furent, dans aujourd’hui beaux et naturels. Les pay-
ment ? Pour un bon nombre d’entre le passé, recouvertes de bois de chêne. sages qui ont été façonnés par les acti-
vous, la réponse est négative. La figure En fait, les landes doivent complète- vités humaines sont-ils naturels ?
39.7 montre les biomes probables – les ment leur existence aux hommes – elles Qu’est exactement « la nature » ? Est-ce
types de végétation qui pourraient s’y ont été constituées au moment où les qu’il s’agit d’un état primitif dans lequel
développer d’après le climat pour hommes ont coupé les arbres et ont uti- l’homme est exclu ? Ou « la nature »
chaque région particulière. Mais en réa- lisé la terre pour le pâturage. inclut-elle, au moins en partie, les
lité, les hommes ont converti la plus Les landes sont un simple exemple hommes et leurs impacts sur le
grande partie de ces biomes potentiels de ce qui est en réalité un phénomène monde ?
en zones urbaines (logement et entre-
prise industrielle) et agricoles. De
vastes régions de l’Amérique du Nord
n’ont plus leurs biomes originaux, du
fait qu’elles ont fait l’objet d’une conver-
sion presque complète des prairies ori-
ginales en zones urbaines et agricoles.
Dans certaines parties du monde, les
hommes ont tellement modifié le pay-
sage et depuis si longtemps que nous
considérons, maintenant, que ce pay-
sage modifié est « naturel ». Considérez
les landes d’Angleterre et d’Écosse,
sites célèbres grâce aux récits sur Sher-
lock Holmes et aux annonces publici-
taires de voyage. Bien que nombreux

ficielles continentales, qui vont des petits étangs aux lacs


de très grande taille. En outre, les espèces rencontrées dans Figure 39.10 Les biomes aquatiques
deux types de biome aquatique sont souvent très différentes. (a) Les fleuves sont des pièces d’eau douce relativement étroites
Par exemple, les algues peuvent coloniser un lac qui ren- qui se déplacent continuellement dans une seule direction. (b) Les
ferme de grandes teneurs en azote et phosphore. Quand les lacs sont des pièces d’eau douce stationnaires de tailles variées,
algues meurent, leurs résidus sont consommés par des bac- dont la superficie varie de quelques mètres carrés à plusieurs mil-
téries. Le développement des bactéries et leur reproduction liers de mètres carrés. (c) Les zones humides sont caractérisées par
peuvent épuiser l’oxygène dissous dans l’eau, à un point tel des eaux peu profondes qui traversent les terres fermes et qui
que cette anoxie relative entraîne la mort des poissons du côtoient les fleuves, les lacs ou les océans. (d) Les estuaires sont les
lac. En revanche, une pièce d’eau pauvre en azote et phos- écosystèmes par lesquels les fleuves se jettent dans la mer et où
phore abrite peu d’algues, peu de bactéries, des niveaux les marées sont de grande amplitude. (e) Les zones intertidales se
élevés en oxygène et de nombreuses espèces de poissons. trouvent dans des régions côtières où les marées ont un cycle quo-
tidien, elles sont donc périodiquement submergées et émergées.
Ainsi, bien que les deux aires soient définies comme étant
(f) Les récifs coralliens se forment dans des eaux chaudes et peu
des lacs, les espèces qui y vivent diffèrent énormément.
profondes situées sous les tropiques, ils doivent leur nom aux
coraux dont dépendent la plupart des autres organismes peuplant
Les biomes aquatiques sont influencés ces biomes. (g) Les océans couvrent la plus grande partie de la sur-
par les biomes terrestres, le climat face terrestre. Ils sont constitués d’une zone peu profonde
et les activités humaines (euphotique) (de 100 à 200 m de profondeur) dans laquelle a lieu
la photosynthèse, et de zones plus profondes dans lesquelles peu
Les biomes aquatiques, notamment les lacs, les fleuves, les de lumière pénètre. (h) Les zones benthiques, situées dans les pro-
zones humides et les parties côtières des biomes marins, sont fondeurs des autres biomes aquatiques sont peuplées d’une
fortement influencés par les biomes terrestres qu’ils avoisi- grande variété d’organismes.
(b) Lac

(a) Rivière

(d) Estuaire

(g) Océan

(c) Zone humide

(h) Zone benthique


(e) Zone Intertidale

( f ) Récif coralien
Un poisson des eaux
profondes de l’océan
640 PARTIE 6 Interactions avec l’environnement

nent ou au milieu desquels leur eau circule. Par exemple,


l’altitude plus ou moins élevée de la terre ferme détermine COUP DE PROJECTEUR
la position des lacs ainsi que la vitesse et la direction de
l’écoulement de l’eau. Par ailleurs, quand l’eau va d’un Un monde
biome terrestre à un biome aquatique, elle apporte avec elle
les nutriments dissous (tels que l’azote ou le phosphore) qui On dit que les conquistadors espagnols refroidissaient leurs
faisaient partie du biome terrestre. Puisque les nutriments flasques d’eau dans les eaux exceptionnellement fraîches au
ne sont qu’en faibles quantités dans de nombreux biomes large de la côte péruvienne. Ces eaux froides arrivent dans
aquatiques, les nutriments importés du biome terrestre envi- les régions du Sud avec le courant du Pérou (Figure 39.5).
ronnant ont souvent un effet significatif. Par exemple, dans Les températures froides des eaux superficielles de cette
un lac, l’apport excessif de nutriments provenant d’une région viennent également des eaux froides et riches en
exploitation agricole riveraine peut influencer le dévelop- nutriments qui s’élèvent des profondeurs océaniques vers la
pement des algues et la vie des poissons, comme nous surface. Elles procurent une nourriture et une température
l’avons signalé précédemment. convenables à un très grand nombre de petits organismes
Les biomes aquatiques sont aussi fortement influencés marins, que constitue le plancton. Ce plancton alimente une
par le climat. Dans les régions tempérées, par exemple, les variété très riche de poissons. Avant son effondrement en
changements saisonniers de la température font que, dans
un lac, les couches d’eau superficielle s’enfoncent en
Normalement, le courant froid du
automne et au printemps, ce qui apporte de l’oxygène au Pérou (ou de Humbolt) circule vers
fond du lac. Dans les régions tropicales, les variations sai- l’ouest, à proximité de l’équateur et
sonnières de la température ne sont pas assez prononcées se réchauffe au cours de son trajet.
pour provoquer un panachage semblable des couches d’eau Océan Pacifique
supérieures vers les couches inférieures d’un lac. L’absence
de ce type de mélange se traduit par une certaine hypoxie
dans les eaux profondes des lacs tropicaux, à laquelle rela-
tivement peu de formes de vie résistent.
Le climat a également des effets importants dans l’océan Pacifique
Western
ouvert. Par exemple, le climat participe aux changements equatorial
équatorial Pacific
occidental
thermiques, au niveau de la mer et à la salinité des océans
partout dans le monde. Comme nous l’avons vu au début
de ce chapitre, les conditions physiques de l’océan ont des
effets dramatiques sur les organismes qu’y vivent ; ainsi, le
climat a-t-il un effet prépondérant sur la vie marine.
En définitive, tout comme les biomes terrestres, les
Pendant un phénomène El Niño, l’eau
biomes aquatiques sont fortement affectés par les activités chaude circule de l’ouest vers l’est et
humaines. Des régions considérables de certains biomes n’interfère pas avec le courant du Pérou.
aquatiques, comme les zones humides et les estuaires, sont
souvent détériorées lors de la réalisation de projets de déve-
loppement. Les fleuves, les zones humides, les lacs et les
biomes littoraux sont altérés par la pollution, dans la plupart
des régions du monde. Les biomes aquatiques souffrent éga-
lement de la destruction ou de la modification par l’homme
des biomes terrestres situés à leur proximité. Par exemple,
lors du déboisement des forêts à des fins agricoles ou pour
le bâtiment, les niveaux d’érosion des sols peuvent aug-
menter considérablement car les arbres ne les retiennent
plus. Une érosion accrue peut obstruer des rivières et des
Le courant
fleuves avec la vase, ce qui nuit ou tue les invertébrés, les du Pérou
poissons et de nombreuses autres espèces. affaibli

■ Il existe huit biomes aquatiques fondamentaux.


Généralement caractérisés par les conditions phy- Figure 39. 11 Les phénomènes El Niño
siques de l’environnement, les biomes aquatiques sont Pendant un phénomène El Niño, les vents d’ouest repoussent les
eaux superficielles chaudes du Pacifique oriental vers le Pacifique
fortement influencés par les biomes terrestres envi- occidental. Le changement de température à la surface des eaux
ronnants, par le climat et par les activités humaines. marines qui en résulte provoque ensuite le bouleversement des
courants marins, du sens des vents, du niveau de la mer et des
précipitations, tout autour du globe. Les courants marins froids
figurent en bleu et les courants marins chauds en rouge.
CHAPITRE 39 La biosphère 641

1972 (causé par El Niño), la pêche d’anchois au Pérou était tures des eaux superficielles, causant des modifications au
la plus importante au monde ; en 1970, le rendement de cette niveau des courants marins (dont l’affaiblissement du cou-
espèce de poisson correspondait à environ 20 % de l’en- rant froid du Pérou), des systèmes de vents, des niveaux de
semble des poissons récoltés au niveau mondial. la mer et de la pluviométrie dans la majeure partie du
Chaque année, la période de pêche péruvienne se termine monde. Ceux-ci et d’autres changements météorologiques
quand un courant d’eau chaude, connu des pêcheurs locaux perturbent sérieusement les systèmes naturels décrits au
comme une manifestation d’El Niño (littéralement, « l’en- début du chapitre et illustrés par la figure 39.12.
fant », ainsi appelé parce qu’il apparaît souvent à la période Les phénomènes El Niño illustrent également un point
de Noël), circule vers le sud le long de la côte de l’Équa- général important : les modèles globaux de la circulation
teur. Habituellement, cette eau chaude a un effet temporaire de l’air et de l’eau peuvent se manifester dans une partie du
et local. Mais une fois tous les 2 à 10 ans, la présence d’eau monde, mais affectent des écosystèmes partout dans le
chaude indiquant la fin de la période de pêche représente le monde. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants,
début d’un phénomène El Niño : une série de changements il peut être difficile de comprendre les interactions écolo-
météorologiques qui déclenche des inondations, des incen- giques qui se produisent localement. Dans de nombreux cas
dies, des pluies torrentielles, des sécheresses, des maladies, cependant, ce que les écologues (et les politiciens) doivent
des échecs culturaux et d’autres événements, comme ceux vraiment comprendre ce sont les interactions locales ainsi
décrits au début de ce chapitre (Figure 39.11). que les effets d’événements éloignés. De telles notions exi-
Pendant un phénomène El Niño de grande ampleur, les gent une connaissance pointilleuse de la biosphère – tâche
vents qui soufflent habituellement de la côte de l’Amérique monumentale et complexe. À tous ce qui prétendent qu’il
du Sud vers l’ouest changent de direction et soufflent vers n’existe plus de frontières scientifiques à explorer, la bio-
l’est. Lorsque ces vents soufflent vers l’est, ils poussent l’eau sphère donne une preuve formidable de leur erreur.
chaude du Pacifique occidental à l’est. L’arrivée de cette eau
chaude venant du Pacifique occidental change les tempéra- Figure 39.12 Les phénomènes El Niño ont des effets
considérables et variés dans le monde entier


Îles des
Galápagos

•Tahiti

Légende

Affecte les Érosion Affecte Sécheresse Inondations Incendies Affecte Tempêtes Maladies Maladies
populations côtière les récifs les organismes tropicales transmises par transmises
des oiseaux de corail marins des animaux par l’eau
642 PARTIE 6 Interactions avec l’environnement

Coup de projecteur : Un monde


■ Une fois tous les deux à dix ans, un courant d’eau ■ Le phénomène El Niño montre comment les modèles glo-
chaude plus fort que d’habitude circule le long de la baux de la circulation de l’air et de l’eau font que des événe-
côte occidentale de l’Amérique du Sud et signale le ments qui se produisent dans une partie du monde ont des
début d’un phénomène El Niño, une série de change- conséquences de grande portée.
ments qui modifient les modèles de conditions météo-
rologiques et affectent les écosystèmes dans le monde
entier. TERMES FONDAMENTAUX
Biome p. 000 Écologie p. 000
Biosphère p. 000 Écosystème p. 000
RÉSUMÉ Cellules convectives p. 000 Ombre de pluie p. 000
L’écologie : l’étude des interactions entre les organismes et Climat p. 000 Phénomène El Niño p. 000
leur environnement Conditions météorologiques
■ Les écologues étudient les interactions entre les organismes p. 000
et leur environnement à différents niveaux qui vont des indi-
vidus aux écosystèmes.
■ Le but principal de l’écologie est de rapporter et de com-
prendre les conséquences sur la vie sur Terre des activités RÉVISON DU CHAPITRE
humaines dégradant la biosphère.
Auto-évaluation
Le climat

1. Parmi les termes suivants, lequel n’est pas un niveau de
Le climat dépend du rayonnement solaire incident. Les
hiérarchie biologique généralement étudié par les éco-
régions tropicales sont beaucoup plus chaudes que les
régions polaires, car la lumière du soleil touche la Terre per- logues ?
pendiculairement à l’équateur mais sous un angle incliné à a. l’écosystème
proximité des pôles. b. l’individu
■ Le climat est fortement influencé par quatre cellules convec- c. l’organite
tives qui créent des vents relativement prévisibles à travers d. la population
le globe. 2. Parmi les événements suivants, lequel contribue à la for-
■ Les courants marins transportent une énorme quantité d’eau mation d’un désert ?
et peuvent avoir un effet considérable sur des climats régio- a. les vents qui soufflent au-dessus de courants chauds
naux. b. l’air frais et sec qui descend vers la Terre à environ 30°
■ Les climats régionaux sont également affectés par les carac- de latitude
téristiques principales de la surface terrestre. Par exemple,
c. les ombres de pluie
les montagnes peuvent créer des ombres de pluie, et contri-
d. b et c
buent, de ce fait, à la formation des déserts.
3. Londres en Angleterre et Winnipeg au Canada sont des
Les biomes terrestres villes situées à une même latitude, pourtant Londres a un
■ Il y a sept biomes terrestres principaux : la forêt tropicale, la climat beaucoup plus chaud que Winnipeg. Pourquoi ?
forêt tempérée, la prairie, le chaparral (appelé garrigue ou a. Le Gulf Stream réchauffe l’Europe.
maquis en Europe), le désert, la forêt boréale et la toundra. b. Le courant du Pérou maintient le froid au Canada.
■ Le climat est le facteur principal qui définit l’emplacement c. Les vents d’est soufflent à Londres, et les vents d’ouest
possible des biomes terrestres. Le climat peut empêcher la à Winnipeg.
survie d’une espèce dans un certain territoire de manière d. Il y a un effet d’ombre de pluie à Winnipeg.
directe ou indirecte.
■ La localisation réelle des biomes terrestres est fortement 4. La biosphère se compose
influencée par les activités humaines. a. de tous les organismes vivant uniquement sur la Terre.
b. seulement des environnements dans lesquels vivent les
Les biomes aquatiques organismes.
■ Il y a huit biomes aquatiques principaux : le fleuve, le lac, la c. de tous les organismes vivant sur Terre et des environ-
zone humide, l’estuaire, la zone intertidale, le récif de corail, nements dans lesquels ils vivent.
l’océan et la zone benthique. d. aucune des réponses ci-dessus.
■ Les biomes aquatiques sont habituellement caractérisés par
des conditions physiques de l’environnement, comme la 5. Quel(s) aspect(s) du climat influence(nt) le plus fortement
température, la salinité et le mouvement de l’eau. les emplacements des biomes terrestres ?
■ Les biomes aquatiques sont fortement influencés par les a. les ombres de pluie
biomes terrestres environnants, par le climat et par les activi- b. la température et la précipitation
tés humaines. c. uniquement la température
d. uniquement les précipitations
CHAPITRE 39 La biosphère 643

Questions de révision Donnez un exemple qui montre comment des interactions


écologiques locales peuvent être bouleversées par des évé-
1. Argumentez votre point de vue sur la différence entre les nements se déroulant en des lieux éloignés.
emplacements potentiels et réels des biomes. Quels fac-
teurs déterminent les emplacements potentiels et réels des 3. Expliquez comment le climat peut empêcher la survie
biomes ? d’une espèce dans certaines zones des biomes terrestres et
aquatiques.
2. Expliquez en utilisant vos propres mots comment les
modèles globaux de la circulation locale de l’air et de l’eau 4. À étudier individuellement : pourquoi fait-il plus froid au-
produisent des événements locaux dont les conséquences dessus d’une haute montagne (qui est plus près du soleil)
écologiques se manifestent dans des lieux éloignés. qu’aux pieds de cette montagne (plus loin du soleil) ?

39

Éditorial : Protégez notre biosphère,


achetez une voiture hybride essence – électricité
Les Européens sont de plus en plus motorisées qui devraient passer à 1,2 marques vendent déjà les véhicules
dépendants de leurs voitures. Nous milliards en 2020, il devient vital de électriques hybrides (VEH) avec une
aimons nos voitures et nous aimons diminuer les émissions de CO2 d’au- consommation d’environ 4l/100 km
sillonner les routes. Le problème, tant que les dégâts d’effet de serre et que l’on qualifie d’« admirables
c’est qu’à chaque kilomètre parcouru, sont en partie irréversibles. véhicules à basse émission ». Ces voi-
de l’anhydride carbonique (CO2) est Malheureusement, les émissions tures infligent un minimum de dom-
libéré dans l’atmosphère. C’est un de CO2 s’additionnent rapidement. mage à l’environnement, en offrant
problème parce que l’anhydride car- Par exemple, si vous possédez un dans un certain sens « le beurre et l’ar-
bonique est un gaz à effet de serre, SUV classique et que vous conduisez gent du beurre ».
ce qui signifie qu’il fonctionne plus de 4 kilomètres par jour, vous D’autres constructeurs de voitures
comme les fenêtres de votre voiture : libérez dans l’air plus que « votre juste ont des VEH en cours de fabrication
il laisse passer le soleil mais piège la part » de CO2 (la « juste part » des ou de mise au point. Ainsi, pour un
chaleur. Les scientifiques annoncent émissions de CO2 d’une personne bon nombre d’entre nous, un « VEH
que si nous ne réduisons pas la quan- étant la quantité qu’elle peut émettre de rêve » est disponible dès mainte-
tité de CO2 rejeté dans l’atmosphère, dans l’atmosphère sans contribuer aux nant ou le sera prochainement. Les
la température de la planète va s’éle- émissions globales de CO2 perturba- VEH sont beaux, ont une bonne puis-
ver considérablement, modifiant ainsi trices du climat à l’échelle mondiale). sance et sont faciles à utiliser (vous
les écosystèmes naturels et agricoles Que devrions-nous faire ? Vous n’avez pas à les brancher, ils se
de la biosphère. pourriez attendre environ 10 ans pour rechargent lorsque vous conduisez).
En France, sur le total des rejets de acheter des moteurs de voitures équi- Les VEH économisent votre argent et
CO2, les automobiles et les camions pés de nouvelles technologies aident à préserver l’environnement
en représentent un tiers. Si l’on consi- (comme des piles à combustible). global. Y a-t-il une raison quelconque
dère l’évolution du parc mondial Mais si vous voulez vous différencier de ne pas les aimer ?
évalué à 700 millions de véhicules plus tôt plutôt que trop tard, certaines

Questions soulevées par l’actualité


1. Une autre manière de réduire les émis- voiture supporte-t-elle la comparaison qui émettent des gaz à effet serre à un
sions des gaz à effet de serre serait avec un HEV ? Conseil : vous pouvez niveau élevé devraient être pénalisés ?
l’utilisation de diverses sortes des comparer votre voiture à deux HEVs, Par exemple, devrait-il exister un
transports en commun. Pourquoi le Honda Insight ou le Toyota Prius, « impôt sur le réchauffement global »
d’après vous le transport public est-il sur le site Internet prélevé lors de la vente de SUVs et
si peu utilisé aux États-Unis ? http ://209.10.107.169/tailpipetally/ d’autres véhicules qui émettent de
grandes quantités de CO2 ?
2. En termes de coût annuel et des effets 3. Pensez-vous que les personnes qui
sur l’environnement, comment votre achètent des voitures et des camions

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