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Gabriel Valtchev Haute école de Musique de Genève

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Genève
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Commentaire de Texte

Dans ce patchwork d’extraits de texte, Philippe Meirieu introduit l’idée que l’activité
pédagogique n’est pas sans implication de l’éducateur, et qu’admettre la subjectivité de ce
dernier reconnaît que ce n’est pas seulement la connaissance « pure » et neutre qui est
transmise, mais aussi qu’une diffusion des idées et convictions de l’éducateur à travers ce
processus est fait. C’est un acte solidaire et social où l’éducateur, aussi par son exigence,
transmet également des valeurs, et où l’enseignement fait partie d’un contexte humain.

Philippe Meirieu va connecter l’éducateur avec le savoir transmis, et par ce biais, va


également injecter, avec ce qui apparaît comme une passation de savoirs et de valeurs
généreuses, la présence de l’égo de l’éducateur. En clair, c’est en plaçant des valeurs et des
convictions en l’élève, que l’éducateur pourrait y trouver une forme de satisfaction et de
reconnaissance qui ne concernent que lui. C’est un aspect assombrissant l’image altruiste du
« donneur » de Philippe Meirieu. Le donneur souhaite-t-il transmettre pour lui-même, pour
l’accomplissement d’un prosélytisme, ou bien pour réellement émanciper l’élève et lui
ouvrir le plus de portes ?

Il me semble important d’énoncer quelques nuances par rapport aux idées que Meirieu
expose. L’éducateur transmettrais son savoir et ses valeurs tout en explicitant que ceux-ci ne
sont pas les seuls chemins à prendre, et qu’il faudrait complémenter son enseignement par,
soit une introduction à d’autres réalités, ou en exposant clairement qu’une certaine forme
de prosélytisme est en place durant le processus pédagogique, et que lui-même y trouve une
forme de reconnaissance à aboutir à transmettre ses connaissances et valeurs. Cela
permettrait à l’élève de se désaliéner de l’emprise que l’éducateur pourrait effectuer pour sa
propre satisfaction ou pour son « honneur », même si les valeurs et connaissances
transmises sont « saines ».

Un fervent défenseur de son savoir et de ses principes peut également se perdre


dans la rigidité. Une approche phénoménologique et empirique de l’enseignement peut
également rendre l’éducateur adapté à une société qui change avec une rapidité telle que
chaque génération d’enfants peut percevoir une autre réalité sociale, économique et
culturelle que la génération précédente.
En tant qu’élève, j’ai pu vivre une éducation où certains professeurs enseignaient surtout
pour s’affirmer que de trouver le temps pour l’écoute.

Philippe Meirieu expose des idées intéressantes lorsqu’il parle des défis que devrait
surmonter pour pouvoir partager, et comment le donneur doit s’adapter tout en restant
intègre et exigeant. C’est d’autant plus juste dans le domaine de l’enseignement musical, où
la fusion entre la technique, le propos, la sensibilité, et enfin la bonne diffusion (gestion du
stress par exemple) de ces trois éléments doivent se mêler pour aboutir à une liberté pour le
musicien. En complément à tous ces éléments, il y a également l’esthétique et le contexte
qui viennent enrober tous ces éléments. En laissant de côté l’enseignement technique et
cérébral, il y a tout de même un mystère qui surgit, c’est le concept absurde et brouillé de la
musicalité.

J’ai eu l’occasion de voir une exposition et assister à des discussions sur le concept de
musicalité à Art Genève, curaté par Augustin Maurs et Catherine Othenin–Girard.
En pratique, un musicien classique comprend la musicalité par tout son bagage musical, tout
ce qui lui a été exigé, et tout ce qu’il exige désormais de lui-même. Cependant, la musicalité
n’est pas une donnée clairement définie en termes théoriques, et l’on peut voir des
évènements non-musicaux être de la musique, un son, ou toute d’évènement sonore
intéresser les compositeurs, les artistes et les mélomanes (Par exemple, Machina Humana
de David Hudry, créé au festival Archipel en mars 2018).

Il va de soi que l’enseignement de la musicalité est relatif et propre à chaque


professeur. Il est important pour moi dès lors de parler d’honnêteté du propos musical
plutôt que du concept de musicalité comme une notion absolue. C’est à ce croisement de
chemins que l’élève et le professeur peuvent être en désaccord sans être en opposition. Le
fait que le professeur sache qu’un élève assume une honnêteté sensible assumée et
réfléchie, devrait apporter la plus grande richesse au donneur, car c’est l’honnêteté qui a
primée, non les valeurs subjectives contenues dans le royaume de la musicalité.

En somme, la transmission d’une pratique musicale est effectivement vouée à


partager des valeurs et des savoirs qui sont spécifiques mais aussi universels. Le professeur
doit pouvoir également se détacher de son propre jugement si l’application de certaines
valeurs comme l’honnêteté par exemple amène à des recherches esthétiques dont il n’est
pas familier ou qu’il ne considère pas comme dignes d’intérêt. L’arbre fruitier qui a germé
dans l’élève devrait être la chose la plus importante pour le professeur, pas les fruits que cet
arbre produit.