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La théorie, le concept, les écoles de pensées et

les apports des anticipations rationnelles

FACULTÉ D’ADMINISTRATION
DÉPARTEMENT D’ÉCONOMIQUE

ANALYSE MACROÉCONOMIQUE I

PRÉSENTÉ À :

M. LOUIS ASCAH

PAR :

OLIVIER CROTEAU
RAPHAËL DOSTIE-GOULET
VICKY GRENIER
PIERRE-GUILLAUME LABERGE
TABLE DES MATIÈRES

Introduction ........................................................................................ 1

Première et deuxième générations des anticipations.......................... 3

Modèle de John F. Muth : introduction et concept des


anticipations rationnelles.................................................................... 5

Modèles de Lucas, Sargent suivis par celui de Ricardo repris


par Barro............................................................................................. 8

Idées générales des Classiques et des Keynésiens concernant


les anticipations rationnelles ............................................................ 11

Conclusion et récapitulatif des apports des anticipations


rationnelles ....................................................................................... 13

ANNEXE I
Les principaux courants de pensée en économie

ANNEXE II
Diverses définitions des anticipations rationnelles

ANNEXE III
Un cycle économique des anticipations rationnelles
INTRODUCTION

Qu’est-ce que l’économie? Il s’agit en fait d’une science qui étudie les
moyens pour tenter de combler nos nombreux besoins, qui sont
illimités, avec des ressources qui parfois, sont bien limitées. Le terme
économie reste quand même bien large et peu de gens sont vraiment
capables d’en utiliser le plein potentiel. De cette science, trois sous-
groupes peuvent en ressortir. Le premier, l’économétrie, très
mathématique, est surtout utile pour faire de l’analyse. La
microéconomie, quant à elle, étudie les comportements économiques
des ménages et des entreprises, le fonctionnement des marchés ainsi
qu’une panoplie d’effets découlant des interventions gouvernementales
et des taxes sur les prix et les quantités des biens et services.1 Pour
terminer, la troisième grande branche est la macroéconomie qui se
définie comme étant l’étude des phénomènes économiques nationaux
et globaux, des fluctuations et de la croissance des agrégats
économiques ainsi que des effets apportés par les actions
gouvernementales exercées sur eux.2 Ce qui fait de l’économie une
science complexe, c’est que ces trois branches peuvent être subdivisées
à nouveau en sous-parties. Dans la macroéconomie, il y a différentes
écoles de pensées qui se sont créées avec les années (voir l’annexe I).
Initialement, soit au XVIIIe et XIXe siècle, l’école classique était celle
qui dominait. C’était la pensée libérale qui dominait, les principaux
tenants de ce courant de pensée avançaient que le marché était
autorégulateur et qu’il allait toujours revenir à l’équilibre.
Malheureusement, avec la crise économique de 1929, les gens ont
commencé à se dire que les classiques n’avaient peut-être pas la vérité
infuse. C’est à ce moment que John Maynard KEYNES3 est apparu
avec un modèle d’économie de marché qui rendaient souhaitables les
interventions de l’État dans l’économie. Ainsi, durant les années 1930,
KEYNES s’est rendu compte que les néoclassiques avaient tort
lorsqu’ils affirmaient que le chômage était volontaire. KEYNES sort
alors sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie en
1936 qui présente la base de la macroéconomie traditionnelle. « La
macroéconomie keynésienne traditionnelle a été la conception
économique dominante durant les Trente glorieuses ; elle a

1
PARKIN, M, BADE, R, CARMICHAEL, B, Introduction a la macroéconomie moderne,
ERPI, 2000, 568 p. ;
2
Idem ;
3
KEYNES John Maynard était un économiste et un mathématicien britannique (né le
5 juin 1883 à Cambridge et décédé le 21 avril 1946 à Firle, Sussex). Il est le
fondateur du keynésianisme, doctrine économique qui encourage l'intervention de
l'État à certains moments précis au sein de l'économie, pour assurer le plein
emploi. ;
1
inspiré la plupart des politiques conjoncturelles de cette époque. »4.
Mais vers la fin des années 1950, de nouvelles écoles de pensées
classiques sont apparues. Ils se sont fait appeler l’école des
anticipations, fondateurs de la nouvelle économie classique. Pour les
nouveaux économistes classiques, le fondement de la macroéconomie
doit être la microéconomie, soit de sorte que l’étude tienne compte que
les comportements des individus soient parfaitement rationnels
(l’économie globale est le fruit de l’agrégation des comportements
individuels). Nous pouvons donc nous questionner sur l’impact de
cette hypothèse dans l’économie et sa raison d’être. Pour en apprendre
d’avantage, nous allons poser notre regard sur différents points de
l’école des anticipations afin de pouvoir mieux saisir les apports de
cette école de pensée dans notre perception de l’économie. Nous
donnerons les raisons qui ont amené les nouveaux classiques à
proposer cette théorie, nous présenterons leurs idées et nous
exposerons les différentes critiques.

4
MONTOUSSÉ, Marc, Nouvelles théories économiques, Édition Boréal, 2002, p.46;
2
PREMIÈRE ET DEUXIÈME GÉNÉRATIONS DES
ANTICIPATIONS

La première génération de travaux concernant les anticipations a été


introduite par les monétaristes au cours de la décennie 50-60. Les
principaux tenants sont notamment MEISELMAN5, MODIGLIANI6,
SUTCH et FRIEDMAN7. Ils ont forgé les hypothèses traditionnelles
de formation de prévisions (qui sont les anticipations adaptatives,
extrapolables ou régressions) en ayant comme but de les appliquer aux
théories de la structure de taux. Les hypothèses les plus marquantes de
cette génération concernent les anticipations adaptatives. Selon cette
théorie, les agents économiques ne fondent leurs anticipations de
valeurs futures d’une variable que sur des valeurs passées de la
variable en question. Ainsi, l’inflation anticipée se fonde sur
l’expérience acquise au cours des années antérieures. Les anticipations
sont donc biaisées, les individus se trompent systématiquement, en
particulier lorsque l’on change le processus d’inflation. Dans ces
conditions, le processus de formation des anticipations peut paraître
irrationnel : affirmer que les individus commettent systématiquement
des erreurs est plus restrictif que d’admettre qu’ils ne se trompent en
moyenne jamais.

La seconde génération de travaux à été introduite par John F. MUTH8


Robert Lucas
en 1961 et initiée par LUCAS9 1970, SARGENT10 1972,

5
Le modèle d’apprentissage par l’erreur (« error-learning ») de MEISELMAN
(1962) a tenu le devant de la scène pendant une grande partie de la décennie
soixante. MEISELMAN postule que les agents révisent leurs anticipations de taux
en fonction de l’erreur constatée sur les précédentes prévisions. Sous l’optique de
la théorie des anticipations, ces prévisions sont représentées par les taux à terme
implicites ;
6
MODIGLIANI Franco, 1918, économiste américain d’origine italienne ; il a élaboré
deux concepts économiques essentiels soit l’hypothèse du cycle de vie qui explique
les variations de consommation et d’épargne tout au long de la vie ainsi que « le
théorème Modigliani Miller » qui montre que la valeur d’une entreprise est
indépendante de la structure de son financement (fonds propres et endettement) ; il
a reçu le prix Nobel en 1985 ;
7
FRIEDMAN Milton est un économiste américain, il est né le 31 juillet 1912 à New
York et est reconnu comme étant le chef de file des monétaristes, ayant cherché à
démontrer les principes fondateurs du keynésianisme. Il a développé de
nombreuses thèses dont l’effet d’éviction, la critique à long terme de la courbe de
Phillips et la règle d’or de la masse monétaire. Conseiller de Nixon, FRIEDMAN
est l’un des économistes majeurs de XXe siècle ; il a reçu le prix Nobel de science
économique en 1976 ;
8
MUTH John, né en 1930, professeur de l’Université de Stanford, a publié le célèbre
article « Rational Expectations and the Theory of Price movements »,
Econometrica, 29, 1961 ;
9
LUCAS Robert est un économiste américain né en 1937 à Yakima, dans l'État de
Washington. Fondateur de la Nouvelle Économie Classique, il appartient à
« L'École de Chicago ». Il a reçu le Prix Nobel d'économie en 1995 pour son
3
MODIGLIANI et SHILLER 1973. Ces économistes se préoccupent
d’examiner les théories traditionnelles sur l’hypothèse d’anticipations
rationnelles. Suite à celle-ci, la première génération fut balayée
totalement car la « révolution » des anticipations rationnelles à été
d’une telle force qu’elle a rendu toute spécialisation alternative
pratiquement nulle. La différence entre ces deux générations
d’anticipations (adaptatives versus rationnelles) est fort simple. Dans le
cas des anticipations adaptatives, les agents économiques fondent leurs
anticipations des valeurs futures d’une variable que sur des valeurs
passées à celle-ci. Dans l’autre cas, les anticipations sont basées sur
l’utilisation de toutes les informations publiquement disponibles.
L’idée de ce concept est que les individus utilisent au mieux les
informations dont ils disposent. C’est à l’aide de ces informations
qu’ils établissent leurs prévisions. Cependant, il arrive tout de même
des moments où les prévisions ne se réalisent pas, les fluctuations sont
très difficiles à prévoir. « D’après l’école néoclassique, les fluctuations
ont pour origine des chocs non anticipés sur la demande causés
principalement par une création monétaire excessive. »11 Par exemple,
une relance non annoncée par les gouvernements provoque des erreurs
dans les anticipations. En conséquence, les agents ne font pas
d’erreurs systématiques de prévision, comme dans le cas des
anticipations adaptatives. Les agents sont supposés connaître le « bon »
modèle économique, c’est-à-dire néoclassique, et savent par exemple
qu’un accroissement de la masse monétaire doit se traduire par une
hausse équivalente du niveau général des prix. Les agents sont
supposés connaître le fonctionnement des différents modèles
économiques, ils doivent savoir qu’un accroissement de la masse
monétaire doit se traduire par une hausse équivalente des prix. En
effet, on ne peut tromper éternellement des agents caractérisés par des
anticipations adaptatives : si on promet 2% d’inflation et que l’on fait
systématiquement 5%, les agents vont finir par anticiper 5%.
Conséquence, si le gouvernement souhaite tromper systématiquement
les agents, il faudra provoquer une inflation toujours croissante. Ainsi,
les principaux joueurs des anticipations rationnelles croient que leurs
adversaires n’est pas de taille car selon eux, la théorie des anticipations
adaptatives reflète un manque de rationalité lors de la formation des
anticipations.

travail sur les anticipations rationnelles. ;


10
SARGENT Thomas, né en 1943, professeur à l’Université du Minnesota ;
11
BERNIER, Bernard, SIMON, Yves, Initiation à la macroéconomie, Édition
Dunod, Paris, 2001, p.537-538 ;
4
MODÈLE DE JOHN F. MUTH : INTRODUCTION ET CONCEPT
DES ANTICIPATIONS RATIONNELLES

Pour commencer, il est important de noter que les anticipations


rationnelles ont été introduites par John F. MUTH dès 1961 dans un
contexte économique particulier. Le début des années soixante est
marqué par la fin de la prospérité d’après guerre. De 1957 à 1961,
l’économie était en période de stagnation (en période d’arrêt), il y avait
des surplus de matières premières qui entraînaient une diminution des
prix. A ce moment, au Canada, nous étions d’avantage une société
basée sur l’autosuffisance. Nous exportions environ 15% de notre
production. De plus, c’est l’époque des « baby-boomers » (1946-
1964) qui continue, donc une grande augmentation du taux de natalité
était d’actualité. En bref, il n’existait pas vraiment de politique fixe
dans ces années. Nous étions sortis de la crise économique de 1929 et
depuis, tout allait pour le mieux.

L’hypothèse avancée par MUTH et qui deviendra la pierre angulaire


de l’école des anticipations rationnelles est la suivante : « Les
anticipations, dans la mesure où elles sont des prévisions bien
informées d’événements futurs, sont essentiellement identiques aux
prévisions d’une théorie économique correcte. »12 L’hypothèse des
anticipations rationnelles de MUTH assimile essentiellement deux
concepts distincts ; elle pose d’une part que les agents économiques
(dont vous et moi) ont des anticipations concernant certaines variables
(économiques, subjectives et psychologiques). D’autre part, ces
anticipations sont les espérances mathématiques conditionnelles de ces
variables. Ou, en d’autres termes, les anticipations subjectives des
gens sont, en moyenne, égales aux vraies valeurs de la variable. Cette
conclusion nous permet d’affirmer qu’il y a une réelle liaison entre les
croyances économiques de chacun et le véritable comportement
hasardeux et statistique du système (stochastique). Ceci est l’essence
de la démarche des anticipations rationnelles13.

Même si les exemples que MUTH a utilisés sont tirés de la


microéconomie, c’est dans le domaine de la macroéconomie qu’on a
vu une explosion de l’intérêt pour cette hypothèse. D’où peut bien
provenir cet intérêt soudain pour cette théorie qui a hiverné pendant
dix longues années? Et bien, une partie de cet intérêt découle des

12
MAZEROLLE, Fabrice, (2005), (page consultée le 16 février 2005)Histoire de la
pensée et des faits économiques [en ligne], Adresse URL :
http://www.mazerolle.fr/index.htm et
http://www.mazerolle.fr/HPE/Contemporains.htm;
13
D’AUTUME, Antoine. (1985), Les anticipations rationnelles, Paris, Economica,
page 7 ;
5
échecs apparents de la macroéconomie conventionnelle dans les
années soixante-dix. La stagflation suivie d’une inflation persistante
ont créé un environnement réceptif pour de nouvelles idées dans ce
domaine. La nouvelle macroéconomie des anticipations rationnelles
soutenait qu’un comportement prévisible de la part des autorités
monétaires n’aurait absolument aucun effet sur le niveau de production
ou d’autres variables réelles dans un système macroéconomique
typique.

De toute évidence, cette théorie des anticipations rationnelles n’était


pas nouvelle et avait déjà été étudiée par certains prédécesseurs à la
théorie de MUTH dont NASH14, en 1950, qui a fourni une définition
moins connue peut-être parce qu’elle est moins restrictive et moins
précise. Ainsi, selon NASH, une anticipation rationnelle serait
simplement une prévision « réalisable ». De plus, on sait que
KEYNES avait déjà jeté une base aux anticipations dites rationnelles
John Nash
en insistant sur l’hypothèse d’auto réalisation où les croyances jouent
un rôle fondamental, bien plus que la rationalité. Un monde dans
lequel les marchés s’équilibrent et où les acteurs économiques sont
clairvoyants et rationnels a une résonance pré-keynésienne bien
marquée. La macroéconomie moderne ne souscrit pas à toutes les
idées de KEYNES, mais laisse apparaître un scepticisme sain quant au
fonctionnement du marché. James TOBIN15 caractérise les modèles à
prix flexibles de l’école des anticipations rationnelles comme n’étant,
en fait, rien d’autre qu’une version sophistiquée des notions pré-
keynésiennes :
« Ils sont tous inspirés par une même foi : l’économie ne peut jamais
être loin de l’équilibre. Les marchés fonctionnent, les excès d’offre et
de demande sont éliminés, les anticipations contiennent la meilleure
information disponible, les gens concluent toujours des marchés de
nature à permettre à tous les intéressés d’atteindre la situation qu’ils
préfèrent. Avec une telle foi, les économistes orthodoxes du début des

14
NASH, John est un mathématicien né le 13 juin 1928 à Buefield, Virginie-
Occidentale. Il a travaillé sur la théorie des jeux (dilemme du prisonnier) et la
géométrie différentielle. Il a partagé le prix Nobel d’économie en 1994 avec
Reinhard Selten et John Harsanyi ;
15
TOBIN James, 1918, économiste américain, conseiller économique de Kennedy, il
est l’un des représentants majeurs de l’école néo-keynésienne. Il a développé la
« théorie du portefeuille » selon laquelle les individus constituent un patrimoine en
arbitrant entre rendement et risque de différents actifs. TOBIN est aussi célèbre
pour avoir proposé au début des années 1970 l’instauration d’une taxe sur toute les
transactions portant sur les devises (dite taxe Tobin) pour limiter la spéculation ; il
a reçu le prix Nobel de 1981 ;
6
années trente pouvaient fermer les yeux devant des événements qu’ils
savaient a priori ne pouvoir arriver… Keynes aurait pu dire que c’est
là où il a commencé. »16

Selon l’hypothèse de MUTH, les individus calculent les valeurs


anticipées des variables clefs sur la base des distributions de
probabilités réelles du système. Nous pouvons ainsi citer : « (…) la
prévision des agents est parfaite, sans être forcément exacte, dans le
sens où elle est faite à partir des lois de probabilités effectivement
suivies par les phénomènes étudiés. »17 Cependant, il n’est donné
aucune description sur la façon dont les individus en viennent en fait à
connaître ces distributions de probabilités. Dans des situations où il est
possible d’observer les fréquences de différents événements, supposer
que les distributions de probabilités reflètent les fréquences observées
peut avoir un sens. « En particulier, les fermiers qui raisonnent de
façon sensée remarquent que, historiquement s’il fait beau cette saison,
la probabilité de beau temps la saison suivante (p) est élevée. Un
mauvais temps cette saison indique historiquement une probabilité
élevée (q) de mauvais temps la saison suivante. Bien que le temps ne
soit pas prévisible, il peut être caractérisé par les deux paramètres
simples de sa distribution de probabilités – p et q. Les aléas de ce
système agricole peuvent fluctuer spectaculairement d’une année à
l’autre – il peut y avoir des périodes prolongées de mauvais temps –
mais tant que les chocs suivent des lois de probabilité stables, on peut
virtuellement décrire le système comme un équilibre stochastique
stable. »18

16
D’AUTUME, Antoine. (1985), Les anticipations rationnelles, Paris, Economica,
page 59 ;
17
Économie 2000, Théorie des anticipations rationnelles,
http://psteger.free.fr/Th%E9orie-anticip-rationnelles.htm ;
18
D’AUTUME, Antoine. (1985), Les anticipations rationnelles, Paris, Economica,
page 13 ;
7
MODÈLE DE LUCAS, SARGENT SUIVIS PAR CELUI DE
RICARDO REPRIS PAR BARRO

L’idée de MUTH ne fut pas tout de suite reprise par d’autres


économistes et il se passa presque dix ans avant que Robert LUCAS et
Thomas SARGENT ne commencent à l’incorporer dans leurs modèles
macroéconomiques. Ceux-ci proposent que la théorie des anticipations
rationnelles considère que les agents économiques cherchent à
maximiser leur utilité, qu’ils disposent de toutes les informations et
que les individus utilisent ces informations.

En se fondant sur la théorie des anticipations rationnelles de MUTH,


Robert LUCAS présenta un article en 197219 démontrant l’existence
logique d’une économie où les comportements des agents
économiques neutraliseraient les effets des politiques monétaires.
Cette conclusion n’a d’ailleurs pas été reniée par FRIEDMAN.
LUCAS a également construit des modèles d’anticipations rationnelles
qui reliaient la variabilité de demande globale de biens et services à la
variabilité des prix, et finalement aux réactions des offreurs aux
variations de la demande. Selon le modèle des anticipations
rationnelles, lorsque l’on mène une politique monétaire, cette politique
est parfaitement anticipée parce que les individus comprennent ce que
l’on fait, sont capables d’anticiper et de prévoir l’incidence de la
politique sur l’économie. Les individus intégreront immédiatement
dans leurs revendications salariales les effets d’une possible hausse des
prix et la mesure n’aura finalement aucun impact sur l’économie réelle.
On a, selon l’école des anticipations rationnelles, une « super
neutralité » de la monnaie : la monnaie ne peut rien faire, même à court
terme. On ne peut pas gagner en chômage ce que l’on accepterait de
perdre en inflation. Jamais la monnaie ne pourra influencer le volume
de l’activité économique. Toute impulsion monétaire se traduira
simplement par des évolutions de prix, par des évolutions d’inflation.
Selon ce modèle, on aboutit à l’inefficacité totale de la politique
monétaire. La monnaie ne peut rien faire. La seule tâche des banques
centrales devient de limiter l’inflation et donc la progression de la
masse monétaire.

Le théorème d’équivalence ricardien, proposé par RICARDO20 et


redécouvert par BARRO21 (article publié en 1974 « Are governments
19
LUCAS, Robert E., Jr. 1972. « Expectations and the Neutrality of Money »,
Journal of Economic Theory, no 4 ;
20
RICARDO David, né le 18 avril 1772 à Londres Angleterre, était le troisième des
dix-sept enfants d'une famille bourgeoise aisée de financiers juifs d'origine
portugaise. David RICARDO devient agent de change, gentleman farmer et
économiste. Considéré comme un des fondateurs de l'école classique anglaise
d'économie politique, avec Adam Smith et Thomas Malthus, il est l'auteur
8
bonds net wealth »), montre bien le concept d’anticipations
rationnelles. Ce théorème déclare que le financement d’un déficit par
endettement ou par impôt a des effets équivalents sur le comportement
des agents économiques. Le gouvernement peut penser que lorsqu’il
diminue les impôts, la demande globale augmente et donc le chômage
diminue. Pour RICARDO et BARRO, ce raisonnement n’est pas
réaliste puisque les agents économiques sont rationnels. Si on réduit les
R.J. Barro impôts, les agents vont comprendre que la dette de l’État va augmenter
et qu’il faudra rembourser cette dette un jour par une hausse de
l’impôt. Suite à la baisse d’impôt, les agents économiques ne
dépenseront pas plus, ils vont conserver leur surplus pour pouvoir
payer les impôts futurs. La réduction des impôts n’aura donc aucun
effet de relance sur l’activité économique. Cet exemple montre bien la
théorie des anticipations rationnelles implique aussi l’impossibilité
pour l’État de manipuler l’économie à court terme.

Comme RUTLEDGE l’a déclaré dans une entrevue avec ROWEN


(1981)22, « notre conception du monde est qu’il est mené par des
anticipations. La seule valeur du passé est d’enseigner aux gens à
penser à l’avenir : ce qu’il faut, c’est leur fournir des signaux qu’ils
considèrent comme sûrs et ils organiseront leur vie autour de ces
signaux. »23 Si le gouvernement fournissait les signaux corrects sur le
cours futur de la politique monétaire, une réduction des taux d’inflation
pourrait facilement être réalisée. Si, au départ, une économie a une
inflation traditionnellement stable, les décideurs politiques peuvent
créer des « booms » assez facilement, en provoquant une inflation non
anticipée. S’ils poursuivent cette politique, le taux d’inflation
deviendra plus explosif. Par suite de cette amplitude des variations du
taux d’inflation, il sera difficile, à l’avenir, de s’engager dans des
politiques semblables car il est probable que les agents réagissent
moins à ce type d’inflation fabriquée. Ils apprendront à se méfier de

notamment de « Essai sur le haut prix des lingots » (1811), « Essai sur l'influence
des bas prix du blé sur les profits du capital » (1815), « Principes de l'économie
politique et de l'impôt » (1817) ;
21
BARRO Robert J. est un économiste américain né en 1944 et diplômé de
l’Université de Harvard. Le nom de Robert Barro est associé au théorème
d’équivalence Ricardo-Barro. Selon ce théorème, une politique budgétaire de
relance qui s’appuie sur une augmentation de la dette publique est neutre, c’est-à-
dire inefficace pour relancer l’activité économique. Barro a aussi apporté sa
contribution aux théories de la croissance endogène ;
22
ROWEN, Hobart. 1981. « Economic U-Turn. » Washington Post, 12 février ;
23
D’AUTUME, Antoine. (1985), Les anticipations rationnelles, Paris, Economica,
page 156 ;
9
leurs variations de prix en tant qu’indications de variations de prix
relatifs. Ainsi, au début, il est, dans une certaine mesure, possible de
« duper » les agents, mais le gouvernement se rendra vite compte qu’il
est de plus en plus difficile de se lancer dans ce genre d’opération. Si
on suppose que l’intérêt des gens est de maximiser leur propre bien-
être, ils essaieront de faire des prévisions exactes du taux d’inflation.
Cela ne veut pas dire que les gens peuvent prévoir parfaitement le taux
d’inflation. Cela indique seulement qu’ils devraient utiliser
l’information actuellement disponible dans leurs prévisions, y compris
les politiques budgétaire et monétaire proposées.

Par contre, dans certaines circonstances (notamment l’exemple du


fermier précédemment cité), LUCAS concède qu’il peut y avoir des
situations où les fréquences observées (passé) ne fournissent qu’une
aide limitée aux agents. Dans ces conditions, Lucas soutient qu’aucun
raisonnement économique n’aura de valeur. De plus, même les tenants
les plus fervents de l’hypothèse des anticipations rationnelles croient
que l’hypothèse peut être inappropriée pour des périodes où, par
exemple, il y a des changements structurels radicaux.

10
IDÉES GÉNÉRALES DES CLASSIQUES ET DES KEYNÉSIENS
CONCERNANT LES ANTICIPATIONS RATIONNELLES

Selon la théorie classique, avec les anticipations rationnelles, si les


entreprises et les travailleurs anticipent une augmentation de la
demande agrégée et une augmentation du niveau des prix, ces deux
agents s’entendent alors pour augmenter le salaire nominal. Ils
préviennent ainsi la baisse du salaire réel et évitent que le taux de
chômage ne descende sous son taux naturel. Les seules erreurs
d’anticipations et celles qui ne sont pas prises en compte dans les
contrats salariaux entraînent des variations de la demande agrégée et
ne font que créer de l’inflation, ne faisant pas fluctuer le PIB ou le
chômage. En somme, cela n’amorce pas de cycle économique.

Les nouveaux classiques avancent qu’il y a renégociation des contrats


de travail quand les changements de conditions (soit les erreurs
d’anticipations) rendent les contrats périmés. Pour eux, les contrats ne
sont pas des obstacles à la flexibilité des salaires, car les entreprises et
les travailleurs vont les renégocier si la situation le requiert. Ainsi, ces
entreprises et ces travailleurs apportent les changements de salaires
nécessaires pour atteindre leurs prévisions communes. Les variations
anticipées de la demande agrégée font fluctuer les salaires et les prix,
mais pas le PIB.

Selon les nouveaux économistes keynésiens, les anticipations


rationnelles faites sur le niveau des prix ont une influence sur le salaire
nominal. De plus, pour eux, la rigidité des salaires et des contrats sont
deux éléments à considérer. Les anticipations d’aujourd’hui sont
White et Keynes influencées par les anticipations rationnelles d’hier. Cependant, ces
anticipations ont été faites avec les informations disponibles dans le
passé. Or, ces informations sont peut-être devenues inexactes
aujourd’hui. Une fois un contrat de travail signé pour un temps fixe
(long terme), même si les entrepreneurs et les travailleurs anticipent
une variation de la demande agrégée qui pourrait modifier le niveau
des prix, leurs engagements les empêchent de modifier les salaires.
Ainsi, selon les nouveaux keynésiens, le salaire rigide fait fluctuer le
PIB réel même s’il y a anticipation de la demande agrégée. « Pour les
nouveaux économistes keynésiens, les individus sont rationnels, mais
des déséquilibres existent et se propagent car les marchés ne peuvent
s’autoréguler, essentiellement du fait de la viscosité des prix et des
salaires. »24 Les principaux animateurs de cette pensée n’ont pas de
pensée unifiée entre eux, cependant ils s’entendent sur deux points
fondamentaux : la monnaie n’est pas neutre et les imperfections du

24
MONTOUSSÉ, Marc, Nouvelles théories économiques, Édition Boréal, 2002, p.
56.
11
marché expliquent les fluctuations. C’est donc une vision contraire aux
classiques, qui eux affirment que le cycle est un cycle d’équilibre.

Donc, selon les nouveaux classiques, les politiques anticipées ne font


pas varier le PIB ou le chômage. Ils ne font que varier le niveau des
prix. Par contre, les nouveaux keynésiens avancent que le salaire ne
varie qu’à mesure que de nouveaux contrats sont signés. Les variations
du PIB sont possibles, et ce, même s’il y a des changements de
politiques anticipées. On peut donc utiliser ces politiques pour tenter
de stabiliser le cycle économique.

12
Conclusion et récapitulatif des apports des
anticipations rationnelles

En somme nous pouvons conclure que les anticipations rationnelles ont


démontré que la politique sur la gestion de la demande des keynésiens
ne fonctionnait pas. Elles ont aussi apporté un moyen de prévoir ce que
les gouvernements auraient comme politiques, donc de pouvoir agir en
conséquence. En bref, la principale conséquence des anticipations
rationnelle est que les effets des politiques économiques vont être
dépendants du caractère anticipé et non des composantes
systématiques ou aléatoire de ces politiques.

Enfin, selon Bernard GUERRIEN : « la principale conséquence de


l’introduction de l’hypothèse des anticipations rationnelles est d’avoir
complètement évacué le problème central de l’économie politique,
celui de la coordination des décisions individuelles : les anticipations
rationnelles ne sont qu’une version modernisée de l’ancienne
hypothèse de prévision parfaite »25. Plus précisément, s’il n’y avait
pas d’incertitude imprévisible, les anticipations des variables
coïncideraient avec les valeurs véritables et on aurait une prévision
parfaite. Ainsi, l’hypothèse des anticipations rationnelles diffère de la
prévision parfaite parce qu’elle tient compte de l’incertitude dans les
systèmes économiques.

Les anticipations rationnelles ont permis de démontrer aux


économistes que l’économie elle-même est difficile à prévoir et n’est
pas une simple affaire. Il est très difficile de prévoir l’avenir et ce,
malgré les anticipations rationnelles. Par contre, l’arrivée de la théorie
des anticipations a permis de rendre les modèles un peu plus précis que
ceux d’autrefois.

Aujourd’hui, tous les économistes, qu’ils soient Classiques ou


Keynésiens tiennent compte des anticipations rationnelles dans
l’élaboration de leurs différents modèles.

25
ÉCONOMIE 2000, Accueil (page consultée le 16 février 2005), [en ligne],
Adresse URL : http://www.economie2000.com et
http://psteger.free.fr/Th%E9orie-anticip-rationnelles.htm

13
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

ƒ BIENVENUE AU SÉNAT, Difficultés de mise en œuvre de ces


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16
ANNEXE I

17
ANNEXE II

DIVERSES DÉFINITIONS DES ANTICIPATIONS RATIONNELLES

Selon les Principes d’économie de STIGLITZ


« Les anticipations des individus sont rationnelles s’ils tiennent pleinement compte de toutes les
données pertinentes disponibles. »

Selon les Principes de l’économie de MANKIW


« L’Hypothèse selon laquelle le public utilise l’ensemble des informations disponibles et utiles
pour se faire une idée de l’avenir, y compris celles concernant les politiques suivies par le
gouvernement dans le futur. »

Selon le manuel de Macroéconomie (1986) de Robert BARRO


« Anticipations rationnelles : point de vue selon lequel les personnes font des pronostics ou des
estimations de variables inconnues de la meilleure façon possible, en utilisant toute l’information
disponible sur le moment. »

Selon le manuel de Macroéconomie avancée (1990) de David ROMER


« Il est donc naturel de se demander ce qui se passe lorsque les investisseurs forment leurs
anticipations de taux de change en utilisant toute l’information publiquement disponible – c’est-
à-dire lorsque leurs anticipations sont rationnelles. »

Selon Macroeconomics (1992), Prentice Hall, de Jeffrey SACHS et Éduardo LARRAIN


« La théorie selon laquelle les individus font un usage efficace de toute l’information disponible
est connue sous le nom d’hypothèse des anticipations rationnelles. »

Selon le manuel de Macroéconomie (2002) de Olivier BLANCHARD et Daniel COHEN


« Les gens utilisent toute l’information sur le futur, c’est-à-dire que les anticipations sont
rationnelles. (…) cela ne signifie pas que les gens font vraiment tout le temps des anticipations
rationnelles, mais les cas où les anticipations rationnelles sont une mauvaise représentation de la
réalité sont une exception. »

Selon le manuel L’économique, de Paul SAMUELSON et William NORDHAUS


« Les anticipations sont dites rationnelles si elles ne représentent pas d’erreurs systématiques (ou
de biais) et utilisent toute l’information disponible. »

Selon le traité de Macroéconomie de Michael BURDA et de Charles WYPLOSZ


« Les gens utilisent efficacement toute l’information dont ils disposent pour évaluer les
événements futurs et ne commettent donc pas d’erreur systématique de prévision. »

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ANNEXE III

19