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LES NOUVEAUX MOYENS DE DESTRUCTION: L'ARTILLERIE DE TRANCHÉE

Dans la tranchée, le pis, ce sont les torpilles. Le déchirement produit par ces 50 kg de mélinite en éclatant est effroyable. Quand
une d'elle tombe en pleine tranchée, et ces accidents là arrivent, elle tue carrément 15 à 20 types. L'une des notres étant tombée
chez les Boches, des pieds de Boches ont été rejetés jusque sur nos deuxièmes lignes - Michel Lanson - 24 juin 1915 - Paroles
de Poilus - Librio - 1998

<= L'armée française de l'été 14

Ce sont les allemands qui furent les premiers à utiliser leurs minenwerfers, dés la fin de septembre 1914. Développés en
1911, ce qui prouve qu'ils avaient envisagé l'éventualité d'une stabilisation au cours du combat, ils lançaient des projectiles à
fortes charges explosives produisant des effets considérables tant du point de vue moral que matériel. Pour répondre aux
minenwerfers, mais aussi pour détruire les défenses accessoires dont l'ennemi commence à pourvoir largement les abords
de ses tranchées, les français ne disposent au départ que de moyens de fortune. Seuls pouvaient correspondre les mortiers
lisses en bronze de 15, 22, 27 et 32 cm, qui faisaient partie de l'armement des places fortes. On ne ressortit que le mortier de
15 cm en raison de sa mobilité relative.

Ces mortiers lancent d'abord jusqu'à une portée de 600m des bombes sphériques chargées en poudre noire et
amorcées avec une mèche à étoupille que les gaz de la charge allument au départ du coup, ou bien des bombes
chargées en explosif nitré et amorcées avec une fusée à temps qu'on débouche au moyen d'un poinçon. Ils lancèrent
ensuite des boites à mitraille en bois et en fonte, puis des projectiles d'une plus grande puissance explosives comme
les bombes Nicole ou les appareils Moisson. On fait varier la portée en faisant varier la charge de poudre. La fumée
de celle-ci a l'inconvénient de révéler la position des pièces à l'ennemi.
Appareils de fortune: Ils ont été trés nombreux, et on employa même l'arbalète. Ils présentaient de nombreux inconvénients,
ils manquaient de précision et surtout de puissance, et l'utilisation de poudre noire faisait repérer les pièces.

Arbalète sauterelle: elle lance une grenade à 80m

Mortier Cellerier (du nom d'un polytechnicien capitaine d'artillerie): Il est fabriqué avec des pièces de récupération: le corps de
l'obus à balles allemand de 77 mm fournit le tube lanceur qui reçoit la charge explosive. Il est percé à sa base pour permettre
le passage de la mèche de mise à feu. Le tube est fixé sur un support en bois taillé à 45°. La douille du canon de montagne
français de 65 mm rentre très bien dans le tube de 77mm ; chargée de grenaille et d'explosif, elle fournit le projectile. Ce
mortier très simple ne comporte aucun dispositif de réglage; pour faire varier la distance de tir, on utilise plus ou moins
depoudre pour propulser sa bombe.

Deux coups viennent de partir, deux autres vont l'être - L'illustration 18 septembre 1915
L'artillerie de tranchée: Conscient de notre infériorité en matériel le haut commandement décide de la création d'une artillerie
de tranchée. Celle-ci doit lancer avec précision à plusieurs centaines de mètres un explosif puissant. A cela s'ajoute une
condition primordiale: la rapidité de la réalisation. Il faut aussi suppléer à l'insuffisance d'artillerie lourde, tout en n'entravant
pas le développement de celle-ci.   

Lance-mines Gatard: Il s'agit d'une adaptation d'un tube de 80 de montagne au tir de tranchée. Le tube et l'affût débarassé de
ses roues sont fixées sur une plateforme en madriers inclinée à 30°. Les mines (dites "aériennes") de forme cylindrique
pesaient entre 60 et 120kg, et étaient composées d'un corps et d'une tige qui était seule introduite dans le canon et sur
laquelle s'exerçait la pression. Ce lance-mine est d'une précision remarquable mais présentait de grosses difficultés d'emploi
qui le font abandonner. 
Mortier de 58 n°1 (janvier 1915): Il s'agit du premier matériel réglementaire de l'artillerie de tranchée. L'engin de
lancement est un tube dans lequel est introduit la charge balistique. La fabrication du projectile est simple et se fait à
partir de produits faciles à obtenir et étrangers à la fabrication des obus. De plus l'explosif est constitué de
perchlorate d'ammoniaque, un composé inutilisable dans des applications plus classiques, eu égard à sa grande
sensibilité aux chocs et au frottements. Cette sensibilité même impose l'utilisation de matériels lisses, tirant à faible
vitesse initiale. Toutefois les faibles coefficients d'accélération permettent en retour d'utiliser des projectiles à parois
minces et à grande capacité d'explosifs, ainsi que de faciliter la production. 

À l'usage ce mortier se révèle assez imparfait. Il est encombrant, difficile à pointer, ne peut être repéré en direction,
manque de stabilité, de précision et de puissance. 
    

Mortier de 58 n°1 bis (mars 1915): il remplace le 58 n°1. Plus bas et plus stable que son prédécesseur, il est
relativement mobile. 
    
Mortier de 58 n°2 (février 1915): Comme le précédent, ce mortier est surtout utilisé pour des effets de surface,
comme la destruction des défenses accessoires. 
  
Mortier de 240C modèle 1915: Ce mortier, nettement plus puissant que les précédents, est surtout utilisé pour des effets de
pénétration, comme la destruction d'abris. Il cesse d'être produit en 1916 pour être remplacé par le mortier de 240L modèle
1916. 
Mortier de 75 modèle 1915A: Ce matériel est adopté aprés l'offensive en Champagne. Le projectile étant relativement léger,
on le stabilise par rotation par l'adoption de rayures, évitant ainsi le poids mort d'un empennage. Il tire jusqu'à 1700m l'obus
explosif modèle 1900 du canon de 75, en tir tendu ou en tir vertical. Le projectile se charge par la culasse, et la charge
contenue dans un sachet est placée dans une douille de 75 raccourcie. Ce matériel, pas assez mobile eu égard au rendement
de l'obus, est abandonné en 1917. 
Mortier de 150 modèle 1916: On a adopté ce matériel plus puissant quelques temps aprés le modèle de 75. Le projectile se
charge par la bouche, la charge contenue dans un étui de 75 raccourci se charge par la culasse à volet.  Ce matériel est
remplacé par la suite par un modèle plus perfectionné, le mortier de 150 modèle 1917, ou modèle "de Fabry". 
Mortier de 150 modèle 1917 (dit parfois de Fabry): Ce matériel remplace le modèle de 1916. La charge est contenue dans
une douille de 65 de Montagne raccourcie et munie d'un tube porte amorce coupé, tandis que le projectile est introduit par la
bouche. 
Mortier de 340T: Ce mortier a été conçu pour obtenir des effets de destruction plus puissants. Aprés une première
expérience en décembre 1915 qui permet de mettre le matériel au point, les premières batteries apparaissent sur le front en
juillet 1916. Néanmoins son utilisation conduit à des travaux longs et couteux, et son approvisionnement ne peut se faire que
par voie ferrée de 0m60. Le rendement obtenu ne correspondant pas aux difficultés d'installation, ce matériel cesse d'être
utilisé en avril 1917. 
Mortier Van Deuren: Ce mortier a été conçu par le commandant Van Deuren de l'armée belge. Il remplace le mortier de 58 n°1
bis vers la fin de 1916 et reste en service presque jusqu'aux derniers mois de la campagne. Il tire sous angle fixe de 45°, la
variation de la portée étant obtenu par la variation de la chambre de poudre. Le projectile porte une queue creuse qui coiffe le
mortier et qui peut glisser le long du tube. La charge balistique est contenue dans une cartouche munie d'un allumeur. La
mise à feu se fait par un dispositif électrique. 

Ce mortier est stable, précis, mais présente quelques inconvénients: le tube s'échauffe et se dilate au cours du tir et doit être
échangé tous les cinq ou six coups, la mise à feu est assez délicate et la puissance trop faible.
Mortier de 240L modèle 1916: Comme le 240C qui l'a précédé, ce mortier est conçu pour des effets de pénétration. La charge
est contenue dans une douille de 155 CTR Modèle 1904 introduite par la culasse tandis que le projectile est introduit par la
bouche. 
L'artillerie de tranchée perdit de l'importance lors de la reprise de la guerre de mouvement, en 1918, aprés avoir rendus
d'inestimables services pendant plus de trois ans.

Précision technique: on parle de tir de plein fouet lorsque le tir est exécuté sous un angle faible et avec une trajectoire tendue,
de tir plongeant lorsque l'angle est fort et de tir vertical lorsque l'angle de tir est supèrieur à 50°. Le tir du canon de 75 ou des
fusils est de plein fouet, le tir des obusiers et des grenades à fusil est vertical.

Une tranchée TT' reçoit un tir direct, d'écharpe, d'enfilade ou de revers suivant la direction du tir par rapport à son parapet: