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Raymond Janin

Le Xe Congrès international d'Études byzantines (Istanbul, 15-


21 septembre 1955)
In: Revue des études byzantines, tome 13, 1955. pp. 281-284.

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Janin Raymond. Le Xe Congrès international d'Études byzantines (Istanbul, 15-21 septembre 1955). In: Revue des études
byzantines, tome 13, 1955. pp. 281-284.

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l'évolution de l'attitude de Constantin envers le paganisme de A. H. M.
Jones;
le songe et le signe de Constantin d'après Lactance (De mortibus persecu-
torum 44, 4-5) de Fr. Callaey;
le choix de Byzance comme capitale d'empire, de B. van Berchem;
le status quaestionis du Βίος Κωνσπαντίνου d'Eusèbe de Césarée du
P. A. Camassa et E. Josi.

Plusieurs autres sujets, distribués en d'autres sections, touchèrent un


point d'histoire byzantine ou en traitèrent parfois assez largement. Ainsi
dans les exposés de W. Ohnsorge sur la symbolique impériale au Moyen âge;
de E. Pontieri sur les Normands de l'Italie Méridionale et la première croi
sade; de B. Grafenauer sur les relations des Slaves avec les Avares jusqu'au
siège de Constantinople en 626; de B. Lewis sur la découverte de l'Europe
par Γ Islam.
En revanche il ne fut à aucun moment question de l'Église byzantine.
Il est vrai, l'histoire ecclésiastique n'a guère tenu de place dans ces assises
multiformes. Un comité international fonctionna bien sur leur flanc, mais
on ne s'y soucia guère de Byzance et de sa nombreuse postérité spirituelle.
Le rapport sur les mouvements religieux populaires et les hérésies au moyen
âge réussit même le tour de force d'ignorer les études, particulièrement
denses et suggestives, consacrées, ces dernières années, aux sectes qui ont
toujours proliféré au sein de l'empire byzantin et dont une au moins, le
bogomilisme, franchit largement ses frontières et eut des variantes occident
ales. Aux huit rapports imprimés, dont plus d'un traite de matière infime,
la présentation du pendant gréco-slave eût donné plus d'horizon et de cou
leur.
On s'en souciera peut-être à Stockholm en 1960, date et lieu choisis pour
le XIe Congrès. D'ici là l'histoire byzantine aura certainement élargi la place
déjà confortable qui vient de lui être faite et sera entrée de haute lutte en sa
totalité dans le mouvement de l'Histoire universelle. La portion de l'human
ité présentement la plus dynamique et la plus explosive n'y plonge-t-elle
pas ses racines?
V. Laurent.

II

LE Xe CONGRÈS INTERNATIONAL D'ÉTUDES RYZANTINES


(Istanbul, 15-21 septembre 1955.)
Ce Congrès était attendu avec un intérêt particulier, puisque c'était la
première fois que les byzantinistes se réunissaient dans l'ancienne capitale
de l'empire d'Orient. Malheureusement il fut assombri par le souvejiir des
pénibles incidents qui s'étaient produits dans la nuit du 6 au 7 septembre et
dont les traces étaient encore visibles. En conséquence on eut à déplorer
l'absence totale des byzantinistes grecs qui étaient inscrits au nombre d'une
cinquantaine, soit le quart des participants prévus. Des étrangers n'étaient
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pas venus non plus pour diverses raisons, en sorte que les membres n'étaient
guère qu'une centaine.
Le Congrès s'ouvrit à l'heure dite par une séance solennelle tenue dans la
salle des conférences de l'Université. M. le Prof. Fuad Keuprulu, vice-prési
dent du Conseil des ministres, retenu par des affaires importantes, s'était
fait remplacer par le ministre de l'Instruction Publique, M. Djélal Yardindji,
qui exalta la civilisation byzantine, « dont la nation turque conserve les
œuvres depuis cinq cents ans, parce qu'elle protège les vestiges de toutes les
civilisations qui se sont épanouies sur le sol anatolien ». Le Prof. Féhim Firat,
recteur de l'Université d'Istanbul, souhaita la bienvenue aux congressistes
et déclara que c'était un honneur pour l'institution qu'il dirige de voir réunis
dans ses locaux les byzantinistes de tant de pays. Le Prof. Arif Mufîd Man-
sel, doyen de la Faculté des Lettres et président du Comité d'organisation,
déclara le Congrès ouvert et assura ses auditeurs que les services de l'Uni
versité se dévoueraient pour assurer la bonne marche des travaux. Ce fut
au tour des chefs des délégations d'exprimer leur satisfaction de tenir leurs
réunions au centre même du monde byzantin. M. A. Dain (Paris), secrétaire
du Comité international, remercia les autorités turques et spécialement
celles de l'Université de leur aimable accueil et montra que Byzance. était
un lien naturel entre les Turcs et les Grecs qui sont à des titres divers les
héritiers de son glorieux passé. Après lui prirent la parole le Prof. Fr. Dölger
(Munich), les Prof. M. de Dominicis et S. G. Mercati (Italie), le Prof. G. Ostro-
gorsky (Belgrade), le Prof. A. Soloviev (Genève), le Prof. Fr. Dvornik (Was
hington) et le Prof. R. J. H. Jenkins (Londres).
L'absence des byzantinistes grecs et d'un certain nombre d'étrangers
priva les réunions de plus de cinquante communications, ce qui amena la
refonte complète du progiamme des travaux. Le matin était consacré à
des séances générales dans lesquelles divers orateurs traitaient des ques
tions plus importantes. L'après-midi, les cinq sections (art et archéologie,
histoire, littérature, droit, théologie) tenaient leurs réunions particulières.
Notons que deux séances seulement étaient prévues pour le droit et la théo
logie, en raison du petit nombre des communications inscrites pour ces dis
ciplines, tandis que les autres sections en eurent cinq. Il faut reconnaître
que plus d'une communication, intéressante par elle-même, n'avait qu'un
lointain rapport avec Byzance, que d'autres, conformes au programme, ne
suscitèrent aucune réaction malgré leur importance, tandis que certaines
furent l'objet de discussions assez vives, bien que toujours courtoises. La
langue la plus communément employée était le français, mais on entendit
aussi des communications en allemand, en anglais et en italien.
Tous les Congrès se ressemblent plus ou moins. Il serait donc fastidieux
de donner la liste complète des sujets traités. Bornons-nous à indiquer ceux
qui semblent avoir eu plus d'intérêt. En séances générales on entendit le
Prof. Dölger (Munich) exposer un rapport très étudié et des propositions
concrètes au sujet de la bibliographie des études byzantines; M. G. Ostro-
gorsky (Belgrade), parler de Byzance, état tributaire de l'empire turc; le
Prof. H. Grégoire (Bruxelles) rappeler les rapports des empereurs byzantins
et des papes aux xe, xie et xne siècles, non sans soulever de fortes objections.
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M. 0. Turan (Ankara) décrivit les relations entre les musulmans et les chré
tiens sous les Seldjoukides; M. B. Pace (Rome) présenta une étude sur la
basilique du concile d'Ephèse. M. D. T. Rice (Edimbourg) parla des mosaï
quesdu Grand Palais et du rôle de Constantinople dans l'art des temps pré-
justiniens et M. D. V. Sarabianov (Moscou) exposa le problème des relations
artistiques entre la Russie antique et Byzance.
Dans la section Art et Archéologie, le R. P. Amman (Rome) montra que
l'église Saint-Georges de Thessalonique fut primitivement dédiée au Christ;
le R. P. Janin (Paris) précisa, en s'appuyant sur les textes, la position exacte
du forum Amastrianon, du Capitole et du Philadelphion à Constantinople.
Les réflexions de M. A. Deroko (Belgrade) sur l'aspect de l'habitation byzant
ine par rapport à l'habitation dans les pays de l'empire ottoman fut l'objet
d'une courte discussion avec un archéologue turc. M. A. Soloviev (Genève)
exposa le symbolisme des monuments funéraires bogomiles et cathares.
M. F. Dirimtekin, directeur du Musée de Sainte-Sophie, décrivit la forte
resse byzantine de Salymbria. M. P. A. Unterwood (Washington) parla des
mosaïques de la partie sud-occidentale des tribunes de Sainte-Sophie et de
leur relation avec l'iconoclasme; M. J. Pozzi (Paris), des étoffes et tapis
byzantins et M. A. Decei, des lieux de prière musulmans à Byzance avant
la conquête turque.
A la section Histoire, on entendit M. H. Grégoire (Bruxelles) faire la cr
itique des sources des guerres byzantino-russes, parler des invasions hon
groises en terre byzantine d'après des sources nouvelles ou méconnues, de
l'assassinat de Nicéphore Phocas et du sort des derniers Phocas dans l'his
toire et la légende. Le R. P. F. Halkin (Bruxelles) déplora que le Synaxaire
de Constantinople fût- une source trop" négligée par les historiens de Byzance.
Le R. P. Goubert (Rome) décrivit la révolution de 602, ses causes et ses
conséquences et M. J. B. Aufhauser (Munich) montra le caractère sacré de
l'autorité impériale à Byzance. Enfin Mme Oudaltsova (Moscou) retraça
les relations socialo-économiques à Byzance au vie siècle, communication
qui suscita un débat assez vif où s'affrontèrent les conceptions marxistes
et antimarxistes.
A la section Littérature, le R. P. Roüet de Journel (Paris) parla de la
Bibliothèque slave de Paris et des Études byzantines; M. A. Soloviev
(Genève), du nom byzantin de la Russie. Le R. P. Joannou (Munich) pré
senta le plan d'un lexique de liturgie byzantine; M. A. Dain (Paris) raconta
les enquêtes de Menas Minoidès dans les bibliothèques d'Asie Mineure en
1855; M. A. Gianelli (Rome) étudia un calendrier métrique attribué à Théo
dore Prodrome; M. A. Guillou fit état des sources documentaires grecques
en Italie du Sud. Enfin le Prof. S. G. Mercati (Rome) parla des iambes de
Macaire Macris et de Galaction Mavropous à propos du portrait de Manuel II
peint sur .la Porte Dorée.
A la section Droit, M. F. Crosara (Rome) fit la comparaison entre les
« scholae romanae » et les « sômata » byzantins; M. J. Ferluga (Belgrade)
traita de Parchontat de Dalmatie et M. A. d'Emilia (Rome) de trois réponses
de Démétrius Chomatianus en matière d'« allelokleronomia ».
Ala section Théologie, M. l'abbé F. Dvornik (Washington) traita de l'idée
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d'apostolicité à Byzance et de la légende de l'apôtre saint André. Le R. P.


F. Halkin (Bruxelles) fit ressortir l'importance de deux répertoires d'hagio
graphie byzantins, la Synaxaire et la Bibliotheca hagiographica graeca.
M. Heppel (Belgrade) montra l'influence byzantine dans l'hagiographie pri
mitive de la Russie. M. l'abbé M. Richard (Paris) parla des chapitres à
Epiphane sur les « hérésies » de Georges prêtre et moine (vne s.), M. A. de
Ivanka-(Graz), d'un disciple occidental du Pseudo-Denys, Gérard Mosenanus.
Enfin M. J. Scharf (Göttingen) traita de Photius et de la conception politico-
religieuse de l'Epanagoge.
Un public assez nombreux, où l'on remarquait des étudiants et des étu
diantes turcs, assistait aux séances. Des visites aux monuments byzantins
étaient organisées. Citons celle qui fut faite aux fouilles de Sainte-Irène et
aux ruines situées entre cette ancienne église et Sainte-Sophie, dont la
complexité mériterait une étude attentive. A Kahriye Cami (monastère de
Chora), toujours encombré d'échafaudages, les congressistes purent admirer
non seulement les mosaïques soigneusement nettoyées par l'Institut de
Boston, mais encore les fresques du parecclésion récemment mises au jour
par le même Institut. Par ailleurs on a entrepris la restauration des autres
monuments byzantins. Ce fut un plaisir pour les visiteurs de constater l'amab
ilité avec laquelle ils étaient reçus. L'honneur en revient surtout aux autor
ités universitaires qui se sont dépensées pour faciliter toutes choses et pour
laisser aux étrangers le meilleur souvenir de la traditionnelle hospitalité
turque. Malheureusement il faut déplorer que lors des scènes de destruc
tion qui se sont déroulées dans la nuit du 6 au 7 septembre plusieurs sanc
tuaires, comme N.-D. de la Source, Saint-Georges des Cyprès, la Theotocos
Mougliotissa, etc., aient été saccagés et que des icônes byzantines aient
été lacérées ou aient disparu. Deux excursions de six jours chacune, orga
nisées à l'issue du Congrès (22-27 septembre), ont permis aux amateurs de
visiter les églises rupestres de Cappadoce, ainsi que la région de Pergame-
Smyrne-Ephèse.*
La séance de clôture eut lieu le 21 septembre, à 16 heures, sous la prési
dence du Prof. Arif Miifid Mansel, doyen de la Faculté des Lettres. Après les
congratulations d'usage, le Prof. H. Grégoire émit un vœu assez platonique :
la fondation à Istanbul d'un Institut international d'Etudes byzantines. Le
savant belge fit ensuite ressortir le mérite des différentes délégations en sou
lignant l'activité de leurs pays dans le domaine des études byzantines.
Enfin M. A. Dain, secrétaire du Comité international, annonça que le pro
chain Congrès aurait lieu à Munich en 1958.
R. Janin.