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La Revue de médecine interne 39 (2018) 42–49

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Mouvement thérapeutique

Statines en prévention primaire des événements cardiovasculaires


Statins in primary prevention of cardiovascular disease
S. Adham a,∗ , S. Miranda b , J. Doucet c , H. Lévesque b,d , Y. Benhamou b,d
a
Centre de référence des maladies vasculaires rares, service de génétique, hôpital européen Georges-Pompidou, AP–HP, 20–40, rue Leblanc, 75015 Paris,
France
b
Département de médecine interne, CHU de Rouen, 1, rue de Germont, 76031 Rouen cedex, France
c
Service de médecine interne, gériatrie et thérapeutique, hôpital de Saint-Julien, CHU de Rouen, rue Guillaume-Lecointe, 76140 Le Petit-Quevilly, France
d
Unité inserm U1096, UFR de médecine et de pharmacie de Rouen, 22, boulevard Gambetta, 76000 Rouen, France

i n f o a r t i c l e r é s u m é

Historique de l’article : Les événements cardiovasculaires sont la deuxième cause de décès en France. L’évaluation du risque
Disponible sur Internet le 31 août 2017 cardiovasculaire global à l’aide d’une évaluation personnalisée avec pondération des facteurs de risque,
permet de prédire le risque d’événements cardiovasculaires à dix ans. Les traitements validés visant à
Mots clés : réduire la mortalité cardiovasculaire en prévention primaire sont peu nombreux. Le recours aux statines
Prévention primaire en prévention primaire est discuté. Nous rapportons dans cette mise au point les données actualisées des
Maladies cardiovasculaires recommandations et des essais cliniques en matière de traitement par statines en prévention primaire.
Risque cardiovasculaire
© 2017 Société Nationale Française de Médecine Interne (SNFMI). Publié par Elsevier Masson SAS.
Statines
Tous droits réservés.

a b s t r a c t

Keywords: Cardiovascular events are the second leading cause of death in France. The assessment of overall car-
Primary prevention diovascular risk using a personalized assessment with weighting risk factors can predict the risk of
Cardiovascular disease cardiovascular events in ten years. The validated treatments to reduce cardiovascular mortality in pri-
Cardiovascular risk mary prevention are few. The use of statins in primary prevention is discussed. We report in this review
Statins
the updated conclusions from clinical trials regarding the treatment with statins in primary prevention.
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1. Introduction (RHD) et des thérapeutiques médicamenteuses variées : acide


nicotinique, ézétimibe, fibrates, oméga 3, colestyramine et statines.
Les maladies cardiovasculaires (MCV) sont la première cause La consommation des statines devient préoccupante car elles
de décès dans le monde et la seconde cause de mortalité en France constituent aujourd’hui la principale classe thérapeutique prescrite
à l’origine de 10 % des hospitalisations et de 30 % des affections en France et il est nécessaire de s’interroger sur le rationnel de leur
longue durée prises en charge par la Caisse nationale d’assurance prescription, en prévention primaire des événements cardiovascu-
maladie [1–3]. Elles sont imputées à l’athérosclérose de la paroi laires.
artérielle, dont le mécanisme initial est l’accumulation de lipides
issus du LDL-cholestérol (LDL-c). L’association de facteurs de risque
(FDR), parmi lesquels l’hypercholestérolémie, initie et entretient 2. Évaluation du risque cardiovasculaire global
le phénomène d’athérosclérose. L’hypercholestérolémie bénéficie
d’une prise en charge mixte, par des règles hygiénodiététiques Le risque cardiovasculaire (RCV) est la probabilité d’un sujet de
développer une MCV athéroscléreuse dans un laps de temps défini.
Les pays industrialisés subissent un processus de vieillissement de
leurs populations, ce qui augmente leur RCV moyen. En effet la
∗ Auteur correspondant. pathologie cardiovasculaire affecte principalement les sujets âgés
Adresse e-mail : salma.adham87@gmail.com (S. Adham). de plus de 55 ans [3]. L’estimation du RCV est essentielle lors de

https://doi.org/10.1016/j.revmed.2017.08.002
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la prise de décision pour introduire un traitement préventif dont 3. Traitements hypolipémiants


l’objectif sera le contrôle des différents FDR cardiovasculaires.
Il y a encore peu de temps, l’évaluation du RCV global était Les dyslipidémies doivent être recherchées chez les hommes
basée sur la sommation de l’ensemble des FDR d’un patient donné, âgés de 40 ans ou plus et chez les femmes âgées de 50 ans ou plus
sur un mode binaire (oui/non) : le risque global était propor- ou en post-ménopause, tout particulièrement en présence d’un ou
tionnel au nombre de FDR. Pourtant selon un rapport de l’ANAES plusieurs autres FDR. Tous les sujets diabétiques ou dont la preuve
datant de juin 2004, l’estimation du RCV global par une méthode d’athérosclérose vasculaire est faite, quel que soit leur âge, doivent
de sommation des FDR n’est pas précise car tous les facteurs bénéficier d’un bilan lipidique. Les sujets avec une histoire familiale
pris en compte ont le même « poids » malgré leur hétérogénéité. de MCV prématurée, hypertendus, obèses, sont aussi éligibles à un
Les objectifs thérapeutiques de LDL-c recommandés par l’AFSSAPS dépistage précoce.
en mars 2005 reposaient d’ailleurs uniquement sur un consen- Le bilan de première intention consiste en l’exploration d’une
sus professionnel de faible niveau de preuve, basé sur le nombre anomalie lipidique comportant la détermination des concentra-
de FDR [4]. tions de cholestérol total (CT), de triglycérides (TG) et de HDL-c,
Désormais, le calcul du RCV global doit reposer sur une équation et permet le calcul du LDL-c par la formule de Friedewald si les TG
de risque. Il existe de nombreuses échelles de risque dont le score sont inférieurs à 4 g/L.
de Framingham et la table SCORE qui a été retenue en Europe. En prévention primaire, l’instauration d’un traitement hypoli-
Historiquement, le score de Framingham a été le premier score pémiant ne s’effectue habituellement que si le taux-cible de LDL-c
développé et validé à partir du suivi d’une population Nord- n’est pas atteint après trois mois de régime adapté et bien conduit.
Américaine. Il permet d’estimer le risque absolu d’événement La poursuite des RHD est indispensable, même après introduction
coronarien mortel ou non, induit par les FDR traditionnels. Un score d’un hypocholestérolémiant.
de risque coronarien à dix ans est obtenu par le total des points de Les premiers traitements utilisés pour faire diminuer le taux de
chaque facteur [5]. Ce score est valable pour les sujets adultes âgés LDL-c ont été les fibrates, commercialisés à partir de 1975 pour le
®
de 20 à 79 ans non diabétiques et sans pathologie cardiaque cli- fénofibrate (Lipanthyl ) et encore prescrits aujourd’hui. Les sta-
nique. Il définit trois niveaux de risque à dix ans, complétés par la tines sont plus puissantes sur la baisse du cholestérol que les
notion des FDR : fibrates, et leur découverte a valu à Brown et Goldstein le prix
Nobel de Médecine en 1985. Elles sont devenues la principale classe
• faible : risque inférieur à 10 % ou absence de FDR cardiovascu- d’hypolipémiants, la plus efficace pour diminuer le taux de LDL-
c. Les statines inhibent de façon réversible le fonctionnement de
laire ;
• intermédiaire : risque entre 10 et 20 % ou présence d’au moins un la 3-hydroxy-3méthylglutaryl-coenzyme A (HMG-CoA) réductase,
qui contrôle la synthèse hépatique du cholestérol en transformant
FDR cardiovasculaire traditionnel ;
• élevé : risque supérieur ou égal à 20 % ou présence d’au moins un l’hydroxy-méthyl-coenzyme A en acide mévalonique, précurseur
des stérols. La réduction de synthèse hépatique de cholestérol par
FDR cardiovasculaire majeur.
les statines entraîne une augmentation des récepteurs membra-
naires aux LDL à haute affinité. Ceci contribue à l’augmentation
Pour l’AFSSAPS, il doit être corrigé par division d’un facteur 2 ou d’extraction par le foie des LDL et VLDL plasmatiques circulants.
1,5 (score modifié de Laurier) pour tenir compte du risque qui est L’utilisation des statines entraîne donc une baisse des LDL et VLDL
moins élevé en France par rapport aux États-Unis. Le calcul du score plasmatiques. Les statines peuvent diminuer de 20 à 50 % la concen-
de Laurier reste toutefois imprécis. Enfin le score de Framingham tration de cholestérol total, de 25 à 60 % la concentration du LDL-c
ignore certains FDR comme les antécédents familiaux, l’obésité et et de 15 à 30 % la concentration des TG. En réalité, avec les doses
l’alcool en cas de consommation excessive. habituellement recommandées, la réduction pour le taux de LDL-
La table SCORE (Systematic Coronary Risk Evaluation) publiée c varie de 20 à 30 %, et peut atteindre 50 % avec de fortes doses
en 2003 est un modèle européen construit sur douze cohortes d’atorvastatine [8]. Elles peuvent augmenter de 5 à 12 % la concen-
de plus de 200 000 patients européens suivis pendant dix ans tration de HDL-c.
et appartenant à onze pays dont la France [6]. SCORE calcule le Outre les effets hypolipémiants, divers effets pléiotropes ont
risque absolu de décès à dix ans par cause cardiovasculaire des été attribués aux statines, dont l’amélioration de la fonction endo-
individus européens en prenant en compte l’âge, le sexe, le taba- théliale, un effet anti-inflammatoire et une diminution du stress
gisme, la pression artérielle systolique et le cholestérol total. C’est oxydant. Ces effets participent à la stabilisation de la plaque athé-
l’équation recommandée par la Société européenne de cardiolo- romateuse [9].
gie (ESC), car elle est calibrée pour les pays européens et distingue
deux zones : RCV élevé ou faible. La France appartient à la zone
de faible risque, malgré un gradient national nord-sud pouvant 4. Prévention primaire et secondaire
modifier cette appartenance. SCORE définit un risque faible s’il est
inférieur à 1 % de risque de décès par cause cardiovasculaire à dix La prévention primaire en pathologie cardiovasculaire concerne
ans, un risque modéré entre 1 et 5 %, élevé entre 5 et 9 % et très les sujets qui ont des FDR identifiés sans MCV déclarée sur le plan
élevé s’il est supérieur à 10 % à dix ans. clinique. Notre revue s’intéresse à l’impact des statines, mais il faut
SCORE est simple d’utilisation, avec une version électronique rappeler l’importance du sevrage tabagique, des modifications du
disponible en ligne [7]. Toutefois SCORE surestime le risque du comportement alimentaire, de l’activité physique, de la maîtrise
diabète, immédiatement placé à haut risque. Il néglige la morbi- du poids, de la réduction de la consommation d’alcool et éven-
dité et ne tient pas compte du poids : le surpoids est pourtant tuellement des autres thérapeutiques médicamenteuses comme :
un FDR majoré en cas d’obésité. Il ne tient pas compte non plus les antihypertenseurs, les hypoglycémiants et les antiagrégants
de la précarité socio-économique, du syndrome métabolique, des plaquettaires. Les recommandations de prescription des statines
antécédents familiaux de MCV précoce et des patients asympto- en prévention primaire concernent surtout les patients à RCV
matiques avec athérosclérose préclinique documentée (plaques élevé. Pourtant, on remarque au travers des études épidémio-
d’athérome carotidiennes, augmentation de l’épaisseur intima- logiques une sur-prescription des statines notamment chez les
média de la carotide). Enfin, il n’estime le risque que dans une patients à faible risque, justifiée par des études qui montrent
tranche d’âge de 35 à 65 ans. une corrélation négative entre le taux de LDL-c et la survenue
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Tableau 1
Stratégie thérapeutique selon le risque cardiovasculaire et le taux de LDL-c ; recommandations européennes 2016 [10].

SCORE Taux de LDL-C

< 0,7 g/L [0,7–1]g/L [1–1,55]g/L [1,55–1,9]g/L ≥ 1,9 g/L

<1 % Aucune intervention sur les Aucune intervention sur Aucune intervention sur Aucune intervention sur RHD ± statine si non
lipides les lipides les lipides les lipides contrôlé
[1–5]% Aucune intervention sur les Aucune intervention sur RHD ± statine si non RHD ± statine si non RHD ± statine si non
lipides les lipides contrôlé contrôlé contrôlé
[5–10] % Aucune intervention sur les RHD + envisager une RHD + statine d’emblée RHD + statine d’emblée RHD + statine d’emblée
lipides statine
≥ 10 % RHD + envisager une statine RHD + statine d’emblée RHD + statine d’emblée RHD + statine d’emblée RHD + statine d’emblée

RHD : règles hygiénodiététiques.

d’événements cardiovasculaires. Même si les RHD restent la base En 2011 le groupe Cochrane a publié une méta-analyse de
de la prévention, elles sont aujourd’hui largement dépassées par quatorze essais cliniques portant sur 34 272 participants sans anté-
la demande de prescription de statines, dont le coût n’est pourtant cédent de MCV. La mortalité toutes causes confondues et les décès
pas négligeable. L’indication des statines en prévention primaire liés aux MCV avaient diminué par la prescription de statine [18].
semble se banaliser, sans respecter les dernières recommandations Cette revue systématique soulignait surtout l’intérêt des statines
européennes (Tableau 1) [10]. en prévention primaire pour les sujets à risque élevé de survenue
Les études réalisées en prévention secondaire concernent prin- d’événement cardiovasculaire (supérieur à 20 % à dix ans).
cipalement les patients porteurs d’une coronaropathie stable ou Quelle que soit la statine comparée au placebo, la mortalité
ayant bénéficié d’une revascularisation récente, elles ont donné des toutes causes confondues diminue d’environ 10 à 15 % chez un
résultats favorables à la prescription des statines chez ces sujets. patient traité par statine [19], mais les résultats montrent des dif-
L’indication des statines est donc validée en prévention secondaire férences à la limite de la signification statistique, avec un bénéfice
et la HAS a retenu en 2012 trois molécules qui ont fait la preuve de absolu très faible. En prévention primaire, environ mille personnes
leur efficacité sur la morbi-mortalité cardiovasculaire : simvasta- doivent être traitées pendant un an pour éviter un décès.
tine, pravastatine et fluvastatine [11,12].
6. Réduction des événements cardiovasculaires
5. Réduction de la mortalité
L’étude WOSCOPS, durant laquelle les patients ont été sui-
À ce jour, seules quelques molécules ont été évaluées en pré- vis pendant 20 ans, montre qu’un traitement par statine mené
vention primaire. La pravastatine dans l’essai ALLHAT-LLT n’a pas pendant cinq ans procure un bénéfice à long terme, voire à vie
apporté de bénéfice en termes de réduction de mortalité chez les (Tableaux 2 et 3). Les sujets inclus avaient en moyenne 55 ans,
sujets hypertendus traités en prévention primaire. Les raisons de âge où il est potentiellement encore possible d’agir sur la plaque
cet échec peuvent s’expliquer par la méthodologie de l’essai : la pra- d’athérome non calcifiée. L’effet observé dans WOSCOPS corres-
vastatine n’était pas comparée à un placebo mais à un suivi médical pondrait à une stabilisation plus précoce de l’athérome et donc à
avec prescription d’hypocholestérolémiant en cas de besoin. Ainsi, un ralentissement de la maladie qui aurait un retard de cinq ans
26 % des patients du groupe contrôle prenaient des statines et 30 % sur l’incidence des décès cardiovasculaires et des IDM non fatals
des patients du groupe statine n’étaient pas observants. La baisse du présentés par les patients du groupe placebo [20].
taux de cholestérol est plus faible dans cet essai que dans d’autres En prévention primaire et versus placebo, la pravastatine semble
études qui s’intéressent à la pravastatine et un nombre important posséder un rapport bénéfice/risque favorable évalué par cinq
de perdus de vue a empêché l’analyse rigoureuse de l’effet de la essais randomisés menés en double aveugle chez 31 714 sujets
pravastatine [13]. Ces résultats sont pondérés par ceux de l’étude âgés de 30 à 73 ans et suivis pendant cinq à sept ans et demi.
ASCOT-LLA, également menée chez une population hypertendue, Dans quatre études sur cinq, le gain est de deux à cinq accidents
qui montrent une variation importante des paramètres lipidiques coronariens évités chaque année pour mille personnes traitées,
et une réduction hautement significative des événements coro- avec une réduction significative de la mortalité par coronaropathie
nariens fatals et non fatals dès 6 mois chez les sujets recevant [20–24].
l’atorvastatine [14]. Quelle que soit la statine, les différentes études mettent en évi-
En ce qui concerne le sous-groupe des sujets âgés de 75 ans et dence une réduction de risque relatif aux alentours de 30 % pour
plus, l’essai PROSPER et deux études plus récentes n’ont pas apporté les pathologies coronariennes. L’efficacité des statines en préven-
la preuve de l’efficacité d’un traitement par statine en prévention tion primaire de la survenue des AVC est moins marquée avec une
primaire [15–17]. réduction de risque relatif de 20 %.

Tableau 2
Méta-analyses : statines en prévention primaire.

1er auteur, revue, année Essais Mortalité totale RR Événements CV RR Conclusions Conflits d’intérêts
inclus (IC95 %) (IC95 %)

Thavendiranathan, Arch Intern Med, 2006 7 0,92 [0,84–1,01] 0,71 [0,60–0,83] Mortalité inchangée Aucun
Abramson, Lancet, 2007 8 0,95 [0,89–1,01] 0,77 [0,71–0,83] Mortalité inchangée 1 auteur/2
Mills EJ, J Am Coll Cardiol, 2008 20 0,93 [0,87–0,99] 0,77 [0,63–0,95] Réduction : mortalité et événements CV Aucun
Brugts JJ, BMJ, 2009 10 0,88 [0,81–0,96] 0,70 [0,63–0,81] Réduction : mortalité et événements CV 6 auteurs/12
Ray KK, Arch Intern Med, 2010 11 0,91 [0,83–1,01] Non rapporté Mortalité inchangée 5 auteurs/7
Wright JM, Therapeutics letter, 2010 12 0,93 [0,86–1,00] 0,74 [0,68–0,80] Mortalité inchangée Aucun
Taylor F, Cochrane, 2011 14 0,84 [0,73–0,96] 0,70 [0,61–0,79] Réduction : mortalité et événements CV Aucun
Taylor F, Cochrane, 2013 18 0,86 [0,79–0,94] 0,75 [0,70–0,81] Réduction : mortalité et événements CV Aucun

CV : cardiovasculaire ; IC : intervalle de confiance ; RR : risque relatif.


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Tableau 3
Essais cliniques randomisés : statines en prévention primaire.

1er auteur, revue, année Statine versus . . . Principaux résultats

Yusuf S, N Engl J Med, 2016 Rosuvastatine 10 mg vs LDL-c : en moyenne 0,90 mmol/L plus bas dans le groupe statine par
Prévention primaire, suivi moyen 5 ans placebo rapport au groupe placebo à la fin du suivi, p < 0,001
Statine : 6361/Placebo : 6344 Événements et décès CV : 3,7 % vs 4,8 %, p = 0,002
Mok VC, Cerebrovasc Dis, 2009 Simvastatine 20 mg vs LDL-c : −1,43 vs −0,12 mmol/L, p < 0,001
Prévention primaire, suivi moyen 2 ans placebo Décès toutes causes : 0 vs 7, p = 0,014
Statine : 113/Placebo : 114 Événements CV : 5 vs 13, p = 0,052
Hong MK, JACC Cardiovasc Interv, 2009 Simvastatine 20 mg vs LDL-c : −0,41 et −0,52 g/L, valeurs finales aux alentours de 0,7 g/L pour
Prévention primaire, suivi moyen 1 an rosuvastatine 10 mg les deux statines (0,78 et 0,64 g/L)
Simvastatine : 50/Rosuvastatine : 50 Pas de modification significative de la plaque d’athérosclérose
Ridker PM, N Engl J Med, 2008 Rosuvastatine 20 mg vs LDL-c : −50 %
Prévention primaire, suivi moyen 1,9 ans placebo Événements ou décès CV : réduction risque relatif 47 %, p < 0,00001
Statine : 8901/Placebo : 8901 Décès toutes causes : réduction du risque relatif 20 %, p = 0,02
Événements CV : réduction du risque relatif de 44 %, p < 0,00001
Gottlieb I, J Cardiovasc Med, 2008 Simvastatine 20 mg vs LDL-c : −0,1 g/L en moyenne avec Simvastatine 80 mg, p = 0,001
31 patients avec athérosclérose modérée à sévère simvastatine 80 mg
Suivi moyen 1 an
Crouse JR, JAMA, 2007 Rosuvastatine 40 mg vs LDL-c : −48,8 vs −0,3 %, p-value < 0,001
Prévention primaire, suivi moyen 2 ans placebo IMT carotidienne : −0,0014 vs + 0,0131 mm/an, p < 0,001
Statine : 624/Placebo : 252 Pas de différence en termes d’effets indésirables entre les 2 bras
Terry JG, Am J Cardiol, 2007 Simvastatine 80 mg LDL-c : −42 % vs −2 % de réduction à la fin du suivi, p < 0,0001
Prévention primaire, suivi moyen 1 an versus placebo Pas de réduction significative de progression de la plaque
Statine : 40/Placebo : 40 d’athérosclérose.
Nakamura H, Lancet, 2006 Pravastatine 20 mg vs LDL-c : −18 vs −3,2 %
Prévention primaire, suivi moyen 5,3 ans placebo Événements CV : réduction du risque relatif 26 %, p = 0,01
Statine : 3866/Placebo : 3966 Décès CV : 11 vs 18, p = 0,22
Population à faible risque CV Décès toutes causes : 44 vs 61, p = 0,13
Schmermund A, Circulation, 2006 Atorvastatine 10 mg vs LDL-c : −2 % vs −16 %
Prévention primaire, suivi moyen 1 an atorvastatine 80 mg Pas de réduction significative de progression la plaque d’athérosclérose
Atorvastatine 10 mg : 236/Atorvastatine 80 mg : 235 coronarienne
Anderssen SA, Atherosclerosis, 2005 Fluvastatine 40 mg vs IMT carotidienne : réduction significative dans le groupe Fluvastatine,
Prévention primaire, suivi moyen 4 ans placebo p = 0,0214
Statine : 283/Placebo : 285
Raggi P, Circulation, 2005 Pravastatine 40 mg vs LDL-c : −24,5 % vs −46,6 %, p < 0,0001
Prévention primaire, suivi moyen 1 an atorvastatine 80 mg Pas de modification de l’athérosclérose coronarienne
Femmes dyslipidémiques en postménopause
Pravastatine 40 mg : 309/Atorvastatine 80 mg : 305
Sever PS, Lancet, 2003 Atorvastatine 10 mg vs LDL-c : −29 %
Prévention primaire, suivi moyen 3,3 ans placebo Événements CV : réduction du risque relatif de 21 %, p = 0,0005
Statine : 5168/Placebo : 5137 Décès toutes causes : réduction du risque relatif de 13 %, p = 0,16
Population à haut risque CV
HPS Collaborative Group, Lancet, 2002 Simvastatine 40 mg vs Premier événement CV : 16,1 vs 20,8 %, réduction du risque relatif 25 %,
Prévention primaire, suivi moyen 5 ans placebo p < 0,0001
Statine : 3575/Placebo : 3575
ALLHAT, JAMA, 2002 Pravastatine 40 mg vs LDL-c : −27,7 vs −11 %
Prévention primaire, suivi moyen 4,8 ans placebo Décès toutes causes : 14,9 vs 15,3 %, p = 0,88
Statine : 5170/Placebo : 5185 Décès CV : 6,9 vs 7,1 %, p = 0,91
Événements CV : 9,3 vs 10,4 %, p = 0,16
Downs JR, JAMA, 1998 Lovastatine 20 ou 40 mg vs LDL-c : −25 vs + 1,5 %
Prévention primaire, suivi moyen 5,2 ans placebo Événements CV : réduction du risque relatif 25 %, p = 0,003
Statine : 3304/Placebo : 3301
Mercuri M, Am J Med, 1996 Pravastatine 40 mg vs LDLC-c : −1,03 vs + 0,09 mmol/L en moyenne, p = 0,0001
Prévention primaire, suivi moyen 3 ans placebo Réduction de l’IMT carotidienne
Statine : 151/Placebo : 154
Shepherd J, N Engl J Med 1995 Pravastatine 40 mg vs LDL-c : −26 % vs −0 %
Prévention primaire, suivi moyen 4,9 ans placebo Événements CV : réduction du risque relatif de 31 % sous statine,
Statine : 3302/Placebo : 3293 p < 0,001 ; réduction du risque absolu 2,4 %
Population à haut risque CV Décès toutes causes : réduction du risque relatif de 22 % sous statine,
p = 0,051

CV : cardiovasculaire ; IMT : intima-media thickness (épaisseur intima-média).

De façon plus pragmatique, le calcul du nombre de patients à que les statines sont efficaces dans la prévention des accidents vas-
traiter (NNT) en prévention primaire est un élément décisionnel culaires majeurs, indépendamment de l’âge ou du sexe, mais aussi
important. Une méta-analyse Cochrane de 2013 [19] rapporte un indépendamment du taux de cholestérol au début du traitement
NNT de 138 ou 155 patients à traiter pendant cinq ans pour éviter ou des antécédents de MCV. Le risque de mortalité toutes causes
un décès toutes causes confondues ou un AVC, alors qu’il ne faut confondues diminue de 9,1 % sous statines et le risque d’événement
traiter que 49 patients pendant cinq ans pour éviter un événement cardiovasculaire grave d’environ 20 % par réduction de 0,4 g/L de
cardiovasculaire. L’attitude des auteurs de cette méta-analyse [19] LDL-c, indépendamment du niveau de RCV de base. Les statines
a néanmoins évolué par rapport à leurs conclusions de 2011 [18], seraient efficaces aussi bien chez les patients avec le RCV le plus
probablement suite à la publication de l’étude JUPITER [25] et à élevé que chez les patients avec le risque le plus faible, avec chez ces
l’analyse des données de la méta-analyse CTT (Cholesterol Treat- derniers une diminution de 39 % du risque relatif d’accidents car-
ment Trialists) [26]. Les auteurs de la collaboration CTT ont conclu diovasculaires majeurs pour chaque réduction de 0,4 g/L du taux
46 S. Adham et al. / La Revue de médecine interne 39 (2018) 42–49

de LDL-c. Toutefois, les patients considérés comme étant à faible réel si le taux de LDL-c est supérieur à 1,7 g/L et incertain avec des
risque étaient en fait à risque modéré (risque à 2,6 % à 5 ans). taux plus bas.
Le New England Journal of Medicine a publié en 2016 une série Jusqu’à la fin des années 1990, l’efficacité d’un traitement par
de trois articles concernant la diminution de pression artérielle statine reposait sur la baisse obtenue du taux de LDL-c, sans analyse
et/ou de cholestérol chez des sujets à RCV intermédiaire traités de l’aptitude à protéger le système cardiovasculaire. Les résultats
par rosuvastatine 10 mg [27–29]. La définition du risque intermé- des premiers essais d’intervention thérapeutique concluant à un
diaire dans ces études pose problème : 1 % de risque d’événement bénéfice clinique en termes de réduction de la mortalité et des MCV
cardiovasculaire par an, chez des hommes âgés de plus de 55 ans évitées ont été publiés plus tardivement. Toutefois la diminution du
et des femmes de plus de 65 ans avec au moins un FDR, voire au taux de LDL-c demeure aujourd’hui encore l’objectif thérapeutique
moins deux FDR chez les femmes de plus de 60 ans. Dans tous principal et le critère décisionnel biologique le mieux validé pour
les groupes, un sujet sur quatre a au moins trois FDR et près d’un instaurer un traitement par statine. Or le rapport bénéfice-risque
sujet sur deux a deux FDR. Les auteurs utilisent le score INTER- des statines dépend non seulement du taux de LDL-c, mais aussi de
HEART paru en 2004, en partie basé sur des données déclaratives l’importance du risque spontané. Le taux de LDL-c doit être consi-
du mode de vie des patients, induisant un biais d’information. La déré comme un facteur de risque progressif et les valeurs limites
population de ces essais est particulièrement hétéroclite en termes pour l’instauration d’un traitement hypolipémiant ne doivent pas
d’ethnie, ne permettant pas de transposition à une échelle natio- être considérées comme des seuils absolus.
nale dans notre pays. Les résultats de HOPE-3 [27–29] montrent De ce fait, la prescription doit privilégier des molécules pour
que la rosuvastatine prescrite pendant près de six ans à 91 per- lesquelles des données d’efficacité cliniques et biologiques sont
sonnes permet d’éviter un décès d’origine cardiovasculaire ou un disponibles Ainsi, lorsqu’un traitement hypolipémiant est justifié
infarctus non fatal ou un AVC non fatal, regroupés en un critère en prévention primaire, la pravastatine et la simvastatine sont les
composite. Il faudrait traiter 200 personnes pendant six ans pour molécules les mieux évaluées en termes de décès et d’accidents
éviter un événement coronarien. L’étude manque de puissance cardiovasculaires avec un meilleur profil de tolérance [32].
pour analyser des critères comme la mortalité cardiovasculaire ou
la mortalité globale, et il n’y a donc pas de réduction de ces critères.
Il convient également de s’interroger sur l’observance étonnam- 8. Tolérance
ment bonne (75,5 % à cinq ans), alors que par exemple le suivi
de la cohorte WOSCOPS retrouve une observance à 38,7 % dans Les statines diffèrent dans leur absorption, leur biodisponibi-
le groupe statine [20,30]. Enfin, le taux de LDL-c est bien entendu lité, leur liaison aux protéines plasmatiques, leur excrétion et leur
plus faible dans le groupe rosuvastatine, mais il reste évident que solubilité. La lovastatine et la simvastatine sont des précurseurs,
le taux de cholestérol baissera toujours sous statine par rapport au alors que les autres statines disponibles sont des formes actives. Le
placebo [8]. taux d’absorption varie de 20 à 98 %. Les statines sont généralement
bien tolérées et les effets secondaires graves semblent rares. Plus de
129 000 patients ont été étudiés dans des essais contrôlés statine
7. Réduction des taux de LDL-C vs placebo. Des facteurs comme un âge avancé, une petite taille, le
sexe féminin, une insuffisance rénale ou hépatique, une hypothy-
L’hyperlipidémie est un FDR connu de longue date dans la patho- roïdie, un abus d’alcool ou des pathologies de système augmentent
logie cardiovasculaire. Le RCV augmente avec la cholestérolémie le risque d’effet secondaire des statines [33].
dès 1,8 g/L. L’étude prospective de Framingham a été très utile, L’effet indésirable le plus sévère associé à un traitement par sta-
notamment dans la détermination des niveaux de risque dus à tine est la myopathie, dont l’évolution vers la rhabdomyolyse peut
l’association des FDR : HTA, tabac et cholestérol. D’abord mal éva- conduire à une défaillance rénale aiguë et au décès. La myopathie
lué à partir du cholestérol total, le RCV est dorénavant déterminé concerne moins d’un patient sur 1000 sous statine. L’élévation de la
par un taux de LDL-c élevé, étroitement corrélé au risque de MCV : créatinine phosphokinase (CPK) est devenue le premier marqueur
une augmentation de 1 % du taux de LDL-c est associée à une aug- de souffrance musculaire. Elle est acceptée jusqu’à cinq fois la nor-
mentation relative du risque coronarien de 2 à 3 %. Les auteurs des male, contrôlée à deux reprises. Dans les études observationnelles,
recommandations de l’International Atherosclerosis Society (IAS) des myalgies sans élévation de la CPK surviennent chez 5 à 10 % des
ciblent le LDL-c comme la principale cause d’athérosclérose et donc patients sous statine. Il n’y a pas de contre-indication à la poursuite
de MCV. Selon eux l’objectif principal de la prévention des MCV est du traitement, sauf si les symptômes deviennent invalidants.
la diminution du taux de LDL-c plasmatique et son maintien à des Les statines entraînent une augmentation dose-dépendante des
valeurs basses tout au long de la vie [31]. Les RHD sont susceptibles transaminases chez 0,5 à 2 % des patients. Les cas d’insuffisance
de bénéficier à tous les patients, même ceux à risque élevé avec un hépatique imputables à un traitement par statine semblent éga-
taux de LDL-c supérieur à 1 g/L. lement très peu fréquents. L’incidence de l’hépatotoxicité induite
Le pourcentage de réduction souhaitée est estimé par l’écart par les statines reste mal connue, avec de rares cas apparus dans
entre le taux actuel de LDL-c et la valeur cible à atteindre (selon des essais randomisés à grande échelle [34]. Il est recommandé de
le niveau de risque), divisé par le taux actuel de LDL-c. Si l’écart prescrire un bilan hépatique de référence avant l’instauration d’une
entre le taux actuel de LDL-c et la valeur cible à atteindre est impor- statine, à contrôler huit semaines après son introduction ou après
tant, on peut utiliser d’emblée une statine « puissante ». Le choix toute modification posologique et à prescrire annuellement si les
de la molécule dépend du pourcentage de réduction visée, avec un enzymes hépatiques sont inférieures à trois fois la normale.
classement en pouvoir faible (10–30 %), modéré (31–40 %) et élevé De nouvelles données montrent une légère augmentation de
(> 40 %) de réduction du taux de LDL-c. Un doublement de la dose l’incidence du diabète de type 2 chez les personnes traitées par sta-
de statine conduit à une diminution supplémentaire du taux de tine, estimée à quatre patients pour 1000 traités pendant quatre ans
LDL-c de 4 à 6 %. En prévention primaire, la pravastatine permet [19]. Chez certains patients à risque élevé de survenue de diabète,
une baisse moyenne du taux de LDL-c de 0,23 à 0,43 g/L. Certains les statines peuvent entraîner une hyperglycémie ou une augmen-
auteurs affirment que l’efficacité préventive primaire est démon- tation de l’HbA1c nécessitant parfois l’introduction d’un traitement
trée uniquement pour cette molécule et n’est valable que chez les antidiabétique. La survenue d’un diabète au cours d’un traitement
hommes de moins de 73 ans avec un taux de LDL-c supérieur à par statine est favorisée par des FDR préexistants comme une
1,7 g/L [19–23]. Le bénéfice d’une thérapie par pravastatine semble glycémie à jeun élevée, l’obésité, l’hypertriglycéridémie et l’HTA.
S. Adham et al. / La Revue de médecine interne 39 (2018) 42–49 47

Néanmoins, la réduction du RCV obtenu avec les statines chez les Tableau 4
Prise en charge des dyslipidémies de l’adulte entre 40 et 65 ans en consultation,
patients à haut risque pourrait contrebalancer cet effet indésirable
selon les recommandations européennes 2016 [10].
et serait en faveur de leur maintien [35].
L’insuffisance rénale n’est pas une contre-indication à la pres- Estimation du Utilisation de la table Score pour la France :
risque http://www.heartscore.org/fr FR/access
cription des statines, sauf pour la rosuvastatine. La posologie doit
être adaptée en fonction du débit de filtration glomérulaire [36]. Bilan biologique Bilan lipidique à jeun (cholestérol total, triglycérides,
Quelques études suggèrent l’existence d’autres effets indési- LDL-c, HDL-c), contrôle à 12 semaines sauf si nécessité
de traitement immédiat
rables comme la sclérose en plaques, des cancers, la maladie
Si LDL-c > 1,9 g/L et triglycérides normaux : rechercher
d’Alzheimer ou des syndromes confusionnels et des pathologies une hypercholestérolémie familiale
pulmonaires [16,37]. L’étude HPS et l’étude PROSPER, respective-
Règles hygiéno- Prévention primaire : selon le taux de LDL-c et le
ment menées chez des sujets âgés de 40 à 80 ans et de 72 à 80 ans, ne diététiques niveau de risque SCORE
notent pas d’augmentation des troubles cognitifs chez les patients Prévention secondaire : systématiques
recevant une statine comparativement à ceux recevant un placebo
Recommandations LDL-c ≥ 1,9 g/L malgré règles hygiénodiététiques bien
[15,38]. L’étude WOSCOPS ne relève pas non plus d’augmentation thérapeutiques conduites et SCORE < 1 % : Objectif LDL-c < 1,15 g/L. Par
d’incidence des cancers chez les patients traités par statine après exemple : fluvastatine 20–40 mg ; pravastatine
un suivi de vingt ans [20]. Ces données doivent être confirmées par 10–40 mg ; simvastatine 10 mg
des essais randomisés contrôlés et plaident en faveur du maintien LDL-c ≥1,3 g/L et SCORE 1–5 % : tenir compte de
l’athérome infra-clinique, des antécédents familiaux
au long terme des mesures de pharmacovigilance.
précoces de maladie cardiovasculaire au 1er degré et
de l’existence de comorbidités à sur-risque
cardiovasculaire ; objectif LDL-c < 1,15 g/L. Par
9. Aspects économiques exemple : simvastatine 20–40 mg ; atorvastatine 10 mg
LDL-c ≥1 g/L et SCORE 5–10 % : objectif LDL-c < 1 g/L ou
Le rapport coût-efficacité de la prescription des statines en pré- réduction d’au moins 50 % du LDL-c si > 1 et <2 g/L. Par
vention primaire est débattu car il ne dépend pas seulement du exemple : atorvastatine 20–80 mg ; simvastatine 80 mg
LDL-c ≥ 0,7–1 g/L et SCORE ≥ 10 % ; patients en
prix de la molécule, mais également du RCV global des patients
prévention secondaire : objectif LDL-c < 0,7 g/L ou
qui en bénéficient. Même à l’ère des génériques à bas prix, ce rap- réduction d’au moins 50 % du LDL-c si > 0,7 et
port coût-efficacité pourrait ne pas être intéressant dans toutes les < 1,35 g/L. Par exemple : atorvastatine 40–80 mg ;
populations de patients. simvastatine 80 mg
En 2001, les recommandations du NCEPIII (National Cho- Recommandations générales : objectifs identiques
pour les hommes et les femmes ; pas de statines
lesterol Education Program) ne retrouvaient pas de bénéfice pendant la grossesse et l’allaitement. Prescription de la
économique à un traitement par statine chez les sujets dont le statine à posologie maximale recommandée ou tolérée
risque d’événement cardiovasculaire était estimé à moins de 10 % à pour atteindre l’objectif, selon le taux initial de LDL-c et
dix ans [39]. le taux de réduction à obtenir ; titration chez les sujets
âgés. Si objectifs non atteints à dose maximale tolérée
Pourtant selon une étude de la CNAMTS en 2006, la France
de statine : envisager une association thérapeutique
est en tête des dépenses et des volumes consommés de médi- statine/ézétimibe. Si intolérance aux statines : utiliser
caments anti-cholestérol. Concernant les statines, notre pays se l’ézétimibe ou un séquestrant de l’acide biliaire
situe au second rang européen. La consommation moyenne de sta- Suivi biologique Bilan lipidique à 8 ± 4 semaines après le début du
tines est de vingt-cinq comprimés par an et par habitant alors traitement et après les changements de posologie, puis
qu’en Allemagne elle est de quinze comprimés. L’assurance mala- annuel si objectif atteint
die note que « 40 % des patients nouvellement traités par statines Bilan hépatique avant initiation de la statine et à
8–12 semaines après le début du traitement ou après
[sont] des patients en prévention primaire à faible risque cardio-
modification de posologie ; pas de contre-indication
vasculaire », représentant presque 1 milliard d’euros en montant aux statines si augmentation des enzymes hépatiques
remboursé pour l’année 2008. Enfin, rappelons que l’étude HOPE-3 < 3 fois la normale
®
[26–28] a été financée par ASTRA-ZENECA, qui produit le Crestor Dosage des CPK selon le contexte clinique ;
(rosuvastatine), et que l’industrie pharmaceutique semble avoir interruption de la statine si CPK > 5 fois la normale

un intérêt direct à la prescription la plus large possible de ces


molécules.
La prescription de statine en prévention primaire semble fina-
modéré (risque SCORE à dix ans 1–5 %), il faut considérer un taux de
lement avoir un effet bénéfique relativement modeste et une
LDL-c < 1,15 g/L et introduire une statine en cas d’échec des mesures
acceptabilité économique difficilement justifiable dans ces temps
non médicamenteuses.
de rigueur budgétaire.
Au contraire, les recommandations américaines de l’ACC/AHA
[40] ne se basent plus sur les seuils cibles de LDL-c mais sur un
10. Synthèse des recommandations pourcentage de réduction du taux basal qui définit la puissance
(forte ou moyenne) de la statine à prescrire. En prévention secon-
Les dernières recommandations européennes [10] définissent daire, une statine de forte puissance est recommandée pour obtenir
quatre catégories de RCV global selon les tables SCORE, et le niveau une réduction de 50 % du taux basal. En cas de diabète sans maladie
de LDL-c reste la cible principale. La cible thérapeutique dépend de athéromateuse mais avec LDL-c entre 0,7 et 1,9 g/L, une statine de
la catégorie de risque du patient (Tableau 4). Chez les patients à très forte puissance est recommandée pour diminuer de 50 % le taux
haut RCV (prévention secondaire, diabète avec atteinte d’organe de LDL-c en cas de haut RCV et une statine de puissance moyenne
cible, risque SCORE à dix ans > 10 %), la cible de LDL-c est < 0,7 g/L pour diminuer de 30 à 50 % le taux de LDL-c en cas de risque bas. En
ou une réduction d’au moins 50 %, si le taux basal de LDL-c est cas d’élévation du LDL-c > 1,9 g/L, il est recommandé de prescrire
entre 0,7 et 1,35 g/L. Pour les patients à haut RCV (risque SCORE une statine de forte puissance pour obtenir une réduction du taux
à dix ans 5–10 %), la cible de LDL-c est < 1 g/L ou une réduction de LDL-c de 50 %. Enfin, il faut prescrire soit une statine de forte
d’au moins 50 %, si le taux basal de LDL-c est entre 1 et 2 g/L. Ces puissance si le risque à 10 ans est estimé à plus de 7,5 % selon le
objectifs seront atteints par la prescription d’une statine à la dose calculateur ACC/AHA, soit une statine de moyenne puissance si le
maximale recommandée ou tolérée. Pour les patients à risque CV risque est entre 5 et 7,5 %.
48 S. Adham et al. / La Revue de médecine interne 39 (2018) 42–49

Si les recommandations américaines ne remettent pas en cause who have average or lower-than-average cholesterol concentrations, in the
la nécessité de diminuer le taux de LDL-c, elles posent néanmoins Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial-Lipid Lowering Arm (ASCOT-LLA):
a multicentre randomised controlled trial. Lancet 2003;361:1149–58.
la question de la façon dont nous traitons l’hypercholestérolémie [15] Shepherd J, Blauw GJ, Murphy MB, Bollen EL, Buckley BM, Cobbe SM, et al.
et nous rappellent ce que ces seuils ont de consensuel et Prospective study of pravastatin in the elderly at risk. Pravastatin in elderly
d’arbitraire. individuals at risk of vascular disease (PROSPER): a randomised controlled trial.
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démontré qu’en présence d’un RCV élevé, incitant les praticiens older adults. The ALLHAT-LLT randomized clinical trial. JAMA Intern Med
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[19] Taylor F, Huffman MD, Macedo AF, Moore TH, Burke M, Davey Smith G, et al. Sta-
à 5 % n’est pas recommandé [10]. Ces conclusions sont étayées par tins for the primary prevention of cardiovascular disease. Cochrane Database
la méta-analyse Cochrane de 2011 [18]. Les mesures non médica- Syst Rev 2013;1:CD004816.
menteuses comme le sevrage tabagique, une alimentation adaptée [20] Shepherd J, Cobbe SM, Ford I, Isles CG, Lorimer R, Macfarlane PW, et al.
Prevention of coronary disease with pravastatin in men with hypercholes-
et l’exercice physique représentent la base de toute prévention terolemia. West of Scotland coronary prevention study group. N Engl J Med
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recommandations américaines nous incitent à la réflexion et nous [21] Downs JR, Clearfield M, Weis S, whitney E, Shapiro DR, Beere PA, et al. Primary
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rappellent que la prescription de statines en prévention primaire
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