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CHAPITRE

Géomorphologie des cours d’eau

5.1 INTRODUCTION
La géomorphologie est une discipline de la géographie physique et des géosciences qui décrit
les formes de la surface de la terre (relief) et explique leur formation et leur évolution sous
l’effet de la tectonique et de l’érosion.
La géomorphologie des cours d’eau étudie la formation et l’évolution des cours d’eau dans un
contexte naturel ou modifié par l’homme et la nature (climat, crues, etc.).
Les cours d’eau coulent au travers du paysage, grandissent en taille, se joignent à d’autres
cours d’eau. Le réseau de cours d’eau forme ce qui est appelé le réseau de drainage et il adopte
différentes formes qui sont influencées par le relief et la géologie du sous--sol. Les cours d’eau
transportent l’eau et les sédiments dans un processus dynamique qui façonne leur lit.
Les ingénieurs se sont surtout intéressés à intervenir dans les cours d’eau pour répondre à des
impératifs de développement (irrigation, drainage), de protection (protection contre les inon-
dations, protection des propriétés) ou d’intervention contre la dégradation des berges avec des
approches principalement hydrauliques. La géomorphologie peut aider l’ingénieur à analyser
les cours d’eau et identifier des solutions.
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5.2 CARACTÉRISTIQUES MORPHOLOGIQUES


Cette section présente les principales caractéristiques morphologiques des cours d’eau. Cette
section détaille principalement les caractéristiques qui n’ont pas été présentées au chapitre 1.

5.2.1 Densité de drainage


La densité de drainage a été définie par R.E. Horton en 1932 afin de décrire le degré de déve-
loppement d’un réseau hydrographique :

 Li
Dd = [5.1]
A

Dd = densité de drainage
Li = longueur de chacun des tronçons (m)
A = superficie du bassin versant (m2)
La longueur totale de cours d’eau représente la somme des longueurs des cours d’eau de tous
les ordres du réseau hydrographique.
La densité de drainage est un indice de l’intensité du réseau de drainage. Les bassins versants
agricoles ont en général des densités de drainage plus élevées que les bassins versants naturels.

5.2.2 Largeur et profondeur


La largeur et la profondeur du cours d’eau sont des caractéristiques très étudiées en géomor-
phologie des cours d’eau. Des relations empiriques ont souvent été développées sur une base
régionale en fonction du débit plein bord. Elles sont représentées par les formes suivantes :

w = a Q cb [5.2]

d = e Q fb [5.3]

w = k Dm
x
[5.4]

Qb = débit plein bord


w = largeur du cours d’eau
d = profondeur du cours d’eau
Dx = Diamètre caractéristique du matériel du lit du cours d’eau
a, c, e, f, k, m = constantes
CARACTÉRISTIQUES MORPHOLOGIQUES
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5.2.3 Caractéristiques du lit


Une des principales caractéristiques du lit d’un cours est la grosseur du matériel constituant le
lit ou les talus du cours d’eau. Le matériel est souvent décrit par la composition des consti-
tuants suivants (Fangmeier et al., 2006) :
argile/limon (clay/silt) (0 -- 0,062 mm)
sables (sand) (0,062 -- 0,13 mm), (0,13 -- 0,25 mm), (0,25-- 0,5 mm),
(0,5 -- 1,0 mm), (1 -- 2 mm)
graviers (gravel) (2 -- 4 mm), (4 -- 6 mm), (6 -- 8 mm), (8 -- 11 mm),
(11 -- 16 mm), (16 -- 22 mm), (22 -- 32 mm), (32 -- 45 mm),
(45 -- 64 mm)
Cailloux (cobble) (64 -- 90 mm), (90 -- 128 mm), (128 -- 180 mm),
(180 -- 254 mm)
Gros cailloux et blocs (boulder) (254 -- 362 mm), (362 -- 512 mm),
(512-- 1024 mm), (1024 -- 2048 mm)
roc (bedrock)

5.2.4 Méandres et sinuosité


Les méandres (figure 5.1) peuvent être décrits par les caractéristiques suivantes :
λ = longueur d’onde du méandre
a = l’amplitude
r = rayon de courbure
w = largeur du lit

Figure 5.1 Éléments morphologique d’un méandre (Bravard et Petit, 2000).

Le rapport de méandre est :


a
Rm = w [5.5]
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La sinuosité ou l’indice de sinuosité (Is) qui est le rapport de la longueur du talweg sur la lon-
gueur d’onde permet de caractériser la sinuosité des cours d’eau :
Is < 1,05 : cours d’eau rectiligne
1,05 < Is < 1,5 : cours d’eau sinueux
Is > 1,05 : cours d’eau à méandres

5.3 DÉBIT PLEIN BORD


En géomorphologie, le débit plein bord (bankfull discharge) est le débit caractéristique le plus
utilisé. Il correspond au débit que peut supporter le lit mineur d’un cours d’eau avant que
celui--ci déborde dans la plaine d’inondation. Il est difficile à déterminer dans les vallées
encastrées où la plaine d’inondation est peu existante.
Il varie d’un cours d’eau à l’autre en fonction des caractéristiques du cours d’eau, de la compo-
sition du lit, des caractéristiques du bassin versant et caractéristiques hydroclimatiques.
Le débit plein bord correspond à des débits ayant une récurrence de 1 à 5 ans et avec des
moyennes de 1,5 à 2 ans selon les études. C’est pourquoi les débits de récurrence de deux ans
sont souvent utilisés comme les débits plein bord.
Le débit plein bord est associé au débit dominant (dominant discharge) ou débit effectif (effec-
tive discharge) responsable du développement et du maintien des dimensions de la section du
cours d’eau.

5.4 PUISSANCE
La puissance d’un cours d’eau (stream power) est une caractéristique géomorphologique des
cours d’eau qui a été beaucoup étudiée. La puissance d’un cours d’eau est la quantité d’énergie
que possède l’écoulement pour transporter sa charge sédimentaire et qui doit être absorbée par
friction. Si l’énergie est non suffisante pour transporter la charge sédimentaire, les sédiments
se déposeront au fond du cours d’eau. Si l’énergie ne peut être absorbée par friction, le fond du
cours d’eau et/ou le talus seront érodés par l’écoulement.
La puissance peut être définie comme la puissance brute (Ω) :

Ω =  g Qb S [5.6]

Ω = puissance (kg m s--2) (W m--1)


ρ = masse spécifique de l’eau (1000 kg m3)
g = accélération gravitationnelle (9,8 m s-- 2)
Qb = débit plein bord (m3 s-- 1)
S = pente du cours d’eau (m m-- 1)
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ou la puissance spécifique (unit stream power) :


 g Qb S
ω=Ω
w= w
[5.7]

ω = puissance spécifique (W m--2)


w = largeur du cours d’eau (m)
Brooke (1988) a étudié la puissance spécifique de plusieurs cours d’eau qui ont été redressés
au Danemark dans des sols alluvionnaires et il a constaté que les cours d’eau tendent à se méan-
driser à nouveau lorsque la puissance spécifique dépasse 35 W/m--2. Brooke (1990) a résumé
ses observations comme suit :
ω > 100 W/m--2 cours d’eau se tressant activement
35 W/m--2 < ω < 100 W/m--2 cours d’eau se méandriasant activement
5 W/m--2 < ω < 35 W/m--2 cours d’eau stable
ω < 8 W/m--2 cours d’eau avec sédimentation
Ferguson (1981) a établit une classification des méandres suivant leur activité et la puissance
du cours d’eau. Les méandres libres se rencontrent en général dans les cours d’eau dévelop-
pant des puissances spécifiques de 10 à 100 W/m--2. Les méandres actifs non confinés requiè-
rent des puissances spécifiques supérieures à 30 W/m--2 et les méandres libres inactifs se ren-
contrent lorsque les puissances spécifiques sont inférieures à 15 W/m--2. Un méandre confiné
est un méandre qui ne peut se développer librement à cause de l’étroitesse de la vallée.

5.5 CLASSIFICATION DES COURS D’EAU


Il existe une grande variété de types de cours d’eau, des cours d’eau rapides des montagnes aux
cours d’eau de faible pente dans les plaines. Différents systèmes de classification ont été déve-
loppés pour permettre la classification cours d’eau et faciliter les comparaisons entre eux.
Deux systèmes de classification sont présentés.

5.5.1 Classification en quatre types


Leopold et Wolman (1957) ont proposé une classification des cours d’eau en trois types à
laquelle un quatrième type (anastomosé) a été ajoutée par Schumm (1968) (figure 5.2) :
S lits rectilignes dont l’indice de sinuosité est inférieur à 1,05;
S lits à méandres;
S lits à chenaux tressés qui sont caractérisé par des bancs d’alluvions non végétalisés,
une charge de fond abondant ou une bonne disponibilité de sédiments, l’érodibilté
des berges et une grande variabilité des débits;
S lits anastomosés qui sont caractérisés par des cours d’eau à chenaux multiples mais
stables, chenaux sinueux à faible pente (0,0001) dont le lits est composé de maté-
riaux fins et cohésifs.
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Figure 5.2 Classification développée par Loepold et Wolman (1957) et Schumm


(1968) (adapté de Bravard et Petit, 2000).

5.5.2 Classification de Rosgen

La figure 5.3 présente une modification de la classification de Rosgen (1996) qui classifie les
cours d’eau en huit types. L’avantage de cette classification est de classifier les cours d’eau
selon des paramètres quantifiables :
W/D = rapport largeur sur la profondeur pour l’écoulement plein bord
ER = rapport entre la largeur de la plaine d’inondation sur la largeur
plein bord.
La largeur de la plaine d’inondation est défini comme la largeur du cours d’eau lorsque sa pro-
fondeur d’écoulement est deux fois la profondeur d’écoulement pour le débit plein bord.
Les huit types sont définis en trois classes :

Étroits et profonds (W/D < 12)


cours en ravin (entrenched) -- G : Cours d’eau dans des ravins qui ont des problèmes de
stabilité de la pente, des problèmes d’érosion du lit et des talus. Ces cours d’eau
n’ont aucune plaine d’inondation et ont généralement des pentes supérieure à 4 %.
modérément encastré (moderately entrenched) -- A : se différentient des précédents des
précédents avec une faible plaine d’inondation. Ils se rencontrent dans les régions
montagneuses dans des vallées avec des pentes fortes. Le lit est souvent du roc ou
composé de blocs ou gros cailloux car le matériel fin a été emporté.
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Figure 5.3 Classification dérivée de la classification de Rosgen (Fangmeier et al., 2006).

non encastré (not entrenched) -- E : se retrouvent dans les vallées constituées d’allu-
vions, sont très sinueux et stables et ont des rapports de méandre aussi grand que
20 à 40.

Larges et peu profonds (W/D > 12)


encastré (entrenched) -- F : cours d’eau instable où le processus dominant est l’érosion
des berges et se différentient des cours d’eau de type G où le lit s’érode et s’appro-
fondit.
modérément encastré (moderately entrenched) -- B : cours d’eau dans des vallées étroi-
tes avec des rapides et des fosses et la présence de blocs et gros cailloux
non encastré (not entrenched) -- C cours d’eau dans des vallées de dépôts alluvionnaires,
avec des pentes inférieures à 2 % et une plaine d’inondation bien développée.

En tresse (braided) - D et DA
Cours d’eau tressés qui montrent des canaux multiples et se rencontrent dans les deltas et les
terres humides .
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5.6 ÉVOLUTION
L’un des intérêts de la géomorphologie et la classification des cours d’eau est de prédire leur
stabilité et leur évolution comme le montre la figure 5.4.

Figure 5.4 Classification des types de cours et de leur stabilité en fonction de diffé-
rents paramètres (Bravard et Petit, 2000).
BIBLIOGRAPHIE
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BIBLIOGRAPHIE

Bravard, J.P. et F. Petit, 2000. Les cours d’eau -- Dynamique du système fluvial. Armand Colin,
Paris.

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Fangmeier, D. D., W. J. Elliot, S. R. Workman, R. L. Huffman, G. O. Schwab. 2006. Soil and


Water Conservation Engineering. 5th Edition.Thomson Delmar Learning.

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Schumm, S. A., 1968.


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PROBLÈMES SÉRIE 5.

5.1. Décrivez la section plein bord du tronçon du cours d’eau que vous avez relevé cet
automne et estimez le débit plein bord.

5.2. Estimez la puissance et la puissance spécifique pour le débit plein bord du tronçon du
cours d’eau que vous avez relevé cet automne.

5.3. Classez le tronçon du cours d’eau que vous avez relevé cet automne selon chacun des
deux systèmes de classification présentés.

5.4. Estimez le débit plein bord du cours d’eau du problème 3.12.

5.5. Estimez la puissance du cours d’eau du problème précédent.

5.6. Estimez la puissance spécifique du cours d’eau du problème précédent.

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