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Wijdane Esseffah  

Atelier M. Debbi  
S7 

Fiche de lecture 

La production de l’espace: H
​ enri Lefebvre 

Présentation générale de l’auteur : 

Henri Lefebvre (né le 16 juin 1901 à Hagetmau, Landes, et mort en 1991 à 


Navarrenx, Pyrénées-Atlantiques), est un sociologue, un géographe et un 
philosophe français. 

Il a étudié la philosophie à La Sorbonne, diplômé en 1920. De 1930 à 1940, il 


est professeur de philosophie. En 1940, il rejoint la Résistance. De 1944 à 
1949, il est le directeur de Radiodiffusion française, une station de radio 
située à Toulouse. Au cours des années 1950, son évolution concernant la 
théorie marxiste, en particulier son rejet sans concession du stalinisme, lui 
vaut d'être exclu du PCF en 1958.  

En 1960, il signe le manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission dans la 
guerre d'Algérie. 

En 1962, il devient professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, 


puis à Université de Paris X-Nanterre de 1965 à 1968. Il influence 
directement les étudiants qui initieront le mouvement de Mai 68, puis livre 
une analyse à chaud des événements. Il finit son parcours à l'Institut 
d'Urbanisme de Paris. 

Etude de l’oeuvre: 

Lefebvre entame son étude critique de l’espace en se référant à l’évolution 


de l’espace comme concept dans une multitude de référentiels, 
géométrique, métaphysique, épistémologique et sémiologique, afin de 
cerner le sujet dans une sous-catégorie qu’il intitule « le dessein de 
l’ouvrage ». 

Selon Lefebvre, l’espace est émancipé ,d’après la pensée cartésienne de sa 


définition strictement mathématique qui le qualifie soit d’ « infini », d’ « 
Euclidien » ou d’ « isotrope », vers une définition qui s’inscrit plutôt dans 
l’absolu, qui constitue une diptyque indénouable avec le temps comme « 
instrument de connaissance », et structure interne, idéale, et par 
conséquent, t​ ranscendantale. ​Un changement de paradigme qui génère une 
nouvelle pensée philosophique et mathématique s’intéressant à l’espace « 
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pure » et sa transcendantalité, et générant par conséquent le sujet 
épistémologique de l’ouvrage : Comment passer des espaces 
mathématiques, issus d’une certaine technicité, et des capacités mentales et 
représentatives de l’espèce humaine, de la nature , a la pratique de l’espace 
comme  

conception, et par la suite, a une vie sociale qui se déroule réellement dans 
l’espace?  

 
 
Lefèbvre tente de montrer l'unité théorique entre l'espace physique, 
l'espace mental et l'espace social. Chaque société produit un espace issu du 
néo-capitalisme en rendant l'espace un " monde de la marchandise ", avec 
une logique et des stratégies à l'échelle mondiale en même temps que la 
puissance de l'argent et celle de l'Etat politique. Cet espace abstrait s'appuie 
sur les énormes réseaux des banques, des centres d'affaires, etc. Et aussi 
l'espace des autoroutes, des aérodromes, des centres d'informations et de 
communication. Dans cet espace, la ville, berceau de l'accumulation, lieu de 
la richesse, sujet de l'histoire, centre de l'espace historique a éclaté. 
 
La thèse centrale de Lefebvre est que « le mode de production organise – 
produit – en même temps que certains rapports sociaux – son espace et son 
temps. C’est ainsi qu’il s’accomplit ». L’espace (social) est un produit 
(social). L’espace ainsi produit sert aussi d’instrument à la pensée comme à 
l’action. Il est, en même temps qu’un moyen de production, un moyen de 
contrôle donc de domination et de puissance. 
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Pourtant, Lefebvre indique un manque, une absence : « la réflexion 
épistémologico-philosophique n’a pas donné un axe à une science de 
l’espace qui se cherche depuis longtemps à travers d’innombrables 
publications et divers travaux. Les multiples sciences qui traitent de 
l’espace. Leurs recherches aboutissent soit à des descriptions, soit des 
fragmentations et des découpages de l’espace, sans jamais atteindre le 
moment analytique, encore moins le théorique. Elles établissent des 
inventaires de ce qui existe dans l’espace, dans le meilleur des cas il s’agit 
d’un discours sur l’espace, mais jamais d’une connaissance de l’espace » . 
Rien, en tout cas, qui ne rende compte de son idée selon laquelle « l’espace 
social n’est pas une chose parmi les choses, un produit quelconque parmi les 
produits : il enveloppe les choses produites. Il résulte d’une suite et d’un 
ensemble d’opérations, et ne peut se réduire à un simple objet. Effet 
d’actions passées, il permet des actions, en suggère ou en interdit » 
  
La triplicité de l'espace: 
 
l’idée de la triplicité de l’espace, c’est-à-dire la distinction à faire entre 
l’espace perçu, l’espace conçu et l’espace vécu. Une distinction qui doit se 
manier avec beaucoup de précaution. Elle repose sur:  
 
1- Les représentations de l’espace à l’ordre qu’ils imposent et par là, à des 
connaissances, à des signes, à des codes étant ainsi l’espace conçu, celui des 
savants : des planificateurs, des urbanistes,identifiant le vécu et le perçu au 
conçu. C’est « l’espace dominant dans une société ». 
 
2– L'espace vécu est issu de la pratique spatiale qui à son tour englobe 
production et reproduction:. La pratique spatiale d’une société secrète son 
espace, elle le produit lentement et sûrement en le dominant et en se 
l’appropriant. Par conséquent, la pratique spatiale d’une société se découvre 
en déchiffrant son espace. Elle associe étroitement dans l’espace perçu la 
réalité quotidienne (l’emploi du temps) et la réalité urbaine (les parcours et 
réseaux reliant les lieux du travail, de la vie « privée », des loisirs. C’est 
pourquoi aussi « la compétence et la performance spatiales propres à 
chaque membre de cette société ne peuvent s’apprécier qu'en fréquentant et 
appréhendant l'espace individuellement. 
 
 
 
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3- L'espace diverge toutefois de son idée de conception initiale et de sa 
pratique sociale la plus courante à un espace de représentation où 
s'expriment quant à eux des symbolismes complexes, liés au côté clandestin 
et souterrain de la vie sociale, mais aussi à l’art, qui pourrait éventuellement 
se définir non pas comme code de l’espace mais comme code des espaces de 
représentation. C’est l’espace vécu à travers les images et les symboles qui 
l’accompagnent, par l’intermédiaire des « habitants », des « usagers », 
mais aussi de certains artistes et peut-être de ceux qui décrivent et pensent 
seulement décrire : les écrivains, les philosophes. C’est l’espace dominé et 
subi, que l’imagination tente de s’approprier et de modifier. Il recouvre 
ainsi l’espace physique en utilisant symboliquement ses objets. 
 
Le soubassement théorique Marxiste de Lefèbvre: 
 
Dans une approche marxiste, il décrivait l’espace de son époque comme 
aliéné par le mode de production capitaliste bureaucratique et 
l’impossibilité pour les usagers de maîtriser les propriétés de leurs espaces 
de vie . Si la manière d’aménager l’espace a considérablement changé avec 
le temps. La réflexion sur la production de l’espace, particulièrement de la 
ville, et son lien avec le capitalisme, demeure une référence. Si elle mérite 
d’être confrontée avec des évolutions récentes, elle permet de bien poser les 
cadres d’une réflexion sur la ville en train de se faire. 
Pour Henri Lefebvre, qui reprend cette distinction de Karl Marx, la 
production a un sens étroit et un sens large. Le sens étroit est celui de la 
production matérielle des biens et des marchandises. Le sens large inclut à 
la fois l’espace-produit et l’espace-producteur. Il n’y a pas sur ce point de 
spécificité de l’espace. Ce sens large souligne simplement la dimension 
rétroactive de toute production : les effets peuvent rétroagir sur les causes 
qui les ont provoqués. 
 
Lefebvre apporte la définition de Gramsci de l'hégémonie pour analyser 
l'action de la bourgeoisie par rapport à l’espace et pour décrire l’avenir de la 
classe ouvrière dans la création d'une nouvelle société (et d'un nouvel 
espace); "[L'hégémonie] implique plus qu'une influence, plus encore que le 
recours permanent à la violence répressive. Elle s'exerce sur la société en 
tant que ensemble, culture et savoir inclus, et généralement par la 
médiation humaine: politiques, les dirigeants politiques, les partis, ainsi 
que bon nombre d'intellectuels et d'experts. Il s'exerce, donc, à la fois sur 
les institutions et les idées. La classe dirigeante cherche à maintenir son  
 
hégémonie par tous les moyens disponibles, et la connaissance en est un ». 
Cette définition implique une relation étroite entre la connaissance et le 
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pouvoir, dans laquelle la connaissance cherche mais refuse de reconnaître 
ce pouvoir. L'espace a un rôle déterminant connaissances et actions dans le 
mode de production existant et la préservation des hégémonie. L'hégémonie 
utilise l'espace à l'aide des connaissances produites et de l'expertise 
technique du système capitaliste. 
 
 
 
La contradiction: 
 
La domination de la sphère politique et le manque de chevauchement entre 
différents domaines ne permettent pas de projets communs ni de continuité 
théorique entre différents domaines et échelles existent . Différentes 
échelles du territoire sont remises à différentes entités; tandis que les 
architectes sont préoccupés par l'habitat, les urbanistes se concentrent sur 
la échelles métropolitaines et régionales. Pour cette raison, une théorie 
unitaire est nécessaire pour aborder les couches multiples et contradictions 
résultant de la production d'espace; «… Le but est de découvrir ou de 
construire une unité théorique entre des «champs» appréhendés 
séparément, tout comme les molécules, les forces électromagnétiques et 
gravitationnelles sont en physique. Les domaines qui nous concernent sont, 
premièrement, la nature physique, le Cosmos; deuxièmement, le mental, y 
compris logique et abstractions formelles; et, troisièmement, le social. ». À 
cause de l'inextricable relation entre les forces matérielles, les processus 
sociaux et la production de connaissances, une théorie unitaire de l'espace à 
produire, moment historique critique et transformateur est nécessaire . 
 
Les phénomènes urbains doivent être compris comme faisant partie d'un 
tout, en relation avec leurs contextes sociaux, économiques et politiques. En 
regardant l'urbain, on peut mieux comprendre les contradictions d'une 
société et le type d'espace que l'on envisage reflète ce genre de société. Par 
conséquent, toute intention de construire une fondation pour une science de 
l'espace doit contempler l'imagination humaine. Afin de visualiser l'espace 
véritable, Lefebvre souligne que la société doit surmonter sa tendance à la 
fragmentation, à la séparation et à la désintégration caractéristique du 
mode de production actuel et des connaissances acquises dans ce cadre. 
Lefebvre voit que pour construire un véritable espace, les relations de 
pouvoir de la société socialiste doivent être fondamentalement modifiées et 
la politique de tous les jours la vie doit être reformulée. Le temps et l'espace 
doivent être révolutionnés. Pour la société pour entreprendre une  
 
 
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transformation profonde, non seulement l'économie, la politique et 
l'idéologie doivent être transformés. Il est également essentiel de mettre fin 
à la façon dont la vie quotidienne elle-même est conçue et menée; "La 
révolution du futur mettra fin au quotidien, elle inaugurera prodigalité et 
brisera notre enchaînement, violemment ou pacifiquement selon le cas » 
 
Par conséquent, l'espace doit être considéré comme et envisagé pour être 
gouverné localement et de manière autonome. Nous devons réaliser - et 
c'est de mon point de vue ce que Lefebvre entend par «la révolution absolue 
est notre image de soi» - qu'une gouvernance participative est notre droit 
en tant que citoyens de cette planète et que nous valons la peine de vivre une 
vie significative, saine et donc vie heureuse ensemble. Nous devons établir 
un comportement en fonction de ces pensées qui mènera finalement à la 
création d'installations adaptées à nos besoins respectifs. Nous, dans ce 
mondialisme abusif, apprenons de jour en jour que ce dont nous avons 
besoin, c'est de notre connexion émotionnelle les uns avec les autres afin de 
ne pas nous sentir dénués de sens.. Donc, je dis, créons cet espace!