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Venezuela : l’exploitation des mines d’or


menace les peuples natifs
Lors de sa récente visite en France, le leader de l’opposition Juan Guaido a
alerté Emmanuel Macron sur les conséquences de l’exploitation minière
dans le sud du pays.

Cette vue aérienne


d’une exploitation
dans le sud du Venezuela
témoigne d’un cas
manifeste de déforestation
et de pollution. DR

Par Guylaine Roujol Perez Le 6 février 2020 à 14h58, modifié le 6 février 2020 à 17h14

« L'or du sang ». C'est en ces termes que Juan Guaido a qualifié l'exploitation des mines d'or
dans le sud du Venezuela lors de son voyage en Europe. Devant Emmanuel Macron, à qui il est
venu demander de l'aide, le 24 janvier 2020, lors d' un échange avec la communauté
vénézuélienne à Paris puis dans le cadre d'un entretien avec notre journal, il a dénoncé un
écocide.
Juan Guaidó
✔@jguaido
En nuestra reunión con el Presidente de #Francia, @EmmanuelMacron, agradecimos su
respaldo determinado a la causa venezolana. #Francia rechazará cualquier fraude electoral y aboga por
Libertad, Democracia y elecciones presidenciales libres en Venezuela. #AgendaInternacionalParís
https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1220812605142507520 …

Emmanuel Macron
✔@EmmanuelMacron
La France soutient l’organisation rapide d’une élection
présidentielle libre et transparente. Nous respectons la
souveraineté et la liberté du peuple vénézuélien et nous restons à
ses côtés face à la crise humanitaire qu’il subit.
https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/122081246985950413
0…
Nous avons rencontré deux membres du programme « SOS Orénoque », dont nous préservons
l'identité pour leur sécurité. Yuri (tous les prénoms des témoins ont été changés) appartient à la
communauté Pemon, une ethnie qui vit dans le sud-est du pays, à la limite avec le Brésil et le
Guyana. Lui et Catalina travaillent depuis deux ans à récolter des informations sur les effets de
l'exploitation minière dans cette région du sud de l'Orénoque.

C'est là que se trouve entre autres le Parc Canaima, d'une superficie égale à celle de la
Belgique, dont les plateaux abrupts rappellent les reliefs tabulaires de Monument Valley. Le
réalisateur français Francis Veber avait choisi ce décor si particulier pour certaines prises de son
film « le Jaguar » (1996), et la fin de « 99 Francs » y a également été tournée. Avec près de 1000
mètres de dénivelé, la cascade du Saut de l'Ange, la plus haute du monde, est le joyau de ce
parc inscrit au patrimoine mondial de l'humanité depuis 1994. C'est aussi le territoire ancestral
du peuple Pemon.

L'« Arc minéral de l'Orénoque » imaginé par Maduro

C'est dans ce lieu touristique que le président en exercice, Nicolás Maduro, a décrété
l'ouverture de l'exploitation minière de « l'Arc minéral de l'Orénoque ». Une décision qui n'a
pas été approuvée par l'Assemblée nationale du Venezuela, qui ne dispose plus du pouvoir
législatif depuis 2017. « Outre l'or, il y a des diamants, et d'autres minerais comme le coltan et
le tonium (NDLR : des minerais utilisés pour fabriquer des composants électroniques comme
ceux des téléphones portables) », explique Cristina, dont l'organisation a alerté l'Unesco en
2018 sur l'existence d'une quinzaine de mines au sein du Parc. Une exploitation interdite en
raison de sa situation de parc naturel et de sa classification par le programme Onusien.

Sur cette portion, équivalente à 12 % du territoire national, vivent en majorité des peuples
autochtones. « Si la crise humanitaire, sociale et politique qui affecte l'ensemble du pays a été
médiatisée, il est très peu question de la crise environnementale au sud. Pourtant, les
conséquences sont multiples et irréversibles », poursuit Yuri.

L'explosion des cas de paludisme

Le bilan est catastrophique : déforestation, déplacement des habitants pris dans le feu des
groupes armés qui cherchent à prendre le contrôle, contamination au mercure et à l'arsenic des
cours d'eau et des poissons consommés par les populations locales, destruction d'une faune et
d'une flore endémiques…

L’exploitation des rivières contribue


à la pollution de l’eau et la disparition
des poissons. DR
« Cela a même fait exploser le nombre de malades du paludisme. Un comble pour le premier
pays au monde à avoir éradiqué cette maladie au début des années 1960 ! » déplore Cristina.
La faute à l'arrêt des campagnes de fumigation et la malnutrition qui rend les organismes plus
fragiles ? Pour SOS Orénoque, la prolifération des moustiques est favorisée par les réserves
d'eau stagnante, une autre conséquence de l'exploitation semi-mécanisée au sol.

Le ministère de la Santé vénézuélien et diverses ONG s'accordent sur l'augmentation du


nombre de malades. Une coalition d'organismes estime même à près de 890 000 le nombre de
personnes concernées en 2019, dont 90 % se concentrent dans 3 départements, dont celui du
Bolivar. La fièvre jaune aussi est de retour. L'OMS a confirmé un premier cas en novembre 2019
dans ce même département, le premier diagnostiqué dans le pays depuis 2005.

« 2016, c'est l'année où le gouvernement a vu l'exploitation des richesses du sous-sol comme


un moyen de remédier à la chute des revenus du pétrole. Il a décrété que les Vénézuéliens
allaient eux-mêmes l'exploiter. Résultat, c'est le chaos. »

« On achète tout en or depuis que le bolivar ne vaut plus rien »

Le frère de Yuri, enseignant, a renoncé à son emploi pour chercher de l'or. « Avec environ 3
dollars de salaire, il n'avait pas le choix pour subvenir aux besoins de sa famille, dans une région
où on achète tout en or depuis que le bolivar ne vaut plus rien. »

L'époque où le tourisme -en chute libre aujourd'hui- permettait d'autres alternatives est
révolue. « Ceux qui viennent travailler à la mine tombent sous la coupe de groupes mafieux qui
ne se salissent pas les mains et perçoivent l'essentiel des revenus. Ceux qui ramassent la mise
sont les militaires corrompus, les organisations criminelles, ou des groupes individuels armés
qui prennent le contrôle de la zone en assurant ses habitants qu'ils sont là pour les protéger
contre rémunération », poursuit Yuri.

L'ONG Crisis Group estime que seule une partie des bénéfices de l'or entre dans la banque
centrale du Venezuela. « Le reste sort illégalement par les fleuves via la Colombie, dans de
petits avions via Aruba ou Curaçao, ou encore vers le Brésil par la route », assure Cristina.

Les enfants ne
sont pas
épargnés, et sont
réquisitionnés
pour aider leurs
familles.
SOSOrinoco
En octobre 2019, Nicolás Maduro a annoncé que chaque gouverneur pourrait compter sur sa
propre mine d'or. « Ce partage nous préoccupe. Car il y a là toute une chaîne : ceux qui
extraient le minerais, avec, au-dessus, les mafias, encore au-dessus les militaires locaux, et tout
en haut des politiques. »

Américo de Grazia, un député de l'Etat du Bolivar opposant au gouvernement, a dénoncé les


conditions de l'exploitation aurifère, signalant la présence de groupes terroristes comme la
guérilla colombienne de l'Armée de libération nationale. Menacé, il est aujourd'hui réfugié en
Italie.

Americo De Grazia
✔@AmericoDeGrazia
#FerromineraDesacarrilada la ruina de la otrora emblemática empresa extractora de
hierro, hoy saqueada por los Chinos en complicidad con la #NarcoDictadura. Así quedó el tren
bajando el cerro San Isidro en Cd Piar.

Dans le parc Canaima, plusieurs attaques mortelles ont eu lieu ces derniers mois, dans une
grande confusion ne permettant pas de définir clairement l'appartenance des assaillants. « Il
s'agit de semer la terreur pour que l'armée puisse prendre le prétexte de militariser la zone »,
assure Yuri.

Et si l'énumération de tous ces maux ne suffisait pas pour tirer la sonnette d'alarme, SOS
Orénoque s'inquiète aussi du risque de sédimentation des rivières à cause des rejets de terre
par l'exploitation minière. Un facteur supplémentaire qui pourrait aggraver les coupures
d'électricité, s'il venait à toucher les barrages des centrales hydroélectriques.