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REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA


RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE YAHYA Farés DE MEDEA
Faculté de Technologie
Département de Génie Civil

Cours de rhéologie des matériaux

RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS


GRANULAIRES
N° de Série :

Auteur : SAFIDDINE Salim

Année : 2018/2019
Approuvé par le Conseil Scientifique de la Faculté en date du :
1
AVANT PROPOS

Ce cours présente les notions de base de la rhéologie des suspensions non-Newtoniennes. Il est
destiné aux étudiants en Master et en Doctorat des filières technologiques telles que le génie
civil, l’hydraulique, le génie mécanique, le génie chimique et le génie de l’environnement. On
s’est néanmoins limité à des situations simples en choisissant en particulier le cisaillement
simple comme écoulement de base pour décrire les lois constitutives des matériaux, ce qui
offre un cadre mathématique simplifié et facilite l'interprétation physique. On a donné
également quelques principes de rhéométrie et quelques calculs d'écoulements simples. Par
contre, on n’a pas voulu fournir une analyse détaillée, car cela semblait bien au-delà des
perspectives de ce cours qui n'est qu'introductif. Enfin, bien qu'une présentation des
contraintes et déformations soit faite en début, ce cours nécessite quelques connaissances
préalables en mécanique des fluides et/ou en mécanique des milieux continus. Quelques bons
livres et articles de base sur la rhéologie des fluides complexes sont donnés à la fin du cours.
Remarques, corrections et suggestions sont les bienvenues à : safiddine.salim@univ-medea.dz

I
NOTATIONS

A Affaissement du béton
Ab Absorption (%)
ACI American concrete Institute (Institut Américain du Béton)
AEA Agent entraîneur d’air
AMV Adjuvant modifiant la viscosité
ARE Adjuvant réducteur d'eau
ASTM American Society for Testing and Materials
B Béton
BAP Béton autoplaçant
BHP Béton de Haute Performance
BO Béton Ordinaire
C Ciment
Ca Nombre capillaire
CP Ciment Portland
CV Cendre Volante
D La plus grande dimension des grains (mm)
E Dosage en Eau
Etal Etalement du BAP
E/C Rapport Eau/Ciment
E/L Rapport Eau/Liant
FS Fumé de Silice
G Gravier
G/C Rapport Gravier/Ciment
G/S Rapport Gravier/Sable
J Complaisance élastique
L Liant
LHF Laitier de hauts fourneaux
MBE Mortier de béton équivalent
Mf Module de finesse
S Sable
SC Sable de concassage
SI Système international
Sp Superplastifiant
SR Sable roulé
SS Sable Siliceux
c Compacité

II
d La plus petite dimension des grains (mm)
e Indice des vides
f(t) Fonction fluage
g(t) Fonction de relaxation
n Porosité
t Temps d’écoulement (s)
Γ Tension superficielle (N/m)
𝛿𝑖𝑗 Symbole de Kronecker
η Viscosité apparente (Pa.s)
μ Viscosité dynamique (Pa.s)
μ diff Viscosité différentielle (Pa.s)
μp Viscosité plastique (Pa.s)
μr Viscosité relative (Pa.s)
μ0 Viscosité de la phase liquide (Pa.s)
τ Contrainte de cisaillement (N/m2) ou (Pa)
τ0 Seuil de cisaillement (N/m2) ou (Pa)
γ Déformation de cisaillement
𝛾̇ Taux de cisaillement (s-1)
Ø Concentration volumique solide (%)
Ø max Concentration volumique solide maximale (virtuelle) (%)
λ Facteur d’encombrement

III
IV
SOMMAIRE

Avant propos……………………………………………………………………………… I
Notations…………………………………………………………………………………… II
Sommaire………………………………………………………………………………….. IV

CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.1. Définition………………………………………………………………………...... 1
1.2. Domaine d'étude…………………………………………………………………... 1
1.3. Types de comportement…………………………………………………………... 2
1.4. Viscoélasticité linéaire……………………………………………………………. 2
1.4.1. Fonctions fluage et relaxation…………………………………………….. 3
1.4.2. Solide élastique parfait……………………………………………………. 4
1.4.3. Liquide visqueux Newtonien……………………………………………… 4
1.4.4. Solide de Kelvin-Voigt…………………………………………………… 5
1.4.5. Liquide de Maxwell………………………………………………………. 6
1.4.6. Comportement viscoélastique linéaire général…………………………… 7
1.5. Liquides non linéaires…………………………………………………………….. 7
1.5.1. Liquides plastiques………………………………………………………... 8
1.5.2. Liquides rhéofluidifiants………………………………………………….. 9
1.5.3. Liquides rhéoépaississants………………………………………………... 10
1.6. Structuration et déstructuration…………………………………………………… 11
1.7. Comportement dépendant du temps………………………………………………. 12
1.8. Empilement granulaire……………………………………………………………. 13

CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

2.1. Contrainte et déformation………………………………………………………… 15


2.1.1. Contrainte…………………………………………………………………. 15
2.1.2. Mouvement de cisaillement………………………………………………. 16
2.1.3. Déformation………………………………………………………………. 16
2.1.4. Vitesse de déformation et contrainte de cisaillement……………………. 17
2.2. Typologie de l’écoulement……………………………………………………….. 18

CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.1. Description physique de la viscosité……………………………………………… 21


3.1.1. Définition…………………………………………………………………. 21
3.1.2. Origine de la viscosité dans une suspension……………………………… 23
3.2. Description physique du seuil de cisaillement……………………………………. 24
3.3. Essai et cahier des charges rhéologiques…………………………………………. 24
3.4. Modèles rhéologiques prédictifs………………………………………………….. 26
3.4.1. Modèles pour la viscosité…………………………………………………….... 26
IV
3.4.2. Modèles pour le seuil de cisaillement…………………………………………. 28
3.5. Principaux facteurs influençant la rhéologie…………………………………….. 29
3.5.1. Effet du ciment sur la rhéologie……………………………………………….. 29
a) Teneur en ciment…………………………………………………………………. 29
b) Caractéristiques du ciment……………………………………………………….. 29
3.5.2. Effet de la teneur en eau……………………………………………………….. 30
3.5.3. Effet des granulats……………………………………………………………… 30
a) Effet de la fraction de volume des granulats……………………………………… 30
b) Rapport sable/gravier……………………………………………………………... 31
c) Effet de la forme et de la texture des granulats…………………………………… 31
d) Granulométrie…………………………………………………………………... .. 32
e) Contenu en fines dans les granulats………………………………………….…… 33
3.5.4. Effet des adjuvants……………………………………………………………... 33
a) Effet d’adjuvant superplastifiant …….……………………………………………. 33
b) Effet d’adjuvant réducteur d'eau ………..…………………………………….…... 34
c) Agent entraîneur d’air ……..…………………………………………………….... 34
d) Adjuvant modifiant la viscosité ……….…………………………………………. 35
3.5.5. Effet des additions minérales…………………………………………………... 36
a) Cendres volantes ……....………………………………………………………….. 36
b) Fumée de silice ……...……………………………………………………………. 36
c) Laitier de haut fourneau granulé broyé …………………………………….……... 37
d) Fines calcaires et de granit …….…………………………………………………... 38
e) Effet des fibres…………………………………………………………………….. 38
3.5.6. Evolution des paramètres rhéologiques pendant la mise en œuvre…………….. 39
3.5.7. Comparaison des résultats obtenus par différents rhéomètres………………… 40
3.5.8. Corrélation entre les propriétés rhéologiques et les essais empiriques………… 41
3.5.9. Dilatance du béton……………………………………………………………… 43
3.5.10. Rhéoépaississement des bétons autoplaçants…………………………….…….. 43
3.5.11. Influence du potentiel zêta sur la rhéologie……………………………………. 45

CHAPITRE 4 : MESURES DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

4.1. Introduction……………………………………………………………………….. 46
4.2. Rhéomètres ………..……………………………………………………………… 46
4.2.1. Rhéomètre capillaire……………………………………………………… 46
4.2.2. Rhéomètre rotatif de type cône-plan……………………………………… 46
4.2.3. Rhéomètre rotatif de type plan-plan………………………………………. 47
4.2.4. Rhéomètre rotatif de type Couette (ou cylindres coaxiaux) ……………… 48
4.2.5. Rhéomètres non conventionnels : rhéomètres relatifs……………………. 49
4.3. Taux de cisaillement maximum pour différents types de procédés………………. 51
4.4. Unités rhéologiques fondamentales versus unités rhéologiques machines……….. 52

Références bibliographiques……………………………………………………………… 53

V
CHAPITRE 1
GENERALITES
CHAPITRE 1 : GENERALITES

CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.1. Définition

Si la définition de la rhéologie (du grec rheo, couler et logos, étude) est très simple :
science de la matière en écoulement, son contenu mérite quelques explications. En effet, c’est
aux Etats-Unis qu’Eugène Cook Bingham en 1929, professeur à l'université Lehigh, a proposé
de créer le mot savant rhéologie sur une suggestion de son collègue Markus Reiner. Le mot est
emprunté à la fameuse expression d'Héraclite d'Éphèse Ta Panta Rei, « Tout s'écoule », et il a
été francisé en rhéologie en 1943.

1.2. Domaine d'étude

Interdisciplinaire par essence même, la rhéologie fait appel à la chimie, à la mécanique,


aux mathématiques et à la biologie, qui lui fournissent des instruments de base, et se montre
utile à chacune de ces disciplines. Tandis que, son émergence était liée à l’épanouissement de
l’industrie des polymères. En effet, la rhéologie recouvre des activités scientifiques majeures
et se trouve associée à des technologies irremplaçables.
Dans la pratique, la rhéologie est une extension des disciplines telles que l'élasticité et
la mécanique des fluides Newtoniens, aux matériaux dont le comportement mécanique ne peut
être décrit par ces théories classiques (Tableau 1.1). Elle permet également de déterminer les
propriétés mécaniques macroscopiques à partir d'une étude basée sur la structure micro ou
nano-scopique du matériau, par exemple la taille moléculaire et l'architecture d'un polymère en
solution ou encore la distribution de taille des particules dans une suspension solide.

Tableau 1.1 : Domaine d’étude de la rhéologie

Elasticité
Mécanique des solides
Viscoélasticité
ou résistance des
Mécanique des milieux Viscoplasticité
matériaux Rhéologie
continus Plasticité
Fluides non-Newtoniens
Mécanique des fluides
Fluides Newtoniens

-1-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

En fait, la rhéologie unit des champs d'application apparemment sans rapport, par
exemple : les matériaux plastiques et les fluides non Newtoniens, en supposant que les deux
types de matériaux sont incapables de supporter une contrainte de cisaillement en équilibre
statique, ce qui fait du solide plastique un fluide.

1.3. Types de comportement

On a l'habitude d'associer liquide et visqueux (une huile épaisse est un liquide


visqueux) ainsi que solide et élastique (un ressort est un solide élastique). Or, lorsqu'on essaie
de déformer un matériau, certaines de ces propriétés se manifestent aux temps courts, d'autres
aux temps longs.
Les caractères liquide et solide sont ainsi des propriétés aux temps longs :
- si le matériau, après s'être déformé, résiste finalement, c'est un solide ;
- si au contraire le matériau finit par s'écouler, c'est un liquide.
En revanche, les caractères élastique et visqueux (ou les comportements
intermédiaires, viscoélastiques) se manifestent aux temps courts :
- si la déformation du matériau suit la force ou les contraintes appliquées, alors le
matériau est élastique ;
- si c'est la dérivée de la déformation par rapport au temps (taux de déformation) qui suit
la force ou les contraintes, alors le matériau est visqueux.
Les caractères liquide et solide d'une part, visqueux et élastique d'autre part, sont
visibles pour de faibles contraintes appliquées. Si l'on applique une forte contrainte, un
matériau qui semblait solide peut se mettre à s'écouler. Il révèle alors un caractère plastique.
La plasticité est donc caractérisée par un seuil de contrainte (appelé seuil de plasticité) au-delà
duquel le matériau s'écoule.
L'usage veut que l'on parle de solide plastique lorsque le seuil de plasticité est plutôt élevé, et
de fluide à seuil lorsque le seuil de plasticité est plutôt bas. Il n'y a cependant pas de différence
fondamentale entre ces deux notions.
1.4. Viscoélasticité linéaire

La viscoélasticité est la propriété de matériaux qui présentent des caractéristiques à la


fois visqueuses (où les contraintes sont proportionnelles aux vitesses de déformation) et
élastiques (où les contraintes sont proportionnelles aux déformations), lorsqu'ils subissent une

-2-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

déformation. Il s’agit d’un comportement non-Newtonien important. Un exemple de fluide


viscoélastique est la pâte de silicone connue sous le nom de « silly-putty ». Une boule de cette
matière rebondit sur le sol comme une balle élastique (aux temps courts) mais s'étale comme
un fluide visqueux (aux temps longs) si on la pose sur une surface horizontale.

1.4.1. Fonctions fluage et relaxation

Les fonctions fluage et relaxation sont les fonctions essentielles en viscoélasticité


linéaire. Elles sont définies de la façon suivante :
- La fonction fluage, f(t), est la déformation subie par le matériau lorsqu'on impose à ce
dernier une contrainte d'amplitude unité, maintenue constante au cours du temps (voir
la Figure 1.1).
- La fonction relaxation, g(t), est la contrainte résultant de l'application d'une
déformation d'amplitude unité, maintenue constante au cours du temps (voir la Figure
1.2).

Figure 1.1 : Fonction fluage.

Figure 1.2 : Fonction relaxation.

-3-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.4.2. Solide élastique parfait

Etant donné qu’on va considérer que les écoulements en cisaillement simple. A cet
effet, il est à noter qu’on va utiliser la contrainte tangentielle dans toutes les équations.
L'équation rhéologique d'un solide élastique parfait se traduit par la loi de Hooke :
1 1
𝜀(𝑡) = 𝐽. 𝜎(𝑡) ⇒ 𝜎 = 𝐽 . 𝜀 (𝑜𝑢 𝑏𝑖𝑒𝑛 ∶ 𝛾(𝑡) = 𝐽. 𝜏(𝑡) ⇒ 𝜏 = 𝐽 . 𝛾) (1.1)

De la loi de Hooke, on déduit les propriétés suivantes :


- Dés qu'une contrainte est appliquée, instantanément une déformation prend naissance,
proportionnelle à la contrainte. Inversement, si la contrainte est ramenée à zéro,
immédiatement la déformation s'annule. La déformation élastique est instantanée et
récupérable.
- Le comportement est bien solide. Soumis à une contrainte constante, le matériau atteint
instantanément un état d'équilibre.
- La fonction fluage est f(t) = J pour t ≥ 0 (Figure 1.3).
Un solide élastique parfait est symbolisé par un ressort de complaisance élastique J
(Figure 1.3).

Figure 1.3 : Fonction fluage d’un solide élastique parfait (à gauche) et sa symbolisation par un
ressort de complaisance élastique J (à droite).

1.4.3. Liquide visqueux Newtonien

L'équation rhéologique d'un liquide visqueux Newtonien s'écrit :


𝑑𝛾(𝑡) 1
= 𝜇 . 𝜏(𝑡) ⇒ 𝜏 = 𝜇. 𝛾̇ (1.2)
𝑑𝑡

On en déduit les propriétés suivantes :

-4-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

- Le liquide visqueux Newtonien se souvient de toutes les contraintes qui lui ont été
imposées dans le passé. En effet, l'expression de γ (t) dépend de toutes les valeurs
prises par la contrainte de 0 à t.
- Si la contrainte est ramenée à 0 à un instant donné, la déformation demeure constante
et égale à la valeur à cet instant. La déformation est irrécupérable.
- Le comportement est bien celui d'un liquide. Soumise à une contrainte constante, la
déformation, γ (t) croit linéairement avec le temps. Le matériau s'écoule indéfiniment.
- La fonction fluage est f(t) = t/µ pour : t ≥ 0 (Figure 1.4).
Un liquide visqueux Newtonien est symbolisé par un amortisseur de viscosité µ (Figure1.4).

Figure 1.4 : Fonction fluage d’un liquide visqueux Newtonien parfait (à gauche) et sa
symbolisation par un amortisseur de viscosité µ (à droite).

Nous avons présenté les deux comportements viscoélastiques linéaires élémentaires.


Le comportement viscoélastique linéaire général se définit en construisant un modèle constitué
d'un assemblage analogique et symbolique de ressorts (solides élastiques parfaits) et
d'amortisseurs (liquides visqueux Newtoniens) en série ou en parallèle.

1.4.4. Solide de Kelvin-Voigt

Le solide de Kelvin-Voigt est constitué par l'association en parallèle d'un ressort de


complaisance élastique J et d'un amortisseur de viscosité µ (Figure 1.5). La contrainte imposée
à l'ensemble est la somme des contraintes de chaque branche :
𝜏 = 𝜏𝑣 + 𝜏𝑒 (1.3)
Où τe=γe/J dans la branche du ressort et τv=µ.dγv/dt dans la branche de l'amortisseur.
La déformation subie est identique dans chaque branche et égale à la déformation
totale subie par l'ensemble :

-5-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

𝛾 = 𝛾𝑒 = 𝛾𝑣 (1.4)
L'équation rhéologique du solide de Kelvin-Voigt est :
𝑑𝛾𝑣 1
𝜏 = 𝜇. + 𝐽 𝛾𝑒 (1.5)
𝑑𝑡

Figure 1.5 : Association en parallèle d'un ressort de complaisance élastique J et d'un


amortisseur de viscosité µ (à gauche) et fonction fluage d’un solide de Kelvin-Voigt (à droite).

1.4.5. Liquide de Maxwell

Le liquide de Maxwell est constitué de l'association en série d'un ressort de


complaisance élastique J et d'un amortisseur de viscosité µ (Figure 1.6). La contrainte imposée
à l'ensemble est supportée en totalité par chaque élément :
𝜏 = 𝜏𝑒 = 𝜏𝑣 (1.6)
Où τe=γe/J dans l'élément composé du ressort et τv=µ.dγv/dt dans l'élément composé de
l'amortisseur. La déformation totale est la somme des déformations subies par chaque élément:
𝛾 = 𝛾𝑒 + 𝛾𝑣 (1.7)
L'équation rhéologique du liquide de Maxwell est :
𝑑𝛾 𝑑𝜏 1
= 𝐽. 𝑑𝑡 + 𝜇 𝜏 (1.8)
𝑑𝑡

Figure 1.6 : Association en série d'un ressort de complaisance élastique J et d'un amortisseur
de viscosité µ (à gauche) et fonction fluage d’un liquide de Maxwell (à droite).

-6-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

Sa résolution est immédiate en tenant compte des conditions aux limites, à t < 0, τ = 0
et γ= 0 :
1 𝑡
𝛾(𝑡) = 𝐽. 𝜏(𝑡) + 𝜇 ∫0 𝜏(𝑡 ′ )𝑑𝑡′ (1.9)

1.4.6. Comportement viscoélastique linéaire général

Toutes les différentes associations de ressorts et d'amortisseurs donnent lieu à un


comportement viscoélastique linéaire. A partir des lois d'association en série ou en parallèle,
on peut déduire l'équation rhéologique et les fonctions fluage et relaxation. On peut dire que
toutes les associations, aussi complexes soient-elles, peuvent être représentées par des modèles
de structure bien définie, à savoir : le modèle de Kelvin-Voigt généralisé et le modèle de
Maxwell généralisé. Le premier modèle est constitué par l'association en série d'un liquide de
Maxwell de viscosité µ0 et complaisance J0 et de N solides de Kelvin-Voigt de viscosité µi et
complaisance Ji. Comme la fonction fluage d'une association en série est la somme des
fonctions fluages des différents éléments, on peut en déduire immédiatement la fonction
fluage de ce modèle général. Le comportement général peut être également décrit par d'autres
modèles équivalents, de structures différentes mais conduisant à la même équation
rhéologique. Le second modèle est constitué par l'association en parallèle de N liquides de
Maxwell ayant un module de rigidité Gi et une viscosité µi. Ce modèle décrit un comportement
liquide avec élasticité instantanée et retardée. Il est équivalent au modèle précédent de Kelvin-
Voigt généralisé.
Selon que l'une des branches se réduit à un amortisseur ou à un ressort libre, on peut décrire
d'autres types de comportement : liquide sans élasticité instantanée, solide avec élasticité
instantanée et retardée, solide sans élasticité instantanée, par exemple. Avec des rhéomètres à
fluage, on privilégiera le modèle de Kelvin-Voigt dont la fonction fluage est simple, tandis
qu'avec des rhéomètres à relaxation on utilisera le modèle de Maxwell.
1.5. Liquides non linéaires

Au delà de la viscoélasticité linéaire et plus loin dans le régime non linéaire, on


considère des modèles appropriés qui sont des approximations plus ou moins bonnes du
comportement de certains matériaux. On utilise principalement des modèles pour lesquels la
viscosité dépend du taux de cisaillement, sans effet dépendant du temps :
𝜏 = 𝜇(𝛾̇ ). 𝛾̇ (1.10)

-7-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.5.1. Liquides plastiques

Ce sont des liquides présentant une contrainte seuil d'écoulement (cisaillement).


Autrement dit, le matériau ne commence à s'écouler qu'au-delà du seuil et présente ensuite un
comportement linéaire. La représentation la plus simple d'un fluide à seuil est le modèle de
Bingham qui donne la relation suivante entre la contrainte et le taux de cisaillement :
𝜏 = 𝜏0 + 𝜇𝑝 . 𝛾̇ (1.11)

Où 𝜏0 est la contrainte seuil et 𝜇𝑝 la viscosité plastique, appelée aussi viscosité de Bingham.


Le rhéogramme d'un fluide de Bingham est représenté sur la Figure 1.7 (à droite).
Certains matériaux ne présentent pas un comportement linéaire au-delà du seuil. C'est
le cas du fluide de Casson pour lequel la relation utilisée est :

√𝜏 = √𝜏0 + √𝜇𝑝 . 𝛾̇ (1.12)

On rencontre d'autres relations comme celle de Herschel-Buckley :


𝜏 = 𝜏0 + 𝑘. 𝛾̇ 𝑛 (1.13)
Où le coefficient k et l'exposant n sont à déterminer.

Figure 1.7 : Patin ayant un seuil de contrainte τ0 (à gauche), variation de la contrainte avec la
déformation aux extrémités d'un patin (au milieu) et représentation symbolique d'un fluide de
Bingham (à droite).

Des modèles analogiques peuvent aussi rendre compte des déformations d'écoulement
plastique. On est amené à introduire dans ces modèles un élément non linéaire : le patin,
représenté sur la Figure 1.7 (à gauche), c'est un limiteur de contrainte. Le patin représente le
frottement solide ; il glisse au-delà d'une contrainte seuil τ0, la contrainte reste alors constante
et égale à la valeur de cette dernière. La représentation symbolique d'un fluide de Bingham est
représentée sur la Figure 1.7.

-8-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.5.2. Liquides rhéofluidifiants

Ce sont des liquides qui ont une viscosité apparente qui décroit avec le taux de
cisaillement. Une loi empirique très utilisée pour la variation de la viscosité avec le taux de
cisaillement est la loi de puissance, proposée pour la première fois par Ostwald en 1925, avec
un exposant n < 1 :
𝜏 = 𝑘. 𝛾̇ 𝑛 (1.14)
Où le coefficient k et l'exposant n < 1 sont à déterminer empiriquement.
La viscosité s'écrit donc :
𝜇 = 𝑘. 𝛾̇ 𝑛−1 (1.15)
Le cas où n = 1 correspond au comportement Newtonien. Il est judicieux de tracer le
rhéogramme en coordonnées log-log :
log 𝜏 = log 𝑘 + 𝑛. log 𝛾̇ (1.16)
Où la pente de la droite donne l'exposant n et l'ordonnée à l'origine la constante k.
On peut utiliser le patin pour représenter le comportement fluidifiant par un modèle
symbolique, comportant un patin ayant un seuil de contrainte τ0 et un amortisseur de viscosité
µ associés en série. (Figure 1.8). Tant que la contrainte est inférieure au seuil du patin τ0, la
réponse est celle de l'amortisseur seul. Quand le patin se met à glisser ((𝜏 = 𝜏0 = 𝜇. 𝛾̇ )), la
contrainte demeure constante. Cette représentation est sommaire mais on peut la raffiner en
associant en parallèle un ensemble de branches de ce type.

Figure 1.8 : Association en série d'un patin ayant un seuil de contrainte τ0 et d'un amortisseur
de viscosité µ (à gauche) et le rhéogramme correspondant (à droite).

-9-
CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.5.3. Liquides rhéoépaississants

Ce sont des liquides qui ont une viscosité apparente qui croit avec le taux de
cisaillement. On utilise la loi de puissance pour les représenter, avec un exposant n > 1 qui est
d'autant plus grand que le matériau s'écarte du comportement Newtonien.
Selon Fall (2008), ce phénomène est encore partiellement compris. Hoffman (1972 ;
1998) a démontré que le début de la transition de rhéoépaississement est associé à un
changement structurel dans la suspension. Cependant, la caractérisation insatisfaisante des
systèmes étudiés en termes des paramètres, tels que la dimension particulaire, la distribution
de tailles, et les interactions entre particules, a largement contribué à ce manque de description
claire de cette transition. Parfois connu en tant que rhéoépaississement discontinu, ce
phénomène est caractérisé par une augmentation brusque de la viscosité en fonction du
cisaillement, qui peut être deux ou de plusieurs ordres de grandeur. Plusieurs auteurs
(Boersma et al., 1991 ; Barnes, 1989 et Hoffman, 1972) ont rapporté que les suspensions
montrent encore un autre plateau plus élevé de viscosité aux taux de cisaillement plus élevés.
Aux fractions de volume inférieures, les mêmes particules peuvent montrer un
rhéoépaississement progressif qui peut indiquer une forme différente de transition
microstructurale. Premier dans le domaine, Reynolds (1885) a observé que les particules
occupent un volume plus grand que peut être adapté par le solvant, c.-à-d., ils se dilatent
(Figure 1.9). Par conséquent, l'utilisation de la dilatance peut permettre de décrire le
phénomène de rhéoépaississement. Ceci peut être observé dans beaucoup de systèmes (sable,
suspensions d'amidon) comme perte de lustre sur la surface de la suspension. La recherche
actuelle s’oriente sur l’aspect de la microstructure lors de la transition de rhéoépaississement.
En effet, beaucoup d’auteurs pensent que cette transition dépend des changements
microstructuraux induits par cisaillement de la suspension, bien que deux mécanismes
différents aient été proposés : la transition ordre-désordre et les « grappes ou clusters »
hydrodynamiques. Ces derniers seront bien détaillés dans le paragraphe 3.5.10.
De manière générale, s’il semble clair que le rhéoépaississement implique toujours la
formation de structures particulaires, les conditions d’apparitions de ces amas de particules
peuvent grandement différer suivant le type de suspensions. Ceci en fonction de la nature des
potentiels d’interactions entre particules (Larson, 1999).

- 10 -
CHAPITRE 1 : GENERALITES

Figure 1.9 : Dilatance de Reynolds : sur la plage, sous l’action du poids du marcheur, le sable
se déforme en augmentant son volume et l’eau qui affleurait vient remplir les vides, le sable
s’assèche momentanément en surface. (Extrait de Fall, 2008)
1.6. Structuration et déstructuration
Soumis à un cisaillement simple, la structure interne (fluide et particules) d'une
suspension se réarrange selon une configuration lui assurant un état d'équilibre par rapport à la
sollicitation imposée. A partir d'un état de référence donné, sous une vitesse de déformation
croissante, on parle d'une "déstructuration". Dans le cas inverse (vitesse décroissante), on parle
d’une "structuration" ou "restructuration". La rhéofluidification et le rhéoépaississement dans
le cas des géosuspensions sont associés, entre autres, à des cinétiques de
structuration/déstructuration sous cisaillement. En absence de thixotropie, les courbes
d'écoulement obtenues à vitesses croissantes (courbes de déstructuration), et les courbes
obtenues à vitesses décroissantes (courbes de restructuration), sont confondues.
Par ailleurs, dans le cas des suspensions granulaires très concentrées, Mansoutre
(2000) a trouvé que la restructuration après une déstructuration est généralement fonction de
l'histoire du chargement. La Figure 1.10 montre que les rhéogrammes de montée et descente,
des suspensions de silicates tricalciques (C3S) très concentrées (Ø = 39%), sont décalés.

Figure 1.10 : Rhéogramme d’une suspension de C3S (Ø = 39%) (Extrait de Mansoutre, 2000)

- 11 -
CHAPITRE 1 : GENERALITES

1.7. Comportement dépendant du temps

Certains liquides peuvent avoir un écoulement dont les caractéristiques dépendent des
traitements antérieurs. Dans ce cas, la viscosité apparente n'est plus fixée pour une valeur
donnée de la contrainte ou du taux de déformation mais dépend également du temps.
C'est le cas des fluides thixotropes, pour lesquels la viscosité apparente a tendance à décroitre
dans le temps quand on lui applique une contrainte (ou une vitesse de cisaillement) constante
(Figure 1.11). Ce comportement complique considérablement les mesures rhéologiques car on
voit se manifester des effets d'hystérésis.

Figure 1.11 : La thixotropie


Ainsi, l’écoulement d’un matériau peut être facilité par une agitation préalable de
l’échantillon à étudier. La méthodologie utilisée pour déterminer le caractère thixotrope de
fluides consiste le plus souvent en l’application d’un cycle de cisaillement montée-palier-
descente (cisaillement croissant - cisaillement constant - cisaillement décroissant). Le
cisaillement induit une déstructuration qui conduit à l’obtention de courbes montées descentes
en cisaillement (ou charge-décharge) qui sont asymétriques dans le cas particulier de fluides
thixotropes. A la notion de thixotropie est associé un caractère de réversibilité de la
déstructuration, c'est-à-dire qu’après un temps de repos suffisant, le matériau doit recouvrer sa
structure initiale. La caractérisation de tels matériaux demeure difficile, elle se doit en tout cas
d’être réalisée strictement dans les mêmes conditions expérimentales afin de pouvoir réaliser
des comparaisons entre échantillons.
Dans quelques cas plus rares, on trouve aussi le comportement opposé, antithixotrope.
A contrainte (ou vitesse de cisaillement) donnée, la viscosité apparente augmente avec le

- 12 -
CHAPITRE 1 : GENERALITES

temps. Le terme d'antithixotropie est à préférer à celui de rhéopexie, moins bien défini, non
totalement équivalent et qui désigne la propriété de solidification progressive par agitation.

1.8. Empilement granulaire

L’optimisation granulaire est une phase très importante dans la formulation du béton.
Pour un squelette granulaire composé de sable et de gravillon (Figure 1.12), il existe une
certaine composition optimale qui permet d’obtenir la compacité maximale du système, c’est-
à-dire le pourcentage minimum de vides entre les grains solides.

Figure 1.12 : Mélange de grains de tailles différentes. (Il y a moins de vides à droite qu’à
gauche grâce au remplissage des petits grains (le sable) dans les espaces entre les gros grains
(le gravier).

La compacité « c ou 𝜙 » d’un mélange granulaire est égale par définition, au volume


solide dans le volume unité. Elle peut être déduite de la porosité « n » :
𝑛 =1−𝑐 (1.17)
Ou bien de l'indice des vides :
𝑛 1
𝑒= =1−𝑐 (1.18)
𝑐

La compacité d’un mélange de grains dépend de trois paramètres principaux : la taille


des grains considérés (décrite par la courbe granulométrique), la forme des grains
(morphologie, état de surface, etc.), la façon dont l’empilement est réalisé.
Dans ce contexte, il utile de donner quelques définitions de base, à savoir :
- Concentration volumique solide i d’un constituant (i) dans une suspension :
Par définition, la concentration volumique solide i de chaque constituant « i » de la
suspension est donnée par la formule suivante :
𝑉𝑠𝑖
∅𝑖 = 𝑉 (1.19)
𝑓 +∑ 𝑉𝑗

Où Vf est le volume de fluide saturant, et Vsi est le volume de constituant solide i.

- 13 -
CHAPITRE 1 : GENERALITES

- Empilement des milieux granulaires secs :


Dans un milieu granulaire, on peut distinguer deux types d’empilement, les empilements
ordonnés qui présentent une structure périodique avec une compacité élevée, et les
empilements désordonnés avec des compacités plus faibles.
- Nombre de coordination « k » :
C’est le nombre de points de contact sur chaque particule. Plus ce nombre est élevé, plus la
particule est stable. Une particule est considérée instable dans un empilement en trois
dimensions si k < 4 (Cumberland, 1987 ; German, 1989).
- Compacité virtuelle «* ou max » :
Elle est définie comme la compacité maximale que l'on peut atteindre avec une population
donnée, en plaçant le mélange grain par grain. En pratique, les mélanges utilisés en génie civil
sont toujours des mélanges aléatoires (sauf peut-être les murs de pierre sèche, qui sont en
dehors du champ de cette étude), si bien que la compacité virtuelle constitue un idéal jamais
atteint. Par contre, sa prévision constitue un préalable au calcul de la compacité réelle.
- Empilement de sphères en 3 dimensions :
Dans un empilement de sphères unimodales en 3 dimensions, la compacité maximale est
obtenue avec un arrangement de type cubique faces centrées et elle est égale à 0,7405 et le
nombre de coordination égale à 12. Pour un empilement désordonné et non dense de sphères
unimodales, la compacité est proche de 0,60 avec une coordinance entre 7 et 8. Pour un
empilement désordonné et dense, la compacité est de 0,64 et la coordinance est entre 8 et 9
(Pietsch, 2002). Cependant, un mélange granulaire binaire est composé de deux populations
présentant chacune un diamètre médian différent. Si on utilise un rapport optimal de tailles et
une quantité appropriée de fines, l’insertion des petites particules entre les grosses permet
d’atteindre des compacités plus élevées que pour des mélanges unimodales. Cependant, une
quantité trop importante de fines particules entraîne un espacement des grosses et une
diminution de la compacité (German, 1989).
Cumberland (1987) a réalisé des expériences permettant de constituer des mélanges en versant
des fines particules (d = 0,91 ; 0,66 ; 0,28 et 0,19 mm) dans un mélange unimodal de grosses
particules (d=3,15mm) en vibration. Les résultats ont montré que la compacité expérimentale
reste inférieure à la compacité théorique maximale (0,86), et devient constante (0,84) au-delà
d’un ratio des diamètres des sphères grosses/fines, égal à 10.

- 14 -
CHAPITRE 1 : GENERALITES

- Effet de la paroi et de desserrement :


Contre et près de la paroi du récipient, le positionnement des particules n’est pas libre.
L’empilement est irrégulier et la compacité diminue. Ainsi, lorsqu’un grain de taille inférieure
venant s’intercaler entre les gros grains, il induit un relâchement de la structure (de Larrard et
al., 1994).
Cependant, un facteur important à prendre en compte dans la mesure de la rhéologie des
suspensions est le glissement qui peut se produire aux parois du récipient des rhéomètres en
raison de l'effet de paroi, comme illustré sur la Figure 1.13. Les particules solides, telles que
les agrégats, sont normalement capables de se regrouper pour atteindre une certaine densité.
Mais, les particules solides ne peuvent pas se déposer aussi efficacement contre un mur.
L’exclusion des particules solides au voisinage de la paroi entraîne une zone de faible
concentration en solides où l’écoulement est concentré. Comme l’écoulement n'est pas
distribué à travers le rhéomètre comme supposé (vitesse au voisinage des parois est nulle), les
équations analytiques permettant de relier les paramètres mesurés aux paramètres
fondamentaux ne sont pas valides. Il est possible de réduire le glissement en rendant rugueuses
les parois du rhéomètre pour permettre une meilleure compression.

Figure 1.13 : Effet de la paroi (à gauche) et de desserrement (à droite) (Extrait de de Larrard,


2000)

- 15 -
CHAPITRE 2

ELEMENTS DE RHEOLOGIE
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

2.1. Contrainte et déformation


2.1.1. Contrainte

Les forces qui s'exercent sur un élément de fluide de volume « dV » peuvent être
classées en deux catégories en fonction de leurs portées :
- Les forces en volume qui sont des forces à longues portées (gravité, forces électriques,
magnétiques), où la force sur cet élément de volume est proportionnelle à son volume.
- Les forces de surfaces à courtes portées dont l'origine est dans les interactions
moléculaires qui assurent la cohésion du liquide. Ces interactions à courtes portées ne
vont concerner qu'une mince couche externe sur un élément de volume donné. La force
globale exercée par ces interactions est proportionnelle à l'aire de la surface limitant
l'élément de fluide et elle est indépendante de son volume.
Sur un élément de surface dS, de normale unité n, cette force de surface s'écrit :
dF = [𝜎].n.dS (2.1)
Le tenseur des contraintes [𝜎] est symétrique, c.-à-d. : σij = σji
𝜎𝑥𝑥 𝜏𝑥𝑦 𝜏𝑥𝑧
[𝜎] = [𝜏𝑦𝑥 𝜎𝑦𝑦 𝜏𝑦𝑧 ] (2.2)
𝜏𝑧𝑥 𝜏𝑧𝑦 𝜎𝑧𝑧
Les termes diagonaux σii sont les contraintes normales, tandis que les autres termes
représentent les contraintes tangentielles, symbolisés par τij.
Etant donné que dans un fluide au repos, le tenseur des contraintes est :
[𝜎] = −𝑝𝛿𝑖𝑗 (2.3)
Où p est la pression hydrostatique et 𝛿𝑖𝑗 est le symbole de Kronecker, avec :
1 𝑠𝑖 𝑖 = 𝑗
𝛿𝑖𝑗 = { (2.4)
0 𝑠𝑖 𝑖 ≠ 𝑗
Dans ce cas, le tenseur des contraintes est alors isotrope avec :
σ11 = σ22 = σ33 = -p (2.5)
Cependant, il y a un signe négatif car le fluide est en compression.

- 15 -
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

Par contre, dans un fluide en mouvement, le tenseur des contraintes s'écrit :


σij = -p.δij + dij (2.6)
Où le premier terme, qui est la partie isotrope continue, s'appelle la pression hydrostatique ou
bien le tenseur sphérique. Tandis que le second terme, la partie anisotrope due à la viscosité du
fluide, s'appelle le déviateur.

2.1.2. Mouvement de cisaillement

Afin de comprendre la notion d’un mouvement de cisaillement, nous nous référons à


un exemple particulièrement simple d’un fluide visqueux disposé entre deux plans parallèles,
l’un mobile et l’autre fixe, comme il est montré schématiquement sur la Figure 2.1. Les
contraintes ne dépendent que de y par symétrie. Ainsi, il existe seulement la contrainte de
cisaillement dans le plan (x,y) tels que : τxy = τyx , or : τxz = τyz = 0. C'est cette configuration de
cisaillement simple que nous utiliserons par la suite.

Figure 2.1 : Représentation en 2D de l’écoulement visqueux (à gauche) et de la déformation (à


droite).

2.1.3. Déformation

On considère l'écoulement de cisaillement laminaire de la Figure 2.1. Si un élément


matériel est localisé au point M0 de coordonnées (x,y,z), il sera localisé au point M0’ de
coordonnées (x+ξ ,y,z) à l'instant t puisque la vitesse du fluide est parallèle à l'axe des x,
comme il est montré sur la Figure 2.1. Le déplacement ξ dépend seulement de y.
En revanche, l'élément matériel situé au point M de coordonnées (x,y+dy,z), sera
𝑑𝜉
localisé au point M’ de coordonnées (𝑥 + 𝜉 + . 𝑑𝑦, 𝑦 + 𝑑𝑦, 𝑧) à l'instant t. On appelle
𝑑𝑦

déformation (γ), grandeur sans dimension, la variation du déplacement lorsqu'on passe d'une
couche à une couche infiniment voisine s’écrit :
𝑑𝜉
𝛾(𝑥, 𝑡) = 𝑑𝑦 = tan 𝛼 (2.7)

- 16 -
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

2.1.4. Vitesse de déformation et contrainte de cisaillement

Cette variation caractérise un mouvement de cisaillement pour lequel les différentes


couches ont des déplacements relatifs les unes par rapport aux autres.
Deux grandeurs vont permettre de caractériser quantitativement le cisaillement :

- L’une est la vitesse de déformation (  ) est donnée par l’Equation 2.8. Ce quotient
s’exprime en inverse de seconde [s-1] dans le système international (SI) :
𝑑𝛾 𝑑 𝑑𝜉 𝑑 𝑑𝜉 𝑑𝑢(𝑥,𝑡)
𝛾̇ = = 𝑑𝑡 𝑑𝑦 = 𝑑𝑦 𝑑𝑡 = (2.8)
𝑑𝑡 𝑑𝑦
𝑑𝜉
Car la composante suivant x de la vitesse est Vx = u = . On voit que la vitesse de
𝑑𝑡

déformation est égale au taux de cisaillement, dans le cas particulier du cisaillement simple.
Cependant, la vitesse de cisaillement et le gradient de vitesse sont des notions qui coïncident
seulement, en toute rigueur, pour des écoulements présentant des symétries particulières
comme l’écoulement plan ou l’écoulement à travers un tube cylindrique.
- L’autre grandeur est la contrainte de cisaillement (τ), qui s’exprime en [Pa]. Sous
l’effet du déplacement relatif des différentes couches, il apparait des forces de
frottement s’exerçant tangentiellement à la surface de ces couches. Le rapport de ces
forces à l’unité de surface définit ce qu’on appelle la contrainte de cisaillement. Pour
certains fluides, le profil de vitesse est linéaire comme il est indiqué sur la Figure 2.1 et
la force (F) appliquée à la plaque mobile de section (A) peut être déterminée par
l’Equation 2.9 :
𝐹 𝑑𝑢 𝑑𝑢 𝑉𝑖𝑡𝑒𝑠𝑠𝑒 𝑚𝑎𝑥𝑖𝑚𝑎𝑙𝑒 (𝑉)
𝜏 = 𝐴 ~ 𝑑𝑦 𝐴𝑣𝑒𝑐 ∶ ≈ 𝐸𝑝𝑎𝑖𝑠𝑠𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑧𝑜𝑛𝑒 𝑐𝑖𝑠𝑎𝑖𝑙𝑙é𝑒 (ℎ) (2.9)
𝑑𝑦

Autrement dit : 𝜏~𝛾̇ (or : 𝜏 = (𝑐𝑜𝑛𝑠𝑡𝑎𝑛𝑡𝑒). 𝛾̇ )

La constante de proportionnalité est le coefficient de viscosité apparente ou dynamique


(η). Elle a pour unité dans le SI [Pa.s]. Elle est exprimée par l’Equation 2.10 :
𝑑𝑢
𝜏 = 𝜂. 𝑑𝑦 ⇒ 𝜏 = 𝜂. 𝛾̇ (2.10)

Les fluides obéis à cette relation, s’appellent des fluides Newtoniens.

- 17 -
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

2.2. Typologie de l’écoulement

Intuitivement, il est clair que la valeur de la contrainte de cisaillement va en général


croître avec la vitesse de cisaillement, mais le rapport entre ces deux grandeurs dépend des
propriétés du fluide considéré. L’écoulement des fluides Newtoniens est le cas le plus simple
que l’on puisse trouver. Dans ce cas, la vitesse de cisaillement et la contrainte de cisaillement
sont reliées par une loi linéaire. La pente de la droite alors obtenue, en traçant le rhéogramme,
est la viscosité apparente du fluide.
Néanmoins, pour les fluides en général, la viscosité apparente n'est pas constante, mais
dépend du taux de cisaillement. Dans ce cas, le fluide est désigné comme non-Newtonien et la
contrainte de cisaillement n’est pas directement proportionnelle au taux de cisaillement. Dans
cette gamme, il existe une classe de matériaux viscoplastiques. De tels matériaux sont
caractérisés par une contrainte de cisaillement qui doit être dépassée avant qu'une déformation
significative ne se produise. L'un des types les plus simples de matériaux viscoplastiques, qui
constitue une classe importante, est le fluide de Bingham. Il est communément admis que le
béton et le mortier ordinaires à l’état frais peuvent être considérés comme des fluides de
Bingham, avec une bonne précision ou par souci de simplification dans certains cas. Ainsi, la
détermination de la contrainte de cisaillement et la vitesse de cisaillement permet de définir
l’équation rhéologique d’état du matériau.
En effet, les fluides homogènes pour lesquels la dissipation d’énergie est due aux
collisions d’espèces moléculaires relativement petites ont un comportement Newtonien ou de
Bingham (linéaire à contrainte seuil (τ0)). Ces comportements se caractérisent par une
proportionnalité entre la contrainte et la vitesse de cisaillement. Cependant, la majorité des
fluides présentent toutefois des comportements non Newtoniens qui font appel à l’utilisation
des modèles rhéologiques plus complexes pour décrire leur comportement en écoulement
(Figure 2.2). Par ailleurs, le graphe qui représente l’évolution de la contrainte en fonction de la
vitesse de cisaillement, appelé rhéogramme, résume l’ensemble des propriétés d’écoulement
du fluide considéré. Selon l’allure du rhéogramme, on peut dresser la typologie de différents
comportements.
La Figure 2.2.a) présente les rhéogrammes de deux grandes familles de comportement
rhéologique des fluides :

- 18 -
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

- La première famille comprend les corps exclusivement visqueux dont le cas le plus
courant est les fluides Newtoniens.
- La seconde famille comprend les corps viscoplastiques. Pour ces corps, en plus de la
viscosité, il faut vaincre une résistance supplémentaire avant que l'écoulement puisse
s'amorcer. Il s'agit d'un seuil de plasticité aussi appelé seuil de cisaillement (contrainte
seuil). Le cas le plus courant dans cette famille est les fluides de Bingham.

Figure 2.2 : Rhéogrammes a) contrainte de cisaillement en fonction du taux de cisaillement b)


viscosité apparente en fonction du taux de cisaillement, pour différents fluides.

Dans la pratique, le modèle de Bingham, pour lequel la contrainte est la somme d'un
terme productif (τ0) et d'un terme de type Newtonien, a été le plus souvent utilisé dans la
littérature dans le but de la modélisation des écoulements du béton.

Toutefois, contrairement à un modèle de Herschel-Bulkley ou de Bingham modifié, ce


modèle manque de sens physique. De plus, ces matériaux sont souvent rhéofluidifiants dont la
viscosité apparente décroit lorsque le cisaillement augmente, ou rhéoépaississants, encore
appelé dilatants, dont la viscosité apparente croit lorsque le cisaillement augmente (Figure
2.2.b) ou encore thixotropes (comportement dépondant du temps). Cependant, les théories
existantes restent loin d’être en mesure de prédire tous les aspects divers et complexes des
propriétés rhéologiques des suspensions concentrées. Le Tableau 2.1 illustre quelques
exemples des modèles permettant de décrire le comportement rhéologique indépendants du
temps, ainsi il donne une signature exhaustive des propriétés d’écoulement des suspensions
cimentaires.

- 19 -
CHAPITRE 2 : ELEMENTS DE RHEOLOGIE

Tableau 2.1 : Modélisation mathématique de quelques comportements rhéologiques


indépendants du temps.
Modèle Typologie de l’écoulement
n =1 Fluide Newtonien (linéaire - visqueux) où k dans
τ(γ̇ ) = η(γ̇ ). γ̇
Loi de ce cas s’appelle viscosité apparente ou viscosité
ou τ = (k. γ̇ n−1 ). γ̇
puissance dynamique «η».
Avec
ou Newton n>1 Fluide rhéoépaississant (pseudoplastique) où k dans
τ(γ̇ )
généralisée η= = k. γ̇ n−1 ce cas s’appelle viscosité plastique «µ».
γ̇
n<1 Fluide rhéofluidifiant (dilatant) «Où k=µ».
n=1 Fluide plastique de Bingham (linéaire à contrainte
n
τ = τ0 + k. γ̇
Loi de seuil) où k dans ce cas s’appelle viscosité plastique ou
Avec constante visqueuse «µ».
Herschel-
τ0
Bulkley η = + k. γ̇ n−1 n>1 Fluide rhéoépaississant (dilatant).
γ̇
n<1 Fluide rhéofluidifiant (pseudoplastique).

Loi de τ = τ0 + k. γ̇ + c. γ̇ 2
Avec Fluide rhéoépaississant (dilatant) où k dans ce cas
Bingham
τ0 s’appelle viscosité plastique «µ».
modifié η= + k + c. γ̇
γ̇
Avec : τ = f(γ̇ ) : Contrainte de cisaillement (Pa) ; k : Facteur de cohérence (Pa.sn) ;
∂γ
γ̇ = ∂t : Taux de cisaillement (1/s) ; n : Indice d’écoulement (–) ;
f(γ̇ )
η= : Viscosité apparente (Pa.s) ; τ0 : Seuil de cisaillement (Pa) ;
γ̇

c : Paramètre de second ordre (Pa.s2) ; µ : Viscosité plastique (Pa.s).

- 20 -
CHAPITRE 3

RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS


GRANULAIRES
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.1. Description physique de la viscosité d’une suspension


3.1.1. Définition
La viscosité est définie comme étant la tendance d'un fluide à résister à l'écoulement
suite à un frottement interne. Elle dépend essentiellement de la cohésion et du taux de transfert
de quantité de mouvement entre les molécules. Autrement dit, cette résistance interne, appelée
aussi dissipation visqueuse, est engendrée par le mouvement du liquide interstitiel dans la
porosité d’un système granulaire sous frottement. Selon Coussot et Ancey (1999), pour un
matériau granulaire, le résultat macroscopique des dissipations est fonction de la teneur en
solides et de la contribution des classes granulaires à la compacité d’ensemble. Ces
dissipations d’énergie sont traduites par la viscosité apparente de la suspension. Celle-ci est
fortement influencée par les conditions et les durées de sollicitations et de cisaillements.
Afin d'être cohérent dans l’écriture, deux définitions de la viscosité seront appliquées :
- Primo, la viscosité différentielle (ηdiff), à une certaine vitesse de cisaillement, est l'inclinaison
de la courbe d'écoulement à ce taux de cisaillement particulier. Mathématiquement, selon
Boisly et al. (2014), c’est le coefficient du terme linéaire de la série de Taylor qui définit la
pente de la fonction d'écoulement.
𝜕𝜏
𝜂𝑑𝑖𝑓𝑓 = 𝜕𝛾̇ (3.1)

Dans le cas du modèle de Bingham, elle représente la viscosité plastique (μ), et dans ce
cas elle est constante quelle que soit la vitesse de cisaillement.
𝜕𝜏
𝜇 = lim (𝜕𝛾̇ ) (3.2)
𝛾̇ →∞

Par contre, dans le cas du modèle de Bingham modifié, elle représente le paramètre (𝜇 + 𝑐. 𝛾̇ ).
- Secundo, la viscosité apparente (η), à une certaine vitesse de cisaillement, est l'inclinaison
d'une droite reliant l'origine au point sur la courbe d'écoulement à la vitesse de cisaillement
correspondante. Elle est facilement déterminée en divisant la contrainte de cisaillement par la
vitesse de cisaillement.

- 21 -
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

En plus, l’appellation « viscosité apparente » sera utilisée dans ce manuscrit afin de


faire une distinction nette entre la viscosité réelle (apparente) utilisée en rhéologie et la
viscosité la plus connue dans la rhéologie du béton : la viscosité plastique (de Bingham). La
différence entre la viscosité différentielle et la viscosité apparente est illustrée sur la Figure
3.1.

Figure 3.1 : Représentation graphique de la viscosité apparente, plastique et différentielle dans


le cas des fluides Newtoniens et non Newtoniens.

En fait, plusieurs termes de viscosité sont utilisés dans la pratique. Celles liées au béton
sont décrites dans cette partie.
Soit ( η0) la viscosité de la phase liquide (la viscosité du solvant) en l'absence

de solides dissous. Soit la viscosité (η) de la solution contenant une concentration en solide
dissous.
- Viscosité relative : c'est un nombre sans dimension représentant le rapport de la
viscosité de la solution sur la viscosité du solvant :
𝜂
𝜂𝑟𝑒𝑙 = 𝜂 (3.3)
0

- Viscosité spécifique : elle est définit comme la viscosité relative moins un (sans dimension).
(𝜂−𝜂0 )
𝜂𝑠𝑝 = = 𝜂𝑟𝑒𝑙 − 1 (3.4)
𝜂0

- 22 -
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

- Viscosité intrinsèque : notée [η], il s'agit de la limite de la viscosité spécifique


lorsque la concentration volumique solide dissous tend vers zéro. La viscosité intrinsèque a
également la dimension de l'inverse d'une concentration volumique solide.
(𝜂−𝜂0 )
[𝜇] = lim (𝜂𝑠𝑝 ) = lim ( ) (3.5)
∅→0 ∅→0 𝜂0

- La fluidité ( f ) est l'inverse de la viscosité :


1
𝑓=𝜂 (3.6)

3.1.2. Origine de la viscosité dans une suspension


Généralement, il y a trois types de forces intervenant dans une suspension : les forces
d’interaction colloïdales, les forces Browniennes et les forces visqueuses. Chacune de ces
forces contribue à la présence de la viscosité.
Toutefois, il est rapporté par Coussot et Ancey (1999) que le domaine de la rhéologie des
suspensions a été développé par des physiciens extrapolant l'approche d'Einstein sur les
suspensions diluées de sphères dures à des systèmes concentrés. Ainsi, la viscosité de ces
systèmes est liée à la viscosité du fluide interstitiel (µ0) et de la concentration volumique
solide (Ф), allant de modèles supposant uniquement des effets hydrodynamiques à des
modèles essayant d'inclure des interactions colloïdales et des mouvements Browniens à
différents niveaux en utilisant une fraction d'empilement maximale (Фm) ou une fraction de
volume efficace. Ces mêmes auteurs ont illustré une classification conceptuelle des régimes
rhéophysiques des suspensions en fonction de 𝛾̇ et (Ф).
Dans un mélange de béton, la taille des particules varie de moins de 1 μm à quelques
centimètres. Sans entrer dans les détails des charges intrinsèques de la matière, de l'ionisation,
de l'adsorption ionique spécifique, du double couche électronique et du potentiel zêta ou
d'autres concepts, nous pouvons simplement dire que la stabilité d'une telle suspension de
particules dans l’eau est régie par diverses forces (forces de gravité, forces capillaires, forces
colloïdales -répulsives (électrostatiques) / forces attractives (van der Waals)). Les forces
résultantes dépendent principalement de la taille des particules des composants (Tableau 3.1).
Dans la littérature, de nombreux chercheurs ont appliqué la théorie DLVO, pour étudier la
structure des suspensions cimentaires. Cette théorie, détermine l’état des suspensions en se
basant sur le bilan du potentiel énergétique répulsif lié à la répulsion électrostatique entre les
couches diffuses et le potentiel énergétique attractif lié à l’attraction de Van der Waals.

- 23 -
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Tableau 3.1 : Différents types de forces dans une suspension des particules dans l'eau. (Selon
Kreijger, 1980).
Taille des
Type de particules Forces dominantes
particules (mm)
> 1 mm sable grossier, gravier forces de cisaillement, gravité
0,1 – 1 mm sable forces capillaires
particules de ciment, forces colloïdales (forces électrostatiques,
10-6 – 0,1 mm
hydrates, fines des agrégats forces de van der Waals)

3.2. Description physique du seuil de cisaillement


Le seuil de cisaillement (τ0), désigné aussi par (τc), représente la contrainte qui devrait
être appliquée à un matériau pour commencer l’écoulement. Dans un rhéogramme, c’est le
point d'intersection sur l'axe des contraintes de cisaillement (Figure 3.1). Ce terme est
couramment associé à un potentiel minimum d’interaction entre particules solides au repos qui
serait influencé par la disposition des particules les unes par rapport aux autres, leur taille, le
potentiel chimique du fluide suspendant. Ainsi, c’est une manifestation soit des interactions
électrostatiques type Van der Waals entre grains colloïdaux de tailles de l’ordre du
micromètre, soit du frottement solide entre grains de tailles de l’ordre du millimètre. Il est
rapporté par plusieurs auteurs que plus une classe de grains est fine, plus elle présente de
contacts par unité de volume, et plus le frottement interne généré est important. Cependant,
lors de l’écoulement d’un béton, chaque granulat entraîné par la pâte est gêné dans son
mouvement par les granulats voisins. Or, l’origine physique du seuil est à la fois frictionnelle,
impliquant des frottements et contacts directs entre granulats s’il est dominé par le mouvement
des granulats, et colloïdale s’il est dominé par le mouvement de la pâte de ciment.
3.3. Essais et cahier des charges rhéologiques
Le béton frais fait partie des suspensions denses, et sa plasticité n'est qu'un état
transitoire. Il est composé de particules de ciment, d'agrégats, d'eau et d'air, peut être
caractérisé comme des particules solides (agrégats) en suspension dans des milieux visqueux
(pâte de ciment). Cependant, les méthodes efficaces de manipulation, de transport, de
pompage, de placement, de finition et de consolidation du béton dépendent de ses propriétés
d'écoulement. Des méthodes empiriques traditionnelles ont été utilisées pour caractériser ces
aspects technologiques, mais l'utilisation croissante des adjuvants chimiques et des additions
minérales avec la production des bétons spéciaux ont rendu ces techniques inefficaces et peu
fiables.

- 24 -
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Cependant, il existe dans le monde plus de 120 essais pour quantifier ou au moins
qualifier la maniabilité d’un béton à l’état frais. Ces essais peuvent être de façon générale
séparés en trois catégories :
- Les essais empiriques dont le résultat est une quantité géométrique reliée à la forme de

l’échantillon à l’arrêt de l’écoulement (slump, étalement, L-Box, table à choc) ;

- Les essais empiriques dont le résultat est un temps nécessaire à l’écoulement d’une

certaine quantité de matériau dans une géométrie donnée (cône de Marsh (Roussel,

2005), V-Funnel (Bartos, 2001), maniabilimètre (Baron et Lesage,1965), cône modifié

(De Larrard et al.,1998)… ;

- Les essais utilisant des rhéomètres à bétons.

Toutefois, le béton frais doit répondre à des exigences très variées et parfois
contradictoires. Pour pouvoir être coulé sans trop de difficultés, le béton doit répondre à un
cahier de charges assez complexe en termes de rhéologie, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un,
mais de plusieurs cahiers de charges, en fonction de l’application à laquelle on le destine :
- Bétons pour pièces préfabriquées extrudées : le béton est évidemment extrudé avant
durcissement, mais à la sortie de la filière, il doit garder la forme de celle-ci. Il faut
donc donner à la pâte une capacité (inhabituelle pour un fluide) à ne pas s’écouler
sous son poids propre ;
- Bétons pour chape autonivellante : pour assurer la planéité de la chape avec un
minimum d’intervention manuelle, le béton doit avoir une faible viscosité. Mais en
même temps, les graviers ne doivent pas sédimenter trop vite faute de quoi ils
s’accumuleraient en fond de coffrage.
- Bétons pour coffrages verticaux : la capacité à limiter la sédimentation des graviers
est alors essentielle.
- Bétons pour injection dans des câbles de précontrainte : la viscosité doit alors être très
faible. Le risque est alors que le sable, et même les grains de ciment, ne sédimentent.

Cette variété des missions impose une multiplicité des additifs destinés à modifier le
comportement du matériau tels que l’ajout des adjuvants et/ou l’ajout des fillers minéraux.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.4. Modèles rhéologiques prédictifs


Avant de montrer les modèles appliqués aux suspensions granulaires et plus particulier
cimentaires, on doit passer par quelques définitions et notions utiles dans cette partie. Coussot
et Ancey (1999) ont expliqué le comportement des géosuspensions par des dissipations
d’énergie engendrées par le déplacement relatif des particules. Ces déplacements sont gênés
par des interactions interparticulaires. Les modèles de viscosité sont donc exprimés en
fonction de paramètres liés à la phase solide (taille de grain, forme, concentration, étendue
granulaire, configuration spatiale des particules dans le fluide, …) et aussi de paramètres liés
au fluide saturant (viscosité généralement Newtonienne). Ces lois ont la forme suivante :
 =  0 .f ( ) (3.7)

Où μ est la viscosité de la suspension ; μ0 est la viscosité du fluide saturant et  est la


concentration volumique solide de la suspension.

3.4.1. Modèles pour la viscosité


Selon Stickel et Powell (2005), la viscosité relative (ηr) est une fonction de
concentration (Ф), de nombre de Peclet (𝑃𝑒𝛾̇ ) et de nombre de Reynolds (𝑅𝑒𝛾̇ ) (Equation
3.8) :
𝜂𝑟 = 𝑓(Ф, 𝑃𝑒𝛾̇ , 𝑅𝑒𝛾̇ ) (3.8)
𝜂 𝜂0 𝑎3 𝛾̇ 𝜌0 𝑎2 𝛾̇
Avec : 𝜂𝑟 = 𝜂 ; 𝑃𝑒𝛾̇ = et 𝑅𝑒𝛾̇ =
0 𝑘𝑇 𝜂0

Cependant, pour les systèmes non browniens avec un faible nombre de Reynolds et un
grand nombre de Peclet à l'état stationnaire, la viscosité relative est simplement fonction de la
concentration (Equation 3.9) :
𝜂𝑟 = 𝑓(Ф) (3.9)
Toutefois, les propriétés rhéologiques du béton ont été décrites en utilisant l'Equation
2.9 puisque le béton est classé comme une suspension dense et il est soumis à la gamme de
taux de cisaillement applicable. Pour tenir compte des particules non mono-dimensionnées, la
compacité d’empilement maximale, (Фmax) est introduite (Equation 3.10) :
𝜂𝑟 = 𝑓(Ф, Фmax ) (3.10)
Selon Chidiac et Mahmoodzadeh (2009), deux approches différentes ont été postulées
pour la modélisation de la viscosité plastique du béton frais : modèles phénoménologiques et
modèles fondamentaux. Les modèles phénoménologiques sont fondés sur les observations. Le
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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

modèle le plus prometteur dans cette catégorie pour le béton frais est celui proposé par
Ferraris et de Larrard (2001). Par contre, les modèles fondamentaux proposés pour quantifier
la viscosité plastique sont basés sur la science de la rhéologie et la mécanique des fluides. Ces
modèles sont divisés en deux groupes. Le premier groupe comprend les modèles qui prévalent
dans la technologie du béton, tel que le modèle de Hu et de Larrard (1996). Tandis que le
deuxième groupe compile les modèles proposés pour quantifier la viscosité plastique des
suspensions concentrées dans le solvant. Pour le deuxième groupe, les modèles sont classés en
quatre sous-groupes : modèles généralisés, approche analogue, méthode cellulaire et méthode
moyenne. L'évaluation de ces modèles a révélé que la méthode cellulaire possède l'attribut
nécessaire pour décrire la composition du mélange de béton et la flexibilité pour incorporer
l'interaction des particules. Ainsi, selon Mahmoodzadeh et Chidiac (2013), les modèles
développés à partir des premiers principes (Tableau 3.2) pour estimer la viscosité plastique du
béton frais avaient la tendance à combiner deux théorèmes : la théorie de modèle des
suspensions sphériques multimodales, de Farris, et la théorie de modèles rhéologiques, de
Roscoe ou de Krieger-Dougherty ou bien de Mooney. Ainsi, Murata et Kikukawa (1992) ont
mis en œuvre l'équation de Roscoe pour quantifier la viscosité plastique du béton. Roscoe
(1952) a stipulé qu'en augmentant la concentration, une certaine quantité de liquide va se figer
entre les particules et entraîner une augmentation de la concentration effective en adoptant
l'argument d'Einstein. De cette manière, une description mathématique de la viscosité
plastique pour les suspensions concentrées en fonction de l’empilement des particules a été
développée. La Figure 3.2 illustre l’évolution de la viscosité relative et la concentration pour
les quelques expressions.

Figure 3.2 : Relation entre la viscosité relative et la concentration pour les principales
expressions dans la littérature (Extrait Hafid, 2012).
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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Tableau 3.2: Modèles rhéologiques de la viscosité


Auteurs Modèles Applications
Pour une suspension diluée et pas
Einstein η/η0 = 1 + [η]Ф
d’interactions entre particules
Considère les interactions entre
Roscoe η/η0 = (1 − 1,35Ф)−k
particules
Ф −[η]Ф
Krieger-Dougherty η/η0 = (1 − ) max Relation entre la viscosité et la
Фmax
compacité d’empilement solide
[η]Ф
Mooney η/η0 = exp( ) maximale (packing)
1 − ФФmax
Avec : η : la viscosité de la suspension ; η0 : la viscosité de la phase liquide ;
η
[η] = lim ( SP ) ∶ la viscosité intrinsèque de la suspension ; k une constante ;
c,ε→0 c
ФM : compacité d’empilement maximale possible ; Ф : la concentration volumique solide ;

3.4.2. Modèles pour le seuil de cisaillement


Selon Legrand (1972) et Ferraris & de Larrard (2001), le seuil de cisaillement est aussi,
comme la viscosité, fonction de la concentration volumétrique du matériau solide et de la
compacité d'empilement maximale des composants individuels. Le modèle a été montré pour
produire une bonne adaptation aux données expérimentales. Ainsi, Toutou et Roussel (2006)
ont adopté la théorie de Coussot pour estimer le seuil de cisaillement. On donne quelques
exemples dans le Tableau 3.3 :

Tableau 3.3 : Modèles de calcul du seuil de cisaillement.

Auteurs Modèles Applications


Murata et Kukawa A
τ0 = 714 − 473log ( ) Béton
(1992) 10
Ferraris et de Larrard ρ (300 − A) Béton avec et sans
τ0 = + 212
(1998) 0,347 superplastifiant
ρ2795
Coussot (1996) τ0 = BAP
Etal5
225ρgV 2
Roussel (2005) τ0 = BAP
128π2 Etal5
✓ A : Affaissement du béton [mm] ✓ V : Volume du cône [mm3]
✓ Etal : Etalement du BAP [mm] ✓  : Densité du béton

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.5. Principaux facteurs influençant la rhéologie


En termes de rhéologie, il est naturel de considérer le béton frais, le mortier et la pâte
de ciment comme étant des suspensions. Traditionnellement, une suspension de particules se
compose de deux phases, à savoir les particules en suspension et la matrice. Ainsi, le béton
frais consiste en particules avec une large gamme de masse, de dimension, de forme et de
texture de surface, suspendues dans une matrice. La distinction entre la matrice et les
particules en suspension est une question de choix, contrairement à la suspension plus
traditionnelle des sphères immergées dans un liquide Newtonien. C’est à dire, on peut
considérer le mortier comme matrice, comme on peut considérer la pâte de ciment.
Cependant, la rhéologie du béton dépend de la concentration, de la forme et de la taille
des particules, de la distribution granulaire des divers constituants solides ainsi que
l’utilisation des adjuvants ou additions minérales. En raison de la grande diversité de
matériaux disponibles pour la production du béton, ainsi le nombre infini de combinaisons
possibles de ces matériaux : les informations contenues dans cette partie s'appliquent
uniquement à des cas généraux. Pour des combinaisons spécifiques de matériaux, des essais
peuvent être effectués pour confirmer les tendances.
3.5.1. Effet du ciment sur la rhéologie
a) Teneur en ciment
Une augmentation de la teneur en ciment, avec un rapport eau/ciment constant, fournit
plus de pâte pour enrober les agrégats et combler les espaces entre eux, ce qui améliore
l’ouvrabilité. Smeplass (1994) a constaté qu'une augmentation de la teneur en ciment, avec
5% de fumée de silice, par rapport au volume des agrégats a entraîné une diminution de la
contrainte seuil et de la viscosité du plastique.
b) Caractéristiques du ciment
La composition chimique et les caractéristiques physiques du ciment peuvent
influencer de manière significative l'ouvrabilité. Même pour le même type de ciment, les
modifications de ses caractéristiques peuvent avoir des conséquences importantes.
Hope et Rose (1990) ont examiné les effets de la composition du ciment sur la demande en
eau nécessaire pour un affaissement constant. Bien que les corrélations entre la composition et
la demande en eau varient en fonction de différentes compositions, les auteurs ont pu tirer
plusieurs conclusions :

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

- La demande en eau a augmenté pour les ciments à forte teneur en Al2O3 ou C2S et a
diminué pour les ciments à forte perte au feu, forte addition en carbonate ou teneur
élevée en C3S.
- La distribution granulométrique du ciment s'est révélée significative pour le béton à
base des agrégats concassés et moins prononcé pour le béton fait avec des agrégats
roulés.
- Pour le béton à base des agrégats concassés, de forme angulaire, les ciments avec une
portion plus élevée de fraction de moins de 10 μm a présenté une demande en eau plus
élevée. Ainsi, la surface spécifique n’a que peu d’influence sur la demande en eau.
En revanche, Vom Berg (1979) a trouvé que l’augmentation de la finesse du ciment
entraînait une augmentation exponentielle de la contrainte seuil et de la viscosité plastique des
pâtes de ciment. Mork et Gjoerv (1997) ont constaté que le rapport entre le gypse et l’hémi-
hydrate dans le ciment pourrait influencer la rhéologie du béton. Pour un ciment à haute
teneur en C3A et en alcalis, une réduction du rapport gypse/hémi-hydrate a entraîné une
diminution de la contrainte seuil, mais une variation minime de la viscosité plastique. Par
contre, quand un adjuvant haut réducteur d’eau (HRE) à base de mélamine a été utilisé, la
tendance a été inversée. En revanche, pour un ciment à faible teneurs en C3A et en alcalis, les
effets du rapport gypse/hémi-hydrate ont été moins prononcés. Ainsi, une réduction de la
teneur en sulfate de 3 à 1% a entraîné une diminution à la fois de la contrainte seuil et de la
viscosité plastique.
3.5.2. Effet de la teneur en eau
Une augmentation du rapport eau/ciment (E/C) dans le béton ou de la pâte de ciment
réduit la contrainte seuil et la viscosité plastique (Tattersall et Banfill, 1983 ; Tattersall, 1991 ;
Mork, 1996 ; Szecsy, 1997). L’addition d’eau réduit la concentration en solides, ce qui réduit
la résistance à l’écoulement. il est à signaler que l’ouvrabilité est améliorée avec
l'augmentation du rapport E/C, jusqu’à un certain point, après la ségrégation peut devenir un
problème.
3.5.3. Effet des granulats
a) Effet de la fraction de volume des granulats
Une augmentation de la fraction volumique totale des granulats dans le béton entraîne
une augmentation de la contrainte seuil et de la viscosité plastique (Szecsy 1997 ; Geiker et al.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

2002). Une concentration volumique plus élevée d'agrégats entraîne un espacement réduit
entre agrégats, et par conséquent, une plus grande résistance à l'écoulement. En effet, la
relation entre la concentration volumique solide et la viscosité est bien établie pour les
suspensions concentrées par Barnes et al. (1989).
b) Rapport sable/gravier
La maniabilité peut être améliorée en optimisant le ratio sable/gravier (S/G). Des
valeurs optimales de S/G existent pour minimiser la contrainte seuil et la viscosité plastique
(Tattersall 1991 ; Szecsy 1997). Par contre, un S/G optimal pour la contrainte seuil peut ne
pas être optimal pour la viscosité plastique. Augmenter ou diminuer le S/G de son valeur
optimale entraîne une augmentation de la contrainte seuil ou de la viscosité plastique. Pour des
hautes valeurs de S/G, une réduction de la teneur en sable entraîne une réduction de la surface
des agrégats qui doit être recouverte de pâte de ciment, ainsi une réduction de la résistance à
l'écoulement. Par contre, lorsque la teneur en sable est réduite en dessous de la valeur
optimale, le résultat est un manque de sable pour combler les vides entre les grains de gravier,
et donc une résistance accrue à l'écoulement.
Selon Tattersall (1991), la valeur minimale de la contrainte seuil est obtenue à un S/G
d’environ 0,33, alors que la valeur minimale de la viscosité plastique a été atteinte à un S/G
d’environ 0,40. La valeur exacte était fonction du rapport E/C. Szecsy (1997), lors d’un test en
utilisant du sable calcaire concassé et de graviers roulés de la rivière, a constaté que la
contrainte seuil minimale était atteinte à un S/G d’environ 0,40. Alors que la viscosité
plastique était minimisée à un S/G d’environ 0,30. En revanche, les valeurs S/G d'environ 0,50
sont typiques pour un béton autoplaçant.
c) Effet de la forme et de la texture des granulats
La forme et la texture des agrégats influent fortement sur la maniabilité et la rhéologie
du béton (Figure 3.3). En suspension concentrée, toute déviation par rapport à une forme
sphérique entraîne une augmentation de la viscosité (Barnes et al. 1989). Quiroga (2003) a
constaté que les agrégats de formes sphériques, cubiques ou arrondies et textures lisses ont
besoin de moins de ciment et d’eau pour obtenir le même affaissement que les agrégats à
surface plane avec forme allongée ou angulaire et textures rugueuses. Les formes sphériques
sont préférables parce qu'ils s'écoulent plus facilement les uns des autres et ont une surface

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

spécifique réduite (Tattersall 1991). Il est à noter que mathématiquement, l’aire la plus petite
de la surface extérieure est, pour le même volume, est obtenue avec la forme sphérique.
Quiroga (2003) a constaté que pour une granulométrie similaire, les agrégats qui ont une plus
grande compacité d’empilement, qui est liée à la forme et la texture, produisent des
affaissements plus grands. Tattersall (1991) a suggéré que la forme des particules a une plus
grande influence sur la viscosité plastique que sur la contrainte seuil. Par contre, la texture n'a
pas un effet significatif sur les propriétés rhéologiques.

Figure 3.3 : Effet de la texture des sables et leur teneur (Extrait de Wallevik, 2011)

d) Granulométrie
La distribution granulométrique des agrégats joue un rôle critique sur l’ouvrabilité et la
rhéologie du béton. Idéalement, la granulométrie devrait prendre en compte tous les
matériaux, y compris le ciment, les additions minérales et les agrégats. Dans les suspensions
concentrées, l’augmentation de la poly-dispersité, ou l’intervalle des tailles, diminue la
viscosité (Barnes et al. 1989).
Les bétons produits avec des granulats qui ont des courbes discontinues, omis
intentionnellement certaines fractions de taille, peuvent être fermes et plus vulnérables à la
ségrégation. Quiroga (2003) a constaté qu'une distribution granulométrique uniforme
nécessitait moins d'eau pour un affaissement donné. En concevant un mélange du béton, la
granulométrie peut être optimisée pour une variété d'objectifs, tels que l'affaissement, la
compacité d’empilement, l’homogénéité ou la viscosité. Cet auteur a constaté que les bétons
optimisés pour une compacité d’empilement maximale, produit des mélanges avec une
mauvaise maniabilité et une grande susceptibilité à la ségrégation. A cet effet, il a

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

recommandé de choisir une granulométrique qui établit un équilibre entre la compacité


d’empilement élevée et une granulométrie uniforme.
e) Contenu en fines dans les granulats
L'ajout des fines peut améliorer ou réduire l'ouvrabilité en fonction de la quantité et les
caractéristiques des fines, ainsi que selon la composition de béton. Comme pour les gros
agrégats, la quantité, la forme, la texture et la granulométrie des fines jouent un rôle important
sur l’amélioration de l'ouvrabilité. L'ajout de fines augmente la surface spécifique qui doit être
mouillée. Cependant, l’ajout des fines peut améliorer la qualité de la répartition
granulométrique des particules et entraine une amélioration globale des caractéristiques de
l’écoulement.
3.5.4. Effet des adjuvants
a) Effet d’adjuvant superplastifiant
Les superplastifiants (Sps) sont introduits dans le béton pour améliorer la mise en
œuvre. En parallèle, ces adjuvants augmentent le temps de prise. Pour cette dernière propriété,
la calorimétrie confirme le retard de précipitation des hydrates en présence de Sp.
En pratique, le mortier et le béton ont un seuil d’écoulement et un comportement
rhéofluidifiant. En présence de superplastifiant, le seuil d’écoulement devient très faible
(Figure 3.4). Cependant, la viscosité dépend de la contrainte appliquée et elle diminue avec
l’augmentation du taux de cisaillement.
L’ajout d’un constituant supplémentaire dans la formulation d’un coulis de ciment
augmente la complexité du système et la variation des compétitions comme le rapport
C3A/SO4. La variation la plus importante est la concentration en sulfates dans la solution
interstitielle. Plusieurs études montrent la diminution de l’adsorption des polymères sur les
particules de ciment ainsi qu’une perte de la fluidité lorsque la concentration en sulfate
augmente en solution. De plus, l’adsorption sur les particules de ciment change les équilibres
de réactions de formation des hydrates d’aluminate de calcium ou de l’ettringite et par
conséquent, modifie l’agglomération des particules. Des études récentes confirment ces
incompatibilités ciment-superplastifiant que l’on devrait pouvoir éviter en optimisant la
structure des polymères.
Un phénomène chimique survient quelquefois aussi, notamment en présence de Sp. Il
provient d’une adsorption préférentielle de l’adjuvant sur la phase sulfatée, celle-ci provoque

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

une première hydratation qui précipite une couche d’hydrates sur les surfaces solides du
système. Ce phénomène, souvent appelé incompatibilité du couple ciment / superplastifiant,
provoque des frictions entre particules, ce qui a pour effet d’augmenter brusquement le seuil
de cisaillement.
b) Effet d’adjuvant réducteur d'eau
L’adjuvant réducteur d'eau (RE) améliore la maniabilité des mélanges en réduisant le
rapport E/C pour atteindre un affaissement donné. Alternativement, il peut être utilisé pour
augmenter l'affaissement pour un rapport E/C donné. Comme on peut combiner les deux effets
à la fois. Les effets exacts de ce type d’adjuvant dépendent de sa composition chimique et les
proportions de la composition du béton. En général, les REs entraînent une diminution
importante de la contrainte seuil. Tandis que, la viscosité plastique augmente ou modestement
diminue (Figure 3.4).

Figure 3.4 : Effet de l’addition de différents adjuvants et d’eau sur les propriétés rhéologiques
du béton (Gjørv, 1992)
c) Agent entraîneur d’air
En effet, le béton est une phase ternaire, contenant de l’air, de l’eau et beaucoup plus
des particules solides. Il est rapporté dans la littérature que l’air occlus influence la rhéologie
du béton, notamment lors de pompage.
A cet effet, un bref aperçu sera présenté sur la rhéologie des bulles d’air. Dans une
suspension, les particules solides sont considérées comme non déformables. A cet effet,
l’influence des bulles d’air, qui sont déformables, sur les propriétés rhéologiques n’a été pas
prise en considération. Deux contraintes différentes sont appliquées sur les bulles d’air au
cours de l’écoulement. La première c’est la contrainte de cisaillement, qui tend à les déformer

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

sous forme de bandes plates dans la direction de l’écoulement. La seconde, c’est la tension
superficielle, qui tend à les garder sous leur forme sphérique.
En revanche, les agents entraîneurs d’air (EAs) améliorent la maniabilité, en particulier
pour les sols maigres, mélanges fermes ou mélanges avec des agrégats angulaires. La présence
de l’EA crée un béton plus cohérent. Cependant, le contenu excessif d’EA peut rendre le béton
gluant et difficile pour la finition. Ainsi, l’EA réduit également la ségrégation et le ressuage
(Kosmatka et al., 2002).
Tattersall (1991) a montré que la viscosité plastique est réduite de manière beaucoup
plus grande que la contrainte seuil, lorsqu’il a utilisé d’EA dans le béton. Le changement de la
viscosité plastique était pratiquement nulle au-dessus d'une teneur en air de 5%, bien que la
contrainte seuil ait continué de diminuer à des teneurs en air plus élevées. Par contre, dans la
pâte de ciment, l’EA peut augmenter la contrainte seuil (Tattersall et Banfill 1983). On pense
que cette augmentation est due à la charge négative apparente conféré aux bulles d'air par
l’EA. Cette charge négative peut attirer les grains de ciment hydratants, entraînant la
formation de ponts entre les grains de ciment. Dans le béton, la réduction de la viscosité
plastique est probablement due à l’effet «roulement à billes» des bulles d’air sphériques. La
contrainte seuil du béton ne diminue pas aussi significative que la viscosité en raison de
l'augmentation de la contrainte seuil de la pâte de ciment.

d) Adjuvant modifiant la viscosité

Les adjuvants modifiant la viscosité (AMVs), également appelés adjuvants anti-


lessivages, sont généralement utilisés dans le béton autoplaçant ou pour la mise en place des
bétons sous l'eau. Les AMVs augmentent à la fois la contrainte seuil et la viscosité plastique.
Un aperçu complet sur les AMVs et de leurs effets sur le béton est fourni par Khayat (1998).
L’utilisation d’un AMV entraîne un comportement rhéofluidifiant par cisaillement ou
pseudoplastique, pour pâtes de ciment ou mortiers. Ce comportement est avantageux pour le
béton car la viscosité relativement élevée à faibles taux de cisaillement empêchant la
ségrégation des agrégats, tandis que la viscosité relativement faible à des taux de cisaillement
plus élevés assure une excellente déformabilité au cours des opérations de mélange, de
pompage et de placement. Cependant, les AMVs augmentent aussi la thixotropie.

- 35 -
CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.5.5. Effet des additions minérales


a) Cendres volantes
L’utilisation des cendres volantes (CVs) est généralement reconnue pour améliorer la
maniabilité des bétons en réduisant la teneur en eau nécessaire pour atteindre un certain
affaissement. En termes de rhéologie, les CVs réduisent la contrainte seuil, mais ont des effets
variables sur la viscosité. L'influence des CVs dépend de la façon de son remplacement avec le
ciment (si il est en masse ou en volume).
Deux mécanismes en conflit influent la maniabilité des bétons avec les CVs. Étant
donné que les particules de CV sont plus petites que les particules de ciment qu'elles
remplacent, la surface à mouiller augmente, entraînant une réduction de la maniabilité.
Cependant, la forme sphérique des particules de CV produit un roulement qui permet aux
particules les plus grosses de s’écouler plus facilement et améliore la maniabilité.
Tattersall (1991) a montré que le remplacement en masse des CVs dans les mélanges
de béton entraînait une réduction de la contrainte seuil, alors que la viscosité plastique
n'augmentait que légèrement. L'ampleur de la réduction de la contrainte seuil dépendait de la
teneur initiale en ciment. Les CVs provoquant l'amélioration la plus importante lorsque la
teneur initiale en ciment était faible. Lorsque les CVs ont été remplacées en volume plutôt
qu'en masse, les évolutions de la contrainte seuil et de la viscosité plastique ont été doublées,
ce qui suggère que la surface accrue a joué un rôle plus important dans la différence
supplémentaire de volume entre les remplacements en masse et en volume.
Szecsy (1997) a constaté qu'un taux de remplacement de 10% de la masse de CVs dans
les mélanges de béton entraînait une augmentation de la contrainte seuil. L'utilisation de CVs a
réduit la contrainte seuil de 10 à 20%. Ainsi, son utilisation de 5% a entraîné une réduction de
la viscosité plastique. Cependant, un remplacement supplémentaire du ciment par des CVs à
des taux allant jusqu'à 20% n'a entraîné que peu de changement supplémentaire dans la
viscosité plastique.
b) Fumée de silice
L’utilisation de la fumée de silice (FS) peut améliorer la maniabilité si elle est utilisée
à faible taux de remplacement, mais peut réduire l'ouvrabilité lorsqu'elle est ajoutée à un taux
de remplacement plus élevé. L’addition de 2 à 3% de FS en masse de ciment peut être utilisée
comme aide au pompage du béton selon Tattersall (1991). Comme les cendres volantes, la

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

forme sphérique des particules de la FS est avantageuse pour l'ouvrabilité. Néanmoins, le petit
diamètre des particules de FS peuvent augmenter de manière significative la surface qui doit
être mouillée. Selon Tattersall (1991) et Mork (1996), une valeur seuil du taux de
remplacement de la FS existe pour les mélanges de béton, de telle sorte que son utilisation
réduit la viscosité plastique mais produit peu de changement de la contrainte seuil. Au-dessus
de cette valeur, la contrainte seuil et la viscosité plastique augmente avec l'augmentation des
taux de remplacement.
Ainsi, la Figure 3.5 illustre des rhéogrammes montrant l'influence de l'air, de l'eau, de
la fumée de silice et du superplastifiant sur le seuil de cisaillement et la viscosité plastique.

Figure 3.5 : Figure centrale: Rhéogrammes montrant l'influence de l'air, de l'eau, de la FS et du


SP sur le seuil de cisaillement et la viscosité plastique, sur la base des courbes d'écoulement
indiquées sur les figures latérales (Extrait de Wallevik, 2011).
c) Laitier de haut fourneau granulé broyé
L’utilisation du laitier de haut fourneau (LHF) généralement améliore la maniabilité,
bien que ses effets puissent être variables en fonction des caractéristiques du mélange de béton
dans lequel il est utilisé. Selon Tattersall (1991), l’effet du LHF sur la maniabilité est bien
moindre que celui des cendres volantes dans le cas d’un affaissement maintenu constant.
Tattersall (1991) a publié des résultats montrant que l’effet du LHF sur la rhéologie était
fortement dépendant de la teneur en ciment et du type de LHF. Pour une faible teneur en
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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

ciment (200 kg/m3), l’ajout de LHF a réduit la contrainte seuil et a augmenté la viscosité
plastique pour deux différents types de laitiers utilisés à des taux de remplacement de 40% et
70%. À une teneur plus élevée en matériaux cimentaires (400 kg/m3), l'utilisation du premier
laitier a entraîné un changement minime de la rhéologie. Tandis que l'utilisation de l'autre
laitier a entraîné une augmentation de la contrainte seuil et de la viscosité plastique.
d) Fines calcaires et de granit
Ho et al. (2002) ont évalué l'addition des fines calcaires et des fines de granit dans une
pâte de ciment destinée à être utilisée dans un BAP. Ces fines avaient respectivement
approximativement 80% et 75% des passants aux tamis 0,075 mm, et ont été obtenus sous
forme de poussière (fines) à partir du processus de concassage des agrégats. En général, le
remplacement du ciment par les fines inertes réduit jusqu'à 55% la contrainte seuil de la pâte
de ciment et la viscosité. La réduction des paramètres de Bingham était moins prononcée pour
les fines de granit, qui avaient tendance à avoir des formes floconneuses et allongées. Ghezal
et Khayat (2002) ont étudié l’utilisation d’une addition calcaire avec une finesse Blaine de 565
m2/kg et 97,2% de particules inférieures à 45 µm. Lorsqu’il est utilisé dans des mélanges de
BAP, à des teneurs allant jusqu’à 100 kg/m3 avec un rapport eau/liant constant, la teneur en
fines calcaires a entraîné une diminution de la contrainte seuil et de la viscosité plastique. Le
changement était le plus prononcé à faible teneur en ciment. L’utilisation de fines calcaires a
également amélioré la stabilité des mélanges du béton. Par contre, plusiurs études ont montré
que la présence des fines calcaires dans le sable concassé affecte les propriétés rhéologiques
des bétons et mortiers. Ainsi, Quiroga (2003) a constaté que l’ajout des fines calcaires
entraînait une augmentation des dosages d'adjuvant RE, nécessaires pour obtenir un
affaissement constant. Le taux d'augmentation de la demande en RE est devenu nettement plus
élevée lorsque le pourcentage des fines dépassait 15% de la masse totale du sable.
e) Effet des fibres
L'utilisation des fibres d'acier ou synthétiques réduit considérablement la maniabilité
du béton et augmente la thixotropie. Tattersall (1991) a montré que l’augmentation de la
teneur en fibres d'acier ou synthétiques a entraîné une augmentation de la contrainte seuil et de
la viscosité plastique. En ce qui concerne les fibres d’acier, l’augmentation de la longueur des
fibres a principalement une augmentation de la contrainte seuil mais peu de changement de la
viscosité plastique.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Les facteurs influençant la rhéologie et la maniabilité du béton sont résumés sur le Tableau
3.4.
Tableau 3.4 : Résumé des facteurs influant sur la rhéologie du béton
Contrainte seuil Viscosité plastique
Dosage en ciment Diminue Diminue
Dosage en eau Diminue Diminue
Agrégats
Volume des agrégats Augmente Augmente
Rapport sable/gravier Il y a une valeur optimale Il y a une valeur optimale
Forme Ronde ou cubique est préférée que plate, anguleuse ou allongée
Texture Lisse préférée à rugueuse
Granulométrie Une distribution uniforme avec une grande compacité
d’empilement est préférée
Teneur en fines Variable Variable
Adjuvants
Adjuvant réducteur d’eau Diminue Variable
Agent entraineur d’air Variable Diminue
Adjuvant modifiant la viscosité Augmente Augmente
Additions minérales (ajouts
cimentaires)
Cendre volante Diminue Variable
Fumée de silice (petit dosage) Diminue Diminue
Fumée de silice (grand dosage) Augmente Augmente
Laitier de haut fourneau Variable Augmente
Fibres métalliques/synthétiques Augmente Augmente

3.5.6. Evolution des paramètres rhéologiques pendant la mise en œuvre

Evolution des paramètres rhéologiques pendant la mise en œuvre du béton frais avec
les interprétations et les remèdes sont illustrés dans le Tableau 3.5.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Tableau 3.5 : Evolution des paramètres rhéologiques pendant la mise en œuvre du béton frais :
interprétation et remèdes (de Larrard, 2000).
Surface
Seuil de Viscosité supérieure
Cas Slump Interprétation Remède
cisaillement plastique de
l’échantillon
Mélange
I → → → - -
stable
Ajouter un retardateur de prise
Activité
II ↑ → ↓ - ou changer le système
chimique
ciment/superplastifiant
Absorption
III ↑ ↑ ↓ - Pré-saturer les granulats
d’eau
Remonté de Ségrégation
Changer les granulats ou ajouter
IV ↓ →/↓ →/↑ gros entre mortier
un agent de viscosité
granulats et gravillon
→ : constant(e) ; ↑ : augmente ; ↓ : diminue

3.5.7. Comparaison des résultats obtenus par différents rhéomètres


De tout ce qui précède, il est clair que la rhéologie est l'outil logique pour caractériser
et décrire le comportement d'écoulement, d'épaississement, de la perte de maniabilité, de la
stabilité et même de la compacité d'une suspension de particules à base de ciment comme la
pâte de ciment, le mortier et le béton. Pour appliquer cet outil, il faut pouvoir évaluer et choisir
le protocole expérimental et les paramètres matériels d'importance, pour pouvoir en obtenir
des informations (par exemple la contrainte τ0 et la viscosité plastique μ). Des efforts
considérables ont été consacrés à l'obtention de données précises et reproductibles sur les
paramètres du matériel rhéologique. Bien que la même tendance et le même comportement
soient généralement atteints par différents types de dispositifs, la valeur absolue peut
cependant un peu différer. Une étude a été réalisée au niveau du LCPC (Nante, France),
consiste à faire une comparaison entre plusieurs rhéomètres. Selon la Figure 3.6, extraite de
cette étude, l’évolution de ces paramètres montre une certaine similaire, spécialement pour le
seuil de cisaillement, même si les écarts sont importants en valeur absolue. Par conséquent, les
paramètres identifiés pour chaque appareil ne peuvent être considérés comme intrinsèques.
Ainsi, un bon accord entre le système Mk (2 point) et le viscosimètre BML, a été constaté. Ces
résultats, bien qu’encourageants, ne sont pas satisfaisants.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Figure 3.6 : Comparaison des résultats obtenus par différents rhéomètres. (Extrait de Banfill et
al., 2001)
Il convient de noter qu'il n'existe pas de méthode d'essai standard pour mesurer la
viscosité plastique et le seuil de cisaillement du béton. Cependant, selon la suspension
considérée et notamment le rhéomètre utilisé, la valeur de la viscosité et du seuil de
cisaillement peut couvrir des intervalles très larges. Banfill (1993) a tenté de donner quelques
ordres de grandeur dans le Tableau 3.6.
Tableau 3.6 : Propriétés rhéologiques en unités fondamentales de pâte de ciment, mortier et
béton (Extrait de Banfill, 1993).
Pâte de Béton
Mortier** Béton fluide**
ciment* ordinaire**
Seuil de cisaillement τ0
10-100 80-400 400 1000
(Pa)
Viscosité plastique µ
0,01-1 1-3 20 100
(Pa.s)
* Rhéomètre à cylindres rotatifs coaxiaux
** Rhéomètre de type malaxeur

3.5.8. Corrélation entre les essais rhéologiques et les essais empiriques


Selon Ferraris et al. (2001), le volume de la matrice nécessaire pour fabriquer un BAP
(avec un affaissement de 650 mm) dépend beaucoup du seuil de cisaillement du béton, avec un
coefficient de corrélation de 0,91. Par contre, il n'existe pas de forte corrélation entre le
volume de matrice nécessaire pour atteindre un BAP et la viscosité plastique de la matrice.
Roussel (2006) montre qu’il existe une corrélation numérique entre le seuil de cisaillement et
l’affaissement. Ainsi, à partir de ces résultats prédictifs numériques, une approximation
linéaire simple peut être écrite pour des affaissements entre 5 cm et 25 cm par l’Equation 3.11:
𝜏
𝑠 = 25,5 − 17,6 𝜌0 (3.11)

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

Or, il a été rapporté par Chouinard (2000), que la relation entre l’affaissement et le
seuil de cisaillement est linéaire, comme il est montré sur la Figure 3.7.

Selon Ferraris et al. (2001), l’évolution du seuil de cisaillement de la pâte de ciment en


fonction de l’affaissement montre une faible corrélation. Cependant, une approximation
pourrait être obtenue en ajustant une ligne droite à travers les données. Cet ajustement n’a pas
été fait ici, en raison de large diffusion des données. En revanche, l’évolution du temps
d’écoulement pour 300 ml (au cône de Marsh) en fonction de la viscosité ne montre aucune
corrélation.

Figure 3.7 : Corrélation seuil de cisaillement-slump : résultats expérimentaux pour IBB


rhéomètre (Extrait de Chouinard (200), légèrement modifié).

Des résultats similaires ont été obtenus pour 500 ou 700 ml, car le temps d’écoulement
a eu une relation linéaire avec la quantité de matériau mesurée. Néanmoins, dans certains cas,
un temps d’écoulement plus faible correspond à une viscosité plus faible. A cet effet, il serait
dangereux de s'appuyer sur le cône de Marsh pour sélectionner un matériau pour une certaine
exigence de viscosité ou même classer les matériaux en fonction de la viscosité en raison du
manque global de corrélation. Ce résultat est quelque peu inattendu, car on a supposé que le
poids de la pâte de ciment était suffisamment élevé pour surmonter le seuil de cisaillement et,
par conséquent, la vitesse de la pâte de ciment à travers le cône d'écoulement dépend de sa
viscosité. A partir des résultats obtenus, il semble que d'autres facteurs contribuent à
l’écoulement comme le frottement et la sédimentation, même encore la forme du cône.

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

3.5.9. Dilatance du béton


La dilatance est la propriété, que possède certains corps, d'augmenter leur volume
lorsqu'ils se déforment. Il s’agit des corps bien compacts dont la compacité diminue lorsqu’ils
sont cisaillés. En ce qui concerne les bétons fluides, les résultats obtenus par Hu (1995),
indiquent qu’il ne semble pas y avoir de relation directe entre la dilatance et les propriétés
rhéologiques du béton frais. La dilatance d'un béton dépend principalement des
caractéristiques du squelette granulaire (taille et forme des gros grains : roulés, concassés,
teneur en particules fines). La dilatance du béton frais pourrait dans certains cas poser des
problèmes pendant le pompage du béton à cause de la restriction volumétrique, au cours de
l'écoulement, due aux tuyaux de pompage. L'effet de la dilatance sur le pompage n'est pas
vraiment étudié. La Figure 3.8 donne une représentation schématique de la boîte de
cisaillement et différents modes de cisaillement y compris la dilatance.

Figure 3.8 : Représentation schématique de la boîte de cisaillement et différents modes de


cisaillement.
Cependant, l'utilisation de la dilatance peut permettre de décrire le phénomène de
rhéoépaississement. Ceci peut être observé dans beaucoup de systèmes comme perte de lustre
sur la surface. A titre d’exemple, sous l’action du poids du marcheur sur la plage, le sable se
déforme en augmentant son volume et l’eau qui affleurait vient remplir les vides. Par
conséquent, le sable s’assèche momentanément en surface, c’est ce qu’on appelle la dilatance
de Reynolds (Figure 1.9).
3.5.10. Rhéoépaississement des bétons autoplaçants
Il y a trois théories mentionnées dans la littérature, physiquement complètement
différentes, expliquant le rhéoépaississement des bétons autoplaçants :
- La théorie des grappes (clusters) est à l'échelle avec l'importance relative des forces
hydrodynamiques sur les forces répulsives entre particules. Cette théorie ne s'applique
qu'aux petites particules browniennes. Dans le béton, de petites particules browniennes

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

sont présentes, ce qui est prouvé par le fait que le béton est un matériau thixotrope. Au
repos, les petites particules coagulent / floculent, ce qui signifie qu'elles doivent avoir une
sorte de mouvement, même au repos, qui doit être causée par les forces browniennes. Par
conséquent, une tentative d'appliquer la théorie des grappes sur le béton est justifiée.
- La deuxième théorie est basée sur la l'inertie des grains. Lorsque cette dernière est
prédominante de l'inertie des forces visqueuses dans le liquide. Comme on peut le voir
dans l'Equation 3.12, pour le nombre de Péclet de particules, l'inertie gagne en importance
avec l'augmentation du rayon de la particule. En conséquence, les particules les plus
grandes sont responsables du rhéoépaississement. Comme le béton contient de grandes
particules, de l'ordre de quelques centimètres, cette théorie est également appropriée pour
l'application.
- En revanche, la théorie de la transition ordre-désordre, a récemment été signalée comme
la cause du rhéoépaississement dans une suspension de particules monodisperses non-
Browniennes, selon Bertrand et Bibette (2002). D'autre part, Rastogi et Wagner (1996),
affirment que le classement en couches des particules disparaît progressivement avec une
polydispersité croissante. En conséquence, la théorie de la transition ordre-désordre n'est
pas adaptée à une application sur le béton. En revanche, la Figure 3.9 montre que le
rhéoépaississement causé par la formation de grappes est un effet purement
hydrodynamique. La viscosité apparente relative totale est divisée en une partie
brownienne et une partie hydrodynamique dans une gamme de plusieurs ordres de
grandeur du nombre de Péclet (Pe), qui est une vitesse de cisaillement sans dimension
(Equation 3.12). Ainsi, la figure 3.9.a) montre que l’'importance de la viscosité
brownienne diminue avec l'augmentation du nombre de Péclet, ce qui prouve que le
rhéoépaississement à partir de Pe = 103 est un phénomène purement hydrodynamique.
𝜕𝛾
𝜂0 .( ).𝑎3
𝜕𝑡
𝑃𝑒 = (3.12)
𝑘.𝑇

Où η0 est la viscosité apparente du fluide saturant (Pa.s), T est la température (K),


𝜕𝛾
𝛾̇ = ( 𝜕𝑡 ) est la vitesse de cisaillement (1/s), a est le rayon de la particule (m),

k est la constante de Boltzmann (1,38 10−23 J/K).


On peut voir qu'à faible nombre Pe (inférieurs à 1), la viscosité brownienne domine.
Pour des nombres de Pe supérieurs, l'importance de la viscosité brownienne diminue, au profit

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CHAPITRE 3 : RHEOLOGIE DES SUSPENSIONS GRANULAIRES

de la viscosité hydrodynamique. Dans la même Figure, on voit que le rhéoépaississement


commence autour d'un nombre de Péclet égal à 103, où la viscosité brownienne n'a plus
d'importance. Par conséquent, le rhéoépaississement (dû à la formation de grappes) est un
phénomène purement hydrodynamique. Cependant, Bossis et Brady (1986) ont mentionné que
pour des valeurs plus élevées de Pe, où le rhéoépaississement se produit, les forces
browniennes montrent toujours des pics assez importants pour fournir aux particules
suffisamment d'énergie pour quitter le groupe et les faire circuler dans le temps.
Cependant, pour les fractions volumiques solides élevées (), la Figure 3.9.b) montre
que la viscosité apparente diminue pour les petites contraintes de cisaillement (comportement
rhéofluidifiant) et une augmentation pour les fortes contraintes de cisaillement (comportement
rhéoépaississant). De même, la viscosité apparente croit avec la croissance de la fraction
volumique solide (Maranzano et Wagner, 2001).

Figure 3.9 : a) Le rhéoépaississement à partir de Pe = 103 est un phénomène purement


hydrodynamique (Extrait de Bossis et Brady, 1989), et b) La viscosité apparente en fonction
de la contrainte de cisaillement (Extrait de Maranzano et Wagner, 2001).

3.5.11. Influence du potentiel zêta sur la rhéologie


Le potentiel zêta influe directement sur la stabilité des émulsions et des suspensions,
sur la nature des interactions entre les particules et l'électrolyte mais aussi sur les
caractéristiques rhéologiques. Une suspension présentant un potentiel zêta inferieur à |10 mV|
est souvent instable, alors qu'une valeur supérieure à |30 mV| confère en général une bonne
stabilité. Il est souvent considéré que, plus le potentiel zêta est élevé en valeur absolue, plus on
se rapproche des conditions de stabilité des dispersions et inversement, plus le potentiel zêta
est faible, plus on tend vers l'agrégation des particules.

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CHAPITRE 4

MESURE DES PARAMETRES


RHEOLOGIQUES
CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

4.1 Introduction

On appelle "rhéomètre" l’appareil de mesure des propriétés rhéologiques des fluides


selon la géométrie de l'outil de mesure et la sollicitation imposée au fluide. La caractérisation
de l’écoulement dans les fluides complexes se fait généralement avec des rhéomètres rotatifs.
De tels appareils sont constitués d’un axe de rotation lié à un moteur qui peut être soit à vitesse
imposée, soit à couple imposé et d’une cellule de mesure. Dans la partie suivante, on va faire
une brève description des rhéomètres existants.

4.2 Rhéomètres

4.2.1. Rhéomètre capillaire


Il s'agit d'un instrument dont la partie principale est un tube dans lequel le matériau
s'écoule. Il faut imposer à la suspension une différence de pression entre les deux extrémités
du tube pour la faire s'écouler. Cette différence de pression permet de vaincre les frottements
aux parois liés à la viscosité du matériau. A la distance r de l'axe du tube la contrainte de
cisaillement s'écrit :
r P
 (r ) = . (4.1)
2 L
Où L est la longueur du tube et ΔP est la chute de pression.
Pour les fluides Newtoniens, la loi de Poiseuille permet de calculer la viscosité :
 .R 4 P
= . (4.2)
8.Q L
Où Q est le débit du fluide et R est le rayon du tube.
Ce rhéomètre est utilisé essentiellement dans le cas des fluides Newtoniens ou les
fluides dont le comportement est proche du comportement Newtonien.

4.2.2. Rhéomètre rotatif de type cône-plan


Pour les rhéomètres rotatifs, la cellule est composée d’une partie fixe (stator) et d’une
partie mobile (rotor). Ainsi, le fluide à étudier est alors confiné dans l’espace entre le rotor et
le stator appelé communément gap ou entrefer. Différentes cellules peuvent être utilisées selon

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

la géométrie de l’écoulement souhaitée. On distingue une large variété de rhéomètres, mais les
principales cellules utilisées sont la cellule de Couette qui permet de réaliser des écoulements
cylindriques de type Couette, la cellule plan-plan et le cône - plan.
La géométrie cône plan (Figure 4.1.a) est constituée d'un disque et d'un cône tronqué
de même diamètre et dont le sommet fictif est situé sur le disque. Le cône et le disque sont
coaxiaux et animés d'un mouvement de rotation autour de leur axe commun à une vitesse
relative ω. Le matériau est placé en général sur le disque puis le cône est progressivement
rapproché à la distance appropriée. Tout l’échantillon est soumis à un gradient de vitesse
uniforme décrite par l'Equation 4.3 :
• r  
 = . = = (4.3)
h tg 
Où α est l’angle du cône.
Dans le cas de matériau Newtonien, la contrainte peut être calculée par :
3M
= (4.4)
2 .R 3
Où M est le moment du couple appliqué et R est le rayon maximal du cône.
La viscosité s'exprime par :
3. .M
= (4.5)
2 .R 3 .
Pour assurer un gradient de vitesse constant dans tous les échantillons, α doit être < 5°.

4.2.3. Rhéomètre rotatif de type plan-plan


Cette géométrie (Figure 4.1.b) est composée de deux disques coaxiaux en rotation
relative. L'échantillon est placé de la même façon que dans le cas de la géométrie cône plan.
Au contraire de ce que l'on a vu pour cette dernière, la géométrie plane - plane ne permet pas
de contrecarrer les variations du gradient de vitesse au sein de l'échantillon en fonction de la
distance par rapport à l'axe central. On a maintenant :
• r.
 = (4.6)
h
Où ω est la vitesse angulaire relative de 2 disques et h est l'entrefer ou la hauteur de
l'éprouvette.

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

Les distributions du gradient de vitesse sont théoriquement identiques dans toutes les
couches.
Pour les fluides Newtoniens, la viscosité peut être calculée par l’Equation 4.7 :
2.h.M
= (4.7)
4 .R 4 .
Où R est le rayon des disques.
Pour les fluides de Bingham, on a :
2 3 4 R 4 .
M= .R  0 +  (4.8)
3 2.h

4.2.4. Rhéomètre rotatif de type Couette (ou cylindres coaxiaux)


Le nom de Couette a été adopté en France et dans le monde entier par la communauté
scientifique pour désigner les écoulements de cisaillement, usuellement créés entre deux
parois qui se déplace parallèlement l’une par rapport à l’autre. Le principe de fonctionnement
de ce rhéomètre consiste à cisailler la substance comprise entre deux cylindres de révolution,
coaxiaux de rayon R1 et R2 et de hauteur H (Figure 4.1.c). Le mouvement laminaire de
cisaillement est obtenu en communiquant à l'un des cylindres une rotation uniforme, vitesse
ω0, l'autre cylindre demeurant immobile ou également en rotation à une vitesse angulaire
différente de ω0.
La caractérisation du comportement rhéologique de la substance cisaillée est obtenue

par la détermination de la courbe (  −  ), à partir des valeurs de couple fourni par le
rhéomètre qui sont respectivement le moment résistant M et la vitesse de rotation du mobile
ω0 .
En régime d'écoulement laminaire uniforme, on calcule aisément la contrainte de
cisaillement à la paroi d'un cylindre :
M
= (4.9)
2 .R 2 .H
Où R et H sont respectivement le rayon et la hauteur du cylindre.
Par contre, la détermination du gradient de vitesse est plus complexe, car ce paramètre dépend
des propriétés rhéologiques du matériau. Ce paramètre est donné par :
• d
 (r ) = r (4.10)
dr

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

Où dω est la vitesse de déplacement angulaire entre deux couches situées à une distance
radiale r et espacées de dr.
On remarque que la connaissance de ω dans l’Equation 4.10, est insuffisante pour la

détermination de  (r ) . Il faut en outre connaître la loi de répartition de la vitesse angulaire
ω(r). Or cette répartition est une fonction des propriétés rhéologiques du matériau. On est donc
en présence d'un cercle vicieux: "pour déterminer le comportement rhéologique il serait
nécessaire de le connaître préalablement".
Ceci constitue une des grandes difficultés rencontrées en rhéologie expérimentale.
Pour maîtriser cette difficulté, une mise en œuvre de certaines procédures expérimentales et
approximations mathématiques sont adoptées.

Figure 4.1 : Rhéomètre à géométrie : a) Cône-Plan, b) disques parallèles ou Plan-Plan et c)


cylindres coaxiaux (Couette ou Searle).

4.2.5. Rhéomètres non conventionnels : rhéomètres relatifs


Au lieu de mesurer les fluides avec un rhéomètre absolu et de déterminer les
paramètres rhéologiques en unités fondamentales, il est possible d'utiliser un rhéomètre relatif,
type malaxeur, pour mesurer des valeurs liées à des paramètres rhéologiques, mais pas
nécessairement égales à celles-ci. Ainsi, on fait recours à ce type de rhéomètres afin d’éviter
surtout le problème de décantation lors de l’essai et pouvoir d’évaluer le caractère thixotrope.
De tels rhéomètres sont typiquement des agitateurs instrumentés pour mesurer la résistance
créée sur les lames de mélange. Ce type d’appareillage est constitué par un récipient dont le
contenu peut être soumis à une agitation et équipé avec différentes géométrie, en
l’occurrence : Vane, double U ou hélice.
Selon Schramm (1994), la résistance de l'échantillon à l'essai au malaxage est
généralement proportionnelle à la viscosité. Les mélangeurs peuvent être utilisés pour créer un

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

écoulement turbulent et une action à fort cisaillement ou un écoulement laminaire dans des
matériaux homogènes. Les résultats des tests ne sont spécifiques qu'à une géométrie et à un
fabricant de périphérique donnés. Les résultats de test peuvent être comparés à des
échantillons standards dont les performances sont bonnes ou mauvaises dans une application
spécifique. Selon Schramm (1994), il est nécessaire d’abord d’établir une matrice de données
expérimentales permettant de relier les performances sur le terrain à la lecture du capteur de
l’agitateur en fonction de différents facteurs tels que la température d’essai, la vitesse du rotor,
la durée du cisaillement, le volume de l’échantillon et le type de fluide. Whorlow (1992) a
indiqué que s'il est possible de mesurer la viscosité des fluides Newtoniens en utilisant
l’écoulement autour d'une pale de mélange, il est inapproprié d'utiliser une telle technique
pour étudier un écoulement plus complexe. Schramm (1994) a affirmé que la rhéologie
absolue et relative doit être utilisée en alliance. Les mesures rhéologiques relatives peuvent
fournir des informations pratiques importantes que les mesures rhéologiques absolues.
Une variété de mesures peut être faite avec des rhéomètres relatifs. Schramm (1994) a
suggéré de mesurer les rhéogrammes du couple en fonction du temps. Ces rhéogrammes
peuvent être utilisés pour déterminer les effets des modifications de la composition d'un fluide
sur les propriétés rhéologiques ou comment les propriétés rhéologiques d'un fluide à
composition constante changent avec le temps. Les mesures au rhéomètre relatif peuvent être
effectuées à une ou plusieurs vitesses. Pour le béton, les rhéomètres relatifs fonctionnent
généralement de manière analogue aux rhéomètres absolus traditionnels. Les appareils font
tourner une turbine de malaxage à une série de vitesses fixes et mesurent le couple résultant.
Une ligne droite est ajustée sur un graphique du couple en fonction de la vitesse de rotation,
comme illustré à la Figure 4.2. L'intersection de cette ligne avec l'axe de couple G est liée à la
contrainte seuil, tandis que la pente de la ligne H correspond à la viscosité plastique.
Tattersall et Banfill (1983) ont utilisé une méthode générale pour étalonner un
rhéomètre relatif afin de convertir les valeurs de G et de H en contrainte seuil et en viscosité
plastique. Whorlow (1992) et Ferraris (1999) ont affirmé que la précision de telles techniques
d'étalonnage est discutable. L’un des principaux problèmes liés à l’utilisation de G et H est lié
au problème de la zone morte des rhéomètres à cylindres coaxiaux. Lorsque la pale de
malaxage tourne à des vitesses plus rapides, le volume de matière qui coule augmente. Par

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

conséquent, l’augmentation du couple est due à la fois à la viscosité et au fait qu’un plus grand
volume de matériau coule.

Figure 4.2 : Résultants typiques avec un rhéomètre relatif à béton.

4.3 Taux de cisaillement maximum pour différents types de procédés

Dans la plupart des cas, les taux de cisaillement appliqués dans les rhéomètres en béton
restent très bas. L'augmentation du taux de cisaillement dans le rhéomètre augmente le risque
d'artefacts de mesure. Un schéma illustratif (Figure 4.3) est donné par Artelt et Garcia (2008),
montre les vitesses de cisaillement appliquées pour différents tests correspondantes aux
différents types de manipulation du béton.

Figure 4.3 : Taux de cisaillement pour différents tests correspondant aux différents types de
manipulation du béton (Extrait de Artelt et Garcia, 2008).

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CHAPITRE 4 : MESURE DES PARAMETRES RHEOLOGIQUES

4.4 Unités rhéologiques fondamentales versus unités rhéologiques machines

En effet, la détermination des propriétés rhéologiques exactes, dans les unités


fondamentales, des matériaux cimentaires est une étape nécessaire dans le domaine de la
technologie de béton. Plusieurs équations de transformation adoptées avec différents types de
rhéomètres sont décrites dans la littérature.
On admet que la contrainte de cisaillement moyenne est proportionnelle au couple de
malaxage (couple développé sur l'axe de l'agitateur). Selon Chouinard (2000), il y a une
relation linéaire entre les unités rhéologiques fondamentales et les unités rhéologiques
machines. Il y a diverses techniques pour déterminer la relation entre les contraintes de
cisaillement et le taux de cisaillement à partir de la vitesse de rotation et le couple engendré,
autrement dit, la détermination des constantes de proportionnalité. Parmi les techniques
disponibles, il s’agit de calculer le champ de contrainte effectif pour en déduire les constantes
de proportionnalité. Cette technique peut être utilisée pour des rhéomètres dont la géométrie
est simple et par conséquent facilement modélisable (rhéomètre à cylindres rotatifs coaxiaux
ou tube capillaire). Évidemment, cette technique est difficilement réalisable dans le cas d'un
rhéomètre relatif de type malaxeur. Une autre technique consiste à utiliser des fluides dont les
propriétés rhéologiques sont connues pour en déduire cette proportionnalité. En effet,
plusieurs chercheurs ont développé des formules de transformation.
Feys et al. (2013) ont développé l'équation de transformation de Reiner-Riwlin, valable
pour les rhéomètres de cylindres coaxiaux, pour le modèle de Bingham modifié, qui est une
extension du modèle de Bingham avec un second ordre dans le taux de cisaillement. La
transformation établie est démontrée compatible avec l'équation Reiner-Riwlin pour les
modèles Bingham et Herschel-Bulkley. Sa validation a été également démontrée à partir des
simulations numériques appliquées sur des données expérimentales. Les valeurs du seuil de
cisaillement pour les trois modèles rhéologiques (appliqués sur les mêmes données
expérimentales) sont comparées à la contrainte seuil calculée en utilisant l’affaissement. Les
résultats ont montré que le modèle de Bingham modifié aboutit à des valeurs du seuil de
cisaillement plus stables, indépendamment du comportement non linéaire.

- 52 -
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Coussot, P. (2005). Rheometry of pastes, suspensions, and granular materials: applications in
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