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NOTES DU COURS DE L2 ANALYSE

FRANÇOIS DUCROT

Résumé. Ce document est uniquement un squelette du cours de L2 analyse et sa lecture ne


peut en aucun cas vous dispenser de suivre le cours en amphi, qui contient des démonstrations
et des commentaires indispensables.

Plan du cours
(1) Séries numériques
(2) Intégrales généralisées
(3) Fonctions de plusieurs variables réelles

1. Séries numériques
1.1. Généralités sur les séries. Si (un )n∈N est une suite à valeurs réelles ou complexes, on
peut construire une suite (SN )N ∈N en posant
N
X
SN = u0 + u1 + · · · + uN = un
n=0
Le but de tout le chapitre sur les séries est de développer des méthodes permettant d’étudier la
convergence de la suite (SN ), à l’aide d’informations portant sur un .
P
Notation 1.1.1. On dit qu’on étudie la série un , qu’on appelle aussi « série de terme général
un », quand
P on étudie la suite (SN ). Si la suite (SN ) converge vers une limite finie, on dit que
la série un est convergente, et on pose

X N
X
un = lim un
N →∞
n=0 n=0
P
Si la suite (SN ) a une limite infinie, ou n’a pas de limite, on dit que la série un diverge.
Remarque 1.1.2. Soient (xn ) et (yn ) deux suites qui coinncident à partir d’un certain rang,
c’est à dire qu’il existe un entier K tel que
∀n ≥ K, xn = yn
P P
Alors les séries xn et yn sont de même nature : si l’une converge, l’autre aussi et si l’une
diverge, l’autre également.
P
Proposition 1.1.3. Si une série xn converge, alors limn→∞ xn = 0
Cette proposition donne souvent un moyen simple de montrer qu’une série ne converge pas.
Elle ne permettra jamais de prouver la convergence d’une série. P
Contre-exemple : La suite (un ) définie par un = 1/n vérifie limn→∞ un = 0, mais un
diverge. En effet, on montre que S2k ≥ k/2, ce qui entraine que limk→∞ S2k = +∞.
1.2. Rappels sur les suites. Rappelons quelques résultats sur les suites, vus en L1.
1.2.1. Définition de la convergence. La suite (un ) converge vers l si, pour tout ε > 0, il existe
un entier N tel que, pour tout n ≥ N , on ait |un − l| ≤ ε.
1.2.2. Toute suite croissante majorée (resp. décroissante minorée) est convergente.
1
2 FRANÇOIS DUCROT

1.2.3. Suites adjacentes. Soient (un ) et (vn ) deux suites à valeurs réelles telles que
– pour tout n, on a un ≤ vn
– (un ) est croissante et (vn ) est décroissante
– limn→∞ (vn − un ) = 0
Alors (un ) et (vn ) sont toutes les deux convergentes et ont même limite.
1.2.4. Critère de Cauchy. La suite (un ) converge si et seulement si pour tout ε > 0, il existe un
entier M , tel que
n, m ≥ M ⇒ |un − um | ≤ ε
On remarquera que les trois critères précédents permettent de montrer qu’une suite converge,
sans en connaitre a priori la limite.
1.2.5. Limites et inégalités. Si (un ) et (vn ) sont deux suites convergentes telles pour tout n, on
un ≤ vn . Alors limn→∞ un ≤ limn→∞ vn .
1.2.6. Lemme des gendarmes. Soient (un ), (vn ), (wn ) trois suites à valeurs réelles, telles que pour
tout n, un ≤ vn ≤ wn ) . On suppose que (un ) et (wn ) convergent et ont même limite l. Alors
(vn ) converge vers l.
1.3. Manipulation des sommes finies. Rappelons que, pour deux entiers p et q tels que p ≤ q,
la notation qk=p uk désigne la somme up + up+1 + · · · + uq . On rappelle quelques propriétés des
P

sommes finies :
– Dans l’expression qk=p uk , l’indice k est une variable muette :
P

q
X q
X
uk = uj
k=p j=p

– On peut effectuer des changements d’indice, par exemple :


q
X q−p
X
uk = uj+p
k=p j=0

– Produit par un scalaire


q
X q
X
λ uk = λuk
k=p k=p
– Somme
q
X q
X q
X
(uk + vk ) = uk + vk
k=p k=p k=p
– Interversion de deux signes de somme :
q X
X l q
l X
X
ai,j = ai,j
i=p j=k j=k i=p
Voici quelques exemples d’application de ces règles de calcul :
n
X 1 − xn+1
– Pour x 6= 1, on a xn = .
1−x
k=0
n
X n(n + 1)
– k= .
2
k=1
n
X 1 n
– = .
k(k + 1) n+1
k=1
Xn X n
– (i + j) = n2 (n + 1).
i=1 j=1
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1.4. Quelques exemples fondamentaux de séries. Ces différents exemples forment une
bibliothèque d’exemples à connaı̂tre, pour avoir une bonne intuition sur le sujet. Ils se traitent
tous par des méthodes élémentaires.
P n
1.4.1. La série x converge si et seulement si |x| < 1. Dans ce cas, on a :

X 1
xn =
1−x
n=0
P
1.4.2. La série n≥1 1/n diverge.
α
P
1.4.3. Pour tout α > 1, la série n≥1 1/n converge. Pour le voir, on montre que la suite
α
P
SN = n≥N 1/n est une suite croissante majorée.
X (−1)n+1
1.4.4. La série converge. Pour le voir, on regarde la suite des sommes partielles
n
(SN ), et on montre que les suites (xk ) et (yk ) définies par xk = S2k et yk = S2k+1 sont deux

X (−1)n+1
suites adjacentes. On peut montrer que = ln 2.
n
n=1
P xn
1.4.5. Pour tout x ∈ R, la série n! converge et

X xn
= ex
n!
n=0
On montre la convergence en montrant que les suites
N N
X xn X xn 1
xN = et yN = +
n! n! n.n!
n=0 n=0
sont adjacentes. Pour calculer la somme de la série, on utilise l’égalité
N Z x
X xn (x − t)N t
ex − = e dt
n! 0 N!
n=0
et on majore cette expression.
P
1.5. Séries à termes positifs. Dans cette section, on considère des séries an telles que an
est positif pour tout n.
P
Lemme 1.5.1. Soit an une série à termes positifs et soit (SN ) la suite définie par SN =
PN
n=0 an . alors :
(i) La suite (SN )P est croissante.
(ii) Soit la série
P an converge, soit la suite (SN ) tend vers +∞.
(iii) La série an converge, si et seulement si la suite (SN ) est majorée.
On rappelle que la dernière assertion s’écrit :
∃M ∈ R+ , ∀N ∈ N, SN ≤ M
Théorème 1.5.2. Soient (un ) et (vn ) deux suites telles qu’il existe un entier n0 tel que
∀n ≥ n0 , 0 ≤ un ≤ vn
P P
Si la série vn converge, alors la série un converge également, et on a

X ∞
X
un ≤ vn
n=n0 n=n0
4 FRANÇOIS DUCROT

Exemple : Pour tout n ≥ 2 , on a


1 1

n2 n(n − 1)
P 1 P 1
On voit facilement que la série n(n−1) converge. Il en résulte que la série n2
converge.
Il n’est généralement pas évident de trouver une inégalité comme dans l’exemple précédent.
On cherche donc plutôt à faire des comparaisons asymptotiques. Rappelons que si (un ) et (vn )
sont deux suites de réels positifs, on dit que :
– un = O(vn ) si
∃M > 0, ∃n0 ∈ N, ∀n ≥ n0 , un ≤ M vn
– un = o(vn ) (ou un est négligeable par rapport à vn ) si
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N, ∀n ≥ n0 , un ≤ εvn
– un ∼ vn si (un − vn ) = o(un ), c’est à dire si
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N, ∀n ≥ n0 , (1 − ε)un ≤ vn ≤ (1 + ε)un
Théorème
P 1.5.3. Soient (un ) et (vPn ) deux suites de réels positifs vérifiant un = O(vn ). Si la
série vn converge, alors la série un converge également.
Comme un = o(vn ) ⇒ un = O(vn ), le théorème reste vrai si on remplace O par o. On déduit de
même :
Théorème 1.5.4. Soient (un ) et (vn ) deux suites de réels positifs vérifiant un ∼ vn . Alors
X X
un converge ⇔ vn converge
P
Exemple : On étudie les séries un avec
n2 + 1 n2 e n + n5 n5
(a) un = (b) u n = (c) u n =
n2 + 2 n4 e n + n4 + n2 + 1 en
(a) un ∼ 1. Le terme général
P 1 ne tend pas vers P 0 ; la série ne converge donc pas.
1
(b) un ∼ n2 . La série 2 converge, donc
nP
un également.
(c) un = o( n12 ) et la série 1 P
n2
converge. Donc un également.
Pour étudier la convergence d’une série s umun , une idée est donc de comparer la suite (un ) a
des suites que l’on connait bien. P On dispose de deux échelles de comparaison :
– Les séries géométriques :P an converge si et seulement si |a| < 1.
1
– Les séries de Riemann : nα converge si et seulement si |α| > 1.
Comment ces deux échelles de comparaison s’intercallent l’une par rapport à l’autre ? Soient
a, b, c, d tels que |b| < |a| < 1 < |c| < |d| et α, β, γ tels que γ > β > 1 > α, on a l’échelle de
comparaison suivante ( désigne la relation « être négligeable par rapport à ») :
1 1 1 1
bn  an  γ  β   α  1  cn  dn
n n n n
Si une suite positive (un ) se situe à gauche de n1β dans cette échelle, alors la série un converge.
P

Si une suite positive (vn ) se situe à droite (au sens large) de n1 , alors la série
P
vn diverge. Il
reste donc une zone où les méthodes développées ne permettent pas de conclure.
Proposition 1.5.5 (Règle de D’Alembert). Soit (un ) une suite à termes strictement positifs.
On suppose que limn→∞ uun+1
n
= α.
P
– Si α < 1, alors P un converge.
– Si α > 1, alors un diverge.
Remarque 1.5.6. Quand α = 1, cette règle ne permet pas de conclure. On remarquera que
la démonstration de cette règle consiste à comparer la suite un à une série géométrique, ce qui
explique l’existence d’une zone d’indécision.
Exemples :
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un+1 1 P
– un = 1/n!. un n+1 → 0. Donc
= un converge.
un+1
– un = n3n+1 . limn→∞ un = 1. La règle de D’Alembert ne permet pas de conclure.
(
1
n2
si n est pair 
un+1

– un = 1 . La suite un n’admet pas de limite. On ne peut pas appli-
n3
si n est impair
quer la règle de D’Alembert.
Proposition 1.5.7 (Règle de Cauchy). Soit (un ) une suite à termes strictement positifs.
– Si il existe un réel α, 0 < α < 1, et M ∈ N tels que
1
∀n ≥ M, (un ) n ≥ α
P
alors un converge.
1 P
– Si il existe une sous-suite (unk ) telle que (unk ) nk tend vers β > 1, alors un diverge.
Exemple : La règle de Cauchy montre facilement que la série de terme général
(
0, si n est pair
un = −n
e , si n est est pair
converge, alors que la règle de D’Alembert ne peut pas s’appliquer.

1.6. Série à termes non nécessairement positifs. On regarde ici des sériees, soit réelles
mais sans hypothèse de signe, soit complexes.
P P
Définition 1.6.1. Une série un (un ∈ C) est dite absolument convergente si la série |un |
est convergente.
P
Théorème 1.6.2. Si une série un est absolument convergente, alors elle est convergente.
La preuve se fait en se ramenant d’abord à des séries à termes réels, en regardant les parties
réelles et imaginaire, puis en se ramenant à des séries à coefficients positifs en regardant u+n et
u−n .
P
Définition 1.6.3. Une série un (un ∈ R) est dite alternée si sonterme général s’écrit un =
n
(−1) vn , où (vn ) est une suite positive décroissante tendant vers 0.
Théorème 1.6.4. Toute série alternée converge.
Si on a à étudier une série à termes non nécessairement positifs
– On regarde d’abord si elle est absolument convergente. Si oui, on sait alors qu’elle converge.
– Si non, on peut regarder si on peut se ramener à une série alternée. Dans le cas contraire,
il ne reste plus qu’à utiliser des méthodes adaptées à chaque problème.
X einθ
Un exemple classique : La série n’est pas absolument convergente. Si θ ≡ 0 modulo
n
2π, il s’agit de la série harmonique, dont on a vu qu’elle est divergente. Si θ 6≡ 0 modulo 2π, on
einθ
montre, en utilisant des calculs vus en TD, que la suite SN = N
P
n=0 n est de Cauchy, et donc
qu’elle converge.

1.7. Série produit.


P P
Définition 1.7.1. On appelle série produit (ou produit de Cauchy) des séries an et bn la
série de terme général
Xn
cn = ak bn−k .
k=0
P P
Théorème 1.7.2. Si les séries an et bn sont absolument convergentes, alors leur série
produit est également absolument convergente.
6 FRANÇOIS DUCROT

n
P
Exemple : Soit x ∈ C tel que |x| < 1, on poseP∞ an = bnP=∞ x . On sait que les séries an
P 1
et bn sont absolument convergentes et que n=0 an = n=0 bn = 1−x . Alors le produit de
Cauchy de ces deux séries est la série de terme général (n + 1)xn . Elle converge absolument et :

X 1
(n + 1)xn = .
(1 − x)2
n=0
P
1.8. Vitesse de convergence. Soit an une série convergente, et soit S sa somme. On veut
savoir à quel vitesse la suite (SN ), avec SN = N
P
n=0 an , converge vers S. On introduit le reste
de la série :

X
RN = S − SN = an
n=N +1
P P P
Proposition 1.8.1. Soient deux séries an et bn à termes positifs, telles que bn converge
et an ∼ bn . Alors les suites (RN ) et (RN0 ) des restes des deux séries sont équivalentes.
P 1
Exemple : On sait que la série n2
converge (vous verrez plus tard qu’elle converge vers π 2 /6).
On veut approximer π 2 /6) à 10−6 près par une somme partielle SN pour N « assez grand ».
1
Mais quel N choisir. On a 1/n2 ∼ n(n−1 , et donc
∞ ∞
X 1 X 1 1
RN = ∼ =
n2 n(n − 1) N
n=N +1 n=N +1

Pour obtenir une précision de 10−6 ,il faudra donc prendre N de l’ordre de 106 .
Dans le cas d’une suite alternée, on peut aisément estimer le reste de la série :
P
Proposition 1.8.2. Si an est une suite alternée, convergeant vers S. Alors |S − SN | ≤ |an |.
NOTES DU COURS DE L2 ANALYSE 7

2. Intégrales généralisées
2.1. Rappels. On rappelle que pour tous a, b ∈ R tels que a < b et toute fonction f : [a, b] → R
Z b
continue par morceaux, on peut définir l’intégrale f (t)dt.
Z b a

Si f est une fonction positive, f (t)dt s’interprète comme l’aire de la surface


a
s = {(x, y) ∈ R2 , a ≤ x ≤ b , 0 ≤ y ≤ f (x)}
Enfin, rappelons que si f est continue, alors il existe une primitive F de f , et que pour toute
primitive F de f , on a
Z b
f (t)dt = F (b) − F (a)
a

2.2. Définitions et premiers exemples.


Définition 2.2.1. Soit a ∈ R et b ∈]a, +∞[∪{+∞}. Soit f : [a, b[→ R telle que f est continue
par morceaux sur tout intervalle [a, c], avec a < c < b. On dit que l’intégrale généralisée (ou
Z b Z x
impropre en b) f converge si f (t)dt admet une limite quand x → b− . Dans ce cas, on
a a
note : Z b Z x
f (t)dt = lim f (t)dt
a x→b− a
De façon analogue, on peut considérer une intégrale impropre en a :
Définition 2.2.2. Soit b ∈ R et a ∈] − ∞, b[∪{−∞}. Soit f :]a, b] → R telle que f est continue
par morceaux sur tout intervalle [c, b], avec a < c < b. On dit que l’intégrale généralisée (ou
Z b Z b
impropre en a) f converge si f (t)dt admet une limite quand x → a+ . Dans ce cas, on
a x
note : Z b Z b
f (t)dt = lim f (t)dt
a x→a+ x
On peut enfin considérer une intégrale impropre en chaque borne.
Définition 2.2.3. Soient a et b, éventuellement infinis, tels que a < b. Soit f :]a, b[→ R telle
que f est continue par morceaux sur tout intervalle [c, d], avec a < c < d < b. On dit que
Z b Z c
l’intégrale généralisée f converge si, pour a < c < b, les deux intégrales généralisées f et
Z b a a

f convergent. Dans ce cas, on pose


c
Z b Z c Z b
f (t)dt = f (t)dt + f (t)dt
a a c
Exemples : R∞
(a) Intégrales de Riemann. Pour α ∈ R, on veut étudier 1 tα dt. On a :
Z x (
1
(xα+1 − 1) si α 6= −1
tα dt = α+1
1 ln x si α = −1
La limite de cette expression quand x → ∞ existe si, et seulement si, α < −1, et dans ce
1
cas la limite est égale à α+1 . En conclusion :

Z ∞ diverge si α ≥ −1
tα dt −1
1 = si α < −1
α+1
8 FRANÇOIS DUCROT

Une étude analogue montre que



Z 1 diverge si α ≤ −1
tα dt −1
0 = si α > −1
α+1
Z ∞
De ces deux études, il résulte que l’intégrale généralisée tdt diverge pour n’importe
0
quelle valeurZde α.

1
(b) Etude de dt. En effectuant le changement de variable u = ln t, on obtient,
e t(ln t)α
pour e < x,
 (ln x)1−α − 1

Z x Z ln x
1 1 si α 6= −1
α
dt = α
du = 1−α
e t(ln t) 1 u 
ln(ln x) si α = −1
En étudiant la limite de cette expression, on voit que

Z ∞
1 diverge si α ≤ 1
dt 1
e t(ln t)α = si α > 1
α−1
2.3. Convergence des intégrales généralisées de fonctions positives.
Lemme 2.3.1. Soit f : [a, b[→ R une fonction Zpositive et continue par morceaux sur tout
x
intervalle [a, c] ⊂ [a, b[ , alors la fonction F : x 7→ f (t)dt est croissante.
a

Il résulte de ce lemme que F (x) admettra une limite pour x → b− si, et seulement si, l’ensemble
{F (x)|x ∈ [a, b[} est majoré, et dans ce cas
Z b Z x
f (t)dt = sup f (t)dt
a x∈[a,b[ a

En utilisant cette remarque, on montre la proposition


Proposition 2.3.2. Soient f et g deux fonctions positives et continues par morceaux sur tout
intervalle [a, c] ⊂ [a, b[, vérifiant de plus
∀t ∈ [a, b[ , f (t) ≤ g(t).
Z b Z b
Sous ces hypothèses, si g(t)dt converge, alors f (t)dt converge.
a a
Exemples d’applications : Z ∞ Z ∞
1 1 dt dt
(a) Pour t ≥ 1, on a ≤ . Comme converge, on en déduit que
1 + t + t3 t3 1 t3
1 t 3+t+1
converge. Z ∞
1 1 dt
(b) Pour t ≥ 1, on a √ ≥ . Comme diverge, on en déduit que
Z ∞ 1+t+ t 2t + 1 1 1 + 2t
dt
√ diverge.
1 1+t+ t Z 1
1 1 dt
(c) Pour 0 ≤ t ≥ 1, on a 1/2 1/3
≤ 1/2
. Comme 1/2
converge, on en déduit que
Z 1 t + t 2t 0 2t
dt
1/2 + t1/3
converge.
0 t
Conséquence :
– On a les mêmes résultats en remplaçant dans la proposition l’hypothèse « f ≤ g »par
« f (t) = O(g(t)) quand t → b− », ou par « f (t) = o(g(t)) quand t → b− ».
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– Soient f et g deux fonctions positives et continues par morceaux sur tout intervalle [a, c] ⊂
Z b
[a, b[, et telles que f (t) ∼ g(t) quand t → b− . Alors l’intégrale généralisée g(t)dt converge
Z b a

si, et seulement si, l’intégrale généralisée f (t)dt converge.


a

Exemples d’applications : Z ∞
2
(a) Intégrale de Gauss : Quand t → +∞, on a e−t = o(e−t ). On vérifie aisément que e−t dt
0
Z ∞
−t2
converge. On en déduit donc que l’intégrale de Gauss e dt converge.
0
Z 1
dt
(b) On étudie la convergence de l’intégrale généralisée √
. L’intégrale est impropre
0 1 − t3
1 1
en 1. Pour t → 1− , on a 1 − t3 = (1 − t)(1 + t + t2 ) ∼ 3(1 − t), et donc √ ∼√ √ .
1 − t 3 3 1 − t
Z 1
dt
On véririfie aisément, en calculant sa valeur, que l’intégrale √ √ converge, il en
Z 1 0 3 1−t
dt
résulte que √ converge.
0 1 − t3 Z ∞
dt
(c) Intégrales de Bertrand (exemple à connaitre !) : l’intégrale converge si, et
0 t (ln t)β
α
seulement si, (α > 1), ou (α = 1 et β > 1).

2.4. Intégrales absolument convergentes.

Définition 2.4.1. Soit f une fonction sur [a, b[, à valeurs dans R ou C, continue par morceaux
Z b
sur tout intervalle [a, c] ⊂ [a, b[. L’intégrale généralisée f (t)dt est dite absolument convergente
Z b a

si l’intégrale généralisée |f (t)|dt converge.


a

Cette terminologie est justifiée par le théorème suivant :

Théorème 2.4.2. Soit f une fonction sur [a, b[, à valeurs dans R ou C, continue par morceaux
Z b
sur tout intervalle [a, c] ⊂ [a, b[, et telle que l’intégrale généralisée f (t)dt soit absolument
Z b a

convergente. Alors l’intégrale généralisée |f (t)|dt converge.


a

Il s’agit d’une implication, mais PAS d’une équivalence. On utilise quelque fois la terminologie
« semi-convergente »pour parler d’une intégrale d’une intégrale généralisée convergente mais pas
absolument convergente.
Z ∞ it
e
Exemple : Etudions l’intégrale √ dt. Il s’agit d’une intégrale impropre à la fois en 0 et en
0 Z t Z ∞ it
1 it
e e
∞ ; on va donc étudier séparément √ dt et √ dt.
it Z 1 0 t 1 t Z 1 it
e 1 1 e
On a √ = √ . Comme √ dt converge, il en résulte que √ dt est absolument conver-
t t 0 t 0 t
gente, et doncZ ∞convergente. Z ∞ it
1 e
Par contre √ dt diverge ; donc √ dt n’est pas absolument convergente.
1 t 1 t
10 FRANÇOIS DUCROT

Une intégration par parties montre alors que


Z x it  it x
1 x eit
Z
e e
√ dt = √ + dt
1 t i t 1 2 1 it3/2
On voit
Z x alors que lorsque x → +∞, cette expression tend vers une valeur fie. Il en résulte donc
eit
que √ dt converge, mais ne converge pas absolument.
1 t Z ∞ it
e
Finalement l’intégrale √ dt est convergente, mais pas absolument convergente.
0 t
Z b
Schéma général d’étude d’une intégrale généralisée. On étudie f (t) dt.
a
– Identifier la nature du problème : en quels points cette intégrale est-elle impropre ? S’agit-il
dde l’intégrale d’une fonction de signe constant ?
– Peut-on calculer cette intégrale par un calcul direct ?
– Etudier la convergence absolue (faire usage des théorèmes de comparaison pour les intégrales
de fonctions positives).
– Si l’intégrale n’est pas absolument convergente, utiliser une méthode ad-hoc pour décider
de la convergence simple.

2.5. Quelques méthodes de calcul.

2.5.1. Changement de variables.

Théorème 2.5.1. Soit φ :]a, b[→]α, β[ de classe C 1 , bijective, et soit f :]α, β[→ R continue.
Z β Z b
Pour que f (x)dx converge, il faut et il suffit que f (φ(t))φ0 (t)dt converge, et dans ce cas,
α a
on a
Z β Z b
f (x)dx = f (φ(t))φ0 (t)dt
α a

Remarque 2.5.2. En général il est aussi simple de travailler avec de vraies intégrales définies
sur des intervalles fermés, d’effectuer le changement de variable, et seulement ensuite de passer
à la limite.
Z b
dt
Exemple On veut étudier l’intégrale généralisée p . Il s’agit d’une intégrale
a (t − a)(b − t)
impropre en a et b ; en en utilisant le fait qu’au voisinage de a, on
1 1
p ∼p
(t − a)(b − t) (t − a)(b − a)
et un développement analogue au voisinage de b, on montre que l’intégrale impropre converge.
En considérant
 
2 a+b
φ : [a, b] → [−1, 1] , t 7→ t−
b−a 2
Z b Z 1
dt dx
on montre que la convergence de p est équivalente à celle de √ . On
a (t − a)(b − t) −1 1 − x2
a finalement
Z b Z 1
dt dx
p = √ = [arcsinx]1−1 = π
(t − a)(b − t) 1−x 2
a −1
NOTES DU COURS DE L2 ANALYSE 11

2.5.2. Intégration par parties.


Théorème 2.5.3. Soient u et v des fonction de classe C 1 de ]a, b[ dans R, telles que les limites
limx→a− u(x)v(x) et limx→b− u(x)v(x) existent et valent respectivement A et B. Si l’une des
Z b Z b
0
intégrales impropres u(x)v (x)dx et u0 (x)v(x)dx converge, alors l’autre converge également,
a a
et on a :
Z b Z b
0
u(x)v (x)dx + u0 (x)v(x)dx = B − A
a a
Z ∞
: Les intégrales impropres In = xn e−x dx sont convergentes, car xn e−x = o(e−x/2 ), quand
0
x → ∞. En effectuant des intégrations par parties, on montre par récurrence sur n que In = n!,
pour tout n ≥ 0.

2.6. Comparaison entre intégrales généralisées et séries. Dans le cours sur les séries,
on a plusieur fois écrit le terme général d’une série comme une intégrale d’une fonction sur un
intervalle de la forme [n, n + 1]. Ce paragraphe systématise ce type de calculs.
Théorème 2.6.1. Soit f : [0, ∞[→ R une fonction positive, continue par morceaux sur tout
R n+1
intervalle
R∞ [0, x]. Soit (an ) la suite définie par an = n f (t)dt. Alors l’intégrale impropre
P
0 f (t)dt converge si, et seulement si, la série an converge, et dans ce cas, on a :
Z ∞ ∞
X
f (t)dt = an
0 n=0
Z n+1
dt 1
Exemple : On a 2
= . On en déduit (ce qu’on pouvait voir sans problème
n t n(n + 1)
autrement) :
∞ Z ∞
X 1 dt
= =1
n(n + 1) 1 t2
n=1

Théorème 2.6.2. Soit f : [0, ∞[→ R une fonctionR décroissante positive, continue par morceaux

P tout intervalle [0, x]. Alors l’intégrale impropre 0 f (t)dt converge si, et seulement si, la série
sur
f (n) converge.
X 1
Application (séries de Bertrand) : On regarde, pour α, β ∈ R la série . En com-
Z ∞ n (ln n)β
α
1
parant aux intégrales de Bertrand α (ln t)β
dt, on voit que la série converge si, et seulement
e t
si, (α > 1) ou (α = 1 et β > 1).

3. Fonctions de plusieurs variables


On veut étudier des fonctions Rn → R, ou plus généralement Rn → Rp .

3.1. Normes sur Rn .


Définition 3.1.1. Une norme sur Rn est une application Rn → R, notée généralement x 7→ kxk,
vérifiant les propriétés suivantes :
– Pour tout x ∈ Rn , kxk ≥ 0
– Pour tous x, y ∈ Rn , kx + yk ≤ kxk + kyk (inégalité triangulaire)
– Pour tout x ∈ Rn et tout λ ∈ R, , kλxk = |λ| kxk
– Pour tout x ∈ Rn , kxk = 0 ⇒ x = 0
12 FRANÇOIS DUCROT

Définition 3.1.2. Pour x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , on pose :


kxk∞ = sup(|x1 |, . . . , |xn |)
kxk1 = |x1 | + . . . + |xn |
q
kxk2 = x21 + . . . + x2n

Théorème 3.1.3. Les trois applications x 7→ kxk∞ , x 7→ kxk1 , x 7→ kxk2 définissent des normes
sur Rn .
Le seul point légèrement délicat dans la démonstration de ce théorème est la preuve de
l’inégalité triangulaire pour k − k2 . Elle provient de l’inégalité de Cauchy-Schwarz :
q q
x1 y1 + · · · + xn yn ≤ x21 + · · · + x2n y12 + · · · + yn2

Définition 3.1.4. Soient x0 ∈ Rn et r ∈ R+ . On appelle boule ’fermée) de centre x0 et de rayon


r l’ensemble
B(x0 , r) = {x ∈ Rn | kx − x0 k ≤ r}
et boule ouverte de centre x0 et de rayon r l’ensemble
B o (x0 , r) = {x ∈ Rn | kx − x0 k < r}
Comparaisons entre normes : Pour x ∈ Rn , on a les inégalités suivantes :
kxk∞ ≤ kxk1 ≤ nkxk∞

kxk∞ ≤ kxk2 ≤ nkxk∞

kxk2 ≤ kxk1 ≤ nkxk2
Ces différentes inégalités se traduisent en disant que différentes boules sont inclues les unes dans
les autres. On invite le lecteur à écrire explicitement ces inclusions, et à représenter les boules
considérées dans le cas n = 2.

3.2. Ouverts et fermés de Rn .


Définition 3.2.1. Un sous-ensemble U de Rn est appelé un ouvert de Rn si, pour tout élément
x de U , il existe une boule B(x, r) centrée en x et de rayon non nul telle que B(x, r) ⊂ U .
Exemples : Les ensembles B o (x, r) et R+∗ )n sont des ouverts de Rn .
Les ensembles B(x, r) et R+)n ne sont pas des ouverts de Rn .
Définition 3.2.2. Un sous-ensemble F de Rn est appelé un fermé de Rn si son complémentaire
Rn \ F est un ouvert de Rn .
Attention : Un sous-ensemble de Rn peut n’être ni un ouvert, ni un fermé de Rn . Regarder par
exemple Q ⊂ R.

3.3. Fonctions continues de Rn vers Rp .


Définition 3.3.1. Soit f : Rn → Rp et soient a ∈ Rn et b = f (a). L’application f est continue
au point a si, pour toute boule B centrée en b, de rayon non nul, il existe une boule B 0 centrée
en a, de rayon non nul, telle que f (B 0 ) ⊂ B.
On peut traduire cette définition en donnant la
Formulation équivalente 1 : Pour tout ε > 0, il existe η > 0 tel que f (B(a, η)) ⊂ B(b, ε).
Soit encore :
Formulation équivalente 2 : Pour tout ε > 0, il existe η > 0 tel que, pour tout x ∈ E, on a
kx − ak ≤ η ⇒ kf (x) − bk ≤ ε
NOTES DU COURS DE L2 ANALYSE 13

On remarquera que l’on n’a pas précisé quelle norme on utilisait.


Exemple : La fonction f : R2 → R2 , (x, y) 7→ (sin(x + y), x − y + 1) est continue au point
a = (0, 0). Cela provient du fait que l’on peut montrer l’inégalité suivante :
kf (x, y) − f (0, 0)k∞ ≤ 2k(x, y) − (0, 0)k∞ = 2k(x, y)k∞
Donc, pour tout ε > 0, on a f (B(a, ε/2)) ⊂ B(f (a), ε).
Propriétés
(a) Soit f : Rn → Rp , x 7→ (f1 (x), . . . , fp (x)). L’application f est continue en un point a ∈ Rn
si, et seulement si, toutes les fonctions fi : Rn → R le sont.
(b) Soient f et g deux fonctions Rn → R continues en un point a ∈ Rn . Alors f + g et f g
sont continues en a.
(c) Soient f et g deux fonctions Rn → R continues en un point a ∈ Rn . On suppose que
g(a) 6= 0. Alors f /g est continue en a.
(d) Soient f : Rn → Rp et g : Rp → Rq . On suppose que f est continue en un point a ∈ Rn
et que g est continue en b = f (a). Alors g ◦ f est continue en a.
On peut réexaminer l’exemple précédent au vu de ces propriétés : pour montrer que f est
continue en (0, 0), il suffit de montrer que f1 : (x, y) 7→ sin(x + y) et f2 : (x, y) 7→ x − y + 1 sont
continues en (0, 0). On écrit ensuite f1 comme la composée de (x, y) 7→ x + y et de u 7→ sin u ;
la première est continue en (0, 0) et la deuxième est continue en 0.
Exemples :
(a) La fonction
( 3 3
x +y
x 2 +y 2 si (x, y) 6= 0
(xy) 7→
0 si (x, y) = 0
est continue en tout point de R2 . On démontre la continuité de f en (0, 0) à l’aide de la
majoration |f (x, y) ≤ 2k(x, y)k∞ .
(b) La fonction
( 2 2
x −y
2 2 si (x, y) 6= 0
(xy) 7→ x +y
0 si (x, y) = 0
est continue en tout point de R2 \ {(0, 0)}, mais n’est pas continue en (0, 0).

3.4. Image réciproque par une application d’une partie ouverte ou fermée. Rappe-
leons d’abord que si f est une application E → F et si X est une partie de F , f −1 (X) est par
définition l’ensemble des éléments de E dont l’image est dans X :
f −1 (X) = {x ∈ E|f (x) ∈ X}
On rappelle encore que f −1 (X ∪ Y ) = f −1 (X) ∪ f −1 (Y ) et f −1 (X c ) = (f −1 (X))c .
Théorème 3.4.1. Soit f : Rn → Rp , continue en tout point de Rn . Soit U une partie ouverte
(resp. fermée) de Rp , alors f −1 (U ) est une partie ouverte (resp. fermée) de Rn .
Exemple : L’ensemble X = {(x, y) ∈ R2 |x2 > y} est une partie ouverte de R2 . En effet, on voit
que X est l’image réciproque par l’application (x, y) 7→ y − x2 de l’ouvert U = R∗+ de R.

Attention : L’image d’un ouvert (ou d’un fermé) de Rn par une application continue f : Rn →
Rp n’est pas nécessairement un ouvert (ou un fermé) de Rp . Ainsi :
– f : R2 → R, (x, y) 7→ y est une application continue en tout point de R2 et l’ensemble
X = {(x, y) ∈ R2 |xy = 1} est un fermé de R2 , mais f (X) = R∗ n’est pas un fermé de R.
– f : R → R, x 7→ x2 est une application continue en tout point de R et R est un ouvert de
R2 , mais f (R) = R+ n’est pas un ouvert de R.
14 FRANÇOIS DUCROT

3.5. Dérivées partielles.


Définition 3.5.1. La fonction f : Rn → R admet une dérivée partielle suivant la i-ème variable
au point a = (a1 , . . . , an ) si la fonction
φi , a : R → R , x 7→ f (a1 , . . . , ai−1 , x, ai+1 , . . . , an )
∂f
est dérivable en ai . Sa dérivée est alors noté (a).
∂xi
Hypersurface de niveau et hyperplan tangent
Soit f : Rn → R, et soit c ∈ R. On appelle hypersurface de niveau c de f l’ensemble Γc = {x ∈
Rn | f (x) = c}.Si n =2, on parle de courbe de niveau.
Par exemple, les courbes de niveau de f : R2 → R, (x, y) 7→ x2 + y 2 sont les cercles de centre
(0, 0).
Définition 3.5.2. Soit f : Rn → R, ayant des dérivées partielles par rapport à chacune des
∂f
variables, et telle que les (a) sont continues en un point a ∈ Rn , et il existe un entier
∂xi
∂f
i ∈ {1, . . . , n} tel que (a) 6= 0. Soit c = f (a). L’hyperplan tangent à Γc au point a est
∂xi
l’ensemble d’équation :
n
X ∂f
(a)(xi − ai ) = 0
∂xi
i=1