Vous êtes sur la page 1sur 4

Degré

La langue dispose, pour mesurer le degré auquel une propriété s'applique à un terme (par
exemple, le qualificatif d'aimable, rapporté au groupe nominal ce garçon), de moyens variés,
ressortissant tantôt à la grammaire proprement dite, tantôt à l'expression stylistique, tantôt au
lexique. Ainsi on peut comparer les énoncés suivants :
ex. : Ce garçon est très/peu/assez/extraordinairement/ aimable.
Ce garçon est des plus aimables.
Que ce garçon est aimable!
Ce garçon est extrêmement aimable.
Ce garçon est plus aimable que.son voisin.
Ce garçon est le plus aimable de tous mes amis.

On le voit, ce qui varie dans tous ces exemples, ce n'est pas la propriété elle-même, mais le
degré auquel celle-ci est attribuée au support. C'est donc à ce processus de mesure,
d'évaluation, que renvoie la catégorie du degré.
Ces variations en degré ne concernent bien évidemment pas toutes les classes grammaticales :
tous les mots de la langue ne se prêtent pas également à cette mesure. Il convient donc de
rappeler, avant d'entrer dans le détail de l'analyse, quel est le domaine d'application de la
variation en degré.
- L'adjectif qualificatif, on vient de le voir, est par excellence susceptible de cette
variation ; en revanche les adjectifs dits relationnels, dont le rôle est de classifier et
non de qualifier, en sont exclus : un arrêté ne peut pas, par exemple, être plus ou
moins ministériel. De même les adjectifs dont le sens exclut la variation (les
classifiants) ne connaissent pas de degré (aveugle, nouveau-né, enceinte, carré, etc.).
- L'adverbe peut également, sous certaines réserves, recevoir cette évaluation : ex. : Il
travaille extrêmement rapidement/plus rapidement.
Cela n'est pas vrai de tous les adverbes. On remarquera notamment qu'une partie des
adverbes utilisés pour marquer le degré (assez, bien, fort, très, trop) ne varient pas en
degré.
- Le verbe peut lui aussi faire l'objet d'une évaluation, au moyen :
o des adverbes d'intensité, ex. : Il travaille beaucoup/trop/peu.
o des systèmes comparatifs : ex. : Il travaille autant qu'il peut/moins que son
frère.

Degré de comparaison et degré d'intensité


Comme les exemples précédents le montrent, l'évaluation en degré peut se faire de deux
manières distinctes :
- Tantôt, pour mesurer la propriété, le locuteur procède par comparaison explicite avec
un point de repère : ex. : Il est moins aimable que son frère. C'est le garçon le plus
aimable de tes amis.
- Tantôt au contraire l'évaluation se produit sans qu'aucun point de référence ne soit
précisé ; on parle alors de degré d'intensité, par opposition au degré de comparaison
précédent. ex. : Il est extraordinairement/très/peu aimable.

Le fonctionnement de ces deux modes d'évaluation n'étant pas identique, l'analyse devra de
même les distinguer.
I. LES DEGRÉS DE COMPARAISON
Il s'agit ici d'un véritable système grammatical, fortement structuré, possédant ses règles de
formation et ses outils spécifiques.

A. LE COMPARATIF
La propriété est mesurée en référence à un autre élément, appelé étalon.

1. Règle de formation
Le système comparatif met en jeu :
- des adverbes, précédant obligatoirement le terme évalué (moins, plus, aussi);
- et une corrélation mettant en rapport les deux termes mesurés, au moyen de la
conjonction de subordination que.

On distinguera trois types de comparatif :


a) le comparatif d'infériorité
Il se forme sur la structure moins adjectif (ou adverbe) que x.
ex. : Il est moins aimable que son frère.
b) le comparatif de supériorité
Structure : plus adjectif (ou adverbe) que x.
ex. : Il est plus aimable que son frère.
c) le comparatif d'égalité
Structure : aussi adjectif (ou adverbe) que x.
ex. : Il est aussi aimable que son frère.

On observera que ces trois niveaux de comparaison peuvent eux-mêmes faire l'objet d'une
variation en intensité, au moyen des adverbes beaucoup, encore, bien, etc.
ex. : Il est bien moins aimable que son frère.

2. Le complément du comparatif
L'indication de l'étalon, on l'a dit, est obligatoire : on nommera donc complément de
comparaison l'étalon de référence.
a) nature grammaticale
Dans la mesure où le locuteur peut envisager divers points de référence, la forme prise par
l'étalon n'est pas nécessairement nominale. On trouvera ainsi :
- un groupe nominal (ou un pronom) ex. : Il est plus aimable que son frère / que toi.
- un adjectif ex. : Il est plus bête que méchant.
- un adverbe ex. : Il est plus aimable qu'hier.
- une proposition subordonnée comparative ex. : Il est aussi aimable que son frère est
désagréable.
b) syntaxe
Le complément de comparaison est introduit par que, analysé ordinairement comme une
conjonction de subordination. On convient en effet de restituer un verbe, pouvant être
retrouvé à partir d'une ellipse : la forme pleine du complément de comparaison serait ainsi, en
réalité, une proposition comparative, ex. : Il est aussi aimable que son frère (est aimable).

B. LE SUPERLATIF RELATIF
Il s'agit toujours d'une comparaison, mais d'un autre type : cette fois, l'étalon est représenté par
tous les éléments d'un ensemble, auquel on compare un élément porteur de la qualité au plus
haut ou au plus bas degré. ex. : C'est le plus aimable de tous tes amis.
1. Règle de formation
Il se forme à l'aide du comparatif (de supériorité ou d'infériorité), précédé d'un déterminant
défini. La règle d'emploi doit cependant distinguer deux cas.
a) le superlatif précède le substantif
On ne distingue pas le déterminant du substantif de celui du superlatif. Ce déterminant peut
être un article défini (le}, un possessif (mon), ex. : C'est le plus aimable de tous tes amis /
mon plus cher ami.
ou encore la particule de lorsque le support est un neutre (C'est ce que j'ai trouvé de plus
intéressant).
b) le superlatif est postposé au substantif
Le substantif est déterminé soit par l'article défini, soit par le possessif (jamais par l'article
indéfini), et le superlatif est précédé de l'article défini (le/la/les). ex. : C'est l'ami le plus
aimable de tous.

2. Le complément du superlatif relatif


Puisque l'étalon de référence est constitué de tous les éléments d'un ensemble, il y a donc
extraction, prélèvement (on isole, on soustrait un élément parmi d'autres); cette valeur,
également appelée valeur partitive, est marquée par la préposition de, qui permet donc de
construire le complément du superlatif relatif.

II. LES DEGRÉS D'INTENSITÉ


Il s'agit ici d'un ensemble très disparate, regroupant des faits relevant de différents niveaux
d'analyse, qui n'intéressent pas tous la grammaire au même titre. Le point commun de tous ces
phénomènes est qu'ils permettent une évaluation de la propriété sans référence - autre que
tacite, implicite - à un étalon quelconque.
Le parcours des degrés, à la différence du système de la comparaison, est beaucoup plus vaste
et se présente en réalité sous la forme d'une échelle aux multiples graduations intermédiaires.
A. L'ÉCHELLE DES DEGRÉS
On proposera ici un classement tenant compte des principaux degrés parcourus sans
distinction de leurs outils.
1. le bas degré
ex. : sous-développé, peu aimable, médiocrement intelligent.
2. le moyen degré
ex. : assez aimablement, suffisamment rapide, à peu près exact.
3. le haut degré
ex. : fort aimable, bien tardivement, incroyablement rapide, trop cher, si rapidement.

B. LES MOYENS D'EXPRESSION


1. Adverbes et locutions adverbiales
Antéposés au terme qu'ils modifient (adverbe ou adjectif), ils obéissent à certaines règles
d'emploi. Tantôt ils fonctionnent comme de purs outils grammaticaux (et sont à la limite des
préfixes), tantôt au contraire ils ont une relative autonomie sémantique, et leur étude relève
alors de la lexicologie plus que de la grammaire.
a) les outils grammaticaux
Doivent en effet être isolés les adverbes assez, bien (dans son rôle d'adverbe d'intensité, et
non d'adverbe de manière : Vous êtes bien aimable ≠ Il a bien travaillé), fort, très, trop, qui
ne peuvent eux-mêmes être modifiés en degré. ex. : *Vous êtes très bien aimable mais Il a
très bien travaillé.
b) autres adverbes
On fera ici quelques remarques ponctuelles concernant leur emploi.
- Peu se rapproche des outils grammaticaux : de même que les adverbes trop, assez, il
peut s'employer devant l'adverbe et l'adjectif, ou bien modifier le verbe (adverbe
d'intensité : Il travaille peu/trop/assez). Mais, à la différence des adverbes précédents,
il peut lui-même être modifié en degré : ex. : II est assez peu aimable.
- Si, portant exclusivement sur l'adjectif et sur l'adverbe, est toujours associé à une
corrélation (sauf en modalité exclamative : Il est si aimable !) : ex. : Il est si aimable
que tout le monde l'adore.

On remarquera enfin que, pour l'expression du haut degré, la langue dispose d'un nombre très
important d'adverbes en -ment, pouvant parfois fonctionner aussi comme adverbes de manière
: on veillera à ne pas confondre ces deux emplois : ex. : Il dessine joliment (manière)/ Il s'est
fait joliment gronder ! (degré).

2. Outils lexicaux et stylistiques


Ils ne relèvent pas d'une étude grammaticale à proprement parler ; on se contentera de les
énumérer pour mémoire :
- morphologie : préfixation (sous-développé, surcoté, hyper-gentil)
- prosodie : accent d'insistance, ou détachement des syllabes d'un mot, pour indiquer le haut
degré (for-mi-dable !),
- syntaxe : l'expression du haut degré passe souvent par la modalité exclamative (Qu'il est
aimable!),
- procédés stylistiques : le locuteur peut recourir par exemple, toujours pour l'expression du
haut degré, à des figures de rhétorique (Il n'est pas mal, litote pour II est très bien), ou à des
tours stéréotypés (fier comme un paon, bête à pleurer).