Vous êtes sur la page 1sur 7

L'affaire Julien Assange et Wikileaks : Raison d’Etat dans un monde où la raison est en si

mauvais état.

Olivier Mathieu exprime sa solidarité à M. Julien Assange.

QUELQUES REFLEXIONS RAPIDES SUR « L’AFFAIRE WIKILEAKS »,


ET SUR M. JULIEN ASSANGE (texte mis en ligne le samedi 4 DECEMBRE 2010),

PAR OLIVIER MATHIEU

« Diligite iustitiam, qui iudicatis terram ».


(L’ancien Testament).

« La razón de estado no se ha de oponer al estado de la razón ».


Charles V, empereur (1500-1588).

Je ne connais pas personnellement et n’ai jamais eu le moindre contact avec Julian Assange,
au sujet duquel je ne me hasarde donc pas à porter un jugement (étant donné tous ceux qui, hier et
aujourd’hui, ont porté un jugement par exemple sur moi sans me connaître et sans m’avoir jamais
rencontré, je sais a mes dépens que porter des jugements sur qui l’on ne connaît pas ne porte à rien,
et est complètement vain : ceci est, je crois, du domaine du simple bon sens). « No man can justly
censure or condemn another, because indeed non man can truly knows another », écrivait Th.
Browne, écrivain et aussi médecin anglais (1605-1682). En français : « aucun homme ne peut
vraiment censurer ou condamner un autre, parce qu’aucun homme ne peut vraiment connaître un
autre ».
Héros ou « criminel » ? Je ne me prononce pas. Pourtant, je considère avec une certaine,
disons, « stupeur », le fait que M. Assange soit l’objet d’un mandat d’arrêt de l’Interpol, code
rouge, mandat susceptible d’être effectif dans les quasi 200 pays où Interpol exerce sa puissance. Je
dis « stupeur » parce que, au moment (4 décembre 2010) où je mets ce texte en ligne, les autorités
de Suède l’accusent d’un délit – un délit « sexuel » – qui, non pas selon moi seul mais bel et bien
selon de nombreux observateurs et journalistes, a de bonnes chances de passer, aux yeux de
l’opinion publique, pour un prétexte. Un premier mandat d’arrêt a été lancé AVANT une prise de
position définitive de la Cour Suprême suédoise. Puis un nouveau mandat, parce que le premier
avait un « vice de forme ». Seulement de forme ?
Oui, je considère avec stupeur – le dire fait partie de mon droit à ma liberté d’expression –
qu’Interpol insère Assange parmi les « most wanted ». Supposons même qu’Assange soit coupable
des « délits sexuels » qui lui sont reprochés en Suède : combien de milliers de plaintes de ce genre
ne doivent-elles pas être déposées, à cette heure, dans le monde entier ? Combien de présumés
« violeurs » (présumés, justement, parce qu’ils doivent aussi être présumés innocents jusqu’à une
condamnation définitive, selon le Droit international) sont-ils recherchés par Interpol ? Imaginez
que votre voisine vous accuse, demain, de l’avoir palpée dans un ascenseur. La chose serait
certainement déplorable, mais le fait qu’elle vous accuse ne signifierait pas forcément que vous
l’ayez fait. Et pensez-vous que vous seriez recherché par Interpol ? En vérité, alors, est-ce que l’on
ne cherche pas à arrêter Julian Assange pour « espionnage », délit qui pourrait lui valoir, aux Etats-
Unis (n’est-ce pas la patrie de la liberté d’expression ?), une peine de prison à vie, voire de
condamnation à mort ?!!!!

« Giustizia non esiste là ove non vi è libertà ».


(Luigi Einaudi, homme politique et économiste italien, dans le « Corriere della Sera » du 25
avril 1948).
Je n’avais guère jamais entendu – je l’admets volontiers - parler de Julian Assange, jusqu’à
ces jours derniers. J’ai donc appris, comme tout un chacun, qu’il s’agit d’un homme de moins de 40
ans, et l’un des responsables du site Wikileaks (en anglais, « fuite de nouvelles ») .
S’agit-il, me suis-je demandé, d’une sorte de Robin des Bois de l’informatique, qui, en
quelque sorte, « volerait aux riches pour donner aux pauvres » ?
S’agit-il d’un « Echelon » à l’envers ? (Echelon, pour qui l’ignorerait, est le nom donné à
l’un des systèmes les plus complexes et technologiques de l’espionnage moderne mis en œuvre par
les Etats-Unis et leurs alliés. En d’autres termes, toute communication, tout « email », toute
opération téléphonique ou informatique que vous fassiez, est enregistrée et conservée, probablement
à vie).
Bien sûr, j’ai – semblable en cela à des millions de personnes dans le monde entier – lu ce
qu’ont dit des journaux comme « le Monde », « El Pais », « The Guardian », au sujet des
« révélations » toutes récentes de Wikileaks. Plus que de révélations, il s’agit de « dépêches »,
lesquelles expriment le point de vue pas toujours « officiel », et à usage interne, des ambassades
américaines avec Washington. La révélation de documents de la Cia, du Kgb et de ses successeurs
russes, ou du Mossad, ou d’autres services secrets, aurait été encore plus « explosive ». Ici, en
revanche, il ne s’agit – si je puis dire - « que » de dépêches d’ambassades.
Si j’exclus les choses que l’on savait de longue date (Ahmadinejad serait Hitler, selon
certaines de ces dépêches d’ambassades américaines, comme on l’apprend notamment sur la
couverture du journal allemand « Der Spiegel »), ou ce que j’appellerais des nouvelles de simple
« gossip » (Sarkozy serait considéré par les Américains « un roi nu »), évidemment sans aucune
portée politique et encore moins historique, les faits intéressants sont nombreux.
Par exemple, Madame Hillary Clinton aurait demandé une – employons un terme pudique -
« collecte de renseignements » sur les membres et même sur le président de l’ONU (selon certaines
sources, mais j’ignore s’il faut y croire, les Américains voulaient même les empreintes digitales et
l’adn des membres de l’ONU !!!). Tandis que la Corée aurait fourni à l’Iran des missiles capables
d’atteindre l’Occident voire la France. Laquelle considérerait l’Iran (guillemets citatifs) comme un
« Etat fasciste ».
Est-ce que tout cela justifiait, entre autres, le fait que le site informatique de Wikileaks ait
subi, le soir des révélations, diverses attaques informatiques (appelées, si je ne me trompe,
« Ddos ») qui l’ont rendu inaccessible pour plusieurs heures ? Encore aujourd’hui, n’est-il pas
évident que « quelqu’un » fera bientôt - définitivement – fermer, ou à tout le moins essaiera de
fermer, d’interdire, de censurer, de rendre inaccessible le site de Wikileaks ? Et cela, s’il le faut,
avec la collaboration des plus grands « hackers » au monde ?
Et qu’est-ce que tout cela a à voir, par ailleurs, avec les accusations « sexuelles » portées
contre le responsable de Wikileaks ? Ma foi, il est certain que ledit responsable a atteint à une
célébrité mondiale : encore qu’il reste à voir combien de temps il pourra en jouir, puisqu’il a déclaré
« avoir la Cia aux trousses » (à mon humble avis de profane, le Fbi aussi) et que, par ailleurs, on a
laissé entendre que même le gouvernement australien – le pays, donc, dont il est ressortissant ! -
songerait à lui retirer son passeport. Vous avez aussi dû voir à la télé, come moi, ou lire dans la
presse, l’histoire (la légende ????) du « bunker secret » de Wikileaks, bunker donc j’ignore certes
s’il existe mais dont je pense, s’il existait véritablement, qu’il serait plus rapidement trouvé que le
fameux Osama. Est-ce que la droite américaine ne compare pas déjà Assange à Bin Laden ????
Il ne doit pas être facile d’échapper à un mandat d’arrêt. Encore moins à un mandat de
l’Interpol. Si je ne me trompe, un mandat d’arrêt de ce genre prévoit peut-être « l’isolement total »,
après arrestation. Où cela ? Est-ce qu’on aura(it) même nouvelle, dès lors, d’une telle arrestation ?
Ou alors, Assange finira-t-il à Guantanamo ? Les droits de la défense seront-ils respectés ? Il m’a
semblé comprendre, des paroles d’une pas hilare du tout Madame Hillary Clinton, ministresse de
l’Obama en personne qui l’empêcha de devenir présidente, que le goût affiché par le responsable de
Wikileaks pour la liberté d’expression (une valeur pourtant fondamentale, aux Etats-Unis) n’était
pas exactement le même de celui de l’épouse de l’ex-président Clinton.
Et il reste à voir si les « révélations » de Wikileaks (association déjà en proie à diverses
« scissions », dit-on, mais j’ignore si c’est vrai ou s’il s’agit de propagande) vont continuer (et l’on
dit qu’elles pourraient durer des semaines, voire des mois entiers). Au fait, quelque chose
m’échappe, ici aussi : est-ce que la « grande presse » évoque TOUS les documents secrets révélés
par Wikileaks ? Ou effectue-t-elle un « tri » ? Et selon quels critères ? Qui le saura jamais, si le site
Wikileaks n’existe plus ?
La véritable et peut-être seule question (celle, donc, que personne ne pose) : est-ce que
Wikileaks publierait la plus grande des plus grandes nouvelles (dont il doit forcément - forcément -
y avoir trace quelque part, même si l’on dit que Wikileaks ne posséderait que des dépêches datant
d’après 1966) ? Est-ce que « Le Monde », « El Pais », « Der Spiegel » la répercuteraient, cette
nouvelle-là ? Une nouvelle qu’un personnage comme Julian Assange ne peut pas et ne doit pas, à
mon avis, ignorer.
assa = 119191 ?????????

Je reviens à ma première question. Il est assez plaisant, naturellement, d’imaginer Julian


Assange comme un Robin des Bois des temps modernes. Dans le même temps, peut-on songer
qu’un être seul soit capable de susciter un tel chaos ? Le Ministre des affaires étrangères,
l’onorevole (en italien dans le texte) Frattini, a parlé - carrément - d’un « 11 septembre de la
diplomatie ». Certes, si a = 1, et b = 2, etc, alors Assange commence par a = 1, S = 19, donc : assa =
119191 ! Mais est-ce qu’on peut arrêter quelqu’un parce que son nom, selon le code a = 1, b = 2,
etc, commence par deux fois la date du « 11 – 9 » ??? Vu que le 11 septembre (2001, pour
mémoire) a été suivi de l’invasion de l’Afghanistan, par quoi pourra être suivie, alors, cette affaire
Wikileaks ?…
Pour qui « joue » le responsable de WikiLeaks ? Pour lui-même, en individualiste forcené ?
Par idéalisme, et pour la simple vérité ? Pour la liberté individuelle contre toutes les « raisons
d’Etat » ? Ou faudrait-il porter foi à ceux qui le voudraient jouissant de hautes, très hautes
protections, de financements milliardaires, et de l’appui de services secrets, par exemple chinois ?
Force est de constater que l’appui que lui donnent les plus importants journaux mondiaux (jusques à
quand, d’ailleurs?), y compris chez nous en France « Le Monde », suscite d’autres questions.
Je suis curieux de voir si M. Assange va connaître un sort peu enviable, ou s’il va
« disparaître » pour plusieurs mois, voire POUR TOUJOURS, tandis qu’on dira peut-être qu’il se
trouve dans son - très hypothétique, à mon modeste avis - bunker, que les uns ou les autres
« situent » tantôt en Chine, tantôt en Norvège ou en Suède, tantôt en Islande, et j’en oublie. Ce
bunker, en effet, est-il une invention pure et simple de l’Occident, en d’autres termes une
affabulation née dans les cerveaux des bunkers (bien réels ceux-ci) d’Echelon ? Est-il une fausse
piste lancée, au contraire, par Wikileaks ? Je l’ignore.

Une curiosité personnelle.

Je me demande aussi avec un rien de curiosité (et c’est cela que je demanderais, entre autres,
à M.Assange si j’avais l’heur de le connaître) si l’on trouvera un jour quelque dépêche
d’ambassade, américaine ou autre, du 6 février 1990 et des jours suivants, qui évoque l’émission
« Ciel mon mardi » de ce jour-là. Ma foi, si je considère d’une part (1) que cette émission
« fracassante » (fracassante, j’entends par là, pour ma mâchoire) et, disons, « originale » (ce n’est
pas tous les jours, Dieux merci, qu’on entend et qu’on voit ça à la télé !), fut suivie par environ sept
millions de téléspectateurs « en direct », mais aussi qu’elle fut retransmise dans le monde entier,
parfois sous forme d’extraits et parfois, m’a-t-on dit, intégralement (!) dans les jours suivants, et si
je considère encore (2) la personnalité de certains des participants (invités officiellement, ou pas) à
cette émission, et si je considère enfin (3) certaines dépêches d’ambassades d’ores et déjà diffusées
par Wikileaks, je ne crois pas improbable que quelque dépêche d’ambassade, ou document assimilé,
puisse avoir évoqué cette émission de télé du 6 février 1990. Elle le méritait tout autant, me semble-
t-il, que divers « potins » sans grand intérêt de quelques-unes des dépêches révélées par Wikileaks
et, en tout cas, par la grande presse.

A lire : « La Chambre », nouvelle littéraire d’Olivier Mathieu.

Pour ma très modeste part, j’en profite pour faire noter à qui lit ces lignes (je ne crois pas
que le modeste « site de Robert Pioche » puisse être frappé, lui, par un « Ddos ») que depuis
environ deux ans, se trouve sur Internet une nouvelle littéraire que j’ai écrite, intitulée « La
chambre » (titre original : « La chambre d’hôpital »). Une nouvelle littéraire (qui se trouve
notamment sur le site littéraire suisse du jeune écrivain Daniel Fattore) qui, comme pourront
constater ceux qui la liront, n’était pas sans raconter des événements assez proches de ceux que le
monde entier vit, ces jours-ci (novembre-décembre 2010), avec « l’affaire des révélations de
Wikileaks ».

« Verba animi proferre et vitam inpendere vero »


(Juvénal, poète latin, Satires, IV, 91).

Bien que ne connaissant pas personnellement M. Julian Assange (mais ceux qui manifestent
contre la lapidation de Sakineh, par exemple, ne la connaissent pas non plus
PERSONNELLEMENT, et le fait de ne pas la connaître ne les empêche pas - à juste titre -
d’exprimer leur opinion et leur point de vue), que je ne connaîtrai sans doute jamais (et bien que
n’ayant d’autres sources, au sujet de cette affaire, que la lecture de la presse et d’Internet), c’est
simplement en tant qu’écrivain et en tant aussi que citoyen français, attaché à la liberté d’expression
garantie par la Constitution de ce pays, que j’émets - à titre strictement individuel - le souhait que
M. Assange, comme QUICONQUE d’ailleurs dans le monde entier, ne subisse pas d’injustices,
d’accusations infondées et, naturellement, de traitements anti-démocratiques ou qui contredisent en
quoi que ce soit la liberté d’expression ou la liberté de la « Toile ».
Telle est mon opinion, telle est donc aussi ma façon à moi d’exercer ma liberté d’opinion –
qui est aussi, on le sait, un droit à l’erreur toujours possible.
Jusqu’à présent, j’ai vu dans tout ça, en partie, des potins (les racontars sur les « fêtes » de
Silvio Berlusconi, me dit-on, remplissent depuis des mois les journaux de toute la gauche italienne),
des nouvelles qui circulaient déjà largement dans la presse internationale, ou enfin des choses
(l’absence de consensus du président Sarkozy, ou son mauvais caractère après le divorce d’avec
Cécilia) que même les enfants de maternelle savent. Ou devraient savoir.
Est-ce pour contrer ça que le président Obama (« yes, we can ») a carrément créé, sous la
responsabilité d’un « expert en anti-terrorisme », une « task force » « anti-Wikileaks » ?
Mais en créant une telle task force, est-ce que le président Obama ne risque pas de faire
penser à l’opinion publique mondiale que les Etats-Unis craignent d’autres révélations ? Et le risque
n’est-il pas alors que l’opinion publique mondiale s’imagine (horresco referens) que les Etats-Unis
(patrie, pourtant, du Coca-Cola et de la liberté d’expression, du rock and roll et des Droits de
l’Homme, de l’exportation de la démocratie et de yes we can, de Marilyn et de JFK) auraient des
choses à cacher ? Personne ne pourrait imaginer ça : que les Etats-Unis et Obama (n’était-ce pas
l’apôtre de la transparence ?) aient quelque chose à cacher, ou qu’il y ait une quelconque distance
entre ce que déverse jour et nuit sur le monde la CNN, et la réalité concrète et effective des choses !
Je ne sais pas s’il sera « élu » « homme de l’année 2010 » par un fameux journal américain,
mais Monsieur Assange pourrait bien être, à tout le moins, une sorte de bouc émissaire des
évidentes failles dans la confidentialité des services diplomatiques américains. C’est un grand débat
qui s’est ouvert, indéniablement, celui entre la liberté personnelle des individus et la « raison
d’Etat ».
Est-ce que tout cela fait, réellement, de M. Julian Assange, le nouveau Osama, l’ennemi
public numéro 1, le responsable du « 11 septembre de la diplomatie » (le 11 septembre, vraiment,
ou le 1er avril ?) et de tous les maux du monde ?

« Il est interdit d’interdire » !


Vieux slogan de 1968, d’éternelle actualité et d’éternel bon sens.

Et, encore une fois, que fait-on de la liberté d’expression et, en particulier, de la liberté d’un
outil de communication, Internet, que M. Assange n’a d’ailleurs pas inventé, mais qu’il se borne à
employer ? J’entends par là : que devient la liberté du « web » dès lors que des Etats, quels qu’ils
soient, ou des organisations étatiques, ou des polices, ferment ou attaquent des sites – quels qu’ils
soient ? Où est la différence entre la task force « anti-Wikileaks » d’Obama, et la fermeture que
l’Etat iranien aurait imposée à divers sites (ou au réseau téléphonique mobile) pendant les
manifestations anti-gouvernementales à Téhéran ? Où est la différence entre la task force « anti-
Wikileaks » d’Obama et les attaques portées, dit-on, par le gouvernement chinois à Google ? Pour
ma part, je suis contraire par principe à toute censure, à toute fermeture de quelque site, quel qu’il
soit, y compris les sites qui ne pensent pas comme moi. Si je ne partage pas l’opinion, ou la
tendance, ou les « mœurs » de quelque site que ce soit, rien ne m’oblige à les visiter ! Mais il est ou
au moins il me semble aberrant d’interdire, au nom de la liberté, quelque expression que ce soit.
Parce que, comme il était exposé à juste titre à la Foire du Livre de je ne sais plus trop quelle
capitale européenne, en je ne sais plus trop quelle année, « la liberté d’expression est
inconditionnelle, ou elle n’est pas ».
Est-ce sa faute si M. Julian Assange a pris (trop ?) à la lettre les fameux slogans sur
Internet, « outil de partage du savoir » ?
On le dit parfois « fugitif ». Or, dans le même temps, tous les plus grands services secrets du
monde savent certainement et parfaitement où il se trouve. En Angleterre, dit la presse
internationale, et plus exactement dans le Sud-Est de ce pays, depuis le mois d’octobre 2010
(toujours selon la presse). M’est avis donc qu’il ne se cache pas particulièrement (sinon pour se
protéger, et que peut vraiment faire d’autre un homme qui se professe innocent des crimes qui lui
sont reprochés ?), et que son adresse est parfaitement connue, ses téléphones et ses ordinateurs sous
contrôle. Et les satellites pourraient bien être actifs, eux aussi, depuis l’espace.
Bref, il pourrait être arrêté dans les jours ou les heures qui suivent. Est-ce, dès lors, ce qu’il
souhaite lui-même ? Ou a-t-il été incapable de se dissoudre dans le néant de la clandestinité, par
exemple comme Osama ?… Le monde entier observera, c’est certain, ce qui se produira (ses
avocats, et l’on se réjouit pour Assange qu’il ait des avocats, car il fut sans doute dans l’histoire des
« fugitifs » privés, quant à eux, d’avocats) annoncent qu’ils feront recours contre une extradition en
Suède), mais lui-même a dit qu’il craint pour sa vie.
Mais alors, s’il avait un « bunker » à sa disposition ?…
Certes, voilà une histoire où règne la plus grande confusion, et une sacrée « chasse à
l’homme » qui nous ramène un peu - ou nous maintient - dans l’ère du western, de la Conquête de
l’Ouest, du « wanted » et de Lucky Luke.
Si - et seulement si - Assange est un individu solitaire, et un véritable idéaliste, un rebelle
authentique et désintéressé, et aussi parce que ma propre nature m’a toujours porté à prendre la
défense du faible contre les forts, et de l’individu isolé contre la masse (et enfin parce que j’ai
perçu, dans les paroles de sa mère, toute l’angoisse d’une maman dépassée par les événements), je
lui adresse ici, par ces lignes – de ma propre initiative - l’expression de ma solidarité humaine et
intellectuelle. Qui sait s’il lira jamais ce petit texte de moi ?
Parce que tout homme imputé de quelque crime que ce soit est à considérer juridiquement
innocent au moins jusqu’à ce qu’il ait été condamné, et parce qu’il m’échappe complètement - étant
donné les contradictions apparentes et les revirements de la magistrature suédoise - comment et
pourquoi Julian Assange se serait rendu coupable d’un « viol » (d’un viol de DEUX femmes ? ne
sont-ce pas, en effet, DEUX femmes qui ont porté plainte contre lui ?)…
J’essaye de me représenter – cela pourrait être, au fait, un excellent roman – ce que peut
penser, aujourd’hui, Julian Assange.
Il n’arrivera jamais à la plupart des êtres humains, certes, de se trouver accusés, par la presse
d’un pays, voire par la presse d’un grand nombre pour ne pas dire de tous les pays, de se trouver
accusé - par exemple - de « terrorisme ».
Ma foi, remarquez, en janvier 1990, un journal français (que je ne citerai pas ici) avait
annoncé, tout bonnement, mon « arrestation » pour « terrorisme ». Diantre ! J’avais été arrêté « à
Paris », précisait - aimablement - ce journal… Le problème était quand même que je n’avais pas été
arrêté, que ce soit à Paris ou ailleurs, et que, d’ailleurs, ce jour-là, je ne me trouvais pas même à
Paris, mais à plusieurs centaines de kilomètres de là. Dès le lendemain, ou le surlendemain, le
même journal publia mon droit de réponse et « s’excusa ». Il n’en reste pas moins que pour qui
avait lu seulement le premier article, et pas mon droit de réponse, un « grand » ( ???) journal avait
donc publié N’IMPORTE QUOI, à savoir que j’aurais été « arrêté pour terrorisme »…
Ma foi, je me souviens quand même que, le 6 février 1990, un des invités d’une émission de
télévision m’accusa d’être un « terroriste », délit pour lequel je n’ai naturellement jamais été ni
condamné, ni inculpé. Mais, si les mots ont un sens, je fus affublé de cette accusation, qui était ainsi
lancée dans l’opinion publique : « terroriste » ! Ma foi, être accusé ainsi devant six ou sept millions
de téléspectateurs, et sans aucune possibilité de répliquer, n’est guère agréable. Je ne peux pas
complètement mettre en parallèle cette expérience, que j’ai vécue, avec l’aventure de Julian
Assange. Si vous avez lu le « Journal » de Nabe, vous y avez lu la phrase : « Olivier Mathieu a
détroné Nabe ». Et à ce compte-là, on pourrait ajouter, aujourd’hui : « Assange a détrôné Olivier
Mathieu ».
Et puis, tiens, en 1991, en octobre 1991 pour être exact, il y eut des dizaines de journaux,
dans un grand pays d’un autre continent, pour me donner du « terroriste » dans des dizaines
d’articles. Ils me reprochaient d’avoir été lié à des faits délictueux qui s’étaient produits dans ce
pays en octobre 1991. Le problème, c’était que j’avais quitté ce pays au mois d’août précédent, la
même année. Le problème, aussi, était que mes présumés « complices » (sic), c’est-à-dire ceux qui
voulaient me faire passer pour leur « chef », une fois devant les juges, furent interrogés (leurs
interrogatoires se trouvent, sur Internet, sur le site du ministère de la justice de ce pays),
interrogatoires qui permirent de constater qu’ils ignoraient jusqu’à mon nom de famille. Comment ?
J’étais le « cerveau » (sic) de je ne sais quoi, et mes « complices » - des complices qui entendaient
m’acuser, moi, pour se disculper, eux - ignoraient mon nom ? La seule preuve du fait que je fusse –
selon eux – leur « chef » consistait dans une lettre que je leur avais écrite, datant d’avant les faits
qui leur étaient reprochés, et où je disais que je ne voulais plus entendre parler d’eux. Je m’adressai
en outre aux autorités de ce pays, en proposant de me justifier, devant la justice, des accusations
littéralement aberrantes que me portait la presse - et la presse seule. La réponse que me firent les
autorités judiciaires de ce pays fut que personne ne songeait ni à m’inculper, ni même à m’entendre
dans une affaire avec laquelle je n’avais évidemment (sauf selon les fantasmes de la presse) rien à
voir.
Il n’en reste donc pas moins que je sais, dans ma toute petite expérience (toute petite par
rapport à celle de M. Assange !!!), ce que c’est que d’être accusé de tout (et du contraire de tout) par
la presse, ou que d’être traité de « terroriste » tantôt par l’invité d’une émission de télé, tantôt par un
seul organe de presse, tantôt par toute la presse d’un pays déterminé.

Je le sais, et tout le monde, en revanche, n’a pas idée de ce que l’on peut alors penser en son
for intérieur. C’est là ce qui me permet de supposer que je peux au moins imaginer, et cela un tout
petit mieux que pas mal de gens, ce que vit actuellement Assange dans sa conscience d’homme « le
plus recherché au monde ».
Et donc, ma toute humble expérience me pousse à imaginer ce que l’on doit ressentir en
étant accusé d’être un « violeur ». Assange, violeur ? Double violeur ? Qu’il me soit simplement
permis de suspendre mon propre jugement…

« Los genios son los que dicen mucho antes lo que se va a decir mucho después ».
(R. Gomez de la Serna, écrivain espagnol, 1891-1963).

Voilà donc les modestes raisons de mon soutien à M. Julian Assange. Je sais en effet, par
expérience, que le fait que quelque chose soit imprimé dans la presse ne signifie rien, en soi.
Je conclurai en disant qu’est un pleutre celui qui ne prend pas la défense d’un homme seul,
dès lors que cet homme - j’insiste : tout homme, quel qu’il soit, et, dans ce cas, Julian Assange - se
heurte à des puissances immenses à un contre mille, et qu’il se bat, fût-ce comme Don Quichotte,
contre les « moulins à vent ». Ecoutons Miguel de Cervantes (qui, mais seulement jusqu’à plus
ample informé, a fait davantage pour l’humanité qu’Obama, son élégante épouse et leurs deux
charmantes fillettes) : « Por la liberdad, asi como per la honra, se puede y se debe aventurar la
vida ».

Post scriptum : je n’ai jamais violé personne.

Olivier Mathieu, écrivain (texte mis en ligne sur scribd le 4 décembre 2010, et dont il sera
intéressant de voir s’il restera en ligne).