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juillet-août 2010

Cahier spécial – Ne peut être vendu séparément

Inventons
notre futur
ÉDITO

Expérimenter
les futurs possibles
es défis de l’énergie et du change- les verrous de ces technologies innovantes,

L ment climatique imposent une


profonde mutation de nos sociétés.
Il nous faut changer nos modes de vie
bien trop énergivores pour satisfaire
les besoins de 9 milliards d’habitants,
valider leur faisabilité et leurs performances
en visant une commercialisation d’ici
à 2020.

Il s’agit ainsi d’expérimenter ce que seront


jacques le goff

population prévue en 2050, changer nos les bâtiments du futur qui devront être
modes de production et nos habitudes à « énergie positive », c’est-à-dire très
de consommation. Nous pouvons bien sûr performants et consommant globalement
Philippe Van De Maele d’ores et déjà modifier nos comportements. moins d’énergie qu’ils n’en produiront
Président de l’Ademe Néanmoins, il nous faut également grâce aux énergies renouvelables. Mais aussi
transformer notre système technique d’expérimenter de nouveaux systèmes et
et inventer de nouvelles organisations services de mobilité pour une ville durable,
pour les villes et les territoires. de nouveaux véhicules, de nouvelles sources
Le Grenelle de l’environnement a permis d’énergie issues de la mer, du Soleil,
un large consensus entre tous les acteurs du vent, de la biomasse, etc.
de la société pour fixer les orientations
préparer le long et identifier les pistes de recherche, Pour chaque thématique, avec un panel
terme suppose afin de parvenir à un monde plus varié d’experts, l’Ademe définit une feuille
d’explorer respectueux de notre environnement de route afin d’identifier les déploiements
la faisabilité et des ressources épuisables. Le développe- possibles et les verrous, si possible dans
de nombreuses ment des recherches sur toutes les options une perspective de long terme (2050).
technologies visant à réduire nos consommations Depuis deux ans, l’Agence s’est engagée
qui sont encore d’énergie, à mieux exploiter les énergies sur ce programme à grande échelle,
dans les renouvelables et à limiter les émissions et l’intérêt porté par les chercheurs
laboratoires. de gaz à effet de serre figure parmi et les entreprises à ces expérimentations
les premières priorités. a permis d’ores et déjà de sélectionner
notamment une trentaine de démonstra-
Préparer le long terme suppose d’explorer teurs de véhicules, de solutions de captage
la faisabilité de nombreuses technologies et de stockage du CO2, d’énergies des mers,
qui sont encore dans les laboratoires. de biocarburants de seconde génération.
L’Ademe est notamment chargée de la mise
en œuvre de ces expérimentations. L’Agence Le partenariat avec La Recherche au travers
a été dotée d’un fonds de 325 millions de ce numéro spécial nous permet
d’euros sur quatre ans pour aider à de partager ces initiatives avec le plus grand
la réalisation de « démonstrateurs nombre de lecteurs. C’est essentiel
de recherche », technologies testées au stade car ces innovations ne se déploieront
expérimental entre la phase de recherche que si elles répondent à nos besoins et
et l’industrialisation. Objectifs : vaincre que les citoyens se les approprient.

photo de couverture :
richard bouhet/afp creative/ph

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 3


SOMMAIRE
Le cahier 2 de La Recherche
ne peut être vendu séparément
du cahier 1 (LR N° 443).
Le cahier spécial du magazine
« La Recherche » a été élaboré
les hommes les ressources avec le concours de l’Ademe.
Sophia Publications
74, avenue du Maine – 75014
Peut-on avoir confiance dans repères Paris. Tél. : 01 44 10 10 10
e-mail rédaction :
la technologie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Les promesses des renouvelables . . 18 courrier@larecherche.fr
L’innovation technologique doit Pour joindre directement par
téléphone un membre de la
se faire dans la concertation. énergie solaire rédaction, composez le 01 44 10,
suivi des quatre chiffres placés
après son nom.
Abonnements, anciens numéros,
reliures
la ville abo.recherche@groupe-gli.com
La Recherche Service
Abonnement
repères 22, rue René Boulanger, 75472
Paris Cedex 10
Des solutions pour un urbanisme Tarif France : 1 an 11 nurméros,
59,00 €,
durable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 1 an 11 nos + 4 hors-série, 79,50 €.
Tarif international : nous
contacter.
transports Directrice de la rédaction :
Aline Richard
Vers une offre globale de mobilité . . 10 Directeur scientifique :
Les véhicules de demain devront Jean-Michel Ghidaglia
Comment profiter du Soleil ? . . . . . . . . . 20 Rédactrice en chef adjointe
s’adapter à la diversité des besoins. du cahier 2 : Isabelle Bellin
L’électricité solaire décolle à nouveau. Directeur artistique du cahier 2:
urbanisme Technologiquement, tout reste possible. Alain de Pommereau/Édido
Iconographie du cahier 2 :
Xavier Lucas/Édido
« Le métabolisme urbain Chef de projet édition du
est à revoir» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 énergie marine cahier 2 : Dominique
Friocourt/Édido
Exploiter les forces de la mer ........ 22 Fabrication : Christophe
De nouveaux plans de déplacement Perrusson (13 78)
sont nécessaires pour favoriser Vents, courants, vagues… Les filières Directrice commerciale publicité
les modes doux. interview prometteuses d’une énergie durable. et hors média :
Caroline Nourry (13 96)
Chef de projet partenariats :
bâtiments biomasse Stéphanie Jullien (54 55)
« Une gestion des terres de plus Publicité
Responsable clientèle :
en plus complexe » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Antoine Faure (12 57)
Marketing direct et abonnements
Les surfaces cultivables sont limitées Directrice : Virginie Marliac
(54 49)
mais leur usage s’amplifie. interview Responsable gestion des
abonnés : Isabelle Parez (13 60)
Chargée du marketing :
biocarburants Estelle Castillo (54 51)
L’ère des bioraffineries . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 Ventes au numéro
Directrice : Evelyne Miont (13 80)
Ces usines nouvelles utiliseraient la Responsable Internet :
Jean-Brice Ouvrier (54 52)
plante entière comme matière première. Directeur administratif et
financier : Dounia Ammor (13 73)
Comptabilité : Marie-Françoise
stockage de co2 Chotard (13 43)
La Recherche est publiée par
Des constructions productrices Enfouir ce gaz encombrant . . . . . . . . . . . . 26 Sophia Publications, filiale de
Financière Tallandier.
d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Confiner le CO2 en sous-sol pour agir Président-directeur général
Bâtir des édifices sobres, réhabiliter sur le réchauffement climatique ? et Directeur de la publication :
Philippe Clerget
le parc ancien : le bâtiment permet Les titres, les intertitres, les textes
beaucoup d’économies d’énergie. smart grid de présentation et les légendes sont
établis par la rédaction. La loi du 11 mars
« Il faut adapter nos réseaux 1957 interdit les copies ou reproductions
destinées à une utilisation collective.
air électriques » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Toute représentation ou reproduction
intégrale ou partielle faite sans le
La pollution est aussi à l’intérieur .. 16 Le développement de réseaux consentement de l’auteur, ou de ses
ayants droit ou ayants cause, est illicite
(article L.122-4 du Code de propriété
Nos logements produisent un cocktail intelligents, une priorité. interview intellectuelle). Toute copie doit avoir
l’accord du Centre français du droit
d’émanations nuisibles pour la santé. de copie (CFC, 20, rue des Grands-
Augustins, 75006 Paris. Tél. : 01 44 07
47 70. Fax : 01 46 34 67 19). L’éditeur

sols L’AVENIR s’autorise à refuser toute insertion qui


semblerait contraire aux intérêts moraux
ou matériels de la publication.
Terrains surveillés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 Se préparer à l’horizon 2050 ......... 30 Cahier 2 de La Recherche – Commission
paritaire : 0909 K85863 ISSN 0029-5671
Les sols sont fragiles. Leur protection Les pistes technologiques pour Imprimerie Canale, Via Liguria 24, 10071
Borgaro, Torino (Italie). Dépôt légal à
et leur remise en état sont cruciales. répondre aux enjeux de demain. parution.
© 2010 SOPHIA PUBLICATIONS.
IMPRIMÉ EN ITALIE. PRINTED IN ITALY

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les hommes

Peut-on avoir
confiance
dans la
technologie?
L’innovation scientifique
porte par essence son lot
de risques, plus ou moins
bien évalués. Pourquoi
certains sont-ils mis
en exergue, d’autres ignorés?
Leur perception serait-elle
de plus en plus paradoxale,
subjective, individuelle?
david grubbs/ap/sipa

ouvrage d’Ulrich Beck La Société du aux conséquences potentiellement considéra- s Des technologies

L’ risque » (1) a un quart de siècle. Publié


pour la première fois en 1986, il a
aujourd’hui un caractère prophétique
car, pour la première fois, un sociologue défi-
bles : c’est le cas, bien entendu, de l’usage de
l’énergie nucléaire civile pour lequel l’accident
de Tchernobyl (26 avril 1986) a donné un
exemple dramatique. Mais ce sont aussi les
paraissant bénéficer
d’une image très
positive suscitent
aujourd’hui la
polémique. Tel est
notamment le cas
nissait le risque comme le trait saillant des questions posées par de nouvelles technolo- de l’éolienne.
sociétés modernes. Pourtant, l’idée de caracté- gies dont l’évaluation en termes de risques fait
riser notre monde par la notion de risque l’objet de controverses sociales, probablement
paraissait a priori paradoxale : les acquis des déroutantes pour le consommateur et le
sciences et des techniques n’ont-ils pas rendu citoyen (OGM, nanotechnologies, etc.).
notre monde plus sûr ? Ne vivons-nous pas La capacité et la volonté de nos gouvernants à
dans des sociétés au sein desquelles l’espé- gérer les risques constituent d’autres motifs
rance de vie ne cesse de progresser ? Sans d’inquiétude au sein de nos sociétés. Sans
doute, mais plusieurs éléments viennent doute le devoir d’assurer la sûreté publique
aujourd’hui conforter les thèses d’Ulrich Beck. est-il une fonction assumée précocement par
C’est d’abord que le risque ne s’évalue pas seu- les États modernes. Pourtant, cette fonction
lement à sa probabilité de réalisation mais régalienne est aujourd’hui mise en question
aussi, et de manière indissociable, à l’ampleur pour deux raisons : c’est d’abord que la com-
des dommages qui seraient causés s’il adve- plexité de l’évaluation et de la gestion du (1) La Société du risque :
sur la voie d’une autre
nait qu’il se réalise. Or bien des technologies risque est devenue considérable. Le récent modernité, Flammarion,
paraissent aujourd’hui porteuses de risques « principe de précaution » propose un cadre 2008.

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les hommes
de conduite très général, mais il ne donne pas titutions ou des personnes nous évite d’avoir
de recettes très précises à l’usage des gouver- à vérifier au cas par cas que nous ne risquons
nants dans des situations concrètes d’incerti- pas d’être trompés. Mais aujourd’hui, en qui
tude : doit-on par principe refuser toute cul- avoir confiance dans ce domaine puisque les
ture de plantes génétiquement modifiées ? évaluations proviennent de sources variées et
Est-il raisonnable d’étiqueter tout produit souvent divergentes et que le soupçon de
incluant l‘usage de nanotechnologies ? La connivence avec des intérêts matériels est
multiplicité des expertises et leurs conclu- presque toujours sous-jacent ?
sions souvent contradictoires placent aujour- Cette perte de confiance reflète les doutes nés
d’hui les gouvernants dans des situations de de la gestion des crises scientifiques ou tech-
dilemmes qui les conduisent parfois à surréa- niques des vingt dernières années : sang
gir pour éviter de se trouver mis en accusation contaminé, vache folle, OGM et, plus récem-
pour défaut de précaution. La récente mise en ment, nanotechnologies. Le mythe scienti-
cause de la gestion par le gouvernement de la fique – l’image d’une science universelle et
grippe A donne un exemple frappant des dif- désintéressée – a souffert du soupçon de
ficultés auxquelles sont aujourd’hui confron- connivence avec les intérêts matériels. La
tés les gouvernants en matière de gestion du science, en tant que telle, demeure une valeur
risque : le risque lié à la grippe A a-t-il été cor- sociale reconnue, mais on souhaite plus qu’au-
rectement évalué ? Le vaccin lui-même pré- trefois qu’elle fasse l’objet d’un contrôle social. s Le public n’exige
sans doute pas le risque
sentait-il par nature des risques ? Enfin, peut- Doit-on conclure de cette situation nouvelle zéro. En témoigne
on soupçonner que des intérêts financiers que le public exige aujourd’hui le risque zéro l’usage généralisé
soient intervenus dans le processus de déci- en matière d’innovation scientifique ou tech- du mobile, malgré les
nombreuses alertes
sion et, plus précisément, que les firmes phar- nique ? Sans doute pas si l’on en juge par l’uti- dont il a fait l’objet.
maceutiques qui ont fabriqué le vaccin aient lisation qui est faite de nombreuses technolo-
contribué à exagérer l’évaluation du risque de gies nouvelles. L’exemple du téléphone mobile t La mobilisation
la grippe A pour bénéficier des commandes est ici particulièrement éclairant. Au cours des anti-OGM reflète bien
de vaccin ? dix dernières années, son usage s’est généra- les doutes nés
de la gestion des
Au-delà du cas d’espèce, cette affaire démon- lisé, malgré son coût assez élevé. Or plusieurs crises scientifiques
tre aussi à quel point un élément clé, celui que alertes ont été lancées ces dernières années sur précédentes.
constituait la notion de confiance, s’est
aujourd’hui délité. Ici, comme dans d’autres
exemples, le défaut de confiance du public
porte sur deux éléments : le jugement de
capacité et le soupçon de connivence avec des
intérêts privés. En d’autres termes, les doutes
du public portent d’abord sur la capacité des
experts à dresser un bilan bénéfice/risque
convaincant et en second lieu sur l’indépen-
dance de ces mêmes experts vis-à-vis des lob-
bies industriels.

perception de la confiance. La remise en


cause du mécanisme de la confiance est dé-
sormais au cœur du renouvellement de la pro-
blématique du risque. Avoir confiance en ceux
qui évaluaient le risque était une façon écono-
mique de porter des jugements sur des objets
scientifiques ou techniques complexes. La
confiance est en effet pour les sociologues (2)
« un mécanisme de réduction de la complexité
sociale » : avoir confiance a priori dans des ins-

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écologiste. Sans doute, mais des associations
de riverains font désormais valoir que ces
implantations portent atteinte aux paysages,
qu’elles impliquent un dommage lié au bruit
de fonctionnement, et qu’elles génèrent peut-
être d’autres risques dont témoignent
aujourd’hui des plaignants qui s’estiment
malades de la présence dans leur voisinage
d’un champ d’éoliennes. Là encore, ce n’est
pas le niveau « objectif » du risque qui compte
– à supposer que cette notion ait un sens –,
mais le calcul que font les riverains entre leur
propre risque et leur propre bénéfice.

débat public. On objectera que l’échec de

photos : dr
ces implantations tient aussi au manque de
concertation préalable. On sait en effet
aujourd’hui que le modèle traditionnel « Déci-
les risques induits par son utilisation. Crédibles der, annoncer, défendre » (un équipement,
ou non, ces alertes auraient dû générer des une installation industrielle, etc.) ne fonc-
controverses et des mouvements de rejet de tionne plus face à une société qui a considé-
chacun d’entre son utilisation, ou a minima une généralisation rablement évolué dans ses structures sociales
nous élabore de l’usage de l’oreillette qui, sans écarter tout et culturelles. Bien souvent, les opérateurs ont
sa propre danger, éloigne le signal du cerveau de l’utili- à convaincre non une société rurale, mal
équation sateur. Il n’en a rien été, et la controverse qui armée culturellement, mais une société com-
risque/bénéfice s’est développée concerne non le téléphone lui- posite où les néo-ruraux, actifs ou retraités,
en choisissant même mais les antennes qui transmettent le forment la trame experte d’une opposition
des modes de vie signal dont les implantations sont souvent résolue aux projets industriels. Dans cette
plus ou moins contestées par des riverains. La sociologie de la nouvelle situation, le suivi de bonnes pra-
risqués pour perception du risque qui s’est développée ces tiques de concertation est crucial. On en
des bénéfices dernières années (3) explique parfaitement ce connait à peu près les règles (4) : en amont de
plus ou moins paradoxe : on craint d’autant plus un risque la décision, rechercher la participation de
valorisés. qu’il vous est imposé sans concertation préala- toutes les parties prenantes, les convier à un
ble (l’antenne dans le voisinage), alors que l’on débat ouvert et transparent, leur fournir les
s’accommode aisément de celui qu’on a soi- possibilités d’accéder à l’information tech-
même choisi (le téléphone). Plus précisément, nique, voire de produire leur propre expertise
on peut généraliser cette proposition en faisant contradictoire, etc. Depuis une vingtaine d’an-
l’hypothèse que chacun d’entre nous élabore nées, ces pratiques ont été peu à peu expéri-
pour son compte sa propre équation mentées puis instituées en France, notam-
(2) Niklas Luhmann,
La Confiance. risque/bénéfice en « choisissant » des modes ment avec la création et la montée en
Un mécanisme de réduction de vie plus ou moins risqués pour des béné- puissance de la Commission nationale du
de la complexité sociale,
Economica, 2005.
fiques plus ou moins valorisés. Du fait de cette débat public (5) (CNDP). Pas plus qu’elle ne
(3) Daniel Boy, Pourquoi
individualisation de la notion de risque, des refuse par principe le risque, la société ne
avons-nous peur de la technologies qui paraissaient il y a peu bénéfi- rejette toute implantation d’équipement. Mais
technologie ? Presses de cier d’une image particulièrement positive sont elle demande à ce que lui soit reconnu le droit
Sciences Po, 2007.
aujourd’hui remises en question. C’est par de débattre à travers une procédure réglée et
(4) Michel Callon, Pierre
Lascoumes,Yannick Barthe, exemple le cas des implantations d’éoliennes. du fond (l’opportunité) et de la forme du pro-
Agir dans un monde Fournissant une énergie renouvelable, ne pré- jet (ses modalités de réalisation).
incertain : essai sur la
démocratie technique, sentant pas a priori de risque majeur pour le daniel boy
Seuil, 2001. voisinage, les éoliennes semblaient représen- Directeur de recherche au Centre d’étude
(5) www.debatpublic.fr ter un mode de production proche de l’idéal de la vie politique française (Cévipof )

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la ville REPÈRES
Des solutions pour un urbanis
En France, en 2008, bâtiments et transports ont consommé les troi
de 64 % des émissions de CO2. Ces deux secteurs doivent impérati

Maîtriser les bâtiments énergivores


Bâtiment à énergie Bâtiment ancien
positive Objectif Réglementation Étiquette énergie En kWh/m2/an
bâtiments bâtiments neufs d’énergie primaire Construits avant
Parfaitement isolé existants 1975, ils sont
2020 <0 A+ Bâtiment à énergie positive
avec des doubles ou particulièrement
triples vitrages, des
2012 ≤ 50 A Bât. basse consommation énergivores. Ils
isolants performants et 2020 51 à 90 B Bât. à très haute perfor- représentent environ
une ventilation double 2012 91 à 150 C mance énergétique 60 % du parc.
flux (l’air sortant 2005 151 à 230 D Bâtiment récent Objectif : améliorer
préchauffe l’air entrant), l’isolation et
il n’a presque plus 231 à 330 E la ventilation.
besoin de chauffage. 331 à 450 F
Équipé notamment de Avant 1975 > 450 G Bât. ancien
panneaux solaires
photovoltaïques et de
capteurs thermiques, il tous les bâtiments (chaudières à conden- Bâtiment récent
produit en un an plus neufs devront être à sation, pompes à
d’énergie qu’il n’en énergie positive. chaleur). Un bâtiment Construits selon
consomme. En 2020, neuf consomme la réglementation
Bâtiment basse 50 kWh/m2/an, une thermique RT 2005, ils
consommation (BBC) rénovation, entre 80 et consomment entre 80
100 kWh/m2/an. Début et 250 kWh/m2/an en
Bien isolé, il 2010, 700 bâtiments majorité pour le
bénéficie de moyens chauffage, et sont
dr

démonstrateurs,
de chauffage 148 logements et un encore mal isolés. Maison Phénix BBC.
très perfor - bâtiment tertiaire
mants étaient labellisés BBC.
Consommation d’énergie par usage
En Mtep, 2007
Bâtiment à très 30
haute performance La consommation annuelle
énergétique (THPE) est passée de 56 Mtep en 1973
à 69 Mtep en 2008.
Ce label français 20
atteste une consomma- Chauffage
Eau Électricité
tion inférieure d’au chaude spécifique
moins 20 % par rapport 10 Sanitaire Éclairage,
à la réglementation et cuisson informatique…
thermique de 2005 résidentiel
Immeuble à énergie positive à Montpellier. (RT 2005).
0 tertiaire
dr

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‹ La consommation
des bâtiments est
évoquée en kilowatt-
heure par mètre
carré et par an :

me durable kWh/m2/an
‹ La consommation
d’un secteur est
exprimée en million
s quarts de l’énergie et ont été responsables de tonnes d’équiva -
lent pétrole : Mtep
vement progresser.

Diversifier les modes de transport

er
ages serv
Privilégier la mobilité urbaine

./urba im
La ville durable n’est Les transports
plus le terrain de jeu collectifs et les

jaffre j.c
exclusif de la voiture. modes doux
Se déplacer autrement doivent reprendre
est devenu un enjeu leurs droits. Des doivent être mises
essentiel en ville. solutions alternatives, en œuvre. Des services
Toute la planification comme des véhicules adaptés doivent être
Le tramway
urbaine est à revoir. hybrides et électriques, développés.
de Bordeaux.
Consommation
dr

d’énergie
par mode En aménageant la ville En valorisant tous les transports
En pourcentage, 2008
w Une logique territo - w Des équipements Modes motorisés
En France, le trans- riale de déplacement électroniques qui w Véhicules individuels :
port routier domine urbain renseignent l’usager voiture plus simple,
largement : dépen- w Un réseau de (position, modes de plus petite, plus légère,
dant toujours à plus transport en commun transport disponibles moins consommatrice, dr
de 98 % du pétrole, interconnecté à proximité, horaires, voiture hybride (moteur
Modes doux
il est responsable w Des voies réservées tarifs, etc.) thermique et élec-
w La marche, le vélo,
de plus de 90 % cyclables, bus, w Des parking-relais trique) ; voiture élec-
le roller
des émissions tramway, voitures pour distribuer trique, taxi collectif
de CO2 nationales. w Des véhicules urbains les marchandises w Transports collectifs :
Et la part de la voi - en libre-service aux magasins tramway, bus et
ture continue w Des services d’auto- minibus, train, métro,
d’augmenter. partage, de covoiturage Station de recharge navette fluviale
w Des lieux de station - de batterie électrique.
Oléoducs
nement (voitures,
Fer 0,2 % vélos) près des
dr

Aérien 1,7 % transports publics Le Vélo’v de Lyon.


13,2 % w De nombreux lieux
Maritime de recharge de batte -
fluvial ries (domicile, parking,
4,8 % gares, hôtels, etc.) marion sabourdy
better place

Avec Daniel Clément,


Route directeur scientifique
80,1 % adjoint à l’Ademe

Sources : Ademe, SOeS, IFP, Ceren, Eurostat, IEA, EEA, association Effinergie.

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 9


TRANSPORTS
la ville

Vers une offre


globale
de mobilité
À quoi ressembleront les véhicules
de demain? Électriques ou hybrides,
la question n’est pas tant celle du carburant
que du modèle d’affaires et des stratégies
d’usage. Révolution en cours.

t Voiture n nous promettait des véhicules élec- l’Ademe et auteur du blog Les Transports du
électrique Daimler
à l’exposition Ever,
à Monaco,
en mars 2010. O triques dès les années 1960. Plus de
quarante ans plus tard, à quelques per-
cées récentes près, la voiture électrique
est loin d’avoir envahi notre quotidien. La faute
aux batteries trop lourdes, trop chères, peu
futur (1) : « Le verrou n’est pas technologique.
On prend le problème à l’envers. On le centre
sur : quelle sera la solution d’avenir entre élec-
trique, hybride rechargeable ou hydrogène ?
Alors qu’en matière de transports c’est tout le
(1) http://transportsdufutur. autonomes, trop longues à recharger, aux système d’exploitation qu’il faut changer ! »
typepad.fr infrastructures de charge largement insuffi-
santes, aux modèles économiques un autre paradigme. Pour l’instant, notre
encore à inventer… Alors, à défaut mobilité est essentiellement conçue à partir
de saut technologique, condamné d’un fonctionnement unimodal (le métro ou
le véhicule électrique ? la voiture, par exemple) et basée sur la pos-
Pas forcément. À condition de session d’objets (les véhicules). Or, avec l’avè-
poser les bonnes questions, nement des véhicules à bas coût, les modèles
répond Gabriel Plassat, électriques ou hybrides, généralement à plus
chargé de la prospective de 30 000 euros, sont hors jeu. Même pour
sur les transports et les plus enthousiastes !
les mobilités à Et si l’on passait à un autre paradigme ? Si
l’offre était celle non plus d’objets véhicules,
mais de mobilité ? Une flotte de véhicules
électriques partagée deviendrait dès lors
concurrentielle en termes de prix au kilomè-
tre. « C’est donc en fonction des usages que se
déclinera le panel de solutions techniques envi-
sageables », poursuit l’expert.
On voit déjà se dessiner ces nouveaux modèles
de parcs partagés, tel celui développé par la
fourmy mario/sipa/1003261724

start-up israélienne Better Place qui, en


novembre 2009, a commandé à Renault
100 000 voitures électriques, roulant à
110 km/h et d’une autonomie de 170 km. Elle
déploie avec la ville de Jérusalem un réseau
de bornes de charge (en trois heures) sur la

10 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


mation, par exemple), qui s’intéressent au sec-
teur des transports. Néanmoins, beaucoup
reste à développer. Gabriel Plassat plaide pour
une « mobilité pensée » avec un haut degré
d’interopérabilité, intégrant la « nature des
véhicules urbains déployés et leurs relations avec
les systèmes de transports existants ». Cela néces-
sitera des acteurs travaillant en multimodal et
des autorités régionales de régulation des sys-
tèmes de transports.

investir. Comment s’y retrouver ? Le four-


nisseur de système informatique Cisco a éla-
boré un assistant personnel de mobilité (PTA

sipa-press
en anglais). Ce dernier est déjà opérationnel
à Séoul, célèbre pour ses embouteillages
monstres. Il indique pour chaque déplace-
ment le trajet le plus rapide, le plus écono-
voirie et dans les parkings, ainsi qu’un sys- s Un service mique ou le plus écologique, qu’il s’agisse du
tème de changement express des batteries en autopartage vélo, du métro, du tramway ou du véhicule
de véhicules
déchargées par des batteries pleines en électriques devrait urbain. Cela implique évidemment de déve-
cinq minutes, l’équivalent d’un plein d’es- être lancé à Nice lopper les modes doux. « En France, il fau-
sence. Un vrai modèle d’affaires. Idem en en 2011. drait y investir autant d’argent que ce qui a
France : après le succès des flottes de vélos été fait pour les autoroutes depuis quarante
partagées, la Mairie de Paris veut développer ans », affirme Michel Gioria qui souligne
des voitures électriques en libre-service. Avec il faut répondre l’importance de politiques publiques soute-
l’idée que la possession incite à l’usage et que à l’hétérogé- nues dans la durée.
la non-possession permet de choisir le mode néité des Alors, trop attachés à leur automobile, les
de transport le plus adapté, lequel est bien besoins avec des Français ? Pas sûr ! « Entre santé publique,
souvent le plus efficace énergétiquement. performances prise de conscience écologique, crise écono-
À quoi ressembleront les véhicules de optimisées pour mique et épuisement des réserves pétrolifères,
demain ? Pas de réponse unique. « La voiture chaque usage. beaucoup de choses ont changé depuis les
d’aujourd’hui est surdimensionnée, souligne années 1960, explique Gabriel Plassat. Nous
Michel Gioria, chef de service adjoint pour la sommes prêts au changement. Et, surtout, nous
recherche et les technologies avancées à n’avons pas le choix. »
l’Ademe. Elle est conçue pour emmener une renaud persiaux
famille avec deux enfants et un chien en
vacances. Alors qu’en moyenne elle transporte
une personne et demie qui fait 30 kilomètres Quelle énergie pour les véhicules de demain ?
par jour pour aller travailler. » Conséquences : Quatre des projets soutenus par l’Ademe
encombrement et pollution. Il faut répondre Watt ® testera en 2011 dans ou quatre moteur-roues intégrant
à l’hétérogénéité des besoins et des situations une grande ville française freinage, suspension, motorisa-
de mobilité avec des performances optimisées un système de bus électrique à tion et direction, pour libérer
pour chaque usage. Certains véhicules seront recharge rapide (10 secondes) à l’espace occupé par le groupe
l’abribus avec bras télescopique. motopropulseur classique.
des monoplaces urbains légers électriques de Mhygale est une solution de DHRT2 expérimente à Stras-
faible autonomie, d’autres des routières motorisation hybride (thermique bourg depuis la fin de 2009 la
4 places capables de faire 800 kilomètres. et électrique) optimisée, généra - technologie hybride rechargeable
Cela ne peut se concevoir sans une offre glo- lisable, conçue pour n’entraîner sur le secteur avec une centaine
bale de mobilité dont les prémices sont déjà qu’un surcoût « acceptable ». de Prius 3 équipées de batteries
Forewheel est un véhicule élec- lithium-ion. Une infrastructure de
visibles avec les nouveaux acteurs du tertiaire
trique de 5 places, doté de deux recharge solaire est aussi testée.
(fournisseurs de services, de systèmes d’infor-

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 11


URBANISME
la ville

« Le métabolisme
urbain est
à revoir »
Nos cités sont des organismes
complexes et dynamiques
où les choix d’urbanisme
sont entièrement à repenser
pour réduire leurs impacts
environnementaux, sanitaires
dr

s Alain Morcheoine et sociaux. interview


est conseiller à la
présidence de l’Ademe
en matière de ville
durable. Premier point, la mobilité. Comment les choix ports publics, et la construction de nou-
d’urbanisme l’influencent-elle ? velles voies, lesquelles attirent des voitures
Alain Morcheoine : Ils imposent une certaine et sont bientôt congestionnées. Et ainsi de
densité, laquelle définit les distances à parcou- suite… Cet urbanisme mal pensé empêche
rir, favorise ou non l’utilisation de modes non la diversité des modes de transport.
motorisés et le développement de transports
publics. Dans le Paris haussmannien, la den- Vous évoquez des conséquences sanitaires et
sité est de 85 000 habitants au kilomètre carré. sociales importantes…
Dans les grands ensembles des années 1950- A. M. : À commencer par le bruit et la pollu-
1970, elle n’est que de 25 000, et les zones tion, vrais problèmes de santé publique. Sur le
pavillonnaires plafonnent à 2 500, avec un plan social, le coût du foncier conduit à l’acces-
mitage de la campagne. En outre, la mobilité sion à la propriété « dans les champs de bette-
est contrainte par la segmentation de l’espace raves ». Conséquences : une dépendance à la
en secteurs résidentiel, de loisirs, de travail, voiture et un budget transport contraint, par-
de commerce, une segmentation héritée de Le fois considérable. Sans oublier les effets tra-
Corbusier et d’autres urbanistes au milieu giques sur le tissu social : enfermé dans sa
du XXe siècle. voiture, «  pédoncule de chez soi  », on ne
communique plus et la vie de quartier s’ap-
Quelles sont les incidences pauvrit. La ville actuelle est le résultat de 50 ans
sur les transports ? de non-urbanisme. Le choix de Pompidou était
A. M. : Les trajets quotidiens se multi- clair : adapter la ville à la voiture. Rocades péri-
plient, s’allongent. Les transports publics, phériques, autoroutes urbaines sur les voies
viables uniquement si la densité est suffi- sur berges, tout a été pensé pour faire de la voi-
sante, se développent peu, la voiture parti- ture le mode de transport le plus compétitif.
culière est indispensable. Avec un cercle Résultat : une ville qui s’étale en tache d’huile.
françois kronenberger/ademe

vicieux : l’utilisation massive de la voiture Il faut faire machine arrière toute ! Concevoir
entraîne la congestion des voiries et rend la ville comme un organisme dynamique.
impraticables les autres modes comme le
vélo ou la marche, qui deviennent des par- C’est cela que vous appelez le métabolisme
cours du combattant. D’où un usage crois- urbain ?
sant de la voiture au détriment des trans- A. M. : On oublie que la ville est un corps
R
D

12 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


réduit qu’à la marge consomma-
tion et nuisances. Il faut revoir la
planification urbaine et les plans
de déplacement, afin de mieux répar-
tir l’espace public de la voirie en faveur
des modes doux. Il est occupé à 90 % par la
voiture qui n’assure que 60 % des déplace-
ments urbains. Concrètement, cela veut dire
agrandir les trottoirs, rendre praticables les
espaces piétonniers, créer des transports en
commun en sites propres, instaurer des
zones 30 très étendues, mettre en place un
code de la rue comme en Belgique, rendre
possible l’augmentation de la place du vélo
comme à Strasbourg où il assure 20 % des

olivier sébart/ademe
déplacements…

On peut donc agir rapidement ?


A. M. : Oui, sur les plans fiscal et réglemen-
taire par exemple. Le nœud du problème,
s À Grenoble, vivant, avec des êtres humains qui échan- c’est la consommation de l’espace public. Il
quatre lignes
de tramway assurent
gent. Un système complexe très dynamique, faut la faire payer, avec une bonne politique
la liason entre l’est, avec des interactions multiples. C’est cela de stationnement : des tarifs horaires crois-
l’ouest et le sud qu’il faut comprendre, désosser. Exemple : la sants, comme à Florence ou à Venise, pour
de l’agglomération.
mixité fonctionnelle entre bâtiments d’habi- éviter les «  voitures ventouses  », ou des
tation et de bureau permet d’optimiser la péages urbains pour l’accès au centre-ville
consommation de chaleur et augmente la comme à Londres ou à Milan. Et repenser la
probabilité de trouver un emploi près de quantité de places de parking non en termes
chez soi. Contre-exemple  : construire un de minimum comme actuellement, ce qui
bâtiment à énergie positive au mauvais incite à la possession et à l’usage de voitures,
« il faut revoir endroit peut induire une mobilité qui rend mais de maximum comme en Suisse. Tout
la planification le solde énergétique négatif. D’ailleurs, les cela est efficace, mais on rechigne à le mettre
urbaine et écoquartiers traitant correctement la mobi- en place en France.
les plans lité sont très rares, certains n’ont même pas
de déplacement, de boulanger ! Peut-on être optimiste ?
afin de mieux Il existe déjà des outils sectoriels, des modé- A. M. : L’urbanisme doit prendre en compte
répartir l’espace lisations de parcs de bâtiments ou de voi- les trois axes du développement durable :
public de la tures. La recherche donne des solutions à des social, économique, environnemental, aux-
voirie en faveur bouts de problèmes. Il faut les rassembler quels je rajouterais le culturel. Cela passe par
des modes pour créer des outils d’aide à la décision de nouveaux critères, de nouveaux arbitrages,
doux.» comme le simulateur MobiSim (1) que déve- qui sont expliqués dans les «  référentiels
loppe le laboratoire Théma, unité mixte de villes durables ». Ville durable, planification
recherche CNRS-universités de Franche- urbaine, mixité sociale et fonctionnelle ont
Comté et de Bourgogne : il détermine quel été au centre du Grenelle de l’environne-
usage donner à un espace vacant en centre- ment, de la Charte de Leipzig sur la ville euro-
ville (habitation, tertiaire, espace vert, etc.), péenne durable en 2007 ou du Colloque inter-
afin de maîtriser la mobilité globale induite. national des urbanistes de Marseille en 2008.
On a les outils, on sait qu’ils sont efficaces,
Comment s’attaquer au fond du problème ? mais on tarde à les utiliser.
A. M. : Améliorer la technologie pour des propos recueillis
(1) www.mobisim.org véhicules plus efficaces ne suffit pas, cela ne par renaud persiaux

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 13


BÂTIMENTS
la ville

Des constructions productrices


e bâtiment est le secteur le plus énergi- pas encore réglementé car il s’agit d’un usage
Bâtir des
édifices
sobres,
réhabiliter
L vore avec 70 millions de tonnes d’équi-
valent pétrole consommées, soit 43 %
de l’énergie française et 18 % de nos
émissions de gaz à effet de serre (GES). Selon
mobilier, explique Pierre Hérant, chef du ser-
vice Bâtiment à l’Ademe. Cela ouvre un
champ nouveau dans l’intégration de l’électro-
nique et des nouvelles technologies dans le bâti-
le parc le Grenelle de l’environnement, ces chiffres ment. » Autre exemple : dans sa feuille de
ancien, devront être divisés par quatre d’ici à 2050. route, l’Ademe envisage un fonctionnement
Malgré le très faible renouvellement du parc en îlots où les bâtiments échangeront, voire
recomposer immobilier, le bâtiment pourrait bien être le mutualiseront les énergies produites avec
le tissu seul secteur capable de répondre à ces enga- leurs voisins. D’ici à 2020, 200 000 à 400 000
urbain: gements, selon l’Ademe. Bepos devraient sortir de terre, 6 millions au
le bâtiment À partir de 2011 pour les édifices publics et moins dans les trente années suivantes, pour
devient le fer tertiaires et de 2012 pour les bâtiments rési- viser 16 % du parc national en 2050.
de lance des dentiels, toutes les nouvelles constructions
devront être des bâtiments basse consom- appels à projets. Mais moins de 1 % du
économies mation (BBC). Ceux-ci consommeront en parc est renouvelé annuellement, tandis que
d’énergie. moyenne 50 kWh/m2 par an contre 60 % des bâtiments existants datent d’avant
280 kWh/m2/an pour les bâtiments actuels. la première réglementation thermique. L’ob-
Le Prebat (1) prépare l’échéance 2020, lorsque jectif du vaste programme de réhabilitation
tous les nouveaux bâtiments seront à énergie énergétique engagé est de réduire de 38 % la
positive (Bepos), c’est-à-dire produisant plus consommation moyenne du parc existant
d’énergie qu’ils n’en consomment. Implantés d’ici à 2020 (400 000 logements par an). En
et orientés selon les caractéristiques de la 2050, il devrait rester 36 % du parc à réhabi-
région et l’ensoleillement, peu déperditifs, liter. À terme, les consommations visées
ces bâtiments auront très peu besoin de seront inférieures à 80 kWh/m2/par an.
chauffage, poste qui dévore actuellement Où en est-on ? De nombreuses initiatives
environ 70 % de l’énergie dans le résidentiel sont en cours. Ces trois dernières années, la
et 45 % dans le tertiaire. Leurs parois seront quasi-totalité des conseils régionaux a lancé
isolantes et productrices d’énergie, avec des avec l’Ademe des appels à projets dans le
matériaux thermiquement très performants, cadre du Prebat. Plus de 1 000 bâtiments
capables même de stocker l’énergie et de la démonstrateurs bénéficieront de soutiens
restituer au besoin grâce à des matériaux à financiers pour leur réalisation, leur suivi et
changement de phase (2). Des panneaux leur évaluation. Des municipalités comme
(1) Programme de recherche solaires, voire des micro-éoliennes, seront Dunkerque ou Lille ont mis en place des poli-
et d’expérimentation intégrés à la façade ou au toit. tiques énergétiques au sein du réseau euro-
sur l’énergie dans
le bâtiment. Électricité et gestion de l’énergie seront l’objet péen Énergie-Cités. Créée en 2005, la fonda-
(2) Ces matériaux absorbent de toutes les attentions, à l’instar des usages tion Bâtiment-Énergie a soutenu une dizaine
de la chaleur en passant
de l’état solide à l’état spécifiques de l’électricité (réfrigérateur, de projets de R&D pour la rénovation éner-
liquide et inversement. congélateur, éclairage, informatique, veille…) gétique à très haut niveau de performance de
(3) Habitats et bâtiments
optimisés pour la maîtrise qui ont grimpé de 71 % dans le résidentiel maisons individuelles, immeubles de
de l’énergie et des services. depuis vingt-cinq ans. « Ce poste majeur n’est bureaux ou logements collectifs sociaux. Le

14 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


soulabaille y./urba images
d’énergie
projet Homes (3), qui mise sur l’efficacité éner-
gétique des bâtiments via des contrôleurs et s Bel exemple de
capteurs, regroupe quant à lui 13 acteurs renouvellement urbain par l’extérieur, etc., indique Pierre Hérant.
industriels et de recherche comme EDF, Phi- tertiaire HQE en Seine- Notre mission est d’accélérer leur diffusion et
Saint-Denis (immeuble
lips, Schneider Electric et le Centre scienti- Vitalys). Fermetures leur installation selon les contraintes de
fique et technique du bâtiment. Un capteur en bois pour réguler chaque bâtiment pour parvenir à une très
de surveillance de l’environnement intérieur la température, haute performance énergétique globale ».
la lumière et protéger
(humidité, température, luminosité, taux de du bruit.
CO2) a déjà été mis au point. des solutions standardisées. Or ces
Mais pour l’ensemble, « les solutions tech- contraintes thermiques, d’architecture et d’uti-
niques sont déjà très souvent sur le marché, lisation varient énormément entre un immeu-
comme la chaudière à condensation, la venti- ble haussmannien, un logement collectif des
lation double flux, le triple vitrage, l’isolation années 1960 ou une villa individuelle… Afin de
t La tour Elithis,
bâtiment tertiaire trouver des solutions standardisées, la fonda-
inauguré à Dijon tion Bâtiment-Énergie définit des sous-ensem-
en avril 2009, bles de bâtiments aux profils similaires. « Il
consomme
20 kWh/m2/an. faut révolutionner l’organisation du secteur du
bâtiment, avance Michel Gioria, chef de service
adjoint pour la recherche et les technologies
avancées à l’Ademe. Cette notion de pac-kages
de solutions permettra de favoriser l’industriali-
sation de la réhabilitation et ainsi de réduire les
coûts et d’améliorer la qualité. » Pierre Hérant
renchérit : « Le Prebat préconise de créer la pro-
fession d’“améliorateur de bâtiment”. »
Au slogan du ministère du Développement
durable « Faisons vite, ça chauffe ! », Pierre
Hérant répond : « L’objectif de l’Ademe est
d’accélérer le développement de produits, afin
de mettre sur le marché en trois à quatre ans
des solutions présentant une amélioration de
performance d’un facteur 2, 3, voire plus, à
coût maîtrisé. » Pour cela, des Programmes
d’actions concertées en technologies de l’éner-
gie (Pacte) sont mis en place, tel celui lancé en
août dernier sur l’eau chaude sanitaire, poste
qui représente jusqu’à 25 % de la consomma-
tion énergétique d’un logement BBC. Cinq
projets ont été retenus pour un montant aidé
de 6 à 8 millions d’euros sur quatre ans.
marion sabourdy
dr

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 15


AIR
la ville

xavier richer/photononstop
La pollution est la simple gêne (odeurs, somnolence, irritation
des yeux et de la peau) jusqu’à l’aggravation,
voire le développement de pathologies plus

aussi à l’intérieur lourdes. « Asthme et allergies respiratoires aug-


mentent depuis trente ans, alors que la pollution
atmosphérique diminue mais que nos bâti-
ments, autrefois véritables passoires, sont de plus
La piètre ls sont une petite centaine à polluer notre en plus étanches », s’alarme-t-il. Les classe-
qualité
de l’air dans
les maisons
a été
I air intérieur : composés organiques vola-
tils comme les aldéhydes, éthers de glycol
et hydrocarbures…, allergènes d’acariens,
de chats et de chiens, dioxyde et monoxyde de
ments en matière de toxicité ne délivrent que
des informations parcellaires. D’autant que
ces cocktails de polluants pourraient agir en
synergie à de très faibles concentrations.
carbone, particules, radon, rayonnement
longtemps gamma et moisissures. Sans oublier les nom- ventilation. « Les effets de l’exposition conti-
ignorée. breux pollens et polluants atmosphériques ! nue à de faibles doses de polluants sur de
On cherche Loin d’être des cocons protecteurs, nos loge- longues périodes sont mal connus, ajoute
ments abritent un sacré concentré de molé- Hélène Desqueyroux. Les études suivant un
désormais cules. Selon une enquête menée entre 2003 grand nombre de personnes pendant plusieurs
à y remédier et 2005 par l’Observatoire de la qualité de l’air années sont les seules capables de relier l’expo-
et à évaluer intérieur (1), 5 à 30 % des logements présen- sition au développement d’un symptôme. Elles
précisément tent des valeurs nettement plus élevées que viennent à peine de commencer. » En atten-
ses impacts. les concentrations moyennes. dant, l’Ademe a lancé de nombreux projets de
Quel impact sur la santé ? « On ne le sait pas recherche spécifiques, par exemple sur l’im-
encore précisément, mais cela pourrait être un pact des formaldéhydes ou des moisissures.
véritable problème de santé publique, explique Comment agir ? « À trois niveaux, explique
Hélène Desqueyroux, spécialiste de la ques- Pierre Deroubaix : la réduction des sources
tion à l’Ademe. L’impact de l’air intérieur a été (meubles, peintures sans solvant, etc.), la ven-
longtemps négligé, celui de la pollution atmo- tilation, et éventuellement le traitement de l’air.
sphérique monopolisant toutes les attentions. » Parent pauvre de l’habitation, une bonne ven-
Or nous passons 90 % de notre temps en tilation est essentielle. Malgré son coût margi-
espace clos. Et « l’air n’a pas de frontière. On nal, un logement neuf sur deux n’est pas
retrouve dans l’air intérieur les substances de conforme à la réglementation ! » Et surtout, il
l’air ambiant, celles émanant des meubles, faut informer le grand public : « Trop de per-
peintures et produits d’entretien… », détaille sonnes colmatent leur ventilation qu’ils voient
Pierre Deroubaix, spécialiste de la ventilation comme une perte de chaleur. »
(1) www.air-interieur.org à l’Ademe. Avec des effets suspectés allant de renaud persiaux

16 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


SOLS
On mesure enfin l’impor -
tance des sols et leur
fragilité. Comment prévenir
leur pollution, notamment
agricole, la traiter et gérer
les espaces contaminés?

Terrains
surveillés
utils primaires de productions agricole

O et forestière, acteurs majeurs du cycle


s

de l’eau et du carbone, les sols rem- Repérage


par GPS d’un
plissent des fonctions indispensables terrain à
à la vie. Leur protection et leur remise en état caractériser.
sont l’une des missions de l’Ademe.
L’Agence gère le programme de reconversion engrais phosphatés et de l’atmosphère. Le
des friches urbaines, ces terrains délaissés en RMQS sera probablement élargi aux pol-
milieu urbain, parfois pollués, ou encore la on retrouve luants organiques persistants comme les pes-
mise en sécurité des sites dont les responsa- des polluants ticides organochlorés ou les hydrocarbures
bles sont défaillants. à des dizaines aromatiques polycycliques lourds.
Surtout, l’Ademe soutient la recherche sur les de kilomètres
pollutions diffuses ou locales (4 300 sites en de l’endroit bioremédiation. La France compte par ail-
France). Avec quatre objectifs : la caractérisa- où ils ont été leurs 500 000 anciens sites industriels parfois
tion, la surveillance, l’évaluation des risques générés. contaminés. Comment traiter ces pollutions
et le traitement. Qu’ils soient d’origine locales des sols et des nappes sans excaver les
urbaine, industrielle ou agricole, certains pol- terres pour les mettre en décharge, avec tous
luants franchissent des dizaines de kilomè- les inconvénients connus en termes d’envi-
tres avant de rejoindre les sols. L’impact de ronnement ? Différentes techniques de bio-
cette pollution diffuse est mal connu. remédiation (dégradation des polluants par
des bactéries ou des champignons) sont à
base de données. L’un des projets de l’étude. Les terres peuvent être excavées pour
l’Ademe vise à tester et à calibrer d’ici à 2012 être réutilisées, décontaminées in situ par
une vingtaine de bio-indicateurs permettant oxydation ou réduction chimique, biodégra-
d’évaluer la qualité biologique des sols à tra- dation stimulée ou par fixation des polluants.
vers l’étude des micro-organismes, de la flore Autre piste suivie : l’« atténuation naturelle »,
ou de la faune. Un autre concerne la surveil- dégradation qui se produit avec le temps de
lance du territoire dans le cadre du Réseau de certains polluants organiques, solvants chlo-
mesures de la qualité des sols (RMQS). Ce rés, hydrocarbures ou hydrocarbures aroma-
réseau élabore une base de données des pol- tiques polycycliques.
luants métalliques présents à l’état de traces Autant de solutions de protection ou de
photos : dr

sur 2 180 sites français. Les cartes qui ont été remise en état des sols pour lesquelles les
établies identifient les lieux à teneur anorma- décideurs politiques devront fournir les outils
lement élevée en cuivre, zinc, cadmium et s La qualité des sols réglementaires et juridiques nécessaires à
doit beaucoup
plomb, des polluants issus respectivement à la biodiversité leur mise en œuvre.
des fongicides, des effluents d’élevage, des qu’ils abritent. michel petit-jean

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 17


les ressources RE
Les promesses des renouvelab
L’objectif, en France, est de passer d’une production d’énergie
renouvelable d’environ 15 % en 2008 à 23% en 2020.

Biomasse Hydraulique Éolien

Éoliennes
Déchets Centrales Sur terre ou off shore,
Bois-énergie hydroélectriques Petite elles utilisent la force
Bois mais aussi sciure, Ménagers, industriels hydroélectricité
et agricoles, ils sont va- Elles produisent de motrice du vent pour
paille, rafles de maïs, l’électricité et stockent (Installations < produire de l’électri-
etc. sont brûlés dans lorisés thermiquement
grâce à l’incinération. de l’énergie. Des sta- 10 MW). Elle a produit cité. Entre 2005 et
une chaudière pour tions de pompage-tur- 6 924 GWh en 2008, 2008, la production
produire de la chaleur binage utilisent deux soit une hausse d’électricité d’origine
et de l’électricité. Biogaz
lacs de retenue entre annuelle de 11,3 %, éolienne a été multi-
Obtenu à partir de dé- hissant la France à pliée par six. Avec
lesquels l’eau est pom-
chets organiques trans- la 3e place européenne. 4 520 MW de puissance
pée et stockée ou pro-
formés dans des biodi- totale installée en 2008,
duit de l’électricité. En
gesteurs et des métha- la France arrive au qua-
2008, l’hydroélectricité
niseurs, il peut être trième rang européen
a augmenté de 7,6 %.
utilisé pour les trans- et a produit 5,7 TWh.
Objectif 2020 :
ports, le chauffage et Objectif 2020 :
27 500 MW.
Biocarburants l’électricité. 25 000 MW.
De première généra-
tion, l’éthanol pour Marine et
l’essence est obtenu à Solaire solaire thermo-
partir du blé et de la L’éolien en plein essor thermique et dynamique
photovoltaïque 0,08 %
betterave. L’huile pour
Production Pompe à Éolien Solaire 3,8 %
le biodiesel est obtenue chaleur et thermique et
à partir du colza ou du d’énergie 2,6 % Éolien
primaire géothermie photovoltaïque 13,8 %
tournesol. Les biocar- 3% 0,2 %
burants de deuxième par filière
Biogaz Pompe à
génération seraient chaleur et
obtenus à partir de et déchets géothermie Bois-énergie
résidus agricoles, 8,6 % 6,6 % 41 %
cultures dédiées, voire Biocarburants Bois-énergie Biogaz
déchets organiques. 11 % 45,7 %
Une troisième généra- et déchets
8%
tion utiliserait des Hydraulique
algues. 29 % Hydraulique
Objectif 2020 : 10 % Biocarburants 15,8 %
de la consommation 11 %
totale française, au lieu
de 5,75 % en 2008. 2008 19 Mtep Objectif 2020 36,6 Mtep

18 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


Unités… Comment s’y retrouver ? ‹ Une tranche de centrale nucléaire : 1 GW
PÈRES ‹ La puissance
s’exprime en watt, les
durant une seconde).
On utilise surtout la
‹ Un barrage hydraulique : quelques MW
à quelques GW
unités courantes étant tonne d’équivalent ‹ Une centrale solaire thermodynamique :
le MW et le GW pétrole (tep) ou le quelques MW à quelques dizaines de MW

les (méga, gigawatt


ou million, milliard
de watts).
‹ L’énergie s’exprime
kilowatt-heure (kWh),
en particulier pour
l’électricité et le gaz
(1 tep = 11 628 kWh
‹ Une centrale géothermique : quelques MW
à quelques dizaines de MW
‹ Une éolienne : quelques MW
‹ Une centrale solaire photovoltaïque : quelques
en Joule (un watt = 42 MJ). dizaines de kW à quelques dizaines de MW

Géothermie Solaire Marine


Géothermie basse
énergie
(30 °C à 90 °C). Elle uti-
lise le gradient de tem-
pérature du sous-sol dlr/markus steur

photos : dr
Géothermie profonde (+ 3 °C tous les
100 mètres). Exploitée Thermodynamique
Encore en expérimenta- Des miroirs concen-
tion à Soultz-sous- surtout dans les bas-
sins parisien et aquitain trent la chaleur du Énergies marines
Forêts (Bas-Rhin), elle Photovoltaïque Soleil vers un fluide Elles sont en dévelop -
profite de la chaleur de pour le chauffage
urbain, les utilisations Il produit de l’électri- caloporteur pour pro- pement : des
roches sèches en pro- cité utilisée sur place, duire de la vapeur, faire hydroliennes utilisant
fondeur (4 500 mètres) industrielles, etc.
stockée en batterie ou tourner une turbine et les courants marins,
pour transformer de injectée dans le réseau produire de l’électricité. des machines
l’eau en vapeur. Pompe à chaleur
grâce à des cellules En développement dans houlomotrices l’énergie
(< 30 °C). Des échan- photovoltaïques. Les
geurs horizontaux les zones de la planète des vagues et de
Géothermie moyenne puissances raccordées fortement ensoleillées. la houle. D’autres
et haute énergie presque en surface en 2008 ont été multi-
ou verticaux et plus en utilisent les marées,
(180°C à 350°C). Elle pliées par 3,5 pour Thermique les différences de
utilise de l’eau chaude profondeur permettent atteindre 102 MW.
chauffage et Des capteurs exploitent température entre
directement accessible Prévisions 2020 : le rayonnement solaire surface et grands
en sous-sol pour pro- climatisation. 5 400 MW. pour chauffer des locaux fonds, les gradients
duire de l’électricité. ou de l’eau sanitaire. de salinité, etc.

Politique de développement à l’horizon 2020


w Multiplication par 4 du w Installation de w Production de w Meilleure valorisation
nombre d’éoliennes 2 millions de pompes 7,5 Mtep supplémen - des déchets
installées et par 10 à chaleur, de taires issues de la
de la puissance 4 millions de chauffe- biomasse, en majorité
eau solaires et le bois
w Production de 10 % de 3,25 millions de
de biocarburants, soit chauffage au bois
1 million d’hectares
supplémentaires par w Mise en service
reconversion des d’environ 5 400 hec -
surfaces de cultures tares de panneaux
roland bourguet/ademe

excédentaires photovoltaïques

marion sabourdy
Avec Daniel Clément, directeur scientifique adjoint à l’Ademe
Sources : Ademe, EurObserv’ER, Ministère du développement durable, SOeS.

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 19


ÉNERGIE SOLAIRE
les ressources

Comment profiter du Soleil ?


L’électricité solaire décolle à nouveau depuis quelques
années grâce aux financements publics pour la recherche
et aux tarifs d’achat. Elle pourrait être compétitive en 2020.
Côté technologies, tout reste possible.

Agence internationale de l’énergie (AIE) mondiale de modules photovoltaïques est à

L’ estime que la production d’électricité


d’origine solaire pourrait atteindre
20,5 % de la production mondiale d’élec-
tricité en 2050. « Difficile néanmoins de pré-
dire quelles sont les technologies qui s’impose-
base de plaquettes de silicium cristallin, avec
des rendements entre 12 et 21 %. Le reste uti-
lise des couches minces déposées sur une
surface, solution plus économique en
matière de coûts de fabrication mais avec des
ront, affirme Éric Peirano, responsable R&D rendements entre 5 et 11 %. « Toutes les
Énergies renouvelables à l’Ademe. Il faut sou- filières ont un énorme potentiel d’amélioration
tenir la plupart d’entre elles pour donner une tant en performance qu’en coût », précise Éric
selon l’agence chance aux industriels français. Néanmoins, Peirano. La technologie la plus éco-
internationale des choix seront faits, notamment dans le nomique en termes de coût de
de l’énergie, cadre de l’élaboration de nos feuilles de route. » production de l’électricité
les filières On peut produire de l’électricité solaire soit l’emportera selon les applica-
photovoltaïque avec des matériaux semi-conducteurs qui tions choisies. Certains pays, dont la
et thermo - transforment l’énergie lumineuse en électri- France, privilégient l’installation de
dynamique cité (solaire photovoltaïque), soit selon une modules intégrés au bâti directement sur la
auront des technologie thermodynamique en concen- charpente. Le rendement surfacique (watt par
contributions trant la chaleur du Soleil pour produire de la mètre carré) est alors un paramètre majeur.
équivalentes vapeur et faire tourner une turbine. Dans d’autres pays, on observe un dévelop-
en 2050. Aujourd’hui, plus de 95 % du parc mondial pement important des centrales au sol où des
est photovoltaïque avec un peu plus de 22 milliers de modules peuvent représenter une
gigawatts (GW) installés, selon l’Observatoire puissance installée allant jusqu’à 150 méga-
des énergies renouvelables. Selon l’AIE, les watts (MW) sur environ 300 hectares.
filières photovoltaïque et thermodynamique
auront des contributions équivalentes en paris ouverts. Côté R&D photovoltaïque,
2050 en termes de production énergétique. le consortium français PV Alliance, qui
Actuellement, environ 85 % de la production regroupe Photowatt, le CEA (Commissariat à

20 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


l’énergie atomique et aux énergies alterna- trales représentaient 710 MW de puissance
tives) et EDF ENR (EDF Énergies nouvelles installée aux États-Unis et en Espagne. Déjà
réparties), dirige un ambitieux programme 37 centrales (dont 31 en Espagne) sont en
où de nombreux industriels, comme Apollon construction, de nombreuses autres sont en
Solar, Photosil Industries ou Emix, dévelop- projet pour environ 15 GW.
pent des modules en silicium cristallin à haut Les différentes technologies concentrent plus
rendement et bas coût. D’autres industriels ou moins les rayons du Soleil pour chauffer
français misent sur l’augmentation des ren- un fluide entre environ 400 °C et 1 000 °C.
dements des couches minces de silicium (cas Dans tous les cas, un fort taux d’ensoleille-
de Solsia), ou d’alliages de cuivre, indium et ment direct est nécessaire, sans brume ni
sélénium baptisés CIS (comme Nexis), tout nuages. Le marché potentiel est donc à l’ex-
paul langrock/zenit-laif-rea

en maîtrisant les coûts de production. Pour port pour les nombreux industriels français
le plus long terme, certains étudient des cel- intéressés. Certains projets envisagent une
lules organiques (en plastique) ou des cellules production massive en Afrique du Nord et
nanostructurées à très haut rendement... Les des lignes à haute tension à courant continu
paris sont ouverts ! pour transporter cette électricité sur des mil-
Quant au solaire thermodynamique, il renaît liers de kilomètres vers l’Europe.
depuis 2006 grâce aux aides financières en
s Les deux seules
tours solaires
Espagne et aux États-Unis. Il a deux atouts de stocker la chaleur. 90 % des centrales
au monde, près de poids qui permettent d’adapter la production actuelles et la plupart des projets utilisent la
Séville (Espagne): électrique à la demande, voire de produire de même technologie : de longues rangées de
PS10 (10 mégawatts)
et sa cadette PS20
façon continue. Le premier, mis en œuvre miroirs cylindro-paraboliques suivent la
(20 mégawatts) dans la plupart des nouvelles centrales, course du Soleil d’est en ouest. Une huile
inaugurée à la fin consiste à les « hybrider » avec une centrale transporte la chaleur (environ 400 °C) dans
de 2009.
thermique fossile, en général au gaz. Le un long tube central. Des solutions de
second permettra à terme d’envisager des stockage de la chaleur sur plusieurs heures
centrales 100 % solaire en stockant la cha- dans des réservoirs de sels fondus (1) sont
leur. À la fin de 2009, 28 cen- testées. Une voie prometteuse consiste à
t Abri en panneaux
photovoltaïques. générer directement la vapeur pour la
stocker sous cette forme et améliorer le
rendement. Une variante plus écono-
mique est également étudiée : elle consiste
à installer de longues rangées de miroirs
plans mobiles (dits miroirs de Fresnel).
Deuxième solution, industrielle en Espagne
et en projet dans le monde : des tours entou-
rées de grands miroirs plans qui suivent la
course du Soleil et renvoient son rayonne-
ment en haut de la tour vers un récepteur.
Plusieurs options pour transférer la chaleur
et la stocker sont testées. Troisième solution,
la plus efficace, la plus flexible mais aussi la
plus coûteuse, sans possibilité de stockage :
de grandes paraboles qui suivent et concen-
trent le Soleil en leur point focal (à plus de
1 000 °C), où un moteur Stirling (à air chaud)
roland bourguet/ademe

produit directement l’électricité. Quels choix


s’imposeront ? Réponse dans dix, vingt ans…
isabelle bellin
(1) Mélange de nitrate de potassium et de sodium,
inflammable au contact de l’oxygène, classé Seveso en France.

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 21


ÉNERGIE MARINE
les ressources

Exploiter les forces de la mer


a mer est un milieu riche en flux énergé- la Lune, ont l’avantage d’être prédictibles,
Les vagues,
les courants
et les vents
marins
L tiques. Il y a bien sûr l’énergie méca-
nique créée par les vagues, les courants
et les marées. Mais pas seulement : les
vents, les différences de température entre la
explique Vincent Guénard, expert à l’Ademe.
On peut donc estimer avec une relative
confiance la production d’électricité. »
La voie est d’autant plus prometteuse que les
fournissent surface et le fond, ou encore les contrastes de courants marins exploitables sont importants
une énergie salinité à l’embouchure des fleuves peuvent en France. À eux seuls, ils représentent 20 %
être utilisés pour produire de l’énergie, du potentiel européen. Principales régions
durable qui notamment de l’électricité. concernées, la Bretagne et la Basse-Norman-
peut être Avec ses 10 millions de kilomètres carrés de die. L’onde de marée y est amplifiée par la
transformée superficie maritime, la France dispose d’un configuration de la côte, ce qui provoque des
en électricité. potentiel parmi les plus importants au courants particulièrement forts. Les turbines
monde. Un avantage de taille pour remplir pourraient être placées dans les détroits et les
l’objectif fixé par la Communauté euro- caps où l’on observe une accélération des
péenne : atteindre 20 % d’énergies renouve- vitesses.
lables dans la consommation totale d’énergie
à l’horizon 2020. Mais avant d’être commer- résistance et entretien. Selon EDF, les
cialisées, les technologies marines devront hydroliennes pourraient fournir au total une
être éprouvées en conditions réelles. Il faut puissance électrique de 3 GW, soit l’équiva-
évaluer leur efficacité, leur sécurité, leur lent de trois réacteurs nucléaires. Mais l’ins-
impact sur l’environnement et les activités tallation de ces machines dans des courants
humaines. C’est le but des démonstrateurs très puissants pose question. Les turbines
de recherche soutenus par l’Ademe. seront-elles assez résistantes ? Pourront-elles
La priorité a été donnée à quatre filières, les être entretenues facilement ?
plus abouties sur le plan technologique : Autre technologie en vogue : les machines
hydroliennes, machines houlomotrices, houlomotrices, qui utilisent l’énergie des
éoliennes flottantes et machines thermiques. vagues et de la houle (1). Cette énergie peut
À court terme, la solution la plus viable sem- être captée par de multiples procédés. On
(1) La houle est un ble être celle des hydroliennes, ces turbines peut utiliser des colonnes d’eau oscillantes :
mouvement ondulatoire immergées, actionnées par les courants l’eau de mer monte et descend dans une
de la surface de la mer,
qui se forme à partir des marins. « Les courants de marée, dus au mou- chambre étanche sous l’effet de la houle,
vagues créées par le vent. vement de la Terre par rapport au Soleil et à actionnant ainsi une turbine. Dans d’autres

22 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


courtesy of marine current turbines ltd
L’hydrolienne
SeaGen, installée
en 2008 par la
société Marine
Current Turbines
au large de
Strangford Lough
(Irlande du Nord),
produit 1,2 MW.

systèmes, dits « à déferlement », les vagues


déferlent sur des rampes artificielles, se
déversent dans des réservoirs, puis se déchar- nard. Cependant, nous souhaitons développer
gent à travers des turbines. L’énergie peut l’ensemble de ces filières de manière complé-
Que
enfin être captée via des objets mobiles situés mentaire. L’objectif est d’atteindre la plus d’énergies!
en surface ou fixés sur le fond marin. grande mixité énergétique possible. » Vents, différences
Selon le Conseil mondial de l’énergie, la de températures
filière houlomotrice pourrait couvrir 10 % de impact environnemental. Quels effets de l’eau, gradients
la demande annuelle en électricité. En auront ces installations sur les activités écono- de salinité, algues
pour produire des
France, elle serait en mesure de produire 10 miques et la qualité de vie des populations ? biocarburants, etc.
à 15 GW, principalement sur la façade atlan- C’est aussi à cette question que devront répon- Autant de filières
tique. La Réunion, la Polynésie et la Nouvelle- dre les projets soutenus par l’Ademe. Par prometteuses,
Calédonie possèdent également un fort exemple, les hélices, turbines et transforma- encore mal maîtri-
potentiel. teurs peuvent causer des nuisances sonores. sées sur le plan
L’énergie thermique des mers demeure, Les éoliennes modifient les paysages, avec technique. Elles ne
seront probable-
quant à elle, plus difficile à exploiter. Pour être peut-être des conséquences – positives ou ment opération-
efficaces, les machines doivent capter une dif- négatives – sur le tourisme. Elles peuvent nelles qu’à long
férence de température d’au moins 20 °C, ce aussi limiter la pêche et rendre la navigation terme. Les
qui oblige à pomper l’eau froide à 1 000 dangereuse, ce qui entraînerait des conflits éoliennes marines,
mètres de profondeur. Les essais, menés avec les professionnels de la mer. par exemple,
doivent être placées
depuis 1920, ont échoué en raison de la diffi- Par ailleurs, il faut évaluer l’impact sur l’en-
au large pour
culté à concevoir des canalisations suffisam- vironnement. Ces technologies perturbent- profiter de vents
ment longues. La filière pourrait bénéficier elles la faune, la flore, le transport des sédi- puissants et stables.
des progrès réalisés par les pétroliers qui par- ments ? En Bretagne, l’usine marémotrice de Or la profondeur
viennent aujourd’hui à puiser le pétrole très la Rance, construite en 1966, a détruit l’éco- des eaux y est plus
profondément dans la mer. L’énergie ther- système de l’estuaire. Pour Vincent Guénard, importante, d’où la
nécessité de conce-
mique représente un moyen de production « ces aspects environnementaux, économiques
voir des systèmes
d’électricité particulièrement intéressant pour et sociaux doivent être pris en compte de flottants. Un défi
les zones intertropicales comme la Réunion manière très sérieuse, à travers des concerta- technologique tant
et la Martinique. tions avec les populations, les usagers de la mer la mer est un milieu
« Certaines technologies marines sont plus et l’État ». agité soumis aux
avancées que d’autres, analyse Vincent Gué- julien damier intempéries !

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 23


BIOMASSE
les ressources

« Une gestion des terres


de plus en plus complexe »

dr
Les terres cultivables sont limitées mation de biomasse à visée énergétique aug-
alors même que la population et les usages mente. La pression des pays du Nord est
vont en s’amplifiant. Comment les gérer forte. Certains achètent ou louent déjà des
terres cultivables en Afrique, au détriment de
de façon efficace et durable? interview
l’indépendance alimentaire locale.
Pourquoi affirmez-vous que gérer
les sols est crucial pour lutter Que sait-on du stockage et du rejet
contre le changement climatique ? de GES liés au sol ?
Antonio Bispo : Après les océans et les com- A. B. : Cela fait l’objet de nombreux débats et
bustibles fossiles, le sol constitue le troisième recherches. Les interactions sont complexes
stock de carbone, avec 1 500 à 3 000 milliards et les incertitudes majeures. Les taux d’émis-
de tonnes, alors que la biomasse (végétation) sion de méthane et de protoxyde d’azote,
en stocke environ 500. Toute variation pèse GES respectivement 25 et 300 fois plus puis-
donc considérablement dans les bilans de gaz sants que le CO2, varient considérablement
à effet de serre (GES), sachant qu’à l’échelle selon les années et les milieux. En France, en
dr

Antonio Bispo
mondiale l’agriculture est déjà responsable de raison du changement d’usage (conversion
est ingénieur sol 13,5 % des émissions de GES et la déforesta- de prairies, etc.) et des pratiques agricoles
et écosystèmes tion de 17,4 %. Or ce sont les seuls secteurs (labour, etc.), mais aussi du réchauffement
au service Agriculture
et forêts de l’Ademe.
où l’on peut combiner les trois leviers de lutte climatique qui accélère la décomposition de
contre le changement climatique : la réduc- la matière organique, les sols agricoles ont
tion des émissions, le stockage du carbone, la émis 6 millions de tonnes de carbone par an
production d’énergies renouvelables. Une ces dernières années.
approche globale est donc indispensable.
Comment arbitrer l’affectation des sols
« la priorité est Y a-t-il pénurie de terres cultivables et les modes de production ?
de préserver dans le monde ? A. B. : La priorité est de préserver les stocks de
les stocks A. B. : Leur surface est estimée à 3 300 mil- carbone des sols et de la biomasse. Il faut
de carbone lions d’hectares, dont près de la moitié est aussi mieux comprendre les sols et les inté-
des sols et de déjà utilisée. L’essentiel des réserves est grer dans les évaluations environnementales
la biomasse.» située dans les pays en développement, majo- (effet de serre, biodiversité, eau, etc.). Une
ritairement en Afrique subsaharienne et en chose est sûre : les arbitrages vont être de
Amérique du Sud. En 1950, on disposait de plus en plus complexes car ils concernent la
0,5 hectare (ha) agricole par habitant ; en production agricole (alimentaire ou énergé-
1995, ce n’était plus que 0,24 ha, et en 2050 tique), mais également les usages non agri-
ce serait 0,14 ha. Alors même que les usages coles (urbanisation) et environnementaux
vont en s’amplifiant : il y aura bientôt 9 mil- (zones humides).
liards de personnes à nourrir, et la consom- propos recueillis par renaud persiaux

24 la recherche
recherche||ademe| mai 2010
inventons notre futur | juillet-août 2010
BIOCARBURANTS

photos : dr
L’ère des bioraffineries
s Des biocarburants
durables pourraient
être produits à
partir d’une grande
variété de matières
En complément des usages alimentaires, ces usines premières.
d’un nouveau type produiraient des biocarburants
et des composés de base d’une industrie chimique verte
en valorisant l’ensemble des constituants des plantes.
ujourd’hui, la totalité des biocarburants Pour cela, il faut parvenir à transformer effica-

A est produite par des procédés qui ne


valorisent que l’organe de réserve de la
plante (grains de blé, maïs, soja, etc.).
« Cela limite le champ des ressources mobilisa-
cement l’intégralité des tissus végétaux (cellu-
lose, hémicellulose et lignines) qui forment
des assemblages difficiles à déstructurer. La
rentabilité économique des deux voies actuel-
bles et peut interférer avec un certain nombre lement connues (thermochimique et biochi-
de filières à vocation alimentaire », souligne mique) devra être améliorée avant de pouvoir
Bruno Gagnepain, spécialiste de l’impact des les transférer à l’échelle industrielle et com-
biocarburants à l’Ademe. Or pour 2020, une merciale. Elle est limitée dans la voie thermo-
directive européenne vise l’objectif ambitieux chimique par les niveaux d’investissements, la
de 10 % d’utilisation de biocarburants, sous haute température à atteindre et le coût élevé
réserve que soient respectés des critères de des catalyseurs. Et dans la voie biochimique,
« durabilité ». Alors comment produire des par la quantité d’enzymes nécessaire pour pour 2020,
biocarburants « durables » ? convertir la cellulose en sucres : 10 à 100 fois une directive
«  En jouant la complémentarité entre les plus que pour les productions actuelles de bio- européenne
usages, en développant d’ici à 2020 des “bio- carburants à partir de blé ou de maïs. Parmi la vise 10 %
raffineries” utilisant les plantes comme matières kyrielle de pistes, on pourrait s’inspirer de l’es- d’utilisation
premières, sur le modèle des raffineries de tomac des termites pour fabriquer des usines de biocarbuants,
pétrole », répond Léonard Boniface, expert de à bactéries. Tout l’intérêt des démonstrateurs sous réserve
la question à l’Ademe. À côté de la produc- de recherche soutenus par l’Ademe ou Oséo que soient
tion d’alimentation humaine et animale, (Futurol en Champagne-Ardenne, Bio T Fuel respectés des
une partie des plantes servirait à la syn- en Picardie ou le projet Gaya) est d’améliorer critères de
thèse de biocarburants et de molécules de les modèles d’affaires à une échelle représen- « durabilité ».
base d’une chimie organique se substi- tative d’unités commerciales.
tuant à la pétrochimie. À plus long terme, pourquoi ne pas utiliser
des cultures en bassin de microalgues capa-
plante entière. Cela permettrait de valoriser bles de produire beaucoup de biomasse verte
toute la plante et d’utiliser une grande variété ou de grandes quantités d’huiles transforma-
de matières premières : des plantations alimen- bles en biodiesels ? A priori, leur rendement
taires et leurs sous-produits (pailles de céréales, est élevé et leur culture peu exigeante en
etc.), des résidus de bois, des plantations en intrants. Mais pour l’instant, souligne Léo-
milieu non cultivable capables de fournir un nard Boniface, « c’est une promesse de labo-
maximum de biomasse avec peu d’eau et sans ratoire ».
engrais, ou encore des déchets organiques. renaud persiaux

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 25


STOCKAGE DE CO2
les ressources
Étude et contrôle
in situ de
l’enfouissement
du CO2 par
le Centre
de recherche
de la Terre (GFZ)
de Potsdam.

paul langrock/zenit-laif-rea
Enfouir ce gaz encombrant
Comment réduire les émissions de dioxyde de carbone jugées
responsables du changement climatique? L’une des solutions :
capter le gaz à sa source pour le stocker en sous-sol.
l’ademe est la principale cause du réchauffe- industriels travaillent sur le sujet depuis près
privilégie
le stockage
de co2 en
aquifère salin
C’ ment de la planète, selon le Giec(1) :
depuis cinquante ans, la concentration
du CO2 dans l’atmosphère ne cesse
d’augmenter notamment en raison de l’utili-
de vingt ans. Les premiers projets de R&D
soutenus par l’Ademe ont débuté en 2001.
« Aujourd’hui, certaines recherches sont assez
matures pour être testées à l’échelle de
profond. sation des énergies fossiles (pétrole, gaz natu- démonstrateurs de recherche, explique Natha-
rel, charbon). L’une des solutions serait de lie Thybaud, experte à l’Ademe. Nous pour-
capter le CO2 à sa source et de le stocker sous rons ainsi valider ces technologies, mais aussi
terre. En 2050, 21 à 45 % des émissions de mettre en évidence des obstacles techniques
CO2 d’origine anthropique pourraient être qui pourront alimenter les futurs programmes
(1) Groupe d’experts
intergouvernemental
ainsi confinées dans les roches profondes. de recherche.»
sur l’évolution du climat. En France, les organismes de recherche et les Première phase du processus, le captage. Pas

26 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


question pour l’instant de prélever le CO2 à 1950, elles injectent du CO2 sous pression
la sortie des pots d’échappement ou des sys- pour diminuer la viscosité du pétrole et faci-
tèmes de chauffage individuels, les techno- liter son extraction. Selon le Giec, 675 à
logies ne sont pas adaptées. L’idée est plutôt 900 gigatonnes (milliards de tonnes) de CO2
de le récupérer là où il est émis en grande pourraient être stockées dans le monde. En
quantité : dans les fumées de certaines ins- France, la voie est déjà explorée par Total sur
tallations industrielles (centrales thermiques, le gisement de gaz naturel de Lacq.
hauts-fourneaux, raffineries, cimenteries). Dans le cadre du fonds démonstrateur,
l’Ademe a donné la priorité à une autre voie,
trois procédés. Pour cela, il faut le séparer elle aussi prometteuse, mais qui n’est pas
des autres éléments présents dans les encore testée dans l’Hexagone : le stockage
fumées. Trois procédés peuvent être utilisés. dans les aquifères salins profonds. Ces roches
Le plus au point est le captage en postcom- poreuses, qui contiennent de l’eau salée
bustion, qui consiste à brûler le combustible impropre à la consommation, sont présentes
en présence d’air puis à envoyer les fumées dans tous les bassins sédimentaires. Elles
vers des solvants capables d’absorber le CO2. pourraient donc offrir une grande capacité de
Deuxième solution, l’oxycombustion. Cette stockage. Cependant, on ne sait pas quel est
À Lacq
fois, on brûle le combustible avec de l’oxy- le volume réellement exploitable. (Pyrénées-
gène et non de l’air. On obtient alors des Enfin, derniers réservoirs possibles, cer- Atlantiques),
fumées riches en CO2 avec très peu d’azote. taines veines de charbon inexploitées riches Total capte et

patrick redonnet
injecte du CO2
Le procédé donne de bons résultats, mais la en méthane. En effet, le CO2, ayant une affi- dans le sous-
combustion à l’oxygène, beaucoup plus nité naturelle pour le charbon, se substitue- sol depuis
intense que celle à l’air, est difficile à maîtri- rait au méthane. Cette solution a été aban- janvier 2010.
ser. Enfin, dernière voie possible, la précom- donnée en Europe car les veines y sont très
bustion qui consiste à limiter la production peu perméables, ce qui rend l’injection de
de CO2 en transformant le combustible en CO2 difficile. ce gaz acide
hydrogène. La combustion intense de l’hy- devra être
drogène est elle aussi délicate à opérer. maîtriser les fuites. L’injection du CO2 confiné pendant
Si le captage du CO2 pose quelques problèmes sous terre est donc techniquement réalisable. au moins
techniques, il entraîne aussi une dépense Mais le stockage est-il pérenne ? L’enjeu est mille ans.
énergétique qui augmente les coûts d’exploi- de taille : le CO2 devra être confiné pendant
tation : selon un rapport du Giec publié en au moins mille ans avant que sa concentra-
2005, la consommation en combustible d’une tion dans l’atmosphère ne soit stabilisée. Il est 4 projets
centrale au charbon serait accrue de 24 à 40 % également nécessaire de maîtriser le risque de soutenus
par le captage. Pour rendre le procédé accep- fuites pour garantir la sécurité autour des sites
table par les industriels, il faut donc limiter au de stockage. Le CO2 est un gaz acide qui réa-
par l’Ademe
minimum sa « pénalité énergétique ». C’est git avec les roches des réservoirs : il pourrait y w Stockage à petite
pourquoi l’Ademe soutient, en parallèle du creuser des chemins et migrer vers la surface échelle en aquifère
salin dans le nord
fonds démonstrateur, des recherches desti- ou d’autres compartiments souterrains. «Des de la France
nées à améliorer l’efficacité énergétique du travaux sont menés sur les interactions entre le total
captage, en élaborant par exemple des sol- CO2, la roche et le milieu environnant, précise w Captage, transport
vants plus faciles à régénérer. Nathalie Thybaud. Ces phénomènes sont très et stockage
Deuxième étape : le stockage. Après avoir été complexes : les démonstrateurs sont nécessaires du CO2 d’une unité
capté, le CO2 est transporté via des gazoducs pour voir in situ comment se comporte le gaz sidérurgique
arcelor-mittal
ou des bateaux vers un site de confinement. en sous-sol. » w Captage post-
Plusieurs formations géologiques profondes Pour la plupart des spécialistes, stocker le CO2 combustion
peuvent servir de réservoirs. Les compagnies dans le sous-sol ne peut être qu’une solution EDF, Alstom
pétrolières et gazières proposent d’injecter le de transition liée à l’utilisation des énergies w Captage par
CO2 dans leurs gisements d’hydrocarbures d’origine fossile, dans l’attente de leur substi- givrage-dégivrage
du CO2
épuisés ou en déclin. Elles possèdent déjà les tution par des énergies décarbonées.
alstom
compétences nécessaires : depuis les années julien damier

la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 27


SMART GRID
les ressources

«Il faut
adapter
nos réseaux
électriques »
Le développement de réseaux électriques de transport d’électricité), les objectifs 2020
en termes de pénétration des énergies renou-
intelligents est considéré comme prioritaire velables peuvent être atteints sans problème
par de nombreux pays pour intégrer technique majeur. Plusieurs solutions sont
l’électricité d’origine renouvelable, maîtriser disponibles ou en cours de déploiement
les consommations énergétiques et éviter comme l’automatisation des réseaux, grâce à
les pannes. interview

dr
des compteurs électriques intelligents qui
mesurent et communiquent les consomma-
Pourquoi faut-il adapter les réseaux ? tions en temps réel, grâce à des capteurs, des
Éric Peirano : En Europe, c’est avant tout pour automates et de puissants moyens de com-
intégrer les moyens de production électrique munication, mais aussi avec des moyens de
décentralisés (éolien, photovoltaïque, micro stockage de l’énergie, des systèmes de prévi-
cogénération, etc.), amenés à se développer. sion des productions intermittentes et une
Largement répartis sur le territoire, parfois meilleure maîtrise de la demande d’électricité.
intermittents, ils créent de nouvelles contraintes
dr

Éric Peirano
qui nécessitent de nouveaux modes de gestion Où en est-on côté stockage de l’électricité ?
est responsable des réseaux. Cela passe par des moyens de É.P.: La France dispose de moyens de stockage
R&D Énergies contrôle et de commande novateurs, d’où l’ap- à grande échelle avec ses barrages hydrau-
renouvelables
à l’Ademe.
pellation réseaux intelligents (1). Plus généra- liques dont certains sont des stations de pom-
lement, ces réseaux du futur sont au cœur des page-turbinage (deux lacs de retenue entre les-
enjeux énergétiques : réduction des émissions quels l’eau peut être pompée ou « turbinée »).
de gaz à effet de serre, intégration des éner- Les ballons électriques de production d’eau
gies renouvelables et amélioration de l’effica- chaude sanitaire sont une autre alternative
cité énergétique. Leur développement devra pour stocker de l’énergie électrique restituée
se faire en maintenant le niveau actuel de qua- sous forme de chaleur, et piloter ainsi la
lité de fourniture d’électricité et de sécurité du charge du réseau. À long terme, les véhicules
système électrique. électriques pourraient aussi être un moyen de
stockage à domicile. De nombreux acteurs
Jusqu’où notre réseau peut-il supporter une institutionnels et industriels imaginent de
production d’électricité intermittente ? nouvelles solutions. Leurs études portent bien
É. P. : Répondre à cette question suppose une entendu sur les technologies de stockage,
étude globale du système électrique tenant mais aussi sur les modèles d’affaires associés.
compte des caractéristiques du parc de pro- L’échelle des installations, du barrage à la bat-
duction, des réseaux de transport et de distri- terie individuelle, est un paramètre détermi-
(1) «Smart grids». bution, et de la demande. Selon RTE (Réseau nant. Leur répartition spatiale aussi.

28 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010


ap photo/pat sullivan/sipa
dr

s CenterPoint Energy tent. Dans le secteur résidentiel, le déploie-


installe depuis mars 2009 ment de compteurs communicants comme
plus de 2 millions de
compteurs communicants le Linky (expérimenté dans un quartier lyon-
à Houston (États-Unis). nais et une zone rurale près de Tours) per-
mettra de piloter à distance certains appareils
Les îles semblent être d’excellents selon l’état de charge du réseau. Associés à
terrains d’expérimentation. Quels sont les des dispositifs intelligents (box), ils devraient
projets en cours ? permettre d’informer le client de ses consom-
É. P. : Les contraintes y sont nombreuses mations, de délester des appareils consom-
(faible possibilité de mutualisation, coûts de mateurs pendant les pointes, et de prendre
production importants, taux de pénétration en compte l’injection du courant vers le
s Linky remplacera
les anciens compteurs des énergies renouvelables élevé…). L’Ademe réseau pour favoriser la production d’énergie
équipant actuellement et ses partenaires ont financé un projet de décentralisée. Les modèles d’affaires restent
les foyers français stockage électrochimique à moyenne échelle cependant à développer. Là aussi, de nom-
et pilotera à distance
certains apareils avec une batterie sodium-soufre à la Réunion breuses expérimentations sont en cours,
selon l’état de charge et de stockage réparti à petite échelle avec des notamment en Italie et aux États-Unis.
du réseau électrique. batteries lithium-ion à la Guadeloupe. Partout,
les expérimentations se multiplient (Japon, Qu’en est-il des économies d’énergie ?
États-Unis, Allemagne), selon la spécificité de É. P. : L’Ademe travaille de longue date sur les
chaque pays : son parc de production, la topo- actions statiques : promotion des appareils
« ces réseaux logie de son réseau, son climat, ses consom- électriques les plus efficaces comme dans
du futur mations, etc. l’électroménager et l’éclairage, modulation des
sont au cœur usages électriques responsables des pointes,
des enjeux Qu’envisage-t-on pour maîtriser la demande ? changement des comportements, etc. Pour les
énergétiques. » É. P. : Il y a deux modes d’action. D’une part, actions dynamiques, des expérimentations à
les actions « statiques », un travail sur le long grande échelle se multiplient selon la spécifi-
terme sur les consommations et le dimen- cité de chaque pays. Les États-Unis sont assez
sionnement de l’infrastructure. Cela va de la précurseurs, principalement en raison de la
promotion des appareils électriques éco- topologie de leur réseau et de la grande effer-
nomes aux actions de planification sur un ter- vescence de leur industrie des technologies de
ritoire. D’autre part, les actions «  dyna- l’information et de la communication. Les
miques », autrement dit le pilotage en temps déploiements à grande échelle sont attendus
réel des flux électriques (charges). De nom- entre 2012 et 2015. Il faudra veiller à ce que
breuses expérimentations ont été menées tous les consommateurs puissent en profiter.
dans le secteur tertiaire, et des solutions exis- propos recueillis par isabelle bellin

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L’AVENIR
sources énergétiques fossiles y contribuera,
Se préparer mais si nous ne voulons pas seulement subir
ces contraintes et les crises qu’elles laissent
présager, il nous faut préparer ce monde de
à l’horizon 2050 demain et tout bonnement l’inventer.

un monde souhaitable. Certaines avan-


cées scientifiques pénètrent de plus en plus
Quelles options technologiques permettront vite nos économies et nos sociétés, à l’image
de répondre aux enjeux économiques, des développements spectaculaires des usages
écologiques et sociétaux de 2050 ? quotidiens des technologies de l’information
et de la communication ou des progrès des
Les visions prospectives de l’Ademe sciences de la vie pour de nouvelles applica-
en matière d’énergie sont autant de pistes tions médicales. Dès lors, 2050 peut nous
de réflexion et d’expérimentation. sembler encore loin. Pourtant, d’autres tech-
nologies sont bien plus lentes à diffuser,
comme dans l’habitat : les deux tiers des bâti-
n 2050, nous devrons avoir réduit nos ments qui existeront en 2050 sont déjà

E émissions de gaz à effet de serre par un


facteur 2 sur le plan mondial, par un fac-
teur 4 dans les pays développés, si nous
voulons éviter que le réchauffement de la pla-
construits, compte tenu du très faible taux de
renouvellement du parc. Quant aux véhicules,
sachant qu’une nouvelle technologie met
trente ans avant d’être intégrée dans tous les
nète nous entraîne de façon irréversible dans véhicules en circulation, en 2050 ils bénéficie-
des situations de désordres climatiques ront de celles qui auront été développées
incontrôlés. C’est la première fois dans l’his- depuis le début des années 2000, depuis que
toire des sciences qu’un objectif quantitatif l’enjeu de la sobriété est au premier plan des
est fixé à si long terme pour orienter les préoccupations. D’autres technologies encore,
recherches. Ce défi s’adresse à l’ensemble de comme les usages spécifiques de l’électricité
la communauté scientifique internationale : (informatique, télécommunications notam-
comment faire émerger un monde vivable ment), sont prometteuses, par exemple pour
pour l’ensemble de la population mondiale réduire les déplacements. Mais ce sont celles
tout en réduisant de façon si profonde nos dont la croissance en matière de consomma-
émissions de CO2 et nos consommations tion est la plus forte. Il nous faut donc antici-
d’énergie  ? Certes, la raréfaction des res- per leur développement avec les technologies
les plus sobres en énergie.
Il n’est pas nécessaire d’attendre des révolu-
tions scientifiques pour imaginer un monde
sobre en énergie et en carbone. De nom-
breuses options existent dans les laboratoires.
Toutes ne se matérialiseront pas pour autant.
Chacune a ses atouts mais aussi ses barrières
ou ses verrous d’ordre scientifique, technique,
économique et aussi sociologique. Amé-
liorer l’efficacité énergétique est
photononstop

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nécessaire, mais il nous faudra également
faire émerger de nouvelles filières d’énergies
renouvelables. Peut-être aurons-nous besoin
d’options transitoires comme le stockage du
CO2 dans le sous-sol. Encore faut-il que ces
solutions soient « acceptables » et correspon-
dent à un monde souhaitable.
Face à cette équation, un enjeu à long terme
et une large panoplie de réponses technolo-
giques et organisationnelles, il nous faut éla-
borer les visions collectives et partagées d’un
2050 acceptable et enviable. Cet exercice de
prospective a été engagé par l’Ademe depuis
deux ans dans le domaine des nouvelles tech-
m. cheung/featurechina/ropi-rea

nologies de l’énergie. Nous avons réuni des


experts de différents domaines, afin de réali-
ser des feuilles de route stratégiques. Autant
de visions de ce que serait en 2050 le déploie-
ment d’une technologie ou plus générale-
ment d’une option technologique dans un
monde « facteur 4 ». Cela permet d’identifier
les obstacles, des verrous techniques à lever,
des coûts à réduire mais aussi de vérifier l’ac- s Mini-voiture électricité disponible à domicile qui pourrait
ceptabilité des solutions, puis d’orienter et de électrique gérée bien devenir une option importante lorsque
en réseau, prototype
programmer la R&D en conséquence. Au- présenté par l’électricité sera rare et chère…
delà de cela, ces visions éclairent les enjeux General Motors Ces visions font aussi émerger de nouvelles
de société liés au déploiement des différentes à l’Exposition questions : est-on bien certain que ces techno-
universelle
technologies. de Shanghai. logies seront accessibles au plus grand nom-
bre ou seront-elles limitées à une « élite »,
nombreuses alternatives. Ainsi, le déve- obérant ainsi leur impact sociétal et global ?
loppement des réseaux électriques intelli- Va-t-on vers une société où toutes les fonction-
gents nous permettra d’accroître la produc- nalités seront individualisées au niveau de
tion d’énergies renouvelables décentralisées consommateurs indifférenciés sur tout le ter-
en palliant leur caractère intermittent. Ils au-delà ritoire, la gestion des ressources restant cen-
valoriseront mieux l’électricité produite par des options tralisée et peu flexible, ou irons-nous vers des
les éoliennes ou les panneaux photovol- techniques, options de mutualisation locale des produc-
taïques, mais cela au prix de modifications de de véritables tions décentralisées et des usages  ? En
certaines de nos habitudes : la mise en route choix de société matière de mobilité urbaine, par exemple,
du chauffe-eau ou de la machine à laver pour- doivent être l’avenir est-il aux véhicules très performants
rait ainsi être reportée à un moment où la posés dès en propriété individuelle ou à des services de
production d’électricité renouvelable est dis- maintenant. mobilité avec des véhicules en propriété par-
ponible. Cela se traduira par des économies, tagée ? Ces différentes visions montrent bien
mais nous devrons nous y adapter. que les alternatives sont nombreuses. Au-delà
Autre exemple : avec des bâtiments à énergie des options techniques, de véritables choix de
positive, les occupants deviendront des pro- société doivent être posés dès maintenant.
ducteurs d’énergies renouvelables. Ils pour- Cela passe par des expérimentations en gran-
ront consommer l’électricité, la revendre au deur réelle avec la participation des citoyens
réseau, ou encore la stocker, pourquoi pas ?, pour éclairer de véritables choix démocra-
dans un véhicule électrique qui servirait alors tiques.
de générateur électrique lorsque nous n’au- françois moisan
rons pas besoin de nous déplacer. Une Directeur scientifique de l’Ademe

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