Vous êtes sur la page 1sur 6

CONTRAT AKILEE

Le plus gros scandale à la Senelec

La team AKILEE SA en compagnie du ministre du Pétrole et des Énergies du Sénégal, Mouhamadou Makhtar Cissé.

Le contrat signé entre la Senelec et la société privée Akilee, le 11 février 2019,


cache des énormités qui devraient interpeler la conscience de ses auteurs.
Dans tous les sens, ce contrat a été signé au détriment des intérêts de l’État
du Sénégal. Il ne s’agit pas moins d’une spoliation des services capitaux de
l’entreprise. La Senelec a été dépouillée, spoliée par ce contrat au profit
d’Akilee, qui se substitue à la société dans presque tous les domaines
stratégiques. Comment Mouhamadou Makhtar Cissé a-t-il pu signer un contrat
pareil ? Ce n’est pas trop de dire que c’est le plus gros scandale au niveau de
la Senelec, depuis sa création. Car, il s’agit d’un acte signé pour 10 ans, en
faveur d’une entreprise sans référence connue.
La première anomalie, c’est que le contrat a été signé, le 11 février 2019, en pleine
campagne électorale. Pourquoi attendre que tout le pays soit en campagne électorale,
pour la Présidentielle de février 2019, pour signer un contrat aussi important avec des
retombées financières énormes ? Seul l’actuel ministre du Pétrole, Mouhamadou Makhtar
Cissé, pourra répondre à cette question. Pour avoir plus d’éléments sur ce contrat, nous
lui avions envoyé un mail, le 24 août 2017 à 14h26mn, pour vérifier certaines
informations. Mais, deux ans après, l’ancien Directeur général de la Senelec continue à
refuser de nous répondre, se réfugiant derrière des soupçons infondés, pour quelqu’un
qui gère des affaires publiques.
La seconde anomalie, c’est qu’il est écrit, sur la page de garde du document, que le
contrat a été signé «sur autorisation du Conseil d’Administration, en date du 27 décembre
2018». Alors qu’à la page 3, il est écrit : «Considérant que, par autorisation de son conseil
d’administration en date du 27 décembre 2016…». Là, on aimerait savoir la date exacte
de la tenue du Conseil d’Administration qui a autorisé la signature de ce contrat avec
Akilee ? Puisqu’entre les deux dates, il y a un intervalle de deux ans.
Il s’agit d’un contrat «pour le déploiement et l’exploitation d’un système de comptage
intelligent pour la Senelec». Dans les exposés des motifs, les deux parties ont essayé
d’apporter des arguments pour soutenir l’importance de signer ce contrat. Toute
l’argumentation repose sur une volonté manifeste de remettre en cause tout l’écosystème
de la Senelec, tant sur le plan financier, logistique qu’organisationnel. Et, Akilee est
présentée comme l’entreprise qui va apporter des solutions pour sauver la Senelec.
«Considérant que, malgré ses efforts considérables de rétablissement de sa capacité de
production et sa performance financière observée ces dernières années, Senelec perd,
chaque année, des ressources considérables, du fait de la persistance d’un niveau très
élevé de pertes (techniques et non techniques), lesquelles la privent, et ce depuis plus
de 10 ans, de seize à dix-sept pour cent (16 à 17%) de la valeur de l’électricité qu’elle
produit». Ce paragraphe laisse croire qu’Akilee dispose des solutions idoines pour limiter
les pertes au niveau de la Senelec.
Mouhamadou Makhtar Cissé et Amadou Ly poursuivent leur plaidoirie afin de mieux
positionner Akilee comme unique alternative. Et l’actuel ministre du Pétrole, qui justifie,
par ce paragraphe suivant, la pertinence de contrat, ira jusqu’à remettre en cause les
capacités de la Senelec, justifiant son recours auprès d’Amadou Ly. Les deux parties
écrivent : «Considérant l’inefficacité des moyens actuellement utilisés pour réduire ces
pertes, alors même que de nos jours, avec le développement des réseaux intelligents
(smartgrids), l’industrie électrique dispose des ressources technologiques adaptées à
l’identification, la localisation et la réduction drastique des pertes, notamment celles non
techniques jusqu’ici difficiles à localiser et à maitriser». M. Cissé dira que les moyens
utilisés par la Senelec sont «inefficaces».

Akilee n’est pas une filiale de la Senelec


En outre, les deux Parties ont écrit : «Considérant qu’à l’image des opérateurs électriciens
les plus avancés au monde (EDF, Enel, Engie…), qui ont fait le choix de développer des
services à forte valeur ajoutée à travers leurs filiales, Senelec entend reproduire le même
modèle, en vue de moderniser son Système de Comptage, d’accroître sa performance
opérationnelle et de diversifier ses revenus». Il est important de signaler qu’Akilee n’est
pas une filiale de la Senelec, qui ne détient que 34%. Pour que cette entreprise soit
réellement une filiale de la Senelec, il faudrait que la société nationale détienne 50% ou
plus des parts d’Akilee. Cette précision est importante.
L’ancien Directeur général de la Senelec et Amadou Ly disent vouloir reproduire «le même
modèle» qu’EDF, Engie, Edel. Mais il fallait faire un appel à concurrence ouvert. Cela allait
rendre la procédure d’attribution plus transparente, en respectant le Code des Marchés
publics. Dans la mesure où, la Senelec pouvait avoir la solution proposée par Akilee dans
des conditions financières beaucoup plus rentables pour l’entreprise, avec toutes les
garanties de succès et de sécurité.
Le point 6 du contrat prouve qu’Akilee n’est pas une filiale de Senelec. Il stipule :
«Considérant que, par autorisation du son Conseil d’Administration, en date du 27
décembre 2016, Senelec a pris une participation importante (34%) dans le capital
d’Akilee, pour mettre en place un véhicule sûr, vecteur de développement des outils et
améliorations technologiques conforme à un des axes de son plan stratégique, d’autant
que Akilee est une société hautement qualifiée dans le domaine des technologies,
notamment celui de l’exploitation et de l’appropriation des systèmes de comptage
intelligent». La prise de participation ou le placement s’effectuent dans une société où la
majorité des parts est déjà contrôlée par un tiers. Dans ce cas précis, Akilee ne peut pas
être une filiale, parce que Senelec a juste pris une participation. C’est à l’image d’Excellec
et de Simelec…
Comment les deux Parties peuvent-elles écrire que «Akilee est une société hautement
qualifiée dans le domaine des technologies, notamment celui de l’exploitation et de
l’appropriation des systèmes de comptage intelligent » ? Cette question est suscitée par
la date de création d’Akilee, qui a vu le jour le 09 juin 2017, avec un registre de commerce
numéro : SNDKR2017B15211, NINEA : 006405402. On aimerait connaître l’expérience de
cette entreprise, qui est née en 2017 et qui a gagné un contrat de 187 milliard de franc
FCA. Le plus étonnant c’est aussi l’adresse de Akilee qui figure sur la déclaration à l’Apix.
Akilee à la même adresse que Senelec siège. Car il est mis : Siège social: 28 Rue Vincens,
BP 93. Est-ce une coïncidence ? C’est au moment de la signature du contrat qu’Amadou
Ly a déménagé à la Cité Keur Gorgui.
Dans le point 7, il est écrit : «Considérant l’absence d’une stratégie avérée d’utilisation
des meilleures solutions disponibles sur le marché, Senelec court le risque de perdre près
de 1.273,4 milliards de francs CFA comme établi dans l’Annexe1, dont 636,7 milliards de
franc CFA sont estimés comme provenant des pertes non techniques (erreur de
facturation, fraude, anomalies sur compteurs etc.)». Invité sur une radio de la place, le
Directeur général d’Akilee, Amadou Ly, a dit vouloir chercher «500 milliards sur les 1273
milliards de pertes» prévues. Mais, il n’a pas dit comment ces 500 milliards seront répartis
entre son entreprise et la Senelec. Il semble que c’est 40% de ce gain que la Senelec devrait
réaliser, en faisant les investissements nécessaires qui risqueraient de revenir à Akilee.
Le Point 09 dit : «Considérant que Senelec utilise actuellement un parc de Compteurs (environ
1.430.000 projetés à fin 2018), qui sont dans leur quasi-totalité non intelligents, ne répondant
donc pas à la nouvelle stratégie de l’entreprise, avec des processus d’approvisionnement longs
et coûteux, auxquels se rajoutent les réticences des fournisseurs à partager leurs codes
sources, ce qui maintient Senelec dans le rôle très passif d’utilisateur d’un système qu’elle ne
maitrise pas».
Là, les deux Parties tentent mal de justifier leur forfaiture, car Akilee n’apporte rien de nouveau
que la Senelec ne pouvait pas avoir. Les compteurs intelligents étaient accessibles à la Senelec,
si un appel d’offres avait été lancé, et à un moindre coût. En outre, avant l’arrivée d’Akilee,
d’autres fournisseurs travaillaient avec la Senelec. La société d’Amadou Ly joue presque le rôle
d’intermédiaire entre la Senelec et ses fournisseurs. D’ailleurs, l’un des deux fournisseurs de la
Senelec avait déjà fait les mêmes propositions à Mouhamadou Makhtar Cissé, alors Directeur
général, dans une lettre date du 27 juillet 2015. D’ailleurs, une partie des propositions faites
par ce fournisseur est très visible dans le contrat reproduit par Akilee.
Sur le Point 12, on peut : «Considérant que les Parties ont signé le 02 octobre 2017 (une
convention de partenariat définissant le cadre général de la collaboration que les deux sociétés
souhaitent entretenir en matière de : facilitation de l’exploitation commerciale, facilitation de
l’exploitation de la distribution, mise à disposition de nouveau leviers pour optimiser les
investissements de Senelec, notamment dans le commercial et la production…». Cette
disposition du contrat externalise certains services de Senelec au bénéfice d’Akilee.
Et pourtant, dans une réforme proposée en 2010, il était prévu la création d’un holding avec
quatre filiales, dont l’une pouvait faire ce travail confié à Amadou Ly, avec autant de pertes
pour l’entreprise. Dans ce contrat, la Senelec a beaucoup à perdre, dans la mesure où tout le
gain d’Akilee devrait revenir à la Senelec, qui a les capacités de réaliser ce projet sans une
expertise extérieure. L’externalisation de l’essentiel des services de la Senelec constitue une
dérive dans la gestion de Mouhamadou Makhtar Cissé, avec la complicité du Conseil
d’Administration, qui semble avoir donné son accord sans apprécier le contrat au préalable ?
Le Point 13 dit : «Considérant que, par le truchement de cette convention, mais surtout grâce
à sa présence dans le capital d’Akilee, (dont le Conseil d’Administration est dirigé par un haut
cadre de Senelec), Senelec dispose d’un véhicule léger qui lui permettra d’investir le domaine
des services énergétiques à haute valeur ajoutée, avec toute l’agilité requise par ce marché
complexe et cerné par des barrières élevées à l’entrée, un marché dominé par des grandes
entreprises étrangères qui imposent à Senelec une relation classique client-fournisseur, basée
sur une logique de simple utilisation et non de transfert de la technologie ». Ce paragraphe
s’oppose à d’autres dispositifs du contrat qui prouvent que Akilee est propriétaire exclusif de
toute la technologie. Et pourtant, c’est la Senelec qui lui offre toute la garantie nécessaire pour
s’acquitter de sa mission.
Ce contrat est déséquilibré, dans la mesure où il n’est pas à l’avantage de Senelec. Akilee ne
dispose pas de moyens financiers pouvant lui permettre d’assurer cette mission, malgré le
choix exclusif porté sur lui. Amadou Ly cherche le financement pour acheter les équipements
d’environ 120 milliards de francs CFA, avec la garantie de la Senelec. Dans ce cas, n’est-il pas
plus facile pour la Senelec d’acquérir elle-même les équipements ? D’autant plus que c’est
Senelec qui prête son personnel à Akilee. Ce contrat a permis à Akilee de dépouiller la
substance même des services dévolus à Senelec.
Le Point 16 dit : «Considérant que ce projet, qui aura comme support matériel une
infrastructure de comptage avancé de l’électricité à déployer sur tout le territoire national,
poursuit les principaux objectifs suivants : équiper les clients de Senelec en compteurs
intelligents, dont le contenu en technologie et les performances techniques seront d’un
niveau jusqu’ici jamais connu au Sénégal». Il faut comprendre que ce n’est pas inédit, vu
que Makhtar Cissé a préféré offrir directement le fromage à Amadou Ly. Puisqu’en lançant
un appel d’offres, le coût allait connaître une baisse. Mieux encore, Senelec pouvait
financer et réaliser ce projet, sans chercher à ailleurs. On peut s’interroger sur le bon de
commande de près de 2.700.000 compteurs. Il faut rappeler le premier lot de 5.000
compteurs a été financé par la Chine. La Banque mondiale avait également lancé un appel
d’offres pour l’acquisition de 300.000 compteurs. C’est par la suite que la Senelec a
commencé à acheter ses propres compteurs, chez les mêmes fournisseurs. A suivre…

AFFAIRE AKILEE

Depuis deux ans, Makhtar Cissé refuse de nous


répondre

C’est le jeudi 24 août 2017 à 14h26 que nous avions envoyé un mail à
Mouhamadou Makhtar Cissé, alors Directeur général de la Senelec. Plus de
deux ans après, nous attendons toujours ses réponses.

VOICI LE MAIL :
«Bonsoir Monsieur le Directeur,
Je m'appelle Michel DIOUF. Je suis journaliste au quotidien DAKARTIMES. J'ai eu votre
adresse mail par le biais de notre Directeur, Mouth BANE. Je voudrais faire un article sur
la société : AKILEE SA. Nous voudrions savoir :
1- Qui sont les actionnaires de la société AKILEE SA ?
2- Comment les Experts Amadou Ly et Samba Laobé Ndiaye ont été sélectionnés pour la
réalisation du projet ?
3- Quels rôles jouent Eric Berthaurd et Bruno Lejossec ?
4- Nous avons appris que la SENELEC détient 34 pour cent des actions de AKILEE. Qui
sont les autres actionnaires ?
5- Combien la solution proposée par AKILEE a coûté à la SENELEC ?
Monsieur le Directeur général nous vous remercions d'avance».
SOURCE : DAKARTIMES