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THE UNIVERSITY
OF ILLINOIS
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PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME VIII — 3« PARTIE
Il a été tiré de cet ouvrage :

200 exemplaires sur papier pur fil Lajuma


numérotés à la presse de 1 à 200.
COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE
publiée sous le
patronage de {'ASSOCIATION GUILLAUME BUDÉ

PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
'
TOME VIII — 3« PARTIE
LE SOPHISTE

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT


pu

Auguste DIÈS
Chanoine Honoraire de Rennes
Professeur aux Facultés catholiques de l'Ouest.

PARIS
SOCIÉTÉ D'ÉDITION « LES BELLES LETTRES »

95, BOULE VARD RASPAIL


10,25
Tous droit* réserves.
Conformément aux statuts de l'Association Guillaume
Budé, ce volume a soumis à l'approbation de la
été

commission technique, qui a chargé MM. Albert Rivaud


et Louis Lemarchand d'en faire la revision et d'en sur-
veiller la correction en collaboration avec M. Auguste
Diès.
V. ?3

Lfî SOPHISTE

\.

VIII. 3. —
589728 i
NOTICE

OBJET ET PLAN DU DIALOGUE

i ne formule de Th. Gomperz exprime heureusement l'ap-


parente disparate et l'étroite connexion des deux parties du
Sophiste l'une est le fruit, l'autre la coque'. Le fruit, c'est la
:

démonstration de la posssibilité de l'erreur, fondée sur la


reconnaissance d'une certaine réalité du non-être. La coque,
ce sont les définitions du sophiste. Mais, entre la coque et le
fruit, il y a continuité de structure dans son plan général
:

aussi bien que dans ses discussions particulières, le Sophiste


2
est savamment construit .

D'abord un prologue. Théétète et Théodore viennent au


rendez-vous que Socrate leur a donné la veille. Le premier est
naturellement accompagné de son ami d'études, Socrate le
Jeune, ici encore assistant muet, et dont on prépare, depuis
le Théétète, la
prochaine apparition comme répondant dans
les discussions du Politique et du Philosophe. Mais Théodore

amène, cette fois, un étranger. L'école de Platon recevait


fréquemment alors de tels visiteurs, venant, par exemple,
d'Italie ou de la Sicile: la comédie contemporaine nous rend

parfois l'écho moqueur de ces visites et des conversations


scientifiques dont elles sont l'occasion, et les élèves de Platon
tlevaient goûter, dans ces fictions essentielles au dialogue, la

i. Les Penseurs delà Grèce, A. Reymond, JI, p. 5ga.


Irait.

2. L'authenticité du Sophiste
suffisamment attestée par les allu-
est
sions précises d'Aristote (Met. K, 8, 1064 b ao-N, a, 1089 a 3» et

suiv.) et ses emprunts mômes (Met. B, 1000 a 9 et suiv. comparé à



Soph. a^3 a).
2 68 LE SOPHISTE

transposition de leur vie journalière en scènes d'un lointain


passé Cette fois l'étranger vient d'Elée. Il a vécu là-bas
1
.

parmi de Parmènide et de Zenon. Fervent de


les disciples

leur doctrine, cependant pas un de ces éristiques de


il n'est
la « gauche zénonienne » contre lesquels le Socrate de Platon

se met ici spontanément sur la défensive, défensive que nous


avons déjà vue, plusieurs fois, très agressivement militante.
Ce que le jeune Socrate du Parmènide n'était point en âge
de faire, ce que le Socrate vieillard du Tkéétète, par un hom-
mage de reconnaissance et d'admiration pour son noble
adversaire du Parmènide, ne
voulait point faire, l'étranger
éléate le fera après bien des hésitations, il se résoudra au
:

«
parricide » et réfutera la thèse fondamentale de Parmè-
nide. Mais, présentement, on ne lui demande que de répondre
à cette question d'aspect inoffensif comment définit-on, là- :

bas, et comment distingue-t-on entre eux le sophiste, le poli-


tique, philosophe? Après les excuses d'usage sur la nou-
le

veauté et la difficulté d'une telle enquête, l'Étranger aborde,

la définition du
pour commencer, sophiste (216 a-218 b).
Précisément parce que le sophiste est difficile à définir, on
va d'abord essayer, sur un sujet de peu d'importance et banal,
mais qui offre matière à de multiples et instructives distinc-

tions, laméthode logique appropriée à la présente recherche.


On commencera donc par définir le pêcheur à la ligne, et
l'on trouvera, par une série de divisions qui la poursuivent à
travers les embranchements de l'art d'acquisition, que la

pèche à la ligne est chasse à ce qui vit dans l'humide, mais


chasse par blessure et traction de la proie au moven d'une

ligne hameçonnée (218 c-221 c).


Sur ce modèle, on essaiera maintenant la définition du
sophiste. On poursuivra pareillement celui-ci, chasseur qui
devient ici
gibier et gibier très retors, à travers de nouveaux
embranchements de l'art d'acquisition. Six définitions seront
ainsi successivement obtenues, que l'on récapitulera soigneu-
sement à la fin de celte longue poursuite. Chasseur intéressé

1. Voir, dans Athénée II, 09 il, le petit tableau de comédie du

poète Epicratc : un médecin de Sicile assiste aux « divisions et clas-


sifications »auxquelles travaillent les élèves de l'Académie. Nous
reviendrons à ce morceau, à propos du Politique, en étudiant la mé-
thode des divisions.
NOTICE 269

de jeunes gens riches, gros commerçant en enseignements qui


se rapportent à l'âme, petit détaillant ou fabricant-vendeur
de ces mômes enseignements, athlète de l'éristique passé
maître aux combats de paroles, enfin sorte de médecin do
l'âme qui sait la purifier par la réfutation, voilà l'espèce
ondoyante et diverse qu'est le sophiste (221 c-23i e).
C'est à la cinquième de ces définitions que se noue la

démonstration centrale. Le sophiste nous y apparaît, en


effet, comme magicien de paroles il rend vrai ce qui est
:

faux, il fait être ce qui n'est pas. Ainsi nous sommes con-
traints de démontrer qu'il y a non-être dans la réalité comme
dans l'opinion et le discours.
Donc deux parties nettement distinctes réalité du non- :

ètre (23~ a-25g d), possibilité de la fausseté dans le discours


et
l'opinion (260 a-264 b). La première partie est la plus
développée. Elle se divise en quatre sections i° l'erreur et :

le
problème du non-être (287 a-242 b) 2 la critique des ;

théories de l'être (242 c-25o e) 3" le problème de la prédi-


;

cation et le principe de la communauté des genres (261 a-


254 b); 4° la réalité et la nature du non-être (254 c-25q, d).
Quand on de cette réalité du non-être, l'application
a fait,
à la dans le discours, l'opinion et
possibilité de l'erreur
l'imagination, on peut revenir aux définitions du sophiste,
dont l'art est essentiellement un art de tromperie.
On reprend donc les divisions de l'art d'acquisition pour
fixer à nouveau le sophiste dans l'art d'imitation ou mimé-

tique. On « renoue ensemble, de bout en bout, à reculons,


les éléments de son nom », et l'on achève ainsi l'arbre généa-

logique de ce magicien de paroles (264 c-268 d).

II
\
LES DÉFINITIONS

Platon a lui-même récapitulé ces défini-


Les définitions iiom / a ^,
j.^ a ). _ Le sophiste est
du sophiste • •
, , . 1
* chassour intéressé de jeunes gens
et les dialogues re
antérieurs. riches ». (i Apelt a déj;i
définition)
remarqué, dans Cynégétique de Xéno-
le

phon, la
frappante répétition de cette formule « <A uiv :
LE SOPHISTE
vî'ouç toçpwvt» » (Cynèg. c. i3). On
yàf tUfiiKOÎi TiAûifîtovç km)
n'a pas prendre parli dans la question de l'authenticité
ici à
du Cynégétique, regardé par beaucoup comme apocryphe,
mais que Miinscher lient encore pour authentique et, d'ail-
leurs, postérieur à 386 Mais le Banquet de Platon nous pré-
l
.

sente l'Amour, d'une part comme un chasseur habile, d'autre

part comme vin « habile magicien, fabricant de charmes et


sophiste » (ao3 d). Le Lysis dépeignait déjà l'amoureux
comme un chasseur (206 a) et ce lieu commun n'a, naturel-
lement, rien de strictement platonicien. — La définition du
sophiste comme commerçant d'enseignement, soit en gros,
soit en détail (2 e 3 e ,
et 4
e
définitions), est comme un lieu com-
mun des dialogues. La République oppose son étudiant-philo-

sophe, qui ne cherchera dans la « logistique » ou science du


calcul qu'une préparation à la dialectique, à ceux qui la pra-
tiquent seulement en vue du gros commerce ou delà vente
au petit détail « co; Èu.-o';cu; r xztt/jAou; aïÀîTfovTX; » (5a5 c).
:
t

Le ProLagoras avait dit, bien auparavant ceux qui s'en vont :

de ville en ville achetant et revendant au détail les diverses


sortes d'enseignements (o ~'x uxOt^axtx r.î^.dyo-nz; x«7à xàç
;
.

TtwXouvTs; wct x.xtzt/.evovtc;) ne savent pas toujours


Ttt'ÀEir atott

si leur marchandise est saine (3i3 d). Le mot aù-roTrcoXr,;


n'apparaît que dans le Sophiste et le Politique.
— Nous ne
retrouvons pas ailleurs la cinquième définition du sophiste :

athlète au combat de paroles. Mais elle était préparée par la

comparaison naturelle des joutes rhétoriques avec les com-


bats gymnasliques le Gorgias fait développer celte compa-
:

raison parle grand ancêtre des rhéteurs (456 d). Quand —


définition nous montre le sophiste,
la sixième avec toutes les
réserves cju'il faudra pour le distinguer du véritable dialecti-
cien, sous la figure du purificateur, nous nous rappelons
que, dans le Cralyle, le sophiste est, à côté du prêtre, le

représentant de la cathartique (3g7 a). Le vieux sens du mot


sophiste, avec ce qu'il comporte de science et d'adresse, est le
fond de celle comparaison du sophiste avec le dialecticien

1. l'auh-YYissusva-krull :
Realencyclopadn- 1\. 2 (1916), art.

Isokratcs, col.aiSô. Si le Cynégétique n'est pas authentique, ce qui

paraît être l'opinion la plus générale, il appartient pourtant encore


au iv c siècle. Il contient plusieurs autres expressions parallèles —
ou empruntées — à celles du Sophiste.
NOTICE ,71

dans noire dialogue. Hadès est ainsi, dans le Cralyle, a le

parfait sophiste cl le bienfaiteur suprême », en même temps


qu'il est philosophe parce qu'il ne veut avoir contact qu'avec
des âmes purifiées (4o3 e, 4o4 a). —
Mais la cinquième défi-
nition donne lieu, quand on la reprend pour introduire la
discussion centrale, à une étude approfondie de la mimé-

tique. Dans la République (096 c), comme


dans le Sophiste
(233 e et suiw), on réfute les prétentions d'omniscience du
sophiste par une comparaison avec les prétentions omnicréa-
Irices du magicien Les simulacres que l'on montre de loin
1
.

aux jeunes gens (Soph. 234 h Rèp. 5g8 b/c), la définition


;

de l'imitateur comme magicien (Rèp. 5g8 d), la définition


de son art comme noHtz, l'illusion produite par les peintures
en perspective, le rôle du faiseur de prodiges (Rèp. 602 b-
t)02 d), celui des fabricants d'images (Rép. 5i4 b-Goô c),
tous ces détails sur les reflets des eaux (5 10 a), sur les
simulacres produits par la magie (Rèp. 584 a), sur l'irréalité
essentielle de tout ce qui est image (Rèp. 597), tous ces

parallèles que montre une lecture, même


rapide, du Sophiste,
illustrent la façon dont notre dialogue s'est bâti. Tout l'appa-
reil d'exemples matériels ou moraux que traînait avec lui le

problème de l'erreur se trouve naturellement utilisé pour


condenser dans la personne du sophiste toutes les puissances
créatrices d'illusion, et poser le problème de l'erreur comme

problème de la réalité du non-ètre (23:? a-2/11 e).

n
i Bien que le Sophiste soit, au point de
La méth
^ nti{
.

ue
vue doctrinal, plein d'emprunts ou d'al-
lusions aux dialogues du platonisme

classique, on pourrait dire que l'horizon littéraire du dia-


logue est un passé tout proche c'est vers le Théétète et le
:

Parmênide que l'Étranger du Sophiste paraît orienter le plus


directement ses allusions. Il serait peut-être difficile d'affir-
mer que, dans l'opposition entre les deux éristiques, celle
qui vise et réalise le profit et celle qui pousse le désintéresse-

ment jusqu'au «
gaspillage » (Soph. 2.2b d), l'Eléate ne pense
qu'à la dialectique dont le Parmênide (1 35 d) nous dit que le

vulgaire la traite de « bavardage». L'Apoloyie a depuis long-

1. La puissance magique du Ào'yo: fait le fond des développements


de YHélhne de Gorgias.
a72 LE SOPHISTE

temps fait
gloire à Socrate de la pauvreté dont la comédie
faisait raillerie. Mais, si claires que soient les allusions du
Phédon à ces railleries et la
glorification du «
bavardage
scientiûque » dans le Phèdre, c'est dans le Parménide que l'on
a, le plus directement, identifié, à ce bavardage, la véritable

dialectique. Celle qui remplit la seconde partie de ce dialogue


est bien, en tout cas, celle où l'on met le moins, « dans sa
manière de dire, l'agrément qui captive » '. Ce que l'on peut
affirmer sans crainte, c'est que, dans l'opposition qu'établit
le Sophiste entre les deux méthodes d'éducation (229 e-23o e),
Platon a directement en vue le Théétète et la maïeu tique. La
vieille métbode ici condamnée comme inopérante est, d'ail-

que prônait le Protagoras (32^ a-326 e). C'est à ce


leurs, celle

développement qu'est pris aussi le rôle de la justice corrective


(Soph. 229 a; Prolag. 32G e). Mais ce qu'on oppose à cette
méthode d'admonestation ou de châtiment, c'est directement
la méthode dont le Théétèle a donné et le nom et l'illustra-

tion continue : c'est la réfutation socratique telle qu'elle esl

pratiquée sur jeune Théétète, avec les résultats qui sont ici
le

décrits de la même manière qu'à la fin du Théétète. Aussi


l'Eléatesc refuse-t-il à l'attribuer aux sophistes. On peut croire

que Platon vise ici, dans ces sophistes si proches en appa-


rence de la socratique, des socratiques rivaux. Mais l'éristique
représentée, pour la tradition, principalement par les Méga-
riques, a dû être, de très bonne heure, la
marque de la dialec-

tique éléate, et Platon peut garder, à cette revue historique


des méthodes, son orientation toute générale. Notons, au
passage, que ce rappel de la maïeulique telle que la décrit le
Théétète sera fait même après la démonstration de la réalité

du non-être : alors on montrera, dans les difficultés élevées


sur le problème de
prédication, le premier fruit abortif
la

d'âmes qui viennent à peine de prendre contact avec le réel


( 2 5 9 d).

Quelque chose de plus important que la méthode scien-


tifique elle-même esl l'esprit scientifique, et Campbell a


heureusement rapproché le couplet du Sophiste sur a l'impar-
tialité scientifique » (227 a-227 c) de l'avertissement que

donne Parménide au jeune Socrate, épouvanté d'avoir à


admettre une forme en soi de la boue « un jour viendra :

1.
Soplt.
2>Ô il.
NOTICE 27."»

où tu ne mépriseras plus rien de tout cela » ÇParm. i3o e)


Le philosophe qui cherche à se constituer une méthode, le
savant qui s'exerce à des problèmes préliminaires « pour
acquérir de la pénétration d'esprit », ont, à ce point de vue.
une égale estime pour tous les arts ce n'est pas leur plus
:

ou moins de distinction ou d'utilité pratique qui importe,


mais les ressemblances ou dissemblances qu'on peut décou-
vrir entre eux, et le flair que l'on gagne à de tels exercices.
Tout le vieux passé des dialogues socratiques est en arrière-
fond d'une telle description de la méthode scientifique ce :

n'est pas pour eux-mêmes, c'est pour en dégager la notion


et la méthode du savoir, que Socrate « avait toujours à la
bouche tisserands, savetiers et corroyeurs ». Les dichoto- '

mies du Sophiste ont, avant tout, ce but d'entraîne-


elles aussi,
ment scientifique. Il sera peut-être plus profitable de faire,
de celte méthode de divisions, une étude d'ensemble quand
le
Politique nous en aura complété l'exposé. Nous devons au
moins rappeler que le Phèdre avait proclamé, en l'appuyant
sur l'autorité d'IIippocrate, le principe de cette méthode de
«
division par genres », et vu, dans la division et la synthèse,
le
procédé essentiel de la dialectique (270 d).

III

LA RÉALITÉ DU NON-ÊTRE

La cinquième définition est parliculièrc-


L erreur et le
nient significative. Contradicteur de mé-

du non-être *' er ca
> P aD ' e sur tous sujets, d'en remon-
>

tous, le sophiste possède, en


trer à
la science universelle il sait faire vrai ce
apparence, :
qui est
faux. Essentiellement contrefacteur, il sait,
par les images
que fabrique sa parole artificieuse, donner l'être à ce qui
n'est pas. Telle est, en effet, l'essence du faux, dans les choses
et dans les mots,
qu'il impose l'être à ce qui n'a point l'être.
C'est là. pourtant, au dire du grand Parménidc, la plus
grande impossibilité « non,
:
jamais, proclame-t-il encore en

1. Voir, là-dessus, les railleries de CallicKs dans le Gonjias 'iQr a.


t?4 LE SOPHISTE

son poème aussi bien que jadis en ses leçons, jamais tu ne


plieras ce qui n'est point à être. »
Mais il ne sert à rien de répéter, avec Parménide et le sens

commun, que le non-être est impensable et inexprimable,


puisque les formules mêmes qui nient le non-être ne le
peuvent nier sans le penser et l'exprimer. Il est vain d'essayer
de définir le sophiste sans énoncer ce non-être. Soutenir, en
effet, que le sophiste ment et dit faux, c'est soutenir qu'il dit
être ce qui n'est pas et ne pas être ce qui est. Nous ne pou-
vons donc maintenir nos définitions du sophiste et affirmer la
du faux, dans les choses ou dans le discours, qu'à
possibilité
lacondition de nous décider à ce qui semble un parricide il :

nous faut, contre Parménide, prouver que, d'une certaine


manière, le non-êlre est et l'être n'est pas (a/ji e).

A cette démonstration, Platon ne vient


Critique (|Ue par un ^tour. L e détour choisi est
des théories ,
l
K. , ., , .
, ., n
de l'être a cn ^ cI ue des théories de 1 être. Cos-
mogonies naïves des antiques physio-
logues, unitarisme intransigeant des Eléates, coexistence ou
alternance de l'un et du multiple dans l'harmonie que chantent
les muses d'Heraclite ou d'Empédocle, opposition du corporel
et de l'incorporel dans les systèmes éternellement ennemis des
Fils de la Terre et des Amis des Formes, défilent ici en un

large tableau d'histoire philosophique. L'un des gains pré-


cieux de celle revue historique est la critique définitive de
l'Un-Tout parménidien. Son but général avoué est de nous
montrer que le concept de l'être est tout aussi obscur que
celui du non-être. Mais le but précis qu'elle vise est l'établis-
sement du principe sur lequel se bâtira la démonstration de
la communauté des genres :
quelle que soit la dualité par
laquelle on s'essaie à définir la nature de l'être, l'être est irré-
ductible à cette dualité; il est toujours é'tîço'v ti, ti.
Tpfrov
Unitaires et pluralistesprétendent nous conter avec préci-
sion combien il y a d'èlres et quels ils sont. Mais les plura-
listes ne
peuvent définir l'être sans l'expliquer au moins par
une dualité de termes or l'être ne se laisse pas enfermer en
:

cette dualité; il la déborde il est


toujours troisième terme.
:

Les unitaires, par contre, sont impuissants à maintenir l'unité


absolue soit de l'Etre et soit du Tout (3 43 d-245 e).
Fils de la Terre et Amis des Formes prétendent, chacun de
NOTICE .>-:>

'

leur colé, enfermer l'être eu un terme exclusif : le


corporel,
l'incorporel. Pour
élargir unitarisme intransigeant, on
cet

amène, par hypothèse au moins et pour le besoin de l'argu-


ment, les Fils de la Terre à reconnaître, dans l'âme et les
vertus, quelque chose d'incoiporel. De l'être, ainsi commun
M corporel et à l'incorporel, on leur propose une définition
provisoire par la puissance d'action ou
de passion : cela est

qui peut, dans la mesure la


plus minime que ce soit, ou agir
ou pâlir (2/1-7 e).
Mais les Amis des Formes se refusent à définir, par cette
puissance d'action ou de passion, leur être incorporel. Le
devenir peut pâtir et agir :
que constituent les
l'être véritable

Formes purement ne peut ni l'un ni l'autre.


intelligibles
A cette dualité, rejetée par eux, de l'action et de la passion,
on substitue celle du mouvement et du repos. Entre l'être
intelligible et l'âme, ils admettent une communauté: l'âme
a
rapport à l'être en tant qu'elle le connaît; l'être a rapport
à l'âme en tant qu'il est connu par l'âme. Si l'on peut démon-
trer que le fait de connaître est agir, le fait d'être connu sera

pâtir. L'être, par le fait d'être connu par


l'acte de connais-

sance et pour autant qu'il est connu, sera donc mù en tant


que patient, puisque le « pâtir» ne peut, d'après eux-mêmes,
se réaliser là où il n'y a point mouvement. Or, si Tonne veut

pas, de cet être qui est l'être universel, la somme de Vèlre (to
-avTsXw; ov), bannir l'Intellect, il faut se garder, comme d'un
crime, d'y supprimer ce qui est condition delà pensée active ;

si l'on ne veut
pas que l'être ne soit qu'une statue inerte
et vide, il faut, en lui, faire place à la vie, donc à l'âme,
donc au mouvement. Là où rien ne se meut, il n'y a plus
intellection d'aucun objet par aucun sujet il
n'y a plus de
:

place où se puisse réaliser l'Intellect (2^9 b).


Mais là où tout serait emporté dans la translation et le

mouvement, il n'y aurait plus aucune identité, donc encore


aucune possibilité d'existence pour l'Intellect. Si l'on ne veut
abolir la science, la pensée claire, l'Intellect, il faut donc

rejeter, et les thèses qui immobilisent l'être, soit dans l'unité


absolue, soit même dans une pluralité de Formes, et celles

qui meuvent l'être en toutes ses parties. Il faut, comme les


enfants dans leurs souhaits, s'obstinant à garder et ce qui se
meut et ce qui ne se meut point, dire que l'Etre et que le
Tout est l'un et l'autre à la fois.
a 7 <» LE SOPHISTE
Affirmer l'être aussi bien du mouvement que du repos, est-
ce donc là résoudre le problème de l'être? C'est, au contraire,
le poser dans toute son acuité. A ceux qui définissaient l'être
par le chaud et le froid, nous montrions, tout à l'heure, que
l'être débordait celle dualité. La même objection nous atteint.
Mouvement et repos sont contraires. Quand nous les affir-
mons être, l'un et l'autre, nous ne voulons point dire par là
que chacun d'eux ou leur couple se meuve ou soit immobile.
L'être que nous en affirmons donc autre que chacun d'eux
est
et autre que leur somme de par sa nature propre, ni
: il n'esl,
mû ni immobile. Extérieur à cette dualité tout autant qu'il
l'était aux autres, l'être demeure, au bout du
compte, aussi
obscur pour nous que l'était le non-être. Echec apparent de
la discussion, mais échec savamment préparé. L'idée que le
dialogue va développer tout à l'heure, celle d'une communauté
qui n'est point confusion, est déjà très claire en cette conclu-
sion sur le rapport de l'être au mouvement et au repos :

« c'estdonc en tiers à eux surajouté que tu poses l'être dans


l'âme; et c'est en les rassemblant sous lui, qui les embrasse,
pour ainsi dire, du dehors, et en dominant du regard la com-
munauté qu'ils ont avec l'être, que tu en es venu à les dire
être l'un et l'autre » (a5o b). Platon a dégagé les termes
nécessaires à sa démonstration future. L'apparition, sous
forme de digression subite, du problème de la
prédication,
donc à l'heure voulue.
se fait

Nous laisserons-nous, en effet, enfermer


Le problème de la
ans i a simple/or/mi/e d'identité où la pen-
ci

pre ica ion e g ^c nc ul g | ourncr inutilement sur


la communauté des „ f . v, ,

qenres.
elle-même ? Lcouterons-nous les
jeunes
sots ou les écoliers tardifs qui s'amusent
à répéter vous n'avez pas le droit de tirer, d'un sujet unique,
:

la
pluralité qu'il ne contient pas ? L'un nc peut être multiple ;

le multiple ne peut être un. Donc dites l'homme est homme, :

le bien est bien. Mais ne dites pas: l'homme est bon. Ce n'est
pas avec eux seulement, c'est avec tous ceux qui se sont pré-
occupés du problème de l'être que nous allons étudier la
question (a5i d).
Nous avons le choix entre trois hypothèses. Ou bien l'être
ne au repos ni au mouvement la réalité n'est qu'une
se lie ni :

multiplicité discontinue d'unités mutuellement


inalliables ;
NOTICE .'.77

elle doit rester telle dans le discours humain. Ou bien tout ;

se lie à tout sans distinction. Ou bien certaines réalités ont i

les autres ne l'ont


participation mutuelle et point.
La première hypothèse est la mort de toute doctrine et la
mort même de l'assertion qui la profère. Dire, ou que tout se
meut, ou que tout est immobile, ou que les multiples Formes
sont éternellement identiques, c'est toujours accoler l'être à
un autre terme que lui, soit repos, soit mouvement. Dire que
rien ne se lie et
que l'être est en soi, à part de tout le reste,
c'est encore accoler l'être à d'autres termes que lui ; c'est,
comme Euryclée, porter, en son propre sein, une parole qui,
éternellement, contredit celle que l'on profère (2Ô2 c).
La seconde hypothèse est la confusion absolue : elle identifie

repos et mouvement, tous les contraires.


Ainsi la troisième
s'impose : il
y a, entre les éléments divers
de la réalité, un mélange réglé. Ces éléments de la réalité
sont comme les lettres d'un immense alphabet ou comme les
sons d'une symphonie universelle il
y a, entre quelques-
:

uns, essentielle possibilité d'accord entre les autres, désaccord


;

foncier; quelques-uns, enfin, circulent à travers tout le reste


comme agents de liaison mobiles ou comme facteurs néces-
saires des séparations et des divisions (253 c).

Or, y voir clair en ces accords de lettres ou de sons n'est pas


donné au premier venu. C'est affaire d'une technique, d'une
science grammaire ou musique. Les accords ou désaccords
:

entre les Formes sont aussi l'objet d'une science la Dialec- :

tique. Comment une forme unique, tour à tour, se déploie et


s'étale à travers une
pluralité de formes mutuellement dis-
tinctes, ou bien referme, du dehors, autour de celte plura-
lité,son unité enveloppante comment l'unité d'une forme
;

sait, à traversune série de groupements, multiplier sa pré-


sence sans se multiplier elle-même; quelles formes, enfin,
restent irréductibles en leur isolement; seul le dialecticien
sait cela, et, le dialecticien, c'est le
philosophe.

_ . ,. , Vouloir remplir tout ce r


programme, pré-
Réahté et nature .... P ,
l

tendre venlier, sur toutes les (ormes, les


.. ,

du non-être
lois de leurs accords ou désaccords mu-
nous engager dans une enquête trop complexe,
tuels, serait
où nous risquerions de nous perdre. Nous allons donc choisir
quelques-unes des formes les plus importantes et, sur ces
278 LE SOPHISTE

formes privilégiées, essayer de démontrer la thèse qui est


l'objet propre de notre discussion le non-être a réel être de :

non-être (a54 d). Elude comparative des cinq genres suprêmes


ou catégories de l'être, définition du non-être comme autre,
portée de celle définition, telles sont les pièces de cette démons-
tration ardue, qui est la démonstration centrale du Sophiste.

Nous n'avons plus à chercher ces formes


lesplus hautes. Nous les avons claire-
ment dégagées tout à l'heure :
l'être, le repos, le mouvement.
Si nous nous rappelons ce que nous en avons dit, nous pose-
rons les propositions suivantes :
repos et mouvement ne se
peuvent mêler ; l'être se mêle au repos et se mêle au mou-

vement, car le repos est, le mouvement est. Nous avons donc


là trois termes distincts chacun d'eux est autre que le reste
:

et même que soi. Or ce même et cet autre, que nous déga-

geons ainsi, sont deux termes nouveaux, irréductibles aux


trois premiers, et c'est sur cinq formes distinctes que portera
notre comparaison.
Impossible, en de ramener ces deux termes nouveaux
effet,
à l'un le couple de
quelconque des trois premiers. Identifier
contraires, mouvement-repos, à quelque terme que ce soit,
serait détruire leur contrariété par une identité commune.
Nous dirons donc le mouvement n'est ni le
: même ni l'autre,
le repos n'est ni le même ni l'autre. Cependant, comme tout
terme qui se pose, le mouvement est même, le repos est
même comme ;
tout terme qui se distingue, le mouvement
est autre, le repos est autre : mouvement et repos participent
du même el de Vautre sans être, ni le même, ni l'autre.
Identifier le même et l'autre à l'être est tout aussi impos-
sible. Etre et même ne sont pas identiques sans quoi dire :

que repos est et


le
que le mouvement est serait dire que le

mouvement est la même chose que le repos. Etre et autre ne


sont pas identiques car l'être se dit en un
: sens absolu et en
un sens relatif; l'autre ne se dit qu'au sens relatif, et rien
n'est autre que relativement à autrui. Ainsi l'autre est, dans
lesformes par nous prélevées pour cet examen, cinquième
forme, irréductible à l'une quelconque des quatre premières,
mais toujours nécessairement associée à chacune d'elles car :

tout ce qui se pose s'oppose en tant qu'il se distinguo, et rien


n'est soi sans être antre que le reste
(a56 e).
NOTICK vfy
Si nous voulons Taire ressort ir nettement
L'autre 1 1
• >
conclusion que prépare celte comparai-
et le non-être
son des cinq formes suprêmes, montrons-
la sur une de ces formes : lemouvement. Le mouvement, qui
c< est », mais n'est pas le repos, est autre que le
repos. Le
mouvement, qui est même en tant qu'il est soi, est pourtant
autre que le même. Le mouvement,
qui est autre en tant
qu'il se distingue, est.
par là-même, autre que l'autre il est :

donc autre et non-autre. Mais il est, par la même raison, autre


que l'être. Ainsi nous obtenons et nous maintiendrons comme
solide cette proposition le mouvement,
qui est, qui donc
:

participe à l'être, est néanmoins autre que l'être et réelle-


ment non-être.
Nous traduirons maintenant celle proposition dans sa géné-
ralité : en toute la série des genres, l'un quelconque est tou-

jours autre que tout le reste, donc autre que l'être, donc non-
être. Toute
réalité, dirions-nous, pose la quantité définie de
son être et l'oppose à l'infinité des autres êtres. Platon dit :

autour de chaque forme, multiple est l'être, infinie quantité


le non-être. L'être, à son tour, est une forme. En tant
que
forme distincte, il s'oppose à toutes les autres donc, autant ;

de fois les autres sont, autant de fois l'être n'est pas et cette ;

infinité de formes, qui ne sont pas l'être, constitue une infi-


nité de non-êtres (26^ a).
Si nous voulons voir clair au fond, de celte réalité du non-

être, par nous démontrée, nous dirons que la négation essen-


tielle à ce « ne
pas être » ne supprime pas l'être, mais le dis-
Le non-être, c'est l'autre. Mais l'autre est un genre et
tingue.
ses espèces sont multiples chacune d'elles est opposition d'être
:

déterminé h être déterminé. Le non-beau, le non-grand, le


non-juste ne sont négations que de la réalité déterminée à
laquelle ils s'opposent beau, grand, juste. Mais ce qui, par
:

ces négations, s'oppose et se distingue, n'est pas moins réalité

que la réalité dont il se distingue: « le non-être n'est pas moins


cire que l'être lui-même ;
car ce n'est point le contraire de l'être

qu'il exprime; c'est simplement autre chose que lui » (258 b).

Ainsi nous avonsbien plus que fait

de la°dénnition.
dém ™trcr, contre
Parménide, la réa-
lité du non-être. Nous avons découvert
ce qu'il est « l'autre », et
qu'à ce titre est aussi
:
qu'il est il
a8o LE SOPHISTE

omniprésent que l'être et, pour ainsi dire, son envers inévi-
table. Toute réalité qui s'aflirme présente, en effet, deux laces,
dirions-nous l'une par laquelle elle se pose et réalise le quan-
:

tum défini de son être; l'autre par laquelle elle s'oppose, nie,
de son être, l'infinité des êtres qu'elle n'est pas, et s'enveloppe
ainsi d'une zone illimitée de non-être. Nous tenons bien, cette

fois, solidement, le sophiste « dans le filet de l'argumenta-


tion ». Nous nous dégageons, du même coup, du réseau d'argu-
ties où nous voulaient emprisonner leséristiques, jouant, sans

les comprendre, avec les oppositions essentielles à une réalité


que, jeunes ou vieux, ils n'ont encore approchée que du
dehors. Qu'ils ne nous disent point que, en affirmant cette
réalité du non-être, nous affirmons la réalité d'un contraire
de F être. A ce non-être absolu, il y a beau temps que nous
avons dit adieu. Nous ne nous préoccupons plus de savoir
« s'il est rationnel ou totalement irrationnel » :nous avons
trouvé, pourrait dire Platon, dans le non -être, une illimita-
tion que pose nécessairement toute limite, une grandeur
d'ordre négatif qui demeure inséparable, en quelque ma-
nière, de la grandeur positive qu'est l'être. On ne nous fera
abandonner cette conclusion qu'en réfutant la série bien
enchaînée de nos arguments communauté des genres, omni-
:

présence inévitable, et de l'être et de l'autre, à travers toute


la série des genres, participation de l'autre à l'être et, dans

cette participation même, altérité persistante en laquelle se


manifeste la réalité du non-être. Ainsi Platon, conscient de
l'effort
qu'il demande à qui veut le suivre, résume, avant le
dernier départ, les étapes de la route parcourue (25q b).

IV

LE NON-ÊTRE ET LA FAUSSETÉ DANS LE DISCOURS


ET LA PENSÉE

11 reste un bout de route, en efiet,


qu'il faut nécessaire-
ment parcourir si Ion veut démontrer que le sophiste est
réellement fabricant de fausseté. Lui, dont l'unique refuge est
la fausseté, nie absolument
que le faux puisse être. Nous, au
contraire, sommes bien contraints de dire que cet être du
NOTICE 281

faux est un réel non-être : a car le fait


que ce sont des non-
êtres qu'on se représente ou qu'on énonce, voilà, en somme,
ce qui constitue la fausseté et dans la pensée et dans les dis-
cours » (2G0 c). Or le sophiste prétend que « le non-être ne
se peut, ni concevoir, ni énoncer: car le non-être n'a, sou»
aucun rapport, aucune part à l'être • (260 d).

Ne pourrions-nous, à la rigueur, décla-


ecessi e
j dispute close? Nous venons de
de la discussion. l
, • •
,
démontrer que le non-etre participe a
une conclusion contre laquelle le sophiste
l'être, et c'est là
ne peut plus désormais batailler. Mais, que le non-être se
mêle à tous les genres, c'est une démonstration que nous
n'avons faite que d'une façon globale. Le sophiste peut donc
vouloir revenir à notre triple position du problème de la
communauté des genres ou bien tous les genres peuvent
:

mutuellement se lier, ou bien aucun ne le peut, ou bien les


uns le peuvent, et les autres non. Il fera son profit de la der-
nière hypothèse, par nous adoptée. Il dira opinion et dis- :

cours sont des formes de F être, et la dernière est, d'après vous,


aussi infiniment précieuse que la philosophie et que la pensée
même ; or je maintiens qu'opinion et discours sont précisé-
ment au nombre des formes qui ne peuvent avoir absolu-
ment aucune liaison avec le non-être. Puisque le faux n'est
qu'irréelle image de réel, etque nous l'affirmons réalisable,
et dans l'opinion, et dans le discours, il nous faut étudier
discours, opinion et imagination et « dévoiler la commu-
nauté qu'ils ont avec le non-être ». Ainsi nous démontrerons
l'existence de la fausseté et pourrons « y attacher définiti-
vement le
sophiste » (261 a).

La démonstration sera gagnée pour l'opi-


Discours, opinion dès quelle aura été
et imagination.
{
l'imagination
° l

obtenue pour le discours. Le discours,


en effet ,
nous l'avons établi dans le Thèélète
l
,
et le Sophiste

utilise, sans le dire, les résultats de cette analyse, n'est


que la
pensée proférée. La pensée est dialogue intérieur et
silencieux; le discours est pensée extériorisée vocalement.
L'affirmation ou négation qui clôt le discours intérieur est

1.
190a.
VIII. 3 — 2
28a LE SOPHISTE

l'opinion. Quand l'opinion se forme, non plus comme conclu-


sion d'un pur débat de pensée, mais comme affirmation ou

négation imposée à ce débat par l'immixtion d'une sensation,


elle devient imagination, combinaison de sensation et d'opi-
nion. Parentes du discours, si le discours peut être faux, l'opi-
nion et l'imagination pourront l'être également (a63 d-264 b).
Or, avant môme de démontrer à Théétète ce raisonnement
bypotbétique, Socrale en a établi la mineure le discours :

peut être faux (261 d-263 d). Nous referons, en effet, sur les
noms, l'examen que nous avons fait sur les lettres. Mais il ne
suffit point de dire, les noms, comme dans les
ici, que, dans
lettres, certains se
peuvent mutuellement accorder et que les
autres ne le peuvent. Ce serait revenir à la théorie simpliste

qui ne voit, dans la « raison » qu'est le discours, qu'un


assemblage de noms. Elle s'est exprimée dans le Théétète, au
début de la troisième définition de la science, et sous une
forme où le connaissable s'expliquait, en dernier recours,
comme une somme d'éléments inconnaissables Mais le 1
.

Socrale du Cratyle n'était point de ces « non-initiés »


qu'écarte dédaigneusement le Théétète, et pour qui les actions
et les devenirs qui en résultent ne comptent point comme
formes de l'être 2 Il reconnaissait, à l'action, une réalité, dont
.

les formes diverses sont aussi naturellement distinctes, aussi


réglées, aussi connaissables, que le sont les formes de l'être,
3
et elles-mêmes, des formes de l'être
sont, Le Sophiste .

reprend donc la définition que donnait le Cratyle (4a 5 a,


43 1 b/c) « le discours est une synthèse de noms et de verbes ».
:

Non content de la formuler à nouveau, il en donne, cette


fois, la preuve par une analyse génétique. Le désir qu'il a
d'établir logiquement et ontologiquement la
possibilité de
l'erreur amène
peut-être Platon à voir clair, maintenant seu-
lement, dans une distinction que la science de son temps
devait lui donner faite en gros. En tout cas il définit, ici,
pour la première fois, d'une façon explicite, la relation, dont
nous l'avons senti souvent préoccupé, entre la chose ou le sujet,
représenté par le nom, et Vaction ou genèse, manièred'agir, ou de
devenir, ou d'être, du sujet, exprimée par le verbe ou prédicat.

1. Théét. 201 e-202 c. Cf. notre Notice, p. i\\-i!\-.


2. Théét. f 55 0.

3. Cratyle 386 e-387 a.


NOTICE
La du discours, ou dé la « propo-
vérité
sition »,
qui est le discours le plus élé-
r ,
ae 1 erreur. . ,,„ . .

mentaire, ne pouvait se détinir, .dans le


Sophiste comme dans Je Cratyle, que par sa conformité avec le
réel. Dans l'un et dans l'autre dialogues, une proposition est
vraie « quand elle dit ce qui est, tel que c'est » (Crat. 385 b ;

Soph. ii03 b). On n'a donc aucune raison de trouver trop


aisée la façon dont la possibilité de l'erreur est prouvée, finale-
ment, par un simple rappel à l'expérience, à une expérience,
d'ailleurs, essentiellement rationnelle et logique. Quand on
aura montré à Théétète que l'on peut véritablement former
des propositions qui ne disent pas « ce qui est, tel que c'est »,
la possibilité de l'erreur sera rationnellement démontrée. Mais

on insiste ici sur ce que la proposition ne dit pas seulement


ce qui est ou se fait, pas plus qu'elle ne se borne à nommer la
ebose ou le sujet elle dit ce qui est d'un sujet ou ce qui est
:

fait par un sujet. Le sujet et le prédicat sont chacun partie

et condition essentielle de la proposition. Il ne peut y avoir


vérité ou fausseté que là où il y a affirmation d'être, d'action
ou d'inaction d'un sujet déterminé (262 c).
Ainsi la proposition est fausse quand elle affirme d'un sujet
ce qui n'est point de lui. C'est bien toujours de l'être qu'elle
exprime. Elle exprime ce qui est, mais autrement qu'il n'est
pour le sujet donné elle : dit être, de lui, ce qui n'est pas, et>
ne pas être, ce qui est.
Si le discours peut être faux, la pensée, l'opinion, l'imagi-
nation le
peuvent également. Il y a donc des images fausses
de la réalité et, du maniement de ces fausses images, un art
de tromperie se peut constituer. Nous avons donc lo droit de
revenir à nos définitions du sophiste : elles sont fondées sur
la réalité même de cette falsification du réel.

V
LE SENS ET LA PORTÉE DU SOPHISTE

1 . Brochard a pu soutenir que, dans


les divisions sur lesquelles se fondent
et le Parménide.
la définition du
pêcheur à la ligne et
la définition du sophiste, notre dialogue « donne un exemple
2 84 LE SOPHISTE

particulier de ce que doit être la participation, avant même


que celle-ci soit
que possibilité en soit éta-
définie et la

». Ces divisions ne veulent, en effet, que poursuivre


1
blie
les rapports naturels de parenté ou d'opposition entre les
formes ou « espèces ». Elles sont au moins une illustration
anticipée de la communauté des genres. La démonstration de
cette communauté des genres n'est que le
développement et
la
justification du principe que posait le Parménide. Celui-ci
envisageant directement l'existence même des Formes
disait, :

« ne
pas vouloir que chaque forme de l'être garde identité
permanente, c'est anéantir la vertu même de la dialectique »
(i35 c). Le Sophiste d'il, envisageant la participation mutuelle
d'une forme à l'autre « c'est la plus radicale manière d'anéan-
:

tir tout discours


que d'isoler chaque réalité de toute attache
avec le reste car c'est par la mutuelle combinaison des forme
;

que le discours nous est né ». Ainsi le Sophiste vise moins


directement la
participation des sensibles aux Formes et les
difficultés qui s'y peuvent attacher que la participation des
Formes entre elles. Dans le Parménide, il revient se nouer
directement à ce qui, pour le jeune Socrate, était
l'unique
problème qui comptât « que l'on commence par distinguer
:

et mettre à part, en leur réalité propre, les Formes, et qu'on


les démontre, ensuite, capables de se mélanger et de se séparer ;

c'est alors que je serais émerveillé » (129 e). La démonstra-


tion de la communauté
des genres est la réponse à cet appel.
Mais de la démonstration est le même dans le Sophiste
l'esprit
que dans le Parménide. Comme, dans celui-ci, la réalité per-
manente des Formes, dans celui-là la nécessité de leurs mu-
tuelles relations est
toujours, en définitive, fondée sur un

1. la Participation d'après le Parmé-


La Théorie Platonicienne de
nide et Sophiste, dans Etudes de Philosophie Ancienne cl de Phi-
le

losophie Moderne, Paris, Alcan, 19 12, p. i3a/3. En renvoyant à cet


article pour toute la discussion qui va suivre, qu'il me soil permis de

rappeler que, au moment où il paraissait dans l'Année Philosophique


(1908), ma thèse sur La Définition de l'Etre et la Nature des Idées
dans le Sopliiste de Platon (Alcan, 1909) était imprimée, et que je
n'ai pu trouver, dans l'accord général de mon interprétation avec
celle de Brochard, qu'un encouragement de plus. J'ai essayé d'étudier
le rôle du principe de relation dans un article sur L'Idée de la Science
dans Platon (Annales de l'Institut Supérieur de Philosophie de Lou-
vain, III, 1914. p- 137-196).
NOTICE a85

postulat fondamental est vrai ce sans quoi la pensée logique


:

ne saurait subsister. S'il n'y a aucune relation de l'être avec


les autres formes ni des formes entre elles, toute assertion est

impossible, même celle qui nie cette relation, et tous les sys-
tèmes construits jusqu'ici pour [expliquer la réalité ne sont
plus que vains bruits de paroles.

2. C'est précisément dans cette exposition des tbéories de


l'être que le Sophiste recommence, pour la pousser jusqu'au
bout, la réfutation qui ne pouvait être qu'esquissée et adom-
brée dans le Parménide, et que Platon n'avait même pas voulu
ébaucher dans le Théétète. Nous avons vu quel
dans était,
le Sophiste, but dialectique de celte exposition des sys-
le

tèmes antiques démontrer l'irréductibilité de l'être, pièce


:

nécessaire de l'argumentation qui établira le principe de


la communauté des
genres. Mais Platon en profite pour
détruire définitivement la conception parmènidienne de VUn-
Tout, qui est en même temps l'Un absolu. La première hypo-
thèse du Parménide, développée par le grand Eléate lui-même,
n'avait pu présenter cette réfutation que comme l'un des
moments d'une argumentation à deux temps, dont le second
était contradictoire au premier. C'était une conséquence
nécessaire de la forme zénonienne donnée à cette argumenta-
lion. Platon ne pouvait, d'autre part, au Parménide qu'il
avait « construit » dans ce dialogue, porte-parole des objec-
tions contre les Formes en même temps qu'Ami et défenseur
des Formes, imposer une réfutation qui eût été un véritable
suicide, contraire à toute vraisemblance littéraire, et destruc-
tif de l'effet général voulu par le dialogue. C'est pour cela que
le résultat de la
première hypothèse était, dans le Parménide,
déclaré, par Parménide lui-même, inacceptable. Dans le
Sophiste, ce n'est plus Parménide qui mène l'argumentation ;

c'est un de
ses disciples, mais qui vient de se déclarer tout à
l'heure acculé « au parricide». Aussi la réfutation de l'Un

parménidien est-elle ici décisive et absolue on ne peut dire, :

ni que l'être est un, ni que l'Un est tout, sans se contredire
soi-même (a44 b-245 e). Quant à la conception parmènidienne
de l'Etre, sa réfutation est l'objet direct du Sopliiste. L'être
est, le non-être n'est pas tel est le vrai et original principe
:

de la pensée parmènidienne, et l'Etre-Un n'est que le second


moment de celte pensée. Or c'est contre ce principe fonda-
a8fi LE SOPHISTE
mental' que s'établit la thèse directe du Sophiste : sous un
certain rapport, l'être n'est pas et le non-être est.

Dans
grand parallèle des doctrines
le

mouvement antiques que nous présentait le Thcétète,


c'est l'immobilité de l'être
parménidien
qui venait au premier plan. Elle revient, dans le Sophiste,
occuper encore, apparemment, le premier plan, aussi long-
temps que Platon n'a pas dévoilé le but de cette discussion
entre mobilistes et statiques. Mouvement et repos participent
à l'être sans que l'être soit ni mouvement, ni repos c'est sur :

cette proposition que s'établira le principe de la communauté


des genres. Pour l'obtenir, il fallait montrer que le mouve-
ment a autant de réalité que le repos. Ceci se traduit en langue
platonicienne dans l'être qui est la somme de toutes les
:

Cprmes d'être,, ne peut manquer ni le repos, ni le mou-


vement. A cette comparaison des termes être, mouvement et
r.epos, Platon ne vient que par l'intermédiaire d'une
autre
opposition action et passion. Cette opposition elle-même' a
:

çté introduite dans une déûnition proposée aux matérialistes


(J247 e) pour expliquer cet être qu'on les contraint d'accorder
ù un minimum d'incorporel en même temps qu'au corps.
Déûnition de l'être et mouvement de les deux
l'être sont

points d'exégèse qui ont le plus divisé les critiques.

1. La définitionla
3ûva;juç n'a point, dans
de Vètre par le

platonisme, l'importance d'une révolution doctrinale 1


. Il

1 . Zeller se servit de cette définitionpour démontrer sa thèse que


les Idées sont causes immanentes des choses (P/u7. d. Gr. II, 1,
4 e éJ., p. 689) Lutoslawski (Plato's Logic, 1897), pour opposer la
;

conception dynamique de l'être, dans le Sophiste, à celle des formes


immuables que défendait le Banquet, et présumer qu'à partir du
S-ophiste l'être véritable appartient avant tout aux âmes (p. 4a3/4).
Th. Gomperz (II, p. 5g3) célébra, dans Platon, « le premier des
énergétiques modernes ». F. Horn (Platonsludicn, Neue Folge, 190/j)
vit, dans cette définition de l'être, «le point cenlral et le gain essen-
du Sophiste » et le germe d'où la communauté des genres sort
tiel

«par une nécessité organique». Mise on relation avoc la « passion »


qu'introduit, dans l'objet, le fait d'être connu, et le mouvement qui
est démontré exister nécessairement daas l'être, la définition pro-
posée aux matérialistes devenait le point de départ d'une totale
transformation de la théorie des Formes: Campbell avait pourtant
NOTICE a8 7

n'est point nécessaire,pour l'atténuer, et, d'ailleurs, il n'est


plus possible, aujourd'hui, de dire, avec Apelt, que la défini-
tion, essentiellement matérialiste, n'a rien de platonicien.
Avant même de se formuler dans le Sophiste, elle était vir-
tuellement contenue dans la terminologie ordinaire des dia-
logues. La méthode qui explique chaque
« nature d'être »
par
sa §uva;ju;, par ses vertus actives et passives, est antérieure
même à Hippocrate, auquel le Phèdre se réfère, et que l'on a

regardé comme l'auteur de notre définition. L'emploi du


couple epya ts xal cpûct;
dans la seconde partie du poème de
Parménide est déjà équivalent à l'usage des couples cpucri; xe
y.x'. Bôvau/ç, î5ea ~e xal cuvai/.'.; dans les textes de la collection
1

hippocra tique . Chez Platon, le sens dynamique de l'action -

passion s'amincit, en maintes formules des dialogues, jusqu'à


ne plus désigner que les deux faces de toute relation ou par-
ticipation. Nous avons vu que, dans le Sophiste, le fait d'être
connu estune passion. Dans le Sophiste encore (2^5 a/b), la
participation à l'unité était une passion. Enfin le Parménide
regardait comme une passion le fait même d'être ou de ne pas
être (i36 b), et ne faisait, là-même, que répéter une formule

déjà remarqué combien nettement cette définition est présentée


commo provisoire, et pour les matérialistes, qui la reçoivent faute
d'une meilleure, et pour l'Eléate, qui déclare qu'à lui comme à eux
« la choso
paraîtra peut-ôtre tout autre plus tard » (Sop/i. 2^7 c).
Campbell observait aussi que la définition était l'écbo d'une méthode
exposée dans le Phèdre 270 c/d, et, là, expressément fondée sur une
doctrine d'Hippocrate. Apelt (Beitràge, p. 71-77) ne se contenta pas
d'en accepter le caractère précaire; il soutint que la définition, origi-
nellement hippocratique, selon toutes vraisemblances, était maté-
rien de platonicien. C'est là une thèse qu'il n'est
rialiste et n'avait

plus possible de maintenir aujourd'hui. Je n'avais fait qu'amorcer la


recherche sur l'emploi du terme UvetfUf dans Platon (La Définition
de l'Etre et la Nature des Idées dans le Sophiste de Platon, Paris,
Alcan, 1909, p. 21-29). Mes conclusions ont été considérablement
fortifiées par l'excellent travail qu'a consacré directement à ce sujet
J. Souilhé (Étude sur le terme Sjvaatç dans les dialogues de Platon,
Paris, Alcan, 19 19).
1. Une étude, en effet, devrait être instituée sur les équivalents du

couple f&Rf, 5jvaai;. Le uivoç des poètes remplace, chez Empédocle,


duvau.i{. La seconde partie du poème do Parménide emploie oûvajju;

(fragment 9) mais le fragment 10 n'est, lui-même, qu'une suite de


;

périphrases exprimant diversement l'idée du couple « nature-effets ».


288 LE SOPHISTE
du Phédon (97 c). La définition de l'être par la îûvaiu; peut
donc être platonicienne sans impliquer, par elle-même, soit la
preuve d'une activité causale dans les Idées, soit le transport
de l'être véritable aux âmes seules, soit la formule anticipée
des conceptions énergétiques modernes. On n'en est que plus
libre pour constater que celte définition est, dans le
Sophiste,
expressément provisoire, et qu'elle y sert d'intermédiaire sim-
plement dialectique entre le couple corporel-incorporel et le
couple mouvement-repos. Ce qu'il faut dire surtout, c'est que
cette définition ne pouvait être ici donnée comme résolvant
le
problème de l'être. Toute l'argumentation dont elle n'est
qu'une des pièces tend à montrer, et l'Eléate le déclare expres-
sément, que l'être n'est définissable par aucun terme antre que
lui, par aucun couple de termes autres que lui. 11 est toujours

eTSfov -p., xpiTov xt (25o c). Cette absolue irréductibilité de


l'être est, nous l'avons vu, la base indispensable de l'argu-
mentation qui établit, et la communauté des genres, et la
réalité du
non-être. Celui-ci n'exprime, en effet, que l'ai téri té
essentielle de l'être, et de tout être, par rapporta tout le reste.
2. Mais l'idée d'une activité motrice et vitale essentielle à
l'être
pas introduite par ce mouvement, accordé,
n'est-clle
dans notre dialogue, soit à l'oûfffa des Amis des Formes, soit
qualifié de TTav-rsXôiç ov? On a beaucoup bataillé pour
à l'être
savoir si l'on devait trouver, dans cette conception essentielle-
ment dynamique et psychique de l'être, soit la traduction
naturelle, soit une transformation totale du platonisme
classique
1
. En réalité, le Sophiste a, ici même, condamné
«
1

I. Les critiques qui refusaient d'admettre une rupture dans l'évo-


lution de la pensée platonicienne ont pensé retrouver cette animation
des Formes dans le platonisme antérieur, soit au sens d'activité cau-
au sens de simple conscience intellectuelle (Apelt).
sale (Zeller), soit
Hodier (L'évolution de la dialectique de Platon, Année Philosophique,
\M (1905), Paris, 1906) interprétait le mouvement du -avTôÀw; ov
comme un mouvement purement logique (p. 64/5). Par contre,
G. Ritter (Untersuchungen iiber Plato (1888), p. 168 et suiv. — Platos
Gcselze, Kommentar (1896), 3o6et suiv.)et Luloslawski (Plalo's Logic,
p. !\ll\) estimaient que l'être était ainsi transporté, des Idées
ou For-
mes, aux âmes, y compris les Ames humaines. Ils ne faisaient là
([lie développer un passage de Y Introduction de Campbell (p. lxxvi).
Th. Gomperz (II, 599) voyait, dans celte transformation de la con-
ception platonicienne de l'être, une régression des essences meta-
NOTICE U89

loutc interprétation qui regarde l'idée do mouvement comme


constitutive de l'idée d'être car il déclare expressément que
;

« l'être n'est,
par sa nature propre, ni en mouvement ni
en repos » (260 c). L'unique but de l'argumentation dont
cette conclusion résume les résultats est de montrer que le
mouvement existe au même titre que le repos. Si l'on nie
l'existence du mouvement, l'universalité de l'être devient une
chose inerte ;
toute activité en est supprimée, donc aussi
toute vie et toute âme, et, par là, toute conscience et toute

pensée. Or c'est cette universalité de l'être que désigne


la

formule :txvTe}.<oç ov elle est, non pas identique, mais exac-


:

tement parallèle au TravxsXsî Çw<o du Timée (3o b). Comme


le Vivant en sa
plénitude est la somme de tous les vivants
en sa plénitude est la somme de toutes
intelligibles, l'Être
les
formes ou espèces de Vêlre. C'est ce qu'a parfaitement
rendu Simplicius qui, distinguant l'être « sans restriction »
de l'être envisagé comme genre, donne cette définition de notre
-xvteÀùS; ov du « le totalement être, celui qui em-
Sophiste :

brasse en soi tous les genres' ». Bannir, en effet, de cette


« somme de l'être », le mouvement, la vie et la pensée, serait
supprimer l'existence même de l'Intellect, puisque l'inlellec-

lion ne peut se réaliser que dans une âme, et que l'âme est
faite de vie et de mouvement. Le mouvement doit donc être
compté comme une des formes nécessaires de Vètre.

dès
physiques à leur origine théologique. Teichmùllcr avait pourtant,
1874 (Studien zur Geschichle der Iiegriffe, p. i38), traduit le -av-
T-Xôi; ov par « l'univers pris dans sa totalité ». En 1906, dans son
article sur « la morale de Platon » (Études de philos, ancienne et de phi-
los,moderne, p. 199, note 1) et, plus spécialement, en 1908 (La théo-
de la Participation, ib., p. i£i), Brochard adoptait
rie platonicienne

cette interprétation.Dans la dernière élude, il donnait celte formule


excellente: «le mouvement, l'intelligence, l'ame et la pensée ne
sont pas exclus de l'être total ». J'avais le tort, en 1909 {Définition
de l'Être, p. 87 et noie 21 5), de vouloir distinguer le KavTcXSf ôv
de cette totalité de l'être et de n'y voir que le monde animé et

intelligent du Phil'ebe et du Timée.


Or Platon veut sauver ici l'In-
tellec», et l'Intellect se réalise, éminemment, dans l'Ame du Monde.

Mais, ce qu'il envisage direelement, c'est l'Etre comme somme


de tous les genres d'êtres.
I. Simplicius in Phys. 1
36, -i!\. Ce texte ne semhle pas avoir été
remarqué jusqu'ici.
agn LE SOPHISTE
Mais on prouve immédiatement, par un bref rappel d'un
raisonnement du Cratyle (44o a/d), que le repos ou l'immu-
tabilité une condition également nécessaire de Vlntellecl.
est
Identité permanente du sujet comme de l'objet sont la base
indispensable de tout acte de connaissance, et ce rappel nous
autorise à regarder le mouvement passif introduit, par l'acte de
connaître, dans l'objet qu'est l'oÙTia des Amis des Formes, et y
par suite, dans tout être au moment où il est objet, comme
un argument ad hominem et comme une simple traduction de
la
passivité « grammaticale » corrélative à l'activité du « con-
naître ». Platon s'en sert pour affirmer que la réalité intel-

ligible est vraiment un objet sur lequel s'exerce notre connais-


sance. Notre langue moderne est tout aussi impuissante à évi-
ter de traduire, par des métaphores, cette « fictive »
passivité
de l'objet par nous connu, en tant et pendant qu'il est connu.
Ainsi Platon n'a point, dans le Sophiste, abandonné sa
doctrine classique pour une conception énergétique ou psy-
chique de l'être. Mais il a réussi à franchir indemne la ligne
dangereuse dont parlait le Théélète (181 a). Il n'a voulu être
« immobilisent le Tout », ni de
prisonnier, ni de ceux qui
ceux qui « meuvent jusqu'aux choses immobiles ». Il a défi-
nitivement fixé sa voie entre Heraclite et Parménide.

Mettons de côté, tout d'abord, la ques-


Les problèmes i[ on j e savoir
qui est visé sous ces « jeunes
historiques du . ,. »« , , j.»
s ou e t ucu ants tarons »,
Sovhiste qui ne per-
Les Eristiques. mettent pas que l'on dise « l'homme est
bon », et veulent enfermer la pensée
dans le jugement d'identité « l'homme est homme, A est A »
:

(25 1 a et suiv.).Nous pouvons aborder ce problème historique


avant tous les problèmes de même genre que pose le Sophiste,
parce que la critique semble s'être facilement accordée sur les
identifications possibles. Elles sont, à vrai dire, plus difficiles
à limiter qu'à découvrir. Dans les « étudiants tardifs », on
s'accorde généralement à retrouver l'inévitable Anlisthène.

qu'Aristotc met en tète des gens « inéduqués » par qui la


définition de l'essence était déclarée
impossible (Met. io43 b
a4). Simplicius, d'autre part, compte les
Mégariques au
nombre de ceux qui voulaient «
séparer tout de tout »
(in
Phys. p. 120, 1Ô-21). Philopon (in Phys. p. 49) 19) y ajoute
les
philosophes d'Erétrie, mais le nom de Ménédèmc, sous
NOTICE 291

lequel il met cette doctrine, nous porte vers un temps très


postérieur et penser à des reprises tardives de la théorie,
fait

très contaminée par une polémique dirigée contre le Sophiste


même de Platon. Simplicius dit, de même (in Phys. p. 93,
22), que, pour ne peut s'attribuer à
les Érétriens, « rien

rien ». Le nom du
sophiste Lycophron, cité à ce propos par
Aristote (Phys. i85 b 27), nous reporterait, avec plus de vrai-
semblance, vers cette éristique aux frontières très vagues,
sophistique servant de passage entre Téléatisme et le méga-
risme, que nous pouvons entrevoir dans la satire qu'est
YEulhydème. La chronologie de toutes ces doctrines est très
flottante. L'enthousiasme facile des jeunes gens pour cette
éristique est attesté ailleurs par Platon (Philèbe, i5d).
i

„, , .
,. Les Fils de la Terre, dont le matérialisme
Les Matérialistes. , , , .. , , ,,.1, .
s
oppose, dans le Sophiste, a 1 idéalisme
Amis des Formes, ont été, d'ordinaire, identifiés totale-
îles

ment aux « non-initiés » qu'écarte dédaigneusement le Théé-


ti'le
(i55 e).
On a donc, généralement, cherché, sous celte

appellation mythique, une école historique déterminée 1 En .

réalité, la peinture générale dans un dialogue que


est aussi
dans l'autre. Une même propension à n'admettre, comme
réel, que ce qu'on peut voir et toucher est traduite, dans
le Théétèle, en
négation de tout ce qui n'est pas chose con-
crète, et, dans le Sophiste, en négation de tout ce qui n'est

pas corps. Elle tend, dans le premier dialogue, à supprimer


la relation et la
qualité. Elle nie, dans le second,
d'une façon
expresse, toute réalité intelligible. Le Sophiste, en particu-
lier, dresse ici un tableau des grandes oppositions philoso-
phiques nettement sub specie aeternilatis. Nous
et les envisage
avons le droit de désirer savoir quelles doctrines historiques

Le partage ontre les


1 . identifications proposées est donc, ici, le
<nème que dans le Théét'cle : 1° Antisthène et les Cyniques seulement
ÇDùmmler, Natorp, Zeller) ;
2° Antisthène et les atomistes, mais
confondus dans une exposition générale du matérialisme, exposition
u
arrangée » par .Platon pour son but polémique (Campbell); 3° les
Atomistes cl Aristippc (Schleiermachcr, Brandis, Ilermann, Ilirzel,
Bonilz) lx° les Atomistes seuls, en excluant positivement Antisthène
;

(Gomperz, p. 5i6, n. 1) 5° enfin Burnet pense (Greek Philosopliy


;
,

1. p. 279) aux conséquences de la doctrine même de Parménide :


« Mélissos a enseigné très nettement un matérialisme monistc ».
293 LE SOPHISTE
le cadre d'un matérialisme si large-
cuvaient rentrer dans
ment dessine. Mais chercher à en spécifier une comme direc-
tement visée est une tentative aussi peu justifiée qu'elle s'est,
de fait, montrée peu réalisable.

La critique ne s'est pas davantage accor-


es mis
j^ ~~ précise des
identification r
des Formes. . . _ ¥ ,. , .

Amis des formes


,

'. L îdenlihcation avec


les
Mégariqnes n'a pu tenir: les rares textes qui les concer-
nent s'opposent absolument à ce que nous les disions par-
tisans d'une « pluralité » intelligible, car ils attestent, chez
eux, de fermes tenants de l'unité absolue 2 Le témoignage .

même de Proclus en faveur des derniers Pythagoriciens ne


serait admissible qu'une fois confirmé par des textes qui nous
feraient retrouver, chez eux, une théorie des formes « mul-

tiples et immobiles ». D'autre part,


on peut bien dire, avec
U. von Wilamowitz, que les Amis des Formes sont, ici, des-

Le fond de toutes les hypothèses est l'idée que notre dialogue


i .

vise, ici,une école historique ou quelque fraction d'une école histo-


rique déterminée i° Platon, critiqué par un auteur inconnu dans
:

l'inauthciitiquc Sophiste (Ueberweg, Windelband), ou se critiquant


lui-môme (Th. Gomperz, II, p. 596 Raedcr, p. 3a8 et suiv. ; ;

hutoslawski, p. 4^4 et suiv.), ou corrigeant sa terminologie anté-


rieure pour protéger sa pensée contre des déformations faciles

(G. Riller, l\'eue Untersuchuiigen, p. 33) ; 2° des Platoniciens en retard


sur Platon (Natorp, Idecnlehre, p. 284 ; Campbell, adlocum, p. 125,
note 4, et Introd., p. lxxv : retardataires contaminés par l'éléatisme
et le pythagorisme, P. Ritchie, Plalo, p. 100); 3° une fraction de
l'école platonicienne, dirigée par Speusippe. Platon revient de son
troisième voyage en Sicile. Contre l'enseignement de Speusippe, qui
remplaçait le maître absent, s'est élevé Aristote avec tout un parti :

Speusippe est le chef des Amis des Formes, qui falsifient la réelle
doctrine de Platon ;
Aristote est le sophiste combattu dans notre
dialogue (Eberz, Archiv. f. Gesch. d. Philos., XXII, 2, p. 2Ô2-263 ;

4, p. 456-462); 4° des Mégariqucs (Schlciermacher, Zeller, II, 1,


e
4 éd., p. 2Ô2 et suiv. Apelt, Comment., p. i44 et Beitrwje, p. go
;

et suiv.); 5° les derniers Pythagoriciens (Burnet, Greek Phil. I,

p. 91, s'appuyant sur Proclus in Parm., p. i4g, Cousin); 6° des


Eléales (Deussen).
2. Aristoclès dans Eusohe Pr. èvang,, XIV, 1-, -j56. — Cicéron,
Acad., II, 42. — Diogènc. II, 106. Cf. notre notice sur le Parmé-
nide, p. 19-23.
NOTICE 2 y3

sinés en traits aussi impersonnels que les Géants, Fils de la

Terre. Leur idéalisme est assez général pour embrasser aussi


bien le platonisme que l'éléatisme l . Mais, si Platon pouvait
se compter au nombre des idéalistes à côté des Parménidiens,
comment aurait-il pu se compter au nombre de ceux qui
immobilisent leTout? On ne voit pas dans quel dialogue
Platon aurait pu lire une phrase de lui qui niât absolu-
ment le mouvement cosmique.

ne reste peut-être qu'un biais pour


11
L'histoire j ., .• j> •

cette mention d un parti


,
..
.
f
. .
comprendre
d'Amis des Formes, si étroitement liés
à Parménide qu'on puisse dire en parlant de tout le groupe :

« nous ne nous laisserons imposer l'immobilité du Tout,


ni par ceux qui prônent l'Un, ni par ceux qui prônent les

multiples Formes » (2^9 c/d). Ce serait de dire que ce groupe


d'Amis des Formes, chez qui l'admission, soit de l'unité,
soit de la pluralité intelligible, s'allie à la négation du
mouvement cosmique, est une création littéraire. Une telle
alliance entre l'éléatisme et la Théorie des Formes nous a été

présentée, en effet, dans le Parménide, et, si profondes que


soient certaines parentés entre le platonisme et l'éléatisme,
siémouvant que reste, pour nous, dans sa grandeur et dans
son habileté, et d'ailleurs, si fécond qu'ait été, pour l'histoire
de la pensée grecque, cet appel d'un génie à un autre génie r
cette alliance n'était, dans le Parménide, qu'une fiction à la
fois défensive et offensive, temporairement construite pour
les besoins de la polémique platonicienne.
Nous avons cru pouvoir observer que le passé immédiate-
ment en vue dans le Sophiste, celui qui limite, pour ainsi dire r
l'horizon des personnages de ce dialogue et, spécialement,
de l'étranger éléate, est constitué par les dialogues Parménide
Littérairement, le Théétèle, le Sophiste, le Poli-
et Théétète.

Philosophe devaient former comme un groupe fermé,


tique, le
suspendu au Parménide une tétralogie dont toute l'affabu-
:

lation a, comme
explication, cette rencontre déjà très vieille
entre Parménide et Socrale. Or, dans le Parménide, le grand
Éléate nous est apparu comme le défenseur des Formes.
Il a vraiment fait sienne la théorie
qui affirme la réalité

!.. U. von Wilamowitz, Platon, Bd II, 1™ éd., p. 2 '42.


agi l^E SOPHISTE

permanente et distincte des multiples Tonnes intelligibles ;

il a déclaré que l'identité immuable de chaque forme était la


condition absolue de la pensée il a,
pour expliquer sa mé-
;

thode dialectique, énuméré les plus importantes de ces formes,


et, choisissant son Un, comme une l'orme entre ces formes,

pour le soumettre à cet examen dialectique, il a vraiment


paru ne regarder son hypothèse unitaire que comme un cas
particulier de la grande hypothèse des formes intelligibles.
Le Socrate du Thèèlèle, qui gardait le souvenir reconnaissant
de cette « protection », en même temps que le souvenir
respectueux de la profondeur de pensée, révélée, soit dans les

objections, soit dans l'argumentation finale du Parménide,


répugne tout naturellement à réfuter les doctrines propres de
Parménide. Le Théètète n'a réfuté que les
partisans de l'uni-
verselmouvement. Il l'a fait, d'ailleurs, avec des arguments
qui rappellent, on l'a vu depuis longtemps, la manière em-
ployée par les Amis des Formes dans leur critique des « ma-
térialistes » « leur Vérité, ils la brisent et l'émicttent dans
:

leurs arguments, et montrent qu'elle est, non point réalité,


mais devenir en perpétuelle translation » ÇSoph. 2/j6c). Mais
l'argumentation du Parménide sur l'infinie multiplicité que
récèlent ces blocs apparemment uns, quand l'Un en est
absent (i64c/d), avait déjà beaucoup du caractère de celte
critique. En tout cas, l'immutabilité des multiples formes
était défendue, dans ce dialogue, par -celui qui fut, histori-

quement, et reste, littérairement, dans la tétralogie, le pre-


neur de l'Un immobile. N'est-ce pas à cette protection
accordée aux Formes, à ce ralliement aux Formes accompli
par un Eléatisme littérairement imaginé, que fait allusion

l'Etranger éléate, lui aussi fiction littéraire, et qui se charge


d'expliquer lui-même la théorie des Amis des Formes, « parce
qu'elle lui est familière » ? (2^8 b).
Nous venons de dire, avec U. von Wilamowitz, que l'idéa-
lisme dont s'inspire cette théorie pouvait embrasser aussi
bien le
platonisme que l'éléatisme. Encore est-il que, si l'on
fait abstraction de la multiplicité des Formes, —
et le second

exposé du
Sophiste (2/48 a/d) fait réellement cette abstraction,
— la teinte de la doctrine est directement
éléatique et non
platonicienne. L'opposition entre l'être et le devenir, entre
la sensation et la raison ou l'intellect, ne va jamais, dans les
dialogues, sans ses correctifs la
participation des sensibles
:
NOTICE Bgâ
aux formes, l'ascension progressive de la sensation à l'in-
tcllection. Ici, c'est l'opposition crue, telle
que la présente le
poème de Parménidc dans sa première
'
partie Quant à l'action .

et la passion, acceptées pour le monde du devenir, absolument


exclues de l'être véritable, nous avons déjà vu qu'une oppo-
si tranebée ne s'accorde
sition plus guère avec les babitudes de
la
terminologie platonicienne, et que, d'ailleurs, aucune rela-
tion, soit entre les formes et les objets sensibles, soit entre les
diverses formes, n'était exprimable autrement qu'en termes
2
d'action-passion Or, qui donc a si nettement rélégué, dansle
.

monde du devenir, cette double Sjva;xt;, si ce n'est le Parmé-


nide du poème de l'Opinion? Nous n'avons plus, de cette
partie,que des fragments épars. Mais la distinction de la
lumière et de la nuit, la distribution de toutes eboses sous
cette rubrique générale « suivant leurs puissances respec-
3
tives » qu'est-ce autre ebose que l'introduction d'une telle
,

distinction entre puissances actives et puissances passives ')

Aristote, le premier, en a jugé ainsi, et, après lui, Théo-


phraste transmettra aux doxograpbes ces distinctions de Par-
ménideentre lumière et nuit, chaud et froid, agent et patient 1 .

C'est donc, avant tout, à l'idéalisme des Éléatcs que s'adresse

l'objurgation si solennelle du Sophiste (2/19 a/b). C'est avec


eux qu'on est obligé d'user de subterfurge et de traduire en
un mouvement passif le simple fait d'être connu. C'est de
leur part aussi qu'on refuse d'accepter la tbèse qui affirme
l'immobilité du Tout, « soit qu'ils prônent l'Un, soit même
qu'ils acceptent la multiplicité des Formes » (2^9 d). Mais ce
dernier trait décèle, nettement, des Éléatcs fictifs. Théétète ne
saurait expliquer la doctrine de ces imaginaires Amis des
Formes. C'est qu'il n'a point entendu Parménide, le Parmé-
nidc qu'a inventé Platon, proclamer les difficultés, mais aussi
l'excellence et la nécessité logique de la théorie des Formes.
Et l'Etranger, lui, le peut, car il a été, tout jeune, l'élève de
Parménide. Au lieu de chercher, sans aucun appui dans les

textes, et, souvent, à l'encontre même des textes, à mettre,

1. Cf. notre notice du Parménide, p. i3/i'i.


2. Cf.
supra, p. 287 et 290.
3. Diels, Fragmente der Vorsokratiker, 3
I
(fragment
— ioy
p. 9).
,

Arist. Métaph. 98^ b, 3 et 5, b, 3i.


'i.
986 Tbéophraste apud
Diels, Doxographi Graeci, 482, i3 et 18, 56/J, 31.
ag6 LE SOIMII>TK
dans l'intérieur du Platonisme, soit des périodes, soit des
sectesqui se contredisent si violemment, ou bien à créer, de
toutes pièces, des écoles inconnues d'éclectiques étranges, que
ne reconnaît-on à Platon le droit de prolonger ses propres
fictions par des fictions nouvelles, et de garder, entre les actes
drame philosophique, la continuité de la vie?
successifs de son
Platon a eu besoin de se couvrir du nom de Parménidc
contre ceux qui l'attaquaient en se couvrant du nom de
Zenon; il est allé lui-même, d'instinct, vers cette grandeur
qu'il sentait congénialc à la sienne a senti ces misé-
il
; que
rables disputes sur l'un et le multiple, où se complaisaient
des « sophistes », n'étaient qu'écume au bord d'un « océan »,
et s'est lancé, dans le Parménide, sur cet océan des oppositions
foncières de l'être. Tout en cherchant la solution définitive,
il a
dégagé ses voies en réfutant, dans le Théétèle, les tenants
de l'héraclitéisme. Quand il a cru posséder sa solution, il
s'est affranchi de cette « protection » imaginée il a donné :

libre champ à la critique de l'Éléatisme, seulement esquissée


dans le Parménide, et il a écrit le Sophiste.
Que vaut, en soi, cette solution ? C'est une question à
laquelle chacun sera tenté de répondre suivant ses propres
tendances métaphysiques ou antimétaphysiques. Mais son
influence historique a été indubitablement féconde. Brochard
nous dit « c'est en réalité l'idée de relation ou de relativité
:

que Platon introduit dans les plus hautes spéculations et


qu'il substitue à l'absolu tel que l'avait conçu l'éléatisme » ',
et Gomperz a montré, de son côté, que la conception aristo-
télicienne de la science relève, en droite ligne, de celte dia-
2
lectique nouvelle, assouplie par l'idée de relativité J'ai .

essayé de dire ailleurs comment, en formulant ce principe


de relation, le Platonisme ne faisait, malgré certaines appa-
rences, qu'achever son évolution naturelle
1
D'autre part, la .

théorie de la proposition, telle qu'elle est exposée dans le

Sophiste, après avoir été esquissée dans le Cratyle et le Théé-


tèle, marque une avance considérable dans l'analyse du lan-
gage, et ce n'est pas seulement clans la
logique d'Aristole,

i. Etudes de philosophie ancienne et de philosopliic moderne, p. i5o.


2. Les Penseurs de la Grèce, II, p. Cos/0.
3. L'idée de la science dans Platon,
p. 1GG-19O.
NOTICE 297
directement issue de ce germe ', ni dans celle de Hegel ou de
Renouvier, c'est, aussi bien, dans la théorie de l'être et la
théorie de la connaissance d'un Malebranche ou d'un Féne-
lon, que, plus ou moins directement, se retrouvent et l'esprit
et les formules mêmes du Sophiste.

VI

LE TEXTE ET LE STYLE DU SOPHISTE

Notre édition du Sophiste est établie, comme celles des

précédents dialogues, sur les quatre manuscrits :

B = Bodleianus 39 ou Clarkianus (i\ siècle), e

T = Venetus app. 4, n° de
class.
Bibliothèque St. Marc
1, la

(vers 1
100). Pour B et T, nous avons utilisé les collations que
nous offraient et l'édition Burnet (tome I) et l'édition séparée
du Sophiste par 0. Apelt (Leipzig, 1897),
Y =
Vindobonensis 21 (xiv e siècle, mais la tradition qu'il

représente est bien antérieure),


W = Vindobonensis 54, suppl. philol. gr. 7 (probablement
xn e siècle). Pour Y et VV, notre collation a été faite direc-
tement sur les photographies qui sont la
propriété de l'Asso-
ciation Guillaume Budé.

Nous devons, aux notes de l'édition Campbell, soit au


soit

scrupuleux apparat de l'édition Apelt, d'avoir pu indiquer la


source de certaines lectures garanties par des manuscrits
autres que BTYW. Sans vouloir nous faire un mérite de la
chance qui nous fut donnée d'une intimité prolongée avec
les manuscrits Y et W, nous nous réjouissons
pourtant
d'avoir pu suppléer certaines omissions ou rectifier certaines
inexactitudes que présentaient, soit l'apparat de Burnet,
soit celui d'Apelt, relativement à W
d'autre part, nous ;

n'avons point cru devoir nous laisser trop impressionner par


le réquisitoire que dresse Apelt contre Y (Prolegomena,
p. 44-46). Ses fautes, encore que grosses parfois, sont du

1. H. Maier, Die Syllogistik des Arisloteles, II, 2, p. 290 et suiv.

VIII. 3.-3
a98 LE SOPHISTE
celles qu'on trouve dans tous nos manuscrits. Ses
genre de
groupements divers avec B, T, ou W
ne sont point inutiles
pour l'histoire de leurs rapports mutuels. Il a souvent le pri-
vilège de la bonne lecture, soit avec B ou ï, soit avec ou W
Stobce il l'a parfois seul, et l'on ne voit pas pourquoi nous
:

serions obligés, en de tels cas, de substituer, à la garantie


offerte par Y, la garantie précaire fournie « (coniieiendo ?)
ab aliis librariis » (/6., p. 45). Nous avons, naturellement,
utilisé, comme pour les deux autres dialogues, la tradition
indirecte, spécialement les citations de Stobée et Simplicius,
en prenant soin d'indiquer les limites précises de ces citations,
de façon à n'avoir pas à répéter ces noms devant des lectures
conformes à celles de la majorité des manuscrits. Là où un
manuscrit seulement, ou deux manuscrits seulement, s'écar-
tent de la lecture adoptée dans notre texte, l'apparat donne
cette lecture sans aucune mention de manuscrits et suivie
seulement de deux points, et se contente de mentionner le ou
les manuscrits
qui contiennent la variante. Nous ne nous
sommes écarté de cette règle que lorsque la clarté l'exigeait.
Là môme où je n'ai pas adopté leurs vues, je dois beau-
coup aux Platonica de H. Richards (1911), au Platon de
U. von Wilamowitz (spécialement Bd II), aux Neue Lnter-
suchungen iiber Platon (1910) et au Jahresbericlit déjà cité de
G. Ritter (cf. Notice du Pannénide, p. 5a, note 1). Je dois

plus que je ne saurais dire, pour tout ce tome VIII, à l'exacte


vigilance de M. L. Lemarchand, aux précieuses remarques
ou suggestions de M. A. Rivaud.
11 serait prétentieux et vain, après
Campbell, d'entreprendre
ici une dissertation sur le style du Ce dialogue est,
Sophiste.
malheureusement, de ceux que fréquentent le moins les purs^
hellénistes, et la sécheresse apparente des problèmes qu'il
discute lui a quelque peu fait tort en réalité, la langue
:

qu'il parle est encore la belle langue platonicienne. Mais c'est


vraiment un dialogue d'école, et, si 1 ironie platonicienne,
voilant, d'un sourire léger, le grave émoi de la pensée, n'en
est certes point absente, elle y a pris, elle-même, des allures
toutes scolaires. Dans cesi ferme et si net,
style qui dit,
d'ordinaire, d'une façon aussi simple que précise, exacte-
ment tout ce qu'il veut dire, s'il y a, de temps à autre, des
longueurs, des redondances ou des boursouflures, si l'on
entend, dans certains couplets presque régulièrement dis-
NOTICE 290

tribués, cliqueter des formules


exagérément techniques
et pédantes,ne nous y trompons pas Platon a voulu
:

ces effets d'un comique tout spécial. Gravité un


peu grandi-
loquente ou familiarité brutale de l'Étranger, hésitations,
maladresses, étonnements naïfs de Théélète, accumulations
de noms de métiers ou de sciences fabriqués à plaisir, étymolo-
gies outrageusement forcées, esprit de mots, métaphores qui
se succèdentsans toujours bien se suivre, richesse déconcertante
des métamorphoses que subit un même personnage, tout cela
est du comique fait, certes, pour des écoliers très savants, rom-
pus à toutes les subtilités de la
dialectique, passionnés, d'ail-
leurs, pour les grands problèmes métaphysiques, mais c'est du
comique d'école, fait pour l'école et puisé dans les mœurs de
l'école. Certaines formules, « la nature de l'autre, le genre
du non-ètre, la forme de l'être, l'art de la production, elc... »,
ne sont redondantes que pour nous elles sont en passe de
:

devenir des pléonasmes, mais ne le sont pas devenues encore,


et, d'ailleurs, plusieurs d'entre elles continueront à être

employées, sans être senties comme pléonasmes, pendant tout


le Moyen-Age jusque chez notre Descartes. Mais beaucoup,
et
sinon plupart, des traits qui nous étonnent dans le Sophiste
la
sont issus de cet esprit proprement scolaire et de cet humour

dialectique. Rendre tout cela, un traducteur le voudrait, le

devrait, au moins. Il devrait faire sentir, et l'emphase, et la

pédanterie, et la naïve gaucherie qui les souligne, et l'ironie


ou le sarcasme
qu'elles ne voilent qu'à demi, sans jamais
faire tort, ni à la vigoureuse clarté de cette pensée, ni à la
beauté encore toute classique de ce style, qu'anime une
double passion l'amour du vrai, la haine du faux semblant
:

et du même, à la rigueur, essayer, sinon de


frelaté. Il devrait

reproduire, au moins de faire soupçonner les allures savantes


du rythme, magistralement décrites par Campbell. Si je le
si

point que je prétende avoir atteint cet idéal, ce


dis, ce n'est
n'est même pas pour qu'on me sache gré de l'avoir entrevu
ou qu'on me pardonne des efforts peu fructueux c est pour ;

qu'on aborde ce dialogue avec un avant-goût plus net de


la manière quile caractérise,
pour qu'on l'étudié avec une
curiositémieux informée, et pour qu'on ne laisse pas rebuter,
par l'aspect insolite ou mal venu que pourrait donner, à ce
style, une traduction forcément imparfaite, l'attention que
mérite une œuvre si originale et si profonde.
GONSPECTUS SIGLORUM

Platonis Codices :

B = cod. Bodleianus 3g (saec. ix).

T = cod. VenctusAppend.Class.4,cod.i(saec.xi).
Y = cod. Vindobonensis ai (saec. xiv).

W = cod. Vindobonensis 54, suppl. phil. 7 gr.

(saec. xu).
Paris. 1808 = cod. Parisinus 1808 (saec. xm).
Paris 1809 = cod. Parisinus 1809 (saec. xv).
Paris. î8u — cod. Parisinus 181 (circa
saec. x.v).
1

Paris. 1812 = cod. Parisinus


1812 saec. xiv).
(circa

Paris. 181 4 = cod. Parisinus 181 4 (saec. xvi).

Ven. 8 = cod. Vendus 8 (saec. xv).

V e!îti84 = cod. Venetus 184 (saec. xv).


Ven. 180 = cod. Venetus i85 (saec. xv).
Vatic. 225 = cod. Vaticanus 225 (saec. xv).
Coisl. i55 = cod. Coislinianus 55 (saec. xiv).1

Commentarii et Ânthologia :

r -(T^A
= Eusebii Praeparatio Euangehca, éd. h. H. Oitlord,
Eus.
I9
Proclusin Parm. = Procli in Platonis
Parmenidem Com-
Platomci Opéra
mentarius, ap. V. Cousin Procli Philosophi
Inedita, i864- M
....,• /r»:«i. .

== Simplicii in Pbysica Anstotelis (Diels


Simpl. in Pbys.
! 882-1885). ta-WV
Simplicii
D =
Simplicii codex Laurentianus L.YAAV o
2

(saec. xu uel xm). ,


xu
Simplicii
E = Simplicii codex
Marcianus 229 (saec.
uel xm)
CONSPECTUS SIGLORLM 3oc

Simplicii F — Simplicii codex Marcianus 227 (saec. xn


uel xui).

Simplicii Aldina
=Simplicii Commentarii in octo Aristote-
lis
Physicae Auscultationis libros, Venetiis, in aedibus Aldi,
i5a6.
Simpl.in Categ. = Simplicii in Aristotelis Categorias (Kalb-
fleisch, 1907).
Stob. = Joannis Stobaei Anthologium (Wachsmutb-
Ilense, 188/1- 1923).
Stobaei = A cod. Parisinus 1984 (saec. xiv).
Stobaei B = cod. Parisinus iq85 (saec. xvi).
Stobaei L = cod. Florentinus plutei vin n. 22 (saec. xiv).
Stobaei M= LXXXX
cod. Escurialensis (S II i4) saec. xn.
Stobaei S = cod. Vindobonensis phil. Gr.LXVII(saec. xi).

Stepb.
= Stepbanus.
LE SOPHISTE
[ou De l'Etre, genre logique.]

THÉODORE SOCRATE LÉTRANGER DÊLÉE TIIÉÉTÊTE

216 a Théodore. — Nous voici, Socratc, fidèles


Pr0 *°3 ue: au rendez-vous convenu
m, ,
Théodore introduit
hier et voici,
...
,,
avec nous, cet étranger :
originaire
l'étranger d'Élée.
d'Elée, il appartient au cercle des dis-
ciples de Parménide et Zenon; c'est, d'ailleurs, tout à fait
un philosophe.
Socrate. —
Ne serait-ce point, Théodore, au lieu d'un
étranger, un dieu que tu amènes, comme dit Homère, à ton
insu ? A son dire, en effet, s'il y a d'autres dieux à se faire
b les compagnons des hommes qui révèrent la justice, c'est sur-
tout le Dieu des Étrangers qui vient ainsi observer la déme-
sure ou l'équité des actions humaines. Peut-être aussi est-ce
l'un de ces êtres supérieurs qui nous est venu en ta com-

pagnie, pour surveiller et réfuter, lui, réfutateur divin, les


piètres raisonneurs que
nous sommes.
c Théodore. — Ce manière de
n'est point là, Socratc, la

l'étranger : il de mesure que les fervents amis de


a plus

réristique. Pour moi, je ne vois point du tout un dieu en


cet homme; mais un être divin, oui; car, à tous les philo-

sophes, c'est là le titre que je donne.


Socrate. —Et avec raison, ami. Mais c'est là, j'en ai
peur, un genre qui n'est, pour ainsi dire, guère plus facile
à discerner que le genre divin ; tant cette sorte d'humains

prend d'apparences différentes dans le


jugement ignorant de
SOM2TH2
[y, nepl "OJ Ôvto:, \o^:/.6;.]

OEOAaPOZ ZnKPATHZ
EAEATHZ ZENOZ ©EAITHTOZ
GEOAOPOZ. Ka-rà tt]v \ôè.ç ô^oXoylav, cô ZcÔKpaTEÇ, 216 a

fJKO^iEV aÙTol te Koa^ilwq


Kal t<5v5e Tivà E,évov ayo^EV, t6

^ièv ysvoç eE, 'EXÉaç, ETatpov


Se tcùv à^icpl riap^EviSr)v
Kal Zfpcûva [êTalpcov], ^L&Xa 8è avSpa cpiXôaocpov.
ZOKPATHZ. "Ap ouv, S ©£68cop£, où £,évov àXXa Tiva
3

c
8eôv aycov <axà tôv
O(if)pou X6yov XsXr]8aç 8ç cpr)cnv ;

aXXouç te Seoùç toiç àvSpamoïc; ÔTtôaoi ^etÉ)(ouotv atSoOç b


Sixalaç, Kal Bî\
Kal tôv £,éviov ou)( fJKiaxa 8eôv auvoTtaSôv

yiyv6^iEvov uôpEiç te Kal EÙvo^lac; tbv àvSpcÔTtcùv Ka9op8v.


3

Tâ)( ouv av Kal crol tiç oStoç tcov Kp£iTT6vcov ouvéttoito,

cpaûXouç r)^âq ovTaç êv tolç X6yoiç Itioi|j6^ev6ç te Kal

EXÉy£,Qv, 8eôç cov tiç IXEyKTiKÔq.


OEO. Ovy^ oStoç 6 Tp6noq, cô
ZcùKpaTEÇ, toO £,évou,
àXXà ^ETpu&TEpOÇ TCOV TIEpl tôcç IpiSaç ÈanouSaKéTcov. Kal

^ioi
Sokel 8eôç y.èv uvf^p ouSa^icùç EÎvat, Beloç ^r)V TtàvTaç

yàp êycb toùç cpiXoadcpouq toioûtouç TtpoaayopEÙco. C

Zfi. Kal KaXdoq y£, cô cpiÀE. ToOto u.Évtoi kivÔuveûei t6

216 a 2 T'.vi : tôv W ||


a 3 frrcttpov
:
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tôv : t8v BT ||

1 laou.îvtor v t
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supra ta) b 9 àvr,p Bekker : à- codd. '|


c 2 /.xi om. B i

fi
:

vio W:
216 c LE SOPHISTE 3oa

la Coule,
quand, « faisant le tour des cités », ceux-là
qui ont
non point façon, mais réalité de philosophes, surveillent de
leur hauteur la vie des hommes d'ici-bas '. Aux uns ils sem-
2
d blent, en effet, ne rien valoir; aux autres, tout valoir . Ils

prennent l'apparence, tantôt, de politiques et, tantôt, de


sophistes, et, d'autres fois même, ils feraient, à d'aucuns, l'effet
d'être totalement en délire. A
l'étranger, précisément, j'aurais
plaisir à demander, ma
question lui agrée, pour qui les te-
si

217 a naient les gens de son pays et de quels noms ils les appelaient.
Théodore. — Qui donc ?

Socrate. — Le sophiste, politique, le


philosophe le
3
.

Théodore. — Que veux savoir au juste


-tu
quelle question et
t'es-tuposée, leur propos, à laquelle tu demandes réponse
à ?

Socrate. — voyait-on, dans


Celle-ci :
ensemble, une cet
seule unitéou bien deux ? Ou bien, comme il y a là trois noms,
y distinguait-on aussi trois genres, un pour chaque nom ?
Théodore. —
Mais il n'aura, j'imagine, nulle gène à s'ex-
pliquer là-dessus. N'est-ce point ainsi que nous répondrons,
étranger?
b L'étranger. —
Parfaitement, Théodore. Je n'ai, en effet,
aucune gêne ni, non plus, aucun mérite à répondre qu'on
les tenait pour trois genres distincts. Mais, définir claire-
ment ce qu'ils sont, un par un, ce n'est point petite affaire
ni besogne aisée.
Théodore. — Au fait, cela tombe bien, Socrate car les :

sujets que tu viens d'aborder se trouvent être voisins de


ceux sur lesquels, avant de venir ici, nous étions en train de
l'interroger; et les difficultés qu'il t'oppose maintenant lui
servaient alors de prétextes avec nous. Car, là-dessus, il avoue

i. Platon transpose ici les vers de l'Odyssée (XVII, 483/7).


a. Les grammairiens sont, parfois, trop prompts à condamner la

langue du Sophiste. Cobet (Mnem. IX, 343) condamnait l'expression


zÀaarw; a'.Xoaoaot, oubliant Rép. 485 d (-jTzÀaausvw; çhao'œoço;) et
Lois G4a d (-Àa^Tto; âyaôot). Cobet encore (ib., 347) et Madvig,
suivis par tous les éditeurs, condamnent absolument toS jjl^Ssvo;
Tttxio:, qu'emploie le traité sur l'éducation des enfants (VII, 4 F)
attribué à Plutarque.
3.Pour une comparaison des trois personnages, cf. Timée 19 c, et s.
4.Pour cette façon d'introduire la discussion comme une conti-
nuation de conversations immédiatement antérieures, cf. Parm.
x35 d, Théét. i47 c/d, et notre \otice générale, p. xiv et suiv.
3oa £0<H2TIIï: 216 c

yÉvoç ou ttoXû ti p&ov â>q Irtoç eItieîv eIWi SiaKplvEiv f^


tô toO Beou" Ttâvu yàp avSpEÇ outoi TtavToîoi cpavTa£é-
lxevoi. 8ià tf)v tûv SXXcov ayvoiav « Emcrrpcùcpcoai Tt6Xr|aç »,

ol jif) TtXaaxSq àXX' ovtcoç cpiXôaocpoi, KaSopûvTEc; û^j68ev


t6v tcov koitco (îîov, Kal toîç lièv SoKoOaiv eÎvou toO ^r)8E-
1
vôç tIluoi, tolç S a£,ioi xoO TTavTéç' <al TOTÈ lièv ttoXl-

tikoI <pavTa£ovTai, TOTÈ 8è aocpiaTa'i, TOTÈ S' laTiv otç d


3

86£,av TtapàaxouvT av cùç'TtavTaTtaaiv èxovteç LiaviKcoç. ToO


liévtoi £évo\j t^jlûv f|8Éac; av Ttuv8avo'iLir|v, el cplXov auTÔ,
3
t'l TaGS oî TtEpl t8v Ikeî t6ttov f|yo0vTO Kal asvô^a^ov. 217 a
OEO. Ta Ttoîa 8/) ;

ZQ. ZocpLaTr)v, ttoXi.tlkôv, <piX6ao<pov.


OEO. T'l Se LiàXiaTa Kal t8 ttoÎ6v tl TiEpl auTcov Siano-

pr|8Elc; ÈpéaBai SiEvo^Sriç ;

EH. T6Se' TtÔTEpov iv nâvTa TaOTa ev6d.i£ov f\ Sùo, f\

KaSâTtEp Ta ôv6u.aTa Tpla, Tpla Kal Ta yÉvr] SiaipoÛLiEvoi


1
KaG ev ovou.a yÉvoç ÈKaaTcp TtpoafJTTTov ;

OEO. 'AXX' ouSe'iç, ûbç ÈyStiaL, cp86voç auTÔ SleXBeÎv

auTa -

ï\ ttcoç, S E,éve, XÉycoLiEv ;

ZENOZ. Outcùç, o ©E65cop£. 4>86voç lièv yàp ouSslç b


OuSÈ ^aXETTÔV ELTTELV ÏStl yE Tpl* f^yoOvTO" KaS' EKaCTTOV \xr\v

SLoplaaaBai. aacpâç t'l tiot' eotlv, où aLiiKpàv ouSè péthiov

Èpyov.
OEO. Kal lièv 61) KaTà TÛ)(r|v yE. co
ZcÔKpaTEÇ, Xdyov
ÈTtEXà6ou TiapaTtXr|CTLcov £v Kal Ttplv SsOp' eXGeîv 8le- ^Sq
pCOTCOVTEÇ aÔTÙV £TUy)(àvOLL£V Ô 8È TaÙTà aTtEp Ttpoç CTÈ ,

C 3 -o).j r.x-fj : W 1
;
C !\ toS BsoG : x8t* Oîoiv Cobet |j âvSos; : a-
Bekker c 6 ol |[ u-t,... ç-.Xo'aoçoi delebat Cobct ||
C 8 v![l:o'. secl.

Madvig sed uidc Plularchum de liberis F d a


educandis, VII, l\ jj

ôdcjav totî : W
217 a 4 ajTÔiv -ôv ||
: W
a 6x«5fï« nâvTa
||
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b r, B fj T a 7 xà ys'vri yfcï)
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a 8 yc'vo; yZytt Stepli.
||
:

Ivt Cobet sccl. Schleiermacher ||


a io XÉywu.;v -oaîv Y\ b 2 -y.' B
:
|
:

Xùltt TYW ||
b 6 S»V /.al -v.v f,;j.à; WV /.al r;azT; Kplv Cobet /.at
:

f/j.îl; -cîv Scbanz ||


b 7 "ra^Ta Heindorf : taSra BT\ TaiO' \\ j
ante

ÏC005 add. /.al ^ yuv rroo: a: ^^ .


217 b LE SOPHISTE 3o3

avoir ouï autant de leçons qu'il faut et ne les point avoir


oubliées '.
c Socrate. — Veuille donc, étranger, à la première faveur
que nous demandons, ne point opposer de refus. Mais,
te

plutôt, dis-nous: que préfères-tu, d'ordinaire? Développer


tout seul, dans un long exposé, la thèse que tu veux démon-
trer, ou bien employer la méthode interrogative, celle dont,
en un jour lointain, Parménide usa lui-même, quand il
développa des arguments merveilleux en la présence du jeune
homme que j'étais, lui qui, pour lors, avait déjà grand âge 2 ?
L'étranger. —
Avec un partenaire complaisant et docile,
d Socrate, la méthode la plus facile est celle-là, celle avec inter-
locuteur. Sans quoi mieux vaut argumenter à soi tout seul.
Socrate. —
Il t'est loisible, en ce cas, de choisir
qui tu
voudras parmi ceux qui sont ici, car tous te seront des inter-
locuteurs dociles. Mais, si tu veux m'en croire, tu prendras
un jeune, Théétète que voici, ou quelque autre à ton choix.
L'étranger. —
Socrate, je suis un peu confus, dans
cettepremière rencontre, où nous devrions deviser en échan-
geant nos réflexions par de brèves phrases, de venir dévelop-
e per longuement une argumentation copieuse, soit seul, soit
même en m'adressant à un interlocuteur, tout comme si je
faisaisune démonstration oratoire. C'est que, en réalité, la
question que nous abordons n'est point aussi simple qu'on
pourrait l'espérer en la formulant comme tu fais elle exige, ;

au contraire, un très long pi-opos. Mais aussi ne point me


rendre, moi, votre hôte, à tes instances et à celles de tes

amis, surtout après des paroles comme celles que tu as dites,

serait, je le vois trop bien, incivil et grossier. D'ailleurs,


218 a que Théétète me donne la réplique, consens de grand cœur,
j'y

après les entretiens que j'ai déjà échangés avec lui et sur le
désir que tu m'en exprimes.
Théétète. — Agis donc ainsi, étranger; comme l'a dit

Socrate, c'est à nous tous que tu feras plaisir.


L'étranger. —
Là-dessus, je le crains, tout mot de plus
serait superflu. Mais c'est loi qui, désormais, scmble-t-il,

i . Son expose ne sera donc point une improvisation en l'air, mais


l'écho d'un enseignement solide. Comparer Cratylc, 4i3 d; Banquet,
aoi d.
a. Cf. Parm. 127 b, Théét. i83 o, et nos Notices, p. xiiî, p. 7.
3o3 vo*imii: 217 b
-
vCv Kal t6te iaic^TtTETO Ttpèç rj^Sc; ItieI SiaKrjKoÉvai yé

<pr|<jiv LKavGç
Kal ouk àp.vrniov£Îv.
Zft. Mf) to'ivuv, S E,éve. f|p.ûv t^v y£ TtpcbTr|v aÎTrjaàv- C

tcov X^P^ àTtapvr)8Ei<; yévr|, to<j6v8e 8'


^tv <£p⣣. H6te-
pov EuaSaç fjSiov aÙTÔç ettI aauToO ^iatcpco Xoycp Sie£,iévai
3

XÉycov toOto S av EvSEi.£,aa8al tq (5ouXr)8f]c;, f^


Si lpQTr|-
qeqv, otév TtoTE Kal fl app.EV i5r| xP^évco KOtl 8<-e£,iovti

Xôyouç TtayKaXouç TtapEy£v6p.r|v lyô véoç ôv, Ike'ivou p.àXa


Sr] TOTE OVTOÇ TtpEaBÛTOU ;

HE. Tô ZcÔKpaTEÇ, àXuTccoc; te KalEÙr)vicoç Ttpoa-


^ev, 2>

SiaXEyo^iÉvcù pfiov outco, tô Ttpôç aXXov ei 8è jirj, tô Ka6' d


aÛT6v.
Zfi. "E^ectti toIvuv tôv Tiap6vTcov Sv av |5ovXr|8flq
Ik-

XÉ^aoSai, nâvTEc; yàp ÛTtaKoûaovTal aoi Ttpàcoç' aup.6o\jXco


^f)v ip.ol xp6^i£vo<; tôv vécùv Tivà atp^ar], 0Eaî.TT|Tov

t6v8e, f\
Kal tôv aXXov ei t'iç aoi KaTà voOv.
HE. *Q ZcbKpaTEÇ, aîSûç t'iç ^' ^X £l T ^ v^v TtpÔTov
auyy£v6^Evov û^îv jxif)
KaTà
a^iKpôv Inoç npôq etioc;
TTOiEÎoSai t^)v auvoualav, àXX' ÉKTEivavTa àTto^r)KÛVEi.v
Xéyov au^vôv kot l^auT6v, eïte Kal Ttpôç ETEpov, oîov
tô yàp ovtl tô vOv ^r|8Èv oùx Saov
etil8eiE,lv Ttoio\jp.£vov e
SSe lpcoTT)6Èv IX-nlaELEv av aÙTÔ EÎval tiç, àXXà Tuy^àvEi
Xéyou Tta^^ifjKouc; ôv. Tô 8è a8 aol ^f] y^ap\.C,zaBai «xi
toîoSe, aXXcoç te Kal ctoO XÉÊ,avToç ôç eÎtteç, aE,Evov ti

KaTacpalvETa'i p.01 Kal aypiov. 'EtteI ©EaÎTT]Tév y£ tôv


TTpoaSLaXEyô^Evov EÎvai SÉ^o^ai TtavTàTtaaiv IE, Sv aÛT6ç 218 a
te Ttp6T£pov SiElXEy^ai Kal au Ta vOv ^ol SiaKEXEÙrj.
OEAITHTOZ. Apa to'ivuv, S £,éve, oîjtu Kal KaBaTtEp
eÎtte ZoKpâTrjç Ttaaiv KE^apia^Évoç far).

HE. KivSuveûei npôq y.èv TaÛTa oùSèv eti Xektéov EÎvai,

C 5 oio'v : oftav W !|
deîendum putat Schanz
zat anle 8tcÇi£vtt
' d 7 "ô v3v : tov voUv B :

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Orto- Y| d 10 0?wp 5owX7:our/.Jv£:v : :

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BT e 4 :
eT-;ç -a; ||
218 a 2 O'a/EA^T, rrasa-
: W :

xiÀê-Jr W '

a 3o--à Badham a-,a B JpetTYW a 5 e'vom XcxtiOvW.


:
218 a LE SOPHISTE 3o4

auras à soutenir la discussion. Si donc ce labeur prolongé


vient à te peser quelque peu, ce n'est point à moi qu'il faut
t'en prendre, mais à tes amis ici présents.
b Théétète. —
Mais je compte bien que je ne vais point
défaillir, comme cela, tout de suite. Si toutefois cela m'arrive,
nous nous associerons le Socrate que voici. Homonyme de
Socrate, il est de mon âge et suit les mêmes exercices ; prendre
sa large part de mes labeurs n'est point ebose qui ne lui soit
familière.

~ Bien dlt là '


Le dialogue entre
l'étranger et
S*™*"*'ton
" ailleurs, en décideras
affaire, et tu
;

£g
Théétète: au cours de l'argumentation. Mais c'est
définition du affaire à nous deux, pour entreprendre
sophiste. », j
cette enquête, de commencer, a mon
1 i

avis, tout de suite, par le


sophiste, en essayant de trouver et
c clairement définir ce qu'il est. A cette heure, en effet, toi et
moi ne sommes d'accord que sur son nom, mais la fonction
que vise en lui ce nom pourrait bien n'être, en chacun de
nous, qu'une notion toute personnelle. Or ce qui s'impose,
toujours et dans toute recherche, c'est plutôt de s'entendre
sur la chose même au moyen des raisons qui la définissent
que de s'entendre sur le nom seulement sans se préoccuper
d'une définition. Quant à la race qui fait l'objet de notre
enquête, ce n'est point la tâche la plus facile de comprendre
ce que c'est que le sophiste Mais, quelques grandes œuvres
!

qu'il faille mener à bonne fin, la règle admise, en ce cas, par


tous et de tout temps, c'est qu'il s'y faut d'abord essayer sur
d des exemples réduits et plus faciles avant que d'aborder en eux-
mêmes les tout grands sujets. Aussi est-ce là, Théétète, dans
l'occasion présente, le parti que je conseille pour nous deux :

avant cette difficile et pénible chasse qu'exigera, nous le


savons, genre sophistique, faire d'abord, sur quelque
le

sujet plus l'essai de la méthode applicable à cette


facile,
recherche. A moins, toutefois, que tu n'aies à proposer

quelque voie plus aisée.


Théétète. —
C'est que je n'en ai point.
L'étrangki,. —
Veux-tu donc que nous fassions l'investiga-
tion de quelque sujet simple en essayant d'y trouver un
modèle pour notre grand sujet?
e Théétète. Oui. —
3o4 20METH2 218 a

©£alxr|X£' Ttpèc; Se aè f^Sr)


xè u.£xà xoOxo, coç eolke, yly-
3
volto âv o X6yoç. *Av S apa xl xcû u.r]K£L novcov a\^Tl' V^\
elle aÎTiaaSaL xoûxcov, àXXà xoûaSE xoùç aoùç éxalpouc;.
3 3 3
0EAI. AXX oÎLiaL llev Sf) vCv ouxcoç oùk oarEpELV &v S b
apa tl xoioCxov ylyvrixaL, Kal x6vSe TtapaXr|L|;6Li£8a Zco-

Kpàxr), xôv ZooKpàxouç llèv ôllgovullov, IliSv Se r|XiKLcbxr)v


Kal auyyuu.vaaxr)v, $ auvSiaTtovEÎv u.ex' IlioO xà TtoXXà ouk

ar|8Ec;.

HE. Eu XéyELq, Kal xaOxa u.èv ISLa (JouXEÛar) Ttpoï6vxoq


3
xoO Xéyou* KOivrj 8è u.ex IlaoO aoL auaKETtxÉov àp^oLiÉvcp

TtpGxov, coq lu.ol cpalvExaL, vOv ornô xoO aoGfuaxoO, £r|xoOvxi


5
Kal Eu.<f>avl£ovxL Xéyco xl Ttox eoxl. NOv yàp 8f]
au xe Kàyô c
3
xoûxou Ttépi xouvou.a u.6vov e^ou.ev Koivfj, xô 8è ëpyov Icp
3
co KaXouu.EV ÉKaxEpoq xâ)( av îSla Ttap* f\\ûv aôxoîç ^X 01 "
u.ev Sel 8è oceI Ttavxôc; TtÉpt xè Ttpayu.a auxô LiâXXov Sià

X6ycov f)
u.6vov auvoLioXoyfjaSaL \coplc; X6you. T6
xoû'vou.a

Se cpOXov S vOv etuvooOlaev £r|X£Îv ou Ttâvxcov p'Saxov auX-


XaBEÎv xl ttox' laxLV, S au xcov LiEyâXcov
aocf>Laxf|c;
-
baa S'

Sel SiaTtovEÎaSai koXqç, TtEpl xcov xoioûxcov SéSoKxai Ttaatv

Kal TtàXai xo Ttp6xEpov ev aLUKpotç Kal pdoatv aùxà SeIv d

lleXexSv, Ttplv ev auxoîc; xoîç LLEylaxoLÇ. NOv ouv, S ©Eal-


xt]xe, lycoyE Kal vcov ouxco auu.6ouXEÙco, ^aXETtSv Kal Sua8^|-

pEuxov r)yr)aau.Évoi.q EÎvai xà xoO aocpiaxoO yévoç TtpéxEpov


Iv aXXcp pàovi xf)v liéSoSov auxoO Ttpou.EXEx8v, eI li^j
au
tio8ev EUTtEXEaxépav e'x
el Ç etTtEÎv aXXtyv SS6v.

OEAI. 'AXX' oukI X co.


BouXei S^xa TtEpl xlvoç xûv cpaûXojv u.ExiovxEq
.=.E.

TtEipaScoLiEv TtapâSEiyLia aùxS 8Éa8ai~xoO u.el£ovoç ;

OEAI. Nal.

a 6 ante Ota^TE add. d> Schanz ||


a 7-8 lit) eu.; :
jjltJ
lie B ar LLÈ(

Cobet b 3 f,X[zitôtT;v tjvtjXi-T 1 b :


l\ Ta -oÀÀà llet' èllou W C I

W
i| || ||

te : om. BTY c 5 3uvcojjLoXoy^a6at T


-yEÏaOat TJvoLioXoyrîiaaOat
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W
||

B -yEtaôat ||
c 7 ô ao;>t<JTriç secl. Cobet d 2 Kplv rptv av
|| ||
: W
d 8 ôfTa :
ofJTa W.
218 e LE SOPHISTE 3o6

L'étranger. — Que pourrions-nous donc proposer qui soil


facile àconnaître et minime, tout en comportant une délini-
tion non moins laborieuse que ne ferait n'importe quel sujet

plus considérable? Le pêcheur à la ligne, par exemple,


n'est-ce pas là un
sujet notoire et qui ne réclame point une
trop grande attention ?
Théétète. Si.—
219 a L'étranger. —
Et pourtant, dans la méthode qu'il com-
porte, dans sa définition, nous ne manquerons point, j'es-
père, de trouver profit pour le dessein que nous poursuivons '.
Théétète. —
Ce serait excellent.
L'étranger. — Eh bien, voici par où nous l'aborderons.
Dis-moi, est-ce un ou, sinon un art, quelque autre
art,
faculté que nous lui reconnaîtrons ?
Théétète. — Lui dénier l'art serait la réponse la moins
admissible.
L'étranger. — Mais tout ce qui est vraiment art se résume,
en somme, sous deux formes.
Théétète. — Lesquelles ?

L'étranger. —
L'agriculture et tous les soins consacrés à
l'entretien des corps mortels tout travail relatif à ce qui,
;

b composé et façonné, est compris sous le nom d'objet mobilier ;

la mimétique enfin tout cet ensemble n'a-t-il pas vraiment


;

droit à une appellation unique ?

Théétète. — Comment cela, et à


quelle appellation ?

L'étranger. — Pour tout ce que, d'un non-être antérieur,


on amène postérieurement à l'être, amener, c'est produire ;

2
être amené, c'est, pouvons-nous dire, être produit .

Théétète. —
Bien.
L'étrvngeu. —
Or ce pouvoir est propre à tous les arts que
nous venons d'énumérer.
Théétète. —
En effet.
L'étranger. —
Production, voilà donc l'appellation sous
laquelle il les faut rassembler.

I. Ainsi, dans le Ménon (75 a), Socratc demande à Ménon d»


s'essayer d'abord à définir la figure, afin que ce lui soit un exercice
pour sa définition de la vertu. L'inversion du procédé n'est qu'appa-
rente et la méthode scientifique est la même, quand Socrate, dans la
République (368 d), prend, comme modèle d'essai, un modèle agrandi.
Cf. aussi Descartes, Règles pour la Direction de l'Esprit (Règle X).
a. Pour celte définition, cf. lianquel, ao5 b/c.
3o5 S04MSTHS 218 e

1>

HE. Tl Sfjxa TtpoTa^al^e9 av EuyvcoaTov u.èv kocI olu-

Kpév, Xéyov Se u.t)Sev6ç iXaTTOva £X 0V Tuv ^e^évcov : oîov


1
à<r^aXlEUT^ lc; Sp ou TtSa'iTE yvôpiu.ov KalortouSf)ç ou Ttâvu
J

tl TToXXf)ç tlvoç ETtà^iov :

OEAI. Outqç.
HE. Mé8o8ov u.f) v auTÔv 219 a
eXttI£co <al Xéyov ouk àvETUTr)-
Selov f|u.îv £X Elv Tipàç S ftouX6u.E8a.
©EAI. KocXcûÇ TotvUV &V E)(OL.

HE. ^Éps Sr), TrjSE àp^âu-ESa aÔToO. Kal u.01 XÉyE" Tt6-

TEpov coç TE)(v!.Tr)v auTèv fj


Tiva aT£)(vov, aXXrjv Se Sûvau.t.v

IpvTo 8r]aoLiEV :

GEAI. "Hkicttix yE aT£)(vov.


3
HE. AXXà u.i*)v tcov ys isyv&v Ttaacov a^sSôv EÏSr) Suo.
OEAI. nûç;
HE. TEopyla u.èv Kal bar| TtEpl tô SvrjTÔv txSv a£>u.a
8£paTt£ia. tô te au TtEpl to guv8etov Kal TtXaoTÔv, S Sr]

ctkeOoç Qvog.aKau.Ev, f\
te Luu.r)TiKf). aûu.navTa TaOTa 81- b
3
KaiÔTaT' av Ivl Ttpoo"ayopEÛoiT av ôvou.aTi.
OEAI. ricoq <al t'ivi ;

HE. riSv OTtEp av U.r| TtpéTEpOV TlÇ OV UOTEpOV EÎÇ OÛ-


alav ayr), tôv u.èv ayovTa ttoleIv,tô 8è àyÔLiEvov TtoiEiaSaî
Ttoû cpau.EV.

OEAI. 'Op8ôç.
HE. Ta 8é yE vuvSf] a 8ir|X8ou.Ev &TtavTa eT^ev eiç
toOto Tf|V aÛTÔv 8uvau.1v.

OEAI. ET)(E yàp ouv.


HE. rioLr|TLKf)v to'ivuv auTà auyKE(paXaL(ao"(iu.EvoL Ttpoa-
eItiqliev.

219 a 3 to(vuv "i W et in marg. t : om. BT a 4 àprc£{ts8et :

W
||

-âptffa. |
a Or,'7o;j.-v
:
çrj- W ||
a 7 y- ona. B [|
a 8 à/.Ài jt^V...
221 c 'a ïtSrJXwtat habet Stob. A/if/ioi. lib. IV cap. XVIII, 6, vol.
I\ p. 4o8-4iï Hcnse a 8 Tftèvt xao&v Stob. ;
b 2 Sv ante ôvo-
W
||

;j,a-'.
om. 1 b '4 t:; 5* ikrtEpev -a»- om. Stob. b 8 VUV$V) a :
||

Paris. 1808 :
vjvot, BTYW v3v Stob. ||
b 1 1 «5t4 : -wv \ |j KfWttl-
Rbiittï :
-0J1SV W.
219 c LE SOPHISTE 3o6

c Théétète. — Soit.
L'étranger. — Aprèscela vient tout ce qui a forme de dis-

cipline etde connaissance, puis de gain pécuniaire, de lutte,


de chasse. Rien de tout cela ne fabrique en effet c'est du ;

préexistant, du déjà produit, que tantôt on y capture par la


parole ou l'action, tantôt on y défend contre qui le veut cap-
turer. Le mieux serait donc, en somme, de relier ensemble
toutes ces parties sous le nom d'art d'acquisition.
Théétète. — Oui, cela serait bien, en effet,
d L'étranger. — Acquisition et production embrassant ainsi
l'ensemble des arts, sous quel titredevons-nous, Théétète,
placer l'art du pêcheur à la ligne ?

Théétète. — Quelque part dans l'acquisition, évidem-


ment.
L'étranger. — Mais l'acquisition n'a-t-elle pas deux for-
mes '
? D'une
part, échange de gré à gré par don, location et
achat alors que tout le reste, où l'on ne fait que prendre par
;

l'action ou la parole, serait art de capturer?


Théétète. —
Cela ressort de ce que nous avons dit.
L'étranger. —
Eh bien, l'art de capturer ne se doit-il pas
diviser en deux ?
Théétète. —
En quel sens ?
L'étranger. — Tout
ce qui s'y fait à découvert sera posé
e comme appartenant tout ce qui s'y fait par ruse,
à la lutte ;

comme appartenant à la chasse.


Théétète.— Oui.
— Mais
L'étranger. de chasse, on
cet art la doit, sous

peine d'absurdité, partager lui-même en deux.


le

Théétète. — Dis-moi en quelles divisions.


L'étranger. — Le genre inanimé donnera la première ;

l'animé donnera l'autre.

i. La division avance, comme on le dira plus loin (a64 e), en

dédoublant toujours uniquement la section qui est à droite, et donne


le dessin suivant :

art de
production L_^_acquisition
p»r ÂrViangA par capture
I

par lutte par chasse


!

au genre aniiné__J__au genre inanimé

Une telle dichotomie (Jiép. 3oa c) vise moins à classer qu'à définir :

c'est un procédé d'éliminations successives. Cf. E. Goblot, Logique,


p. i 18-122.
3o8 20*IETHS 219 c

0EAI. "Eaxw. c

HE. Tô 8f] ^a8r)u.axiK8v a8 ^lExà xoOxo eÎSoç oXov Kal


xè xfjç yvcoplaECùç x8 te xpri^axiaxi-Kèv Kal àycoviaxiKÔv
«où 6r)pEUTiK6v, ETtEi.8^) SrnuoupyEÎ p.èv ouSèv xoûxcov, xà
Se ovxa Kal yEyovéxa Ta ^ièv )(£i.poGxai X6yoiç <al TtpâE,Eai,
3
xà Se xoîç )(Eipouu£voic; oùk ETuxpÉTtEi, ^âXiax av nou Sua
xauxa auvaTtavxa xà ^Épi"| xÉ)(vr} xiç Kxr|xiKf) XE^BEiaa av
SiaTtpÉ^ELEV.
0EAI. Nal* TtpÉTtoi yàp av.
HE. Kxr)xiKrjç &r\ Kal Ttoir|xi.Kfjç ou^maacov oùacov x&v d

xe)(v2>v ev Ttoxépa xr)v àaTtaXiEUXLKr)v, S 0£alxr|XE, xi6£>-

^ev ;

3
0EAI. Ev Kxr|xtKfj tiou SfjXov.

HE. Kxr|xiKfjç Se ap' ou Sûo elSt) : xè u.èv ek6vxcov

Ttpèç EKévxaq ^Exa6XT]xiKÔv 8v Siâ xe ScopEÔv Kal yuaScô-


cjecov Kal àyopâcEcov, xè 8è Xomèv, f\
Kax' Ipya f\
Kaxà Xé-
youç ^ELpoûu.Evov aûu/nav, xEipcoxiKèv av zir\ ;

0EAI. «t'alvExai yoOv ek tûv EÎpr)u.Év<av.


HE. Ti Se xfjv XEipcoxiKr)v ap' ou S «-^rj xu.r)xéov
;
;

0EAI. ITf| ;

HE. Tè \xèv àvacpavSèv bXov àycùviaxiKov 8Évxaç, xè 8è

Kpucpaîov auxf]c; Ttav 8r|p£uxiK<Sv. e

0EAI. Nal.
HE. Tf^v Se yE ur]v SripEuxiKi'jv aXoyov xè \xr\
ou xéu.veiv
ÔL
xfi-

0EAI. AéyE S-nr).

HE. T8 u.èv à»|iù)^ou yÉvouq SieXouevouç, xè S'


eu.ijjû-

X ou.

C 2 or; : oè Hcindorf c 7 av Slfitsp&jMtUV


13 W : av Biaypi'j" TY
ércpèty- Stob. av xpity- Richards jj
C 9 va! secl. Cobet || gpibcot
: -3:

\ ,
Stobaei À |;
d 4 ~ou :
ôY[ -ou Slob. |j
d 7 xa: àyopaastov : ante /.xi

p.'.jOojaîtov Iransp. TY om. Stob. ||


d 12 àvaçxvoov :
i;j.3aoov Slob.
Ofvra; W :
-3; BTY et ( supra a) W T.OivTa; Stob. e 3 oe om.
!

W Stob.
|

H où
om. W.

VIII. 3. — h
219 e LE SOPHISTE 3o 7

Théétète. — Bien sur : leur distinction n'est pas niable.


220 a L'étranger. — Gomment
le serait-elle ? Il nous faut, d'ail-

leurs, puisque au
la genre inanimé n'a de noms
chasse
propres qu'en quelques parties du métier de plongeur et
autres arts très limités, en faire totale abstraction. Le reste,
c'est la chasse à ce qui possède âme et vie nous l'appellerons :

chasse aux vivants 1


.

Théétète. —
Soit.
L'étranger. —
Mais, dans cette chasse aux vivants, n'avons-
nous pas le droit de distinguer une double forme pour le :

genre pédestre, qui se distribue sous une pluralité de formes


et de noms, la criasse aux marcheurs; pour l'autre, qui com-
2
prend tous les vivants nageurs, la chasse au gibier d'eau ?
Théétète. —Absolument,
b L'étranger. —Et puis, dans le genre nageur, nous distin-
guons tribu des animaux qui volent
la des aquatiques? et celle
Théétète. — Evidemment.
L'étranger. — Quant chasse au genre à la nous volatile,

l'appelons chasse aux oiseaux


toute, je crois, ?

Théétète. — enC'est, nom qu'on donne.


effet, le lui
L'étranger. — La chasse aux aquatiques par contre, est,
en sa quasi-totalité,
pèche.
Théétète. — Oui.
L'étranger. — Mais quoi, dans de chasse cette sorte elle-

même, n'allons-nous pas, suivant ses plus importantes por-


tions, fairedeux divisions ?
Théétète. —
Suivant quelles portions?
L'étranger. —
Suivant l'une où la chasse se fait au moyen
de clôtures qui arrêtent par elles-mêmes la proie, et une
3
seconde, où elle se fait en frappant la proie .

i . Le schéma sera :

chasse aux vivants (au genre animé)

qui volent_ L__qui (restent) dans l'eau (= pèche)


au moven de barrages |
en frappant la proie.

2. Aristotc reprochera aux Divisions Écrites un tel partage de la


classe des oiseaux entre deux divisions disparates (de part. anim.
6!\2 b, 10 et suiv.).
3. Le vieil Athénien des Lois (8a3 d-82'j b) réprouvera tous -les
modes de chasse qui n'exercent pas le courage la poche à l'hameçon :

ou à la nasse, et la chasse à l'aide de filets. Mais la science n'a


point de préjugés, cf. infra,
227 a/c.
3o 7 SOMSTIIÏ 2f9 e

©EAI. Tî ^irjv EÏTtEp laxov y£ ap.cpco. ;

3
HE. f~lcoç S oùk êaxov Kal Set ye r|^Sç : xo ^jlèv
xcov 220 a

a^/ù^cùv, àvcôvup.ov 8v TtXfjv kccx' evia xrçç Ko\u^i6r|TiKfjç


cixxa pépr| koI TOLaOT^ aXXa (Spa^éa, ^alpeiv èâaat, xo
8é, tcov e^h|»ù)(cov £cpcov oSaav 8r)pav, TrpooEUTEÎv £cpo8r|-

pitcrjv.

©EAI. *Eaxco.
HE. Zcpo8r)ptKrjq Se ap' où SmXoOv eTSoç âv XÉyoïxo lv

S'iicr).
xô jièv TtEt^oO yévouç, ttoXXcûç elSecfi. koù ovô^aai

8ir)pr|^Évov, TTE£o8r|piic6v, xô S' ëxEpov veucttikoO £<pou tt&v


Evuypo8r]piK6v ;

0EAI. riàvu ys.


HE. NeuctxikoO \ir\v xô ^lèv Ttxr|vôv <p9Xov épco^iEv, xô b
8è ivuSpov ;

©EAI. ricoç S' oO;


HE. Kal xoO Ttxr|vo0 p.fjv yÉvouç nSaa f)^tv f\ 8/)pa
XÉyExai. Ttoû xiç opvi8EUXLKr).
©EAI. AéyExai yàp ouv.
— E. Tou 8è IvûSpou ct^eSov xô aûvoXov âXicuxiKf|.
©EAI. Nol.
HE. Ti 8é xcojxr|v ;
ct3
xf)v 8i^pav Sp' oùk Sv Kaxà ^ié-

yiaxa ^Épr| Sùo SiéXoi^ev ;

©EAI. Kaxà ttoloc ;

J
.=.E. Ka8 a xô ^ièv EpKEcnv aùxéSEv noiEÎxai xfjv 8r)pav,
xô Se TtXriyrj.

220 a i o' oJz W Stob. : oï où/. BTY oîï or a a ov Hein-


:
t
W
W
|| |J

dorf : tèv 13TYW om. Stob. ||


a 3 ante To:a3x' add. xi \\
a 9
to 0' ftcpov om. Stob. b 1
.u-v-'
:

t*^v
^ <pXov :
yp. x. «paîïXov in
W
||

W
Il

marg. post Ivuopov transp.


[| 6pcô|isv b 4 «x»iv yivoj? j|

BTW :
|i)v --ivojç Y
aiv ya Stobaei SM ;xèv Stobaei b 5 A ||

opvtGïuTiXïj loflijpM ciaij Y b 6 yio ouv om. Stob. b 7


:
|| j

«XiEirr'.x/j 70 tjvoXov- Stob. b 8 va: om. Stob. b 9 oé oal Y, j| jj


:

Stoba«i codd. |
au -rr.v TW Stob. : ïv tijl B aù-rr.v Y j|
xaTa : xaxà
T« Stob. b IO OtEAO'.ULÎV Stob. :
Ol£ÂO!U.T)V BTYW b 12 to
H
:

W
[j

x« i|
aÙTdÔcV Paris. 181 2 : -o<h BTYW Stob. -oïv Baumann.
220 b LE SOPHISTE 3o8

Théétètk. — Que veux-tu comment distingues-tu


dire el
l'une et l'autre ?
L'étranger. — D'une tout dont on entoure
part, ce et
C enclôt ce qu'on veut peut bien retenir s'appeler clôture.
Théétètk. — Absolument.
L'étranger. — Nasses, paniers de jonc autres
fdets, lacs, et

engins de cette sorte doivent-ils donc s'appeler d'un autre


nom que de celui de clôtures ?
Théétète. —
Pas du tout.
L'étranger. —
C'est donc du nom de chasse à la clôture

que nous désignerons cette partie de la chasse, ou bien


de quelque nom analogue.
Théétète. Oui. —
L'étranger. —
Mais celle qui se fait à coups d'hameçons
d ou de tridents est différente de la première chasse vulnéranle, ;

telle est l'appellation d'ensemble qu'il nous faut maintenant


lui donner. Comment pourrait-on la nommer mieux, Théétète?
Théétète. —
N'ayons cure du nom; celui-là, d'ailleurs, suffi t.
L'étranger. —
Cette chasse vulnérante donc, quand elle se
fait de nuit, à la clarté d'un feu, ceux-là môme qui sont du mé-

tier lui ont, en fait, donné, je crois, le nom de chasse au feu '.
Théétète. —
Parfaitement.
L'étranger. —
Celle'qui se lait de jour, armant d'hameçons
la pointe môme de ses tridents, a, comme nom commun,
celui de chasse à l'hameçon,
e Théétète. —
C'est le nom qu'on lui donne, en effet.
L'étranger. —
Mais cette chasse vulnérante, quand elle se
sert ainsi de l'hameçon, si elle frappe de haut en bas, c'est de
tridents surtout qu'elle fait usage; d'où le nom qu'elle a, je
crois, de chasse au trident.
Théétète. — Certains au moins nomment la ainsi.
L'étranger. — Tout le reste
constitue, peut l'on dire, une
forme unique.
Théétète. — Laquelle?
i . Nos lois permettent la pêche au feu aux bateaux « pratiquant la

pêche à la foene, à la fichouire ou au trident » (décret du 3o septembre


iqia). Ces engins sont, comme ceux que connaissait Platon, des
fourches « aux dents terminées chacune en hameçon », et servent,
surtout dans le Midi, même pour la pêche de jour (II. de la Bla-
chère. Dictionnaire Général des Pèches, Paris, 1868).
3o8 ECMMSTHS 220 b

0EAI. ïlcoq Xéyeic;. Kal Tirj SiaipoÔLiEvoc; EKàTEpov ;

HE. Ta liev, Btl ttSv oaov cîv eveko KcoXûaEcoq e'îpY 1,! xi C

nzpik^ov. ipKoq elk6ç ôvolkx£eiv.


0EAI. riâvu p.Èv oSv.
Z\E. Kùpxouq 8f)
Kai 8'iKTua Kal |ip6)(ouç Kal Ti6pKouç Kal
Ta TOLaOxa p.ûv aXXo tl TtXf)v Ep<r| ^pf) TTpoaayopEÛEiv ;

©EAI. OôSév.
2EE. Touto p.èv apa ÉpKo8r)piKÔv Tfjç aypaç ^ô t^poç
cpr|aoLiEv f]
ti toloOtov.

0EAI. Nat.
ZE. T6 Se àyKlaTpoLc; Kal Tpi68ouai TrXriyfj yiyvéLiEvov

ETEpOV LIEV KTIK^V 8É TLVa


EKELVOU, TtXr| 6ï]pOLV f"| Ll&Ç TtpOCT- d
ElTtEÎV Evl XéyCO vOv XP E " V T T 1 Tl Ç " V
'
'

?
" 0EalTr|TE, e'îttoi

kcxXXiov ;

0EAI. 'AlieXcoliev
-
toO ôv6p.aToc; àpKEÎ yàp KOtL toGto.
Z\E. Tfjç to'ivuv nXT]KTiKf)<; t6 Lièv vuKTEpivôv oÎLxai
3

Ttpôç Ttupôq cpcoç yiyvoLiEvov ÛTt auTÔv tSv TtEpl tt)v Bi'ipav

TtupEUTiKi^v ^r)8f]vaL aup.6É6r|K£v.


0EAI. nàvu y£.
ZE. Tè Se yE p.£8rjLi£pi.vôv. coç èy^àvicùv ev aKpoiç ay-
Kurrpa Kal. tcùv Tpio86vTcov, Tiav àyKiaTpEUTiKàv.

0EAI. AÉyETai yàp oSv. e

ZE. ToO TOLVUV àyKlOTpEUTLKoO -ïf\q TtXr|KTLKfîq t6 LIÈV

ôivcoSev eIç t6 kôtcû yiyv6LiEvov Sià t6 toîç TpiôSouauv outcù


LiâXiaTa ^pf)o8ai TpioSovTia tic; oÎLiai KÉKXrjTai.
0EAI. <J>aal yoOv tivéç.
HE. Ta 8é yE Xom6v eotlv ev eti li6vov cbç eItteîv eÎSoç.

0EAI. T8 ttoîov ;

C !\ of, : o\ W om. Stobaei À c 6 post OttSiv add. a/./.o YW


W d W
|j

|j
C 8 Tt om. 3 Ivi Xoyeo : Iv
-<^>
Stob. u Stob. : om.
W
|i |]

BTY ||
sÏtzo'. ante w
Bs%fo)Ts transp. ||
d 5 anle toi'vjv add.

;j.;v
Stob. !
d 7 s'Jaos'Sïjxêv om. Slob. j
d 8 y* :
;j.sv
ouv W e 2

JtX.TjXTCXÎi{
: /aTX- Y ~Àr,yT: Stob. e '1 "::
oTjUtt
:
o!;j.a: 7:ç
TY
e 7 "ô ^oîov : notov Stob. om. B.
220 e LÉ SOPHISTE 3og

L'étranger. — frappant en sens inverse de la


Celle qui,

première, a, pour arme propre, l'hameçon, el ne pique point


221 a le poisson à n'importe quel endroit du corps, comme on fait
avec le trident, mais, accrochant toujours sa proie à quelque
endroit de la tête et de la bouche, la haie de bas en haut,
jusqu'à la surface, par moyen de gaules et de roseaux. De
quel nom dirons-nous, Théétète, qu'il la faut appeler:'
Théétète. —
Mais, à ce que je crois, l'objet que tout à
l'heure nous nous proposâmes de trouver, le voilà, c'est fait.
L'étranger. —
Nous sommes donc d'accord toi et moi,
b à propos de la pêche à la ligne, et non point seulement sur le
nom, mais, en outre, sur une définition que nous nous
sommes faite de la chose elle-même Dans l'art pris comme 1
.

ensemble, en effet, toute une moitié était acquisition dans ;

l'acquisition, capture; dans la capture, chasse; dans la


chasse, chasse au vivant dans la chasse au vivant, chasse au
;

gibier d'eau. De cette chasse au gibier d'eau, la section infé-


rieure tout entière est constituée par la pêche celle de la ;

pêche, par la pêche vulnérante ; celle de la pêche vulné-


rante, par la pêche à l'hameçon. Dans cette dernière, la
pêche qui donne son coup de bas en haut par traction ascen-
C dante d'une ligne, a, sur cette façon même d'opérer, copié
son nom elle est
: celle même que nous cherchons et s'ap-
2
aspalieutique ou pêche à la ligne .
pelle
Théétète. — Voilà, au moins, une démonstration pleine-
ment évidente.

Application de la
L'étkanger. - Eh bien, prenons-la donc
méthode comme
modèle, el essayons de decou-
à la définition du de même, pour le sophiste, ce que
vrir,
sophiste. lu aussi peut bien être.
i

Théétète. —
Parfaitement.
L'étranger. —
Or, dans le premier cas, la question initiait'
était: sous quel titre, de simple profane ou de technicien,

poser le pêcheur à la ligne.


Théétète. Oui.—
i. Cf. supra 218 c, et les curieux développements de la 7* lettre

(3/ja b-343 d).


a. L'étymologic du mot iar.xk'.zûi (pêcheur) est inconnue (cf.

Boisacq, Dict. Etymol. s. t.). Platon s'amuse h la chercher dans l'idée


de traction ascendante («va, en montant —
ir.xt, tirer). Le pédan-
tisme des formules est voulu.
3o 9 20*I2THS 220 e

HE. Tè if\ç IvavTÎaç TaÛTr) nXi-iyn^ç. àyKÎaxpcp te yiy-

vô^ievov <ai tcùv I^Sûcûv ou)( rj tiç av TÛyr\ toO acô^ctTOÇ, 221 a
cSaTtEp toîç TpuSSouaiv. àXXà Ttspl ttjv KE<paXr|v <al xô axé^ia
TOO 8r|pEu8ÉVTOÇ EKaaTOTE, KCxl KaTCù8£V EIÇ TOÔVaVTÎOV
avco pâ68oLc; kocI KaXà^iou; àvaartcbuEvov oS xi <pr|0"ou£v, S

0Eai.Tr)TE. Secv Toôvo^ia XÉy£a8ou :

©EAI. AokG ^év, 8-nEp apxt Ttpou8É^E8a SeÎv I^EupEtv,


toOt' oiut& vOv oVnoTETEXÉaBou.
HE. Nuv apa Tfjç âaTtaXi.EUTLKf)Ç'nÉpi au te Kàyà> auvco-

^oXoyrjicauEv ou ^6vov Tou"vo(ia, àXXà <al t8v X6yov TtEpl b


<xut6 Toupyov ElX^cpau.Ev licavûc;. ZuuTiàar|ç yàp TÉ)(vr)q
TO U£pOÇ KTr)TlKÔV ?JV, KTr)TlKoO SE
^lèv f^UUJU )(£ip(3Tl.KOV.

XEipwriKoO Se SripEUTLKov. toO Se 8r|pEUTiKoû £cpo8i-|piic6v,

^cpo8r)piKoO 8è Evuypo6r|pLK6v, èvuypo8r|pLKoO Se t& kôctcoSev

T^if]^a bXov àXiEUtiicév, àXiEUTiKfjç Se 7iXr)KTLK6v, tiXtjktu

<rjc;
Se àyici.aTpEUTiic6v toutou 8è t6 Tispl tt]v koitcoSev
avco TiXriY^v àvaaTTWtiÉvr|v, an' auTfjç ir\q Ttpâ^ECoç àcpo- C

^ioicoSèv Touvojjia, f\
vOv àanaXiEUTiKn, £r)Tr)8£Îaoc ETt'ucX-qv

yéyovEV.
0EAI. riavTâTtaaL uèv ouv toOtô yE licavôç SeS^Xcùtou.
HE. ^ÉpE Sr), KaTà toOto to TtapâSEiy^a Kal tov aocbi-
0"T1*)V ETtL^EipG^EV EÙpEÎV 8tL TTOt' ECTLV.
0EAI. Ko^iSfj ^aèv ouv.
HE. Kal yr)v ekeîvo" y' ?jv to £r)Tr|pa mpÛTOv. TtÔTEpov

lSui>Tr|v fj
Ttva TÉ)^vr|v I^ovTa Betéov eÎvcu tov àaTtaXiEU-

tf\v.
©EAI. Nal.

6 8 -TJ-.r, -r,:
: 221 a I l T ij B W :
jj Y, Stobaci "M f W
W ||
j| t

a 3 0ijp(wlyTO( -cjîvto: T -ïjot.oz :


1
]
a 4 /.a/.âuot; : "ioâ-
awatv Herodianus a 6 BoxéS iuv ooxw;x:v : TW ||
a 8 au Heindort'
W
j

e Ficino : ou au BTYW, Stobaci MA |


ti :
y« j'
b 5 buypoôi}-
pixcîv, £V'jyooOr é ç:y.o-j
:
ivuSfO- TY |;
b G n/.r/.t'.zo'v, xXiptTCXÎfc ^:
habet in marg. W b 7 toûtoj : touto T c 3 yiyovEv om. (add.
W
j ||

supra lin.) ||
c 8 y' f v yoûv Y (
:
| "J-.i^i.
:
^r toj;j.:vov (scd corr.
in marg.) ~\\ j
C 9 t3/vy,v T:va W.
221 c LE SOPHISTE 3io

L'étranger, — Et noire homme, le poserons-nous


d comme profane, Tiiéétète, ou bien absolument clans sa com-
pétence de sophiste ?
Tiiéétètk. Pas— du tout comme profane, car j'entends
bien ce que tu veux dire il s'en faut du tout au tout qu'on
:

puisse lèlre, avec un si grand nom.


L'étranger. — Nous devons donc, ce semble, le poser
comme possédant un art déterminé.
Tiiéétète. — Mais quel sera-ce bien au juste?
art
L'étranger. — Aurions-nous, par dieux, méconnu les la

parenté de nos deux hommes ?

Tiiéétète. — De quels deux hommes?


L'étranger. — Du pêcheur ligne du sophiste.
à la et
Tiiéétète. — Quelle parenté?
L'étranger. — Des chasseurs, ce sont voilà qu'ils très
clairement tous deux pour moi.
les

e Théétète. — Dans quel genre de chasse dernier? Car, le

pour lepremier, chosec'est dite.


L'étranger. — En deux je nous divisâmes
sections, crois,
tout à l'heure la chasse à tout ce qui est gibier dans l'une,
:

nous mimes les nageurs, dans l'autre, les marcheurs '.


Tiiéétète. — Oui.
L'étranger. — L'une, nous l'avons explorée, pour autant

qu'il s'agit de ceux des nageurs qui vivent dans les eaux.
Quant à celle des marcheurs, nous la laissâmes indivise, en
disant simplement qu'elle était multiforme.
222 a Tiiéétète. —
Parfaitement.
L'étranger. — Jusqu'à ce point donc, sophiste et pêcheur
à la ligne se tiennent compagnie, faisant route commune
depuis l'art d'acquisition.
Tiiéétète. —
Ils en ont l'air, au moins.

Première définition
~ leurs sentiers
£***>*«?• J*aii
du sophiste: divergent a partir de la chasse a ce qui a
chasseur vie. L'un s'en va vers la mer, peut-être,
intéressé de jeunes vcrg ] cs fleuves et les marais ce
qui vit :

gens î^iches.
w i\ j j :u
la-dedans sera son gibier.

i. Les divisions qui suivent partiront, l'une après l'autre, d'un des

yenres laissés à gauche dans une division précédente. Ici, on reprend


la division marcheurs-nageurs, en invertissant l'ordre, pour recom-
mencer à progresser à droite.
3io EG4»I2TH2 221 c

HE. Kal vGv 8v}


toutov 18u»tv)v 8r|aoy.Ev. cô
0£aiTr)TE, f\

•navTâTiaaiv coq àXr|8coc; aocpicn:f|v ; d


OEAI. OuSaucoç lSicÔTr|v' navBâvco yàp S XÉyEi-c;, coç

TtavTÔc; Seî tchoOtoç EÎvai tô y£ ovoua toOto e)(cov.


3
HE. AXXà xiva TÉ)(vr|v auxàv r|p.îv I)(ovTa, côç echke,
Setéov.
OEAI. Tlva ttot' ouv Sf| Taûtr|v ;

D
HE. *Ap S np6ç Becov îPiyvorjKa^Ev TCxvSpàç tôv avSpa
ovxa auyYEvfj |

OEAI. Tlva toO ;

HE. Tôv àaTTaXiEUTf)v tou cocpiaToO.


0EAI. rifl :

HE. 0r|p£UT(x tlve KaxacpalvEaSov aucfxa ^cu.


0EAI. Tlvoç 8r)paç aTEpoç tôv uèv yàp ETEpov ;
eïtto- e

U.EV.

HE. Ai.)(a mou vvjv8f| Sie'iXouev xr\v aypav naaav, veu-


cttikoO ^lépouç, tô Se tte£oO téuvovteç.
0EAI. Nat.
HE. Kal tô uèv 8ir)X8o^£v, 8aov TiEpl xà vEucrciKa tcov

IvùSpcov t8 8è tiec^ôv EiàaauEv aa^iaxov, eittôvteç 8ti

tioXueiSèç £Ïr|.

0EAI. nâvu y £ . 222 a


HE. MÉ^pi y.Èv to'ivuv IvxaGBa ô aocpiaxrjq te Kal ô
1
àaTtaXiEUTi )ç &u.a artô x^ç KTr)Tiicfjc; xÉ)(vr)c; Ttop£ÛEa8ov.
0EAI. 'EolKaxov yoOv.
a
HE. EKTpÉTrEa8ov 8é y£ à-nb i?\q £coo6r|pi.Kfjç, ô p.èv ettI
SâXaTTtxv ttou Kal TTOTauoùc; Kal Xluvaq, tàv toùtchc; £coa

8r|pEua6^Evoq.

d 3 -xvto; W inckclmann ~xvTœ; codd. toioù'to; -ov TY d : :

l\ë/ovtx f,;j.ïv xjtov d 7 xp' xp'ouv W


d 9 tov Iloindorf
;j
:
[j

W
|

W
j

toutov codd. j d 1 2 /.xTaçx{vcO0ov -îpaivc'aOwaxv (sod ov supra w) :


||

e I TOV TO n : e 3 vjvot, vjV |


JÛfattV xnxTXV VCUOTIXOS : BW ||
: W !|

aipou; : -xôv -50: Madvig ;j


e 4 WÇdï t^uvovto; B j|
e 8 ttï]
:
ùV,v B ||

222 a 2 tofvuv : ouv W ||


ts om TY ||
ô post sa! om. W |
a 5 0=
yi
:

0' ïv(o B |]
a 6 txy : tx sv BT.
222 a LE SOPHISTE 3it

Tuéétète. —
Sans aucun doute.
L'étranger. —
L'autre va, lui, vers la terre, vers des fleuves
d'une autre sorte, des prés, si l'on peut dire, où richesse et
jeunesse foisonnent: ce qui s'y nourrit lui sera bonne prise,
b Théétète. — Que veux-tu dire?
L'étranger. — La chasse aux marcheurs fournil deux par-
tiesde vaste extension '
.

Théétète. — Que l'une sont-elles et l'autre ?

L'étranger. — L'une des animaux apprivoisés est celle ;

des animaux sauvages.


l'autre, celle
Théétète. — Y donc une chasse aux animaux
aurait-il
?
apprivoisés
L'étranger. — Oui, du moins l'homme un animal
si est

apprivoisé. Choisis la thèse qui te plaira. Pose qu'il n'y a point


d'animal apprivoisé, ou qu'il y en a, mais en dehors de
l'homme, et que lui est sauvage; ou bien, tout en disant que
l'homme est apprivoisé, juge qu'il n'y a point de chasse à
l'homme. Quelle que soit celle de ces formules qui t'agrée,
dis -nous ce que tu décides.
C Théétète. — Eh bien, nous sommes un animal apprivoisé,
voilà comme je juge, étranger, et je dis qu'il y a une chasse
à l'homme.
L'étranger. —
Nous dirons alors que la chasse aux appri-
elle-même double.
voisés est
Théétète. —
A quel point de vue?
L'étranger. —
Brigandage, chasse à l'esclave, tyrannie,
guerre sous toutes ses formes, nous ferons, du tout, une unité
que nous définirons chasse violente.
Théétète. Bien. —
L'étranger. —
Mais discours judiciaire, harangue pu-
blique, entretien privé, à ce nouvel ensemble qui, lui aussi,
d est un, nous donnerons le nom d'art de persuasion.

i . Le schéma sera :

chasse aux marcheur- (— chasse au gibier de terre ferme)


mivagM apprivoises (chasse à l'homme)
i

à maiu »rm£> 1
par persuasion
en public <-n I
particulier
par de» eadeaux__J__'pour le lucre
pour la subsistance (ftatterie)__î__jx>ur l'argent (aopui»ti<jue).
Gibier de terre ferme et marcheurs sont ici traités comme syno-

nymes (cf. aussi Timée, 4o a, encore que Timée 92 a distingue mar-


cheurs et apodes).
3u so*irras 222 a

0EAI. Tl lu^v :

HE. O Se ye etiI
c

yf|v Kal TtoTau.oùç ETÉpouç au Tivaç,


tïXoûtou <al vEOTrjToc; oîov XEiu.covaç à<p88vouç, Tàv toû-

toiç 8pÉu.LiaTa y^Eipcùaà^zvoç.


0EAI. nûç Xéyeiç; b
HE. Tfjç TtE^fjç 8r)paç ylyvEaSov Sùo u.£ylaTQ tivè

llÉpEl.
©EAI. ("loîov ÉKaxEpov ;

HE. To lxev tcùv fjtiÉpcdv, to Se tcûv àypLcov.


OEAI. E1V eoti tiç Brjpa tcov f)u.Épcov ;

HE. EtTtEp yé èaxiv avSpcùTtoç fju.Epov £coov. Oèç ôè

orir) xai-pEi-ç, eïte u.r)8èv tiBeIç fjp.£pov, eïte aXXo lièv fju.E-

pév Ti. t6v 8è otvBpcoTtov aypiov, elte fJLiEpov u.èv XéyEic; au


tov avSpcoTtov, àvBpcimcùv Se Ltr)8Eu.iav r)yfj 8r]pav toùtov
1

ànoTEp av f|yrj <pLXov EipfjaBal aoi, toOto f)u.tv 8i6puxov.


OEAI. 'AXX' n,u.ac; te fju.Epov. S £,éve. fiyoOuiai £<2>ov. c

Brjpav te àvSpwTtQV EÎvai XÉyco.


HE. AlTTf|V TûtvUV Kal Tf|V f|U.£po8r|pi.Kf|V EOTCÙLtEV.
OEAI. KaTà tI XéyovTEç ;

Tf]v laèv Xr)aTiKr)v Kal àvSpaTtoSiaTLK^v Kal Tupav-


zLEL.

viKr|v Kal aÛLtTtaaav Tf|V TtoXEU.iKr)v. ev TtâvTa, ftlaiov Brj-

pav ôpiaâLiEvoi.
OEAI. KaXSç.
HE. Trjv Se y£ 8ucaviKr|v Kal 8r)u.r)yopiKr)v Kal Ttpoa-
OLiiXr)TiKr)V, ev au tô aûvoXov. mSavoupyiKrjv Tiva Lilav

TÉ)(Vr)V TtpOOELTtÔVTEÇ. d

a93i yê S' : W || yr|v


W : ~f v ( yfjV
BÏY
a 10 oTov Xsi uwva;
|| (

àçâovou; secl. Cobet X(jiva( dubitanter Richards b a


=
~/. :
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W
||

ytyvasQûv TV :
ytyveaOw B -iaOtov :
b 3 ;j.£pït
:
-tj YW |!
b 5 àypicov. .

transp.
v'.jj.iftov
W b 6 ZÔV Ijiiftov Orjpa b 7 W yé : ~i TY av-
W
|
| ;
[j

Osw-o; âvô- raalit


: Hcindorf ||
Ss B W] TY om. :
|j
b 8 -i0=t? :

-si; Gobet ! ittl iÀ/.o :


fj
âÀ/.o Cobet b 9 au om. j!
Y j,
b n or.6-.er.'

av 8tMKp av Badham tafcfpov Cobet


:
f,yf;
: -sî B Ûplfi&al ?<,:

W
,

W
jj

om. Ô-.d^is&vjStopurxJov B et (xkn supra


:
lin.) J
Ci (3 £iv:
f;u£pov W C 8 xa/.*o; om. Y C IO ev aj ! tô W : EVOUTO B :v

aù*ô TY.
222 d LE SOPHISTE 3ia

Théétète. — Juste.
L'étranger. — Dans ce même de persuasion, art nous dis-

tinguerons deux genres.


Théétète. — Lesquels ?

L'étranger. — L'un s'adresse au particulier; l'autre, au


public.
Théétète. — Faisons donc, de chacun, une forme distincte.
L'étranger. — La chasse au particulier, à son tour, ne se
fait-elle pas, ou bien avec le lucre comme but, ou bien avec
des cadeaux comme moyens?
Théétète. — Je ne comprends pas.
L'étranger.— C'est qu'à chasse d'amour tu n'as pas
la

encore, ce à semble, prêté ton attention.


qu'il
Théétète. — Qu'y aurais-je vu ?

e L'étranger. — Que poursuite accompagnée de


la est
cadeaux.
Théétète. — même.
C'est la vérité
L'étranger. — De d'amour, faisons donc une forme
cet art
distincte.
Théétète. — D'accord.
L'étranger. — Mais, dans chasse s'ouvrir
la intéressée,
accueil par des faveurs, du seul plaisir se faire une amorce,

n'y chercher d'autre gain que sa propre subsistance, c'est là

223 a ce que, j'imagine, nous appellerions tous un art de flatterie


ou de cajolerie 1 .

Théétète. — Comment ne pas l'appeler ainsi ?

L'étranger. Par contre, professer qu'on ne cherche,


en ses entretiens, d'autre intérêt que celui de la vertu, mais
se faire payer en belle monnaie, n'est-ce point là un genre

qu il est juste d'appeler d'un nom différent?


Théétète. —
Sans aucun doute.
L'étranger. — Mais de quel nom ? Essaie de le dire.
Théétète. — tout
Il estcar clair ;
c'est bien le
sophiste, à

i. Sous cette flatterie et cajolerie, faite « d'adresses culinaires »

(f|8uvTiXTj
cf. Théél. 173 c), Platon ne reprend que la pre-
Tî'/vr,,
mière moitié, partie corporelle, de la quadruple flatterie que décrit
la

le Gorgias ('|64 b-466 a, 5or a-5o3 a, 5iy b-5aa e) art do la cui- :

sine, art de la toilette, rhétorique et sophistique.


sophistique Ici, la
est isolée de parce qu'elle enseigne, et pour de l'argent.
la flatterie,

Mais ce que Platon semble bien le plus haïr chez elle, c'est son oppor-
tunisme (Rép. 493 a/c).
3ia £04>IETH2 222 d

0EAI. 'OpScoç.
ZE. Tf)ç 5r) Tu8avoupyiicf)ç SiTxà XÉy<au.Ev yévr).
©EAI. nota ;

— E. Tô u.èv ETEpov tSîa. tô Se Sr)u.oala yiyvô^Evov.


©EAI. rtyvEaSov yàp ouv eÎSoç EKôVtEpov.
ZE. OukoOv au Tx\q t8io8r)pEUT:i.icfîç T0 EV H«x8apvr|- b*

tikôv ECTTiv, to Se Scopocpopiicôv ;

OEAI. Où u.av8âvco.
-E. Tf] tôv èpôvTcov 8r)pa xôv voOv, ôbç êoLtcaç. oôtio

npoaèay^Eç.
OEAI. ToO TtÉpt:
ZE. "Oti toîç 8r)pEu8EÎai Sôpa TTpoa£fu5i.8ôao-iv. e
OEAI. 'AXr|8ÉcrraTa XÉyEiç.
ZE. ToOto u.èv Toîvuv lpo>TLKf]c; TÉxvr|c; iaxco eÎSoç.
OEAI. riàvu y£.
,=.E. ToO
Se yE jiLa8apvr|TLKoO tô
pèv Ttpoaou.iXoOv Sià
3
XâptToc; Kal TiavTàTtaai. Si tô
fjSovfjq SéXEap TtETioir)u.Évov
Kal x6v ua<j8ôv TtpaTT6u.Evov éauxcà u.6vov KoXa-
Tpocprp
klki^v. &ç ÈySu.ai. TtâvTEq cpatu.£v av f) f|SuvTuc! |v -uva
!
223 a
té^vi^v EÎvai.
©EAI. ricoc; yàp ou:
— E.. Tô Se ETTayyEXX6^Evov ^èv â>ç àpExfjç è'vEKa xàq
ouaXUxç ttoioû^evov, u.ia8ôv Se v6u.iau.a TipaTTÔjiEvov. apa
ou toOto tô yÉvoç ETÉpcp TtpoCTELTtEÎv a£,iov ôvôu-aTi
;

OEAI. nSçyàpoô:
ZE. T'iVl Sr) TOÙTÛ3 TtEipCO XÉyELV. ;

OEAI. Af]Xov Sr) t6v yàp aocf>LaTr|v -

u.01 SokoOuev

d 3 Xiyt»(uv
:

-o;j.:v
Y\\ d 7 [Uafapvf)Tixov Heindorf
||
wq&apwu- :

codd. (et infra e 5) d 8 h~:v xl ÈsTtv T d 10 tôv voSv port


:

W
j
||

-oo^i-z/i; transp. e 1 Bâpa jtpoaexiStWootv Itt otr.s*


sp©î :

W
J

5:- et in marg. t e a ÀiyEi; om. e 3 ?7tw 11805 W B cT&K


W || :
||

?T-:ca TV l<nta e 7 prfvov :


-r,v TY || xoXeoctxifv secl. Schanz
223 a 1
f;
add. Heindorf a h -.'*;: -î]; Y a 6 yivo;:
|j |
yrro-
vôc B,
223 a LE SOPHISTE 3i3

mon avis, que nous avons trouvé là. Ce disant, je crois nom-
mer notre homme du nom qui lui convient,
h L'étranger. —
Donc, à récapituler notre raisonnement,
il semble, Théétète, que dans l'art d'appropriation, dans la
chasse, dans la chasse au vivant, au gibier de terre ferme, au
gibier apprivoisé, à l'homme, au simple particulier, dans
la chasse intéressée,
qui n'est qu'échange contre argent et
sous couleur d'enseignement, la chasse qui poursuit les jeunes
gens riches et de condition est bien ce qu'il faut appeler, du
nom même où le
présent raisonnement nous fait aboutir,
la
sophistique.
Théétète. — Absolument.
L'étranger. —
Envisageons encore un
Seconde définition :
au t re point de vue car il est loin d'être
;
e sop is e
simple, l'art dans lequel rentre l'objet
c ue nous cherchons: il est, tout au con-
sciences. °i

complexe. D'après les divi-


traire, très
sions précédentes, cet objet nous présente, en etlet, non point
1
aspect que nous venons de définir, mais comme le simulacre
d'un autre çenre.
Théétète. — Gomment cela ? .

L'étranger. — L'art d'acquisition avait, en somme, deux


formes l'une de ses parties était chasse l'autre, échange.
:


;

Théétète. C'est exact.


L'étranger. — Dirons-nous, maintenant, que l'échange a
deux formes d'une part, échange de main à main d'autre
:
;

part, échange commercial ?


Théétète.— Que ce soit chose dite.
L'étranger.— Et maintenant, ajouterons-nous, l'échange
commercial a lui-même deux sections.
d Théétète. — Lesquelles?
L'étranger. — La première division est vente directe par
le producteur; l'autre, où l'on trafique de ce que produit
autrui, est trafic.
Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Eh bien, de ce trafic, l'échange inlra-urbain
fait
presque la moitié ne
l'appelle-t-on pas
; petit commerce ?

Théétète. — Si.

L'étranger. — Mais l'échange qui circule de ville en ville,


achetant et vendant, n'est-ce pas le négoce ?
3i3 ÏOMITHS 223 a
1

avr)upr|KÉvai. Toux ouv eycoye eitiùv xô npoof^Kov ovoy' av

f|yoOu.ai. koXeîv aôxôv.


HE. Kaxà Sr|
xôv vOv, 5>
©£alxr)XE, Xôyov. côç eoikev,
f\ TÉ)(vr|Ç oÎKEicoTLKfjc;, [iexr)xi.icr|ç], 8r|p£UTiK^c;, £cpo8r)piac;, b

[TtE^oBripiaç], ^Epaalaç, T<|(!£po8r|piicfjç, àv8p6mo8r)plaç,


î8io8r|p'ia<;. ^laBapvLKfjq, vop.iau.axoxtttXiicr]c;, So£,oTtatSEU-

xucf^ç, vécov TtXouoicov Kal ev86£cùv yiyvou.Évr) Brjpa npocrpr]-

téov, cbç ô vOv Xoyoç t^u-Îv auy.6aîv£i, aocpiaxncr].


OEAI. riavxàTtaai u.èv o3v.

HE. *Exi Se Kal xtjSe lSoù^ev où yâp xi <|>aûXr|q yÉxo^év


1
iaxi TÉ)(vr|ç xè vOv £r)xoû^£vov, àXX eu yâXa TtoiKtXr|ç. C
Kal yàp ouv iv xoîç Ttp6a8EV £Îpr|g.Évoiç (pâvxao"u.a TtapÉ-

\£tai u.f|
xoOxo o vOv aùxô ^|yELÇ cpau.£v àXX' IxEpov EÎva'i

tl yévoç.

OEAI. (Ifi 8f| ;

ÏE. Tè TÎ^q Kxr]xiKrî<; xÉ)(vr|ç SittXoOv fjv eTSôç ttou, t6

jièv 8r)pEUTL<ôv fciÉpoç £X 0V ,


tô Se àXXaKXixov.
OEAI. *Hv yàp ouv.
ZE. Tfjç to'lvuv àXXaKTLKfjç Sûo E*5r) XÉycou.EV, xà yèv

3<apr|Ti<6v, x6 Se ËTEpov àyopaaxiK6v ;

OEAI. Eîptf|a8a.
HE. Kal p.f]v au cpi^ao^Ev àyopaaxiKrjv St^rj xÉu.v£a8ai.
OEAI. n?\; d
.=.E. Ti'jv yèv xSv auxoupySv aùxoTtcoXiKf]v SiaipoupÉvrjv,
xi*)v 8è xà àXX6xpia ipya u.Exa6aXXop.Évr)v p.£xa6Xr)xiK/|v.
OEAI. riàvu y£.
HE. Tl Se xfjç ; u.£xa6Xr)xiKf]q oû]( ^ p.èv Kaxà TtéXiv

b i f,
:
f|
T i| post oixAitàXaâfe add. xupwTtxîfc Aldina ||
b i-3
rcfCuc^, xtZohtfiat sccl. Schlcicrmachcr ^fupoOqpacfjc, ptofopvtxîfc
rotinui, secl. Schlcicrmachcr £uio(b]pîaç -ixrjs
1
b 3 antc j|
: W j|

iStoÔTjcj'ocîadd. -lOxvoTrjpt'aç Heindorf b 7 l'Swiuv Ittâpw BT :

W
||

jii-ro-y(_dv
:
{aets/ov y c 3 iyict( aùiô c 7 e/_ov uipo? |] post
W ||
W j|

àXXaxTixo'v add. ôv Heindorf C 10 ETêpov j|


C 12 ou çrJaou.Ev
||
om.W :

on ït^wuev B II
d a
o:a:poj;jtïvr,v
:
o;a-.poyu.£voi Paris. 1808 07]

£;pïjjx£vr v ( Steph.
223 d LE SOPHISTE 3i',

Tuéétète. — Pourquoi pas ?

L'étranger. — Or, dans négoce, le n 'apercevons-nous pas


une distinction :ne sonl-ce pas des objets servant à la nourri-
ture ou à l'usage, tantôt du corps, tantôt de l'âme, qui sont
e
vendus et échangés contre argent ? '

Théétète. —
Que veux-tu dire par là?
L'étrangek. — C'est la partie relative à l'àme que, peut-
être, nous manquons à reconnaître; car l'autre,
j'imagine,
est claire pour nous.
Théétète. —
Oui.
224 a L'étranger. — Disons donc que la musique, sous toutes
ses formes, colportée de ville en ville, achetéeici
pour être,
là, transportée et vendue; que la peinture, l'art des faiseurs
2
de prodiges ,
et maints autres articles destinés à l'âme, qui
se transportent et se vendent, soit à titre d'agréments, soit
comme objets d'étude sérieuse, donnent, à celui qui les
transporte et qui les vend, non moins que la vente du manger
et du boire, le droit au titre de négociant.
Théétète. —C'est la stricte vérité que tu dis là.

b L'étranger. —
A celui donc qui vend en gros les sciences
et, de ville en ville, les échange contre argent, tu appliqueras
ce même nom ?
Théétète. —
Très certainement.
L'étranger. —
Dans ce négoce spirituel, est-ce qu'une par-
tie ne s'appellerait pas, à très juste titre, art d'exhibition ?

Quant à l'autre, c'est d'un nom qui ne sera pas moins ridi-
culeque le premier, et pourtant, puisque c'est de sciences qu'elle
i. Cf. Gorgias 5i7 d, énumérant, pour illustrer sa théorie de la

sophistique, « ces objets qui servent à la nourriture ou à l'usage du


corps », et les producteurs ou trafiquants qui en font le service.
a. Cf. Notice, p. 6, Protagoras, 3ia d, et voir les Lois citant

(658 b/d), parmi les amuseurs publics, à côté de celui que nous
appellerions le montreur de curiosités ou de phénomènes (xov ix (ttdfutra
le tragédien, le rhapsode. Le Oauii.» est
ifttâtucvuvxa), le comédien,
souvent la poupée ou la marionnette pour les Lois (644 c et suiv.).
:

nous sommes des marionnettes dont les dieux tirent les fils. L'art
des faiseurs de prodiges a fourni à Platon l'allégorie de la caverne
(Rép. 5i4 b). Cette caverne est un véritable théâtre de Guignol,
avec son mur « pareil au paravent que les montreurs de prodiges
mettent entre eux et le public, et par-dessus lequel ils exhibent leurs
poupées ». Pour le détail scientifique de ces tours et merveilles, cf.

Héron d'Alexandrie, Traité des Automates.


3i4 20<I>I£THS 223 d

àXXayf), ct^eSôv aÙTfjç fj^uxu ^Époç 8v, KaTtr|Xi.K?) npoaayo-


peiieTai ;

GEAI. NoL.
HE. Tè 8é ye èE, aXXrjç eIç aXXr|v Tt<5Xiv SiaXXaTTOv

(ivfj
Kal TTpâCTEt E^TtOpiKl !

| |

0EAI. T18' ofl ;

1
HE. Tfjç S' è^TTopLKfjç ap oôk flaSrmESa 8tl to jxèv
oaoïç t6 aûpa TpÉ(pETai Kal xpfJTai, tô 8è baoïç f\ 4»u^, e

tiûûXoOv 8iàvo^lapaToç àXXaTTETai ;

GEAI, nûç toOto Xéyelç ;

HE. T8 TTEpl xf|v ij;u^f]v Xaaq àyvooO^Ev, etteI t6 ye

£TEp6v TtOU aUvlE^LEV.


GEAI. Nat.
HE. MouaiKf|v te to'lvuv auvà-naaav XÉycoiiEv, ek ti6Xeoç 22 'i a
EKdccjTOTE eÎç ti6Xlv evBev ^xÈv <àvr|8EÎaav, ETÉpcoaE 8è àyo-

^LÉvr|v Kal mTTpaaKO^Évr|v, Kal ypacpucfjv Kal Bau^ato-


tiouk^v <al TtoXXà ETEpa Tfjç i^u^ç, xà yèv Ttapa^uBLaç,
Ta 8è Kal ortouSfjç X^P LV aX^ EVTa Ka ^ TroXoiijiEva, t8v
ocyovTa Kal TtcoXoOvTa |ir)8Èv Tjttov Tfjç tôv cutUdv Kal
TtoTÔv TtpàaEcoç E^mopov ôp82>ç av XEy6(iEvov Ttapao^Eiv.
5
GEAI. AXr|6ÉaTaTa XéyEiç.
HE. OukoOv Kal t8v ^a6r)^iaTa auv<avoûp.Evov tkSXiv te ]>

ek tt6Xecoç vo^'ia^aToç à^Ei6ovTa TauTèv TtpooEpEÎç avoua;


GEAI. Zcp68pa yE.
J
HE. Tfjç 8f) i^uxE^TtopiKfjc;
TaÛTr|ç Sp où t6 uèv Itu-
Seiktik^ SiKaiéTaTa XéyoLT' av, t8 8è yEXotcp uèv oû^ îjttov
toO TtpéaGEV, ojicoq 8è uaSnuàTov ouaav Ttpacuv aÔTfiv

d 6 xazïiXixrj Y b t xai SiiXta] BT xaxi)XrjTtxJ|


:
d 9 8:aX- W
littov [sed -ât tov] W
-atTojjLsvwv BIT: d 10 è[x7:op!X7J -R T- B ||
||

Y D e i xaî XP^"10" Heindorf xÉypr,Tat codd. 224 a 1 Xs'ycopey


:
:

-ojiev (ante auvarcaaav transp.) W ||


a 3
||

xoù 7ri-paaxouiv7]v secl.


Burnet || 0au;a.aTOZOiixf,v
:
-rotTjttxriv W ||
a 7 rapaaysïv B : -eyeiv
TYW (jizapyjlv
Badhara ||
b 1 r.oliv... b 2 aix£t'6ov:a :
et'; zdXtv...
àu.£i'6ovTa Baumann r.okiv... < 7:n>Xouv-a >• à;jLE:'6ov:a Bichards ||

b 5 yeXcu'o) Heindorf: -oïov codd. malit Wilamowitz.

VIII. 3.-5
224 b LE SOPHISTE 3i5

estvendeuse, d'un nom apparenté de près au nom même


c'est
de son œuvre que nous devrons, n'est-ce pas, nécessairement
?
l'appeler
Théétètk. — Certainement.
L'étranger. — Donc, dans ce gros négoce en sciences, la
c section relative aux sciences des diverses techniques aura un
nom; celle qui s'occupe de l'article vertu en doit avoir un
autre.
Théétète. — Naturellement.
L'étranger. — Gros négoce en techniques est le nom qui
conviendrait à la
première. Quant à la dernière, essaie toi-
même de dire son nom.
Théétète. —
Et quel nom formuler qui ne sonne faux,
à moins de dire voilà l'objet que nous cherchons, le fameux
:

genre sophistique !

L'étranger. —
Lui, et pas un autre. Voyons donc mainte-
nant à récapituler, et disons celte partie de l'acquisition,
:

d de l'échange, de l'échange commercial, du négoce, du négoce


fait trafic de discours et
spirituel, qui d'enseignements rela-
tifs à la vertu, voilà, sous son second aspect, la
sophis-
tique.
Théétète. — Parfaitement.
„ .

Troisieme
.,
et qua-
L'étranger. —
Troisième aspect à qucl-
n. :

, .,. ,. t\, .

trième dé finition :1e <I


U un J imagine, qui, établi sur place
>

sophiste, petit dans une ville, pour une part achète,


commerçant, de pour une autre part fabrique ce qu'il
première ou vend d'enseignements relatifs à ce même
seconde main. ,.
° .

.,
., .

objet et s est promis cl en vivre, tu ne


voudras point donner d'autre nom que celui de tout à l'heure.
Théétète. —
Comment le voudrais-je?
e L'étranger. — Ainsi acquisition par échange, par échange
commercial, que ce soit vente de seconde main ou vente
par le fabricant, il n'importe, pourvu que ce commerce porte
sur les enseignements que nous avons dits, ce sera toujours

pour toi, apparemment, la sophistique ?
Théétète. — Nécessairement c'est une conséquence qui:

s'impose.
L'étranger. — Voyons donc si nous ne pourrions point
assimiler encore le genre que nous poursuivons à quelque
chose comme ceci.
3i5 EO&ISTH2 224 b

àoEXfpû xivi xfjç TTpà£,Ecaç èvduaxt TtpoCTEtttsSv « vayKr) ;

©EAI. nâvu uiv o3v.


HE. Taûxrjç xoivuv xfjç ua3r>uaxoTtoiXi.Kf]ç x6 uèv TtEpl
xà xSv £XXcjvxevvSv ^ia8r)uaxa fxÉpca, xô 8è nepl xô xf}q c

«pExfjç SXXo Ttpoapr|XÉcv.


©EAI. nôç yào 08 :

HE. Te^vottcdÀikc-v uf|V x6 ys Ttspl xSXXa àv àpuoxxof


xô Se Ttepl xauxa au Ttpo9uur)8p,xi XéyEiv Svoua.
©EAI. Kal xl xiç àv SXXo ovo^ia eÎtiôv ouk àv TtXr)p-

^lEXotr) ttXï^v
xô vOv £r|xoûy.£vov aôxô EÎvai xô ctocjhotikôv

yÉvoç ;

HE. OjSèv aXXo. *I8i br\


vOv auvayàycû^Ev auxô Xé-

yovxEç ôbç tô xf}ç Kxr|Xi.Kfjç, ^sxaBXrjxiKfjç, àyopaaxiKr^ç,

èjmopLKfîç, ipu^E^TtopiKfjç TtEpl Xôyouc; Kal na8r|u.axa d

àpExfjç TtcoXr|TLKàv SEÛTEpov àvE<pàvr) aotpiaxucr).


©EAI. MàXays.
3
HE. Tplxov Se y oî^ial <te, kSv el xiç auxoO KaBuSpu-
xà UEV (àvOÙ^EVCÇ, XU £è Kal XEKXaiv6^lEVOÇ
JIEVOÇ EV Tt<5Xei,
auxôç ^laGrjuaxa TtEpl xà aôxà xaOxa Kal TtoXôv, Ik xou-
xou xô £f]v Ttpcuxà£,axo, KaXeîv ouSèv SXXo TcXrjv oYiEp

vuvSr).
©EAI. Tt h' ou uéXXcû ;

HE. Kal xô KxrjxiKÎjç àpa ^Exa6XiyxiK6v, àyopaoxucév,

KaTtr)XLKÔV EÏXE auxoTtcoXiKOv, à^e^oxÉpcoç, SxiTfEp


àv rj TTEpl e
xà xoiaCxa (ia8r)uaxoTTCûXi.KÔv yÉvoç, &eI ctù npooEpEÛç, <sç
<paivr|, ao<piaxiKÔv.
©EAI. 'AvàyKr|- xô) yàp Xôyç> 8eÎ auvaKoXouBEÎv.
HE. *Exi Sf) OKOTtSuEV £Ï XlVl XOIoSe TtpOOEOLKEV àpa XÔ
vOv ^exoSicokôuevov yévoç.

C 1
tôt?,; : 7w —W II
c 4-5 xdye... ~ô oï : Toi yi.. xtjS
8è Richards
c 6 eàctbv Svojjia
W II
c 9 otj YVV et supra lin. T : ora. BT 1
||
vùv

W
Il

om. ||
C 10 xfjs om. YVV II [X£Ta6>.riT!y.^s
corr. Paris. 1811 : -ov

BÏYW y d t
ifuraptx% corr. Goisl. i55 : roS BTYW || .J-u-^sp.

Tropixf,? W» : -ou BTYW II


e 4 Xo'yw : -'.y.'o B et supra lin. W ||
225 a LE SOPHISTE 3i6

a Théétète. — Comme quoi ?

Cinauième L'étranger. — L'art d'acquisition avait,


définition le au nombre de ses parties, la lutte.

sophiste,
:

Théétète. — C'est exact.


éristique merce- L'étranger. — donc point hors de
11 n'est
la lutte en deux.
propos que nous divisions
Théétète. —
Explique ta division.
L'étranger. —
Elle met d'un côté la simple rivalité; de

l'autre, le combat.
Théétète. Bien. —
L'étranger. —
Quand le combat se fait corps à corps, ce
sera lui donner, en somme, un nom plausible et séant que
de le définir un assaut de force brutale.
Théétète. Oui. —
L'étranger. —
Mais celui où s'opposent arguments contre
arguments, l'appellerons-nous, Théétète, d'un autre nom que
b contestation ?
Théétète. — D'aucun autre nom.
L'étranger. — Or genre contestation doit considéré
le être
comme double.
Théétète. — A quel point de vue ?

L'étranger. — En tant qu'opposant, à un long développe-


ment, un aussi long développement d'arguments contraires
et tenant controverse
publique sur des questions de justice et
d'injustice, il est contestation judiciaire.
Théétète. — Oui.
L'étranger. — Mais la contestation
privée, qui se mor-
celledans l'alternance des questions et des réponses, lui
donnons-nous, d'ordinaire, un autre nom que celui de con-
testation contradictoire ?

Théétètk. — Aucun autre.


L'étranger. — La contradiction qui a pour objet les con-
trats et qui, certes, est contestation, mais contestation
c procédant à l'aventure et sans art, doit, à coup sur, constituer
une forme son originalité ressort nettement de notre discus-
:

sion. Mais, de nom à elle propre, ceux qui vinrent avant nous
ne lui en donnèrent point, et le trouver maintenant ne paierait
point notre peine.
Théétète. — C'est vrai : ses divisions sont vraiment trop
menues et trop diverses.
3i6 XO«l>ISTHi:

0EAI. notoSi^;
HE. Tfjç <Tr|TiKT)<; àycùviaTt.Kr) xi \ikpoq f\\û.v î^v.
©EAI. *Hv yàp o5v.
HE. Ouk omè Tpénou tolvuv ecjtI SiaipEÎv aùx^jv Stya.
GEAI. Ka8' ÔTioîa XéyE.
HE. Tô \iàv ôc^iXXr|TiKàv aÔTfjç TiSÉvxaç, tô 8è jia^r|-
tikôv.
0EAI. "Eaxiv.
HE. Tfjç xolvuv ^ia^r|TiKfîq tô ^jlèv aca^aTiVtpôç aob^iaTa
YLyvo^évo ct^eSôv eIkôç Kal irpÉTtov ô'vo^ia XÉyEiv xi xotoO-
tov tiBe^iévouç oîov (ii.acrTi.K6v.
©EAI. Nal.
HE. Tô Se Xôycuç Ttpôç Xôyouç xl xiç, S 0Ealxr|TE,
aXXo EiTtr) Tt?vf|v à^c|Ha6r|Tr|TiK6v ;

0EAI. OûSév.
HE. Tô 8é y£ Ttepl xàç à^cpi.a6r|Tqa£LÇ Setéov Sittov.
0EAI. nu ;

3
HE. Ka8 'ôaov pèv yàp ylyvETai ^f|KE<jt te npôç Evavrla
^i/jKrj Xôycov Kal TCEpl Slicaia Kal aSiKa Sr^ioaLa, SiKaviKcîv.
0EAI. Nal.
HE. Tô S' âv tSlcuç a5 Kal KaTaKEKEp^aTia^Évov ÉpcoTf)-
a£at Ttpôç àTTOKplcELc; jjlcûv El6la^t£6a KaXEÎv aXXo TtXfjv

àvriXoyiKctv ;

0EAI. OôSév.
HE. ToO £è àvriXoyiKoO tô ^èv baov TtEpl xà au^BôXaia
a^ic{)La6r]TEtTaL jiév, eIk^ 8è Kal àxé^vcoç TtEpl auTÔ npàt-
tetoi, xaCTa Getéov ^lèv eÎSoç, etteIttep auTÔ SiÉyvcùKEv &>ç
J

ETEpov ov ô X6yoç, àxàp ETtcovu^'iaç oÔ6 ûttô tôv f^npocrSEv

ËTXJXEV 0$TE vOv Ùty' f\\X(ÀV TU)(EÎV a^lOV.


5
0EAI. AXr|Bf)
-
Kaxà a^iKpà yàp Xlav Kal TiavToSaTtà

Sii]pr]Tai..

225 a 2 [AJpo: -.:


îjv Jjjlîv
W r,v
: vjv Y a 3 oJv om.
||
W ||
b I

W
|j

âu.çtcoY Tr T:zo'v
1 1
Valic. 225 :
-CïjTHHλ BTYW b 3 Sittov QcTÉov
|| (|

b 5 yèp om. W ||
b 6 Zv/.i-.t. : ta 5î- B ||
c 3 ôv div Y. :
LE SOPHISTE 3 17

L'étranger. —
Mais la contestation conduite avec art, et
qui porte sur le
juste en soi, l'injuste en soi et autres déter-
minations générales, ne l'appelons-nous pas, d'ordinaire,
?
éristique
Théétète. — Comment autrement l'appeler ?

L'étranger. — Or au ou bien
l'éristique est, fait, gas-
pilleuse ou bien gagneuse d'argent.
Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Quel nom propre s'impose pour chacune
d'elles, essayons de le dire.
Théétète. — Eh essayons. bien,
L'étkanger. — Quand donc, au ebarme d'une occu- telle

pation, on sacrifie ses affaires personnelles, sans mettre, dans


sa manière de dire, aucun
agrément pour la masse des audi-
teurs, cela, je crois, s'appelle, autant que j'en puis juger, tout
simplement du bavardage
'
.

Théétète. — bien, C'est en somme, ce nom qu'on lui


donne.
L'étranger. — Eh bien, l'art opposé, qui fait monnaie des

disputes privées, à ton tour maintenant d'essayer d'en dire le


nom.
Théétète. —
Et que dire encore celte fois sans péril d'erreur,
sinon que voilà, de nouveau, le prestigieux personnage, voilà
que vient en vue une quatrième fois celui dont nous courons
la trace : le ?
sophiste
L'étranger. — Donc, tout simplement, ce semble, le

genre faiseur de gain, issu de l'érislique, de la contradiction,


de la contestation, du combat, de la lutte, de l'acquisition,
voilà, d'après la présente définition, ce qu'est le sophiste.
Théétète. — Assurément.
Sixième L'étranger. —
Vois-tu comme on a rai-
définition : le son de dire que cet animal est ondoyant
sophiste, réfu- et divers et qu'il justifie le proverbe:
tateur. (( (p une ma i n point ne le prendras » ?

Théétète. — Il
y faut donc mettre les deux.

1. Cf. Notice, p. 7-8, et comparer Phédon, 70 b; Crat., 4oi b ;

Rép., 488 c mais surtout Phèdre, 269 e, et Parm., 1 35 d. Proclus


;

(in Parm., Cousin, p. 637/8) commente excellemment notre passage


et a bien vu que le bavard vise ici est le dialecticien.
3i 7 SO*IÏTHS 225 c

HE. Tè 5é y e evte)(vov, Kal TCEpl SiKalcov aôxcov Kal


àSuccov Kal TTEpl tSv aXXcov oXcîç àu<pia6r)To0v, Sp' oûk

èpiaii<bv au Xéyeiv El8lau£8a ;

0EAI. riûç y«P °^î


HE. ToO ufjv IpiaxiKoO t6 u.ev -^pr\\ia.xo<^QopiK6v ,
x6 5è d

Xpr)u.aTi0TiK6v ov Tuy)(àvEL.
OEAI. riavrâTtaGl Y e -

HE. Tr\v ETKavuulav tolvuv fjv ÊKaTEpov 8ei KaXeîv


aûxûv TreipaBSuEV eItteîv.
OEAI. OjkoOv xpA-
HE. Aokco uf|v xo y e Si'
r|Sovf|V xfjç TTEpl xaOxa Sia-

Tpi6f)ç ocueXèç tûv oIke'lcùv Y L


Y v<^tlEV0V i "ft^P^ ^ e Tr v Xé^iv |

Totç TCoXXoiÇ TQV aKOUOVTCûV OU U.e8' f^SovfjÇ OCKOUOU.EVOV


KaXEuaSai Kaxà Yv<£>u.r|v xf|V êu.f)v ou)( ETEpov à8oXEO"xiKoO.
0EAI. AÉYETai yàp OUV OUTO TN3Ç.
HE. Toutou toIvuv touvccvtIov, ànà tqv ISiotlkSv e

èplScùv xpr)^aTu^6u.Evov, ev tô uspEt au TTEipco vOv eIttelv.


OEAI. Kal (t'i) tlç Sv au £tTtà>v Exspov oùk E^auapToi
nX^v Y^ tov 6auu.aax6v ticxXiv IkeIvov f)K£iv a3 vOv xâxap-
tov t6v (i£Ta8LCùK6u.Evcv ûcp' r)u.ûv CToepLaTrjv ;

HE. OôSèv àXX' f) xb xprju.aTL0TLKèv yévoç, &ç eoucev, 226 a

èpiaxLKfjç 3v TÉ^vrjç, xfjç àvTiXoYiKrjç,, Tfjç àucjua6r|Tr|Ti.Kfj<;,


TfjÇ ^axiTTLKfjç, Tfjç, aYCùviaTiKfjc;, Tfjç KTr|Tiicfjç Icmv, &ç
o X6yoç au u.Eu.r)vuKE vOv, ô aocpujxi'jç.
OEAI. KouiSfj u.èv ouv.
c
HE. OpSç ouv oç, àXr|8fj XÉYETai to TtoKtXov EÎvai
touto t6 8r)ptov Kal ib Xey6u.evov ou xfj ÉxÉpa XrjTiT6v ;

OEAI. OukoOv àucpoîv XP^I-

C Q aj om. W j|
d 5 GUrtêSv : -ov B\V i;
d 7 ur,v :
|tlv
Ileindorf
W
||

TO ys Y : xoîs BT xô ol II
d 8 nfv iy.=XÈ; :
-à); \V d IO xf,v :

W du
||

y' jj
ouv supra lin. habct e i xouxo-j xcv (ex xou ut W ||
:

uidetur) Y ||
e 2 Èv xcji aùxw Y e 3 xî add. Ileindorf || èÇapapxoi
: :

W
||

-uaiTavo: ||
e 5 xov om. B jj
226 a 2
à;j.ç-'.c7Çr1 xrixiy.YÎî
Vatic. 225 :

-vr,x;/.?j; BTYW ||
a 3 v.-.r-.'.v.ï^ :
/.xr;x^x:- B a 7 xô Orjptov
xoûxo
W
jj

W '
xr Wpa : Gaxka Gobet || X^KTÔv : -xiov BTY.
LE SOPHISTE 3i8

L'étranger. —
Il le faut, certes à nous de l'essayer, dans;

la mesure de nos forces, en courant sa trace sur la piste que


voici. Dis-moi n'avons-nous pas des mots pour désigner
:

des travaux domestiques ?

Théétète. — Beaucoup de mots. Mais quels sont, dans le


nombre, ceux qui t'intéressent ?
L'étranger. — Ceux du genre suivant filtrer, cribler T :

vanner, trier.
Théétète. — Et puis ?

L'étranger. — Outre ceux-là, carder, démêler, tramer et


des milliers d'autres, dont nous savons que les métiers sont
pleins, n'est-ce pas ?

Théétète.— Que veux-tu démontrer leur propos, à et

quelle question préparent tous exemples ces ?

L'étranger. — C'est de séparation que parlent tous ces


mots.
Théétète. — Oui.
L'étranger. — A ce que j'en déduis, en eux tous un même
art estinclus, que nous jugerons digne d'un nom unique.
Théétète, — Et comment l'appellerons-nous ?

L'étranger. — L'art de trier.


Théétète. — Soit.
L'étranger. — Examine donc maintenant, nous y pour-
si,

rons, à quelque point de vue, distinguer deux formes


1
.

Théétète. — L'examen que tu demandes un peu rapide est

pour moi.
L'étranger. — Et pourtant dont les
parlé triages j'ai
avaient pour effet de dissocier, soit le meilleur du pire, soit
le semblable du semblable.

Théétète. — Maintenant que lu le dis, c'est


presque évi-
dent.
L'étranger. — Pour dernière la sorte, je n'ai point de
nom qui la désigne, mais pour la première, celle qui garde
le meilleur et rejette le
pire, j'en ai un.

i. Le schéma sera :

art de trier
le semblable ! le meilleur (purification)
corporclle_ L___spirituelle
correction enseignement
!

enseignement des métiers éducation


I

admonestation___!___ réfutation.
3i8 SO#IiiTHS 226 a
HE. Xpf| yàp ouv, Kal Kaxà Sùvaplv ys ouxco Ttoir|XÉov,
xouSvSe ti pExaBÉovxaç l^voç auxoO. Kal \ioi XÉyE' xûv b
oÎketlkûv ôvojiàxcdv KaXoOpEV axxa Ttou ;

0EAI. Kal TtoXXôr àxàp nota 5rj xûv TtoXXcov TtuvSàvr) ;

HE. Ta xoiaSE, oîov Sir|8EÎv te XÉyou.£v Kal Siaxxav Kal


(ipàxxEiv <al SiaKplvElV.
©EAI. Tl ^v ;

HE. Kal -npôç yE xoûxoiç eti £alvEiv Kal KaxàyEiv Kal


KEpKi^Eiv Kal pupla lv xaîç xé^vaiç aXXa xouxOxa év<5vxa
ETTLOxâ^EGa. *H yàp ;

©EAI. T6 Ttotov auxSv TtÉpi fiouXr|6£lç SrjXôaaL napa- c


SEiypaxa TtpoSElç xaGxa Kaxà Ttâvxcov f]pou ;

ZE. AiaipEXiKà Ttou xà XE^Sévxa £Ïpr|xai aojmavxa.


©EAI. Nal.
HE. Kaxà xov è\xbv xo'ivuv X6yov coq TtEpl xaOxa jilav
ouaav iv anaai té^vt^v ev6ç ôv6y.axoç àÉjubao p.Ev aôxr)v.
©EAI. T'iva TtpoaEiTtovxEÇ ;

HE. AiaKpixiK^v.
©EAI. "Eaxco.
HE. Zkotïei 8f] TauTr)ç aS Sûo otv
Ttr| SuvcopEBa KaxiSEÎv
eïSt].

©EAI. Ta)(Etav cSç ipol ctké<|ilv ETUxâxxELÇ.


HE. Kal pf>v ev yE xaîç £ipr|p:Évau; SuaKp'iaEau xè ^ièv d
yEÎpov à-nô fîsXxlovoç aTto)(05pl^Eiv fjv, xà S° bpoiov àcp'

ôpoiou.
©EAI. Z)(e56v oSxco vCv Xe^Gèv <pa'iv£xai.
HE. Trjç \ikv xoivuv ovopa ouk e)(cd Xey6^ievov xf^ç Se

KaxaXELTto\jor|ç pèv xô (iéXxiov SiaKplaEûîç, x6 Se yjElpov

aTto6aXXoûar|ç £X°-

b 3 JCUVÔav7] : -=: W
b 4 3t7j0etv à'.r^rfizvs (scd eraso priore r,) T
]
:
1

W
j|

Il
te : tipost À£yop£v add. xat o<a.vr'fitiv
D b 5 otaxpîvstv W ||
:

otapptvEÏv Orelli -xtvcîv Campbell -or^Ociv (ucl àva/.tVE'.v) Burnet ||

b 7 xat pobt Çaîvsiv et moi post xaTayétv om. Bï c 5 û; rapt :

W
||

û><T7tep
EÎc 10 8uvo)pE0a tV/â-
y
: W d k outio : ouv toj B d 6
W
jj ||

zaTaXeiTCoûar,; zaTïXi- BT\ : .


126 d LE SOPHISTE .319

Théétète. —
Dis-le.
L'étranger. —
Toute séparation de cette sorte est, à ce
que je pense, universellement appelée purification.
Théétète. —
C'est bien ainsi qu'on l'appelle,
e L'étranger. —
Est-ce que la dualité de cette forme puri-
fiante n'est pas visible au premier venu?
Théétète. —
Si, peut-être, à la réflexion. Quant à moi,

pour l'instant, je ne la vois point.


L'étranger. —
En tout cas, les multiples formes de purifi-
cation qui s'appliquent aux corps sont à rassembler sous un
nom unique.
Théétète. — Quelles formes, sous quel nom
et ?

L'étranger. — Dans corps vivants, toutes


les les
purifica-
tions internes qu'opèrent, grâce à une exacte discrimination,
227 a la
gymnastique et la médecine, et toutes les purifications
externes, si peu relevé qu'en soit le nom, dont l'art du bai-
gneur fournit la recette ; dans les corps inanimés, tous les
1

soins qui relèvent du foulage ou, universellement parlant, de

l'apprêtage, et qui s'éparpillent en des noms ridicules d'aspect.


Théétète. — Bien ridicules, assurément.
L'étranger. — Dis totalement ridicules, Théétète. Mais.
après tout, méthode 'de l'argumentation n'a pas moins
la
d'estime pour l'éponge ou plus de regard pour la potion,
suivant que l'action purifiante de l'une nous est, ou non,
plus bienfaisante que celle de l'autre. C'est, en effet, pour
b acquérir de la pénétration d'esprit que, scrutant tous les arts,

elle à découvrir leurs parentés ou leurs dissem-


s'efforce
blances. Aussi, de ce point de vue, les eslime-t-elle tous
également. L'un ne lui parait point, quand elle suit leurs
2
ressemblances, plus ridicule que l'autre .
Que l'art du stra-

tège soit une illustration plus grandiose de l'art de la chasse

que ne le serait l'art du tueur de poux, elle ne l'admet

aucunement, et ne trouve, la
plupart du temps, dans le pre-

1. Le Cratyle (4o5 a) met côte à côte 1rs purifications qu'operent

lu médecine et la mantique, rem- des et ablutions diverses, « capables


do rendre l'homme pur, soit dans son corps, soit dans son âme ».
Mais on ne mentionne plus, ici, les purifications rituelles parmi les
opérations de ràmc. Lo législateur 1 -s réglementera (Lois, 735, 868,
87a etc.) mais,
; pour le philosophe, « c'est la pensée droite qui
purifie » (Pliédon, 69 c).
a. Ainsi, pour Malcbranche, le vrai bienfait des sciences exactes
3cg SOM2TH2 226 d

OEAI. Aéys xî.

HE. nacra f\ xoLaûxrj SiàKpujiç, <»<; lyô cruvvocà, XéyExai.

xtapà TtàvTov KaSapiiôç xiç.


OEAI. AÉysxai yàp ouv.
HE. OôkoOv x6 ys Ka8apxiK6v eÎSoç au SmXoOv ov Ttaç e

àv ïSoi ;

GEAI. Nal, Kaxà a)(oXr]v ye ïocùÇ' ou ^v Eycoys

tcaSopS vOv.
HE. Kai u.f]v
xà ys rcspl xà acôpaxa TtoXXà £Ï8r| Ka8àp-
ac-ov évl Ttep'AaSstv ôvûLiaxi Tt~>Ojf\Kzi.

OEAi. riota <al x'lvl ;

HE. Ta xe xSv £ç>cov, âvxàç acopàxoav uttS yuLivaa-


Sera

xucf)ç taxpi.K?)c; xe ôp8ôç SiaKoivÔLiEva KaSaloExat «al Ttspl 227 a

xàKx6ç, e'tteIv lièv d>aOXa, Sera fiaXavEUXiK^ TtapÉ^ExaL"


Kal xSv àipû^cav acou.âxav, Sv yva^Euxuc?) Kal aÙLmaaa

Koa^irjxiKî] xqv EmiiÉX£'..av TtapE^ouévr) Kaxà cu.iKpà TtoXXà


Kal ysXola SoKoOvxa ov6iiaxa la^Ev.
OEAI. MiÀc. ye.
HE. riavxâTtaaL lièv ouv, S ©EalxrjXE. 'AXXà yàp xj]

xcùv Xéycov anoyyLaxLKrjç f\ cpapLiaKOTcoalaç oôSèv


lle6<5oç>

^XXOV OOSÉ XL LiaXXoV XUy)(àVEL LlÉXoV El XÔ LIEV CTLllKpà, x6


Se LiEyâXa r|Liaç û>cj>eX£'l Ka3atpov. ToO KxrjcraaSai yàp
êvEKa voGv Ttaaûv xej(v£jv xô cruyyEvÈc; Kal xô {jitj auyyEvèç b
KaxavoEÎv TtEipcoLiÉvr) xiliS npoq xoCxo ê£ ïaou Ttàaaç, Kal

8âx£pa xov EXÉpcov Kaxà x?jv ÔLtotéxrjxa oôSèv rjyELXai

yEXouôxEpa, aELiv6xEpov Se xi xbv Sià axpaxrjyiKfjc; f)

<p8£'.pLaxLKqç SrjXoOvxa 8ï^pEuxiKf]v oôSèv vev6lilk£v, àXX'

àç xô tcoXù yauv6xEpov. Kal Si^


Kal vOv, SrcEp f^pou, xl

e 2 Km BY : itSoi T a»v(8o< VV ||
e 3 v*( secl. Cobet ||
e 5 ys W :

oui, BTY j|
e 8- a a osa... ^paJXa :
tî;o:;.. frcuXa Badham ojotç....

(paûXoi; Schiinz jj
227 a i
KaJialpzxai : -xiotyzau B || nspl txxtôî edd. :

rcepi-rax-ôç B jeepî
ta sxtô; TYVV |j
a 2 sînstv : S stwïv TY a 6
W
||

KOopsiTuà) Cf(j.7jtixTi Badham


:
||
a 8 ^apLiaxoTcoaiaî :
--oi-'aç j|
b i

xai xô [il; 8uyyevl{ om. ||


W b 3 f,y£Ïtat ^xtij-ca- : W [j
b 4 Si : té
BT || rj rfctptorixiK om. B ||
b 6 S/, /.a; om. TY.
227 b LE SOPHISTE 3ao

mier, que plus de boursouflure. Ainsi envisage-t-elle, dans


le cas présent, la question que tu poses, quel nom il faut

appliquer à l'ensemble des puissances purgatives destinées au


corps, animé ou inanimé elle n'a cure de savoir quel nom
:

c aura plus distingué. Il lui suffira de séparer, de


l'air le

ce qui purifie l'âme, et de lier en un nouvel ensemble tout


ce qui purifie autre chose que l'âme. Discerner, en effet, la

purification qui s'adresse à la pensée, la distinguer de toutes


les autres, voilà son entreprise présente, si nous comprenons
quelque chose à ses intentions.
Théétète. —
Mais c'est compris, et j'accorde qu'il y a deux
formes de purifications, dont l'une a pour objet l'âme et
est parfaitement distincte de celle qui s'adresse au corps.
L'étranger. —
Voilà qui est le mieux du monde. Prête-
moi donc ton attention pour ce qui suit, et tâche de pour-
d suivre cette division.
Théétète. —
Par quelques échelons que tu me conduises,
je tâcherai de t'accompagner en ce travail de division.
L'étranger. —
La méchanceté est pour nous, dans l'âme,
quelque chose de différent de la vertu ?
Théétète. —
Naturellement.
L'étranger. —
Or, purifier, c'était, gardant le reste,
rejeter tout ce qu'il peut y avoir de mauvais.
Théétète. —
Exactement.
L'étranger. —
Alors, dans l'âme aussi, tout moyen que
nous pourrons trouver de supprimer le mal, nous serons
dans la note en l'appelant une purification.
Tréétète. —
Tout à fait dans la note.
L'étbanger. —
Le mal, dans l'âme, revêt deux formes,
nous faut-il dire.
Théétète. —
Lesquelles ?
228 a L'étranger. —
Elles sont, l'une, ce qu'est la maladie sur-
venant dans le corps l'autre, ce que lui est la laideur.
Théétète. — ;

Je ne comprends pas.

est d'augmenter « l'étendue et la capacité de l'esprit » (Recherche de


la VI, !\
Vérité, et 5). Lui aussi raillera les préjugés scientifiques
causés par l'idée sensible de grandeur « Il s'est trouvé d< s princes
:

et des rois astronomes et qui faisaient gloire de l'être ; la grandeur des


astres semblait s'accommoder avec la grandeur de leur dignité. Mais
je ne crois pas quel'on en ait vu qui se soient fait honneur de savoir
l'anatomie et de bien disséquer un cœur et un cerveau » (ib., V, rj).
3ao EO^ISTHS 227 b

TipoaEpoCpEV ovoLia aupTtàaaç Suvôilieiç oaaL acoLia elte


ëjiipu^ov elte aipu)(OV EiXr))(aCTL KaBatpsLV,
oôSèv aôtfj
StolaEL TtOÎàv XL Xe)(8ÈV EUTTpETtÉaTaTOV eÎWl Sé^EL* LIOVOV C

ey^étcù X^P'-Ç T " v T HÇ t^X^Ç KaBàpaEov TtâvTa auvSfjaav


oaa aXXo tl tcaBalpEL. T6v yàp TiEpl xfjv SiàvoLav icadapLiôv
ànô tcov aXXov ETiiKE)(EipT]KEv àcpoplaaafiaL Ta vOv, El yE

ônEp fioûXETau LiavBâvoLLEV.


0EAI. 'AXXà LiELiâ8r|Ka, ical auyx<opco Sûo llèv EÏSrj

KaflàpOECùÇ, EV SE t6 TtEpl Tf]V ^u^v eÎSoç EÎvai, ToO TTEpl


t6 aÔLia x°P l Ç ° v -

HE. riàvxcov KaXXLcrra. Kal llol t6 llet& toOto è-nâicouE

TtELpÔLlEVOÇ au TO Xe^SÈV S L^fj TELLVELV. d


3
0EAI. KaB' ÔTtoL av ucpr|yfj TtELpàaoLial aoi auvTÉLivELv.
HE. rioVT^p'iaV ETEpOV àpETfjç EV Lpo^fj XÉyoLLÉv tl ;

0EAI. ricoç yàp où" ;

HE. Kal Lifjv KadapLiéç y' ^v t6 XeIttelv llèv BàxEpov,


1k6oXXelv Se oaov av r\
noû tl cpXaOpov.

0EAI. "HK/ yàp o3v.


3
HE. Kal Lpu)(fjç %><*, KaB tiaov av EuplaKULiEv icaiclaç

àcpalpEalv TLva, KaBapLiôv auTÔv XÉyovTEÇ ev lléXel <p8£y-


£,6LLE8a.
0EAI. Kal LiàXa yE.
HE. Aûo llèv EÏ8r| tcaiclaç TtEpl ljjux^v pr\téov.
0EAI. nota;
HE. Tô llèv oîov vôaov ev acÔLiaTi, t6 8' oîov aîa^oç 228 a
EyyLyvdLLEvov.
0EAI. Ouk ELLaBov.

b 8 £;
.Xr|/aai W :
-çaat BTY C 3 tôv : ||
-cô W |j
c 9 £7taxoue

?:cipwjx£vo; : ê^axoXoûôci reipwLLÉvw Badham |j


d 1
8iy9j om. Y II

d a xaO' ôkoV av Goisl. i55 : xa6* o^tj av Y xa6d~ot av B xaôônoi


av T xa8' ôrcoîav W || ûçtjyïj
:
kf- Y d 3 àpeTrjç :
àp' Trjç B
W
|| |j

d 5 y' : om. BTY ||


XeÎ7ïeiv Heindorf Xi^eîv codd. xaTaXet-
:

Olympiodorus ||
d 12 8yo pièv... a3o e 3 eù8at[xova eTvat habet Stob.
Anthol. lib. II cap. xxxi 129 (vol. II
p. a5o-a54 Wachsmuth) ||

d 1 a llèv jjltjv Heindorf.


:
228 a LE SOPHISTE 3a i

L'étranger. — C'est peut-être que tu ne reconnais pas


l'identitéde la malalie cl de la discorde?
Théétète. —
A cela encore je ne sais que répondre.
L'étranger. —
Verrais-tu donc, en la discorde, autre chose

que ceci en ce
:
que la nature apparenta, je ne sais quelle cor-
*
ruption née d'une rupture d'accord ?
Théétète. —
Pas autre chose.
L'étranger. —
Mais, dans la laideur, vois-tu autre chose
que l'absence de mesure, qui transporte partout sa difformité
générique ?
b Théétète. — Rien d'autre.
L'étranger. — Eh bien, dans l'âme, ne voyons-nous pas
qu'opinions et désirs, courage et plaisirs, raison et peines
sont, chez les méchants, en mutuel et général désaccord?
Théétète. —
Très nettement.
L'étranger. — H y a pourtant, entre tout cela, une parenté
originelle inévitable.
Théétète. — Sans contredit.
L'étranger. — donc nous disons que
Si la méchanceté est
une discorde et une maladie de l'âme, nous tiendrons un

langage correct.
Théétète. —
Absolument correct.
c L'étranger. —
Eh bien, toute chose qui participe du mou-
vement, lorsque se posant un but, s'efforçant de l'atteindre,
dans chacun de ses élans elle dévie et manque le but/
dirons-nous qu'elle doit de tels échecs à la symétrie qu'il y
a entre elle et lui, ou bien, tout au contraire, à leur asv-
métrie ?
Théétète. — Evidemment leur asymétrie. à
L'étranger. — Mais pour l'âme, nous savons, le et pour
toute âme, toute ignorance involontaire. est
TnÉÉTÈTE. — Tout à involontaire.fait

L'étranger. — Or, ignorer, précisément c'est le fait d'une


4 âme qui s'élance vers la vérité et, dans cet élan même vers
2
la raison, dévie ce n'est rien autre chose qu'une déraison.
:

i . J'ai essayé de rendre le jeu de Platon sur otasopaç StaçGopav. Les


dialogues scolaires cherchent naturellement les formules qui frappent.
a. Comparer, entre autres clymologies du Cratyle, celle du mot

comprendre (auvu'vat, aller avec) c'est le mouvement de l'âme


: se
modelant sur le mouvement des choses (4 1 a a).
3a i EOWETHS 228 a

HE. Néaov ïcjcùç Kal axàaiv ou xauxov VEv6u.iKaç ;

0EAI. Ou5' au Ttp&ç xoOxo e^co xl ^pi'j ^e àTioKptvaa8ai.


HE. rioTEpov aXXo tl Grxàaiv fjyoù^EVoc; f\ xf)v xoO <J>ûa£i
auyyEVoCç ek xivcç SiacfiopSç Sia<£>6opàv ;

©EAI. Ou8év.
3
HE. 'AXX ata^oc; aXXo xi TtXfjv x6 xfjç à^ETptaç -nav-

xa)(oO SuaEiSèç 8v yévoç ;

©EAI. Oô8au.Sç aXXo. jj

HE. Tt Se Iv ;
i^uxfl SéÉjaç £Tu8uu.lau; Kal 8uu.6v

^Scvaîç <al Xôyov XuTiaiç Kal Ttâvxa àXXrjXoiç xaOxa xSv


ouk flaS^u-EBa SiacpEpduEva
<j>Xaûpcoç e)(6vtcov ;

©EAI. Kal acpéSpa y£.


HE. ZuyyEvq yE ^îi^v e£ àvàyKrjç aùuTtavxa yéyovEV.
©EAI. riôç yàp où;
HE. Zxàaiv apa Kal véaov xf^ç i^/u^ç Ttovr|plav XÉyov-
xeç ôp8ûç âpoOu.Ev.
©EAI. 'Op86xaxa u.èv ouv.
HE. Tl 5' 8aa KivrjaEcoç ^£xaa)(6vxa
;
Kal aKOTtov xiva c
5

8é|iEva TXEtpcb^Eva xoûxou xuyxavEiv Ka8 EKaaxqv opu.f]v


Ttapdupooa aùxoO ylyvExai Kal àTtoxuy^àvEi, TtoxEpov aôxà
<|>f|aou.Ev
ûno cuu.u.Expiaç xfjç Ttp6ç aXXrjXa f\
xouvavxlov
uTtb à^LExplac; aôxà Ttàa)(Eiv ;

©EAI. AfjXov âç uti6 àu.Explaç.


HE. 'AXXà u.f)v ipu)(v|v yE ïau.Ev aKouaav naoav ttSv

àyvooOaav.
©EAI. Z<}>o5pa yE.
HE. Té yE \it)v àyvoEÎv iaxiv kn àXf|8Eiav ôpu.cou.Évr|ç

ipu^ç, napacf)6pou ouvéoeoç yiyvou.Évr)ç, ouSèv aXXo nXf)v d

Ttapacppoaùvr).

228 3 5 t: 5w : W
37 oiaçopa; SiaçOopàv -çOopàç -çpopâv corr.
||
:

Ven. 189 Galcnus a 10 ov j|


BTW
sv 6v Y Stob. èv ov t Ivov
:

Schleicrmacher b 2 èv sv Tf,
j| b 4 çÀaûpwç «paûXw;
: W j|
c 1 : W 1
[|

oaa os' av Cobet C 2 O/jisva: -ov Stob. -gipoiaeva TY Galenus


:
||

W
||

Slob. -p-gOa
: om. B ante xaO' add. xat-Stob. C 3 ylyvrrai Ven.
|| ||

i85 Galenus Stob. -tjtœi BTYW :


xTZOXjy y àvv. -t) T. ||
:
228 d LE SOPHISTE 3aa

Théétète. — Absolument.
L'étranger. — Nous devrons donc poser que l'âme insensée
est laide manque de mesure.
et
Théétète. — semble bien.
11

L'étranger. — L'âme a
donc, apparemment, deux ces

genres de maux l'un, que le vulgaire nomme la méchanceté,


:

est manifestement, chez elle, une maladie.


Théétète. — Oui.
L'étranger. —
L'autre, il l'appelle ignorance, mais refuse
d'avouer que ce mal, dans l'âme, soit, à lui seul, un vice,
e Théétète. —
Oui, il faut l'admettre, bien que j'aie hésité
à te croire tout à l'heure, il y a deux genres de vice dans
l'âme lâcheté, intempérance, injustice doivent toutes être
:

regardées comme une maladie en nous


'

quant à cette affec- ;

tion multiple et diverse qu'est l'ignorance, c'est une laideur


qu'il y faut voir.
L'étranger. — N'a-t-on pas, pour corps au le moins,
contre ces deux affections, trouvé deux arts ?

Théétète. — Lesquels ?

229 a L'étranger. — Contre laideur, la


gymnastique la ;
contre
2
la maladie, la médecine .

Théétète. — Apparemment.
L'étranger. —
Ainsi, contre la démesure, l'injustice et la
lâcheté, la correction est, de toutes les techniques, celle qui
s'apparente le mieux avec la Justice.
Théétète. — Vraisemblablement, si du moins nous vou-
lons parler suivant l'humaine opinion.
L'étranger. —
Eh quoi, contre l'ignorance en son ensemble,
a-t-il un art
y plus approprié que l'enseignement?
Théétète. — Aucun.
L'étranger. — Voyons alors :
l'enseignement ne forme-t-il

Comparer Timêe (86 d-87 b) dans presque tous les cas, on a


i. :

tort de regarder l'intempérant comme un homme volontairement


mauvais c'est un malade. Son mal est, pour une part, hérité en
:

même temps que son tempérament pour l'autre part, aggravé par
;

une mauvaise éducation. S'il y a des responsables, ce sont plutôt les


parents et les éducateurs. Au lieu de le blâmer, il faut le plaindre,
et le traiter par une saine hygiène du corps et de l'esprit.
a. Cf. Gorgias, 464 b, et noter, avec Apelt (ad loc.) comment
Platon construit ses définitions pour faire cadrer correction et

gymnastique, enseignement et médecine.


3aa 204>I2:THS 228 d

OEAI. n<xvu ^îèv o8v.


ZE. ^u^v apa àvdrjtov ala^pàv Kal ajiETpov Setéov.
©EAI. "Eoikev.
HE. "Eaxi Sf] Sùo xaOxa, a>ç cpalvexai, kockûv ev a.vif\

YÉvrj, tô ^èv Ttovr|pta koXoùu.evov ûtiô xûv tioXXoùv, véaoq

aux^ç aa^Éaxaxa Sv. ,

©EAI. Nat.
HE. T6 Se Y e ctyvoiav t*
EV KaXoOai, Kaidccv Se auxb èv
4>uxfi ^i6vov yiyvô^Evov
ouk EÛÉXouaiv SjioXoyEÎv.
©EAI. KofcuSrj auy^copriTÉov, S vuvSf) XÉ^avxoç ï^<pE- e

yv<5r)aà aou, x6 Sûo EÎvai yÉvr) kock'iocç iv vpv)(f), Kal SeiXUxv

jièv Kal aKoXaatav Kal àSiK'iav aù^Ttavxa f|yr|TÉov vdaov iv

^^tv, x6 Se xfjç TioXXf^c; Kal TtavxoSaTif|ç àyvolaç TtàBoç


ata^oç Oexéov.
HE. OùkoOv ev acb^axl yE TtEpl Sùo TtaB/j^axE xoûxeo
Suo xé)(va xivè iyEvÉo-Sîiv ;

©EAI. TIve xoùxoa ;

ZE. riEpl jièv cda\oq yu^vacrriKr), TtEpl Se v6aov laxpiK/j. 229 a


©EAI. <PalvEa8ov.
HE. OukoOv Kal TiEpl u.èv 86piv Kal àSiKlav Kal SsiXlav
f\ KoXaaxiKtj TiÉcpuKE xe)(vcov fciàXiaxa Bi] TtaaGv Ttpoa/|Kouaa

AIkt).
©EAI. T6 yoOv eIk6ç, cSç eItceiv Kaxà t^jv àvSpcoTilvrjv
86£av.
HE. Tl 8é ; TtEpl aù^macrav ayvoLav pG>v aXXrjv xivà f\

SiSaaKaXiK^v ôp86xEpov eïtioi xiç av ;

©EAI. Ou$£^lav.
HE. <ÊÉp£ Si SiSaaKaXiK^çSè apa 1

)
-
ev povov yévoç
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d 6 8))
: 8è 8/j Y |]
d ii oùx èôiXouaiv om. Y e i o : ov B
W
|| ||

vuvo7] :
8rj vuv Slob. || TjjzyeyvôVjaà aou BY et (sed a supra rj)
:

rjjjL<peyvd7)aaç
ou T fjp.<pt-
où Stobaei L âjxçe- où in marg. W ||
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vdaov : oaov T e 6 âv atâp.axt BTY : êv ye
o-wfiaxi Stob. Iv ye tu 7aS[AaTi W ||

toûtio xaùxà) Stobaei :


ye.
L e 7
W
||
||

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:
yev- 229 a a <patv£aOov : -état Stob. a 4 [xaXioTa 8r :

W
||
|| (

8t) p-oiX-
ixàX- 8' î]
B II
a 5 Aîxtj Cobet :
8t'xv) codd. secl. Stallbaum.

VIII. 3.-6
229 b LE SOPHISTE 3a3

b qu'un genre, ou faut-il y distinguer plusieurs genres, dont


deux principaux? Examine la question.
Théétète. —C'est ce que je fais.
L'étranger. — Voici, à mon avis, le moyen le
plus rapide
de résoudre.
la

Théétète. — Lequel ?

L'étranger. — Voir si
l'ignorance n'offrirait pas une ligne
médiane de sectionnement 1
. Du fait
que l'ignorance serait

double, il en effet, que l'enseignement aurait lui-


est clair,

même, forcément, deux parties, répondant, une à une, à cha-


cun des genres d'ignorance.
Théétète. —
Eh bien, vois-tu poindre quelque solution du
problème ?
. c L'étranger. —
Je crois, au moins, distinguer une forme
spéciale d'ignorance, si grande et si rebelle qu'elle balance
toutes les autres espèces.
Théétète. — Laquelle donc ?

L'étranger. — Ne point savoir et croire qu'on sait : c'est


bien j'en ai peur, la cause de toutes les erreurs auxquelles
là,
notre pensée à tous est sujette 2 .

Théétète. — C'est vrai.


— Et
L'étranger. précisémentc'est
unique espèce celte

d'ignorance que qualifie le nom d'ignare.


Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Mais, de l'enseignement chargée
à la partie
de nous en quel nom donner
délivrer, ?

d Théétète. — A mon étranger, avis, du le reste est ressort


de l'enseignement des métiers; mais l'enseignement dont tu
parles, nous l'appelons, ici, l'éducation.
L'étranger. —
Et c'est en effet son nom, Tbéétète, à peu
près chez tous les Hellènes. Mais il nous faut encore examiner

i. Certaines images verbales: les « articulations naturelles »

{Phèdre, de l'objet (Soph. al>8 a), comme toutes


a6J> c), les « pailles »

les images de chasse et de poche, rendent celte logique vivante.

U'aiilres, comme les sectionnements « en longueur et largeur »

(j'6.,
a*)6 a), sont déjà visuelles et nous font comprendre que les

ligures de nos traités de Logique Formelle remontent au moins au


temps de l'Académie. Cf. Parménide, p. io4, note 1.
a. Comparer Apologie ai c/d, a3 a, ao, a, Ménon 84 a/c, Banquet
ao4a, Phèdre 375 b, Théél. 210 e, etc., et Xénophon, Mémorables,
IV, a.
3a3 EOM2THE 229 b

EÎvai f) ttXeio, 8ûo Se tlve auxî]Ç EÎvai LiEylcxcù ; 0"k6tiei.. b


0EAI. EkottS.
HE. Kat u.oi SokoOliev T flS e av Tir}
xâviaxa EupEÎv.
0EAI. nfi;
HE. Tfjv ayvotav tSôvxsç eX ttt]
Kaxà u.Éaov aùxfjç
xolitiv e)(el xivà. AmXf) yàp a8xr| yt-yvoLiÉvr) SfjXov 8xi Kal
xfiv SLSaaKaXiicrjv Sùo àvayKa^Ei u.épia £X eLV >
^ v ^4*' ^ v ^

xSv aôxfjc; ÉKaxÉpa.


0EA!. Ti ouv Kaxacpavéç ; Tir)
aoi xô vOv £r|toûu.Evov ;

HE. 'Ayvolaç yoOv u-Éya xl u.oi Sokô Kal xaX£Tt8v àcpcù- c

piau-Évov ôpSv eÎSoç, ttSji xotç aXXoiç auxfjç àvxlaxa8u.ov


\X£pEOl\>.

0EAI. rioiov Sfj ;

HE. T6 ^?) KaxEu86xa xl Sokelv ElSÉvai' Si ou kivSuveùei

xtivxa oja Siavoïa crc|>aXX6u.E8a y'iyvE0-8ai -naaiv.


0EAI. 'AX n 8f}.
HE. Kal 5f) Kal xoûxcp yE oTu.au u.6vw xf]ç àyvoiaç
àua6'iav xoôvou.a Ttpoapr|9fjvai.
0EAI. nàvu yE.
HE. Tl Se 8?) xô xfjç SiSaaicaXiK^ç ocpa u.ÉpEt xS xoOxo
oVnaXXâxxovxi. Xekxéov ;

0EAI. OXu.ai u.èv ouv, o £,éve, x8 lièv aXXo SrjLuoup- j


3

yiKaç SiSaaKaXlaç, xoOxo Se IvSàSE y£ TiaiSElav Si f|u.cùv

KEKXfjaSat.
HE. Kal yàp ct)(eS6v, a 0Ealxr|XE, ev TtSaiv "EXXriaiv.
a
AXXà yàp ^u.îv Ext Kal xoOxo o-ketttéov, Sp* axou.ov

b i eivat om. Slob. ||


b 5 au"rîjç edd. :
a-jT/j; I3TVW xjttj Stob.
||
b 7 ivi Y Stob. : IvE yévei BTW ||yoSvc i W : ô' ouv BTY t"

oùv Stobaei L || àswp'.ajxïvov :


àepopt^dusvov Stob. ||
C 2 ocùt^; àvitsta-
6;j.ov
: aùtôv -{/.oùv
Stob. ||
C 6 O'.avcc'a : 3:'
âyvotaç Stobaei L c 8
W Stob.
||

[idvto
:
p-opûo Badbam ||
C 9 àaaOïav : -ta BTY C 1 1 t«3
W Stob.
||

antc T7J; om. Stob. d 1 om.


oùv 8i){i(0upytxà(
:
-txî)
W
||

Stob. Il
d a 81': us' Stob. d 5 || r)[xïv
: sv Jjliîv BW ||
OXOttJOV :

i.-'.- Stob. |! otp'


Sxoliov W et in marg. t: « Sx- BTY i\%-- Sto-
baei L.
d LE SOPHISTE 3a/i

si nous avonslà un tout désormais indivisible, ou bien s'il

oflrequelque division sur laquelle il vaille la peine de mettre


des noms.
Théétète. — Il
n'y a donc qu'à faire cet examen.
L'étranger. — Je crois, au fait, trouver encore ici où
pratiquer une coupure.
Théétète. — Où donc?
L'étranger. — Dans l'enseignement par le discours, l'un
e des chemins qui s'offrent est, semble-t-il, plus raboteux. xMais
son second embranchement est mieux aplani.
Théétète. —
Quels sont-ils, l'un et l'autre?
L'étranger. —
H y a d'abord la vieille manière de nos pères,
celle qu'ils employaient de préférence avec leurs fils et que

beaucoup emploient encore aujourd'hui quand ils les voient


a tomber en quelque faute la gronderie y alterne avec le ton
:

plus tendre de l'exhortation. En son ensemble, on pourrait


très justement l'appeler admonestation.
Théétète. —
C'est bien cela.
L'étranger. —
Quant à l'autre méthode, il semble que
certains en soient venus, au contraire, après mûre réflexion,
aux pensées suivantes : toute ignorance est involontaire, et
celui qui se croit sage se refusera toujours à rien apprendre
de ce en quoi il s'imagine habile; aussi, pour tant de peine
que se donne l'admonestation, cette forme d'éducation a-t-elle-
l
peu d'efficace
Théétète. — ont raison,
.

Ils

jj
L'étranger. — Aussi, proposant d'expulser une
se telle

illusion, s'arment- contre


ils d'une méthode nouvelle.
elle

Théétète. — Laquelle donc ?

L'étranger. — Ils
posent, leur homme, des questions
à

auxquelles, croyant répondre quelque chose de valable, il ne


répond cependant rien qui vaille; puis, vérifiant aisément la
vanité d'opinions aussi errantes, ils les rassemblent dans
leur critique, les confrontent les unes avec les autres et, par
cette confrontation, les démontrent, sur les mêmes objets,
aux mômes points de vue, sous les mêmes rapports, mu-
2
tuellement contradictoires Ce que voyant, les interlocuteurs
.

Cf. Notice, p. 8, et Protagoras, 3a4 a-3jG e.


i.

2. méthode socratique, qu'on retrouvera partout dans les


C'est la

dialogues de Platon. Xénophon, Mémorables, IV, a, § i5-ai, ea


donne une illustration très développée.
3a4 20<I>ISTHS 229 d

fjSr)
laxl ttSv \\
xiva e)(0v SialpEaiv à£iav ÈTtovu^taç.
0EAI. OuKoOv )(pf] OKOTTELV.
HE. Aokel xolvuv u.ol Kal toOto eti tix] oyJLC,£oQaLi.
0EAI. Kaxà xi;
ZE. Tfjç ev xoîç Xéyoïç 8L8aCTKaXLKt]c; f\ yÈv xpa)(uxÉpa
xiç eoikev 88èç EÎvai, x6 S' ETEpov aôxqç (léptov XsLéxEpov. e

0EAI. T6 Ttoîov 8f] xoûxcov EKàxEpov XÉyo^EV ;

HE. Tô u.èv àpxouoTtpETtéç xt Ttàxpiov, <5 TTpOÇ XOÙÇ UEÎÇ


^àXiax' E)(pQvx6 xe Kal Ixi TtoXXol xpôvxai xà vOv, bxav
aôxoîç E^a^iapxàvcùcrl xi, xà |ièv )(aXETtalvovxEÇ, xà 8è 230 a

{iaX8aKcoxÉpcoç Ttapau.u8ouu.Evoi/ x6 8' ouv aûu.nav aàxo


cpSôxaxa eÎttol xiç Slv vou8Exr)XLKf)v.

OEAI. "Eaxiv ouxcoç.


HE. T6 8é y£, E"E,aarl xiveç au XcSyov eccuxolç 86vxeç
f)yf|aaa8ai Ttaaav aKoûaiov à^aBlav EÎvai, Kal u.a8EÎv ouSév
tiox* av e8éXeiv xov oI<5u.evov EÎvai aocpov xoùxosv Sv oïoixo

Ttépi Seiv&ç EÎvau, u.Exà 8è TtoXXoO Ttévou x6 vou8exi-|xikov

eÎSoç xfjç TtaiSElaç au.ucp6v àvuxEiv.


3
0EAI. Op8ôç yE vou.'i£ovxeç.
HE. Tô xoi xaùxr)ç xfjç 86£,r)ç Inl EK6oXf)v aXXa> xpéna b
axÉXXovxai.
OEAI. TlviS/| ;

HE. AiEpcùxcoaiv Sv àv oïr|xal x'iç xi TtÉpi XéyEiv XÉyoav

u.r|8Év eÎS' Sxe TtXava>u.Év<3v xàç 86E,aç paSlcoç è£,Exà^ouai,


Kal auvàyovxEÇ 8fj xoîç Xéyoïç eIç xaôxôv xiBÉaai Ttap'

àXXfjXaç, xiSévxeç 8è etci8£ikvûouo"iv auxàç aûxaîç au.a


TTEpl xSv auxôv Ttpèç xà aôxà Kaxà xauxà èvavxLaç. Ot 8'

d 6 sa-tv Stob. -ei W Stob. d 8 xat xaxà Hermann


W Stob.eyov e
: :
rfir\ ||

W Stob.
||

•e i
udpiov aÙTÎjs j]
a Xlyou.ev :
-w;j.£v
BTY ||
e 3
tô u-kv om. Stobaei L ||
230 ai ti om. TY ||
a 5 ante el'Çaai add.
w; corr. Ven. 189 ||
a 6 oùBî'v BW : oùoiv T oùos Y Stob. ||
a 7 Jtox'

av : x' àv Stobaei L ||
eîvat aocpôv et moi wv om. Stobaei L ||
oitoixo :

oTot xe Stobaei L ||
b 1 x« : xat yâp TY ||
b 6 auvayovxeç : -ouat
Stob. Il
xaùxdv xê Stob. ||
b 7 aixaî; Goisl. i55: aùxaTç TYW,
Stobaei L aùxoT; B.
b LE SOPHISTE 3a5

en conçoivent du mécontentement contre eux-mêmes et des


dispositions plus conciliantes envers autrui. Par un tel trai-

c tement, tout ce qu'ils avaient sur eux-mêmes d'opinions


orgueilleuses et cassantes leur est enlevé, ablation où l'audi-
teur trouve le plus grand charme, et le patient, le profil le

plus durable'. Un
principe, en effet, mon jeune ami, inspire
ceux qui pratiquent cette méthode purgative, celui-là même
qui fait dire, aux médecins du corps, que, de la nourriture
qu'on lui fournit, le corps ne saurait tirer profit tant que les
obstacles internes ne seront évacués 2 Ils se sont donc fait, à
.

d propos de l'âme, la même idée elle ne tirera, de ce qu'on


:

lui peut ingérer de sciences, aucun bénéfice jusqu'à ce qu'on


l'ait soumise à la réfutation et
que, par cette réfutation, lui
faisant honte d'elle-même, on l'ait débarrassée des opinions

qui ferment les voies à l'enseignement, amenée à l'état de


pureté manifeste et à croire savoir tout juste ce qu'elle sait,
mais pas davantage.
Théétète. —
C'est, à coup sûr, la disposition la meil-
leure et la plus sensée.
L'étranger. —
Voilà donc autant de raisons pour nous,
Théétète, de déclarer que la réfutation est ce qu'il y a de plus
important et de plus efficace en fait de purification, et de
croire aussi que rester soustrait à cette épreuve, c'est, fût-on
e le Grand Roi, rester impurifié des plus grandes souillures et
garder inéducation et laideur en ces parties de soi-même où
la plus grande pureté, la
plus parfaite beauté est requise de
3
qui veut posséder la véritable béatitude
— Absolument.
.

Théétète.
L'étranger. — Eh bien, quel nom donnerons-nous à ceux

qui pratiquent cet art ? Car j'ai, moi, quelque crainte à les
a nommer
Théétète. — Quelle crainte?
sophistes.

L'étranger. — De aux
faire, sophistes, trop d'honneur.
Théétète. — Et pourtant y il a quelque similitude entre
leur personnage et celui que nous venons de dire.

i. Comparer Théét. i68a, aioc; Apol. a3 c.

a. Gorgias, 5o4 e/5o5 a, Hippocrate, Aphorisme 10, et Plu-


Cf.

tarqiio, De sanitate luenda praecepta, ia8 d/e.


3. Cf. Gorgias 458 a, ^71 a (le cas d'Archélaos), Apol. 38 a.
3a5 XOl>Ii:TIlS 230 b

ôpâvTEÇ âauToîç ^ièv ^aXETtalvouai, npôc; Se toùç îiXXouç


fUiepoOvTai, Kal TOÙTCÙ Bt\ 1& TpcTtcp TCOV TTEpl aÔTOUÇ
^syaXcùv Kal CK.\r]pG>v So^ov àTtaXXaTTOVTai. TtaaSv te C
àTtaXXaycov àKOÙEiv te f^S'iOTriv Kal tô Ttàa)(ovTi (îî:6aLO-
Taxa Y L Y vo tl£v n v -
Nou.I£ovteç yâp, o Ttaî cpiÀE, ol KaSat-

Povteç aoToùç, ûSaTtEp ot TTEpl Ta a<»u.aTa laTpol VEVC-


^licoiai \ii] TipéTEpov av tï^ç npoa<|>Epou.Évr|ç Tfocpt^ç
SûvaaBai aû|ia, Ttplv av Ta £^TtoSi£ovTa lv
aTtoXaÛELV
auTÔ tiç EKÔâXrj, TaÔTOv Kal Ttepl ipu^fjc; Si£vor]6r]aav
EKEtvOl, U.T^ TTpéTEpOV aUTT]V eÉJeiV TCÛV TtpOCTCpEpO^ÉVOV
^a8r)u.aTCùv ovrjaiv, Ttplv av IXÉy^cùv tlç tôv eXeyxo^.evov
d

eîq ata)(ûvr|v KaTaaTr|aaç, Taç toîç u.a8r]u.aaiv EjiTioSlouq


SôÉjaç e£,eXôv, KaBapôv
<

àTto<pï |vr| Kal TaOTa fjyoùu.Evov

aTtEp oÎSev EÎôévai ^6va, ttXeIgû Se u.ï].

0EAI. BeXtUttti yoCv KOt ^ crcûcppov£aTaTr| tôv eE,ecov

aÛTïï.

HE. Aià TaOTa Sf]


navTa t^tv, S ©EatTriTe, Kal tov
IXeY^OV XeKTÉOV CÙÇ apa ^EylCTTI Kal KUpiCÛTaTr] tûv Ka8âp-
aEÔv laTi, Kal t6v àvÉXEyKTGV au vo^ugtéov, av Kal

Tuy)(âvr) ftaaiXEÙç ô ^Éyaç oov,Ta ^Éyiara aKàBapTov ovTa, e

omalSEUTÔv te Kal aîa)(p6v yEyovÉv ai TaOTa a KaSapcÔTaTov


Kal KaXXiaTov etïpette tov ovtcoç la6u.Evov EuSalu.ova EÎvat.
0EAI. riavTâTTacn u.èv oSv.
HE. Tl Se toùç ; TaÛTrj ^pojiÉvouç t?\ té^vr] Tivaç
(pr^aou-Ev ;
èyô u.èv yàp cpoBoO^ai aocjncrràç (pavai. 231 a
©EAI. TLSfi ;

HE. Mi*) ^eî£ov auToîç TtpoaaTTTcojiEV yépaç.


©EAI. 'AXXà \ii\v TtpoaÉoïKÉ yE toioùtcù tivI Ta vOv
Elpr^iÉva.

Ci :;: om. Slob. to: susp. Apclt || C 6 av HT om. Y\V, Stobaci :

L Èv aÙTto :
Èvtûç (ex £/.to; corr.) Stobaei L c 7 i/£6Xr^ -XXrj ex :

kY -XX» W
|| ||

D d 5 youv: ouv ||
Y
d 9 tov: tô T» e 1 Jiv ov B || :

W
||

231 a 1
[xèv
om. y yàp om. Y ||
a 3 7:ooaa7ï7c»[Acv TY : -jixo-

pev B -ywjjLEv W II
a 4 ya W : om. BTY.
LE SOPHISTE 3a6

L'étranger. —
Comme entre chien et loup, en effet, comme
entre bête la plus sauvage et l'animal le plus apprivoisé.
la

Or, pour se bien assurer, c'est, par-dessus tout, à l'égard des


ressemblances qu'il se faut tenir en garde perpétuelle c'est :

un genre, en effet, extrêmement glissant. Mais qu'ils soient


les mêmes, passe pour l'instant, car ce ne sera point minime
conflit de termes qui s'élèvera, sitôt qu'ils observeront une
*.
garde rigoureuse
Théétète. —
C'est, du moins, vraisemblable.
L'étranger. —
Posons donc, comme partie de l'art de trier,
l'art de
purifier. Dans ce dernier, séparons la portion qui a
pour objet l'âme. Mettons-y à part l'art d'enseignement et,
dans celui-ci, l'art d'éducation. Enfin, dans l'art d'éducation,
le présent argument nous est venu montrer, d'aventure,

s'exerçant autour d'un vain semblant de sagesse, une méthode


de réfutation en laquelle nous n'avons point à voir autre chose
que l'authentique et vraiment noble sophistique.
Théétète. —
Appelons-la de ce nom. Mais me voici embar-
rassé devant la multiplicité de ces aspects comment, si je :

veux donner formule véridique et assurée, dois-jc réellement


définir le sophiste ?

L'étranger. —
Ton embarras se conçoit. Mais le sien, il
faut croire, est bien grand, à celte heure, à chercher quelque
issue qui le dérobe à l'argumentation ; car le proverbe a rai-
son : « ce n'est
point chose facile que de les esquiver toutes ».

C'est l'heure donc, et plus que jamais, de lui courir sus.


Théétète. — Bien parlé.

^TéfiniUons
^ L'étranger.
dabord P our
Arrêtons-nous
rc P rendre halelne -
donc
Entre
nous, durant cette pause, faisons notre
compte. Voyons : sous combien d'aspects le sophiste nous
est-il apparu? En premier lieu, je crois, nous avons trouvé
2
qu'il est chasseur intéressé de jeunes gens riches .

Théétète. —
Oui.
L'étranger. — En second lieu, gros négociant dans les

sciences à l'usage de l'âme.

i. Concession momentanée (cf. injra a3i e), car il y aura conflit

de termes (ooo; =
notion et frontière) si les purificateurs gardent
bien leur domaine.
a. Cf. Xén. (?), Cynégétique, i3, et notre Notice, p. a4o.
3a6 X0<Ï>I2TIIS 231 a

HE. Kal yàp kuvI Xûkoç, àypioytaTov rju.EpoùTâT<a. T6v


Se àacpaXfj Seî TtàvTcov u.àXujTa TtEpl Taç Su.oi6Tr|Taç &eI
TtoLEÎaSaL Tf|v c^uXa^v ôXia8r)p6Taxov yàp T0 yévoç.
"Opç Se ECJTcocrav ouyàp TtEpl au.iKpûv opwv Trjv àu.c|ua-

6r|Tr|aiv oïou.ai yEv/|a£a8aL t6te ÔTt6Tav tKavûç cpuXôtT- b


TCÙCTIV.

0EAI. OOkouv t6 y£ eIk6ç.


ZE. "Ea-za Sfj Siaicpi.Ti.icf|ç TÉxvrjç KaSapxLKf), <a8ap-
TlKfjÇ 8è T6 TTEpl ipu^v ^Époç àc|><3plaS<3,
toutou 8è

xf}ç 8è TtatSEU-
-

Si8aCTKaXLKr|, 8i8aaKaXiKf]ç 8è TtaiSEUTiKr)

TiKfjç ô TtEpl Tr)v u.aTaiov So^oaocpiav yiyvé^Evoc; eXeyxoç


ev tô vOv Xôycp TtapacpavÉvTi. u.r)8Èv otXX* i^uâv EÎvai XEyâaSci)

TtXf]v f\ yévEL yEvvala aocpicrrucf).


OEAI. AEyÉaBco u.év à-nopS 8è EyoyE f]Sr)
Sià tô TtoXXà

Tt£(pàv8ai, tI xpij tcote 6ç àXrjSfj XéyovTa Kal &noyypit,à- c


^ÎEVOV EÎTTELV ÔVTCOÇ E*Vai t6v aOCplO"Tl |V
(
.

HE. EÎkôtcùç yE au à-nopSv . 'AXXà toi KaKEÎvov fjyELcrSai

)(pfj vOv f]8r] acp6Spa àTtopEiv OTir)


ttotè etl SiaSûaETai. tSv

Xdyov èp8f| yàp f^ Ttapoiu.la, t8 tôcç âTtdaaç \iî\ paSiov


EÎvai SiacpEÛyELv. NOv o8v Kal u.aXi.aTa etuSetéov aÔTÔ.
OEAI. KaXGç XÉyEuç.
HE. ripÛTov 8rj aTavTEÇ oîov EE,avaTTV£Ûacou.£v, Kal

Trpoçf|u.aç ajTouç SiaXoyi.ocbu.E8a au.a àvaTiau6u.Evoi, cpépE,


oTréaa t}uâv ô aocpiaTf|c; TtÉepavTai. Aokô u.èv yàp, to d

•npÛTov rjôpÉ8rj vécov Kal ttXouo-'icûv Iu.u.ia8oc; 8r)p£UTr)ç.

OEAI. Nal.
ZE. T8 Se y£ Seùtepov Iu.Ttop6ç tu; TtEpl Ta Tfjç i|ju)(f|ç

u.a8^)u.aTa.

a 6 ScyfRc&TdtTOV :
-xepov B
a 7 ici om, Stob. (Anthol. II a4)
|| ||

a 9 saxfoaav codd. Schanz ïq-.m Burnct


: eatojv ooimv ôpwv T ||
:
||

~b 1 œuXaixcocnv roclc codd. -dtTTtujMV Schanz -a/Oioï'.v


: Hcindorf
çwpaOtôcr.v Madvig çavôicriv Richards b 3 *o ys to te : W ||

W
||

1) 10 tô tz Y d d 1 yap
:
yàp av BTY yàp otJ Sclianz
: d 2 xa! ||

secl. Gobct sed uide Xenoph. Cyneg. XIII, 9 JcXouaÉoo; xaî ve'ou;

OrjpàJvTa'..
231 d LE SOPHISTE 327
Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Sous son troisième aspect et pour les dites

sciences, n'est-ce pas comme détaillant qu'il s'est manifesté ?



Théétète. Si, et le
quatrième personnage nous qu'il
montra de fabricant vendeur en
fut celui mêmes ces sciences.
L'étranger. — Ta mémoire Quant son cin- est fidèle. à

quième rôle, c'est moi qui essaierai de le remémorer. C'est,


e au fait, à l'art de la lutte qu'il se rattachait comme athlète
1
en discours, et, pour sa part, il s'était réservé l'éristique .

Théétète. — C'est exact.


L'étranger. — Son sixième aspect prêtait à discussion.
Nous avons pourtant reconnu en acceptant de dire que
le lui

c'est lui qui purifie l'âme des opinions qui font obstacle aux
2
sciences .

Théétète. —
Parfaitement.
232 a L'étranger. —
Ne fais-tu pas cette réflexion, quand un
homme nous apparaît doué de multiples savoirs, bien que
le nom d'un seul art nous serve à le désigner, que c'est là

une apparence où il n'y a rien de sain, et qu'elle ne s'im-


pose, évidemment, à propos d'un art donné, que parce qu'on
ne sait y trouver le centre où viennent s'unifier tous ce»
savoirs, et qu'on est ainsi réduit à mettre, sur qui les pos-

sède, plusieurs noms au lieu d'un seul ?

TnÉÉrÈTE. — C'est bien là, probablement, l'explication


la plus naturelle,
b L'étranger. — A nous, au
moins, de ne pas être assez
paresseux pour laisser enquête à mi-chemin.
ainsi notre
Revenons plutôt d'abord à nos définitions du sophiste. L'une
d'elles, en effet, m'a réellement paru le déceler le mieux.
Théétète. —
Laquelle ?
L'étranger. —
Nous l'avons, je crois, appelé contradicteur.
Théétète. Oui. —
1. Cf. supra 225a-2a6 a, et Notice, p. 5. Pour l'assimilation de la

joute oratoire à la joute gymnastique, outre Goryias (456 d), voir


aufsi Philcbe 4i b, Thééthète 167 e, et surtout le début de l'Euthy-
deme. Ce dialogue est, d'ailleurs, l'illustration la plus vivante du rôle
éristique des sophistes.
a. Cf. supra a3i b, et Ci ai. 396 e, où Socrate, après s'être servi,
en se jouant, d'une science étymologique empruntée, compte
purifier, « à ceux qui savent accomplir
ces puri-
s'adresser, pour s'en
fications, soit à un prêtre, soit à un sophiste ».
3a 7 EOMSTHS 231 d

0EAI. nàvu ye.


HE. Tptxov 8è apa ou TtEpl auxà xaOxa icàTirjÀoç

àvEcfxxvrj ;

©EAI. Nal, Kcd xÉxccpxév y£ auxoTtobXriç TtEpl ta ^aBi']-


u.axa r^Lv (^v).
HE. 'OpBcoç Eu.vr|u.6v£uaaç. néu/nTov S' iyà) TtEipâao^oii

u.vr)^ovEÛ£iV xrjç yàp àycùviaxiKf|Ç TtEpl Xdyouç ?\v xiç e

à6Xrjxr)q, xfjv Epio"xiicr|v xÉ)(vr|v à<pcùpiau.Évoç.


0EAI. *Hv yàp o3v.
HE. Tô yE |j.f|v ekxov à^<pia6r|xr)ai^ov jiév, 8u.<aç b'

e6eu.ev auxô axiy^coprjaavTEc; SoEjûv lu-TtoSiav u.a9r)u.<xoiv

TtEpl tjiuxrjv Ka8apxr|v aôxov EÎvai.


©EAI. riavToiTtaai u.èv oSv.
HE. *Ap° oSv IvvoEÎç, 8xav ETii.aTr)u.cdv tiç ttoXXSv (pal- 232 a

vrjTai. ^uâç Se TÉ^vr|ç ov6u.octl TtpoaayopE\3r|Tai,


tô cpàv-

Taapa toCto oôk laB' ûyiéç, àXXà SfjXov obç ô Tt<xa)(Cùv


cùç
auxô Ttp6ç xiva tÉ)(vt]v ou Sûvaxai kcitiSeîv ekeîvo auxfjç
eIç S Ttàvxa xà u.a8r)^axa xaOxa [ÎXéttei, 810 kcù TtoXXoîç
3

ôv6paaiv àvB évèç xèv £)(ovxa auxà TtpoaayopEÙEi ;

©EAI. KivSuveûei xoOxo xaûxrj nr) ^âXiaxa TtEcpuicÉ-


vai.

HE.
Mf] xolvuv ^EÎÇ Y e ocùxb ev xrj ^rjxrjCTEt Si' àpylav b
3
xcov TtEpl xôv aocp la-
Ttâcr^co^Ev. àXX avotXaBco^iEv TtpGxov

xf|V Elpri^iÉvcùv. "Ev yàp xl jioi ^âXiaxa KaxE<pàvr) auxôv


jir)vOov.
©EAI. T6 Ttoîov ;

HE. 'AvxiXoyiK&v auxov £cpau.£v EÎval Ttou.


©EAI. Nal.

d 7 aj~à W
xaùxà BT xauti Y
: d 8 post iviçavî] add. îTvai ||
W
||
d io TjV add. Heindorf e râp àYwvtaTtx^ç rcapayco- B
j|
i e 4-5 :
|)

o' eOeuîv oï (Je'uev T -Owulev Y


:
paOrfuaatv aâOrjatv B e 6 xaOaptïjv :

W
j| ||

T :
xaOaoxrjv YWt sine accentu B jj
232 a a
spavxaa;xa :
çdfouoc l|

b i tf)
om. W ||
b 2 npwxov Heindorf Kp&X&t x; corr.
-pwTov : Ev

Paris. 1808 ||
b 3 xaxEçâvï] pàXtaxx aùxôv aùxô TY b 6 W ||
:
||

EçaaEv :
^ctjAcV
Y.
b LE SOPHISTE 3a8

L'étranger. — Eh n'en bien, suit-il point qu'aux autres il

enseigne même
le art ?

Thééïète. — Comment ne pas le conclure?


L'étranger. — Examinons donc sur quelles matières ces
gens prétendent former des contradicteurs. Cet examen, voici,
à peu près, comment nous l'entreprendrons. Voyons, sur celles
* des choses divines qui restent cachées aux regards vulgaires,
donnent-ils une telle compétence ?
Théétète. — On prétend au moins qu'ils la donnent.
L'étranger. — Et sur tout qu'offrent de
ce visible la terre,
le ciel, et leurs
Théétète. —phénomènes?
Bien sûr.
L'étranger. —
Mais, dans les réunions de caractère privé,
sur toute question générale de devenir ou d'être, nous les
voyons, n'est-ce pas, habiles eux-mêmes à contredire et com-
muniquant aux autres leur propre capacité ?
Théétète. — Absolument.
<1 L'étranger. — Maintenant, sur les lois et tout l'ensemble
des choses politiques, est-ce qu'ils ne s'engagent pas à former
de bons disputeurs ?
Théétètk. —
Ils n'auraient, l'on
peut dire, personne à
1
suivre leurs entretiens s'ils ne prenaient cet engagement .

L'étranger. —
Quant à la dispute sur l'ensemble des
arts et sur chacun en particulier, les arguments qu'il y faut
tenir pour contredire chaque praticien en sa spécialité même
sont connus, je puis dire, de tout le monde, couchés qu'ils
sont par écrit sous les yeux de qui les veut apprendre.
Théétète. — C'est des écrits de Protagoras, ce semble, que
e tu veux parler, sur la palestre et sur les autres arts 2 .

L'étranger. — Et de ceux de beaucoup d'autres encore, mon


cher ami. Mais, au fait, le propre de cet art de contradiction
n'est-il pas, ce semble, essentiellement, une aptitude tou-
3
jours prête à disputer sur quelque matière que ce soit ?

i. Pour les promesses des sophisîes, cf. Gorgias, 456 b/c.


a. Cf. Diog. Laert. IX, 8, 55, H. Gornperz, Sophistik u. Rhe-
torik, p. i3a, et Th. Gornperz, Les Penseurs de la Grèce, I, p. 4q3.
3. Ainsi les sophistes de YEuthydeme sont toujours prêts à réfuter
tout ce qu'on pourra dire (272 a/b). Le Thomas Diafoirus de notre
Malade Imaginaire s'est, lui aussi, rendu redoutable dans les luttes
de l'école ; « il ne s'y passe point d'acte où il n'aille argumenter à
outrances pour la proposition contraire ».
3a8 ÏOMSTHE 232 h
3
HE. Tt S ;
où Kal tôv àXXcùv auToO toutou SiSâaKaXov

ylyv£a8ai ;

0EAI. Tt ^v ;

HE. Zkotiûjaev 8rj, Ttepl t'ivoç apa Kal <paaiv ol toioO-


TOl TtOLELV àvTlXoyiKOÛÇ. 'H SE (JKÉljHÇ f|fclîv eE, OLPX^Ç EOTOJ
tûv 8eIqv, 8a' atpavf^ toîç ttoXXoîç, c
TfjSé ^ÉpE, TtEpl
tct].

ap' iKavouç TtoioOai toOto Spav ;

GEAI. AÉyETai yoOv Sf] TtEpl aÔTcov TaOTa.


5
HE. Tt S oaa (pavEpà yfjç te ical oùpavoO Kal tqv TtEpl
Ta ToiaCTa;
0EAI. Tt yàp;
HE. 'AXXà ^f]v ev yE Taîç tSlaiç auvoualaiç, ôndTav

yEVÉaEcSq te Kal oualaç TtÉpi Ko/tà tkxvtcùv XÉyrjTal tl,


aûvia|iEv oç auTot te avTEiTtEÎv SeivoI toùç te ctXXouç 8ti
TtoioOaiv &TtEp auTol SuvaTOÙç ;

OEAI. riavTaTtaat yE.


HE. Tt 8' au TtEpl vo^lcov Kal au un avTcov tûv ttoXitikcov, i
1

Sp ou)( ûma)(voOvTai ttoleîv àu.cpi.c6r)Tr|Ti.Kouç ;

©EAI. Ou8eIç yàp âv aÙToîç ôç ettoç eitteîv SieXéyeto

u.f]
toOto ÛTtia)(vouu.£voiç.
HE. Ta yE u.r]v TtEpl Ttaaûv te Kal KaTà u.lav EKàcrnyv
TÉ)(vr)v,
fi 8eî Ttpèç iKaaTov aÛTèv t8v 8r)u.ioupy8v àvTEi-

TtEÎv, 8E8r)u.oau»u.Éva tïou KaTa6É6Xr)Tai. ysypau-^Éva tô


|5ouXou.évcj> u.a8Etv.
OEAI. Ta npcoTay6pEtà u.01 (palvr| TTEpl te TtàXr|ç Kal
tôv aXXcov te^vcov EÎpriKÉvai. e-

HE. Kal TtoXXGv yE, S u.aKapiE, ÉTÉpcav. 'ATap 8?)


t6

t^ç àvTiXoyiK^ç té^vt)Ç Sp° ouk ev KEcpaXatcp TTEpl TtàvTCOV

Ttpèç àu.(pia6f]Tr|aiv lKavf| tlç Sûva^iç eoik' eÎvcu ;

b 8 toutou om. Y ||
c 3 yoûv W : oùv BTY C 8 oùataç :
oîxtaç
W
||

T C 9 te post aÙTOt :
ye Y Setvo! : 8uv<xtoî Sri secl. Gobet
W
|| || || ||

d i twv om. d ||
i àu.<pia6T)T7)Tixoûç :
-CtjtixoÛç TY d 3 auTOtç
W
||

post tîxstv transp. ||


d 6 aùrov : auTÔ B ||
d 7 rcou om. B ||
d 9
te :
ttJç Y y e a ye om. Y.
LE SOPHISTE 3ag
Théétète. — 11
apparaît, au moins, qu'à peu près aucune
matière ne lui échappe.
L'étranger. —
Mais, tui, par les dieux, mon jeune ami,
crois-tu cela possible ? Peut-être qu'en effet, vous, les jeunes,
vous voyez cela d'une vue plus pénétrante, et nous, d'une
vue plus émoussée.
Théétète. —
Quoi, cela? A quoi penses-tu, au juste? Je
ne vois pas encore clairement quelle question tu poses là.
L'étranger. — S'il est
possible qu'un homme sache tout.
Théétète. —
Nous serions, à ce compte, étranger, une race
de bienheureux.
L'étranger. —Comment donc alors, contredisant celui qui
sait, celui qui ne sait pas pourrait- il jamais dire quelque ebose
de sain ? '

Théétète.— D'aucune manière.


L'étranger.— Qu'est-ce donc qui peut donner à la sophis-
tique cette
prestigieuse puissance ?

Théétète. — Laquelle?

L'étranger. — Gomment peuvent bien


Les arts *

hommes pour réussir à


s p ren dre ces
d'illusion : la «•
• , i • . •

miméticrue taire accroire a la jeunesse qu eux seuls,


sur tous sujets, sont plus savants que
tout le monde? La chose est claire, en effet si, comme con- :

tradicteurs, ils n'avaient raison ou ne paraissaient, à cette


raison alors même, leur habileté de dis-
jeunesse, avoir ; si,

puteurs n'ajoutait encore quelque lustre à leur sagesse, ce


serait le cas de dire avec toi qu'on ne vieillirait guère volon-
2
tiers leurdonner de l'argent pour se former à ces deux arts .

Théétète. — Assurément.
L'étranger. — Or, au fait, on y vient de bon gré?
Théétète. — De fort bon gré.
L'étranger. — C'est qu'ils semblent, j'imagine, posséder
un savoir personnel sur tous les sujets où ils contredisent.

Théétète. — Inévitablement.
L'étranger. — Or ils le font à propos de tout,, selon nous?

i. a/c le rhéteur n'a pas besoin d'un


Comparer Gorgias 45g :

savoir, mais seulement d'un savoir dire, et, devant ceux qui ne savent
pas, lui, qui
ne sait pas, sera plus persuasif que, par exemple, le
médecin, qui sait.
a. Cf. supra a3a d, et, pour une tournure analogue, Théèt. 179 a.
3a 9 EO*ISTHS 232 e

0EAI. <J>alvET<xi yoOv Sf] oyjE&bv ojSèv ûttoXitie'iv.


HE. Zù 8f) Ttpbç 8e£»v, © Ttaî, Suvatàv f)YÂ
toOto ; Tà)(a
yàp Sv V^EÎÇ fclEV Ô^ÛTEpOV 01 VÉOl Ttpèç aUTO (iXÉTTOLTE,
t^eic; Se à^iôXùTEpov.
0EAI. Tè ttolov, <al npôç xl ^àXiaxa XÉyEuç ;
où ydtp 233 a
TtOU KOrtOCVOCù T& vOv EpCDT63U.£V0V.

HE. Et navra EnurraaBa'i xiva àv8pcbn<av EaTlSuvcrcév.


0EAI. Maicàpiov u.evt&v fj^icov, S £,éve, f^v tô yÉvoç.
HE. I~Iqç cuv av ttoté tu; np6ç y e T0V EnUTtâ^EVOV
3

auT8çàv£Tua rr)y.cùv ûv SûvaiT av ûyiéç


,
xi Xéycov àvTEinEÎv ;

0EAI. OuSauSç. -

HE. Tt nox' ouv av Eirj


t8 Tfjç ao<$naTiicfjç Suvà^Ecoç

8a0ua;
0EAI. ToO 8f) nÉpi;
HE. KaS* 8vTtva xpdnov tcotè Suvaxol toîç véolç 8éE,av b

napaaicEuâCEiv a>ç Etal navra nâvxcov aôtol aocpcoTatoi.


AfjXov yàp a>ç el ur|T£ àvxÉXEyov ôp8£>ç t
i1
î'
rE eke'ivoiç

Evpalvovxo, (paivou.£vol te eÎ ^ir)Sèv a8 uSXXov I86kouv Sià

tt]v à^i(t)i.a6r)Tr)(7LV
xo aov 8r) toOto,
EÎvau cppévi^oi,

a)(oXfj tiot' av auxotc; tiç x,pr|tmTa SiSoùç ?]8eXev av toù-


tcùv aùxcov ^ia8r|Tr|Ç y'iyvEaSai.

0EAI. Z^oXf] UEVTav.


HE. NOv 8é y' èSÉXouaiv ;

0EAI. Kal nàXa.


HE. AoicoOai y«p oîjjiai npoç xaCxa èTnarr\\xôvcùq exe'-v c
aÔTol TIp8ç SlTEp aVTlXÉYOVOLV.
"

0EAI. riûç Y àP ou ;

HE. Apûai Se ys toCto npôç anavxa, cpauév ;

e 5 8ti om. BT ||
OnoX^av : faftXct- Y 1
||
e 6 au Sîj... a33 a 4
Stob. Anthol.
YÉvoî habet
lib. III cap. i84 III, p. i3i
i, (vol.
Hense) e 6 8f;
||
8k 8/] : W ||
e 7 av om. Stob. ||
aùxô : -ov Y
-w Heindorf 233 a a ^ou : rcu Stob. ||
a 8 tô om. TY b 1 Sova-
W
|| ||

to ;
. :
-oîç W1
ut uidetur || toi; om. ||
b 4 ante [atj8èv
add. B
jj
au om. W II
b 5 xô aôv t : to'tov BTYW ||
b 6 ti? : tl Y.
p.7]
233 c LE SOPHISTE 33»
Théétète. — Oui.
L'étranger. — Us font donc, à leurs d'être disciples, l'effet
l
omniscients .

Tiiéétète. — Comment donc !

L'étranger. — Sans en car l'être,


impos- fait ;
l'être est

sible,nous l'avons vu.


Théétète. — Comment ne pas impossible serait-ce ?

L'étranger. — C'est donc, nous voyons, un faux sem- le


blant de science universelle, ce n'en est point la réalité que le

sophiste possède,
d — Absolument,
Théétète. formule risque bien d'être
et la
laplus qu'on puisse trouver au sujet de
juste gens-là. ces
L'étranger. — Prenons maintenant, à leur propos, un
clair.
exemple plus
Théétète. — Lequel donc?
L'étkanger. — Celui-ci. Essaie de me suivre bien attenti-
vement pour me répondre.
Théétète. — A quoi ?

L'étranger. — Celui qui affirmerait qu'il sait, non point


dire ni contredire, mais produire et faire, par un art unique,,
e toutes choses absolument


Théétète. Qu'entends-tu par toutes choses ?
L'étranger. —
C'est le principe même de notre explication

qui, tout de suite, t'échappe, puisque, à mon « toutes choses


absolument », tu as l'air de rien comprendre.
Théétète. —
Rien du tout, en effet.
L'étranger. — Or mon « toutes choses » veut dire et toi et
moi et, outre nous, tout le reste, les animaux comme les arbres.

Théétète. — Que dis-tu là ?

L'étranger. — Celui qui de produire


se ferait fort et moi
et toi et tout de le reste
qui pousse ce
Théétète. — De quelle production veux-tu parler là ? Car
234 a ce n'est point à un cultivateur que tu penses, puisque ton
homme produit jusqu'à des vivants.
L'étranger. —
Parfaitement, et la mer avec cela, et la
2
terre et le ciel et les dieux et tout le reste Qui plus est, .

i. Cf. Notice, p. 371, et tout l'exposé de Rép. 5q6 a-6o5 b sur la

mimétique.
a. « Cet artisan dont je parle n'est pas seulement capable de faire
toutes sortes de meubles, mais il produit encore tout ce qui pousse de
33o EOMSTHS 233 c

0EAI. Nat.
HE. riâvTa apa aocpol xotç ua8r)xaîç cpalvovxai.
0EAI. T( u.n,v ;

HE. Ouk ovxeç ys' àSûvaxov yàp xoOxé yE lcpàvr|.


0EAI. ricoq yàp oùk àSûvaxov ;

HE. AoE,aaxi.Kf]v apa xivà nspl Ttàvxcùv emaxr)^r)v o

crocpiaTr)c; H^v àXX* ouk àXf)8£iav ex cov àvaTtécpavTai.

0EAI. navTâTtaai uèv oSv, Kal kivSuveûei ye xo vOv d

£Lpr)LiÉvov ôp86xaxa TtEpl auxcov Eipr^aSat..


HE. Aâ6cûU£v to'ivuv aacpÉax£p6v tl TtapàSEiyua TtEpl

TOÛXCûV.
0EAI. Ta Ttoîov Sr] ;

HE. T68e. Kal lioi TtEipco TtpoaÉ)(cov xôv voOv eS uàXa

à-noKplvacGai.
0EAI. T6 Ttoîov ;

3
HE. Eu xiç «pair) ur) XéysLv lit^S àvxiXÉyEiv, àXXà tioieÎv
Kal Spav luS xÉ^vr] auvaTtavxa ETT'io"xaa6ai Ttpâyuaxa —
0EAI. riûq Ttâvxa eÎtteç ; 6

HE. Tr|v àpxV tou pr)8Évxoqaû y' r|uîv eu8ùç àyvoEÎç-


xà yàp aûuTtavxa. côç loïKaç, ou u.av8àvEiç.
0EAI. Ou yàp ouv.
HE. AÉyco xotvuv aè Kal lue tSv Ttàvxcov Kal Ttpic; r)LÛv
xSXXa £coa Kal SévSpa.
0EAI. ricoc; XéyEiq;
HE. E'î tiç lue Kal aè Kal xaXXa cpuxà Ttàvxa TtoirjaEuv

cpalr)

0EAI. Tlva 8r) XÉyav xrjv Ttotr|ai.v ;
où yàp 5r| yEcopyov 234a

y£ épEÎq xiva* Kal yàp £cpcov aùxàv eTtteç Ttoir|xf)v.


HE. ^rju-'i, Kal Ttpéç y£ 8aXàxxr)<; Kal yfjç Kal oùpavoO
Kal 8eGv Kal xcov aXXcov auunàvxcùv Kal xolvuv Kal xayù

e i tlxtc : -aç (scd e


supra lin.) W ||
6 4 ouv : oS W j|
6 5 zx\
i'j.1 :
xapi W e 8 xotïfactv XOlT]Cnv : BT 234 a 2 yào :
yàp ôr]
W
||

/.ai
il
a 3 /.%'.
yfjç W : om. BTY i|
a 4 MÛ Tot'vjv : Xfltftoc lu
Badham.
VIII. 3.-7
234 a LE SOPHISTE 33 r

en un tournemain produisant lune ou l'autre de ces créa-


tions, c'est pour une somme minime qu'il les livre.
Tuéétète. —
C'est d'une chose dite par jeu que tu parles là.
L'étranger. —
Eh quoi ? Quand on affirmequ'on sait tout et
qu'on enseignera tout à autrui pour presque rien et presque en
un rien de temps, ne faut-il pas penser que ce n'est que par
jeu?
Tuéétète. — Si, je crois, totalement,
b — Or connais-tu, du jeu, une forme ou plus
L'étranger.
savante ou plus gracieuse que mimétique la ?

Théétète. — Aucune, car bien complexe,


elle est cette
forme que tu mentionnes là, comme l'unité à laquelle tu
ramènes tout le reste; c'est presque la plus diverse qui soit.
L'étranger. — Ainsi l'homme qui sedonne comme capable,
par un art unique, de tout produire, nous savons, en somme,
qu'il ne fabriquera que des imitations et des homonymes des
réalités.Fort de sa technique de peintre, il pourra, exhi-
bant de loin ses dessins aux plus innocents parmi les jeunes
garçons, leur donner l'illusion que, tout ce qu'il veut faire,
il est
parfaitement à même d'en créer la réalité vraie,
c Théétète. — Sans aucun doute.
L'étranger. — Eh bien, ne faut-il pas nous attendre à ce

que comporte, elle aussi, une technique, à l'aide de


la parole

laquelle on pourra, aux jeunes qu'une longue distance sépare


encore de la vérité des choses, verser par les oreilles les paroles
ensorcelantes, présenter, de toutes choses, des fictions parlées,
et donner ainsi l'illusion
que ce qu'ils entendent est vrai et
que celui qui parle sait tout mieux que personne ?
'

d Théétète. —
Pourquoi n'y aurait-il pas aussi une technique
de cette sorte ?

L'étranger. — Pour le plus grand nombre de ceux qui


entendirent, à cet âge, de tels discours, n'cst-il pas inévitable,
Théétète, qu'une suite suffisante d'années s'écoulant, l'avance-
ment en âge, les choses abordées de près, les épreuves qui les

la. terre, il
fabrique tous les vivants, y compris lui-même, et, outre
cela, fabrique et la terre, et le ciel, et les dieux, et tout ce qu'il y a
dans le ciel, et tout ce qu'il y a sous terre, dansl'Hadès. » (Iîép. 096 c).
i. Cf., pour la mimétiquc-jcu, Rép. O03 b; pour les dessins
montrés de loin, Rép. 598 b/c pour l'ensorcellement par la parole,
;

598 d.
33i EOfclSTHS 234 a

noLr)aaç aÙTcov EKaaxa Ttàvu auAKpoO vou.lau.aToc ànoS'i-


Soxai.
0EAI. riaiSiav XÉyEiç Tivâ.
HE. T'i Se xf)v xoO XéyovToç ;
oti TtàvTa oTSe Kal xaOxa
ETepov &v Si5â£,EiEV SXlyou Kal ev ôXlyca xpévcp, u.£>v où

TtaiSiàv vouactéûv ;

0EAI. riàvTcoc; ttou.


HE. FlaiSiSç 8è £X EL Ç H ti TE)(vi.KÔT£pov f)
<al ^apiéa- b

TEpov eÎSoç f)
t6 u.Lu.r)TiK6v ;

0EAI. Où8au.coç" Ttâu,TtoXu yàp EÏpr|Kaq eÎSoç eIç ev


Ttàvxa auXXa6à>v icai.
q^eSôv TtoïKiXcÔTaTov.
5
HE. OùkoOv ùmo"xvoùu.£vov Suvaxàv EÎvai uaS
tov y

TÉ)(vr| Ttàvxa TtoiEtv yiyvcdO"Kou.Év Ttou toOto, 8ti uau.r|u.aTa


Kal ôu.G>vuu.a tqv ô'vtcùv àTtEpya£6u.£voç xrj ypa<piKrj T e X vr l

SuvaToç zaïoii toùç àvor)xouç tûv vécdv TtalScov, TtdppoaSEv

xà y£ypau.u.Éva etuSelkvùç. Xav8âv£iv a>ç Stittep Sv (iouXr|8rj


Spav, toOto LKavÛTaToç 5>v aTtoTEXEiv l'pyo.

0EAI. l~lcoç yàp où ;


c

HE. Tl Se Srj TtEpl toùç Xôyouç ; ap' où TtpoaSoKcàu.£v


EÎval Tiva aXXr|v TÉ)^vr)v, fj (ti
ou SuvaTÔv au TuyxâvEi
toùç véouç Kal etl Ttéppcù tcov Ttpayu.àTCùv Tf]ç àXr|8£laç

àcpEO-TÛTac; Suxtcov (Stcov toîç X6yoic; yor|TEÙEiv, SsiKVÙvTaç


EÏSwXa XEy6^E va TtEpl TtàvTOùv, cSaTETtoiEÎv àXr|8f) Sokeîv Xé-
5

yEaSatKal tov XéyovTaSf) aocpcoTaTov TtavTcov &TtavT EÎvai ;

©EAI. Tl yàp oùk &v £Ïr| aXXrj tiç TOLaùxr) TÉ)(vr| ;


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HE. Toùç ttoXXoùç ouv, co ©EalTr)TE. tcov t6te oikouôv-


tov Sp' oùk àvâyKr) xpôvou t £ etieX86vtoç aÙTOÎç iKavoO
Kal Ttpoïoùcrr|ç fjXiKlaç toîç te oSai TtpoaTtlTtTovTaç êyyùSEv

a 8 Tr;v to Schanz
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.
234 d LE SOPHISTE 33a

contraignent au clair contact des réalités ne leur fassent


changer les opinions reçues alors, trouver petit ce qui leur
avait paru grand, difficile ce qui semblait facile, si bien
que
e les simulacres que transportaient les mots s'évanouiront
devant les réalités vivantes ?
Théétète. —
Oui, du moins autant qu'à mon âge on en
peut juger. Mais je pense que, moi, je suis encore de ceux
l
qu'une longue distance sépare .

L'étranger. — C'est pourquoi, justement, nous tous qui


sommes ici nous efforcerons et, dès cette heure, nous efforçons
de te faire avancer le plus près possible en t'épargnant les
2
épreuves Pour en revenir au sophiste, dis-moi: est-il dès
.

235 a maintenant clair que c'est un magicien, qui ne sait qu'imiter


les réalités, ou gardons-nous encore quelque velléité de croire

que, de tous les sujets où il parait capable de contredire, il a,


de fait et réellement, la science ?
Théétète. —
Et comment hésiter encore, étranger ? Il est
dès maintenant assez clair, d'après ce qui précède, que sa

place est parmi ceux qui participent du jeu.


L'étranger. —
C'est donc comme magicien et comme imi-
tateur qu'il le faut poser.
Théétètk. —
Sans aucun doute,
b L'étranger-. — Allons,
à nous maintenant de ne plus relâ-
cher la bête. La voilà, en effet, assez bien enveloppée dans
les mailles où le raisonnement sait arrêter ces gibiers-là.
Aussi le nôtre ne s'esquivera plus, de ceci, au moins.
Ïiiéétète. —
De quoi ?
L'étranger. — D'avoir à se ranger dans le genre des fai-
seurs de prestiges.
Théétète. — Pour moi, sur ce point-là, je suis de ton
avis.

i. G.-à-d. « sépare de la vérité des choses », cf. supra a34 c.

a. Pour changements d'opinion produits par l'avancement en


les

âge, comparer Lois. 888 ab, et noter la chaleur du ton, l'amour intel-
lectuel qui anime l'éducateur. Les épreuves que celui-ci veut épargner
au jeune homme sont les désillusions que décrit le Phédon comme :

la confiance inexpérimentée engendre misanthropie, ainsi la foi


la

aux raisonnements, non éclairée par une bonne formation logique,


engendre la misologie et le scepticisme. Les « analogiques » font
métier de ce scepticisme les âmes droites en souffrent et finissent
;

par renoncer à la science (89 d-go d).


33i EOfclSTHS 234 d

Kal 8ià Tta8r|^âxoùv àvayKa£o^Évouç ivapyûç £cpàTtT£a8ai


xûv xàç x6xe yEvo^Évaç S6£,aq, ôax£
ovxcùv, u.£xa6âXX£iv

a^iKpà jaÈv (palvEaSai xà p.£yàXa, )(aXETtà Se xà jSàSia.


<al Ttàvxa Ttâvxr] àvax£xpàcp6ai xà Iv xoîç X6yoiç cpav- e

xàa^axa uttô xéov ev xaîç Ttpà£J£aiv ëpycûv TtapayEvo^Évov ;

c
GEAI. Cïq yoOv è^iol Tr)XiKCùS£ Svxi Kpîvai. Oîu.ai Se
Kal è\xè xûv exl Tt6ppco8Ev àcpEaxr) k6xcov EÎvai.
HE. ToLyapoOv r^Eiç cte oISe TtàvxEÇ TtEipaa6u.£8a Kal
vOv TtEipcô^ESa 6ç lyyùxaxa avEU xcov Tta8r| u.àxcov Ttpoaà-

yEiv. riEpl S' ouv xoO aocpiaxoO x6Se y.01 XéyE* Tt6xEpov f|Sr|
xoOxo aacpÉç, oxi xav yorjxcùv iaxl xiç, jntir|xf)ç 8>v xâv 235 a

ovxcov. f\ Siaxà£ou.£V exl lit*] TtEpl 8acovTTEp àvxiXÉyEiv Sokel

Suvaxoç EÎvai, TtEpl xoctoûxcov Kal xàç Emaxrj^aç àXr|8coq

I)(cov xuy^âvEt ;

0EAI. Kal TtSç av, où £,éve ;


àXXà o)(e8ov f]ôr| aacpÈc;
ek xûv EÎpr)^Évû>v, 8xl xqv xfjç TtaiSiSq ^exe^6vxov Iaxl

xiç [^lEpcov] eTç.


HE. T6r|xa ^Èv 8f| Kal ^i^qxf]v apa 8exéov auxév xiva.
0EAI. riûc; yàp ou Sexéov ;

HE. "AyE &•?), vOv f|^ÉXEpov Ipyov fjSrj xèv Bfjpa u-tikéx'
àvEÎvai." oy^zhbv yàp aôxov TTEpiEiXr|Cpap.EV ev à^icpi.6Xr)CTTpi.KCù b
xivl xcov Iv xoîç X6you; TtEpl xà xoiaOxa ôpyàvov, oSctxe

oukéx' ÊK(pEû£,ExaL x68e yc.


0EAI. Ta ttolov ;

HE. T6 ^f| où xoO yÉvouç EÎvai xoC xcov 8auu.axoTtoicov

XIÇ EÎÇ.
GEAI. Kà^iol xo0x6 yE ouxco TtEpl aûxoO cuvSokeî.

e 3 xptva: sccl. Ast xpfostv :


||
e 4 xaî W vj-'i :
xapl W ||
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-itpolp.eOa sccl. Schanz Èvyj-axa : -utoctw ||
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235 a 4 Tuyyâvî: :

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b 7 xâaol : /.a\ suot W.
LE SOPHISTE ÏS2

L'étranger. — Voilà donc qui est décidé diviser au plus


:

images et, descendant dans ce repaire,


vite l'art qui fabrique les

si, dès l'abord, le sophiste nous fait tète, le saisir confor-


mément à l'édit royal et le livrer au souverain, en déclarant
notre capture 1 Que si, dans les parties successives de la mi-
.

métique, il trouve quelque gite où s'enfoncer, le suivre pied à


pied, divisant sans répit chaque portion qui l'abrite, jusqu'à
ce qu'il soit pris. Aucun moyen que ni lui ni
quelque autre
espèce que ce soit se puisse jamais vanter d'esquiver une
poursuite aussi méthodiquement conduite dans le détail et
l'ensemble.
Théétète. — C'est parfaitement dit; voilà comme il faut
nous y prendre.
L'étranger. —
En poursuivant la division de la manière
que nous avons fait jusqu'ici, je crois apercevoir deux formes
de la mimétique quant à l'aspect précis que nous cherchons,
;

en laquelle de ces deux formes le pourrons-nous trouver, c'est


ce que je ne me sens
pas encore capable de découvrir.
Théétète. — En tout cas, veuille d'abord nommer et dis-
tinguer deux formes dont tu parles.
les
L'étranger. — Le premier art que je distingue en la mi-
métique est l'art de copier. Or on copie le plus fidèlement
quand, pour parfaire son imitation, on emprunte au modèle
ses rapports exacts de longueur, largeur et profondeur, et revêt
en outre chaque partie des couleurs qui lui conviennent.
Théétète. — Eh quoi ? Est-ce que tous ceux qui imitent
n'essaient pas d'en faire autant?
L'étranger. — Pas ceux du moins qui ont à modeler ou à
peindre quelque œuvre de grande envergure. S'ils reprodui-
saient, en effet, ces beautés avec leurs véritables proportions,
tu sais que les parties supérieures nous apparaîtraient trop

i. Ainsi
d'après le récit du Ménexene (a4o a/c), et des Lois
(098 c/d), Datis reçut, de Darius, l'ordre de ramener prisonniers les
Erétriens et les Athéniens; et ses soldats firent la chaîne, de mon-
tagne en montagne, jusqu'à la mer, sur tout le territoire Erétrien,
«
pour pouvoir annoncer au Grand Roi que personne ne leur avait
échappé ». Comparer Hérodote, VI, 3i. 94 et suiv. Cela n'empêche
point, quoi qu'en dise Apelt, que Campbell puisse deviner juste en
supposant un jeu sur (iaatXixdf Àoyo; (édit royal, Raison Souveraine):
images de guerre, image» de chasse et termes de logique s'entremê-
lent ici comme dans tout le dialogue.
333 XOMXTII^ 235 b

HE. AéSoKxai xolvuv oti xâ^iaxa 8iaipEÎv xf)v EÎScoXo-

TtouKf]v TÉ^vr)v, Kal Kaxaoàvxac; elç aôxrjv, làv pèv f|(iSq


eiuSùç o crocpi.oxr|Ç ÛTio^eîvr], ouX\cc6elv auxov Kaxà xà

£TTEaxaXp.Éva uttô toO (iaaiXiKoO Xoyou, KaKEivcp TtapaSovxaç c


àTto<f>fjvai xr|v aypav èàv S'apa Kaxà ^Épr| xfjç pap:r|Xt.Kf}q
Sûr)xal Ttr],
cruvaKoXouSEÎv auto Siaipouvxaç <xeI xf|V utto-
Se)(O^Évrjv auxov ^xoîpav, IcocmEp av Xr)cp8rj. riàvxcoc; où'te

oSxoç oôxe aXXo yévoç ouSèv p.r|


ttote EKcpuyov ETt£û£,r|xai

xr|V xcov ouxco Suvap;Évcov p.£xiÉvai Ka8' EKaaxà te Kal ettI

TtdtvTa u.É8oSov.

0EAI. AéyEiç eu, Kal xaOxa xaûxr) Ttoi.r|xÉov.


HE. Kaxà 8f) xàv Ttap£Xr|Xu86xa xpénov xfjç 8iai.pÉaEcoç
lycoyÉ p.01
Kal vOv cpalvouai Sùo Ka8opav EÎBr\ i?\q imir)xi- d
5

Kfjç" xf]v Se ^r)Tou^Évr)v îSÉav, Iv ÔTtoxÉpcp tto8 ^tv


ouaa Tuy^dcvEi, Kaxa^iaSEÎv ouSéttco poi Sokû vOv 8uvax6ç
eTvai.
3
0EAI. !Eù 8' àXX eÎttè Ttpcoxov Kal SIeXe r|p.îv t'ive xco

Sûo XéyELÇ.
HE. M'iav pèv xf|v EÎKaatiK^v ôpéov Iv aôxf) xÉ^vriv.
"Eaxi 8' auxr| p.àXiaxa ÔTtéxav Kaxà xàç toO Ttapa8£'iyp.a-
XOÇ CTUU(IEXplaÇ Tl<; Iv pr|KEl Kal TtXàXEl Kal fià8Ei, Kal

Ttp8q xoûxoiç eti xpcop.axa ànoSiSoùc; xà Ttpocrr|Kovxa EKà- e

axoiç, xr|v toO uip.r|p.axo<; ylvEaiv àTiEpyà£r|xai.


0EAI. T'i 8'; où TTavTEÇ ol uipoûuEvol xi xoOx' etii^ei-

poOai 8pSv ;

HE. Oôkouv oaoi y£ xûv pEyàXcov noù xi TtXàTTOuaiv

Ipycov f] ypàcpouaiv. El yàp aTtoSiSoîEv xf]v xcov koXcov àXr|-


8ivf]v au^.p.£xplav, oTa8' 8xi a^iiKpôxEpa ^lev xoO Séovxoç

b 8 ôîooxTat corr. supra lin. W: ïPjv.v.- BTYW || sîfcAoscOlod)* :

--•y.r-.:/}^ Y C 2 v.oL-.à. tmtà Ta


||
: Ileindorf j|
C g 8f ... a36
XflrtÊt (

C 7 çxvrajTt/.rlv habet Stob. Anthol. lib. IV cap. xviir, 7 (vol.


IV p. 4ia Hensc) d ||
1
el'ôr,
:
tj'Ôt)
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d 2 Iv otn. Y ||
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d 3 v5v Benfi aot W d 5 ttcwtov post. o:V/.c transp. W
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-rtvs om. Stob. ||


d 7 ôpwv : -tô | d 9 xat 3â0ei /.ai l&dfat j|

C 1 bcaaTou Y\Yt Stob. :


-at; BT !|
e 6 /.aXoiv : z.wÀwv Badham.
a LE SOPHISTE 33/,

a petites, et les
parties inférieures, trop grandes, puisque nous
voyons les unes de près, et les autres, de loin '.
Théétète. —Parfaitement.
L'étranger. —
Est-ce que, donnant congé à la vérité, les
artistes, en fait, ne sacrifient pas les proportions exactes pour y
substituer, dans leursfigures, les proportions qui ferontillusion?
Théétète. —
Parfaitement.
L'étranger. —
Alors, le premier de ces produits, n'est-il
pas juste, puisqu'il est fidèlement copié sur l'objet, de l'ap-
peler une copie ?

Théétète. — Si.

b L'étranger. — Et cette partie de la


mimétique ne doit-elle
pas s'appeler, du nom que nous lui avons précédemment
donné, l'art de copier ?
Théétète. —
C'est juste.
L'étranger. —
Mais quoi? Ce qui, à des spectateurs défa-
vorablement placés, parait copier le beau, mais qui, pour
des regards capables d'embrasser pleinement de si vastes pro-
portions, perdrait cette prétendue fidélité de copie, comment^
l'appeler? Ce qui simule ainsi la copie qu'il n'est point, ne
sera-ce pas un simulacre ?
Théétète. — Comment donc I

L'étranger.— Or une part


n'est-ce
pas là très large et de
C la peinture deet mimétique en son ensemble
la ?

Théétète. — Sans contredit.


L'étranger. —
Mais, pour l'art qui fabrique un simulacre
au lieu d'une copie, art du simulacre ne serait-il pas une
appellation très correcte ?

Théétète. —
Tout à fait correcte.
L'étranger. —
Voilà donc les deux formes que j'annonçais
dans l'art qui fabrique les images l'art de la copie l'art du
:
;

simulacre.

i. Cf. Philbbe, 4i c/4a a, et surtout Rép. 6oa b/d. Pour montrer


la distance qu'il y a entre les arts d'imitation et la vérité, on énumère
les illusions de la vue : erreurs sur la grandeur quand la distance

varie, sur la forme courbe ou droite des objets plongés dans l'eau,
sur l'impression de creux ou de relief variant avec l'éclairomenl.
« C'est cette faiblesse de notre nature qui donne, à la peinture en

perspective, comme à l'art des faiseurs de prodiges et à toutes ces


inventions artificieuses, leur pouvoir magique. » Cf. Phédon, 69 b,
Rép. 5a3 b, Parm. i65 c, Thêèl. ao8 e, Critias 107 c, Lois 663 c.
334 20M2TH2 236 a

Ta avcù, \x.e'iC,(ù
8è Ta KaTco cpaivoir' av Sià to Ta u.èv n6p- a
pcùSsv, Ta 8' iyyûBEv ùcp' f^Gv ôpaaBai.
©EAI. riàvu yèv ouv.
HE. *Ap' oùv où xatpEiv t6 àXr)8èç lâaavTEc; ol Sr^iLOup-

yol vCv où t<xç oùaaç au^ETplaç àXXà Taç SoE,oùaaç EÎvai


KaXàç toîç eiScôXoiç EvaTt£pyâ£ovTai ;

©EAI. riàvu u.èv ouv.


HE. T6 ^èv apa eTEpov où S'iKaiov, e!k6ç yE ov, EiK<5va

KaXEÎv ;

©EAI. Nat.
HE. Kal Tfjç y£ ^LU.r)TL<fjc; to etù toùtgj ^Époq kXt|téov b

&Tt£p EmojiEv ev to Ttp6a8Ev, ELKaaTiicfjv ;

©EAI. KXr|TÉov.
HE. Tl 5é; tô cJ>aiv6^Evov u.èv Sià Tfjv oùkIk KaXoO BÉav
loïKÉvai tû KaXcp, Sùva^juv Se eï tiç Xà6oi Ta Tr)XucaïjTa
iKavûc; ôpSv, fcir|S' elk6c; S cpi^aiv èoïKÉvai, tI KaXoOuEv;

Sp' oùk, ette'lttep cf>alv£Tai jiÉv, eoike Se où, cpàvTaa^ia ;

©EAI. Tl u.f)v ;

HE. OùkoOv Ttà|rnoXu Kal KaTà t^v £cùypa<|>iav toOto to


KaTà aùu/naaav C
u.Époç eotI <al juu.r)TiKf|v ;

©EAI. nûçS' o0 ;

HE. Ti^v hi] (pàvTaa^ia àXX' oùk EiK6va àTt£pya£ouÉvr|v


3

TÉ)(vr|v Sp
où c|>avTaaTLKf)v opBdTaT* av npoaayopEÙoniEv ;

©EAI. rioXù yE.


HE. Toùtco to'ivuv tw Sùo eXEyov EÏ8r| Tf]ç eIôcoXotiouk^ç,

ElKaCTTLKfjV Kal (f>aVTaO"TlK/|V .

236 a 3 -âvu [xjv ouv TY Stob. 8ox*ï pot rcâvu jaèv oùv om. B : W
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236 c LE SOPHISTE 335

Théétète. — C'est cela.


L'étranger. — Quant au problème qui me laissait alors

perplexe, de savoir dans lequel de ces arts loger le sophiste,


je n'arrive pas encore à en apercevoir clairement la solution.
d C'est un vrai prodige que cet homme, et le saisir à fond est
bien difficile, puisque, celte fois encore, le voilà bel et bien
réfugié dans une forme dont le est inextricable.
Théétète. — semble bien. mystère
Il

L'étranger. — Est-ce conscience de


la la difficulté qui te

dicte cet assentissement, ou serait-ce emporté par le courant


de l'argumentation et l'entraînement de l'habitude que tu
joins si
promptement ton affirmation à la mienne ?
Théétète. —
Que veux-tu due? A quel propos cette

question ?
L'étranger. — C'est
que nous voilà réellement, bienheu-
reux jeune homme, devant une question extrêmement diffi-
e cile car paraître et sembler sans être, dire quelque chose
;

sans pourtant dire vrai, ce sont là formules qui, toutes,


sont grosses d'embarras, aujourd'hui comme hier et comme
toujours. Quelle formule, en effet, trouver pour dire ou
penser que le faux est réel, sans que, à la proférer, on reste
enchevêtré dans la contradiction, la
question est vraiment,
237 a Théétète, d'une difficulté extrême.
Théétète. — Pourquoi donc?
L'étranger. —
L'audace d'une pareille
Le problème assertion est qu'elle suppose être le non-
de l'erreur et la .. •
i j r « - -ui rr »
.. être point de laussete possible, en eilet,
:

du non-être. sans cette condition 1


. Or
le grand Par-

ménide, mon enfant, aux enfants que


nous étions alors, l'attesta sans trêve ni répit, en prose
comme en vers - :

i. C'est que, dit Fénelon (Existence de Dieu, 2 e partie, i3), « le

mensonge est un néant, et le néant n'est point objet de la pensée.


On ne peut penser qu'à rétro et à ce qui est vrai, car l'être et la
vérité sont la même chose, » et, plus loin (23), « l'être ne peut
convenir qu'à ce qui est vrai, car ce qui est entièrement faux n'est
rien et ce qui est faux en partie n'existe aussi qu'en partie. » Cf.
;

Cratyle, £29 d, Eulhydcme, 184 a-187 a, ThécL, 188 d. .

2. « En prose comme en vers » veut dire « de toutes façons »,


ou bien encore « dans ses leçons comme dans son poème ».
335 ZOMSTHS 236 c

0EAI. 'OpSaç.
ZE. "O Se ye Kal tôt* t^<|>eyv6ouv, èv TtoTÉpa xèv ao-

<J>iaTf|v Seteov, oùSè vOv ttco Sùva^iai. 8Eàaaa8ai aacpcoç,


5
âXX ovtcoç Gau^aaxôç àvr|p Kal kcctiSelv TtayxaXETioç, etteI d
Kal vOv ^iaXa eu Kal Ko^iipcoç zlq omopov eISoç 8i£p£uvr|-
cracrSai KaTaTTÉ^Euyev .

0EAI. "Eoikev.
HE. *Ap' ouv aùxô yiyvcbaKcov aû^i<}>r|Ç, fj
a£ otov pûfcir)

tiç ÛTtô toO Xéyou auvEiSia^iÉvov auvETtEartàcraTo Ttpôç to

ra.yy av\x<^r\a<xi ;

0EAI. ricoç <al Trpôç t'i toOto £Ïpr|ieaç ;

HE. "Ovtcoç, o uaKapis, êa^Èv ev TxavxàTiaai ^aXETtrj

<jké^ei. Ta yàp cpa(.VEc8ai toOto <al t8 SokeÎv, sTvai Se e

jx^j,
Kal tô XéyEiv uèv axta, àXr|6fj Se ^in,,
TtàvTa TaOxà
ecjtl ^îEaxà àTtoplaç oceI ev tcû ttp6ct8ev xpàvcp Kal vOv

"Ottcoç yàp EÎTrévTa XP^I +eu8fj XéyEiv f) 8o£,⣣i.v c-'vtcûç

EÎvai, Kal toOto cpSEy^àuEvov IvavTioXoyia \iî\ ouvÉ)(£a8ai.,

TtavTaTtaaiv, S> 237 a


0Ealxr|TE, )(aX£Tt6v.
©EAI. TlSr,;
HE. TsT6X^r|KEV Xéyoç oCtoç ÛTto8Écr8ai tô pi) 8v
ô

Eivai" ijjeOSoç yàp ouk av aXXcoç EylyvETO ov. napuEvlSnc;


8è 8 tiÉyaç, cù naî, Ttaialv f|utv oSaiv àp)(6^£v6ç te Kal Sià
téXouç toOto àTtE^apTiipaTo, TtE^fj
te SSe EKaaTOTE Xéycov
Kal ^l£Tà uÉTpcov

C 9 "ci"' -o2-' TY r.a^yvdouv (et % supra f )


: zv
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Yen. 8 Ven. i8i TtoTEpa BroTspa c io OcaaaaGat {3e6x:oj-


: TYW |]
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W et in marg. (an OeasaiOat


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jisÇaîk); ? Burnet) ||
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6au[/.ac"6ç :
-<J5ç

B cum uitii nota in marg. [| Wjp Bekker: à- codd. ïrayyaXe-oî


||
:

-ov Yd 6 TjvînEj-dcTaTo
!|
et ex ras. t vuv lr.- YW Y : BT tq om.
[]

||
d 8tî (sed ex ras.) Sri BTY{ 6 a alrfâ W
-Èç Y : e 3 :
j|

W
j

|xwrà om. B e 5 ÈvavTtoÀoyia T: -:a B -cav Y sv àvT'.Xoyîa


W
j| |

237 a 4 Èyfyvcto yrjvorco a 5 f,a:v W: ;j.h BTY


: re Hein-|| ||

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: a tosrw TO*c' jtsÇÏ» -a;ra TY.
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237 a LE SOPHISTE 336

« Non, jamais tu ne plieras de force les non-ètres à être ;

De cctle route de recherche écarte plutôt ta pensée » '.

b De lui donc nous en vient le témoignage. Mais l'aveu le plus

clair en serait livré par l'assertion elle-même, si peu qu'on la


mît à l'épreuve 2 C'est .
là, par conséquent, ce qu'il nous faut
voir tout d'abord, situ n'y as point d'objection.
Ïhéétète. — Mon avis, à moi, sera ce que tu le voudras.
Quant à la discussion, veille à la meilleure manière de la con-
duire, et va devant sur la route eboisie, je te suivrai.
:

L'étranger. —
Eh bien, commençons. Dis-moi ce qui :

absolument n'est point, avons- nous cette audace de le proférer


en quelque façon ?
Théétète. —
Pourquoi pas ?
L'étranger. —
Sans donc aucun esprit de dispute ni de jeu,
supposons que, la question sérieusement pesée, quelqu'un de
c ceux qui nous écoutent eût charge de dire à quel objet se doit
appliquer ce nom de « non-être » quelle application pensons- ;

nous qu'il en ferait, à quel objet et comment qualifié, soit en


sa propre pensée, soit dans
l'explication qu'il en devrait
fournir ?

Tiiéétète.— Ta question est difficile et, je dirais presque,


pour un comme
esprit mien, totalement le insoluble.
L'étranger. — Une chose en tout est sûre, cas : à quelque
être que non-être ne
ce soit, le peut se attribuer.
Théétète. — Comment le
pourrait-il ?
L'étranger. — Or, on ne peut si l'attribuer à l'être, l'attri-
buer au « » serait faire une attribution tout aussi
quelque
3
incorrecte .

Théétète. — Pourquoi donc?


i. Cf. Diels, Fragmente der Vorsohratiker, frg' 7. Ces vers sont
cités aussi par Aristote, Métaph. 1089 a, 2 et suiv.
2. Il s'agit ici de l'épreuve judiciaire ou de la question : l'assertion
ou thèse examiner est traitée comme un accusé, Parménide témoigne
à
contre elle. Mais Socrate a montré, dans le Gorgias (£71 e-472 d),

que les témoignages et les autorités, si imposantes qu'elles soient, ne


sont point des démonstrations.
3. Impossihle d'attribuer le non-étre à quelque être car a) il ne ;

peut s'attribuer à l'être, cela va de soi, 6) il ne peut, non plus,


s'attribuera quelque. Ainsi Platon prouve sa proposition en la décom-

posant.
336 S0*1STHS 237 a

Ou yàp HT TT0 re xoOxo 8au.rj, <pr)alv, etvaL u.f| èovxa


' -

3
àXXà au xf]o"8 àcp' ôSoO 8i£r|^EVoç sîpyE v6rma.

riap' IkeIvou xe ouv u.apxup£ixai, Kal u.âXiaxà y£ Sr) Ttâvxcdv b


ô X6yoç auxôç av 8r|X(ào"EiE u.Éxpia liacraviaSElç. ToOxo ouv
auxà TtpGxov 8£aaobu.E8a, el u.r| xi. aoi 8ia<J>ÉpEi..
0EAI. Ta u.Èv lu.èv
onr] (ÎoûXel xIBego, xàv Se Xôyov

rj
fiÉXxiaxa 8iÉ£,£iai aKOTtSv aùxéç te Ï8i k<xu.è Kaxà xaùxr|v
xf]v oSôv ayE.
ZE. 'AXXà )(pf) Spav xaOxa. Kal u.ou XÉyE* x8 u.r)8au.coç
8v xoX^ôu.év Ttou cp8ÉyyEa8aL ;

OEAI. nûq yàp oÔ ;

3
HE. Mf| xolvuv EpiSoç IvEKa u.r|SÈ TtaiSiaç, àXX eI

OTtcuSrj Séoi auvvoi'jaavxà xiva àTiocpr)vaa8ai xûv àKpoaxûv C


TTOt )(pf) XOUVOU.' ETtLCpÉpELV XoOxO, XÔ U.f] o'v, Xl SoKoOu.£V &V

eIç xl <al ettI ttolov auxév xe Kaxa)(pr)CTaCT8aL Kal xcp ttuv-


8avou.Évco SELKvùvai ;

OEAI. XaXETtèv f|pou Kal o^eSôv elttelv oXa yE i^iol


TtavxàTtaaLV anopov.
3
-E. 'AXX ouv xo0x6 yE 8f)Xov, oxi xôv o'vxcov ett'i
(xi)
x6 \ii]
8v oùk oîaxéov.
OEAI. nûç yàp av ;

ZE. OuKOUV ETTElTtEp OUK ETtl XO OV 0Ù8' ,


ETtl x6 xl «pÉpCOV

op8Gq av xiq cpÉpoi.


OEAI. nSç8/| ;

a 8 touto oatif, Simplicius tojt' oy3aij.7J : BT tout' oùôaaij Y


toCx' oj oaarj W ||
èdv-a Arist. Me<. 1089 a 4 > ( et W infra 258 d) :

ovxa BTY W et hic W a 9 ob' 68o£î àçoSou


codd. (sed
||
:
|| ô*:£t;'ij.svo;

St^ato; a58 d) b aùxôç 0Z-0; BT b 3


infra tzgwtov 2 : OsaaoiiAsOa
W
||

W b xaià
||

y StacpÉoîi : -ot
xaTCWTJjvW b 6 ||
om. Y 5 TauTYjv :
t?jv
ô5ov W b 8 çOiyycaOat -Çaaôai W
||

W
||

aye xrjv || b 10 :
||
frexat : tt- jj

àXX' st Bekker
ejcou3j| -ou B T àXXà Y:
âXXr,; ot) àXXr] s-oyô"*) emo-jo/j
àXX' ^ W C à-o?7Îvaa0at YWt iroxpi- BT c
a-ou8î) II
1 :
||
2 r.oï :

r.^ Y Winckelmann
II
xl : ti B 071 TYW ||
c 7 ti add. corr. Paris.
1808: om. BTYW H c 10 vipvv. -ov W.
237 d LE SOPHISTE 33-

d L'étranger. — Il est clair encore pour nous, j'imagine,


que ce vocable «
quelque », c'est à de l'être que foutes
nos expressions l'appliquent. Le formuler tout seul, en effet,
comme nu, dépouillé de tout ce qui a l'être, c'est impossible,
n'est-il pas vrai ?

Théétète. Impossible.

L'étranger. —
A prendre la question de ce biais, tu diras
donc avec moi que, inévitablement, dire « quelque », c'est
dire, pour le moins, « quelque un » ?
Théétète. Oui. —
L'étranger. —
Car, tu l'accorderas, ce « quelque » veut,
précisément, dire « un », et « quelques » veut dire ou bien
deux ou bien plusieurs.
Théétète. — Comment ne pas l'accorder ?

e L'étranger. — Et qui ne quelque dit chose, inévitablement,


absolument, ne
1
ce semble, et dit rien .

Théétète. — Inévitablement.
L'étranger. — Ne pas même faut-il retirer cette concession,

que ce soit là dire, à savoir rien dire ? Ne faut-il


pas affirmer,
au contraire, que ce n'est même pas dire que s'évertuer à
énoncer le non-être 2 ?
Théétète. —
"Voilà au moins qui mettrait fin aux difficultés
de la question.
238 a L'étranger. —
N'enfle point trop la voix encore il en :

reste, bienheureux jeune homme, et la difficulté qui reste est


la plus grande et la première de toutes. C'est, en effet, dans
le principe même
qu'elle réside.
— Que
Théétète. veux-tu dire? Explique-toi sans tergi-
verser.
L'étranger. — A peut venir l'être, je crois,
quelque s'accoler
autre être.
Théétète. — Sans aucun doute.
L'étranger. — Mais que quelque jamais du être s'accole à

non-être, affirmerons-nous cela possible?

i. Pour des raisonnements analogues sur quelque, un. être, cf. Rép.
478 Théét. 188 c-189 a.
b,
2. Cf. Malebranche, Entretien d'un philosophe chrétien avec un
philosophe chinois « Apercevoir rien et ne rien apercevoir, c'est
:

la môme chose... Penser a rien et ne point penser, c'est la même

chose », et Bergson, L'Evolution créatrice, 4 e éd., p. 298-307.


33 7 SOMSTH2 237 d

HE. Kal toOto t)lûv tiou cpavEpôv, âbç Kal tô « tI » d


touto tô pf]u.a etc' ovtl XéyoLiEv EKâaTOTE" li6vov yàp auTÔ

XÉyEiv. cocrnEp yuLivôv Kal ànripruicoLLÉvov ornô tGv ovtcùv


cVnâvTCùv, àSûvaTov ?\ yàp ;

©EAI. 'ASûvaTov.
HE. "Apo trfjSE ctkoticùv aÛLicprjc;, cùç àvâyKr) tov tl Xé-
yovToc ev yé tl XéyELv ;

©EAI. Ou-tcùç.
HE. c Evôç yàp Sr) tô y£ « xl »
cpr)aELÇ ot)llelov Eivai, tô
Se « tlvè » Suoîv, tô Se « tlvèç » ttoXXcùv.

OEAI. nûq yàp ou ;

HE. Tov Se Sf] u.r| tl XéyovTa àvayKaLéTaTov, cùç eolke, e

TtavTaTtaCTL Lir|ôÈv XéyELv.


3
©EAI. AvayKaL6xaTov u.èv ouv.
HE. *Ap' ouv ouSè toOto auy^cûpr)TÉov, tô tôv toloutov
3

XéyEiv u.év
[ti], XéyEiv llevtol Lir|5Év, àXX ouSè XÉysLv cpa-
3
téov, oç y av ETtL^Eipî] LiT)
8v cp6Éyy£a8aL ;

©EAI. TeXoç yoOv av à-noplaq ô X6yoç £X 0L -

5
HE. Mr)Tt<a Liéy EÏTir|ç etl yàp, w LiaKapLE, -

eotl, Kal 238 a


TaOTa yE tcùv àTtoptûv f] u.EylaTr| Kal TtpcùTr). flEpl yàp au-

tt]v auToO tt^v àp^v ouaa Tuy)(àvEL.


©EAI. ricoç cp/|ç XéyE Kal lli-|8èv cVnoKvr)ar|c;. ;

HE. Tô LIÈV OVTLTrOUTtpoayÉvOLT' av titûv Ô'vTCÙV ETEpOV.


©EAI. nôç yàp où" ;

HE. Mi ovtl Se tl tcùv ovtcùv apà ttote TtpoaylyvEaSaL


1

cp^aoLiEV SuvaTÔv EÎvaL ;

d a touto tô pf;u-2 Y coniecerat Hcindorf : toj prJuaTo; B touto


pf;u.a
T ofjU.a W tojto Schanz [|
In' ovt edd. 1
. : ettovti B è~ \ ovti T
£-' Sv T-. YW || Xe'yo;jL£v
:
Xîyôiuvoy Y || yàp om. TY ||
d 9 y;
om. AV II
e 4 tov "ô B II
e 5 llî'v om. BW ||
ti secl. Schleiermacher ||

Liivrot :
piv t- Y |!
àXX' : iXX' f; AV II
e 6 y' B : 5' AV om. TY ||

;j.f( Sv :
ur.oiv AA* |:
e 7 iv :
or, AV |jï/o: «Cl : Y post àjtopia; Iransp.
TAf y 238 a 1 h: ïi~: TY d : Ueindorf c Ficino xcù xaxk :
|j

a 2 y£ dclcndum susp. Si-hanz a 7 6Vtt os ti Goisl. i55 ov I


: oi

Tj-
BAA" 6vt: 0: TY r.o-.i om. B a 8 ç^aousv KpocylyvtaOat ^
| |

238 a LE SOPHISTE 338

Théétête. — Comment l'affirmer?


L'étranger. — Or, d'après nous, nombre, en son en- le

semble, c'est de l'être,


b Théétête. — y a quelque cbose qui droit à
S'il ait ce titre,
c'est lui.
L'étranger. — Evitons donc jusqu'à de trans- la tentative

porter sur le non-être quoi que ce soit du nombre, pluralité


ou unité.
Théétête. — Nous aurions en tout tort, cas, de l'essayer,
à ce qu'il paraît raisonnement nous
: le l'interdit.
L'étranger. — Comment énoncer alors de bouche ou
même, seulement, concevoir par la
pensée les non-êtres ou
le non-être sans faire emploi du nombre ?

— Explique-toi.
Théétête.
c L'étranger.— Quand nous parlons des non-êtres,
n'essayons-nous point d'appliquer nombre plural
là le ?

Théétête. — Indubitablement.
L'étranger. — Et, parlant du non-êlre, d'appliquer, cette

lois, l'unité?
Théétête. - —
Très manifestement.
L'étranger. —
Or il n'est ni juste ni correct, affirmons-
nous, de vouloir assembler être et non-être.
Théétête. —
C'est la vérité même.
L'étranger. —
Comprends-tu alors qu'on ne saurait légi-
timement ni prononcer, ni dire, ni penser le non-êlre en lui-
même; qu'il est, au contraire, impensable, ineffable, impro-
1
nonçable, inexprimable?
Théétête. — Absolument,
d L'étranger. — Me donc trompé tout
serais-je à l'heure en
disant que j'allais énoncer la plus
grande des difficultés qui
le concernent ?
Théétête. —
Eh quoi ? Est-ce qu'une plus grave encore
nous reste à formuler?
L'étranger. —
Eh quoi, étonnant jeune homme, ne devines-
tu pas, au seul énoncé des phrases précédentes, en quelle diffi-
culté le non-être met celui même qui le réfute, si bien

i. « Le pur néant ne saurait être l'objet de l'intelligence ;


on ne le

conçoit point, on n'en a point d'idée, il ne peut se présenter à l'es-


prit » (Fénelon, Traité dé l'Existence de Dieu). Cf. Parm., i64 a,
et

(îorgias, De la Nature (apud Sextum Empiricum, adv. math., VII, 80).


338 20METH2 238 a

0EAI. Kal-nûç :

HE. 'ApiS^èv 8r) t6v aû^Ttavxa xûv ovxcov x'iBeuev.


0EAI. EÏTtEp yE <al aXXo tl Getéov ôç Sv. b
1
ZE. Mf) xo'ivuv p.rjS ETti)(ELpG^EV àpi8u.o0 ^t)te TtXf|8oc;
^i'jte ev Ttpàç t6 U.f|
OV TipOa(|)ÉpELV.

0EAI. OÔKOUV âv Op8GÇY £ &Ç EOIKEV, ETTl)(ELpOL^EV, >



tpr)cuv ô X6yoç.
HE. riôç ouv av f) 8ià xoO ax6^iaxoç cpSÉy^aixo av xiç

f)
Kai xf]
Siavola xô TtapaTtav Xà6oi xà u.r) ovxa f) xô ^ir) 8v

)(<aplq àpi8u.ou ;

©EAI. AÉyETtfi ;

ZE. Mf| ovxa u.èv ETtEiSàv XÉycou.£v, Spa où TtXfjSoç etu- C

XEipoOu.£v àpiS^ioO TtpoaxiBÉvai ;

0EAI. TL ^v;
HE. Mr) 8v Se, apa ou x6 iv au ;

©EAI. Zacpéaxaxà yE.


Z\E. Kai u.f]v
oôxe S'iKaiov yE oôxe ôpBôv <pau.Ev ov Êm-
^EipEÎv u.f)
ovxi Ttpoaapu.6xxEi.v.
0EAI. AÉyEtç àXr)8Éaxaxa.
Z\E. Zuvvoeîç ouv â>ç oûxe (p8£yE,aa8ai Suvaxôv ôp8ûç
oûV oôxe 8iavor|8fjvai xà u.f) ov aùxo Ka8' aûx6, àXX'
eItceiv

laxiv àSiavdr)x6v xe Kai appr)Xov Kai a<p8£yKxov Kai aXo-

yov ;

0EAI. navxânaai u.èv ouv.


Z\E. ""Ap' o8v Ei|iEuaàu.r)v apxi XÉya>v xf)v ^£y'iaxr)v omo- d

plav IpEÎv aùxoO TtÉpu;


0EAI. Tl 8é : exl u.eI£co xu/à XÉyEiv &XXr)v e)(ou.ev ;

HE. Tl 8é, q 8aug.âaiE ;


oûk Ivvoeîç aùxoîç xoîç Xe)(-
8eîo"iv 8xi Kai xov èXÉy^ovxa eIç àTtoplav Ka8laxr)ai. xo ^if)

b 3 to Cv
'c'v tô Sv TY
H : bW ixtgitpotfisv -wt/.Ev b 6 [\ : W
W
|| ||

av anle ti;om. b g JCfl o;n] Y C i àptOtxoû' lxt£ttpoS[UV TY


||
:
|]

C 6 ov om. B d 3 xi ii ...ï/oasv in marg. Paris. 1811 hospiti :


|| j|

tribuunt Winckclmann auctorc Hcrmann Schanz Burnet too: —


BTY tô 3à —W
d 4 -l U BY: xi 84 T xi 8'
|!
r-va or, Winckel- W
mann et al. Thcactelo tribuentes |j
ante aùtoï; add. iv W.
VIII. 3.-8
d LE SOPHISTE 33g

qu'essayer de le réfuter, c'est s'engager en d'inévitables


contradictions )

Théétète. — Que dis-tu Explique-toi plus clairement.


là ?

L'étranger. — Ce point en moi


n'est faut chercher ce qu'il
e surplus de clarté. Moi qui ai posé comme principe que le
non-être ne doit participer ni à l'unité ni à la pluralité, tout
à l'heure et maintenant encore, en cela même je l'ai dit un ;

car je dis « le non-être ». Tu comprends certainement.


Ïhéétète. — Oui.
L'étranger. — Qui plus est, l'instant d'auparavant,j'affirmais
imprononçable, ineffable et inexprimable. Tu suis?
qu'il est, lui,
Théétète. —
Je suis. Comment ne pas suivre ?
L'étranger. — M'essayer à lui appliquer ce « est », n'était-ce
a pas contredire mes propositions antérieures ?

Théétète. — x\pparemment.
L'étranger. — quoi Eli appliquer, ? le lui n'était-ce pas
m'adresser, en une unité?
lui, à
Théétète. — Si.
L'étranger. — Et en disant inexprimable,
puis, le inef-
fable, imprononçable, c'est comme unité que je l'exprimais.
Théétète. —
Comment ne pas l'avouer ?
L'étranger. —
Or il est interdit, nous l'affirmons, à qui
veut parler en stricte rigueur, de le définir, soit comme un,
soit comme multiple, et même, absolument, de parler de

lui; car c'est, ici encore, la forme d'unité que cette appel-
1
lation lui appliquerait .

Théétète. — Absolument.
h L'étranger. —
A quoi bon, alors, parler de moi plus
longtemps Pour
? trouver que je suis battu, maintenant
comme toujours, dans cette argumentation contre le non-être?
Ce n'est donc point en mon parler, comme je le disais, qu'il

i. Si on parle du non-ètrc en disant, de lui, qu'i/ est inexprimable,


etc., tous les mots d'une telle phrase seront au singulier. Gondillac

dira, un peu autrement « Pour parler d'une chose, il faut lui


:

avoir donné un nom, ou pouvoir la désigner par plusieurs mots


équivalents; et pour lui donner un nom, ou pour la désigner par
plusieurs mots, il faut qu'elle existe ou que nous puissions
la regarder

comme existante car ce qui n'existerait ni dans la nature, ni dans


;

notre manière de concevoir, ne saurait être l'ohjet de notre esprit. Le


néant môme prend une sorte d'existence lorsque nous en parlons »
(Grammaire, I, ia).
33 9 SOMSTttS 238 d

ov ovîtcoç, coûte, ÔTt6Tav aux6 £TU)(Eipfj tiç eXéyxeiv, êvav-


xlot aôxàv aÙTcp ne.pi ekeîvo àvayRâ^EcrSai XÉyELV ;

GEAI, ricoç cprjc; ;


eIttè eti aac}>£CTTEpov.
3
ZE. OùSèv Sel tô aacpéaTEpov lv elioI ctkotieÎv. Eyà> l^ièv

yàp UTtoSÉLiEvoq oùte evôç oïïte tcov ttoXXcov tô Lif| ov 8eîv e


L1ETÉ)(ELV, apTL TE Kal vOv OUTCOÇ £V aUTÔ E'îpT^Ka TÔ Lir| ov
-

yàp c|>r|Ljil. Zuvlr|Ç toi.


OEAI. Nat.
ZE. Kal Lir)v au Kal aLiiKpôv ELmpoaSEv acpSEyKTév te
auTÔ <al ocppr|Tov <al aXoyov Ecpr]v EÎvai. ZuvÉTtr) ;

OEAI. ZuvÉno(jiai. r\S>ç yàp où ;

HE. OukoGv tô yE EÎvat TtpoaaTtTELV TtEipcoLiEvoc; IvavTÎa


toîç txp6ct8ev IXEyov ;
239 a
OEAI. <t>atvr|.
HE. Tl 8é touto TrpoaàTiTcov ou)( côç évl 8iEX£y6Ltr)v
; ;

OEAI. Nat.
ZE. Kal (if)v aXoyôv y£ Xéycov Kal apprjTov Kal acpBEy-
ktov coç yE Ttpôç iv tôv X6yov £TtoioÛLir)v.
OEAI. nS>q S' o0 ;

ZE. <}>au.Èv 8é yE Selv, EÏTtEp ôp82»ç tiç Xé£,el, li^te coç


lv li^te coq noXXà Stoptt^ELv auT6, Lir)Sè to TtapaTtav auto
KaXEÎv evôç yàp e'îSei Kal KaTà TauTr]v &v Tfjv TTp6apr)CTi.v

TTpoCTayop£Ùoi.To.
OEAI. riayTanaal yE.
ZE. Tôv lièv toIvuv !u.é y'etl tiç Sv XÉyoi ;
Kal yàp b
TtâXai Kal Ta vOv f^TTrjLiÉvov &v Eupoi TtEpl t6v toO ur|

ovtoç IXey^ov. "QcTTE EV ELjLOiyE XÉyovTi, Ka8aTt£p eÎTIOV,

d 7 xj-m TY :
otwtijS
W auto B j|
e 3 toi : xt Y ||
e 7 auvs'-ouat.
IIw; yàp oS ;
TYW :
Çuvs'îcouat ncoç B ||
239 a 1
s'Xsyov :
Xciyov B a 3 ||

RpOT&Ctcov -àywv : TY
marg. T sv TY sv 3v Hcin-
||
Evl BW et in :

dorf a 5 ye te
II
B a 8 ttç xi
:
a 10 ivoç yàp BW: sv te yàp
||
: W ||

T sv Tî yàp Y lv Ivôç yàp Winckelmann sv 71 yàp Heindorf il&ct :

ïos: W 7,07) Heindorf b I eue yftt t:? Hcrmann -ys Itt- TY s;j.s
||
:
||

ts T- tic B l'j.ï ïxt xi ti; W sas ys stt tt 71; viett. cdd. cum Ven. 8 et
Yen. 18A !

|
b 2 àv tûûôt : âvs-joo: B sCicot àv Y.
> LE SOPHISTE 3',o

nous faut chercher les


règles du bien parler au sujet du non-
être. Mais, allons :
désormais, cherchons-les en toi.
Théétète. — Que veux-tu dire ?
L'étranger. — En avant, donc ! Sois bel et brave, toi qui
es jeune. Bande toutes tes forces et, sans accoler au non-
numérique, essaie de
èlre, ni l'être, ni l'unité, ni la pluralité

proférerune énonciation correcte à son sujet.


Théétète. —
Grande serait ma témérité et bien extrava-
gante mon entreprise, si j'entreprenais là où je t'ai vu subir
un tel échec.
L'étranger. —
Eh bien, si bon te semble, qu'il ne soit
plus question ni de toi, ni de moi. Mais, jusqu'à ce que nous

ayons trouvé quelqu'un qui soit de force pour cet exploit,


jusque-là disons que, le plus astucieusement du monde, le

sophiste s'est enfoncé dans un refuge inextricable


1
.

Théétète. —
Il en a tout à fait l'air.

L'étranger. —
Par conséquent, si nous affirmons qu'il
possède un de simulacre, user de telles formules sera
art
lui rendre aisée la
riposte. Facilement il retournera nos for-
mules contre nous, et, quand nous l'appellerons faiseur
d'images, nous demandera ce que, au bout du compte, nous
appelons image. Il nous faut donc chercher, Théétète, ce
qu'on pourra bien répondre à ce gaillard.
Théétète. —
Nous répondrons évidemment par les images
des eaux et des miroirs, les images peintes ou gravées et
toutes autres choses de la sorte 2 .

L'étranger. —
Il est clair, Théétète,
que tu n'as jamais
vu de sophiste.
Théétète. — Pourquoi?
L'étranger. — Il t'aura l'air d'un homme
qui ferme les
yeux ou qui n'a point d'yeux du tout.
Théétète. — Comment cela ?

i. Cf. supra. a3G d. Là, c'était une forme, ici, c'est un refuge

inextricable. L'idée logique et l'image, tirée de la chasse, s'entre-


mêlent continuellement.
2. Les énumérations analogues sont fréquentes dans la République

:

5ioa (les ombres, les images des eaux et des miroirs, etc.) 5i5 a
(les images sculptées dans la pierre ou le bois)

5(j8 a et suiv. (les
images peintes). La faute de Théétète est de donner une telle énumé-
ration pour une définition. Comparer Tlu'ct. i'|G c, et Ménon 72 a.
34o £0*IETH2 239 b
3

jif) aicoTtco^EV ir\v opSoXoylav TtEpl x6 \ii] ov, àXX EÎa Sf)
vCv
ev aol aKEi^&^iEGa.
0EAI. HQq cpf|ç ;

HE. "I8i r^îv eu Kal YEwaUùç, octe véoçgSv, Btl ^âXicrta


Sûvacai auvTElvaç Tt£i.pà8r|Ti., ^te oualav ^te t6 ev H^|TE

nX^Boq àpiG^oO TtpoaTiSElç tû u.f| ovti, Kaxà tô ôpSèv


cpSÉy^aaSaî ti Tt£pl auToO.
0EAI. rioXXf] ^evtocv jie
<al axoTtoç £X 0L TtpoSu^ta c
3

t?\q ETtL^ELprjaEax;, eÎ <jè ToiaOS opûv Ttàa)(ovTa auxèç


im^ELpotT]V.
HE. 'AXX' EL SOKEL, CE LlÈV Kal EU.È )(alpElV ECOLIEV ECÙÇ
S' av tivl 8uvau.Évcp Spav toOto IvTuy^àvcoLiEv, Lié^pi tou-
tou Xéy<a>u.ev <oç TtavToç liocXXov TTavoûpycoç eiç aTtopov Ô
CTCXplOT^Ç Tortov KaxaSÉSuKEv.
0EAI. Kal u.âXa Sf] cpalvExai.
HE. ToiyapoOv eX Ttva cpi^ao^Ev aùxèv e)(elv cpavTacrri-

kt\v TÉ^vrjv, paStcoç


ek TaÛTr]ç ir\ç xpEiaç tgùv Xdycov àvTi- d

Xa^6avd^£voc; r^cov eiç; TouvavTlov àTtoaTpÉ^EiToùçXéyouc;,


bxav elScùXottolôv auTÔv KaX2>u.EV, àvEpcoTÔv t'i ttote t6

Trapânav eïScoXov Xéyo^Ev. Zkotteîv ouv, S ©EaÎTr|T£, \pi]


tI tu; tû vEav'ia Ttpèç to IpcoTw^Evov àTtOKpivEÎTai.

0EAI. A^Xov Sti cpfjaojiEv Ta te ev toîç ûSaai Kal


KaTéTTTpoiç EÏSoXa, etl Kal Ta YEypau.^iÉva Kal Ta tetuttcù-
3 3

^léva Kal TaXXa baa ttou touxOt ectG ETEpa.


HE. ^avEpdç, S 0EaÎTr)T£, eÎ ao<pujTf|v oû)^ EopaKÔç. e
0EAI. TlSi'i ;

HE. AoEjEi aot ^iûelv TtavTaTtaaLV oùk f) e)(eiv o^ata.


0EAI. riôç;

b 4 lîa Ven. i8£ : sa BTTW ||


b 8 tô om. W || bo, tô ooOÔv:
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e 1 lî, <jj
9fi«(-n)T( W ||
e 3 S|i|Uttcc
:

ô'/da- Y.
239 e LE SOPHISTE 34i

L'étranger. —
Quand tu lui répondras en ce sens, si tu
viens à lui parler de ce qui se forme dans les miroirs ou de ce

que les mains façonnent, il se rira de tes exemples, faits pour


un homme qui voit. Lui feindra d'ignorer miroirs, eaux et
240 a vue même, et ce qu'il te demandera, c'est uniquement ce
qu'on doit tirer de ces exemples.
Théétète. —
Quoi donc ?
L'étranger. —
Ce qu'il y a de commun entre tous ces
objets, que tu dis multiples et que tu honores cependant d'un
nom unique, à savoir du nom d'image, que tu étends comme
une unité sur eux tous Parle maintenant, et, sans céder d'un
'
.

pas, repousse l'adversaire.


Théétète. —
Quelle définition donnerions-nous donc de
l'image, étranger, autre que de l'appeler un second objet
pareil copié sur le vrai ?
L'étranger. — Ton « second objet pareil » veut-il dire

h un objet vrai, ou que veux- tu dire avec ce «


pareil
» ?

Théétète. — Point du tout un vrai, bien sûr, mais un


2
qui ressemble .

L'étranger.— Mais, parle vrai, tu entends « un être réel »?


Théétète. — Oui certes.
L'étranger. — Eh quoi? Par le non-vrai, tu entends le
contraire du vrai ?

Théétète. — Comment donc !

L'étranger. — Ce qui ressemble donc est pour toi un


irréel non-être, puisque tu non-vrai. l'affirmes
Théétète. — Il a
quelque pourtant. être,
L'étranger. — Pas un en tout vrai être, cas, d'après toi.
Théétète. — Assurément non ;
encore qu'il ait réel être
de ressemblance.
L'étranger. —
Ainsi donc, ce que nous appelons ressem-
blance est réellement un irréel non-être ?

i. Ces formules sur l'essence commune qu'atteint la définition se


retrouvent partout dans Platon. Cf., en particulier, Ménon j4 d-^Ô a,
Phèdre a65d/e, Thcélele i/ 8 d. (

a. Cf. Cratyle 43a b/d, où l'on montre que l'image, pour être

image, ne doit pas reproduire absolument tous les caractères de


l'objet, sans quoi elle serait le double exact de l'objet. Pour les for-
mules, cf. Rèp. 096 d/e l'objet que nous présente le miroir
:

« apparaît, mais n'est point » le lit que


;
peint l'artiste « n'est point
iin vrai lit, mais un lit apparent ».
34 1 10«MÏTH2 239 e

HE. Tr)v àTTÔKpiaiv 8xav oûtqç aùxco SiScoç, làv lv <ax6-


Ttxpoiç r} nXâauaai. XÉyr|c; xi KaxayEXâaExa'i aou xcov Xdyov, %

oxav qç (iXÉTtovTL XÉyr|ç auxcp, TtpooTioioûuEvoç oûxe <à-

xoTtxpa ouxe uSaxa YiyvcôaKEiv oûxe x6 Ttapdmav oipiv, x6 240 a


J
8 ek xôv Xéycùv lpcox/)CTEi az ^lôvov.

0EAI. rioîov ;

HE. Tô Sià tnxvxgjv xoûxcov a TioXXà eIttùv f|£,lcoaaç évl

TipOGElTTELV Ôv6uaXl Cp8Ey£,(XU£VOC; ElSoXoV ETtl Tt&CHV GjÇ EV


ov. AéyE ouv <al àuùvou urjSèv ÛTto^Qpcov xàv avSpa.
0EAI. TL Sfjxa, S E,éve. eÏScoXov av (poûuEV eÎvou TtXr)v

yE x6 Tipôç xàXr]8iv6v àcpcùuouopÉvov Exspov xoloOxov ;

HE. "ExEpov Se XéyEu; xoioOxov àXr)8i.v6v, t\ étiI x'ivl xo


xoioOxov eÎtteç ;
b

0EAI. OàSaucoc; àXr|8iv6v yE. àXX' Ioikoç uév.


HE. *Apa x6 àXr)8i.vôv ëvxcoç ov XÉycov :

0EAI. Ouxoç.
3
HE. Tt Se xè uf) àXr|8i.vèv Sp êvavxlov àXr)8o0ç
; ;

0EAI. Tl ^v ;

HE. Ouk ovxcùç ouk 8v Spa XÉyEiç x6 eoikôç, eotep aùxS


ys \iî\ o\Xrj8iv6v ÈpEÎç.
3
©EAI. 'AXX laxi yE uf|v Ttcoç.
HE. Oûkouv o\Xr|8ôç yE, <pf|ç.
0EAI. Où yàp ouv ttXtjv y' eikgjv Svxqc;.
HE. Oùk 8v apa ouk ovxcoç âaxlv ovxcoç r\v XÉyo^iEv
Euc6va :

6 5 èàv Heindorf làv... e 6 Aï'yTi' T! se< ^- Cobet. e 7 8tkv...


seel. ||

Cobet
a\)Xô> sccl. fftfeovtt -tmv tj TY 240 a 1 xô ante xapixov
:

W
|j

W
||

om. Y a 2 Àoycov spywv


II
b 1 £?'£; -a; : b 7 où/, ovtw; |]
:
||

où/. 5v W
et sic legit Proclus in Parm. 7^4,34 816,19-21 Damas-
cius II 293,18 oùx ovtwv où/.ôv B aux ov TY
: b 9 roo; Hermann |i
:

roi; codd. praecedcntia hospiti tribuentes


;
b 10 oJV.ouv A\ oùxoSv ||
:

TY où/.ôv B y£ ?r^ Steph. ys çt-; TY y' Èçr.v h\V b 12 où/. :

W
II |

ov W : où/.ôv B où/.oOv T\ malit Bittcr ||


où/, ovtio; BT\ Camp-
bell: oj/. ôv~o; t où/. «Cov> ovtio; Ritter ovrw; Badham Schanz
Burnct ôvxto; ovtio: \YilamoAvitz |
ante Èsx'iv add. ov (uoluit ov) su-

pra lin. altéra manu Y || Svrtu; r,v : ovro: r,v


t
Steph. ^
ilamowitz.
LE SOPHISTE 34a
— bien peur que ce d'un
Théétète. J'ai soit lel entrelace-
ment que s'enlace au non-être, de
l'être façon la la
plus bizarre.
L'étranger. — Bizarre, assurément. Tu vois, à tout le
moins, que, maintenant encore, par un tel entrecroisement,
notre sophiste aux cent têtes nous a contraints de reconnaître,
malgré nous, que le non-être est en quelque façon.
Théétète. —
Je le vois trop bien.
L'étranger. —
Eh bien, que dire maintenant de son art?
Gomment pourrons-nous le définir si nous voulons rester
d'accord avec nous-mêmes ?

Théétète. — Que veux-tu dire et crains-tu donc?


L'étranger. — Quand, lui donnantque
pour domaine le simu-
lacre et, pour œuvre, la
tromperie, nous affirmerons que son
art est un art d'illusion dirons-nous alors que notre âme
1
,

seforme des opinions fausses, par l'effet de son art? Sinon,


que pourrons-nous bien dire ?
Théétète. —
Cela même. Que pourrions-nous dire d'autre ?
L'étranger.— L'opinion maintenant, fausse, sera-ce, celle

qui conçoit contraire


le de ce qui ou quoi est, ?

Théétète. — Le contraire de ce qui est.


L'étranger. — Ce sont donc, selon des non-êtres que toi,
2
conçoit l'opinion fausse ?

Théétète. — Nécessairement.
L'étranger. — Cela veut-il
dire qu'elle conçoit non- ces
êtres comme
n'étant pas, ou qu'elle conçoit comme étant en
quelque façon ce qui n'est d'aucune façon ?

Théétète. —
Qu'elle conçoit les non -êtres comme étant
en quelque façon il le faut bien, si l'on veut
; que l'erreur
soit possible, si peu que ce soit.
L'étranger. — Eh quoi ? Ne concevra-t-elle point aussi
comme n'étant absolument pas ce qui est absolument ?

Théétète. — Si.

i. Cf. supra
33g d, et, pour « la
sophistique, art d'illusion », Xén.
Cynég. XIII, 4 et i5.
2. La formule « penser ou dire faux, c'est penser ou dire ce qui
n'est pas » était une formule courante (Rêp. 38g c, 4i3 a). Mais les
sophistes qui niaient la possibilité de l'erreur (cf. Isocrate, Hélène,
208 a) niaient aussi qu'on put penser ou dire le non-être (Euthyd.
284 a/c, Crat. 385 b/c), et Platon lui-même Ta nié dans les argu-
ments dialectiques de la République (4/8 b/c) et du Théétète (188 d-
189 b). Cf. Notice du Théétète, p. i4i, note 3.
,3',< EOfcISTHS 240 c

OEAI. KivSuveùei ToiaÛTnv Tivà C


TTETiXé^Sai auLrnXoKf)v
tô Lif)
8v tô ôvti, Kal p.âXa aTOTtov.
HE. l~lcoç yàp 0UIC a^ 0Tt0V ! "'Opfîç yoOv bxi Kal vOv Sià

TaÛTnç o TroXuKÉ<paXoc; aocpicxTn.ç ^vâyica-


xî]q £TtaXXàE,£coç
kev r]LiSç tô p.?)
ov ou)( ÉKévxaç ôpoXoyEÎv EÎval ticùç.
e
OEAI. Opû Kal pâXa.
ZE, Tt Se 5r) -xt\v TÉ)(vr|v aÛToO ;
xlva àcpoplaavTEc; f|pîv

auxoîç aupcpcùVEÎv oîol te Ia6 p.E8a ;

OEAI. nfj Kal tô ttoî6v ti cpo6oÛLiEvoc; outgù XÉyEiç ;

ZE. "Oxav TtEpl tô cpâvTaapa aÔTÔv omaTav cpûpEV Kal d


tt^v TÉ)(vr|v EÎval xiva àTtaTnTiKfjv auToO, t6te TtÔTEpov

ipEuSfj So£,â£Eiv t^jv 4»u)(V f\\iG>v cpf]aou.Ev


ùnô t^çekeIvou

TÉ^vT]q, f)
tI ttot' IpoOpEv ;

OEAI. ToOto tI yàp av aXXo eiTtai^iEv 1

HE. H'EuSfjç 5' au S6£,a lorrai xàvavxla toîç ouai 8o£â-


^ouaa, f) Ttûç ;

OEAI. Tàvavxîa.
HE. AÉyELÇ apa Ta pf] ovTa SoÉjàt^Eiv xr)v ipEuSf] Sé£,av ;

5
OEAI. AvàyKr|.
HE. n6xEpov pi] EÎvau Ta pf] ovxa So£à£ouaav, ncoç fj e

EÎvai Ta pr|8apûç ovxa ;

OEAI. ETval ttcoç Ta pf]


civTa Sel y£, EÏTtEp ipEÛaETal

TtOTÉ TIC Tl Kal KOîà (ipa^û.


3
HE. Tl S ;
ou Kal pr|8apcoç EÎvai Ta TtàvToç SvTa
So£,âc^£Tai ;

OEAI. Nal.

C 3 ôoà;... 2^i a 2 yivotto habet Stob. /ini/iof. lib. III


cap.
xii, 23 (vol. III, p. l\!\Çj-!\ôo Hense) j|
C 3 ô oa; ( yoiïv :
ôpotç otm in

marg. b om. B j|
C A È^aXXâ?£to?
ixdLXÇteo; Stob. qvdtyxaxtv
:
||
:

-xnvi Stob. ||
C 5 où/.
IzovTa; oâx ï/o- Stob. c:
xat om. Y
W
|| ||

C 7 àîOsiaavTî; :
-£ovTig Stob. d i çâvTaapa sâjpa B dHW
||
:

W
||

Tav -vxav
: YW ||
d 2 mfrtpov -a nporepov Y : d 8 ante Tavav- ]|

Ti'a add. ojtojç


Stob. d 9 Ta om. Stob. BoÇdcÇciv Ta u.7] ôvta


W
j| ||

y e 1 rcwç :
T.otç AtfV.c Stob. Il
6 3 osï
yc :
Xéyi Stob. orj ye Ilein-
dorf j|
e 4 Ti : om. T punctis notauit Y.
240 e LE SOPHISTE 343
L'étranger. — El cela encore sera fausseté ?

— Cela encore.
ïhéétète.
L'étranger. — Le discours, à ce compte, sera, lui aussi,

j'imagine, réputé faux pour la même raison, à savoir pour


241 a dire, des êtres, qu'ils ne sont pas, ou, des non-êtres, qu'ils sont? *

Théétètk. —
Pour quelle autre raison pourrait-il être
faux ?

L'étranger. — Je n'en vois guère d'autre. Mais celle-là, le


Le moyen, en effet, de la faire accepter
sophiste la rejettera.
par un homme de bon sens, quand il a été antérieurement
convenu que c'est là une chose imprononçable, ineffable,
2
inexprimable, impensable ? Comprenons-nous, Théétète, ce
que le sophiste peut dire ?
Théétète. —
Comment ne pas comprendre qu'il nous accu-
sera de dire maintenant le contraire de ce que nous disions
alors,nous qui avons l'audace d'affirmer qu'il y a fausseté
dans opinions comme dans les discours ? Cela même, en
les

b effet, nous contraint d'assembler l'être au non-être en maintes


formules, alors que nous venions de convenir que c'est là
l'impossibilité la plus absolue.
L'étranger. —
Ton souvenir est exact. Mais voici l'heure
de nous demander que faire au sujet du sophiste car, à le ;

prétendre mieux scruter si nous lui assignons comme art celui


des faiseurs d'impostures et des magiciens, tu vois comme les

objections et les difficultés s'accumulent à plaisir.


Théétète. —
Je le vois trop bien.
L'étranger. —
Or ce n'en est qu'une minime partie que
C nous avons passée en revue leur nombre n'a, pour ainsi
:

dire, point de fin.


Théétète. — Impossible alors, ce semble, de nous saisir

du sophiste, s'il en est ainsi.

i. Comparer Aristotc, Mélaph. ion b, 20 et suiv.


2. Le texte des manuscrits donnerait, après « impensable », les
mots « celle qui a été convenue avant celle-ci, xk
Jtpô tojtcov ôjttïo-

yr,6evTa ». Le texle de Madvig, supprimant « imprononçable..., impen-


sable », donnerait : « quand a été antérieurement convenue la chose
convenue avant celle-ci ». J'ai préféré supprimer Ta npiiaûcmv ô;j.o-
c'est une glose explicative du composé -ioZ:«>p.o~/.ovr,'j.v>3..
Xo-pjÔô'vTa ;
Le sujet est urifsa. Platon fait allusion à 238 c, et c'est là aussi que
renvoie la réponse de Théétète.
343 SO*ISTHS 240 e

HE. Koù toOto 5f) ijjeOSoç :

OEAI. Kal toOto.


HE. Kal Xôyoç oTuai iy£u8f|Ç outco KaTa Tauxà V0Lna8r|-
aETai t<x te ovxa XÉycov u.r) EÎvai Kal xà u.f] ovxa EÎvai. 241 a
OEAI. ri2>ç yàp av aXXcoç toioOtoç yÉvoiTO ;

HE. Z)(eS6v ou8au.coc;" àXXà xauxa ô aocpiaTf|Ç ou cf>r)a£i.

*H tîç u.r)X<xvr| eppovoûvxcûv, btav


auy^cùpEÎv Tiva tcov eu
a<p8£yKTa Kal otpprjTa Kal aXoya Kal àSiav6r|Ta TtpoSicou.o-
Xoyr)u.Éva t] [xà Ttpô toûtcùv êuoXoyr|8£VTa] ; MavSàvouEV,
S ©Ea'iTr]T£, a XÉyEi ;

OEAI. nûç yàp ou u.av8âvou.Ev otl TàvavTia cprjaEu

XÉyEtv toîç vuvSr), iyEu8r] ToXu.r|aavTaç eitieîv cùç


rju.Sc;

Eaxtv ev Sôc^aiq te Kal Kaxà Xôyouç tco yàp u.f| ovti tô 8v b ;

npoaâTTTELv r|u.a<; TtoXXàKiç àvayKâ^EoSaL, 8iou.oXoyr)aau.É-

youç vuvSf] toOto EÎvai TtàvTCOv àSuvaxcûTaxov.


5
HE. 'OpScoc; àTtEu.vr|u.6vEuaac;. AXX' copa 8f| frouXEÛsaSai
t'l
SpSv toO aocpiaToO TiÉpi* t<xç yàp àvn.Xf|ip£iç Kal
xpf|

omoplaç, èàv auxèv SiEp£uvcou.£v ev xrj tûv ijJEuSoupycov Kal


yorjTCùv t£)(vr) tlSévtec;, ôp&ç cùç EÔnopoi Kal TtoXXal.
OEAI. Kal u.àXa.
HE. MiKpôv uÉpoç to'ivuv auxcov Si£Xr)Xû8au£v, ouacov

COÇ ETIOÇ eÎtteIv omEpâvTCûV. C


5
OEAI. 'ASûvaxdv y av, coç eolkev, eït) t6v aocpiaTfjV
eXelv. el xauxa outcoç e)(ei.

e io taùtè Stob. Tajxa : TV vx&ta caOra B tauxà xaj-a W


W BTY a 3 où om. W
|

241 a a aXÀto; Stob. -o; :


||
a k r om.
W
|| t

a 5 àçôey/.-a xaî appr,Ta


||
-/.aï
aÀoya /.a! à8'.avùT;Ta sccl. Madvig ||

-po8iioao/>oyr;;Ac'va
:
-poa- BW ||
a 6 ~i Jtpô tù'j-wv ôaoÀoyr Osvca (

scclusi a 7 a • ov Y XÉyE'. Paris. 1812 :


-ît? BTYW a 8 çr[as'.
:

W
|i || ||

supra tv) post Àî'yc'.v transp. \Y b 3 toOto elva rou 1


c; . :
orjaîv (et
W
|j

toù'to îTvat BT wWj elva; -rouTO Y b 4 wpa opa BTY malit ||


:

Burnet (JouXeûeaOa'. : -jasOat T^ secl. Burnet b 6-7 tûv yOTÎTwv


W
ji |i

/.ai
•iiuocjpyôv tiOeVcï; x£-/vï) sù'jropo'.
: Su- Heusde c 2 y' «v
W
|! |i

Burnet :
yàp BTY àp' yàp av corr. Paris. 1808 yàp uel tàf
Campbell || sïï)
: av îVt; Campbell c 3 e! sv [|
: Y 1
| ï/11 :
-r, supra
Bu. Y.
241 c LE SOPHISTE m
L'étranger. — Eh quoi Aurions-nous,? à celle heure,

perdu courage au point de nous dérober ?

Théétète. — Je n'en suis, certes,


point d'avis, pour peu
que nous ayons chance de mettre la main sur notre homme.
L'étranger. —Ainsi je puis compter sur ton indulgence
et, comme tu viens de le dire, tu te contenteras du peu que
nous pourrons gagner, n'importe où, sur une thèse d'une
telle vigueur ?
Théétète. — Comment pourrais- tu en douter ?

d L'étranger.— Je donc encore une


te ferai prière plus
instante.
Théétète. — Laquelle ?

L'étranger. — De ne me point regarder comme un parri-


cide.

Théétète. — Que veux-tu dire ?


Réfutation de L'étranger. — nous
C'est qu'il faudra

varménidienne nécessairement, pour nous défendre,


mettre à la question la thèse de notre
père Parménide et, de force, établir que le non-être est, sous
un certain rapport, et que l'être, à son tour, en quelque façon,
n'est pas.
Théétète. — C'est évidemment,
là, qu'il nous faut porter
le fort du débat.
L'étranger. — Comment ne serait-ce pas évident et,
comme on dit, évident même pour un aveugle ? Tant que ne
e sera faite ni cette réfutation ni cette démonstration, on ne

pourra guère parler de discours faux ni d'opinions fausses, ni


d'images, de copies, d'imitations ou de simulacres, pas plus
que d'aucun des arts qui s'en occupent, sans s'empêtrer iné-
vitablement en des contradictions ridicules.
Théétète. —
C'est très vrai.
242 a L'étranger.
r

Y oilà pourquoi, précisément, le moment
est venu, ou de s'attaquer à la thèse paternelle, ou de lui céder
le champ sans retour, au cas où, devant le
premier parti,
quelque scrupule nous retiendrait.
Théétète. —
Mais, quant à cela, que rien absolument ne
nous retienne.
L'étranger. —Pour la troisième fois, en ce cas, j'aurai à
te demander une légère faveur.
Théétète. — Tu n'as qu'à parler.
m 204ISTH2 241 c

HE. Tl ouv omoaTr|a6^E8a ;


vOv LiaXBaKiaBÉvTEc; ;

0EAI. Oôkouv lycoyé cpr|Lii Seîv, eI Kal <axà au.iKpèv


oîol t' ETuXa6Éa8ai Ttr| Tàv8p8ç lau.£v.
c
HE. 'EE,elc; oSv auyyvcb^r|v ical KaBdmEp vOv ElntEq àya-

•nr]<j£u; èâv nr) Kal KaTà frpa)(ù TiapaoTiaacùLiEBa outoç


la^upoO Xôyou ;

0EAI. ricàç yàp où)( e£,cù ;

HE. TôSe to'lvuv etl ll&XXov TtapaiToO^al ce. d


0EAI. Ta tiolov ;

HE. Mr) jie oîov TiaTpaXo'iau ÛTtcXâ6r|<; y'iyvEaGal TLva.


0EAI. Ti 8/| :

HE. Tôv toO TTaxpèq riapLiEvlSou X6yov àvayKaîov ^lûv


oiliuvoliévolç l'axau fiacavl^ELV, Kal fità^EaGai iô te Lif)
8v

<oç eotl Kaxdc tl Kal t8 8v au TtâXiv gûç oùk eotl Ttr|.

0EAI. <t>alvETai t8 toloOtov 8caLia)(ETÉov ev tolç X8-


youç.
HE. I~Icùc; yàp où tpalvETaL Kal tô XEyétiEvov 8r)
toOto
3
toûtojv yàp h^t eXeyxBévtcdv ll^te ÔLLoXoyr|8£VTcov e
TucpXcp ;

<J)(oXf]
TTOTE TLÇ oXàq TE EOTaL TXEpl X8yCOV iJJEuSÛV XÉyCDV f)

S6£,r|ç, elte eISoùXcov e"te eIk6vcdv elte LULir^àTCùv e'lte

cpavTaauiâTCùv auTcov, fj
Kal TtEpl te^vqv toùv 8aai TtEpl
TaÛTa el<ji, ^if) KaTayÉXaoToc; EÎvai Ta êvavTia àvayKa£8-
^evoç aÛTÛ XéyEiv.
0EAI. 'AXrjBÉaTaTa.
HE. Auà TaOTa llévtol toXu.it|téov ETtiTlBEaBat tco Tta- 242 a

TpiKco X8ycp vOv, f]


tô napà-nav iaTÉov, eI to0t6 tlç EÏpyEt

Spav okvoç.
©EAI. 'AXX' rj^aq to0t6 yE ^ir)8èv u.r|8au.rj Eip£,r|.

HE. TplTov to'lvuv etl o~e aLLLKpév TL TTapaiTr|aoLiai..

0EAI. AÉyE llôvov.

C !\ posl oJv add. outwç W j!


C 5 osîv om. Y ||
C 7 eT~c; v3v W
C 8 T.T îîf| r. Badham
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: d 8 xo.. Xtfyotf secl. Hermann e i v.r'-z

W
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ÈXsyy^'v'wv TY |M{TfX*£- B uojn Xey-


: e 5 "à ||
avav-.'î: : ~J.
y'
èv- Burnet ?x u.iv avT'. B 242 a 2 viv om. TY. ||
242 a LE SOPHISTE 345

L'étranger. — J'ai avoué, je crois, tout à l'heure, d'une

façon expresse, qu'une telle réfutation a toujours dépassé mes


forces et les dépasse assurément encore.
Théétète. — Tu l'as avoué.
L'étranger. — J'ai donc peur que ce que j'ai dit ne le
donne occasion de me regarder comme un détraqué, qui se
b retourne bout
pour bout, à volonté. Or, au fait, c'est bien
pour te faire plaisir que nous nous déciderons à réfuter la
thèse, si nous la réfutons.
Théétète. —
Compte bien que, moi du moins, je ne trou-
verai jamais que tu passes la mesure si tu te lances en cette
réfutation et cette démonstration. S'il n'est
que de cela, va
donc de l'avant sans rien craindre.
L'étranger. — Eh bien, allons, par quel début entamer
une si
périlleuse argumentation? A mon avis, voici, mon
jeune ami, le chemin qui s'impose à nous.

- •
Théétète. — Lequel?
théories antiques Sur ce qui parait actuel-
L'étranger. —
de lement clair, porter d'abord notre exa-
l'être.
Les doctrines men, de peur que, n'en ayant encore
p ura 1S es '

c qu'une vue trop trouble par endroits,


nous ne nous y mettions trop facilement d'accord comme en
affaire bel et bien jugée.
Théétète. — Formule plus clairement ce que tu veux dire.
L'étranger. — sans y chercher trop de façons qu'à
C'est
mon avis Parménide nous entretint, lui, et quiconque avec
lui se lança dans cette entreprise de déterminer combien il y
a d'êtres, et quels ils sont.
Théétète. — Comment ?

L'étranger. — m'ont Ils l'air de nous conter des mythes,


chacun le sien, comme on ferait à des enfants. D'après l'un, il
les uns ou les autres
y a trois êtres, qui tantôt s'entreguerroient
d en façon, tantôt, devenant amis, nous font assister
quelque
à leurs épousailles, enfantements, nourrissements de rejetons.
Un autre s'arrête à deux humide et sec, ou chaud et froid,
:

qu'il fait cohabiter et marie en due forme Chez nous, 1


.

la
gent Eléatique, issue de Xénophane et de plus haut

i. Comparer Isocrate disant, des anciens sophistes : « Pour l'un,' il

y a une infinité d'êtres pour Empêdocle, quatre, parmi lesquels


;

régnent la Haine et l'Amitié pour Ion, seulement trois ; pour ;


345 S0*tETH2 242 a

HE. ETttôv mou vuvSn, Xsycov ôç Ttpàç tôv nepl TaOT*


tXsyxov âel te àTt£ipr|Kcbç èycb Tuyxâvco Kal Sf|
Kal Ta vOv.
GEAI. EtTtEç.
HE. l> o6o0u.ai <
Sf] Ta Eipr|u.Éva, u.r|
tiote 8ià TauTa aoi
u.aviKcc; EÎvai Sô£,co Ttapà Tt68a u.ETa6aXcbv iu.auT8v avco

Kal koctco. Zf]v yàp Sf] X"P LV éXÉyxEiv t8v Xôyov £m8r|a8- b
u.E8a, âàvTtEp eXeyxcou.ev.

GEAI. 'Clç toIvuv lumyE ^r|8a^f] 86E,cov ut|Sèv nX^u.-


u-eXeiv, av Irtl t8v eXeyxov toOtov <al Tqv aTt68EL^LV ïrjç,

8appcov Ï8i toutou yE £V£Ka.


HE. «fcépE Sr), Tlva apxr|v tiç av ap^aiTO TtapaKivSuvEU-
3
tlkoO X6you ;
Sokco u.èv yàp Tl^vS ,
oô naî, Tn,v ôSov àvay-
KaiOTàTT^V ^"ÂV EÎvai TpÉTtEaBai.
GEAI, riolav St 6

! ;

HE. Ta SoKoCuTa vGv


£X eLV ETuaKÉ^aaSat
Ivapyûç
TtpcÔTOv u.r| Ttr| TETapay^iÉvoi uèv couev TtEpl TaOTa, paS'uoç C
3
8 àXXn Xoiç ou.oXoycou.EV coq EÛKpivcoc; exovteç.
i

GEAI. AéyE aacpÉaTEpov S XÉyEiç.


HE. Euk6Xcoç u.01 Sokeî riap^EvlSric; n,uÂv SiEiXéxBai Kal
TtaÇ SaTlÇ TtCÔTtOTE ETtl KpiCTlV C0p^lT]O£ toO Ta OVTa SlO-
plaaaSai Tt6oa te Kal nota ecjtiv.

GEAI, nf;
HE. M086v Tiva cpalvETal u.01 8ir)yEtc8ai EKaaToç
naialv uèv côç Tpla Ta SvTa, tioXe^eî 8è
côç ouaiv n,uÂv, o

àXXrjXoiç evIote auTcov aTTa Ttr|, totè 8è Kal cp'iXa yiyvo- d


u£va yâu-ouç te Kal tôkouç Kal Tpocpàç tcov EKy6vcov

TtapÉXETai" Sûo 8è ETEpoç eittcôv, ûypèv Kal £r|pôv n, SEpuèv


Kal i|;uxpt5v, ctuvoi.kl£ei te aÙTà Kal ekSIScocti. t6 8è Ttap' -

a " ~oj vjvof, : vjv o/j -ou B j|


a 9 £;-£; -aç :
b 3 urjoèv W :

W
||

ur,oÈ Y ||
b
7 8oxto jxèv : &0XÔU4V ||
b 10 ivaoyw; icyto; Y :

W ||

C i u'sv
«SfiW aÉvcoiuv BTY
:
C 3 o' ;|
om. TY C 4 sjko'àw:.,. 3iJ3
||

a 4 iKtTtjMtV habet Eus. Prcep. Euang. XIV, 4,725 C 4 oozïî


aoi W C 5 post i| oz-.\; add. f iùv Eus.
(
k~\ y.y'.zvK.. c 8 faoOTOfi
||
||

in marg. habet Y y.a: om. TY


d i à'~a -7) iyâ;^ B
:
d 3
|| j|

Cycov te y.xi W d |
.';
ys/ys* y.x: Oesadv W.
242 d LE SOPHISTE 340

encore, ne voit qu'unité dans ce qu'on nomme le Tout et


poursuit en ce sens l'exposé de ses mythes. Postérieurement,
certaines Muses d'Ionie et de Sicile ont réfléchi que le
e plus sûr est d'entrelacer les deux thèses et de dire : l'être
est à la fois un et plusieurs, la haine comme l'amitié font
sa cohésion. Son désaccord même est un éternel accord : ainsi

disent, parmi ces Muses, les voix les plus soutenues


Les voix 1
.

plus molles ont relâché l'éternelle rigueur de cette loi dans :

l'alternance qu'elles prêchent, tantôt le Tout est un par


l'amitié qu'y maintient Aphrodite, tantôt il est plusieurs et à
243 a soi-même hostile sous l'action de je ne sais quel discord 2 En .

tout cela, quels dirent vrai, quels dirent faux? Prononcer est
difficile et ce serait détonner
que de vouloir, sur des hommes
que défend leur gloire et leur antiquité, exercer de si grosses
critiques.Mais voici ce que nous pouvons déclarer sans insolence.
Théétète. — Quoi ?

L'étrangeu. — Ceci : ils ont trop négligé d'ahaisser leurs


fouleque nous sommes
3
regards sur la car c'est sans se mettre ;

en peine si nous les pouvons suivre en leurs développements


ou si nous traînons en arrière, qu'ils vont, chacun poussant
b à bout sa thèse.
Théétète. —
Que veux-tu dire?
L'étuangeu. — Quand l'un d'eux élève la voix pour dire
que devient multiple ou unique ou double;
l'être est, fut,

quand un autre raconte le mélange du chaud au froid, après


avoir posé le principe des dissociations et associations; par les
dieux, Théétète, comprends-tu quelque chose à ce qu'ils disent
l'un ou l'autre ? Pour moi, dans un âge plus jeune, à toutes
fois qu'on énonçait l'objet qui présentement nous embarrasse,

Alcméon, rien que deux pour Parménide et Mélissos, un pour Gor-


; ;

gias,absolument aucun » (Or. XV, 268, cité par méprise sous Or.
X,3, dans Parménide, Notice, p. 11), et Xénophon rappelant, dans une
phrase, les oppositions historiques un et multiple, mouvement et
repos, devenir absolu et permanence absolue (Mémorables I, 1, i4).
De cette matière à doxographies banales, Platon fait son Parménide,
son Théétète et son Sophiste.
1. « Ils ne comprennent pas comment son désaccord est concorde. »

Heraclite, fragt 5i.


2. Empédocle, de la Nature, frgt 17, vers 7 et 8, et passim (Diels,
3
Vorsokratilcer, I ,
p. 229 et suiv.).
3. \vhiole, M é taph, 1000 a, 8-22, transpose directement ces passages.
346 ï KMSTH2 242 d

r|uîv 'EXeaTiKÔv e8voç, dorô HEvocpàvouç te Kal eti

Ttp6a9Ev àp£,àp.£vov, &ç Ivôç ovtoç tôov TtâvTCùv KaXou-

uévcov outco Si.E^Ép)(ETaL toÎç uù8ou;. MôiSeç Se <al ZiKEXal

tiveç OaxEpov Mouaai auvEvôr)aav oti ovi^ttXékelv àacpa-


XÉaxaTov àucpdTEpa Kal XÉyEiv coq tô ov TroXXà te Kal ev e

eqtlv, E)(8pa Se Kal cpiXia auvé^Exai. Aia<p£p6p.£vov yàp


àel cruucpÉpETai, cpaalv al ouvTovcoTEpai tûv Mouocov at
Se uaXaKÛTEpai tô p.èv oieI TaOxa oûtcoç ex eiv E^àXaaav,
3
Iv uÉpEi Se totè uèv ev EÎval cpaai tô tiSv Kal cplXov uTt
3

Acppo8'iTr|c;, totè Se TtoXXà Kal ttoXéuiov auTÔ aÛTto Sià 243 a


veîk6ç ti. TaOTa Se TtàvTa el uèv àXr|8coç tiç f) p.r|
toùtcov

EÏprjKE, ^oXett6v Kal TtXr|uuEXÈç oîjtco uEyâXa kXeivcûç Kal


TtaXaioîq àvSpàcuv ETUTipav Ikeîvo 8è àv£mcf>8ovov àTiocpr|-
vaaSai —
0EAI. T6 Ttoîov ;

]ZE. "OTl X'iaV TQV TtoXXcOV f|UCOV ÔTTEpiSévTEÇ CûXl-

ycôpr|crav yàp cppovTlaavTEÇ oùSev eit' ETtaKoXouGoOuEv


auToîq Xéyouaiv eïte àTtoXEi/nôuEBa, TtEpalvouau tô acpé-
TEpOV aUTÛV EKaCTTOl. b
0EAI. nôç Xéyelç;
HE. "Oxav tiç aÙTÔv ^>8Éy^r|Tai Xéycov coç egtlv f)

yéyovEv f) ylyvETaL TtoXXà f)


ev f| Sûo, Kal 8Epuôv au ijjuxpco

cruyKEpavvûuEvov aXXoç E^rfl, SiaKplaEic; Kal cruyKptaEiç

ûttoti8eIç. toùtcov, S»
0£alTr)TE, ÉKaoTOTE où tl Ttpèç Secjv
CTUv'ir)q
oti XÉyouaiv :
lycb uèv yàp 8te uèv ?)v VEcÔTEpoç,
toOtô" te tô vOv àTiopoùuEvov ôti6te tic; EÏTTOl, TÔ ur| Sv,

d 5 1808 Eus. ^uiov BT\


Jjjitïv
corr. Paris. d 7 ~'jU V&~ : W ||

tlotç : Theodorclus
toj; 'lioîi
;jlj6ov; u'|3 a 2 vaxoç t: habct ||

T'./.îÀa! B
Simpl. in. Ar. Phys. p. ôo (Dicls) Simpl. -:7.a{ ||
:

TYW Eus. d 8 Tjvîvo'^iav -vor(/'.a3'.v 15


|j arv|XxXlxctv Eu- : ;
: W ||

àsçaXiaTaTOv -têoqv Eus. 6 5 ev ôv B :


||
:
j|
243 a 1 os : 'À Xtti TY ||

ajTw «jtw anle xj-Jj transp. B a 2 r.i'r.'x


: 0: -.xj-.t. W 87 wXiyoi-
W
||

pr 3av
(
:
jze/oj- )sed corr. in marg.) ||
b 1 KÙtôv : -0: Y b
j| 4 r, <5jo
r,
h \ Il
b 5 xX/.oï 5?rt) Radcrmacher : SXXo9( zr, codd. ]|
b 8 tî ;

Hcrmann sccl. Cobct II -J> antc vOv om. B II to a/. Sv socl. Cobet.

VIII. 3.-9
243 b LE SOPHISTE 3i 7

lo non-être, je m'imaginais l'entendre exactement. Et, main-


tenant, tu vois quel est encore, à son sujet, notre embarras.
c Théétète. — Je vois.
L'étranger. — Or il se peut très bien
que, par rapport à
nous ayons l'âme pleine* d'une égale confusion, et que
l'être,
nous, qui nous affirmons si parfaitement à l'aise en ce qui le
concerne, qui prétendons comprendre ceux qui l'énoncent
et ne rien entendre à l'autre terme-, nous en soyons au même

point en ce qui concerne l'un et l'autre.


Théétète. —
Cela se peut.
L'étranger. —
Formulons donc la même réserve pour
tous les termes dont nous venons de parler.
Théétète. —
Volontiers.
L'étranger. —
Or, à la troupe qu'ils sont, nous éton-
d drons postérieurement l'examen, si bon te semble. Mais c'en
est le plus grand, le chef, qu'il faut d'abord examiner
1
.

Théétète. —
Lequel veux-tu dire ? Evidemment, c'est pour
l'être qu'avant tout s'impose, selon toi, ce devoir de décou- :

vrir quelle signification ceux qui l'énoncent peuvent bien lui


?
prêter
L'étranger. —
Tu as saisi ma pensée au bond, Théétète.
Voici donc, selon moi, quelle méthode s'impose à notre
recherche. Nous les supposerons présents en personne et leur
adresserons ces questions «
Voyons, vous tous pour qui lo
:

Tout est le chaud et le froid ou quelque couple de cette


sorte, que pouvez-vous bien mettre sous ce vocable que vous
e appliquez au couple, quand vous dites et que le couple et
que chacun de ses termes « e3t » ? Par ce « est », que voulez-
vous nous faire entendre ? Y verrons-nous un troisième terme
ajouté aux deux autres et devrons-nous, selon vous, poser,
comme Tout, trois et non plus deux? Car il ne vous suffi'
« être » l'un ou l'autre des deux
point, j'imagine, d'appeler
pour dire que, à titre égal, l'un et l'autre « sont » ? On aurait
là,à la rigueur, une double manière de faire que un soit,
mais aucune manière de faire que deux soient. »
Théétète. —
Tu dis vrai.
L'étranger. —
« Serait-ce donc le couple que vous entendez

appeler être » ?

i. Depuis a/jac/dà a45 e, l'exposition même des doctrines et surtout

leur discussion n'est faite qu'au point de vuequantitatif(~d7r, 2^5 c).


347 EOH2THS 2i3 b

à<pi6Sq ^>^jir|v
auviévai.. NOv Se ôpSç ïv' èa^èv auToO Ttépi

xfjq oarop'iocc;.
c
0EAI. Opû. c

HE. Tà^a toivuv Xaaq oô)( ?}ttov <axà tô ov TauTov


touto TtâSoç ElXr)cp6TEÇ ev Trj ^vj^f] TtEpl (jiev
touto eu-

•nopeîv cpa^Ev Mal ^lavSàvEiv onÔTav tiç aÔTd <p8ÉY£,T)Tai,

TTEpl Se 8<XT£pov o\J, Tipôq à^cpoTEpa Ô^o'lCOÇ £)(OVTEC;.


©EAI. "lacoç.
HE. Kal TTEpl tûv aXXcùv Sr]
t£v Tipo£ipr|^.Évaiv f\\xiv

xauTÔv touto Elpf)a8co.


0EAI. riâvu ye.
HE. TÔV U.ÈV TOIVUV TtoXXcOV TtÉpi Kal U.£Ta ToOTO 0"K£l|JC-
3
ôv TtEpl Se toO ^ey'<-cjtou te Kal àpxîiYoO TtpwTou
d
jjihB .
86Ê,r).

vOv aKETCTÉOV.
0EAI. Tlvoç Sr] Xéyeiç: r\ Sî^Xov oti t6 ov cp^ç TtpG.Tov
Secv SiEpEuv^aaaSai x.t ttoB' ol Xéyovteç aÔTÔ Sr|XoOv

r^YoOvTai '

HE. KaTà néSa y^, & ©Ea'iTTjTe, ÛTtÉXaBEÇ. Aéyoj Y«p

Sf) TaÛTT] SeIv TTOLEÎaGaL ir\v u.É9o8ov t^Sç, oîov auTÛv


TtapévTcov àvaTtuvSavo^Évouq SSe' « ^ÉpE, ott6o"oi SEp^iôv
5
Kal l^U)(pÔV f\
TIVE Sûo toloûtco Ta TtâvT Eiva'i cbaTE, t'i
3
tiote apa toOt' ett àu.<potv cp8ÉYY ea 9 e , Xéyovteç a^icpco Kal e

EKaTEpov EÎvat ;
t'l t6 EÎvai toOto uTT0Àà6cù^i£V ùuiov ;

Tt6TEpov Tp'iTov Ttapà Ta Sûo EKEÎva, Kal Tpla t6 ttSv àXXà


^ Suo etl Ka8' û^aç TiBSyEV ;
oô y&p ttou toîv y^ Suoîv

KaXoCvTEq SdcTEpov 8v à^cpéTEpa ôu.o'icoc; EÎvai. Xéyete*


o)(eS6v y«P & v àg.<poTÉpcoç ev, àXX' ou Sùo eïtt^v. »
0EAI. 'AXri8f) Xéyeu;.
HE. « 'AXX' apa y^ ta au.cpco |}oûXeo"8e KaXEÎv ov » ;

b IO tt|; secl. Cobct ||


C 3 Ta-jxov :
vetàzi Y j!
C 3 tâtopctV : à-
Y ||
C 4 ô-otav : -te B ||
d I TE om. Y ||Jtpc&COO vjv
: -vj 5r, B
spâltrv vjv Coisl. i55 -ov Sr; Schanz d 3 tô ov : ov ||
Y d 4 KttV '

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Bjrt Y'W ||
d G Kd8a : -oXXâ BT 1
d 7 or; om. e i
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I e a toOto : TO&u B ||
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e-5 XÉvs": -at B If
e 6 ïWijv: d Tr.v'BT ||
e 8 T: W: om. BTY.
243 e LE SOPHISTE 348

Théétète. —
Possible.
244 a L'étranger. —
« Mais alors, amis »,
répliquerons-nous, « ce
serait encore là, très manifestement, appeler un le deux ». '

Théétète. —
JTa réplique est parfaitement juste.
L'étranger. —
« Puis donc
que nous y avons échoué, à
vous de nous faire voir clairement ce que vous entendez signi-
fier par ce vocable « être ». Evidemment ce sont là choses qui

vous sonf depuis longtemps familières. Nous-mêmes, jusqu'ici,


nous nous figurions les comprendre; à celte heure, nous
voici dans l'embarras 2 Commencez donc par nous instruire
.

là-dessus pour éviter qu'imaginant comprendre ce que vous


dites il ne nous arrive, en fait, tout le contraire. » Voilà quelles
b
questions et quelles réclamations nous adresserons à ces gens
et à tous autres qui disent que le Tout est plus qu'un. Y
trouves-tu, mon fils, quelque fausse note?
Théétète. — Pas la moindre.

L'étranger. — Eh quoi ? de ceux qui


es oc nnes
disent "
que le Tout est un, ne ferons-nous
unitaires. «. i

pas tous nos eilorts pour apprendre ce


qu'ils peuvent bien entendre par l'être ?
Théétète. — Comment ne pas l'essayer ?

L'étranger. — Demandons-leur donc réponse à cette

question : « Vousaffirmez, je crois, qu'il n'y a qu'un être? »


— « Nous l'affirmons, » telle sera, n'est-ce pas, leur réponse?
Théétète. Oui. —
L'étranger. —
« Eh bien, sous le nom d'être, entendez-
vous quelque chose ? »
Théétète. Oui. —
c L'étranger. — « Est-ce la même chose que un, auquel
cas, pour un seul et même objet, vous emploieriez deux noms,
ou qu'est-ce d'autre ? »
Théétète. —
Qu'auront-ils à à cela, ?

L'étranger. — Evidemment, répondre étranger


Théétète, pour qui pose celle

i. Les concepts sont traités comme des


quantités. Si l'ôlre(Z) est
une dualité quelconque (A., B), ou bien i) Z^A+B,
l'être est
— =
quelque chose de plus que la dualité, cf. injra 25o a, 2) Z A, ou
Z= B. Alors A est, ou bien B est, mais la dualité (A -+- B) n'est pas.
— 3) Z =
A -+- B. Alors la dualité (A et B) est une unité (Z).
2. « La question débattue autrefois, et maintenant, et toujours et

jamais résolue: qu'est-ce que l'être ? » Aristotc, Métaph. 1028 b, 2.


348 SÔ$IETH2 243 e

©EAI. "iottç,
HE. « 'AXX\ co cplXoi ». <pr]aou.Ev, « k&v outco tcx Sûo 244 a
3

XÉyoïT Sv 0a<pÉaTaTa ev ».

GEAI. 'OpBÔTaxa eïpr|Kaç.


HE. « 'EtteiS^ to'ivuv ^lieXc; ^Tropr]icau.£v. ûlieîc; aÙTa
f|Liîv ELicpavlc^ETE ticavcoç, tI ttote fioûXEcxBE ar)jialvEiv ÔTté-
Tav Sv cpBÉyyriaGE. AfjXov yàp oùç ulieîç lièv TaOxa TtàXai
yiyvcôaiCETE. ^|^EÎq Se Ttpè toO p.èv à6p.E8a, vOv S' ^Ttopf)-
3
icau.Ev.AiSàaKETE ouv npcoTov toOt auTo f^Liac;, tva Lif]
3

So£,â£cop.£v p.av8àv£t.v p.Èv Ta XEy6u.£va Ttap ûlicov, to 8è


toutou ylyvrjTai TtSv ToûvavTlov. » TaGTa 8f) XÉyovTÉç te b
Kal à£,uoOvTEc; Trapâ te toûtcov Kal napà tcov aXXcov Saoi
ttXelov evSç XÉyouai tô ttSv EÎvai, p.wv, cô irai, tl T[Xr)Li-

^îEXrjao^Ev ;

OEAI. "HiaaTà y£.


HE. Tt 8é Ttapà tSv ;
ev t6 ttSv XeySvtcov ap' ou
tteuotéov eIç SûvaLnv tl TtoTE XÉyouai t8 Sv ;

©EAI. nôç yàp ou ;

HE. T68e to'ivuv oVnoicpivÉoOcooav. « "Ev ttoû cpaTE


li6vov EÎvai » ;
— « ^apÈv yàp ». cprjaouaiv. *H yâp ;

OEAI. Nat.
HE. « Tl 8é Sv koiXeIté ti » : ;

GEAI. Nat.
HE. « ri6T£pOV OTlEp Iv. ÊTll TCO aUTCO TipOO")(pâu.£VOl C

Suoîv ôvépaaiv, f\ Ttcoç» ;

OEAI. Tic; ouv aÙTotç f\


lietcx tout\ S £,éve, àTiSKpi-

HE. Af^Xov. cô
©EalTrjTE. Sti tco TaÛTrjv ti]\i ÙTtôSEaiv

244 a i xiv /.al TY :a a li^o:-.' -z-.z T -•:'


||
a 6 n£ka: om. Y : W |]

a 7 Kpô xo8 JÇpOTOU \


:
p.-v lacuna cum punctis Y
||
:
oio'jisOa
:

W
[j

w:;jl-
B a 9 oo;x^w;x:v ooÇcojasv
j!
b I "OJtoj toS :!) Y
:
b 6 -i jj
:
-

|j

oi... l45 e 5 icXdtvip habct Simpl. m P/irs. p. 89-ço b 9 àrro/.v.vi- ||

a8o>3av -âsôiosav Simplicii Aldina


;
[j
b 12 r.où.v.-i : --.xi B Simpl.
C 1 Tto ctOTÛ : tô auto 'W C ô zt-> II : to B.
244 c LE SOPHISTE 3'iq.

la question présente, et, d'ailleurs, toute autre


hypothèse,
question que ce soit, n'est point ce qu'il y a de plus facile à
résoudre '
.

Théétète.— Gomment cela ?


— Avouer qu'ihy deux noms quand on vient
L'étranger. a
de poser un, rien de plus,
et quelque peu c'est ridicule.
Théétète. — Comment ne serait-ce? le

d L'étranger. — Et puis, absolument parlant, dire laisser

qu'ily a un nom, quel sera déraisonnable.


qu'il soit,
Théétète. — En quoi ?

L'étranger. — Qui pose nom autre que chose énonce,


le la
en somme, deux choses.
Théétète. — Oui.
L'étranger. — En outre, poser le nom identique à la chose
1
,

c'est, ou bien, forcément, ne le dire nom de rien, ou bien,

le disant nom de quelque chose, admettre cette conséquence :

le nomne sera nom que d'un nom et de rien d'autre.


Théétète. —
Certainement.
L'étranger. —
Et l'Un, qui n'est, certes, unité que de lui
seul, ne sera, lui-même, que l'unité d'un nom
2
.

Théétète. —
Nécessairement.
L'étranger. —
Mais que dire du Tout? L'affirmcront-ils
autre que l'Un qui est 3 ou identique à lui?
Théétète. — ,

Comment ne pas voir qu'ils l'affirmeront et


l'affirment identique ?
L'étranger. Si donc — il est Tout, comme le dit Parménide,
i. La doctrine unitaire est d'abord discutée sous la formule « unité

de l'Etre ». Si l'Etre n'est qu'un, i) on appelle Etre ce qu'on appelle


Un ;
deux noms pour une seule chose, et l'on donne ainsi
cela fait
l'être à une dualité; —
2) d'ailleurs accepter l'existence de quelque
nom que ce soit est se contredire. Car a) si le nom est autre que
la chose, c'est encore donner l'être à une dualité 6) si le nom est ;

identique à la chose, la chose n'est, par là même, qu'un nom.
Donc le nom ne recouvre réellement
qu'un mot c) le nom de ;

l'Un étant identique à l'Un, cet Un absolu, dont l'unité n'est attri-
buablc qu'à lui-même, ne sera que l'unité du mot « Un ».
2. « Qui n'est unité que de lui seul » traduit le texte de deux
manuscrits (BW). Le texte des deux autres donne le même sens,
mais, sous-entendant le mot « unité » (â'v), il gâte le parallélisme
des deux phrases.
3. Discussion de la doctrine unitaire sous la formule « unité du
Tout ».
349 204HSTHS 244 c

uttoSe^iévco Ttpôr; t6 vGv Ep<aTr|8Èv Kal npôq aXXo Se otiouv


OU TtâvTCOV £SC7TOV ocTTOKplvacrSai .

GEAI. nSq ;

HE. T6 te Sûo ovo^axa ô^oXoyeîv EÎvai u.r)&Èv 6éu.evov

TtXr|v ev KaxayÉXaaTiv ttou.


0EAI. ricoç S' où" ;

HE. Kal x6 Ttapànav yE àTtoSÉ)(£a8al tou Xéyovtoç o>ç


EOTIV OVO^lâ Tl, XôyOV OUK àlV
E)(OV. d
0EAI. nfj ;

HE. TiSeIç te xouvo^a to\3 Ttpàyu.aToç ETEpov Sûo XéyEi


TTOÛ TIVE.

0EAI. Nal.
HE. Kal p.rjv av xauTov ';y£
aÛTÛ Ti8fl TOu"vopa, f)

^i-|Sev6c; ovojxa àvayKaa8f|0"£TaL XéyEiv, el 8é tivoç otixb


cfirjCEi, auu.6f]a£Tai t6 è'vop.a ovopaToç ovopa pévov, èXXou
Se ouSevSç 5v.
0EAI. Outcoç.
HE. Kal tô ev yE, ivSç ev Sv p6vov, Kal tou ôvo^axoç
•ttUTO ev ov.

0EAI. 'AvayKr).
HE. Tl Se t6 ;
oXov ETEpov toO ovtoç Ivoç f)
TaÛTèv

eprjeouaL toûtco ;

0EAI. l~lcoc; yàp ou cpr|aouai te Kal <paatv ; e

HE. El toIvuv bXov eot'iv, cSartEp Kal riap^£v'i8r)q XéyEi,

C 9 ts : oè T'Y C 12 ~ou Hcrmann


||
: toù' codd. ||
d i où/, av

ï/ov :
-£/oï Paris. 1808 ï/ou /.avr/ov B ||
d 3 Xéfti oùo W [|
d 6
yc : tô Simpl. d 7 âvay/.aaÛjjacTai dvopoc W ||
d 8 çrjssi
:
-r,
Y
W
j|

|| ôvôuaioç toj ôv- :


||
d m ev [év B] ov pdvov BW, Simplicii EF:
ov ti.dvov TY, Simplicii D ev pdvov Madvig Ev ovopa ov Campbell
dvo;j.a ov uovov Zeller ov ô'vo;jl<x Steinhart ovoaa ov tuebatur Wagner
||
toO-BW Simpl.: tojto TY Schleiermachcr où toO Ast. || ôvo'paTo; :

ov"o; ôvdiJiaTo; Steinhart ovoua ov~o; Bitter d ia aÙTO j|


c'v ov delen-
<lum ci. Campbell ocjtÔ au to Deussen ||
: où -Jj Zeller o' où %0
Badham ;
Sv ov :
ïv oo'vov Madvig ov ovoua Steinhart ovoua ov W a-
gner :v ovoua Bitter j|
d i5 sp^aoua; TOÙTU) :
0r|- tojto B.
244 e LE SOPHISTE 35o
« De toutes parts semblable à la masse d'une spbère bien arrondie,
Du centre, en tous les sens, également puissant car plus grand ;

Ou moindre, il ne saurait l'être, en aucune part *


»,

l'être qui est tel a milieu et extrémités et, de ce fait, en toute


nécessité, a des parties. N'est-il pas vrai ?

Théétète. Si donc. —
245 a L'étranger. — Or rien n'empêche ce qui est ainsi divisé
d'avoir une unité à luiimposée par-dessus l'ensemble de ses
parties, et, par là donc, d'être non seulement tout et total,
mais aussi un 2 .

Théétète. — Qui l'en empêcherait?


L'étranger. — Mais ce qui est ainsi affecté ne peut, n'est-
ce pas, êtrelui-même l'Un en soi comme tel ?
Théétète. Pourquoi?

L'étranger. —
Parce que l'Un véritable, correctement
défini, ne peut être qu'absolument indivisible.
Théétète. —
Nécessairement,
b L'étranger. —
Et un Un ainsi constitué de multiples
3
parties ne répondra point à cette définition .

Théétète. —
Je comprends.
L'étranger. —
L'être ainsi affecté d'un caractère d'unité

pourra-t-il donc être Un et Tout, ou nous faut-il absolument


renoncer à dire que l'être est Tout ?
Théétète. —
Le choix que tu proposes est difficile.
L'étranger. —
Ta remarque est, assurément, très vraie. Car
l'être affecté de celte unité relative
n'apparaîtra point identique
à l'Un, et, du même coup, la totalité sera plus grande que
un.
Théétète. — Oui.
i. Cf. Dicls, Vorsokratiker, I\ p. i56(frg' 8, 43), et la Notice du
Parménide, p. i4-
a. Cf. Notice du Parménide, p. 3i/3a. et voir la Deuxième Hypo-
thèse : si l'Un est, toutes les attributions devront en être affirmées. 11
sera un et multiple, aura des parties et sera un tout (i/|5 a).
3. La démonstration procède ici trie negationis. comme la Première
Hypothèse du Parménide. « S'il est un, l'Un ne saurait donc avoir de
parties et ne peut être un tout. » (Parm. i3y c). Cf. Fénelon, Exis-
tence de Dieu, II, ch. ni {Réfutation du Spinosisme) « un assemblage de :

parties réellement distinctes r.e


peut point être cette unité souveraine
dont j'ai l'idée.
»
35o EO*ISTFtS 244 e

n<xvTo8ev eôkûkXou a<paîpr|q EvaXiyiciov Syiccp,

yàp oute tl lieIi^ov


lieoctôBev lao-naXÈc; TtàvTTy tS

oute xi (iaiéxEpov tieÀévcu XP e<^ v èaTi xrj f) ir\,

toloutôv yE ov tS Sv liécov te Kal Ia)(aTa e^el, TaOTa Se

l)(ov Ttaaa àvâyicr) p.Épr| ev^elv f^ ttôç ;

0EAI. Outcoç.
HE. 'AXXà Lin.v
t<5 yE LiELiEpiaLiÉvov TtàBoc; u.èv toO èvèç 245 a

E)(EIV TOLÇ LlÉpECU TtSaiV OÙSÈV aTtOKGîXÛEL. «al Ta\JTr|


ETtl

8^)
TlSv TE Sv KOÙ SXoV EV EIVCU.
3
0EAI. Tl S o* ;

HE. Tô Se TtETtovBôc; TaOTa Sp' ouk àSùvaTov aÙTo yE


tô ev auTÔ Eivat ;

OEAI. riôq:
HE. 'ApEpÈc; 5f|Ttou Sel navTEXôç to yE àXr)8ôç ev KaTa
tôv SpBôv XSyov EtpfjaSau.
OEAI. Ael yàp oSv.
HE. TS Se yE toloOtov ek ttoXXôv LiEpôv Sv ou cjull- b

cpcovr)a£i tô XSycp.
OEAI. MavBàvo.
HE. riSTEpov 8f] TtàBoç £)(o v tS Sv toO evôç outcoç ev
te Ecrtai <al SXov. f)
TTavTàTxaaL Lin, XÉycopEV SXov Eivai
to ov ;

OEAI. XaXETti*)v Ttpo6É6Xr|Kac; atpEaiv.


3
HE. AXr|8ÉaTaTa lievtol XÉyEic;. riETtovGoc; te yàp tô
8v Iv EÎva'i Ttcoç ou TaÙTÔv Sv tô £vl (pavEtTai, Kal TtXÉova

Bt)
Ta TtâvTa Évôç Ecrcai.

OEAI. Nal.

e 3 vyaipus Simpl. :
-a; [ijt supra lin.
TJ BTVW ;

e .'i ït om. V
W
j

|j
6 5 KsXiv«i: -i/.2v V -iXav [j yptd» BT : -wv YW Simpl. ||

~Z »i "fi
om# ^ sct 'lacunam habet -tuv B, Simplicii I) e 7 ë/ov :

W
[|

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-i-7. . -av ï [j
245 a 2 -Jt.v îz- a 5 xaSta tourôta Y
: a ||
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G Ev : h ov in marg. Y b 2 Xo'yw Simplicii EF ïïkta Xfiyw


|j
: BW
Ào -co ôÀ(;)
TY Simplicii D b Sv Schleiermachor ||
SXov BTYW
l\ :

Simpl. j,
b 9 or/::
-
:*'.
Simpl. :
fabccat BTYW ;
-Àiova : IcXiov a B.
245 c LE SOPHISTE 35 1

c L'étranger. — Or, supposons maintenant que l'être ne


pas Tout,. du fait de cette affection dont l'affecte l'Un,
soit et

que, d'autre part, en soi-même, le Tout soit; il s'ensuivra


que l'être se défaut à soi-même.
Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Et, suivant ce raisonnement, privé qu'il est
de soi-même, ne sera pas l'être être.
Théétète. — C'est exact.
L'étranger. — Ainsi la totalité devient, cette fois encore,
plus grande que un, puisque l'être, d'une part, et, d'autre
part, le Tout ont maintenant chacun leur nature distincte.
Théétète. Oui. —
L'étranger. —
Mais supposons que le Tout ne soit absolu-
ment pas : les mêmes conséquences s'ensuivent pour l'être qui,

d outre qu'il n'est pas être, ne peut même jamais le devenir.


Théétète. Pourquoi ?

L'étranger. —
Rien n'est devenu sans être devenu tout
entier. Affirmer réel, soit l'être, soit le devenir, est donc
interdit à qui ne met pas l'Un et le Tout au rang des êtres.
Théétète. —
En toute vraisemblance, il en est ainsi.
L'étranger. —
Bien plus, ce qui n'est pas Tout ne peut
avoir aucune quantité car ce qui aura quelque quantité
;

l'aura, nécessairement, tout entier, quelle qu'elle soit.


TnÉÉTÈTF. Assurément. —
L'étranger. —
Aussi est-ce par myriades et myriades inter-
-

minables que surgiront, en chaque cas, les difficultés pour


e qui définit l'être soit par quelque couple, soit par une stricte
unité.
Théétète. —
C'est ce que font présager celles qui, présen-
tement, se laissent entrevoir. Elles s'enchaînent, en effet, sans
cesse l'une à l'autre, et de plus en plus grand, de plus en

plus inquiétant est le doute qu'elles projettent, à mesure, sur


chaque solution émise.

L'étranger. — Voilà donc, sur ces gens


Matérialistes •

de
nous con t en t \ e détail exact l'être
PL A 111 1 S

des Formes. ^ u non-être, une revue qui n'est point


et

complète mais, telle quelle, tenons-la


;

pour suffisante. D'autres apportent, en leurs explications, des


prétentions différentes; il nous faut les observer à leur tour
35i SOfrtSTHE 245 c

HE. Kal iàv y£ tô 8v ?j -pf) bXov Sià tô TiETiovBÉvai C


\xi]v
3
tô ûtt IkeIvou TtàBoç, fj 8è aÙTo tô oXov, IvSeèc; tô Bv
âauxoO aupBalvEi.
0EAI. riâvu y e -

HE. Kal KOtTà toOtov Sf|


tôv Xéyov êauToO OTEpopEvov
ouk ov l'axai t6 ov.
©EAI. OStqç.
HE. Kal Ivéç y E a ® ttXe'uo tô TtàvTa y'iyvETai., T0 ^ TE

ovxoq <al toO 8Xou '^coplc; IS'iav ÉKaTÉpou cpûaiv EiXrjcpéTcç.


0EAI. Nal.
HE. Mf] ovtoç Se yE tô TtapaTtav toO oXovj, TaÙTa te
'

xaOTa ùnàp^EL tô ovtl, <al Trpèq tô pf|


EÎvai \xr\è'
av d

yEvÉaSai ttotè ov.


0EAI. Tt5f| :

HE. Ta y£v6p£VovaEl yÉyovEV ôXov' cSote oùte oualav


oute yéveolv cbç ouaav Sei TtpoaaycpEÛELV tô ev r\ tô oXov
EV TOÎÇ OUGl |J.T^
TlBÉVTa.
©EAI. riavT<xT[acn.v eolke TaOB' oûtcoç e^elv.

HE. Kal pf|V ouS' ÔTtoaovoOv tl SeX tô ^.rj


oXov EÎvai*
•nooôv tl yàp ov, oTtoaov av rj,
toooCtov bXov àvayKaîcv
auTO EÎvai.
©EAI. Koiuôfi Y e.
HE. Kal to'ivuv a.XXapupîa otTTEpâvTouq ànoplaç EKaa-
tov EiXrjcpôç <pav£ÎTai tô tô 8v e'lte Sûo tivè eïte ev pôvov e

EÎvai XÉyovTi.
©EAI. Ar)Xot lt^eSôv Kal Ta vOv unocpalvovTa' auvànTE-
toL yàp ETEpov IE, aXXcu, pEi£co Kal xaXETTQTÉpav <p
e P 0V

TTEpl TÔV EL^TtpOaSEV àel £r)8ÉVTCOV TtXàvr|V.


HE. Toùç pèv toIvvjv 8iaKpi6cXoyGupÉvci)ç ovtcç te

C 8 a"j : où Simpl. ||
C II TauTa : aiti Simpl. ||
d i ~cô; tvo : -to B
lj
d 2 ov : tô ov Simpl. j]
d 5 yivsfftv a»;
:
y£vopiv7,v où'ts Simpl. to W ||

h r]
secl. Bekker d io <tjtÔ om. BT ||
d 12 à).Àx pufta -a; -a; :

Paris. 181 3 ||
e 1
||

oaveîTai :
çat've-ai W ||
tô e 3
fiv : ôv B tô h Y ||

•jnoçaivovTa v3v W ||
6 6 toù; piv... 2A6 C 5 xkjfifi habot Eus.
72^ d- 726 a te om. W.
Praep. Euanj. XIV, 4, ||
LE SOPHISTE 35 2

pour constater, aux dépens de tous, que, pas plus de l'être

que du non-être, ce n'est affaire aisée de dire ce qu'il est.


Théétète. —
Venons-en donc maintenant à ceux-là.
L'étranger. —Au fait, on a l'impression qu'il se livre
entre eux comme un combat de géants, si ardente est leur
dispute au sujet de l'existence '.
Théétète. — Comment cela ?

L'étranger. — Les uns essaient d'attirer sur la terre tout


ce qui tient au ciel et à l'invisible, enserrant roches et
chênes dans la seule étreinte de leurs mains. C'est, en effet,
forts de tout ce qu'ils
peuvent saisir de cette sorte qu'ils
soutiennent en toute énergie que cela seul est qui offre résis-
tance et contact ils définissent le corps et l'existence comme
;

identiques, et, sitôt que d'autres prétendent attribuer l'être


à quelque chose qui n'a point de corps, ils ne répondent que

par le mépris et se refusent, après cela, à rien entendre.


Théétète. — De quels terribles hommes tu parles là Car !

j'en moi-même, déjà rencontré un bon nombre.


ai,
L'étranger. — Aussi leurs adversaires en dispute cette se
tiennent-ils soigneusement sur leurs gardes, et c'est du haut
de quelque région invisible qu'ils se défendent, luttant pour
établirque certaines formes intelligibles et incorporelles sont
l'existence véritable.Quant aux corps que prônent les pre-
miers, quant à leur « unique Vérité », eux ils la brisent et
l'émiettent en leurs arguments, et, lui refusant le nom d'exis-
tence, n'y veulent voir qu'un mobile devenir. Entre les deux
camps voilà, Théétète, autour de quelles doctrines se livre,

depuis toujours, une bataille interminable.


Théétète. — C'est vrai.
L'étranger. —
Nous demanderons donc aux deux races
adverses de nous rendre raison, l'une après l'autre, de la
sorte d'existence qu'elles prônent.

i. Pour le « combat de
géants », cf. Hésiode, Théogonie, 676-7 5
1

L'existence (oJa-'a) s'oppose, ici, au devenir (yiv£3:ç), comme ce qui est


ou l'être (tô Sv) s'oppose, ailleurs (Timêe. 27 e), à ce qui devient {j. rJ
Ytvvdasvov). Notre dialogue ne fait point de distinction métaphysique
profonde entre Y existence et l'être une chose est parce qu'elle parti-
:

cipe à l'existence (ovr'at, Soph, q5o b, a5i e. Crat. ioi c), ou parce
qu'elle participe à l'être (ov, Soph. 256 a/e, a5g a), et le passage
de
l'abstrait au concret est continu. Pour ce qui suit, cf. Notice, p. 275/6
et 291/6.
35a S0$IETH2 245 e

TtÉpi «xi ^r], nàvxaç u.Èv ou 8i£Xr|Xû8au.£v, ou.coç Se iKavcoç

xoùç 8è SXXoç Xéyovxaç au Beoitéov, Xv' Ik nàvxcov


-

e^étco
ïSqu.ev Sxi xô 8v toO uf| è'vxoç ouSèv EÙTtopcÔTEpov EÎTtEÎv 246 a
1
oti tiot iaxiv.

0EAI. OukoOv -nopEÙEoBai ^prj Kal IttI xoûxouç.


HE. Kal u.f|v eoiké y£ Iv auxoîç oîov yiyavxou.a)(ia TL<»

EÎvai Sià xf|v àu.cpi.a6r|xr|ai.v TTEpl ir\q oualaç Ttp6ç àXXr)Xouç.


OEAI. nôç;
JEE. Ol \ikv EÎç yf^v IE, oôpavoO Kal toO àopâxou Ttàvxa

eXkoucji, xatç ^Epalv àxE^vcoç TtÉxpaç Kal SpOç TtEpiAau.-


6àvovx£ç. Tûv yàp xoioûxcov lcpaTtx6u.Evoi tnxvxcdv Siia^upl-
£ovxai.xoOxo Etvai u.6vov S napé^EL Ttpoa6oXf]v Kal ETta<pr)v
Tiva, xaôxbv acou.a Kal oualav ôpi£éu.Evoi, xûv 8è aXXcov eï b

xlç (xi) cprjaEi ur| aSua £X 0V EÎvai, KaxacppovoOvxEç x6


TtapaTtav Kal ouSèv ISéXovxeç aXXo aKOÛEuv.
OEAI. "H Seivoùç EÏprjKaç avSpaç
-

fjSr) yàp Kal lyà>


toùtcov au^votç TtpoaÉxu^ov.
HE. ToiyapoOv oi Ttp&ç auxoùç àu.cpi.a6r|xo0vx£ç u.àXa

EuXa6ûç SvcùGev IE, àopàxou ttoSèv àuùvovxai, vor|xà axxa


Kal àa<&u.axa EÏSr) |5ia£ôu.Evoi xn,v àXr)8ivf|V oualav Eivai"
Ta 8è eke'lvcùv a6p.axa Kal xr|V XEyou.Évr|v un' auxôv àXr]-
SEiav Kaxà aui.Kpà SiaSpaûovxEç Iv xoîç X6yoiç ylvEoiv c
3
àvx° oualaç <p£pou.Évr|v xivà TtpoaayopEÙouaiv. Ev u.éao 8è

TtEpl xaOxa cotXexoc; àucpoxépov ^â)(r) xiç, S ©EaiTr)TE,


«xeI
auvÉaxr|KEv.
OEAI. 'AX^Sn,.
-EE. riap' àu.<poîv xo'ivuv xoîv yEvotv Kaxà jxÉpoq Xà6oo-
uev X6yov ÛTtèp fjç xlSEvxai i?\q oualaç.

e 7 nâvxa; Eus. : zâvu HÏYW !


e 8 aj /Jycvta; W ;|
246 a I

l'otofxcv
Eus. :
itôûfuv (-wjuv T ) a 8 post âts/vw; 1
BTYW j|
add.
w; Hermann ||
b a t« add. Paris. 1808 Paris. 1809 et i8i4 : om.
BTYW Eus. (| çifaE! B Eus. :
orp: T 9^7: Y fifoî
et 01 supra lin.
W II
b 4 yàp : 0: W 1
j| èyw :
£ywy£ W ,
b 5 tj/voîç : "Àiov 0:;
Eus. Il xposfa/avBT
1
Eus. :
«pil- TYW.
LE SOPHISTE 353

Théétète. — Comment l'obtiendrons-nous ?

L'étranger. — De
ceux qui mettent l'existence en des
formes, nous l'obtiendrons plus facilement, car ils sont d'hu-
meur plus apprivoisée. Avec ceux qui veulent tout ramener de
force au corps, c'est chose plus difficile et,
peut-être, à peu près
impossible. Mais voici, je crois, quelle façon d'agir s'impose
à leur égard.
Théétète. — Quelle est-elle ?

L'étranger. —L'idéal serait, si possible, de les rendre

plus traitables en
fait. Mais, si cela n'est
point en notre pou-
voir, faisons-les tels par hypothèse et supposons qu'ils con-
sentent à nous répondre d'une façon plus civile qu'à présent.
L'assentiment de braves gens a, en effet, plus de poids, si
l'on dire, que celui des autres. Mais, nous, point ne
peut
nous chaut de leurs personnes : c'est la vérité que nous cher-
chons.
Théétète. — Très juste.
L'étranger. — Eh bien, demande-leur de te répondre en

gens traitables qu'ils sont


devenus et, de ce qu'ils diront,
fais-toi l'interprète.
Théétète. — Ainsi ferai-je.
L'étranger. — Sachons donc si, quand ils
parlent d'un
vivant mortel, affirment, par
ils là, quelque réalité.

Théétète. — Naturellement.
L'étranger. — Cette réalité, n'est-ce pas, de leur aveu, un

corps animé?
Théétète. — Certainement.
L'étranger. — mettentIls ainsi l'âme au rang des êtres ?

Théétète. — Oui.
L'étranger. — Et l'âme, ne l'affirment-ils pas tantôt juste,
tantôt injuste; tantôt sensée, tantôt insensée?
Théétète. — Comment donc !

L'étranger. — Or n'est-ce pas parce qu'elle possède la jus-


tice et l'a présente en soi que chaque âme devient telle, et
parce
devient le contraire?
qu'elle possède les contraires, qu'elle
Théétète. — Si cela encore, ils te l'accordent.
:

L'étranger. — Mais tout ce qui peut commencer ou


cesser d'être présent en quelque chose que ce soit, sera, de
leur aveu, pleinement un être.

Théétète. — Ils le reconnaissent effectivement.


353 £0*I2TO2 24S c

©EAI. riûq ouv Sf] Xr|i|;6u.E8a;


HE. riocpà ^ièv xqv ev e'lSeolv aùxf]v xi8eu.evcov pSov,

r|(iEpci)TEpoL yâp
-

napà Se x£>v eu; aGu.a Ttàvxa eXk8vxcov


d
|5laYaXrncbTEpov, ïacoç Se Kal ay^zBbv àSûvaxov. 'AXX' £>Sé
^ot Seîv Sokel TiEpl auxSv 8p3v.
0EAI. nôç.
HE. MàXiaxa ^iév, e" ttt]
Suvaxôv r\v, Epy? IJeXxlouç
aÙXOUÇ TTOIEÎV EL 8È ToOtO U.f] Ey^COpEÎ, XôyCO TtOUO^lEV,

ûtiotiBé^evol vo^ii^cbTEpov auxoùç f]


vOv èSÉXovxac; &v

àTTOKpîvaaSou. T8 y^P ôu.oXoYr|8Èv napà &eXxi6vcdv ttou

KuptcbxEpov ?\
xô Ttapà yjEipôvav ri^eîç Se ou xoûxwv
<ppovxl£ou.£v, àXXà xàXr|0Èç £r)Xo0^iEV.
©EAI. 'OpSôxaxa. e

HE. KéXeue xoùç Si*) fÎEXxlouç yzyovô-xoLc; aTtoKplvaaSal


3
aoi. Kal ta Xe^Sèv Ttap auxav àcpEp^/ivEUE.
0EAI. TaOx' taxât.
HE. AEyévTcov 8f) 8vr|xèv £&ov eX cpaaiv EÎval ti.
OEAI. n&q S' oO;
HE. ToOxo Se ou aSu.a eu.i4ju)(ov ô^oXoyoOoiv ;

OEAI. nàvu ye.


HE. TlSÉVXEÇ Tl XCOV OVXCOV l|jU)(r|V J

OEAI. Nat. 247 a


HE. Ti. Se i^u)(^v ou xrjv ^ièv SiKalav, xf]v 8è aSiKév
;

cpaaiv Etvai, Kal xf)v y.èv <j>p6vL^iov, xf^v 8è acppova ;

OEAI. Tl u.rjv :

3
HE. 'AXX ou 8iKaLoaûvr|c; e£,ei. Kal Ttapouala xoiaûxr)v
auxcov ÉKàcrcr|v VECT ^ aL Kai T " v èvavxlcov xf|v âvavxlav
Yi-Y i ;

OEAI. Nal, Kal xaOxa aû^aaiv.


HE. 'AXXà u.f]v 16 y e 8uvax6v xcç> TïapaYlYVEoSai. Kal
àTtOY'i-YVEoSaL Tràvxcoç EÎval xi (pfjaouaiv.
OEAI. <t>aol u.Èv ouv.

C g T'.Osaivojv a-jTr,v W ||
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a 9 Tl om. W.
LE SOPHISTE 354

L'étranger. — L'être une fois accordé à la justice, à la

sagesse, à tout le reste de la vertu et de ses contraires, à l'âme


enfin, qui en est le siège, y a-t-il quelqu'une de ces réalités
qu'ils affirment visible et tangible,
ou les disent-ils toutes
invisibles ?
Théétètr. — Presque rien de tout cela n'est dit par eux
visible.
L'étranger. — Et ces réalités non visibles ? Disent-ils

qu'elles ont un corps ?

Théétète. —A cela, ils ne font plus une réponse générale.


L'âme est, certes, corporelle, à leur avis. Mais pour ce qui
est de la
sagesse et de toutes ces autres réalités que vise ta

question, la honte les retient d'oser, ou bien leur dénier


absolument l'être, ou bien affirmer catégoriquement que
toutes sont des corps.
L'étranger. —
Voilà qui nous prouve clairement, Théétète,
que nos hommes se sont faits plus trailables, puisqu'aucune
de ces audaces n'effrayerait ceux au moins d'entre eux qui
furent semés et poussèrent dans le sol même; ceux-là main-
tiendraient, au contraire, jusqu'au bout, que tout ce qu'ils
ne peuvent étreindre de leurs mains, tout cela, par là même,
n'est absolument pas.
Théétète. — Tu exprimes presque mot pour mot leur
pensée.
L'étranger. — Continuons donc de les
interroger ;
car si

peu de réalités qu'ils veuillent bien avouer incorporelles, cela


suffit.Qu'envisagent-ils, en effet, d'essentiellement commun
entre celles-ci et les corporelles, qui leur permette de dire,
des unes comme des autres, qu'elles sont, voilà ce qu'il leur
faudra expliquer. Peut-être bien seraient-ils embarrassés.

Supposant qu'en fait ils le soient quelque peu, examine si,


une fois offerte par nous, ils consentiraient à recevoir et
avouer la définition suivante de l'être.

Une définition Théétète. —


Laquelle donc ? Propose-la :

de l'être. saurons-nous.
peut-être
S><.«{/n>M
La ZKJUGS .
L'étranger.
,

Je la formule donc ainsi
, ni :

ce qui a une puissance naturelle quel-


e conque, soit d'agir sur ce qu'on voudra d'autre, soit de subir
l'action, même la plus minime, de l'agent le plus insignifiant,
35', S0W2THS 2*7 b

HE. Ouoriç ouv SLKaLoaûvric; Kal <|>povf)aECi>c;


Kal t?\ç b

aXXr)ç àpETrjç Kal tûv IvavTLcov, Kal Sf)


Kal vpu^c; êv fj

TaOta éYY'iYVETai., notepov ôpaxôv Kal aTtrèv EÎval cpaol tl


aÔTÛv f]
Ttâvxa àépaxa ;

0EAI. Z^eSôv ouSèv toûtqv yE ôpax6v.


HE. TL Se tûv toloûtcùv ;
llûv aÛLiâ tl Xéyouolv lo^elv ;

GEAI. ToOto oukétl Kaxà TaÔTa aTtoKplvovTai ttSv,


àXXà xf]v lièv i|>u)(f)v auT^jv Sokelv otyiai aÛLiâ tl KEKT^oSai,

<ppévr)0"LV Se Kal tûv aXXcov EKaarov qv r)pc£>Tr)Kac;, atax»:-


vovxai tô toXliSv t\
litiSev tûv Svtcov aÙTà SlioXoyelv f\
C
1
nâvT EÎvaL aÔLiaTa SiLO^upic^EaBaL.
HE. Zacpûç Y"P " 0Ea'iTr|T£, [5eXtiouç Y e Y^ vaaiv
^^ v '

avSpEÇ- ouS av iv £Ttaia)(uv8EtEv ot y^ aÔTÛv


etieI toûtcùv
3

artapTol te Kal auTÔ^SovEÇ, àXXà SuaTElvoivT av ttSv 8 lit]


SuvaTol Talc X E P aL oulltueCelv eIolv, ûç apa toOto ouSèv
tô Trapànav eot'lv.

0EAI. Z^eSôv ota SiavooOvTaL Xéyelç.


HE. nâXLV TOIVUV aVEpCùTÔLlEV aÙTOUÇ -
EL y«P t<- Kal

aLiLKpèv e8éXouo"l tûv ovtcov ouyx^P^lv àaÛLiaTov, l^apKEÎ. d


T8 Yàp ETTL TE TOUTOLÇ &Lia Kal ETt' EKELVOLÇ 8aa E)(EL aÛLia

auLicpuèç yzyovàq, e ^
àucpÔTEpa eîvai Xéyouo"l, ' &Xéttovte<;

toOto auToîç ^rjTÉov. Tà^' ouv ïacùc; av ànopoLEV el 8r)


5
TL TOLOOTOV TtETl6v8aaL, OK6TIEL, TtpOTELVOLlÉvCOV f|LLÛV, Sp
ISéXolev av SÉ^EaSaL Kal SlioXoyelv tol<5v8' eÎWl tS Sv.

©EAI. To TtoLov &t] ;


Xéye, Kal Ta^a ElaoLiESa.

HE. Aéyco t8 Kal ônoLavoOv Tiva kekttjllevov Suvau.iv


Sf^

E*t' ELÇ T8 TTOLEtv iTEpOV 8tlo0v TTECpUKSç ELt' ELÇ t8 TiaOELV e

Kal OLiLKpÔTaTov utto toO cpauXoTaTou, K&V EL U.OVOV ELÇ

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e i ift" cfç :

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VIII. 3. — io
247 e LE SOPHISTE 355

dût cette puissance ne s'exercer qu'une seule fois, tout ce qui la


possède est véritablement; car je pose, comme définition qui
définisse les êtres, qu'ils ne sont autre chose que puissance'.
Théétète. —
Mais, puisqu'eux, pour l'instant, n'ont point
de meilleure formule à donner, ils acceptent celle-là.
L'étranger. —
C'est bien peut-être, en effet, plus tard,
:

nous comme eux, changerons-nous d'avis. Pour le moment,


248 a que cela demeure convenu entre eux et nous.
Théétète. —C'est entendu.
L'étranger. — Passons donc aux autres, aux Amis des
Formes, traduis-nous encore leur réponse.
et toi,
Théétète. — Je le ferai.
L'étranger. — Le devenir tout part de et, à lui, l'exis-
tence, bien
voilà division que vous
la
pas établissez, n'est-ce ?

Théétète. — Oui.
L'étranger. — Et, par corps, nous avons communauté
le

avec le devenir au moyen de la sensation ; mais, au moyen


du raisonnement, par l'àme, avec l'existence réelle ;
et celle-ci,

affirmez-vous, est toujours identiquement immuable, tandis


que le devenir varie à chaque instant,

b Théétète. —
C'est bien cela que nous affirmons.
L'étranger. —
Mais cette communauté, excellentes gens
que vous êtes, quel sens dirons-nous donc que vous lui donnez
en cette double attribution ? Serait-ce le sens que nous formu-
lions tout à l'heure ?

Théétète. — Lequel ?

L'étranger. —
Passion ou action, résultant d'une puis-
sance qu'éveille la rencontre mutuelle. Peut-être bien, Théé-
tète, que leur réponse à cette explication, tu ne peux, toi,
l'entendre pleinement, tandis que, moi, je l'entendrais,
parce que j'en ai l'habitude.
Théétète. —
Quelle est donc cette réponse ?
c L'étranger. Ils —
n'acceptent point ce que nous venons de
dire aux Fils de la Terre à propos de l'existence.

i. Cf. Notice, p. 286 à 288. La traduction moderne serait, non pas


l'être est relation, car Platon croit à un substrat de la relation, mais
l'être est puissance de relation : cela seul est qui peut entrer, comme
terme actif ou
passif, dans une relation. Ainsi ce qui ne saurait être
l'objet d'une pensée n'est pas (infra, 2^8 e), et ce qui est totalement
être est totalement objet (Rép. 477 a). Pour ce qui suit, cf. Notice,
a.
p. 292/6, et Phèdon, 78 d/79
355 20f»ISTHE 247 e

cma£, Ttav toOto ô'vtqç EÎvai* Tl8£jiaL yàp bpov op'i^Eiv xà


ovTa oç eotiv ouk àXXo ti
ttX^v Sûvau.u;.
0EAI. 'AXX' InelTtep aÔToi
ye ouk ê)(ouaiv lv tco TtapévTi
toutou (JéXtiov XéyEiv,
SéxovTai toOto.
-=.E. KaXôç- ïacùç
yàp Sv eIç SaTEpov iqu.tv te <al toù-
toiç ETEpov av $av£Îr). ripàç u.èv ouv toûtouç toOto f\yXv 248 a
IvTaOSa u.evétco
auvou.oXoyr]8Év.
0EAI. Mévei.
— E. ripÔÇ Sf) TOUÇ ETÉpOUÇ ICÙU.EV, TOUÇ TCÙV ElSûv <|)L-

XOUÇ- CTÙ S'


r)U.ÎV KOLl Ta Ttapà TOUTCÛV àcpEpU.^VEUE.
©EAI. TauV l'axai.

ZE. TÉvEaiv, xi^v Se ouatav X^P'1 ^ "n*u SieX6u.evoi Xé-

Yete ; ?i yàp ;

0EAI. Naî.
.=.E. Kal aôu.aTi u.èv
yEVÉaEi Si
5
f]\x8iq ata8r)a£oç koi-
vcûveÎv, Sià Xoyiau.oG Se i|n>xfj Tip6q ii]v ovtqç ouatav,
aEl KaTà toutù coaaÙTcoç exeiv
fjv cpaTÉ, yévEaiv Se aXXoTE
aXXcoç.
0EAI. <t>au.èv yàp o3v. b
Te SE Sf] KOIVCÙVEÎV, o
.=.E. TtaVTCOV ctpiaToi, t'i toOS
1

u^âç En àu.4>oîv XéyEiv cpco^Ev ; ap' ou to vuvSr


1

) nap' ^ûv
pn 9év ;

0EAI. T6 ttoîov ;

.=.E. ri(x8r|u.a ek 8uvàu.Eobc; tivoç àn6 tcov


f) Tto'iT]u.a Trpoç
aXXr|Xa auviévTasv yiyv6u.£vov. Tàx' ouv, o 0EatTnTE, au-
TÔv t^v Ttpôç TaOTa à-ndicpiaiv au où tcaTatcouEic;, lyco
^ièv
Se 'îacoç Sià auvrj8Eiav.
5
0EAI. T'iv ouv Sf) Xéyouai Xôyov ;

ZE. Où auyxcopoOaiv fju.tv t6 vuvSf)


^8èv -rrpSç toùç c
YT]Yev£îç oûatat; Ttépi.

e 3 ôptTeiv - wv Bocckh
secl. Ast Badham
:
ti ovTa secl. Badham
il
e 7 om.
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248 a l\ 8tj SE ||
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Xoyistj.oj... b a xo'.vomïv om. Y a n 81 Xoynjuoj II II b 2 7t om.


Y b 3 ? o3a £v Xfpn TY.
||
LE SOPHISTE 35G

Théétète. — Quoi donc ?

L'étranger. — Suflîsait-elle à définir en quelque façon les


êtres, cette définition par nous posée : « ce en quoi est présente
la
puissance, ou de subir, ou d'exercer la moindre action que
ce soit » ?

Théétète. — Oui.
L'étranger. — Or, à cela, voici leur réponse : le devenir par-
ticipe bien de
puissance^de pâtir et d'agir ; mais, à l'existence,
la
selon eux, ni l'une ni l'autre de ces puissances ne convient.
Théétète. —Y donc quelque chose en ce
a-t-il
qu'ils disent?
L'étranger. — Quelque chose, en tout quoi il nous cas, à
faut répondre par cette prière qu'ils nous fassent savoir
:

encore plus clairement s'ils accordent que l'âme connaît et


que l'existence est connue. .

Théétète. —
Gela, ils l'affirment certainement.
L'étranger. —
Eh bien, connaître ou être connu, est-ce,
selon vous, action; est-ce passion; est-ce l'un et l'autre? Ou
bien est-ce, l'un, passion, l'autre, action ? Ou bien ni l'un, ni
l'autre, n'ont-ils, ni avec l'une, ni avec l'autre, aucun rapport?
Théétète. —
Evidemment, ni l'un, ni l'autre, avec ni
l'une, ni l'autre. Autrement, ce serait contredire leurs affir-
mations antérieures.
L'étranger. — Je compi*ends mais, ceci, au moins, ils
;

l'avoueront : si l'on admet que connaître, c'est agir, la consé-


quence inévitable est que l'objet, dans le fait d'être connu,
pâtisse. Par la même raison, l'existence, dans le fait d'être
connue par l'acte de connaissance, et dans la mesure même où
elle est connue, dans cette mesure sera mue parce que passive,
car pâtir n'a point lieu, disons-nous, en ce qui est au repos 1
.

Théétète. —
C'est juste.
L'étranger. —
Eh quoi, par Zeus Nous laisserons-nous !

sifacilement convaincre que le mouvement, la vie, l'âme, la


pensée, n'ont réellement point de place au sein de l'être
universel, qu'il ne vit ni ne pense, et que, solennel et sacré,
vide d'intellect, il reste là, planté, sans pouvoir bouger ?

i. Cf. Gorgias, ^-Q h et suivant « S'il y a un cire qui agit, il y


:

a nécessairement un être qui pâtit de la part de cet agent... Et ce


»
patient subit l'action que fait l'agent, telle que la fait l'agent.
L'opposition du pâtir au repos était déjà sous-entendue plus haut
(a48 b/c) et nettement exprimée dans Théét. i56 a.
356 ÏOMETHS 248 c

QEAI. Tô ttoîov ;

c
HE. licavôv e8eu.ev bpov ttou tSv ovtcov, Sxav xa Ttapt]
f|
toO Ttào)(Eiv f) Spâv <al npôç tô a^iiKp^Taxov Sùva^iç ;

0EAI. Nai.
HE. npôç Ôt^|
TaOTa tôSe XÉyouaiv, 8ti yevéaEi ^èv
^éteoti toO Tiàa)(ELV <ai ttoie'lv Suvâ^Ecoç, Ttpèç Se oùaiav
TOÙTQV OÙÔETÉpOU Tf]V SÙvaU.lV âp^6TTElV cpaa'iv.
0EAI. OukoOv XÉyoual ti ;

3
HE. ripèç 8 y£ Xektéov rj j-iîv
Sti 8E6p.£8a nap aÙTÛv
eti Tiu8Éa8ai aacpéaTÊpov eÎ TTpoaop.oXoyoOai Tn,v ^ev ^u^fjv d
3

yiyvcùaKELv, Tn,v S oùaiav yiyvGbaKEaBai.


0EAI. 4>aal ^i^v toGt6 yE.
HE. Ti 8é ;
tô yiyvcbaicEiv f\
tô yiyvcbaKEaSal <paTE

Ttolr|p.a f\ TtâSoç f\ àp.<p6T£pov ;


f)
tô ^ev TtàBruia, tô Se

8<xTEpov ;
f\
TtavTâTtaaiv oùSÉTEpov oùSETÉpou toùtcov p.£Ta-

Xap.6âv£iv ;

0EAI. AfjXov â>ç oùSÉTEpov oùSETÉpou" TàvavTla yàp av


TOÎÇ E^lTtpOaSEV XÉyOLEV.
HE. MavBàvw t68e yE, coç tô yiyvcùaiCEiv e'îttep loxai
TtoiEÎv ti, tô yiyvwaKé^Evov àvayKaîov au aup.6alv£i Ttà- e

a^Eiv. Tfjv oùaiav 5f)


Katà t6v X6yov toGtov yiyvcoaKou.Évr|v
1
ûtiô Tn,ç yvcbaEoç, oaov yiyvcbaicETai, KaTà toctoOtov
icaB

KivEÎaSai Sià tô nàa^Eiv. S Sr) (papsv oùk av yEVÉaSai TtEpi


tô r]pE^iouv.
0EAI. 'OpBûç.
HE. Tl Se npôç Ai6ç ; âq àXr)8Sç Klvrjaiv ical ^cof]v <al

ipu^fjv Kal <pp6vr)cnv ?) p'aSlcûç TT£Uj8r|a6p.E8a tco navTEXcoq


6'vti napEÎvai. ^irjSè t,f\v aÙTÔ pr)5È <ppov£Îv, àXXà ge^i- 249 a
p.f]

vôv Kal ayiov, voOv oùtc £)(ov, àiclvn.Tov eotôç Eivai ;

C 4 Stflw om. Y (in lacuna ~aty eras.) C 7 post tooî add. y« W


W
||

H ou : ots j|
C 9 ip|MÎTT«tv -a Y c II O£oac0a Ocoi-
: d 5 ||
: W |j

r] xô piv... d 6 Odrtpov om. T d 8 of.Àov... d 9 Xfyotw sic dis- j|


:

tinguit W, primus intcr edd. Theaeteto tribuit Ilcindorf d 10 yî j|

om. BW e 4 2ti x«ti ;|


: W |
e 5 jjpSJi/ÎJV
: -ttM 15 e 7 ri oi...

249 b G p.i}8a{to5 habct Simpl. in Pltys.. p. io5-^o0.


LE SOPHISTE 35 7

Théétète. — L'effrayante doclrine que nous accepte-


1
rions là,
étranger .

L'étranger. —
Mais admettrons-nous qu'il ait l'intellect et
la vie ?
pas
Théétète. — Et comment l'admettre ?

L'étranger. — Mais, de l'un de l'autre et affirmant en


lui la
présence, nierons-nous pourtant que ce soit dans une
âme qu'il les a
?

Théétète. — Et comment
pourrait-il les avoir autrement?
L'étranger. —
aurait donc l'intellect, et la vie, et l'àme, et
Il

bien qu'animé, resterait là planté, sans aucunement se mou-


voir 2 ?
Théétète. — Tout cela serait à mon avis.
— Au mû donc absurde,
L'étranger. au mouvement con- et il faut
céder l'être.

Théétète. — Comment leur refuser? le


L'étranger. — nous donc conclure, Théétète, que,
Il faut
d'abord, s'il
n'y a qu'immobilité, il
n'y a d'intellect nulle
part, en aucun sujet,pour aucun objet.
Théétète. — Assurément.
L'étranger. — Et^par contre, si nous acceptons, de mettre,
en tout, la translation et le mouvement, ce sera encore là

supprimer ce même intellect du rang des êtres 3 .

Théétète. — Comment?
L'étranger. — Est-ce que permanence d'état, permanence
de mode, permanence d'objet se réalisent jamais, à ton avis.
là où il n'y a pas repos ?
Théétète. —
Aucunement.
L'étranger. —
Eh quoi ? Quand ces conditions manquent,
vois-tu que l'intellect existe ou se réalise où que ce soit?
Théétète. —
Pas du tout.
L'étranger. — Or, s'il est quelqu'un que l'on doive coni-

i. « Effrayante doctrine », parce que l'être universel (c'est-à-dire

la totalité de l'être) est pour Platon, aussi divin que le sera, mutalis
mutandis, l'universalité de l'être pour Fénelon (Lettres sur la Religion,
e e
IV, i) et l'être sans restriction pour Malebrancbc (a et 8 Entretiens
sur la Métaphysique).
2. Comparer Malebranchc : « Dieu ne reste pas les bras croisés »

c, et aussi Psaume
e
(4 Entretien), et cf. Cratyle, $3l b/c, Phèdre, 2~5
rfS, versets 12 et suiv. des Septante.
3. Ceci a été démontré par le Cratvle, 'i'iO a/c.
35 7 EOMETHE
OEAI. Aelv6v (jiEVTav, S E,eve. Xôyov ouy^opoî^ev.
HE. 'AXXà voOv \xèv ex £LV £>ur\v Se pf) <pcop£v ' ;

OEAI. Kal nôç;


j
HE. 'AXXà TaOxa pèv àpcp6T£pa Iv6vt oùtû XéyopEv, oô

jif)v
Iv ipuxfj y£ cprjaopEv auT6 £X EIV a " T ° t
î

OEAI. Kal tu»' av exspov ÊX 01


'
z p^>Tl0V 5

HE. 'AXXà Sfjxa voOv pèv Kai C,<ùï\\>


Kal v^ux^v, àKlviyrov

pÉvToi xè Ttapà-nav Ipipuxov 8v Eoràvai ;

OEAI. navra IpoiyE aXoya TaCT* EÎvai cpa'ivETai.


HE. Kal t6 KivoùpEvov Si*) Kal Ku/r|aiv auyx"pr|TÉov a>ç
ovxa.
OEAI. n&q 5' oC:
3
HE. Zup.6alv£i S o3v, cô
0EaiTr|TE, aKivr|TCDv te ovtqv
voOv prjSEvl TtEpl pr|&£vèç EÎvaL pr)8apo0.
OEAI. KopiSfi pèv oSv.
HE. Kal pf]v làv au cpEpépEva Kal KivoûpEva TtàvT'EÎvai

auyxcopÛLiEv, Kal tout© tô X6ycp TauTÔv toOto ek tSv ov-


tcdv E^aLprjaojiEV.

OEAI. nûç;
HE. T6 KaTa TauTà Kal oaaÙTCoç Kal TiEpl to auTÔ Sokel
aot X^P 1
^ CTTàaEcoq yEvÉaGat. ttot' av ;

OEAI. OôSapSq.
HE. Tl S' av£u tovitcùv ;
voOv KaSop&q ovTa f\ y£v6p£vov
àv Kal ôttouoGv ;

OEAI. "Hkioto.
HE. Kal pfjv Tipéç ys toOtov TtavTl X6ycç> paxETÉov. bq

249 a 6 tvtfac' xjtoj [scd Ivrfv t'] W :


Iwtvxci ajttô Simpl. cyôv
XWÏ& TajTfôTY a 7 ye ts TY
15 :v Sv || Àiyoaêv :
-wpsvTW ||
: .a 9 jj

post à'r/ty add. ï/î.v Schleiermacher ||


a 10 ov :
\xh Y ||
b 1
l|*otyi

ôD.oya : |y.o:
y;Àoîa Simpl. b 2 5r, om. T 1
|]
iceâ ante tdvrflii om. \
W Simpl.
|i

Il
b 4 ~w; 5' oj om. Simpl. jj b 5 5' ojv :
yoOw jj âxmÇtwv
ts :
/.îvtjtôjv Simpl. post ovtcov add. twv ovrcuy Ileindorf rcavTtov
W
jj

Badham ||
C 1 t.ot' : tôt' B c 4 av au B C 6 -00: nod
|j
:
(sed |j
:

a in ras.) '

toOtov : tojtojv W.
LE SOPHISTE 358

battre avec toutes les forces du raisonnement, c'est celui qui


abolit la science, la pensée claire ou l'intellect, quelque thèse
qu'il prétende affirmer à ce prix.
Théétète. — Très certainement.
L'étranger. — Au philosophe donc, quiconque met ces
à
biens au-dessus de tous les autres, une sem-
règle absolue,
ble-t-il, est prescrite par là même par ceux qui prônent,
:

soit l'Un, soit même la


multiplicité des Formes, ne point se
laisser imposer l'immobilité du Tout; à ceux qui, d'autre

part, meuvent l'être en tous sens, ne point même prêter


l'oreille; mais faire sien, comme les enfants dans leurs sou-
haits, tout ce qui est immobile et tout ce qui se meut, et dire
que l'être et le Tout est l'un et l'autre à la fois
1
.

Théétète. —C'est la vérité même.

Irréductibilité
L'étranger. — Eh quoi ? Ne semble-
de l'être t— il
pas que nous tenions l'être, dès
au mouvement et
maintenant, assez bien enserré dans
au repos. notre définition?
Théétète. — Parfaitement.
L'étranger. — Oh! oh! 2
puisse-t-il y rester , en ce cas,
Théétète, car m'est avis que c'est le moment où nous allons
connaître combien son examen est embarrassant.
Théétète. —
En quoi donc encore ? Que veux-tu dire ?
L'étranger. — bienheureux jeune homme, ne t'aperçois-tu
pas qu'à cette heure nous sommes dans l'ignorance la plus épaisse
à son
égard, alors que nous croyons voir clair en nos formules?
Théétète. —
Je le croyais, pour ma part, et je ne vois
pas très bien en quoi nous nous sommes ainsi abusés.
L'étranger. —
Examine donc plus clairement si, à propos
de nos dernières conclusions, on n'aurait pas le droit de nous
poser les mêmes questions que nous posions alors
à ceux qui
définissaient le Tout par le chaud et le froid.
Théétète. —Quelles questions? Rappelle-les moi.
L'étranger. — Très volontiers. J'essaierai même de le
faire en t'
interrogeant de la même façon que je les
interro-

geais alors; ce nous sera, en'mèmc temps, un moyen de pro-


gresser quelque peu.

!.. Cf. Àristote, Métaph. 101a b, a3 et suiv.


2. Ma lecture pivot ïv aca (puisse-t-il y rester) se fonde sur l'ana-
logie avec a43 d/e.
358 S0«M2TH2 249 c

av £mo-xr]Lir)v r\ <ppà\>r\aiv f\
voOv àcpav'i^cov îa^up'i^r)Tai

TtEpl XLVOÇ OTtr|o0v.


0EAI. Z<p68pa y£.
HE, Tû 8^ cpLXoa6<pco Kal xauxa LLaXiaxa TipvTi TtSaa,
coç eoikev. àvàyKr) Sià xaOxa u.r)XE xûv ev f) Kal xà TtoXXà

EÏ!8r| XEy6vx<av xô ttSv éaxr|KÔc; aTtoSÉ)(Ea8ai, xôv xe au d


Ttavxa^fj xô ov klvoûvxgîv xô Ttapànav àkoûelv, àXXà
lit^Se

Kaxà xn,v xôv natScov EÙ^rjv, oaa àKlvr)xa Kal KEKLvr)LLÉva,


xô ov xe <al xô Ttav cruvaLicpdxEpa XéyELV.
=
0EAI. AXr|8Éaxaxa.
HE. Tl ouv ap' oùk etuelkûç
;
f^Ôrj <paLvÔLLE8a Tt£piELXr|-
cpévaL xû Xôycp xô ov ;

0EAI. riâvu liev oSv.


HE. Ba6al, llévol av apa. S 0£a'Lxr)X£, coq liol SokoOliev
vOv auxou yvcôoEcSai Ttépi xn,v aTtopiav xfjç aKÉLpEcoç.
0EAI. ricoq au Kal xi xoOx' EÏprjKac; ;
e

HE. "O LmKapiE, ouk evvoelç oxl v