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FLASH-BACK

ETYMOLOGIE / etymology
Mot composé de flash, subst.et adj., et de back, adverbe.
FLASH Du moyen anglais flasken, flaschen, «éclabousser» (en anglais moderne to
splash), probablement une onomatopée comme des mots similaires plash, clash, splash,
slash. Sens fondamental «courir dans l'eau en produisant un bruit d'éclaboussure». Dès le
XVIe siècle l'anglais moderne privilégie l'idée de rapidité et d'aveuglement. Par rapport à
ses synonymes partiels (glance, gleam, sponkle,glitter, glisten, shimmer) flash implique
une lumière soudaine, brève et brillante. Certains sens ne retiennent pas l'effet lumineux
et se concentrent sur l'idée d'influx soudain, de pensée, de pic, comme «vague envoyée
dans un canal pour permettre à un bateau de franchir un haut-fond ou un barrage». Les
sens de «changer brutalement d'état» ou de «passer en coup de vent» impliquent l'idée de
rupture et de brièveté retenue dans les usages radiophoniques et cinématographiques:
«message ou séquence brève interrompant une émission ou s'imposant un instant à
l'attention». Le sens de «scène rapide d'un film» est répandu dans de nombreuses langues.
BACK Du moyen anglais bac/abac venant de l'anglo-saxon on baec, «à l'envers, sur ses
pas».
L'association flash-back traduit une idée de rupture soudaine dans une continuité et de
report bref en arrière (temps spatialisé). JMG

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions


1. (As a noun) A literary device by which the writer of prose or drama moves back in
point of time to present scenes, episodes or events that occurred prior to the current
situation with which he is dealing; it affords an interruption in the continuity of a story or
play to permit the insertion of a scene representing an earlier event; the term is also used
to designate the scene, episode or event so presented: «his early youth is introduced by a
series of flashbacks». Flashbacks may take the form of reminiscences, recollections,
reveries or dream sequences, or simply the narration or portrayal of a past event. Notable
examples of its use are Thornton Wilder's The Bridge of San Luis Rey which illustrates its
effectiveness in the novel and Athur Miller's play, Death of a Salesman which also makes
skilful use of this device; in motion pictures a remarkably effective use of this device is
found in Orson Wells' Citizen Kane. Television plays and productions, because of the
specialized nature of the medium, make frequent use of Flashback.
2. (As an intransitive verb) To appear or become introduced as a flashback, or to use
flashbacks. While not in use by writers generally, it is particularly favoured by film and
television script writers and critics; such comments as «the film flashbacks to his first
marriage» and «his childhood flashbacked before his eyes» are not co mmon.
Edward A.Bird
University of British Columbia

COMMENTAIRE / Analysis
Le flashback et la temporalité de l'oeuvre
Le flashback peut être considéré soit comme élément du récit, soit comme procédé: 1.
Séquence, scène ou passage relatant une action passée par rapport à l'événement actuel;
c'est donc une catégorie d'épisodes définie par son décalage dans l'oeuvre (v. l'article
EPISODE). 2. Figure narrative permettant au cours du récit de relater des événements
antérieurs à l'action présente; il relève alors de la rhétorique.
Technique narrative qui doit sa fortune et son nom au montage séquentiel de la narration
filmique, le flashback n'appartient plus spécifiquement à l'art cinématographique. On le
rencontre aujourd'hui dans la plupart des genres narratifs et les arts du spectacle.
Longtemps considéré comme diégétique par définition, il tend à se manifester jusque
dans la représentation pratiquée plus volontiers par les arts plastiques ou visuels: une
description, un tableau en peinture représentant une action ou une situation arrêtée à un
moment donnée, peut comprendre un élément qui renvoie à des événements antérieurs; ce
rappel du passé inséré dans la représentation d'un présent remplit la même fonction dans
la production du sens que le flashback narratif. Le flashback pictural met en question la
distinction théorique ou les frontières entre la diègèsis et la mimèsis.
Dans la mesure où il rompt la linéarité du récit ou de la représentation, le flashback pose
le problème général du temps dans la narration. Cette question de théorie littéraire ou de
théorie de l'art ne date pas de l'apparition du terme, mais celle-ci lui a redonné une
actualité et en a reposé les termes. Pour en saisir les fondements, il faudrait rechercher sa
filiation dans l'histoire des procédés narratifs temporels. Le plus important de *ceux-ci est
évidemment l'ouverture in media res caractéristique de l'épopée classique.
Le flashback indique au récepteur que le temps l'histoire n'est pas le sien. L'ordre
chronologique des événements n'est pas nécessairement celui du récit. Le flashback n'est
d'ailleurs que l'un des procédés de construction temporelle. Outre la simple organisation
chronologique avec ses accélérations ou ralentissements, ses coupures (qui se retrouvent
d'ailleurs au sein de la scène de flashback), il convient de lui opposer son contraire la
projection en avant (que Gérard Genette appelle prolepse par contraste avec l'analepse ou
flashback, les temps parallèles traités successivement, les temps parallèles télescopés, les
temps successifs télescopés, autant de procédés pour lesquels la rhétorique ancienne ni la
narratologie contemporaine n'ont pas toujours trouvé de dénomination définitive).
On le voit, le flashback est l'une des formes possibles d'une figure de rhétorique,
l'anachronisme consistant à déplacer intentionnellement les temps où se situent les
événements relatés. Ou considérant que chaque séquence de récit constitue un micro-
texte au sein du texte , le flashback comme les autres anachronismes de narration remplit
une fonction intertextuelles puisque par une manipulation du temps, il met en relation
plusieurs textes, et une fonction générative puisque cet agencement de micro-textes
organise le (super) texte.
C'est par ces fonctions intertextuelle et générative que le flashback s'oppose aux
anachronismes d'histoire qui, eux, ne constituent pas habituellement un agencement de
micro-textes séquentiels, mais renvoient à l'intérieur d'un récit historiquement situé à un
autre temps historique, extérieur au récit lui-même. Ces anachronismes d'histoire relèvent
plutôt d'un autre procédé rhétorique, l'allusion dont la fonction est sémantique plus que
diégétique: dire une chose pour en laisser entendre une autre.
Parmi tous les anachronismes textuels, narratifs ou diégétiques comme l'on voudra, le
flashback connaît au XXe siècle une fortune toute particulière. Il est désigné par un terme
de grande diffusion à la différence de son contraire la projection en avant appelée d'un
nom savant par Gérard Genette, la prolepse, et des figures au terme fixe. Il a aussi reçu
une attention privilégiée dans l'étude du temps dans le récit. C'est qu'il est devenu en peu
d'années le procédé caractéristique de la narration au XXe siècle. Le découpage séquentiel
du temps avec projection en arrière a mis en place un nouveau code narratif où le courant
de la conscience joue son rôle dans le domaine romanesque. Il est probable que les
lecteurs du XIXe siècle auraient du mal à reconstruire le déroulement chronologique d'un
récit contemporain présentant de nombreux flashbacks.
Les marques d'une projection en arrière ont eu tendance à s'estomper au fur et à mesure
que le code narratif se mettait en place et devenait familier aux lecteurs. Le passage au
plus que parfait par exemple n'est plus une condition nécessaire. La quasi disparition des
marques est particulièrement sensible au cinéma, média qui a banalisé le flashback.
Depuis les intertitres du cinéma muet («l'année dernière»), de nombreux procédés ont été
employés: fondu au noir, introduction par un motif musical, image à l'envers (plan de
fumées remontant le temps dans Ivan le Terrible de S.M. Eisenstein). Le spectateur n'a
plus besoin de ces signes, les cinéastes qui s'en passent. Jean-Marie Grassin

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