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° 548 J illet 20155

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SO
SOMMAIRE N°° 548/JUILLET
/J 2015
Une seule passion !
etit changement dans votre Fana favori : désormais vous trouvez ici

P même le sommaire et l’édito où votre serviteur fustige (rarement),


raille (parfois) ou discute (souvent) sur l’aviation et sa passion (dé-
vorante ?). Ô bien sûr ici pas de révolution, votre Fana garde son for-
mat et sa présentation.Si
j’en crois les chiffres des ventes, des
abonnements et des télécharge-
ments,vous êtes toujours aussi nom-
breux à dévorer les pages qui sui-
vent. Par quoi commencez-vous ?
Certains par la fin,tournant les pages
à rebours en commençant par la ca-
La “Mule” en action ricature de Jean Barbaud. D’autres
en juin 1948. se jettent sur l’actualité pour se tenir
Composition de Lucio Perinotto. au courant des dernières acquisi-
tions, des derniers warbirds restau-
rés. Quelques-uns d’entre vous
m’ont,pour ainsi dire,“confessé”lire
les articles des années après avoir
rangé soigneusement leur Fana. Bref, autant de fanas que de façons de par-
Es e SIRIUS courir votre revue favorite ! Mais une seule passion, celle de l’aviation ! (Photo :
9 ouvé. 92587 CLICHY CEDEX
E-mail : FanaAviation@editions-lariviere.fr deux AD-4N “Skyraider” à La Ferté-Alais 2015). Le Fana
Fax : 01 41 40 35 12
PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SURVEILLANCE
Patrick Casasnovas
PRÉSIDENTE DU DIRECTOIRE
Stéphanie Casasnovas
a o
DIRECTEUR GÉNÉRAL
Frédéric de Watrigant
g
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
I 4 Actualités 38 Plus de 45 000 spectateurs
ET RESPONSABLE DE LA RÉDACTION :
Patrick Casasnovas Spectaculaire
p
ÉDITEUR : Karim Khaldi
10 À lire et à voir La Ferté-Alais
RÉDACTION
Tél. : 01 41 40 34 22
Rédacteur en chef : Alexis Rocher
Rédacteur en chef adjoint
j : Xavier Méal 11 Abonnements Entre autres, les belles réalisations
britanniques : “Gladiator”, “Hurricane”,
Rédacteur ggraphiste
p : François
ç Herbet
Secrétaire de rédaction : Antoine Finck “Hunter”…
Secrétariat : Nadine Gayraud
14 Avia S-199 “Mezek”
SERVICE DES VENTES
(réservé aux diffuseurs et dépositaires)
Chef de produit
p
p
: Laëtitia Alzieu
Les premiers
p 48 Les bombardements
Tél. : 01 41 40 56 95 chasseurs israéliens stratégiques en question
IMPRESSION : Im
3, rue Nicé Mercières
BP 60 524, 60205 Compiègne.
Le premier défenseur d’Israël
en 1948 ? Une vraie mule !
Fallait-il raser Dresde?
DIFFUSION : MLP Quel bilan tirer des raids sur l’Allemagne
Printed in France/Imprimé en France en 1945?
SERVICE PUBLICITÉ
Directeur de
Assistante de yraud
y
Tél. : 01 41 40 34 22 – Fax : 01 41 40 35 12 58 Musée régional de l’Air
E-mail
mail : PubFana@editions-lariviere.fr
PubFana@editions lariviere
PETITES ANNONCES CLASSÉES
e d’Angers-Marcé
Tél. : 01 41 40 34 22 – Fax : 01 41 40 35 12
Le conservatoire
ABONNEMENTS de l’aviation légère
ET VENTE PAR CORRESPONDANCE
(ANCIENS NOS/DOCAVIA/MINIDOCAVIA) 26 Pour une nouvelle Les richesses du patrimoine
Tél. : 01 47 56 54 00
Fax : 01 47 56 54 01
histoire de l’aéronautique aéronautique français mises en valeur.
E-mail : abo@editions-lariviere.fr
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p
- Partie 7
CHEF DE PRODUIT ABONNEMENT :
Carole Ridereau Tél. : 01 41 40 33 48 Du vent dans 66 Opération Bagration,
TARIFS ABONNEMENT :
France : 1 an soit 12 nos + 2 HS : 87,40 € les voilures été 1944
Autres
tres pays et par avion : nous consulter
consul
Correspondance
p : Éditions Larivière,
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Premières recherches aérodynamiques, L’Armée ro
premières souffleries.
9, allée Jean Prouvé 92587 Clichy CEDEX se rue vers le Niémen
Le Fana de l’Aviation est une publication
p Le Normandie-Niémen participa
des ÉDITIONS LARIVIERE ; S.A.S. au capital
p de
3 200 000 € ; dépôt
p lé trimestre 2015. aux derniers combats qui virent triompher
Commission paritaire
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ISSN : 0 5 -4169 Au sommaire l’Armée rouge.
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Toute reproduction, même partielle, ■ P-51 sur le Japon en 1945

des textes et illustrations publiés dans Le Fana
de l’Aviation, est interdite sans accord préalable Le Bourget 2015
de l’éditeur. La rédaction n’est pas responsable et sur Twitter
des textes et illustrations qui lui sont envoyés
sous la seule initiative de leurs expéditeurs.
■ Les premiers as en 1915
ACTUALITES
C S

Un nouveau DC-3 vole en Europe

DR

Le Douglas DC-3 immatriculé ZS-NTE aux couleurs Air Force en tant que C-47A matricule 42-92157 le 24 septembre Le Douglas
de Springbok Classic Air s’est posé le 5 juin 1943. Il fut ensuite transféré à la Royal Air Force dans le cadre DC-3 ZS-NTE
à Zweibrücken, près de la ville de Deux-Ponts dans le du programme Lend-Lease (prêt-bail), puis transféré au Sqn 28 de est désormais
Land de Rhénanie-Palatinat, en Allemagne, après avoir quitté la force aérienne sud-africaine en janvier 1944. Il y servit longtemps, basé à
Rand, en Afrique du Sud, le 26 mai, et avoir fait étape à Ondandwa au sein de diverses unités, jusqu’à ce qu’il fût retiré du service Zweibrücken
en Namibie, Libreville au Gabon, Accra au Ghana, Dakar au et vendu en 1995 à Wally Gale et sa société Aero Rebuilders, sise en Allemagne
Sénégal, Las Palmas aux Canaries, Cascais au Portugal, et sur l’aéroport de Rand. Flippie Vermeulen l’acheta en 2002 et et appartient
Avignon. Il était piloté par deux pilotes de ligne de la compagnie l’entreposa pendant sept ans. En 2009, après avoir vendu son autre à l’homme
Cargolux, les captains Ulrich Spielmann et Noel Flynn, assistés de DC-3 immatriculé ZS-GPL, il débuta la restauration en profondeur d’affaires
celui qui a fait revivre ce DC-3, le Sud-Africain Flippie Vermeulen. du ZS-NTE. Le premier vol de sortie de restauration eut lieu allemand Peter
L’avion appartient désormais à un homme d’affaires allemand, l’année suivante et, sous les couleurs de Springbok Classic Air, Adrian.
Peter Adrian, qui possède déjà un T-28 et un Beech 18, l’avion était depuis utilisé pour des vols touristiques à la demande
et dont une des sociétés gère l’aéroport de Zweibrücken. au-dessus de l’Afrique du Sud et de la Namibie. Le ZS-NTE
Comme nombre de DC-3, le ZS-NTE a une histoire fascinante. a effectué son dernier vol d’agrément pour Springbok Classic Air
Construit à Oklahoma City, aux États-Unis, il fut livré à l’US Army le 25 avril dernier, au départ de Swartkops.

Le mythique TSR-2 prend l’air à Cosford


Le 11 juin, le BAC TSR-2 matricule le 6 avril 1965 – il y a tout juste 50 ans – survécut pas. Le matricule XR220, second Le BAC TSR-2
XR220 a été exceptionnellement alors que seul le premier des trois prototypes prototype, est préservé à Cosford et matricule
sorti du musée de la RAF de Cosford dans avait volé. Le XR219, qui fit en tout et pour le troisième prototype, XR222, à l’Imperial XR220 le
le cadre du spectacle aérien qui a eu lieu tout 24 vols, fut alors expédié dans un War Museum, à Duxford. 11 juin dernier
le 14 juin. C’est seulement la seconde fois polygone de tir où il servit de cible et n’y Denis J. Calvert à Cosford.
que le prototype est vu hors du musée
depuis l’arrêt du programme du TSR-2.
Le BAC TSR-2 (Tactical Strike and
Reconnaissance 2) était un projet de
bombardier capable d’atteindre Mach 2,
lancé par le Royaume-Uni à la fin des années
1950. Ce genre d’apparition soulève
beaucoup d’émotions en Grande-Bretagne,
où l’histoire du “bombardier perdu” relève
de la mythologie. Le premier prototype fit
son premier vol le 27 septembre 1964, aux
mains du célèbre pilote d’essai Roland
Beamont et du navigateur Donald Bowen.
Mais le programme fut abandonné par le
gouvernement travailliste nouvellement élu
DENIS J. CALVERT

4
Enn bref
breef
Lee Haawkker “Huurrriccanee” F-A
AZXR
R
accciddentté à Dijjon-Darroiss
Le dimannche 24 maai, le Haw wkeer “Hurricanne” F-AAZXR est soorti
de piste à l’atterrisssage alorrs qu’il see posaait surr l’aéroodromme
de Dijon--Daroiis, de retour du spectaacle aéérien Le Tem mps
dess hélicces à La Ferrté-Alaais. Lee chassseur a termminé sa course
surr le nez, conntre dees moonticules de terre dispoosés dans
la forte pente qui see trouvve à l’eextrémmité de la piste 02.
Le pilote n’a paas étéé blesssé,, maais l’hélice tripalee a étéé briséée,
ainnsi quee la jam
mbe droite du traain d’aatterrissagee. Grâcce
à laa diligeence de l’éqquipe d’AAerro Resstoratiion Seervice,,
les travaux de réparration onnt déébuté dès le lenddemain.

DR
Sea Furry” Sea Haawkk
Lee “S
La CAF a redécouvert le C-47 esst soortii dee pisste à Deenvver
Le 25 maai, le Hawkeer “Seea Furyy” imm matricculé N254SSF,
qui mena le Jour J et veut le à moteurr Wright R-33350 “Duuplex Cycclonee” et baaptiséé Sea
Haawk, duu colleectionnneur américain Josepph Thibbodeau, est
restaurer pour le faire voler sorrti de piste alors qu’il see posaait surr l’aérroport Centeennial
de Denveer, danns le Coloraadoo. Lee pilotte n’a pas été bleessé.
Aux États-Unis, la Commemorative Air Force (CAF) a lancé À Oshkosh,
une vaste opération d’achat et de restauration du Douglas le C-47
C-47 matricule 42-92847. Des recherches réalisées par un matricule
passionné ont révélé que cet avion, entreposé à Oshkosh, dans 42-92847
le Wisconsin, sur un parking de la société Basler Turbo Conversions se languit sous
en attendant d’être équipé de turbines, fut le C-47 qui mena la le soleil du
première opération aéroportée du Jour J. Il était alors baptisé That’s Wisconsin
All Brotherr. La CAF a fait appel au financement participatif pour, depuis 2008.
dans un premier temps, réunir les 75000 dollars nécessaires à Par chance, il DR
l’achat de la machine. Deux jours plus tard, la somme avait déjà été n’a pas encore
largement dépassée, et la CAF a décidé de continuer de solliciter été équipé Lee “LLanccasster”” du BBBMFF deevraait
les passionnés pour atteindre les 250000 dollars qui couvriraient de turbines, voolerr à nouvveaau enn seepteembbre
en plus le coût de la restauration. Au moment où nous écrivions cet modification
à laquelle il De bonnees nouuvellees sontt arrivvées début juin dee la baase
article, 125000 dollars avaient déjà été réunis, et la campagne de la Royyal Airr Forcee de Conninggsby, où estt instaallé le Battle
était destiné.
de financement participatif était encore à 25 jours de sa clôture. of Britainn Mem morial Flightt, l’unitté commmém moratiive dee la RAAF :
Le 6 juin 1944, le C-47 matricule 42-92847 mena la mission aprrès insspectioon, le bâti motteuur et laa nouvvelle cloisonn pare--
Albany, à la tête d’une formation de 432 avions qui, peu après feuu de soon Avrro “Laancasteer”” matricuule PA474 devaient êtree
minuit, largua près de 6600 parachutistes de la 502nd Parachute insttallés fin juin . Lees méccanniciens en chaarge duu bom mbardier
Infantry Regiment de la 101st Airborne Division sur la péninsule du esppèrentt pouvvoir le faire voler à nouvveau fin aoûût ou début
Cotentin. Le soir, That’s All Brother remorqua un planeur emportant sepptembbre. Lee jeudi 7 maai, lorss d’un vol d’entraî aînemeent à
des hommes de la 82nd Airborne Division dans le cadre de la Conningsbby, le moteuur n° 4 avaitt pris feu enn vol. L’équipage
mission Elmiraa. Plus tard il participa à l’opération Market Garden, avaait pu poserr l’avioon sanns délaai et sans autre problème,
à la bataille des Ardennes et à l’opération Varsityy. Il devint civil et les pom mpierrs étaiient innterrvennus auussitôôt, maîîtrisannt
en 1946, passa entre les mains de 16 propriétaires différents l’incendiee très rapiddemennt (p (phooto ci--desssous).
puis fut acquis en 2008 par Basler Turbo Conversions.

Une épave de “Helldiver”


découverte à Palaos
À la fin du mois de mars dernier, l’épave d’un Curtiss
SB2C-1 “Helldiver” a été découverte par 35 m de fond
au large d’une des îles de la République de Palaos, dans le L’épave
Pacifique, par une équipe multidisciplinaire issue de l’University du “Helldiver”
of Delaware’s College of Earth, Ocean, and Environment (UD CEOE), repose par
DR
de la Scripps Institution of Oceanography 35 m de fond.
DR
de l’University of California-San Diego, Lee Loockhheeed 100 OK-CCTB
B de Batta
de la Coral Reef Research Foundation esst arrivvé à bonn port
et de l’association BentProp Project.
Le bombardier en piqué avait été perdu, Le Lockhheed 10A “EElectraa” im mmatricuulé OKK-CTBB s’est posé
avec ses deux membres d’équipage, lors le 28 mai à Toccna enn Répuubliquee tchèèque. Parti de Wicchita
de l’opération Stalemate III, la très rude danns le Kansass, aux États--Unnis, où il a été restauuré pouur
bataille de Peleliu qui eut lieu la sociétéé Bataa, le véénérabble bimmoteurr a fraanchi 9 700 km enn
de septembre à novembre 1944 et qui 9 joours ett 40 heeuress de vool, à la vitessse mooyennee de 2338 km
m/h.
avait vu les Marines débarquer sur l’île.
5
ACTUALITES
C S

Déjà 100000 visiteurs à Aeroscopia,


qui annonce l’arrivée d’un Airbus A380
et d’un A400M “Atlas”

XAVIER MÉAL

Cinq mois après son ouverture, d’aménagement intérieur, le dernier-né des Début 2017, la ferme de Pinot, toute Cinq mois
Aeroscopia a accueilli à la avions de transport militaire sera présenté proche, accueillera un auditorium, des après son
mi-juin son 100000e visiteur. soute ouverte. Le public pourra voir les salles de séminaires, une médiathèque et ouverture,
Ce faisant, le musée toulousain dépasse systèmes et les câblages. À plus long une brasserie; les travaux débuteront en Aeroscopia a
allègrement son objectif initial qui était terme, un A380 de présérie rejoindra aussi septembre, tandis que ceux du futur atelier déjà accueilli
de 120000 visiteurs la première année. Aeroscopia; il est actuellement entreposé de restauration –qui pourra être visité – 100 000
Bernard Keller, le maire de Blagnac, très en bout de piste à Toulouse, mais il faut de l’association Ailes Anciennes de Toulouse visiteurs, et
fervent supporter d’Aeroscopia, affirme viser auparavant lui construire un parking ont d’ores et déjà débuté. “Cet automne, vise les 200 000
désormais les 200000 visiteurs. “C’est renforcé spécial, du fait de sa masse à vide le public pourra nous voir réparer alors que son
encourageant, explique Laurence Calmels, de 300 t, pour un coût d’un million d’euros nos avions, à l’abri, et échanger avec objectif pour la
directrice générale de Manatour, l’exploitant – la recherche de financement est en cours. nos mécanos”, se réjouit Jean-François première année
du site. L’ouverture était très attendue. L’A380 sera installé côté nord, relié au Bruna-Rosso, le président. Les Ailes d’exploitation
Les passionnés d’aéronautique, musée par une passerelle afin de faciliter Anciennes de Toulouse ont déjà prêté était de
les employés d’Airbus sont venus. l’accès aux personnes handicapées. 19 de leurs avions à Aeroscopia. 120 000.
Nos visiteurs sont à 93 % des Français, 7 % DR

à peine des étrangers. Les deux tiers viennent


de Haute-Garonne, notamment le week-
end. Cet été, nous attendons davantage Le 20 juillet,
de touristes plus éloignés, de la région, Aeroscopia doit
de toute la France et bien sûr d’étrangers, s’enrichir
qui représentent 25 % de notre clientèle d’un exemplaire
des visites de la chaîne de l’A380.” de l’avion
Ce 20 juillet, Aeroscopia recevra l’Airbus de transport
A400 M d’essai immatriculé F-WWMT sur militaire
son tarmac extérieur. Après des travaux A 400M “Atlas”.
6
Enn bbref
reef
Rooyall Airr Taattooo, du 177 au 199 juuillett
Le Royal Internnationnal Airr Taattooo, le grandd specctacle aérienn
annnuel de la Royal Air Forcee, aura lieeu duu 17 auu 19 juillet sur
la base de Fairrford, en Grrannde-Bretaagne.. En pllus dees avioons
militairess modderness venuus de toute l’Europe ett mêm me du
Qattar et des Éttats-UUnis, ainnsi que dee la Patrouille dee Francce
et des Reed Arroows, on pourrra y voir trois Hawkeer
“Huurricanne”, huit “SSpitfiree” et un “Seeafiree”, ainnsi quee
ce qui seeront parmii les toouttes dernières présentatioons
en vol duu Avro “Vulccan” XH55588.
DR
Laa Coollinngs Fouundaatioon
Dernière saison raachèète l’Evverggreeen
Aviattion & Spaace Musseuum
pour le “Vulcan” XH558
Le Vulcan to the Sky Trust a récemment confirmé que cette Cet été offrira
saison de présentations en vol serait la dernière pour le Avro les toutes
“Vulcan” matricule XH558 qu’il entretient et fait voler, le dernier de dernières
son espèce en état de vol. Le coût du retour dans le ciel du XH558 opportunités
en 2007 avait été très élevé, notamment parce qu’il avait fallu de voir en vol
réaliser de lourdes modifications sur le longeron de l’aile, imposées le “Vulcan”
par l’administration de l’Aviation civile et Bristish Aerospace. Puis le XH558. Il faudra
Vulcan to the Sky Trust avait dû réunir tous les ans 2 millions de pour cela
livres pour assurer, entretenir et faire voler le bombardier. La raison se rendre
de sa mise à la retraite découle des avis émis par les trois sociétés en Grande- DR

qui assurent son entretien. À la fin de la saison, XH558 sera exposé Bretagne, La Collinggs Fouundattion, quui fait voler B-177, B-244, P-51C,
sur l’ancienne base de la RAF de Finningley, où il sera la pièce notamment Me 262, F4 “Phantoom”, A-4 “Skyhaw wk”, entre autress, aux
maîtresse d’un musée dédié. Le calendrier des présentations est au Royal Air Étaats-Unis, a annoncé vouulooir raacheteer l’Evvergreeen Avviationn &
visible sur : http://www.vulcantothesky.org/appearances.html Tattoo. Spaace Museum m, le “muséée du Sprucce Gooose”, à McM Minnville,
danns l’Orregon,, pourr 22 millioonss de doollarss. Sur les 255 avionns
quee compte le muséée, quelqquees-unss seuleementt seraaient
Assemblée de warbirds rares trannsféréés sur la côtte Est,, oùù la Collinngs Fooundaation a ses
insttallatioons, taandis que 16 restteraient danns le muséee

à Duxford les 11 et 12 juillet tel qu’il est aujourd’’hui, avvecc unn bail d’occcupatioon
dess actueels bââtimennts rennouuvelés poour 200 ans.
Eveergreeen Vinttage Aircrafft, laa soociétéé qui possèdde less
terrrains, les bââtimennts occupéss par le mussée ett les avions
expposés, s’était décclarée en faillite l’aannéee dernnière,
ce qui avvait rem mis en quesstioon l’avennir de l’établissem ment.
Sa sociétté pareente, la com mpagnnie aérienne Everrgreenn
Inteernatioonal Aviatioon, avaait ellee fait faaillite en 20013.

Sppecctaclle aérieen
suur lee lacc duu Boourgget le 9 aooût
Dimmanchhe 9 aooût, au-desssuss duu lac du Boourget, en Savoie,,
aurra lieu un grrand spectaaclee aéérien gratuit. Au prograamme :
avioons dee légende, de volttige, patrouuille accrobattique, avions
militairess, héliccoptèrres, plaaneeurrs, parrachuttistes et hyddravionns!
Ce meeting aéérien sera pllaccé sous lee signne de laa voltiige
de haut niveauu. Sur l’esplanadee du laac à Aix-less-Bainss, entrre
le grand port et le peetit poort, un villagge d’exposaants seera
FRANCK MORMILLO insttallé, avec de nom mbreuusees animattions pour toute
la faamillee. À l’aaéropoort de Chham
mbéry--Savooie, passionnnés
Les 11 et 12 juillet prochains, l’Imperial War Museum de Le Curtiss
P-36C de
et curieuxx pourrront approocher de prèès les machhines.
Duxford, près de Cambridge, en Grande-Bretagne, sera
une nouvelle fois le théâtre du plus grand et plus beau spectacle The Fighter
aérien de warbirds d’Europe : Flying Legends. Le programme Collection sera Lee Caanadda bloqque la vennte
annonce, en plus de l’habituel contingent de “Spitfire” et la vedette d’’un Marrtinn “M
Marss” au muséée
“Mustang”, et des avions de The Fighter Collection, nombre du spectacle dee l’U
US Navvy dee Pennssaccolaa
d’avions rares parmi lesquels le Curtiss P-36C de TFC, tout juste aérien Flying
restauré et qui sera à peine arrivé des États-Unis, l’unique Bristol Legends, Le ministtère dee la Culturee duu Canadaa a enngagé une
“Blenheim” en état de vol et le Supermarine “Seafire” LF III à Duxford, les proocédurre pouur emppêcheer l’expportatiion d’’un dees deux Marrtin
matricule PP972, qui fera sa première apparition en public et dont 11 et 12 juillet. JRM M “Maars” suurvivaants, bapptiséé Philiippinee Marss, proppriété de
le Français Jean Frelaut sauva l’épave de la destruction chez un la sociétéé Coullson Flying Tannkeers, veers le Nationnal Muuseum m
ferrailleur à Lorient dans les années 1970. Les billets peuvent of the USS Navyy, à Peennsaccola, aux Étaats-UUnis, auu préttexte que
être achetés en prévente sur www.flyinglegends.com/ l’avvion esst un “bien culturrel d’im
mportance”” pourr le Caanada.

7
ACTUALITES
C S

Le musée de l’Air et de l’Espace


dévoile son nouveau hall de
la Seconde Guerre mondiale et
son mémorial Normandie-Niémen
Le 11 juin dernier, le musée de l’Air et de l’Espace, au À proximité de ce hall se trouve le tout nouveau mémorial
Bourget, a inauguré son nouveau hall d’exposition dédié Normandie-Niémen, réalisé grâce au mécénat de la banque russe
aux avions de la Seconde Guerre mondiale, les légendaires Zénith, et qui a été inauguré le 5 juin. Au centre de cet espace
“warbirds”. Ce hall est le fruit du partenariat entre le musée de 300 m2 trône l’exemplaire original de Yak-3 du musée, dernier
de l’Air et de l’Espace, le musée du Débarquement de Utah Beach survivant des 37 Yak-3 qui avaient atterri au Bourget le 25 juin
et la Fondation Dewhurst. Cette dernière est présidée par 1945, lorsque le fameux régiment était rentré de Russie (trois avions
David Dewhurst, troisième du nom, homme d’affaires et avaient été perdus sur accident lors d’une étape à Saint-Dizier).
vice-gouverneur du Texas, dont le père, le lieutenant-colonel David Le chasseur offre la particularité unique d’être présenté avec
Dewhurst Jr., pilota durant la Seconde Guerre mondiale des B-26 d’un côté les couleurs qui lui avaient été appliquées par le musée
“Marauder” au cours de 85 missions. Le 6 juin 1944, il était chef pour l’exposer, et de l’autre, “découverte” au scalpel, la superposition
d’escadrille et, à travers lui, son fils veut rendre hommage des différentes couches de peinture (nous vous raconterons
à tous les soldats alliés qui, par leur courage et leur sacrifice, cela dans un prochain article), de façon à exposer toutes ses
ont contribué à rendre à l’Europe sa liberté. David Dewhurst “couches de vie” et donc par là même son histoire.
a déjà œuvré dans le passé pour que le B-26 “Marauder” L’exposition regroupe un grand nombre d’objets ayant appartenu
du musée soit repeint aux couleurs américaines et prêté à des pilotes et mécaniciens de l’unité lorsqu’ils se battaient
à long terme au musée du Débarquement de Utah Beach, sur le front russe de l’Est au côté des Soviétiques. Elle reprend Catherine
où il est désormais exposé dans un écrin sur mesures. les collections auparavant présentées au musée des Andelys, Maunoury,
Ce nouveau hall a été conçu par l’architecte Nicolas Kelemen; dans l’Eure, qui avait dû fermer en 2010. Six grandes thématiques directrice du
il s’inspire de la technologie de construction des avions de la retracent la présence du régiment en URSS : la constitution musée de l’Air
Seconde Guerre mondiale et son enveloppe rappelle leur profil du régiment, les campagnes, la vie quotidienne rigoureuse et de l’Espace,
prononce
aérodynamique. Il offre 200 m2 supplémentaires par rapport au dans un pays étranger, les pilotes et mécaniciens, les avions
le discours
précédent, avec une surface totale de 1733 m². Deux façades et le retour – au Bourget en juin 1945. Nous vous ferons
d’inauguration
vitrées permettent de bénéficier d’un éclairage naturel important visiter ce mémorial dans notre prochain numéro.
du nouveau
et d’apercevoir depuis l’intérieur les pistes de l’aéroport du Bourget. Enfin, le musée de l’Air et de l’Espace a rouvert son hall
hall de la
Les visiteurs peuvent y admirer un Douglas C-47 dont on peut de la Cocarde à l’occasion du Salon du Bourget, après avoir Seconde
visiter l’intérieur, un P-51D “Mustang”, un P-47D “Thunderbolt”, dépoussiéré les avions, nettoyé le hall, repeint la fameuse Guerre
un Dewoitine D.520, un “Spitfire” Mk XVI, un AD-4NA “Skyraider”, cocarde au sol et retiré le velum qui empêchait la lumière mondiale, le
un Heinkel 162, une bombe volante V1 et un Focke-Wulf 190. naturelle – désormais abondante – de rentrer. 11 juin dernier.
XAVIER MÉAL
Enn bbref
reef
Feestivval de l’Airr less 4 et 5 juiillett
à Bonnduues
Less 4 et 5 juilleet aurra lieu suur l’aaérodrome de Lillle-Maarcq lee
festtival de l’Airr de Bonduees. Au progrramm me : graand meetingg
aérrien avvec noombree d’avions ancienss et de colleectionn (T-6,
Perrcival “Mew w Gull””, Sopw witth Triplane, Be2, Fokkker Trriplan,
SE55, Junkers CL1, Pilatuss, Stagggerw wing, etc.) aiinsi quue
la patrouille Caartoucche Dooréé, poortes ouverrtes dees aéroo-clubbs
et beaucooup d’autrees anim mationns. Saamedii de 144 h00
à 20h000 et dim manche de 100 h000 à 18h000.

Fiin du QF-44 “P
Phantom
m” à Tyyndaall

DR

Le 27 maai dernnier, lee 82ndd Aeriaal Targget Sqquadroon de l’US Air


Forrce a rééaliséé sa tooute deernnièrre mission avec des QFF-4
“Phhantom m”, marquaant ainnsi la fin de 20 anns de présence
du QF-4 sur la basee Tyndaall, en Floridde. Deeux QFF-4 cibbles
volaantes ont déécolléé vers 100 h15 du matinn et onnt été détruitts
en vol avvec succcès une deemi-hheure plus tard paar dess pilotees
qui s’entrraînaieent auu tir dee misssile airr-air sur des objeectifs
réeels. Le progrramme de ciblles volanttes rééelles QF-4
de la basse de Tyndaall avaiit été initié en 19997; laa destrructionn
de ses deeux deernierrs QF-44 ouvrre le début d’unee nouvvelle ère,
aveec dess cibless volaantes réeelless de tyype QF-16 “Fightting
Falccon”. L’USAAF faitt encorre voleer queelquess QF-44 sur sa basse
de Hollom man, au Nouveauu Mexiique.

255 anns de bapttêmes rétrro


XAVIER MÉAL
XAVIER MÉAL La pièce à Duxxforrd avecc Claassiic Winggs
centrale du
mémorial est le
Yak-3 n° 2530,
le seul
survivant des
40 que donna
Staline
aux pilotes
du Normandie-
Niémen
en juin 1945.
DR

Le 3 juin dernieer, la sociétté Classsic Wings a céléébré 25 ans


de baptêmes de l’aiir rétroo suur sa basse de Duxfoord, prrès de
Cam mbridgge en Grande-Bretaagne. Claassics Wingss est la seule
com mpagnnie à effectuuer ceettee acctivité depuis ausssi longtempps.
L’Américain Cettte socciété faamiliaale faitt voolerr deuxx De Havillaand “D
Dragonn
David Rappide”, quatrre “Tigger Moothh” et un North American
Dewhurst, “Haarvardd”. À ce jourr, elle a faait voler plus de 75000 passsageers.
le généreux À l’occassion dee cet anniveerssairee, l’auutoritéé de l’AAviatioon civile
mécène qui brittannique lui a octtroyé l’auutorrisatioon de désormais proposser
a financé dess baptêêmes de l’aair en “Spitffire” biplacee. Si jaamais vous
la construction alleez assiister au speectaclee aérieen Flyying Leegendds les 11
du nouveau et 12 juilllet proochainns, et quee voous soouhaittez voous offfrir
hall de la – ou offriir – unn bapttême de l’aiir rétroo, il esst sage de réserveer
Seconde Guerre surr le sitee www.classic-wings.co.uk
Mondiale.

9
A LIRE
R ET A VOIR
OR

André Turcat
Dans son dernier livre, Pierre Sparaco nous
raconte André Turcat.Voici le moment où il
passe du “Griffon” à Concorde en 1960.

D
ans son subconscient, Nadot, né en juillet 1907 et âgé alors

“ AndréTurcat est alors plus


que jamais convaincu que
ce n’est pas Nord qui lui
offrira la suite de sa car-
de 54 ans. Turcat, lui, avait à ce mo-
ment-là tout juste 40 ans. Il serait faux
d’en conclure qu’une ambiance cha-
leureuse a prévalu. La décision d’em-
rière. Mais il fera tout pour ne pas re- baucher André Turcat a été prise sans
noncer à l’aviation,au pilotage.Et c’est plus attendre, la hiérarchie a été res-
alors que Georges Héreil l’appelle ! pectée et c’est logiquement Nadot qui
“Quand pourriez-vous venir me voir ?” a signé la lettre d’embauche. Mais il
La réponse est directe, claire et nette : s’est empressé d’interdire àAndréTur-
“Cela dépendra de la vitesse du taxi !” cat de créer une équipe dédiée aux es-
Le siège de Nord est à Châtillon, celui sais en vol de Super Caravelle, ce qui
de Sud dans Paris intra-muros. La ren- n’était pas particulièrement sympa-
contre a ainsi lieu le jour même et mé- thique mais n’avait pas grande signifi-
rite sans aucun doute d’être qualifiée cation. Nadot, en effet, est parti en re-
d’historique : adieu les moteurs de ca- traite dès juillet 1964, c’est-à-dire trois
mions, adieu les bancs d’essais… ans plus tard.
La preuve est faite que Georges Hé-
reil,quand il a laissé entendre qu’il rap- Une phase extraordinaire
pellerait André Turcat, pensait vrai-
ment ce qu’il disait. Qui plus est, le
de sa carrière
P-Dg de Sud était d’ores et déjà con- La page était tournée.“Le ciel s’ou-
vaincu de la réalité future de Super Ca- vrait,j’étais un pilote heureux,je venais
ravelle. Dans son esprit, c’était déjà d’être nommé responsable des essais en
bien plus qu’une fragile hypothèse de vol de l’avion supersonique qui ne s’ap-
travail,alors que rien n’était résolu,pas pelait pas encore Concorde.Je suis parti
même les choix techniques les plus dé- pour Toulouse. Mon prédécesseur a été
cisifs.Depuis la rencontre fortuite dans loyal, mais pas chaleureux. Je lui pre-
l’avion d’Air France, Georges Héreil, nais sa place.Je me suis malgré tout vite
qui avait de la suite dans les idées,s’était fait quelques camarades, on connais-
entretenu avec franchise avec Pierre sait les records que j’avais battus. Je
Nadot.Rien n’a percé du ton de cet en- n’étais pas un imposteur, j’étais un gars
tretien mené en tête-à-tête, si ce n’est du métier.” Le déroulement des évé-
qu’en toute logique, il fut question du nements est tout simplement logique.
calendrier – tout à fait théorique – qui Le transfert de Nord à Sud s’est fina-
serait celui du développement de Super lement déroulé sans heurts, sans hia-
Caravelle, en admettant que le projet tus. Mais rien n’indique, à ce moment-
devienne réalité. Un calendrier in- là, qu’André Turcat aborde une phase
compatible avec l’âge de extraordinaire de sa carrière.” ■

Faire la biographie d’André Turcat ?


“Mission impossible”, selon Pierre
Sparaco. Et pourtant le défi est ici
relevé haut la main. André Turcat est un
homme éminemment discret, éloigné
des fanfaronnades que pourrait
pourtant lui inspirer un carnet de vol
bien garni par sa longue carrière
de pilote d’essais. Il est bien sûr
qquestion dans ces pages de “Griffon”,
dde Concorde, mais c’est bien d’autres
André Turcatt, choses dont il s’agit finalement.
biographie À l’heure des drones et des ordinateurs
Par Pierre Sparacoo désincarnés, voici un homme dans ses
250 pages, 12,50 € dimensions intellectuelle et spirituelle.
ISBN : 978-2-7089-9254-2 Une belle rencontre.

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à géométrie variable et un photographe... - Morane-Saulnier MS. 760 “Paris” - Le duel historique de Joseph Frantz
- La quadrature du cercle de l’aérodynamique - Afrique, embrouillamini dans le ciel du Mali - Invention : Après avoir ramé, l’hélice - EAA AirVenture 2014
- Une visite au USS Hornet Museum - Le “Baroudeur” s’empêtre dans son chariot - Les Lockheed “Orion” et “Electra” - North american 0-47, moderne mais inadapté
- 2 juillet 1934, la naissance de l’armée de l’air

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Novembre 2014 Décembre 2014 Janvier 2015 Février 2015


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- Sur la trace d’un chasseur et de sa cible - Les quatre “Beaufighter” enrôlés par Israel - F.155T, l’ultime intercepteur de la RAF - Mauboussin 40 « Hémiptère »
- Attaque dans la nuit du 6 mars 1944 - Il y a 60 ans dans l’aéronautique française - Dewoitine 530 du musée de l’Air de et de l’Espace - Stinson L-5 « Sentinel »
- La seconde génération des “Falcon” - Ce jour-là... 17 octobre 2014 - Mise en service en 1967 du LLiouchine 62 - L’Aerscopia est enfin ouvert
- La fin d’une dynastie - Protéger Londres à tout prix, les Chasseurs de V1

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- Mars-Août 1945, le Japon en feu - Avril 1945, Le mythe du dernier combat - Avril-mai 1945 : La Luftwaffe rend les armes - L’opération Bragation, été 1944
- L’abominable Waco du ciel - Falcon 2000, le digne successeur - Les « mirages » F1 de Saddam Hussein - L’histoire d’une obession : Gloster « Gladiator »
- Des femmes aux commandes : L’Air Transport Auxiliary - FG-1D « Corsair », restauration olympique - L’accident du SE 2010 - C-47A Drag-‘em-oot. Retour sur Sainte-Mère- Eglise
- Il y a 60 ans dans l’aéronautique française - 1915-1918 : l’aviation française en Italie - 1915-1918, l’aviation française en Italie - Avril-mai 1945 : La Luftwaffe rend les armes
- 7 avril 1945 ; l’ultime combat du dernier des géants - 18 mai 1935, la fin d’un colosse - Ce jour-là… 7 juin 1975 : Le contrat du siècle

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HISTOIRE

Avia S-199 “Mezek”


Les p
premiers
chasseurs israéliens
Dès le mois de mai 1948, la guerre éclate entre Israël et la Ligue arabe.
Il faut des chasseurs. Les pilotes israéliens rêvaient du“Mustang”
mais ils devront se contenter du médiocre “Mezek”… Par Shlomo Aloni

L
’Avia S-199 tchécoslovaque Palestine dès que les Britanniques diale, disponible
p auprès
p des surplusp
était un hybride,un fuselage l’auraient quittée.Le gouvernement des États-Unis,de l’Afrique du Sud et
de Messerschmitt 109G ac- britannique avait fixé à minuit le de quelques autres pays.Mais laTché-
couplé à un moteur Junkers 14 mai 1948 la fin de son mandat et coslovaquie ayant accepté de vendre
Jumo 211F, ce qui lui valut s’était donné jusqu’au 1er août 1948 des armes à la Haganah, David Ben
le surnom peu flatteur de “Mezek”, pour achever le retrait de ses forces Gourion interrogea le 1er mars 1948
la mule en tchécoslovaque,du fait de de la Palestine. le représentant de l’organisation en
caractéristiques de vol notoirement… La Haganah,une organisation pa- Tchécoslovaquie sur la possibilité
mauvaises.Cette triste réputation du ramilitaire sioniste,s’était préparée à d’acquérir une dizaine de chasseurs,
S-199,acheté au début de 1948 parce l’invasion par les nations arabes, no- et ne pas se retrouver sans rien s’il
qu’aucun autre type d’avion de chasse tamment en créant une section de dé- s’avérait impossible pour Israël d’ac-
n’était alors disponible pour la force fense aérienne, initialement avec un quérir des P-51.
aérienne israélienne naissante,attei- inventaire de sept avions légers, LaTchécoslovaquie proposa des
gnit des sommets lorsqu’il fut mis en qu’elle voulait renforcer avec des Avia S-199,mais la Haganah ne s’em-
service par Israël. avions de combat. pressa pas d’accepter l’offre, car elle
La résolution 181 de l’ONU, en menait par ailleurs des négociations
date du 29 novembre 1947, avait ap- Un contrat portant pour tenter d’acquérir d’autres types
prouvé un plan de partage de la de chasseurs. Le contrat, finalement
Palestine et la résiliation du mandat Les premiers sur 10 Avia S-199 signé le 23 avril 1948, porta sur dix
avions mis en
britannique,qui
q q devait être suivi p par La Haganah exprima le 1er février avions avec une option pour 15 sup-
œuvre dans un
l’établissement d’un État arabe à côté 1948 au futur Premier ministre David plémentaires dans les six semaines
cadre militaire
d’un État sioniste. Si les sionistes ac- Ben Gourion sa préférence pour le qui suivaient. La valeur totale du
par la Haganah,
ceptèrent la résolution 181, les Ara- organisation
P-51“Mustang”,mais un embargo de contrat était de 1,8 million de dol-
bes la rejetèrent,et une guerre civile paramilitaire
l’ONU menaçait de contrecarrer les lars,ce qui portait le coût unitaire de
éclata alors que les pays de la Ligue sioniste, furent plans d’acquisition de ce glorieux vé- chaque S-199 à la somme stupéfiante
arabe s’apprêtaient à envahir la téran de la Deuxième Guerre mon- de 180 084 dollars – à une époque où

des “Auster”.

VIA AISO

14
Lou Lenart, ancien des Marines
sur “Corsair”, fut un
des premiers pilotes israéliens
à prendre en main un S-199,
le 29 mai 1948.

VIA AISO
AVIA S-199 “MEZEK”

“leC’est probablement
il était possible de se procurer un un visa. Des avions d’entraînement
chasseur de la Deuxième Guerre Avia C2 furent utilisés pour les vols
mondiale auprès des surplus pour
quelques milliers de dollars. Ce coût
“par avion” se décomposait en
pire avion que j’ai de familiarisation, avec des instruc-
teurs de la force aérienne tchécoslo-
vaque en place arrière.
447600 dollars pour la machine elle-
même, 6 890 dollars pour l’équipe-
jamais eu le malheur Les deux anciens pilotes de
chasse,ModiAlon et EzerWeizman,
ment de chaque avion et 120229 dol-
lars pour les munitions, le reste du
de piloter! ” volèrent pour la première fois aux
commandes d’un S-199 le 12 mai
montant étant réparti entre le coût 1948 ; les “retardataires” Eduard
d’expédition et la formation.Ce prix Cohen,Lou Lenart et Milton Ruben-
élevé en dollar américain résultait Athènes, le 6 mai 1948. Ils gagnèrent feld arrivèrent à Ceske Budejovice
d’un taux de change officiel établi à ensuite la Tchécoslovaquie depuis deux jours plus tard. Lou Lenart se
1 dollar américain pour 50 couronnes l’Italie,via la Suisse,par avion et train. Les premiers souvient :“C’est probablement le pire
tchèques alors que la valeur réelle Le début du premier stage de conver- pilotes avion que j’ai jamais eu le malheur de
était de 1 dollar pour 500 couronnes, sion pour les Israéliens avait été fixé israéliens piloter! Un moteur différent, une hé-
auquel cas le prix réel d’un S-199,to- au 10 mai 1948, soit 17 jours après la envoyés en lice différente, les mitrailleuses tirant
talement équipé, prêt à décoller, au- signature du contrat d’acquisition des Tchécoslovaquie à travers l’hélice,qui n’ont jamais fonc-
rait été de 4 460 dollars, soit prati- S-199,et seulement quatre jours avant pour être tionné – la synchronisation ne fonc-
quement le même que celui qu’un la fin du mandat britannique. formés sur tionnait souvent pas –, il n’y avait pas
chasseur de la Deuxième Guerre S-199. Debout de réservoirs de carburant auto-ob-
mondiale des surplus qu’il aurait fallu “Un avion inconfortable de g. à d. : turant,une section seulement du siège
armer, rénover et rééquiper. La Ha- Alexander était à l’épreuve des balles et il était
ganah paya la Tchécoslovaquie au
et sous-motorisé” Jacobs, Ezer sous-motorisé.Vous pouvez imaginer
taux de change officiel, et c’est sans Le groupe était constitué de 11 Weizman, Lou un avion de combat sans compensa-
doute pour cela que le contrat ne pilotes dont cinq seulement avaient Lenart et Modi teur de direction? Il n’y en avait pas
porta que sur dix machines,d’autant piloté des chasseurs pendant la Alon. sur cet avion! Donc, vous aviez cette
plus qu’Israël avait le ferme espoir Deuxième Guerre mondiale; les six Assis, de g. monstrueuse hélice et des effets de
que ses efforts pour acquérir d’autres autres étaient des pilotes de la sec- à d. : Jacob couple [et aucune compensation de la
Ben-Haim,
types de chasse donneraient des ré- tion aéronautique de la Haganah avec direction]. Comme j’étais le plus âgé,
Pinchas
sultats positifs. plusieurs centaines d’heures de vol j’ai été le premier à voler. Il n’y avait
Ben-Porat,
Près de deux semaines furent per- d’expérience.Le cours de conversion pas de délimitations. Juste un champ
Eddie Cohen,
dues entre la signature du contrat le hâtive sur S-199 commença avec seu- Isaac Henenson,
d’herbe et pas de point de repères sur
23 avril 1948 et le départ des pilotes, lement huit pilotes car trois des an- Nachman Meiri
lequel vous aligner : tant que la rou-
dans le DC-3 immatriculé ZS-AVK, ciens pilotes de chasse avaient été re- et Michael lette de queue était au sol,vous ne pou-
de Tel Aviv à Rome via Nicosie et tardés en Suisse faute d’avoir obtenu Keren. viez voir quoi que ce soit. Dans le F4U
VIA AISO

16
L’aviation Les volets. Habituellement, avec
égyptienne un avion américain ou tout autre type
attaqua le dépôt de“vrai”avion,vous baissez une poi-
de bus gnée et les volets descendent. Celui-là
de Tel Aviv avait une sorte de grosse roue que vous
le 18 mai 1948. deviez faire tourner. Comment ac-
Les Israéliens tionner cette roue tout en effectuant
n’avaient alors une approche ? En conséquence, je
aucun chasseur n’ai jamais eu les pleins volets; donc,
pour s’y opposer. au lieu d’approcher en courte finale à
105 mph [170 km/h], on était à
140 mph [225 km/h] – c’était ridicule.
Celui qui a conçu cet avion, aurait dû
être pendu par les c…
Dans les avions américains et bri-
tanniques,on décolle et atterrit avec la
verrière coulissante ouverte. En cas
d’accident,on peut ainsi vite vous sor-
tir.Dans le Messerschmitt,vous la ver-
rouillez et on est comme dans un cer-
cueil. Aucun système d’ouverture
VIA AISO rapide d’urgence. On avait ce senti-
[“Corsair”],vous pouvez regarder sur la force… Donc j’ai commencé en ment de claustrophobie et si quelque
les côtés et avoir une bonne idée de la donnant un peu de gouvernail à chose allait mal,vous l’aviez dans l’os!
direction,mais dans un champ d’herbe droite– j’avais l’habitude des gou- Cet avion était inconfortable,sous-
et sans marquages au sol, vous ne sa- vernes sensibles. Mais au moment où motorisé,et je n’ai jamais eu confiance
viez pas où vous étiez! Il fallait donc l’avion a enfin été en ligne de vol… en lui en quoi que ce soit.”
choisir quelque chose pour s’aligner horreur! La clôture était là, juste de- “Spitfire” et
dessus,mais c’était tout plat,donc im- vant moi! Heureusement, je suis par- C-47 égyptiens Pont aérien entre la
bombardèrent
possible de trouver un point de repère. venu à arracher l’appareil du sol juste
Il s’agissait donc de monter la queue avant l’obstacle. J’avais dévié de 45° les villes Tchécoslovaquie et Israël
israéliennes le
dès que possible afin que savoir où [pendant la course au décollage]. Ils Le mandat britannique prit fin le
15 mai 1948,
on allait. Quand je me suis installé [les autres pilotes israéliens] ont ap- à peine
14 mai 1948,et Ben Gurion proclama
pour le premier vol, j’apercevais la pris de mon expérience qu’il fallait l’indépendance
la création d’Israël le même jour. La
clôture.On nous avait dit qu’il y avait fortement compenser en donnant plein du pays Ligue des nations arabes lança son
du couple, mais sans nous en préciser palonnier à droite. proclamée. offensive le 15 mai. La section aé-
VIA AISO rienne de la Haganah devint alors la
force aérienne israélienne, mais les
forces aériennes arabes – p particuliè-
rement celles de l’Égypte,de la Syrie
et de l’Irak – n’eurent rien à faire
pour établir leur supériorité aérienne
en l’absence de chasseurs pour dé-
fendre l’État naissant.
Les opérations Balak,le pont aé-
rien entre la Tchécoslovaquie et
Israël, débutèrent alors. Le premier
S-199 destiné à Israël fut mis en
caisses et chargé dans le C-54 imma-
triculé NC58021 qui,dans le cadre de
l’opération Balak 5,décolla de Zatec
à 11 h 25 le 20 mai 1948, avec Modi
Alon et Ezer Weizman comme pas-
sagers. Le deuxième fut chargé dans
le C-46 immatriculé RX-138 qui,dans
le cadre de Balak 7, décolla de Zatec
à 06h15 le 21 mai 1948, avec Eddie
Cohen,Lou Lenart et Milton Ruben-
feld comme passagers.
La capacité d’emport du C-54 et
son endurance permettaient de trans-
porter un S-199 complet – fuselage,
hélice et ailes – d’un seul vol direct de
Zatec à Tel Nof, en Israël. Quand un
C-46 était employé, il fallait répartir
les caisses sur deux vols : fuselage et
hélice dans l’un,les ailes dans l’autre,
et faire une étape pour refaire les
pleins à Ajaccio.

17
AVIA S-199 “MEZEK”

L’assemblage des S-199 se fit dans


un hangar de l’aérodrome de Tel Nof,
avec l’aide de techniciens tchécoslo-
vaques, dont les premiers, au nombre
de cinq, étaient arrivés lors de Balak 9
avec le troisième S-199 destiné à la
force aérienne israélienne, au soir du
22 mai 1948. Le quatrième S-199 fut
perdu lorsque l’avion de transport de
Balak 11 s’écrasa alors qu’il était en
approche sur Tel Nof dans la soirée
du 23 mai. Les vols Balak se posaient
à Tel Nof un peu avant minuit et en
repartaient peu après du fait de la su-
périorité aérienne des forces de la
Ligue arabe durant la journée. Les
cinquième et sixième S-199 arrivè-
rent lors de Balak 12 et Balak 13 dans VIA AISO
la soirée du 25 mai. Les premiers
S-199 furent pagne visant à gagner la supériorité Cependant les S-199 n’attaquè-
Premier vol d’essai, livrés à Tel Nof aérienne. La force aérienne israé- rent pas El Arish le 28 mai, comme
par des C-46 lienne voulait lancer ses chasseurs au cela avait été prévu. Le Premier mi-
première mission et des C-54 combat au plus tôt. Le 26 mai 1948, nistre nota : “Les “Sakins” [“cou-
Avec cinq avions et cinq pilotes, le 20 mai. le Premier ministre israélien nota : teau”, autre surnom hébreu du S-199]
la force aérienne israélienne se mit Ils furent “Les trois Messerschmitt seront prêts ne sont pas prêts… les bombes ne sont
en devoir d’établir un plan pour at- immédiatement vendredi matin [28 mai 1948]; ils bom- pas prêtes… Les experts tchécoslo-
taquer El Arish, la principale base de remontés. barderont la base égyptienne… puis vaques étaient incapables de charger
la force aérienne égyptienne, comp- [attaqueront] plusieurs bases [en fait les armes…” Une scène similaire se
tant sur l’effet de surprise pour rem- des cibles spécifiées par les forces de reproduisit le matin du 29 mai,
porter la première victoire d’une cam- défense israéliennes]…” comme le rapporta le Premier mi-
VIA AISO
“ J’ai regardé vers
nistre : “Les Messerschmitt n’ont pas ponibles pour frapper la colonne
décollé. Les bombes, le carburant et égyptienne à proximité d’Ashdod.
les freins n’étaient pas OK…”
La force aérienne aurait-elle
Ashdod se situe à seulement
20 km à l’ouest de Tel Nof. Le com- le sol (…). La totalité
sciemment retardé la mission afin de mandant de la Brigade n° 5 des forces
disposer de son contingent complet
de cinq avions et cinq pilotes avant
de défense israéliennes arriva à Tel
Nof pour donner les informations
de l’armée égyptienne
de se lancer? Pendant ce temps, les
forces de défense israéliennes étaient
dont il disposait aux quatre pilotes
chargés de la mission – il n’y avait
marchait sur Tel Aviv. ”
sous pression. La Syrie attaquait par alors que quatre S-199 assemblés en
le Nord,, l’Irak et la Jordanie mena- état de décoller, qui n’avaient pas en- J’étais inquiet de devoir sortir les
çaient le centre, et l’Égypte avançait core été testés en vol. Pour préserver avions du hangar [du fait de la supé-
au Sud. Le Premier ministre nota : l’effet de surprise, le premier vol d’es- riorité aérienne égyptienne]. Nous
“Une information très inquiétante au sai serait aussi la première mission avons mis en route à l’intérieur…
sujet d’une colonne égyptienne, reçue de combat. Les quatre S-199 décol- Je voulais préserver l’effet de sur-
vers le soir [le 29 mai 1948], indique lèrent de Tel Nof à 19h45 – le soleil prise, donc je suis resté à basse altitude,
que 1 000 (?) véhicules se déplacent se couchait à 20h37. Lou Lenart, qui très bas. J’ai fait deux circuits, puis j’ai
vers le nord, à proximité d’Ashdod.” menait Modi Alon, Ezer Weizman et demandé aux trois autres de se ras-
Le Premier ministre eut du mal à Eddie Cohen, se souvient : sembler sur moi, puis nous nous som-
croire que la colonne égyptienne “Vers 16 h 00, Avidan [le com- mes dirigés vers la mer et sommes
comptait 1000 véhicules, ce qu’il ex- mandant de la Brigade 5] est venu à montés. J’espérais grimper jusqu’à 7
prima par ce point d’interrogation, l’aérodrome, paniqué : “Toute l’armée à 8000 pieds [2130 à 2440 m], mais
mais la présence d’une force égyp- égyptienne n’est qu’à 10 km, ils [la nous avons été confrontés à deux pro-
tienne conséquente à 30-40 km au sud Brigade 5] ont fait exploser un pont,p , blèmes : je ne savais pas quelle direc-
de Tel Aviv était suffisamment in- il n’y a personne entre eux [les Égyp- tion prendre –Ashod était un petit vil-
quiétante pour que les forces de dé- tiens] et Tel Aviv, il faut décoller main- lage traversé par une route en léger
fense israéliennes ordonnent à leur tenant.” Et ainsi tomba à l’eau notre virage et avec un pont –, et ma radio ne
force aérienne de changer les plans, de magnifique plan de faire disparaître la fonctionnait pas. Par chance, Modi
suspendre les préparatifs du raid sur force égyptienne par une attaque sur Alon s’en est rendu compte et m’a in-
El Arish et de décoller les S-199 dis- El Arish. diqué la bonne direction. Au moment
où il m’a fait signe, nous étions en train
Certaines sources de virer sur la mer; j’ai regardé vers le
indiquent que sol et j’ai vu le village. On ne pouvait
cette photo a été
pas le rater, car il y avait là près de 800
prise à Tel Nov
véhicules et 10000 soldats. La totalité
le 29 mai lors du
de l’armée égyptienne marchait sur Tel
retour de mission
de trois S-199
Aviv… Aussi loin que je pouvais voir,
Les marquages
il y avait des soldats, comme des four-
indiquent plutôt mis.Alors j’ai plongé. Pour quelqu’un
un vol en juillet qui avait perdu 17 membres de sa fa-
ou août, mille dans les fours d’Auschwitz – je
à Hertzeliya suis né en Hongrie –, cette vision
ou Maabarot. d’avoir derrière moi toute la force aé-
rienne israélienne, avec ces avions frap-
pés de l’étoile bleue de David, piquant
vers le sol, a été la plus grosse émotion
de ma vie. Puis les explosions se sont
déchaînées ; j’avais
j l’impression
p que
q
10000 Égyptiens me tiraient dessus.”

Première perte
au combat
La plupart des documents concer-
nant les toutes premières opérations
des S-199 n’ont pas refait surface à ce
jour, néanmoins un rapport relatant
cette première opération de la force
aérienne israélienne est accessible :
“Le leader, Lou Lenart, approcha
Ashod par le nord et largua ses
bombes sur le centre du village. Il ob-
serva que la plus forte concentration
de véhicules se trouvait dans le virage,
à 300 m au sud d’Ashod. Sa deuxième
passe fut effectuée du sud-ouest vers
le nord-ouest, sa troisième le fut du
nord vers le sud, et lors de ces deux-là,
il tira avec ses mitrailleuses unique-

19
AVIA S-199 “MEZEK”

“ (…) deux obus, un


ment car le canon s’était enrayé après EzerWeizman attaqua du sud vers
le dixième obus. La réplique de la le nord. Il vit d’abord 20 véhicules au
DCA fut massive.Beaucoup d’obus de
37 mm. Il se posa à 20h25.
sud d’Ashod et largua sa première
bombe. Lors de sa deuxième passe, il dans l’aile gauche et un
attaqua d’ouest en est et largua sa se-
Seconde mission : attaquer conde bombe, un kilomètre au nord
d’Ashod. Sa troisième passe se fit du
dans le ventre de l’avion.
les forces irakiennes
ModiAlon approcha du nord-est.
sud vers le nord. Ses canons s’en-
rayèrent après avoir tiré chacun un
Perdu le contrôle… ”
Au sud du pont,il observa une concen- obus.Ses mitrailleuses fonctionnèrent
tration de véhicules,ainsi que de nom- bien. Il se posa à 20h15. cette attaque stoppa l’avancée égyp-
breux autres à l’est d’Ashod. Il lâcha Eddie Cohen était en contact ra- tienne versTelAviv,mais la vérité est
ses bombes sur des véhicules le long dio avec la base. Sur le chemin du re- que personne ne connaît l’impact
de la route. Pour sa deuxième passe, tour,il indiqua que tout était OK,qu’il qu’elle eut réellement. Le raid des
il attaqua depuis l’est vers l’ouest, et avait la base en visuel et qu’il s’ap- S-199 fut un élément parmi d’autres
du nord vers le sud pour la troisième. prêtait à se poser.Son avion ne fut pas de l’atta
Lors de ses deux dernières passes, il observé depuisTel Nof et il ne se posa contre les Égyptiens à Ashod. Elle
épuisa ses munitions et rentra par la pas sur cette base. Nos hommes près eut pour résultat,en effet,de bloquer
mer.La défense antiaérienne était très de Hatzor virent un avion en feu se l’avancée égyptienne
gyp vers Tel Aviv.
concentrée.Il estima le nombre de vé- poser à 2,5 km de distance. Deux pa- Alors que les Égyptiens mar-
hicules à plusieurs centaines. En at- trouilles furent immédiatement dépê- chaient surTelAviv,l’Irak attaqua en
terrissant à Tel Nof, son frein droit ne chées, mais les forces égyptiennes ar- direction de Natanya,afin de couper
fonctionna pas et il fit un cheval de rivèrent sur places avant elles.” en deux la jeune nation israélienne,
bois. Le pneu gauche explosa, le bout Eddie Cohen fut tué. Dans les tandis que les forces de défense is-
de l’aile heurta le sol et fut endom- livres consacrés à l’histoire de la force raéliennes bataillaient contre les
magé. Il se posa à 20h05. aérienne israélienne, on peut lire que troupes jordaniennes dans le secteur
de Latrun afin de faire sauter le blo-
Atterrissage cus qui séparait Jérusalem deTelAviv.
difficile pour un La seconde mission de la force
S-199. La photo
aérienne israélienne décolla de Tel
est identifiée
Nof vers 7h00 le 30 mai 1948, avec
à tort comme
Ezer Weizman et Milton Rubenfeld
l’accident
de Modi Alon
aux commandes des deux S-199 en-
le 29 mai.
core en état. Ils étaient chargés d’at-
taquer les forces irakiennes le long
de la route entre Tulkarem et Kfar
Le “Mezek”
Jonah. Dons son rapport, Milton
se fit
Rubenfeld raconta :
immédiatement
“Avons décollé… Supposé re-
une très
mauvaise
joindre Ezer Weizman… Ai fait des
réputation chez
cercles autour de l’aérodrome pen-
les pilotes dant près de 10 minutes, recherchant
VIA AISO israéliens. contact visuel avec “Red 1”, n’ai pas
VIA AISO
pu le trouver et ai pris la direction de le ventre de l’avion. Perdu le con- viron 300 m.Vu deux gros morceaux
la zone cible. Pris la direction de la trôle… puis ai repris contrôle après tomber de l’avion. Avion ennemi est
côte,suivi la route jusqu’à Natanya… être passé sur le dos par deux fois.Aile tombé et je suis passé sous les nuages.
très mauvaise visibilité.Viré vers l’est gauche en mauvais état. Suis monté Ai pris la direction de la côte… Vu
le long de la route de Natanya àTulka- au-dessus des nuages, plus d’instru- avion ennemi, traînant de la fumée,
f
rem à 3000 pieds [910 m].Passé sur la ments… Pris cap à l’est pour voir quels allant vers la côte.À ce moment,mon
cible, le long de la route, en montant dommages avaient été causés [par avion était en feu, fumée sur l’aile
dans les montagnes [à l’est de Tulka- mon attaque]; rien de visible. gauche. Ai voulu sortir par la trappe
rem]. Suis descendu à travers les d’évacuation, et avais des difficultés
nuages et ai fait passe sur la cible… Premières victoires pour le faire… puis j’ai réussi à m’ex-
ouvert le feu à 400 m de Danaba [un traire… Je suis arrivé dans l’eau et ai
village à la bordure est de Tulka-
aériennes nagé jusqu’au rivage.Des gens m’ont
rem]… Observé de bons impacts sur À peu près au-dessus de Kfar aidé, m’ont emmené à l’hôpital…”
des maisons importantes et ai largué Laba [sans doute Kfar Alabad qui Rubenfeld pensait sûrement que
une bombe à environ 30 m [d’altitude] se trouve à 8 km à l’est deTulkarem] sa seconde bombe ne s’était pas dé-
sur Danaba.Ai ouvert le feu avec mes j’ai vu un avion pour la première fois, crochée et indiqua que son avion
mitrailleuses et canon sur le poste de mais n’y ai pas prêté attention car je n’avait pas reçu la totalité de son ap-
police de Tulkarem et ai largué se- pensais que c’était “Red 1”. Viré au provisionnement en munitions : 90
conde bombe sur poste de police.Pas sud, essayant de gagner de l’altitude obus au lieu de la capacité maximale
d’ex bservées. pour pouvoir estimer les dommages de 120, et 350 balles de mitrailleuses
À l’ouest deTulkarem… ai viré de 90° et voulais aller vers l’ouest vers la côte. au lieu des 500 possibles.
vers le nord. Attaqué quatre chars… J’ai alors remarqué que l’avion non Weizman rentra aussi à Tel Nof
impacts observés… sur les quatre… identifié a viré sec vers la gauche,poin- avec un avion endommagé, mais on
pas de DCA jusqu’à ce que je sois tou- tant son nez directement sur moi juste n’a pas retrouvé son rapport à ce jour.
ché au-dessus des chars… par deux au-dessus de la base des nuages. J’ai Le journal israélien Maariv publia
obus,un dans l’aile gauche et un dans viré sec vers lui. Ai ouvert le feu à en- l’histoire le 1er juin 1948, sous le titre


Le C-47 (flèche)
égyptien qui
bombardait
Tel Aviv abattu
par Modi Alon
le 3 juin. Il s’agit
de la première
victoire officielle
israélienne.

VIA AISO

21
AVIA S-199 “MEZEK”

L’Avia S-199 D-107 à Akir début juin 1948 alors qu’il porte
encore de petites cocardes sur le fuselage.

“ Quatre “Spitfire”
“Voici comment un avion ennemi a avion plonger sur lui. De prime abord,
été abattu dans le ciel de Tulkarem” : il pensa qu’il s’agissait de son collègue,
“Deux avions de la force aérienne
israélienne ont attaqué le poste de po-
lice de Tulkarem – un fort Tegart (1)
égyptiens en formation mais il réalisa très vite son erreur.
Quand l’avion ennemi arriva pres-
qu’au-dessus de lui, il effectua une ma-
bien connu – avec des bombes haute-
ment explosives et l’ont lourdement
serrée se dirigeaient nœuvre légère en virant et vida tout ce
qu’il lui restait de munitions sur l’en-
frappé. Le feu ennemi fut très intense
mais notre avion a réussi à échapper
vers Tel Aviv ” nemi. Deux morceaux se détachèrent
de l’avion ennemi qui explosa peu
au mur de feu et à prendre de l’alti- après. Notre pilote est rentré sain et
tude au-dessus de la cible bombardée. de toutes ses armes. Puis il a repris de sauf à la base.”
Un des pilotes aperçut quatre chars l’altitude et, en observant avec ses ju- L’article de Maariv comporte
“Sherman” se déplaçant sur la route. melles, a vu qu’il avait endommagé les d’évidence quelques erreurs. Par ail-
Instinctivement, ce brave pilote bien quatre chars. En quête de victoires sup- leurs, la force aérienne israélienne ne
entraîné a plongé jusqu’au sol, pres- plémentaires, le pilote ne quitta pas le crédita jamais Rubenfeld de cette vic-
qu’à la hauteur des chars, et a fait feu champ de bataille, et continua à sur- toire. Et rien n’est dit à propos de la
voler la ville, à la recherche de victimes nationalité de l’avion abattu : Jor-
(1) Réseau de forteresses construites supplémentaires. Il ne vit pas que son danie, Liban et Syrie ne disposaient
par les Britanniques sur une idée de collègue, dans le second bombardier, pas de chasseurs à cette époque,
p p q , mais
l’Irlandais Charles Tegart. s’était désengagé. Soudain, il aperçut un Égypte et Irak avaient déployé des
VIA AISO

Le S-199 matricule Dalet 107 à Tel Nof en juin 1948.


Les S-199 matricules Dalet 101 à 109 se distinguaient
par la présence d’un carénage sous le moteur.
NE
ENT
DHOR
VINC

VIA AISO
Leon Frankel, à
chasseurs sur des bases avancées pour tant de la relative sécurité de la nuit, droite, était un La livraison des dix S-199 fut
les opérations contre Israël. De plus, mais il fut décidé de délocaliser l’as- ancien pilote de achevée le 31 mai 1948 avec l’arrivé
la Grande-Bretagne mettait alors tou- semblage des S-199 à Hertzelia. L’in- Grumman du vol Balak 20. Des pilotes supplé-
jours en œuvre des chasseurs depuis contestable supériorité aérienne de la ”Avenger” mentaires arrivèrent après avoir ter-
Ramat-David pour couvrir le retrait Ligue arabe persista jusqu’au 3 juin lorsqu’il fut miné leur conversion en Tchécoslo-
en cours de ses forces de Palestine. 1948, quand, vers 19 h 00, des C-47 entraîné sur vaquie. La disponibilité des avions
À ce jour, il n’existe aucun récit bri- égyptiens bombardèrent Tel Aviv. S-199 en était toujours très faible : jamais plus
tannique, égyptien ou irakien connu Cette fois, Modi Alon décolla sur Tchécoslovaquie. de deux S-199 près au combat en
rapportant un combat aérien au-des- alerte de Tel Nof et intercepta les as- Il est ici même temps. Les attaques des forces
sus du secteur Tulkarem-Natanya. saillants. Le premier C-47 fut engagé avec des aériennes égyptiennes continuèrent
Est-il possible que ce combat aérien au sud de Tel Aviv et s’écrasa près de compatriotes et la force aérienne israélienne se
ait en fait été un incident de type “tir Nebi Rubin. Le second C-47 fut in- à Budejovice, plaignit que ses S-199 n’aient alors
ami” entre “Red 1” (Weizman) et tercepté au-dessus de Rehovot et fut en juin 1948. pas été lancés pour intercepter les
“Red 2” (Rubenfled)? ensuite vu traînant un lourd panache avions qui attaquèrent Tel Aviv le
La force aérienne égyptienne ef- de fumée et perdant de l’altitude sur 7 juin à 19h00 – du fait d’un manque
fectua par deux fois un raid sur Tel la Méditerranée. de communications entre Tel Aviv
Nof, le 31 mai 1948. Deux S-199 en La force aérienne israélienne cré- et Tel Nof.
cours d’assemblage furent endom- dita Modi Alon de deux victoires, les
magés. De fait, les vols Balak conti- toutes premières de l’histoire de L’Escadron 101
nuaient à atterrir à Tel Nof en profi- l’aviation israélienne.
VIA AISO
activé
Stan Andrews L’absence de document historique
pose à côté maintient un certain trouble quant à
du S-199
la naissance du premier escadron de
matricule
chasse, et on ne sait toujours pas à
Dalet 106.
quelle date précise l’Escadron 101 fut
Il rédigea un
poème intitulé
activé pour mettre en œuvre les S-199,
Dix Petits
ni quand Modi Alon fut nommé com-
Messerschmitt. mandant de l’escadron. De même, du
Stan Andrews fait que la plupart des documents
disparut en concernant les opérations des S-199
“Beaufighter” durant cette période n’ont toujours
le 20 octobre pas été retrouvés, il est impossible de
1948 (voir confirmer le souvenir d’une mission
Le Fana réalisée le 8 ou le 9 juin par Modi Alon
de l’Aviation et Gideon Litchman – un des pilotes
n° 541). occasionnels, arrivé à l’issue du stage
de conversion expresse en Tchéco-
slovaquie. Gideon Lichtman se sou-
vient : “Nous n’avions pas de radios,
et nous avions donc convenu que si
l’un de nous deux apercevait un avion,
il ferait un cercle avec un doigt en l’air,
et pointerait vers l’avion ennemi s’il
y en avait un. Ce jour-là, il faisait très

23
AVIA S-199 “MEZEK”

“ J’ai tiré quelques


chaud et il y avait beaucoup de brume nette des gaz était déjà poussée à fond
du fait de la poussière et du sable flot- et je me suis lentement rapproché de lui.
tant dans l’air. Nous avons décollé, et
Modi débuta tout de suite une mon- rafales et des morceaux Mon niveau de carburant commen-
jjà à être sérieusement bas.
tée avec une forte incidence, ce qui L’Égyptien a commencé à faire une
rendait très difficile au n° 2,c’est-à-dire
moi, la tâche de le suivre. De plus,
se sont détachés série de demi-S, piqués et virages et
autres étranges manœuvres pour es-
Modi a continué à monter vers le so-
leil.J’ai essayé de lui faire comprendre
de son avion ” sayer de me lâcher.Je n’avais plus beau-
coup de temps à disposition en termes
de grimper moins fort,mais sans suc- de carburant.Je me suis facilement mis
cès. Il faisait très chaud dans cet Mais pour tirer avec les mitrail- sur son arrière,ai tiré quelques rafales,
étrange poste de pilotage allemand, leuses et les canons, il faut au préa- et des morceaux se sont détachés de
je pleurais à force de plisser les yeux lable les activer… et je ne pouvais son avion. J’ai regardé ma jauge de
pour pouvoir distinguer mon leader trouver les [deux] interrupteurs dans carburant,elle indiquait zéro.Le“Spit-
dans le soleil;ma combinaison de vol cet étrange poste de pilotage.Je n’avais fire”a pris la direction du sol,d’autres
était déjà trempée… en tout et pour tout que 35 minutes morceaux s’en détachant encore. J’ai
de vol au total sur cet avion et on ne vu deux aérodromes tout proches,mais
Les interrupteurs des m’avait fait jamais fait un amphi-ca- ne savais pas lequel était Tel Nof. J’ai
bine correct. réduit les gaz pour économiser le peu
mitrailleuses introuvables Modi a basculé, et je l’ai suivi en de carburant qu’il me restait,et j’ai pris
Après peut-être 10 minutes comme mode attaque.Alors que nous virions la direction de l’aérodrome qui me
ça, nous avons atteint 5 000 pieds vers les “Spitfire”, j’ai continué mon semblait le plus familier. Je me suis
[1525 m], et j’ai aperçu Tel Aviv dans inspection du cockpit pour trouver les posé, ai roulé jusqu’au parking. Il ne
le lointain… D’un coup, j’ai vu Modi De gauche deux interrupteurs,tout en essayant de me restait plus du tout d’essence.Après,
secouer ses ailes;j’ai essayé de me rap- à droite : Lou garder Modi et les avions ennemis en jj’ai rencontré Ezer
procher de lui pour voir ce qui pou- Lenart, Gideon visuel. J’ai vu de la fumée sortir des et je leur ai fait mon rapport.Évidem-
vait bien se passer. J’ai regardé vers Lichtman et canons de Modi… et moi je n’ai pas ment, mes dires ont été vérifiés.”
son cockpit avec mes yeux humides.Et Modi Alon, tiré. J’ai trouvé le second interrupteur La force aérienne israélienne ne
j’ai vu qu’il faisait un cercle de la main, pilotes de au moment où nous sommes passés crédita pas Litchman de cette victoire.
l’Escadron 101
avec un doigt levé, qu’il pointait en- au-dessus des“Spitfire”.Modi a mis les Si un historique de la force aérienne
formés sur
suite devant lui et vers le bas. J’ai en- gaz, a cabré, et a disparu dans le israélienne à propos des opérations
S-199 à la fin
levé mes lunettes de vol, essuyé mes brouillard ; je ne l’ai plus revu de ce des S-199 mentionne brièvement cet
juin 1948.
yeux et j’ai regardé devant,vers le bas. C’était la
vol.J’ai cabré et ai fait semblant de vi- épisode, l’histoire officielle des opé-
Et pour sûr,il y avait quatre“Spitfire” première unité
rer à gauche; du coin de l’œil, j’ai fur- rations de la guerre de 1948,produite
égyptiens en formation serrée se diri- tivement aperçu un “Spitfire” faisant ensuite, l’ignore totalement. ■
de chasse
geant vers Tel Aviv. israélienne. cap au sud le long de la côte. La ma- À suivre
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case ci après ❏

Expire le : 20 Cryptogramme :
HISTOIRE

Pour une nouvelle histoire


de l’aéronautique - Partie 7*
Du vent
dans les voilures
Après avoir constaté qu’une aile artificielle est plus efficiente
cambrée, il importe de comprendre pourquoi. Nous entrons
ici de plain-pied dans l’histoire de l’aérodynamique.
Par Michel Bénichou

* Lire Le Fana de l’Aviation nos 532, 534, 538, 541, 544 et 547

MAE

26
nant du XVIIe siècle en Europe comme

L
e paradoxe est que l’homme pétences. Or donc, il y a au moins
vola en machine plus lourde 2500 ans, l’homme constata que quel une surface plane qui s’élève à la
que l’air avant de savoir que fût le projectile qu’il lançât de double condition qu’il y ait du vent
comment volait cette ma- quelque force avec quelque moyen et qu’elle fasse avec lui un certain
chine. Pourtant, les outils que ce fût, celui-ci finissait toujours angle. Ces constatations apportèrent
mathématiques complexes servant à par ralentir et retomber; ignorant tout le premier grain à moudre au moulin
mesurer et anticiper les efforts que de la gravité terrestre, l’homo sapiens (à vent, bien sûr) des savants.
les écoulements de fluides (l’eau et sapiens (sachant qu’il sait) en dédui- Cependant le premier passionné
l’air) imposent à sit alors que de vol mécanique fut Léonard de
une structure fu- l’air, troisiè- Le tourniquet Vinci qui, à la fin du XVe siècle et au
rent forgés à me des qua- ou bras tournant début du suivant, en observant no-
à l’extrémité
partir de 1752 tre éléments tamment les oiseaux, établit après
duquel la surface
avec le grand (2) constitu- plusieurs années de réflexion que les
à étudier est
défi des équa- tifs de toute forces de portances et de traînée – il
placée, inventé
tions différen- matière pour par Robbins, est
ne les appelait pas comme ça – dé-
tielles partielles les Grecs utilisé ensuite
pendaient de la surface et de la vi-
jeté par Leonard antiques, de- par Cayley. tesse; il fut aussi le premier à admettre
Euler à la face vait y être Le dessin est par écrit que si l’oiseau se déplace
de nos plus puis- pour quel- attribué à Cayley. dans l’air ou si l’air se déplace autour
sants ordina- DR que chose. de l’oiseau fixe, le phénomène est in-
teurs. C’est dire Vinrent en- changé – l’application de cette ob-
que l’aérodynamique et l’aviation mi- suite Toricelli qui donna une masse à servation est la soufflerie qui arriva
rent un temps certain à se rejoindre. l’air, et le cerf-volant, apparu au tour- Maquette de la 350 ans plus tard. Léonard était un
Comme l’histoire de l’aérodyna- soufflerie Eiffel ingénieur hydraulicien de premier
mique fait l’objet de maîtres ouvrages à Auteuil. Cette ordre et ses observations sur les cou-
(1) A History of Aerodynamics installation
dont le plus récent, A History of Aero- and its Impact on Flying Machines, rants d’eau furent la base de son rai-
remarquable
dynamics,par le grand John D.Ander- Cambridge University Press 1997-2001, sonnement. Donc, pour lui F = SV, F
fut longtemps
son Jr (1), totalise 470 pages dont les ISBN 978-0-521-66955-9. Anderson étant la force agissant sur la surface
est ingénieur aérodynamicien après son
100 premières sont consacrées à tout ouverture en
S pour la soulever ou la repousser, V
et vulgarisateur, conservateur
ce qui précède le XXe siècle, il est évi- de l’aérodynamique au National Air 1912 un modèle
la vitesse du fluide.
dent qu’il nous faut tâcher de faire and Space Museum de Washington. d’efficacité et Au XVIIe siècle, le Pisan Galileo
court… et à la mesure de nos com- Galilei ajouta à cette formule le ρ


(2) L’eau, la terre, l’air, le feu. de rendement.

27
DU VENT DANS LES VOILURES

(rhô grec) de la densité du fluide,mais


il s’occupa surtout d’astronomie. La
Le célébrissime
formule devint F = SVρ. tube de Pitot, ici
En 1673, le moine et physicien sur une
français Edme Mariotte rapporta à “Alouette” III
l’Académie des sciences que F va- au musée de l’Air
riait selon le carré de la vitesse (trois et de l’Espace
fois plus de vitesse donne donc neuf du Bourget, est
fois plus de force). Mariotte corres- présent
pondait beaucoup avec le Néerlan- aujourd’hui
dais Christiaan Huygens qui attesta sur tous les
de sa trouvaille en 1690, et avec le aéronefs, plus de
Britannique Isaac Newton. Ce der- 250 ans après
nier utilisa la formule F = SρV2 pour son invention.
contredire Descartes et démontrer Le plus simple
que si planètes et étoiles avaient bai- n’est jamais
gné dans un invisible fluide,leur mou- qu’un petit tube
vement ne serait pas constant. coudé.
MICHEL BÉNICHOU
À la fin du XVIIe siècle, d’expé-
riences en calculs,il fut démontré que la surface doit présenter avec le cou- ment faible et,pour porter une masse
F = 1/2ρV2Sc, c étant ce que nous rant d’air un certain angle. Newton, intéressante (au hasard :un homme),
nommons aujourd’hui le coefficient qui usa du cerf-volant, fut le premier une surface gigantesquement irréa-
de traînée (Cx) ou de portance (Cz). à ajouter cet angle d’incidence aux liste.Ce fameux“carré du sinus”con-
Cette formule simple dont l’écriture éléments précités. On – qui est ici un duisit le Français Joseph-Louis La-
demanda plus de 200 ans, enseignée pronom totalement indéfini – dédui- grange à affirmer,au XVIIIe siècle,que
aujourd’hui dès le lycée, figure dans sit de son raisonnement la formule le vol mécanique était impossible.
les premières pages du cours élé- dite de Newton,selon laquelle la force Lagrange ne disait pas de bêtise;il sa-
mentaire de mécanique du vol de tout varie avec le carré du sinus de l’angle vait tout simplement calculer,car c’est
apprenti pilote. d’incidence… Or, celui-ci étant très ce carré du sinus qui, n’étant pas un
Léonard avait déjà observé que petit,l’application de l’équation donne facteur correct,poussa longtemps les
pour qu’il y ait force de soulèvement, une force de soulèvement extrême- chercheurs dans une impasse. La-

Incroyable mais vrai. L’appareil à moteur à vapeur, non monté,


essayé avec un certain succès par Horatio Phillips en 1893 (notez
combien il est heureux que la photographie existât déjà à l’époque !).

MAE
Divers profils
établis et
brevetés par
Horatio Phillips.
Le tube Venturi
était présent sur
tous les aéronefs
des années 1930
aux années 1950
pour indiquer la
vitesse. L’auteur
se revoit encore
manipulant celui
du planeur
Nord 1300 pour
obtenir une
valeur qui lui
MICHEL BÉNICHOU
semblait plus DR
cohérente avec
grange et son contemporain, Pierre du vocable hydrodynamique. Vers le bruit du vent prendre que l’air étant accéléré par
Laplace, étaient au contraire de for- 1730, Bernoulli fut le premier à éta- derrière le la cambrure de l’aile sur son dessus
midables mathématiciens dont le gé- blir un rapport entre la vitesse et la remorqueur… (l’extrados), et ralenti par la conca-
nie fit précisément progresser le cal- pression interne du fluide, en affir- Ici sur vité du dessous (l’intrados), la diffé-
cul des écoulements… mant que sa pression est inversement l’hélicoptère rence des pressions (moins au-dessus,
Cette précision donnée, puisque proportionnelle à sa vitesse. Cepen- SE 3101 du plus en dessous) provoque la force
nous sommes parvenus au siècle n° 18, dant, le célébrissime “théorème de musée de l’Air sustentatrice. C.Q.F.D.
il importe de citer quelques person- Bernoulli” n’est pas de lui, car “On” et de l’Espace Le premier à comprendre l’im-
nages importants de cette époque.Le le développa plus tardivement à par- du Bourget. portance des travaux de Bernoulli
premier dans l’ordre chronologique tir de sa découverte, puisqu’il fallut en termes mathématiques fut son
est le Suisse Daniel Bernoulli,savant encore environ 180 ans et quelques ami, suisse également, Leonhard
fort respecté en son temps,inventeur expériences de laboratoire pour com- Euler, un des plus grands génies que
la Terre ait portés. Vers 1750, Euler
Le même fut le premier à mettre en équation
appareil à l’écoulement du fluide. Il n’est ab-
moteur à vapeur
solument pas certain que quiconque
que celui de la
perçût alors l’utilité de ses travaux
page précédente.
qui purent être considérés comme
Si un plan à forte
corde ajouté tout
un simple mais redoutable jeu ma-
en haut est bien
thématique. Pourtant, sans les équa-
visible, tions d’Euler, la modélisation des
un examen à la phénomènes aérodynamiques nous
loupe du cliché serait impossible, quoiqu’il y eût en-
montre que tous core à y intégrer une source de traî-
les 50 autres née jusqu’alors méconnue, mais ca-
plans pitale, le frottement.
sustentateurs Ce fut le fait du Français Charles
sont présents ! Navier en 1822 – avec un raisonne-
Un raisonnement ment bancal indiquant que, vrai-
incomplet poussa semblablement, il ne comprit pas à
Horatio Phillips quoi tout cela servirait – et, simul-
à accorder tanément, du Britannique George
une importance Stokes, qui comprit l’importance de
exclusive la découverte.Les équations d’Euler
à l’allongement, ainsi perfectionnées sont dites “de
en se persuadant Navier-Stokes”. Sans elles les avions
que la portance casseraient en l’air sans que l’on
n’agissait qu’au sache pourquoi. Derechef C.Q.F.D.,
bord d’attaque au moins en apparence, car il ne doit
d’une aile pas être oublié que les équations de
Navier-Stokes transportaient à des
altitudes inaccessibles la plupart des
chercheurs pour la bonne raison que
non seulement elles n’avaient aucun
champ d’application pratique, mais
encore réclamaient des capacités de
calcul finalement apportées 150 ans
plus tard, à partir de la seconde moi-
tié des années 1970, par les super-
ordinateurs !

MAE

29
DU VENT DANS LES VOILURES

En outre, il n’est pas du tout cer- Le premier de ces outils, conçu sciences parisienne qu’il avait mis au
tain que les scientifiques penchés sur par l’ingénieur militaire britannique point un instrument pour mesurer la
les mouvements des fluides pensaient Benjamin Robins, né en 1707, fut un vélocité d’un fluide en déterminant sa
machines volantes. L’universitaire al- bras tournant à l’extrémité duquel “pression totale” grâce à un tube spé-
lemand Hermann Helmholz, qui fut était placé l’objet à étudier. Ce sys- cial; il s’appelait Henri Pitot. Quel-
peut-être le premier à utiliser la fu- tème, permettant de mesurer la ré- ques années plus tard, un prêtre ita-
mée pour matérialiser les écoule- sistance de l’air sur divers objets en lien établi depuis peu à Paris apporta
ments d’air, élabora dans la seconde mouvement, valida le résultat des ex- une autre application du futur théo-
moitié des années 1850 la théorie des périences d’Edme Mariotte et fut uti- rème de Bernoulli pour obtenir le
tourbillons simplifiant le calcul des lisé jusqu’au début du xxe siècle. Otto même résultat, il se nommait Gio-
écoulements. Mais ceci demeurait de Lilienthal le perfectionna au XIXe siè- vanni Battista Venturi.
la pure théorie, et son plus célèbre cle en lui ajoutant une balance pour Cependant, l’objet de tous ces tra-
adepte, John Strutt (Lord Rayleigh), mesurer aussi la force de soulève- vaux de laboratoire portait principa-
brillant dans plusieurs domaines jus- ment et établir ainsi les premiers gra- lement sur l’écoulement de l’eau
qu’à obtenir le prix Nobel de phy- phiques synthétisant le rapport de la parce qu’il présentait un intérêt im-
sique en 1904 pour la découverte de portance à la traînée en fonction de médiat pour divers ouvrages hydrau-
l’argon, paraît ainsi n’avoir jamais fait l’incidence. Toutefois, telle la cuillère liques dont les canaux et les coques
de rapport entre mécanique des flui- du matin dans le bol de café au lait, des bateaux (nous y reviendrons).
des et machines volantes. le bras tournant provoque aussi la ro- Sinon pourquoi un professeur de mé-
tation du milieu où il évolue, ce qui fi- canique du Queen’s College de Cam-
Besoin d’outils nit par polluer les résultats. La souf- bridge, Osborne Reynolds, serait-il
flerie de Francis Wenham évoquée devenu à la fin du XIXe siècle l’unique
pratiques dans notre épisode précédent (Le expert mondial en turbulences? Il of-
Il ne faut pas être surpris si tous Fana de l’Aviation n° 547), moins en- frit à la communauté scientifique, le
ces travaux scientifiques étaient combrante, avait un inconvénient du fameux Re, le “nombre de Reynolds”
ignorés par ceux qui s’acharnaient même ordre parce qu’elle soufflait (3), grâce auquel, finalement, une
à trouver le moyen de voler avec des un courant d’air agité par un venti- bonne trentaine d’années plus tard,
ailes artificielles ; aucun n’était sa- lateur, ce que Horatio Phillips tenta il serait possible de transposer vers la
vant de laboratoire, mais beaucoup de corriger. grandeur nature (l’échelle 1) les ré-
étaient des ingénieurs ou des inven- Reste deux outils qui ne sont in- sultats obtenus en soufflerie avec une
teurs qui, si doués fussent-ils, sans connus de personne parmi nos lec- petite maquette.
formation scientifique approfondie, teurs, bien que, le plus souvent, leur
avaient besoin d’outils beaucoup naissance au siècle des lumières sur- (3) ρVL/µ , soit densité X vitesse
plus pratiques pour essayer, obser- prenne. En 1732, un physicien de X longueur/viscosité dynamique
ver et comprendre. 37 ans annonça à l’Académie des (kg par mètre-seconde).
LOC U 02546
Dans notre précédent épisode,
nous évoquions Horatio Phillips, ti-
tulaire des premiers brevets de profils
d’aile en 1884. Son grand mérite fut de
démontrer l’indubitable supériorité
Un planeur de des profils cambrés creux ou, de pré-
Victor Tatin, pas férence, semi-épais, en révélant les
très différent de différences de pression entre intra-
ceux qui furent dos et extrados. Pour le reste, par dé-
utilisés depuis faut de méthode et excès d’a priori, ses
Cayley. Leur conclusions chiffrées furent erronées.
expérimentation En outre, en accordant à l’allonge-
ne permettait ment une place quasiment exclusive,
pas de relevées il fabriqua en 1893 un modèle expé-
précises ; elle ne rimental propulsé par un moteur à
fut donc guère vapeur de 6 ch, composé principale-
utile sinon pour ment d’une voilure de 6, 8 m d’en-
conforter “l’idée vergure formée en store vénitien avec
DR
aéronautique”. 50 lames superposées de 3,38 cm de
corde (profondeur), soir un allonge-
Même sans faire référence à tous par des gens en aucun cas scienti- ment phénoménal de 152. Cet appa-
ceux qui méritent au moins une fiques ou savants qui amena pro- reil sans pilote évoluait en cercle au-
plaque au panthéon de l’aérodyna- gressivement le rassemblement des tour du piquet auquel il était attaché
mique, loin de là, nous observons que découvertes d’esprits bien supérieurs par une corde de 30 m environ. Il sou-
l’histoire présente ici un écoulement vers à la naissance de la science aé- leva plus de 173 kg (sa masse) à
peu rapide mais tourbillonnaire. Les rodynamique. Cette progression s’ac- 65 km/h. Phillips en dériva en 1904 et
idées modestement évoquées ci-des- céléra indéniablement à la fin du 1907 deux aéroplanes dont l’un com-
sus serpentèrent lentement dans un XIXe siècle. La question est désormais portait quatre voilures de ce genre,
milieu extrêmement restreint et par- pour nous de savoir à quelle(s) les unes derrière les autres. Les quel-
faitement hétérogène, en filaments source(s) les premiers pionniers de ques disciples qu’il fit alors à travers
qui ne se rejoignaient pas encore. l’aviation, les Langley, Voisin, Blériot le monde alimentèrent la chronique
Navier et Stokes ne se connaissaient et consorts puisèrent les informa- burlesque des fous volants sur leurs
pas et ne se sont peut-être jamais ren- tions nécessaires à ce qu’il faut bien Une des 2 000
drôles de machines, conduits moins
contrés, par exemple. C’est l’obsti- appeler leurs tâtonnements, mais glissades d’Otto par le résultat d’expériences que par
nation mise pour se décoller du sol aussi leur réussite. d’intimes convictions fantaisistes.


Lilienthal.

31
DU VENT DANS LES VOILURES

D’autres chercheurs utilisèrent On peut noter que, parmi de très la soufflerie qu’il connaissait, peut-
de préférence le vent pour décou- nombreux chercheurs de cette être par manque d’argent, plus vrai-
vrir les propriétés de futures ailes. époque,l’Autrichien GeorgWellner, semblablement parce qu’elle pâtis-
Les plus notables sont Clément professeur de mécanique,renouvela sait d’un préjugé défavorable dans le
Ader, Otto Lilienthal et Lawrence les recherches aérodynamiques de monde scientifique ; il négligea les
Hargrave. Le premier et le dernier Lilienthal en utilisant le vent… rela- problèmes de friction qu’il assimila
ne sont même pas mentionnés par tif, ses modèles étant disposés sur un à la viscosité de l’air, probablement
John D. Anderson. Injustice, car les wagon de train. Un peu plus tard, les parce qu’il n’avait pas de bagage ma-
travaux d’Ader avec son oiseau de frèresWright utiliseront même le vélo thématique suffisant pour revoir les
plumes, en 1872, grâce aux dynamo- avant de se fabriquer une petite souf- calculs imprécis d’Helmholz. Il re-
mètres placés aux extrémités de flerie; encore un peu plus tard, l’au- commença donc à étudier une sur-
quatre cordes qui le retenaient,mon- tomobile lancée en ligne droite sera face plane, ce que Cayley avait fait
trèrent que la traînée était bien plus le vecteur de nombreuses expériences avant-lui, avec, d’ailleurs, des résul-
importante que prévu et que la puis- d’aérodynamiques bon marché. tats parfois extrêmement proches,
sance nécessaire au vol serait de En 1886 mais ce qu’il trouva par ailleurs fut
deux à cinq fois supérieure à ce qui grès de la science aux États-Unis souvent plus éloigné des chiffres de
était généralement admis. Depuis (AAAS), s’intéressa pour la toute Lilienthal pour la simple raison que
son Sud-Ouest natal,Ader ne parvint première fois à l’aéronautique, sous son tourniquet était plus perfec-
pas à faire connaître ses résultats l’influence de son vice-président,l’in- tionné.Il redécouvrit l’allongement,
parce que le seul canal possible, la génieur Octave Chanute. Samuel mais, ignorant les jeux de pression
Société française de navigation aé- Pierpont Langley participait à cette dans l’écoulement, usa de procédés
rienne, à Paris, lui fut barré par le assemblée. Directeur de l’observa- expérimentaux carencés qui le
pontifiant Hureau de Villeneuve, toire astronomique d’Allegheny, il conduisirent,lorsqu’il mesura les rap-
président de la société,généralement décida aussitôt de se pencher sur la ports entre la traînée et l’incidence
opposé aux idées qui n’étaient pas les question.Devant l’observatoire,il fit d’une surface plane pour déterminer
siennes. Mais Ader s’exclut du construire à ciel ouvert un double la puissance nécessaire au vol, vers
champ de l’aérodynamique quand tourniquet à deux bras de 10 m cha- une conclusion erronée dont il fit la
il pense que la courbure des ailes du cun,actionné par un moteur et équipé “loi de Langley”,où la puissance né-
monde animal ressort d’un postulat de capteurs électromécaniques re- cessaire diminue avec la vitesse (5)!
mathématique, la “courbure de sus- marquables,reliés à un chronographe Langley reconnut avec beaucoup
pension universelle”,développement électrique. Ces grandes dimensions de réticences les vertus des profils
d’une spirale tenant tout entier dans étaient destinées à éliminer ou ré- cambrés, mais on ne sait comment il
une série de logarithmes et facile à duire certains inconvénients connus finit par s’y convertir car il n’eut pas
dessiner. Des expériences au tour- des bras tournants. le temps de rédiger l’ouvrage qu’il
niquet montrant que ses profils Langley était célèbre en son pays,
étaient bien meilleurs que la surface à juste titre, mais il eut un comporte-
plane, il en déduisit un peu vite qu’il ment quasi sectaire. Il tourna le dos (4) Smeaton ne pouvait encore savoir
avait raison. Néanmoins, par ses ob- résolument à tout ce qui avait été fait que cette constante… varie, en réalité.
Vélo, train,
servations méticuleuses des oiseaux automobile… – ou était fait – en Europe depuis (5) Ceci est vrai à basse vitesse en
accélérant avec un excès d’incidence
et des travaux d’aérodynamique, divers véhicules quelques siècles. Il douta de tout (y (second régime) ; celui-ci diminuant
Ader établit dès cette époque les furent exploités compris de la découverte de Mariotte ensuite, réduit la traînée. Mais,
rapports mathématiques nécessaires pour des sur le carré de la vitesse) pour tout en régime de vol normal, plus on
entre surface portante,masse et puis- expériences revoir avec un œil neuf, ce qui, mal- accélère plus la traînée augmente
et plus il faut de puissance. Mariotte
sance, et fut, pendant une trentaine aérodynamiques heureusement, ne l’empêcha pas de avait donné le moyen de bien
d’années jusqu’au XXe siècle,seul dé- bon marché répéter certaines erreurs. Il négligea le comprendre dès le XVIIe siècle.
tenteur de ce secret. par divers
Otto Lilienthal que nous avons chercheurs, mais
déjà évoqué, admit assez vite que le vent faussait
l’étude d’un objet placé face au vent les résultats
procurait des résultats plus fiables lorsqu’il fallait
qu’avec un tourniquet. Malheureu- des chiffres très
sement,si sa méthode de mesure,qui précis.
intégrait simultanément la vitesse de Ici à l’institut
l’écoulement avec les forces de traî- aérodynamique
de Saint-Cyr où
née et de portance, était quasiment
l’on constate que
parfaite, la formule mathématique
la section de
qu’il utilisa dans ses calculs était pol-
voilure, telle
luée par une constante alors géné-
qu’elle est placée,
ralement admise,déterminée en 1759 fournit des
par le Britannique John Smeaton (4), résultats
mais fausse. insatisfaisants.
Comparé à des ingénieurs confir- C’est chez Eiffel
més, Lawrence Hargrave peut faire qu’on découvrira
figure d’amateur éclairé, car il ne sut comment bien
pas, comme eux, mesurer les forces fixer l’objet
en jeu, mais les 176 modèles qu’il d’études à ses
construisit et étudia tels des cerfs-vo- balances pour
lants dans le vent,lui firent aussi cons- éliminer
tater l’importance de la courbure. les interférences. DR

32
avait annoncé à ce sujet. Si ses tra- Feuille de calcul
vaux d’aérodynamique n’apportè- de Léon
rent rien à personne,ils eurent quand Levavasseur,
même un grand mérite : convaincre extraite
que le vol mécanique était possible de l’étude
avec les moyens de l’époque et sus- de la voilure
citer ainsi de l’intérêt pour l’aviation de son monoplan
dans les milieux scientifiques et gou- Antoinette,
vernementaux de son pays. C’était réalisée avec
déjà beaucoup. des maquettes
dans la petite
L’aérodynamique soufflerie
qu’il se fabriqua.
théorique après 1890
Les recherches et expériences des
amateurs (nous n’en citons guère) et
de quelques ingénieurs finirent par
réveiller les purs scientifiques. “Wil-
helm Kutta, Nikolaï Joukowski et
Ludwig Prandtl étaient d’acadé-
miques docteurs en mathématiques
ou en physique et mécanique, et tous
menèrent des recherches portant di-
rectement vers la compréhension du
plus-lourd-que-l’air.Pour la première
fois des académiciens respectés em-
brassaient la cause du vol mécanique”,
q ,
écrit John D.Anderson (1).À ces trois
noms il convient d’ajouter ceux de
Lanchester et d’Eiffel.
Le Britannique FrederickWilliam
Lanchester fut celui par lequel l’aé-
rodynamique prit un nouveau départ.
Pratiquement autodidacte,ingénieur
motoriste, il fonda sa propre marque
d’automobile en 1899,mais s’intéres-
sait à l’aviation depuis 1890 avec des DR
modèles réduits à voilure cambrée,
issus directement de ses propres théo- en 1909,puis en français en 1914 seu- cours ralentit la propagation de vraies
ries –“bricolées”selon son mot,mais lement. Ses intuitions et son raison- trouvailles;il fut,par exemple,le pre-
fondamentales – sur la circulation de nement étaient globalement très mier à définir ce que nous appelons
l’air autour d’un profil,sur la portance justes,vérifiés par l’expérimentation, la turbulence de sillage.
et la traînée. Il fit connaître ses idées malheureusement étayés par fort peu Lanchester expliqua que ses idées
tardivement en 1907 dans son livre de données chiffrées. Ceci ajouté au furent reconnues par les milieux
Aerodynamics, traduit en allemand style confus de ses écrits et de ses dis- scientifiques britanniques unique-

DR
La petite
soufflerie des
frères Wright
(une copie
électrique,
l’originale avait
un moteur à
combustion
interne pour
actionner
le ventilateur).
Un outil
rudimentaire
qui leur fut
extrêmement
précieux.

33
DU VENT DANS LES VOILURES

ment lorsque les Wright eurent dé- alors soupçonné mais très mal connu, tienne-Jules Marey commençaient à
montré à la terre entière que le vol une révolution ! Prandtl révélait montrer.Prandtl précisait également
mécanique était possible. l’existence d’une Grenzschicht ou qu’avec cette couche limite, le calcul
En 1902, l’Allemand Wilhelm Übergangschicht, couche limite ou prédictif de la traînée requérait des
Kutta,qui connaissait son petit Lilien- couche de transition où “le brutal équations plus simples que celles de
thal par cœur, obtint un doctorat en changement de vitesse [de l’écoule- Navier-Stokes.Néanmoins,sa théorie
mathématiques avec une thèse sur le ment], même avec un faible coeffi- devait être affinée puis admise par la
calcul théorique de la portance aéro- cient de friction, a des conséquences communauté scientifique avant d’être
dynamique sur des profils cambrés. marquées”. Prandtl notait aussi que acceptée par l’industrie… une évo-
Ses équations rejoignaient et véri- cette couche limite pouvait se décol- lution d’au moins 30 ans pendant la-
fiaient la théorie – qu’il ignorait en- ler et transformer tout l’écoulement quelle Prandtl forma des étudiants
core – de Lanchester sur la circula- laminaire environnant en maelström appelés à un avenir brillant : Jakob
tion de l’air en faisant accomplir à catastrophique pour la portance – ce Ackeret (introducteur du nombre de
l’aérodynamique une avancée déter- que,depuis
q , p le début du siècle,les, ppho- Mach dans l’aviation), Adolf Buse-
minante.Le Russe Nikolaï Joukowsky tos d’écoulement de fumée d’É- mann (père européen de l’aile en
était aussi docteur en mathématiques;
il partage avec Kutta l’établissement Dans la chambre
de l’équation du calcul de la portance. aérodynamique
d’Auteuil,
Premier spécialiste russe de la méca-
au temps de
nique des fluides, Joukowsky fonda
Gustave Eiffel.
les bases de l’aérodynamique théo-
L’expérimentateur
rique, publiées en 1912 en russe et en (ici Léon Rith) est
français,et ouvrit dans les environs de assis près
Moscou un laboratoire qui fait de lui des balances,
“le père de l’aviation russe.” Sa célé- au-dessus de
brité est telle qu’en 1947, la localité l’objet à l’étude.
où fut implanté son second et plus
grand laboratoire fut baptisée de son
nom, le laboratoire étant devenu
entre-temps le fameux institut central
d’aéro-hydrodynamique, ou TsAGI.
Le 30 novembre 1905,en Bavière,
le Luftschiff Zeppelin n° 2 fut sorti
pour son premier essai. Long de
126 m,ce monstre était à peine en l’air
que sa poupe frappa l’eau du lac de
Constance en écrasant la structure ri-
gide. En Allemagne, la déception fut
colossale et l’empereur Guillaume II
dut intervenir : à l’université de Göt-
tingen,le professeur Felix Klein avait
créé en 1902 un laboratoire de méca-
nique appliquée où il avait notam-
ment fait venir en 1904 un professeur
de mathématiques de l’université de
Hanovre,Ludwig Prandtl.L’empereur
ordonna d’associer la matière grise
du laboratoire à une société anonyme
de recherche et d’étude de dirigeables,
dotée du capital non moins colossal
d’1 million de marks. Prandtl confia MAE
donc les travaux sur les dirigeables à
un jeune mathématicien surdoué, La soufflerie
théoricien de la résistance des maté- d’Auteuil,
rue Boileau,
riaux, le Hongrois Theodor von Kár-
lors de son
mán, qui devint un incontestable aé-
inauguration
rodynamicien. Petit à petit, après la
en 1912.
création d’une soufflerie par Prandtl
en 1907, naquit l’Aerodynamische
Versuchanstalt Göttingen (AVA),éta-
blissement de recherches aérodyna-
miques qui serait un jour le plus puis-
sant centre de ce genre dans le monde.
En 1904, au cours du 3e Congrès
international de mathématiques,
Prandtl avait disposé de 10 minutes
pour résumer le fruit de ses re-
cherches,une découverte capitale sur
un facteur de traînée aérodynamique MAE

34
flèche), von Karman (futur pape de à laquelle manquait une aérodyna- planes, et résuma ses premiers tra-
l’aviation américaine), Max Munk mique pratique performante.Gustave vaux par la formule célébrissime
(introducteur de la“traînée induite”, Eiffel, l’apporta. R = KSV2, où R est la résistance ou
futur aérodynamicien en chef du Expert en constructions méca- force d’impact ou traînée, et K un
NACA américain), etc. niques mondialement reconnu,ayant coefficient propre à la surface étu-
accumulé une belle fortune, Eiffel diée (qui deviendra Kx puis Cx).
L’aérodynamique avait 71 ans en 1903 lorsqu’il décida Cet appareil étant impropre à
de tirer parti de la hauteur de sa si fa- l’étude de surfaces obliques, Eiffel
pratique meuse tour pour étudier l’influence construisit la toute première grande
Ainsi voyons-nous que l’aérody- du vent sur les structures,évaluée jus- soufflerie au pied de sa tour,en 1909.
namique théorique fut d’abord le fait qu’alors par ses pairs au doigt mouillé. Il l’appela chambre aérodynamique
de mathématiciens virtuoses, mais Gustave Eiffel
Il conçut un très ingénieux“appareil car,dans son principe,un courant d’air
aux époques que nous évoquons, et son appareil
de chute” glissant le long d’un câble aspiré par un ventilateur électrique
ceux-ci ne pouvaient être compris par de chute placé vertical de 115 m pour étudier l’in- et quasiment laminaire d’1,5 m de dia-
une industrie aéronautique naissante sur sa tour. fluence du vent sur diverses surfaces mètre traversait jusqu’à 65 km/h une
chambre close où se tenaient obser-
vateurs et instruments de mesure.
Rapidement contraint de s’installer
ailleurs, Eiffel ouvrit en 1912 le labo-
ratoire qui, à Auteuil, est toujours en
fonction; plus perfectionné, celui-ci
produit un écoulement de 2 m de dia-
mètre à 108 km/h.Des veines conver-
gentes puis divergentes convenable-
ment dimensionnées de part et d’autre
de la chambre pour conduire l’air,
procurent cette vitesse d’écoulement
avec un ventilateur électrique de
50 ch, huit fois moins puissant que ce
qu’il aurait fallu avec l’installation
précédente. Dès lors, la forme des
veines amena Eiffel à parler de“tun-
nel” aérodynamique, vocable de-
meuré dans le vocabulaire des aéro-
dynamiciens un peu partout (wind
tunnel en anglais, wind kanal en alle-
mand…).Ce modèle breveté de souf-
flerie fut adopté à Amsterdam, Mos-
cou (chez
( Joukowsky),Rome,Tokyo,
y) y
Stanford aux États-Unis,et en inspira
bien d’autres.La grande soufflerie de
277 km/h et 800 ch construite en 1921
à Issy-les-Moulineaux fut imaginée
par Eiffel en 1917.
Eiffel exigeait avant tout la sim-
plicité afin que ses résultats fussent fa-
cilement compris par ses clients aux-
quels il offrait des services gratuits
s’il pouvait rendre les résultats pu-
blics. Un de ses plus proches colla-
borateurs,Léon Rith,eut alors l’idée
de présenter les résultats d’expé-
riences sous la forme de courbes lo-
garithmiques compréhensibles au
premier coup d’œil – Eiffel appela
polaires les courbes de portance et
de traînée en fonction de l’incidence,
mot adopté en anglais. Eiffel publia
aussi régulièrement ses résultats sous
le titre Recherches sur la résistance
de l’air et l’aviation;ils furent traduits
en anglais et en allemand car l’œuvre
d’Eiffel connut, grâce à sa clarté et
par sa pertinence,une diffusion mon-
diale au moment où l’aviation pre-
nait son essor. Il faut le rappeler.
Quels furent les principaux ac-
quis de Gustave Eiffel aérodynami-

DR
cien et de ses équipes, outre la con-
35
DU VENT DANS LES VOILURES

ception de tunnels aérodynamiques Eiffel démontra que la portance à l’aviation les services les plus pré-
à haut rendement ? Ils mesurèrent résulte bien du jeu des pressions au- cieux et les plus étendus”, aurait af-
minutieusement les champs de pres- tour de la surface, et principalement firmé Ludwig Prandtl, cité devant
sion sur les ailes au moyen de ma- de la dépression relative sur l’extrados, l’Académie des sciences en avril 1914
quettes percées de trous minuscules puis étudia le bilan aérodynamique par Joseph Lecornu,professeur à l’É-
ouverts les uns après les autres pour de cellules complètes. La con- cole supérieure d’aéronautique. Sa
être reliés à des manomètres,afin de frontation de l’expérimentation au soufflerie était un moyen d’expéri-
tracer des lignes de contours (ou tunnel d’une maquette de l’avion la- mentation sans pareil : à la même
courbes de pression) sur le dessin en boratoire du capitaine Dorant et celle époque, le laboratoire d’aérodyna-
plan des ailes concernées.Fantastique de l’appareil réel en vol devait “au dé- mique fondé à Saint-Cyr par Henri
innovation ! Voici ce qu’en écrivit but du fonctionnement du laboratoire, Deutsch de la Meurthe comportait
Anderson à ce sujet (6) : apporter une confirmation à l’idée que un “chariot aérodynamique” qui,
“Les lignes de contour sont très de l’essai d’un modèle aérodynamique placé sur une courte voie ferrée en
impressionnantes (…) Avant le dé- d’avion, on pouvait déduire avec une plein air,était à côté un outil grossier
veloppement de calculateurs mo- approximation très suffisante pour les et imprécis. Mais, après 1918, la vi-
dernes rapides et de l’imagerie nu- besoins de la pratique, les propriétés tesse des avions devint rapidement
mérique,les lignes de contour devaient des avions en vol”, ce qu’écrivit un telle que le laboratoire d’Auteuil n’eut
être tracées à la main par interpolation proche collaborateur d’Eiffel, l’ingé- bientôt plus les performances suffi-
entre les points de mesure, un travail nieur en chef Antonin Lapresle – le- santes. Et, si Gustave Eiffel aérody-
laborieux.C’est pourquoi,pendant la quel rappelle qu’en incitant Farman à namicien est si méconnu en France
première moitié du xxe siècle, la plu- entoiler les roues de ses biplans,Eiffel de nos jours,c’est probablement parce
part des présentations de résultats lui permit d’emporter 35 l d’essence que,après sa disparition en 1923,l’aé-
d’expérience ne comportait pas de supplémentaires. En 1914, après une rodynamique française se reposa sur
lignes de contour.C’est seulement de- polémique lancée par Göttingen, les lauriers qu’il avait récoltés et ne
puis une trentaine d’années,avec l’avè- Auteuil affina l’étude aérodynamique fit plus rien de bon au moins jusqu’à
nement du calcul numérique de dy- des sphères :“ce sont les premières ex- la veille de la Deuxième Guerre mon-
namique des fluides (CFD) que les périences qui ont orienté les esprits sur diale. Il lui manquait peut-être les
lignes de contour sont largement uti- le rôle du “nombre de Reynolds” en bases théoriques qui faisaient alors la
Nieuport 2
lisées en aérodynamique.” aérodynamique”, en dit Lapresle. richesse de Göttingen. ■
dans
la soufflerie
Gustave Eiffel joua un rôle clef
(6) A History of Aerodynamics, du Champs pour apporter à l’aviation française Prochain article :
page 271. Traduction de l’auteur. de Mars. la supériorité de ses débuts :“Il a rendu 8 - Comotive ou zoizillon ?
MAE
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REPORTAGE

Spectacul

XAVIER MÉAL
aire La Ferté-Alais

Le duo de choc
qui, encadré
par deux
“Rafale”, a
ouvert le grand
bal du Temps
des hélices
2015 : le
Bréguet “Alizé”
de l’association
Alizé Marine
(premier plan)
et le MS 760
“Paris”
de l’association
Armor Aero
Passion.
LE TEMPS DES HÉLICES 2015

Il n’était pas facile de trouver un coin de pelouse


libre sur le plateau de Cerny pendant ce week-end
de Pentecôte inondé de soleil. Par Xavier Méal

La présentation

L
es dieux de la météorologie
ont été cléments avec l’Ami- solo du “Rafale”
de l’armée de
cale Jean-Baptiste Salis pour
l’Air a été réalisée
l’édition 2015 duTemps des
par l’avion de
hélices. Cette année aucun
l’Escadron de
orage de grêle dévastateur n’est venu chasse 1/7
doucher l’enthousiasme des bénévoles Provence
qui ont orchestré un somptueux spec- spécialement
tacle sous un soleil radieux. Et le pu- décoré pour
blic a été au rendez-vous,avec plus de le Tiger Meet
45000 entrées sur les deux jours. 2015.
Cette année aura été celle de
quelques retours remarqués.Comme
celui du Caudron G-III,dont les ailes
ont été modifiées avec des ailerons Après six
pour le rendre plus pratique et moins années de
délicat à présenter en vol. Il y avait travaux, parmi
au moins six ans que le Caudron lesquels le
G-III emblématique de l’AJBS remplacement
n’avait plus été présenté en vol. Un des commandes
de
autre retour remarqué a été celui,
gauchissement
très apprécié du public,des Canadair
par vrillage
CL-415 et Grumman S-2FT“Tracker
des ailes par
- Turbo Firecat” de la Sécurité civile. des ailerons,
Si les trois types d’avions évoluent le Caudron G-III
dans des registres très différents, ils a repris l’air le
soulèvent chacun autant d’émotion. 12 mai dernier. JEAN-PIERRE TOUZEAU

FRÉDÉRICK VANDENTORREN

40
FRANCK CABROL

Grand retour également du Douglas


AD-4N “Skyraider” F-AZDP de
l’AJBS, accidenté à Duxford, en
Grande-Bretagne, en juillet 2011.
Grâce à la pugnacité et à l’ardeur de
son mécanicien attitré, le redoutable
Julien, aidé de quelques bonnes vo-
lontés,, une demi-aile droite a ppu être
dénichée aux États-Unis. Inspectée
et rénovée, elle est venue remplacer
celle détruite, et le chasseur-bom-
bardier a repris l’air aux mains de
Bernard Vurpillot le 18 mai, juste à
temps pour prendre part au Temps
des hélices, en compagnie des deux
autres “Skyraider” immatriculés en
France, ceux de Christophe Bru-
nelière et de l’association France’s
Flying Warbirds.
Les jours qui ont précédé le mee-
ting ont été fiévreux et riches en émo-
tions. L’après-midi du 19 mai, le gros
Pratt & Whitney R-2800 du F-4U- ARMOR AERO PASSION
5NL “Corsair” de la collection Les En haut,
Casques de Cuir s’est à nouveau fait Baptiste Salis
entendre… pour la première fois de- aux commandes
puis six ans. La restauration du chas- du Curtiss
seur est en passe d’être achevée, et si “Hawk” 75 de
tout se déroule comme prévu, il sera The Fighter
la vedette du Temps des hélices 2016. Collection.
Puis il y eut le début de soirée du Ci-dessus, une
22 mai, avec l’arrivée en vol du vue depuis le
Gloster “Gladiator” et du Curtiss MS 760 “Paris”.

“Hawk” 75 de The Fighter Collection. Ci-contre,


(Suite du texte page 45) FRANÇOIS HERBET
le Ju 52 de Ju air.

41
LE TEMPS DES HÉLICES 2015

4
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XAVIER
VI R MÉA
VIE ÉAL
A
LE TEMPS DES HÉLICES 2015

HUW HOPKINS / GAR

Le Gloster
“Gladiator” de
The Fighter
Collection,
présenté de
main de maître
par Nick Grey.

Le “Hurricane”
F-AZXR faisait
sa première
apparition
à La Ferté -Alais.

Le FB2 des
Casques
BENJAMIN GILBERT de Cuir.
JEAN-PIERRE TOUZEAU
(Suite de la page 41)
Pour l’anecdote, le très rare biplan
n’avait jamais quitté la Grande-Bre-
tagne, et encore moins franchi la
Manche, depuis qu’il a été restauré.
Et il n’avait été présenté en vol en
dehors de Duxford qu’une seule fois.
C’est donc un énorme cadeau qu’on
fait Stephen et Nick Grey à l’AJBS
et au public du meeting. Mais leur gé-
nérosité ne s’est pas
p arrêtée là.
À peine descendu du “Hawk” 75,
qu’il a lui-même convoyé en vol de-
puis Duxford, Stephen Grey a non-
chalamment lancé à un Baptiste Salis
éberlué : “Attrape les manuels de vol
et révise, tu vas en faire un tour tout à
l’heure !” Deux heures plus tard, Sort
Soorttie
e du trrai
ain
n
p ndan
pe ndan
nd antt un
Baptiste Salis a eu le droit à un am-
tonn
to nn
nnea au, ffaç
açon
aç on
phi-cabine en bonne et due forme, Geor
Ge orge Pe
or errez
ez,
ez,
sous la houlette de Stephen Grey et p ur
po u le P P--51 de
de Patrice Marchasson, pilote de la FFrran
ance
ce’s Fly
ce
ce’s yin
ing
g
Fighter Collection qui connaît bien Warb
Warb
Wa bir
i ds
d.
la machine. Puis il s’est envolé… HUW HOPKINS / GAR
Après avoir coupé le moteur du
“Hawk”, le chanceux pilote est resté
quelques secondes la tête baissée
dans le cockpit, puis s’est finalement
décidé à sortir avec un sourire qui en
disait long… Balbutiant une série de
“Merci! Merci! Merci!” à l’attention
de Stephen Grey, il s’est ensuite jeté
dans ses bras pour l’embrasser, les
yeux humides…
Le lendemain, le même Baptiste
Salis s’est envolé aux commandes du
Bristol F2B “Fighter” immatriculé
F-AYBF, le dernier avion arrivé dans
la collection des Casques de Cuir, avec
comme “mitrailleur” son père Jean
Salis. Quand on vous dit que ce week-
end a été des plus riches en émotion…
Less im
Le mprpo obbabble
es
Un Bolkow… bo
ouuccle es
renversant et ton
et nne eaauux
r allis
ré isés
isésé parr
Des émotions, le public venu très lle
e Bo-
o-10 105 dede
nombreux en a eu pour son compte. Red
Re
ed Bu Bull
llll ontt faiit
En regardant et écoutant le trio new- fris
frisso
issonn
onnn erer
yorkais des Manhattan Dolls, ou en la
a fou
oule le
e.
regardant évoluer de façon assez im- JEAN-PIERRE TOUZEAU
probable pour un hélicoptère le XAVIER MÉAL

Bolkow 105 sponsorisé par une bois- Un v


Un viis
isitteu
isit eurr
son énergisante “qui donne des ailes”. brrittan
b anniniqu
ni quue
Le Bo-105 peut enchaîner boucles, disc
di scre
sc rett : la
re
tonneaux et autres figures de voltige re
eprro odduc
uctito
tionn
généralement réservées aux avions de “Mew
Mew Gu ulll”
– sa tête de rotor rigide est en titane cons
co n tr trui
uite
te par
Davi
Da vid d Be eal
ale.
e.
et ses pales sont en matériaux com-
posites. Celui présenté sur le plateau
de Cerny est “l’un des seuls quatre
hélicoptères Bo-105 utilisés en vol-
tige
g p par des ppilotes civils dans le
monde” (deux sont aux États-Unis, et
deux en Autriche). Seulement trois
pilotes sont qualifiés voltige sur cette
machine : Rainer Wilke, ancien ins-
tructeur hélicoptère de l’armée alle-
mande, qui a officié à La Ferté-Alais,

45
LE TEMPS DES HÉLICES 2015

XAVIER MÉAL
FRANÇOIS HERBET
La compagnie
Chuck Aaron qui officie aux États- Europe Airpost
Unis et Siegfried Schwarz, chef pi- a fait très fort
lote hélicoptères au sein des Flying en faisant poser
Bulls de Red Bull.Les quatre Bo-105 sur son Boeing
suivent un programme d’entretien 737 deux
drastique,avec changement régulier autocollants
géants “spécial
des pièces critiques.
La Ferté”.
Europe Airpost déclare
sa flamme
Un autre moment remarquable Le Grumman
“Firecat” de la
de cette édition duTemps des hélices,
Sécurité civile
en plus de la désormais traditionnelle a offert, avec le
et incontournable patrouille commé- Canadair CL-415,
morative de l’Aéronautique navale – un somptueux
cette année superbement agrémen- spectacle
tée du Breguet“Alizé”de l’association comme seuls
Alizé Marine –, a été la présentation les pompiers
du Boeing 737 d’Europe Airpost. du ciel savent
Là… chapeau bas!Au pilote comme en produire.
à EuropeAirpost,qui a fait poser sur
les deux côtés du fuselage,dans la nuit
du vendredi au samedi, un autocol-
lant géant clamant “Europe Airpost Autre avion
aime La Ferté” ! Devant l’enthou- exceptionnel
siasme soulevé par ce geste de grande que l’on n’avait
classe,Jean-François Dominiak,P-Dg plus vu depuis
de la compagnie,a déclaré – devant té- un moment à
La Ferté-Alais :
moins, dont nous étions! – qu’il n’al- le Lockheed
lait pas enlever les autocollants au “Electra” F-AZLL.
lendemain du meeting… XAVIER MÉAL

Pour clore ce panégyrique,il nous


semble approprié de mentionner ce-
lui qui, dans l’ombre, met littérale-
ment en musique leTemps des hélices,
depuis des années, avec une passion
toujours aussi intacte.Assis à côté du
commentateur Bernard Chabbert,
Gilbert Courtois est un chasseur de
son invétéré, un mélomane collec-
tionneur plus qu’averti.Son talent est
reconnu dans les cercles de la télévi-
sion et du cinéma.Et c’est aussi lui qui
fait duTemps des hélices ce spectacle
à nul autre comparable. ■

P.-S. : un énorme merci à Alain,


Gilles et Franck, la fabuleuse équipe
du “Baron Photo”.
46
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HISTOIRE

Les bombardements
stratégiques en question
Fallait-il raser
Dresde?
La dévastation de Dresde en février 1945 marque
la fin de la campagne de bombardements stratégiques
des Alliés sur les villes allemandes. Elle n’est pas sans
susciter des polémiques… Par Patrick Facon. Recherches iconographiques François Herbet

A
u début du mois de fé- nante brutalité visant à en finir une chute de Hitler. Jamais les bombar-
vrier 1945, après avoir fois pour toutes avec le Reich nazi. diers alliés n’allaient pilonner avec
stoppé puis repoussé l’of- Estimant que dans l’état de délabre- autant d’intensité l’Allemagne nazie
fensive allemande dans ment où il se trouvait, ce dernier ne que dans la période courant du prin-
les Ardennes, non sans pourrait résister ni survivre à de spec- temps 1944 au printemps 1945, où
avoir infligé de très lourdes pertes à taculaires démonstrations de l’in- plus de la moitié de bombes larguées
la Wehrmacht, les armées alliées bor- commensurable puissance aérienne sur le territoire européen de 1940 à
daient la Meuse aux Pays-Bas et la alliée,, ils envisageaient
g p
plusieurs ac- 1945 frappèrent le Reich.
Roer un peu plus au sud. Ils avaient tions de grande ampleur. À ce pro-
mordu dans le massif de l’Eiffel, au pos, Harris consigna dans ses mé- Une épouvantable
centre du front, longeaient les fron- moires : “En février [...] les Alliés
tières du Luxembourg et de la Sarre, avaient atteint le Rhin, et nous reçûmes
tempête de feu
le long de la ligne Siegfried, et avaient l’ordre d’attaquer de nouveau les ci- Le paroxysme de cette extraor-
atteint le Rhin entre Strasbourgg et tés déjà en ruines de la Ruhr et des pays dinaire intensification de l’offensive
Bâle. À présent, l’objectif des armées rhénans, de façon à aggraver le chaos combinée contre le Reich fut atteint
commandées par le général Eisen- à l’arrière des armées ennemies…” au début de l’année 1945, lorsque les
hower consistait à établir leurs lignes Les Américains imaginèrent Alliés programmèrent une vaste of-
sur les rives du grand fleuve, à le fran- l’opération Shatter, relative à l’at- fensive aérienne sur les cités d’Alle-
chir en divers points afin d’y établir taque d’une centaine de villes enne- magne orientale, de façon à accroître
des têtes de pont et porter le fer et le mies moyennes qui n’avaient encore la désorganisation du Reich, à semer
feu en plein cœur du territoire du jamais subi de raid aérien. Les Britan- la panique parmi les réfugiés qui
Troisième Reich. niques conçurent le plan Thunder- fuyaient devant l’Armée rouge et à
clap, qui préconisait une offensive désorganiser les lignes de communi-
Frapper l’Allemagne massive contre l’agglomération de cation de la Wehrmacht. C’est ainsi
Berlin. L’opération Clarion, conçue qu’intervinrent les raids anglo-amé-
de stupeur en septembre 1944, proposait de lan- ricains sur Dresde, qui constituèrent
Depuis les derniers mois de 1944, cer des milliers de chasseurs et de sans doute l’application la plus radi-
les tenants du bombardement straté- bombardiers au-dessus du territoire cale de la politique de bombarde-
gique anglo-américains ne cessaient ennemi, avec mission de frapper tous ments définie en 1942. Toutefois,
d’échafauder des plans d’une surpre- les objectifs qui se présentaient. Enfin, quelques jours avant l’événement, le
Hurricane I et Hurricane II, I élaborés 3 février, la 8th Air Force lança sur
par le Bomber Command de Harris, Berlin une de ses attaques les plus
Au cœur des raids s’intéressaient à la destruction de ce intenses, de l’ordre de 1 000 bom-
Pour les détails des bombardements qui restait des centres urbains et in- bardiers, qui tuèrent 2 893 habitants
stratégiques alliés sur l’Allemagne, dustriels de la Ruhr. En réalité, les de la capitale.
voir les Fana de l’Aviation suivants : chefs des forces aériennes anglo- Les assauts meurtriers menés
Francfort (n° 510), Schweinfurt saxonnes étaient résolus à appliquer contre Dresde, cette grande cité
(nos 527 et 528), Berlin (n° 530), la décision mûrie de longue date de saxonne si riche de beautés archi-
Hambourg (n° 525) opération lancer des bombardements de ter- tecturales et relativement épargnée
Big Week (nos 531 et 532) reur délibérés sur les centres de po- jusqu’en ces terribles journées de fé-
pulation allemande afin de hâter la vrier 1945, entraînèrent sa destruc-

RICHARD PETER / SLUB

48
La photodes ruinesde Dresde
en septembre reste le symbole
du bombardement qui toucha
la ville en février 1945.

49
DRESDE Les B-17
du 384th Bomb
Group
bombardent
tion dans une des plus épouvantables tragédie expliquent la longue et âpre
les installations
tempêtes de feu, sans doute plus dé- controverse qui s’ensuivrait à propos
ferroviaires
vastatrice que celle qui ravagea du nombre de victimes résultant des de Dresde
Hambourg en juillet-août 1943. raids alliés. le 17 avril 1945.
L’affaire démarra dans la nuit du 13 La ville avait été
au 14 février 1945, lorsque Harris, Un débat dans dévastée au mois
avec l’accord de Churchill et du ca-
binet de guerre britannique, lança
le camp allié de février.

contre cette agglomération une pre- Les services allemands chargés


mière vague de bombardiers qui per- de dresser les statistiques des pertes
mit de marquer l’objectif. Puis vinrent en vies humaines recensèrent dans
529 quadrimoteurs lourds “Lancas- un premier temps 30000 morts, avant
ter” qui semèrent la dévastation, en d’avancer, poussés par Goebbels, le
détruisant les immeubles d’habita- ministre de la Propagande, soucieux
tion avec des bombes explosives de de dénoncer devant le monde entier
forte puissance, puis en larguant ce qu’il appelait la barbarie alliée, le
650 000 engins incendiaires, en par- chiffre de 300000. Dans un livre inti-
ticulier au phosphore. En cette oc- tulé La destruction de Dresde, paru en
casion, le Bomber Command déversa 1964, l’historien révisionniste britan-
quelque 2 978 t de bombes sur une nique David Irving parle de 250000
cible si peu défendue qu’il ne perdit tués, mais les autorités britanniques
que six avions, soit un taux d’attri- restèrent toujours sur le chiffre de
tion exceptionnellement bas de 35 000. Les travaux des chercheurs
0,5 %. Dès le lendemain, 14 février, allemands les plus récents s’accor-
450 B-17 “Flying Fortress” des US dent sur environ 40000 victimes.
Army Air Forces se présentèrent à À peine les derniers incendies
leur tour au-dessus de la cité saxonne ayant ravagé Dresde eurent-ils été
en proie à d’immenses incendies. circonscrits qu’un âpre et virulent dé-
Au sol, la dévastation atteignit bat s’engagea entre Allemands et
des seuils encore jamais vus. Les dif- Alliés, mais aussi, alors même que la
férents foyers d’incendie s’étant ré- guerre n’était pas encore achevée,
unis, la température monta jusqu’à dans le camp allié lui-même. Les ser-
1000 °C. Des milliers d’habitants qui vices de Goebbels dénoncèrent la po-
tentaient de fuir furent happés par litique de terreur pratiquée par les
des vents d’une violence inouïe, souf- Anglo-Saxons et promirent de san-
flant à plusieurs centaines de kilo- glantes représailles. Hitler demanda
mètres à l’heure, tandis que d’autres, que des aviateurs alliés prisonniers
plus nombreux encore, périrent as- de guerre fussent fusillés et que l’Alle-
phyxiés dans les abris où ils avaient magne employât des gaz toxiques
trouvé refuge. Les flammes de l’im- contre ses ennemis. Le ministre nazi
mense foyer qui ravagea près de 85 % de la Propagande, évoquant la bar- USAF
de la ville étaient visibles à des di- barie du raid qui avait provoqué la
zaines de kilomètres de distance. mort de dizaines de milliers de civils Photo des
Personne, au sein de la popula- innocents, insista sur la destruction bombardements
incendiaires
tion, ne pensait que la cité puisse faire des nombreux et irremplaçables tré-
britanniques sur
un jour l’objet un raid d’une si forte sors architecturaux qu’abritait la
Dresde dans
intensité. Dresde ne recélait, il est vieille cité saxonne. Des légendes cou-
la nuit du 13 au
vrai, aucun objectif à caractère mili- rurent également selon lesquelles, 14 février 1945.
taire, sinon une base de la Luftwaffe dans la journée du 14 février, les chas-
située à quelque distance. Elle n’avait seurs d’escorte américains avaient
subi auparavant que des attaques mi- mitraillé sans discrimination les
neures : la première, de la part de routes par lesquelles s’écoulait le flot
l’aviation américaine, le 7 octobre des civils fuyant l’enfer de Dresde.
1944, qui avait fait 535 morts; la se- D’autres parlaient de l’emploi de
conde, le 16 janvier 1945, qui avait bombes antipersonnel spécialement
tué 376 personnes. Dépourvue de conçues pour exploser à la hauteur
toute défense antiaérienne digne de des individus.
ce nom, elle comptait 630000 âmes Pour les Américains et les Britan-
avant les hostilités; mais, en cette pre- niques, l’attaque de Dresde se résu-
mière quinzaine de février 1945, le
nombre de ses habitants était passé
à près de 1 million, parmi lesquels des
centaines de milliers de réfugiés de
Dresde, un objectif
l’Est, tentant de fuir désespérément
l’Armée rouge, et près de 25000 pri-
militaire légitime
sonniers de guerre. Ce gonflement
démesuré de la population, l’absence et justifiable pour
de relevés précis sur le nombre de
personnes présentes au moment de la les Anglo-Saxons
50
RAF MUSEUM

mait à la destruction d’un centre de comme centre de liaisons télépho-


communication essentiel, situé en ar- niques. Pour les autorités anglo-amé-
rière du front de l’Est, à la demande ricaines, l’affaire était entendue :
même des Soviétiques qui avaient ré- Dresde était bien un objectif militaire
clamé cette opération lors d’une justifiable d’une attaque aérienne de
conférence baptisée Argonaut, deux grande ampleur, un objectif militaire
semaines avant les événements de la légitime dont l’importance était égale
mi-février 1945. À cette époque, tant aux yeux des Alliés occidentaux
l’Armée rouge se trouvait à une cen- qu’à ceux des Soviétiques.
taine de kilomètres de la ville et le
maréchal Koniev, commandant en Les derniers
chef des forces engagées dans la ré-
gion, redoutait que ses lignes de com-
soubresauts
munication, au demeurant fort dis- Au lendemain de Dresde, alors
tendues, fussent coupées par une même que les armées alliées bor-
puissante contre-offensive allemande daient désormais le Rhin et que les
dont Dresde aurait constitué une des forces soviétiques se trouvaient sur
principales bases logistiques. Cette l’Oder, la Luftwaffe marchait lente-
thèse, élaborée à l’époque même des ment mais sûrement vers la disloca-
attaques sur la ville, allait être reprise tion et l’agonie. Les pertes subies lors
et défendue à maintes reprises par de la bataille des Ardennes et l’opé-
les autorités américaines dans les an- ration Bodenplatte, les sacrifices
nées 1950. Les Britanniques, dès le consentis lors des affrontements avec
lendemain de l’attaque, dans un com- les bombardiers de la 8th Air Force
muniqué officiel, insistèrent sur l’in- engagés en nombre considérable sur
térêt stratégique de l’objectif d’abord l’Allemagne occidentale l’avaient
en tant que nœud ferroviaire, ensuite presque saignée à mort. Très affaiblie

51
DRESDE

par le transfert sur le front de l’Est Magdeburg, le même mois (5 000 lotes affectés dans les unités de Me 262
de nombreux effectifs, elle peinait à morts), Würzburg (5 000 morts) et étant issus du bombardement, où les
faire face au déferlement incessant Pforzheim (17000 morts) en février, effectifs étaient en surnombre.
des “Lancaster”, “Halifax”, “Flying Swinemünde (5000 morts) en mars. La situation devait s’améliorer
Fortress” et “Liberator” du Bomber Les quadrimoteurs alliés se heur- par la suite lorsque des unités de
Command et des US Strategical Air tèrent non seulement aux chasseurs chasseurs à réaction bien plus expé-
Forces. Le Luftwaffenkommando Harris espérait conventionnels de la H C
OWARD ,N
OSTER P
ATIONAL G ORTRAIT
rimentées, en
ALLERY

West,du gén.Schmid,ne disposait de beaucoup de Luftwaffe (Bf 109, particulier le


pas plus de 1 000 avions (Fw 190, la campagne de Fw 190,Ju 88,Bf 110 Jagdverband 44
Bf 109,Ar 234,Me 262),tandis que la bombardement et He 219), mais en- du gén.Galland,
défense du Reich, du gén. Stumpff, stratégique core,de plus en plus, démis de ses
mettait en œuvre seulement trois sur l’Allemagne. aux intercepteurs à fonctions d’ins-
Jagdgeschwadern équipés de Bf 109 réaction de type pecteur de la
et de Fw 190 et deux Grüppen dotés Me 262,engagés par chasse,entrèrent
de Me 262. formations de 30 à 50 en action. Au
De leur côté, les aviateurs anglo- à l’occasion de cha- mois de mars,
saxons alignaient des effectifs colos- que raid. Toutefois, pour la première
saux,de l’ordre de 5000 bombardiers l’efficacité opéra- fois, des forma-
lourds, capables de délivrer 20000 t tionnelle du Me 262 tions puissantes
d’engins explosifs et incendiaires d’un fut remise en cause de Me 262 fu-
seul coup.En six mois seulement,d’oc- Mai 1943 : à diverses reprises. rent précipitées
tobre 1944 à mars 1945,ils avaient dé- Albert Speer, le Une dizaine d’entre dans des atta-
versé plus de 545000 t de bombes sur ministre du eux, lancés le 7 fé- ques de grande
les cités du Reich,y compris celles de Reich pour vrier à l’attaque de 1500 quadrimo- ampleur contre les bombardiers amé-
la Ruhr. En ajoutant les 500000 t qui l’Armement et teurs américains engagés sur Mag- ricains.Le 3,afin de contrer des raids
plurent sur l’Allemagne et le reste de les Munitions debourg, Weimar, Lutzkendorf, contre Magdebourg, Brunswick,
l’Europe de juin à octobre 1944, soit, est décoré Bielefeld, Paderborn, Arnsberg et Hanovre et Chemnitz, des appareils
au total, plus de 1 million de tonnes, par Hitler pour Dulmen,subirent une lourde défaite. de ce type effectuèrent, chiffre en-
avoir
ce chiffre atteignait presque celui des Ils ne parvinrent à abattre qu’un seul core jamais atteint, quelque 29 sor-
augmenté
premières années de guerre. Les ag- B-17,et furent mis à mal par les chas- ties, et eurent raison de six quadri-
la production
glomérations de moindre importance seurs d’escorte qui en descendirent moteurs pour la perte d’un seul
d’armes et
que Dresde et Berlin ne furent pas de munitions
six. Cette affaire révéla un des défi- d’entre eux. Le 18 du même mois, 37
épargnées par les équipages de Harris au cours
ciences qui pénalisait désormais le Me 262 furent lancés à l’attaque d’une
et de Spaatz. Il en alla ainsi de Nurem- de l’année plus la Luftwaffe ; celle du manque force de 1 221 bombardiers améri-
berg, en janvier 1945 (1 790 morts), écoulée. de navigants qualifiés, nombre de pi- cains escortés par 632 chasseurs en
BUNDESARCHIV
route vers Berlin. Au cours de cette bardiers des US Army Air Forces, inutiles, voire contre-productifs.
action, les chasseurs de la Luftwaffe avec instruction de les aborder au be- Mieux,la contestation de l’influence
utilisèrent pour la première fois des soin, 137 furent abattus et 70 pilotes réelle des attaques sur le territoire
roquettes air-air R4M. perdirent la vie. De leur côté, les nazi apparut de façon fort précoce.
La mise en service en nombre im- Américains n’accusèrent la perte que Elle fut même discutée publique-
portant de Me 262 n’influa pas sur le de huit avions. Enfin, faute de pistes ment en Angleterre dès 1943. L’idée
cours de la lutte menée contre les disponibles, la Luftwaffe était dé- se répandit alors que l’effort de
quadrimoteurs alliés. Le 7 avril, lors sormais contrainte de faire décoller guerre britannique avait été par trop
de l’opération Wehrwolff dernier sou- et atterrir ses avions depuis des au- exclusivement orienté vers le bom-
bresaut,la Jagdwaffe (la chasse) par- toroutes. Le dernier grand raid de bardement stratégique,dont les effets
vint à lancer dans la bataille quelque nuit de la Royal Air Force intervint n’auraient pu se faire sentir que de
183 appareils, effort considérable eu dans la nuit du 14 au 15 avril,lorsque manière lointaine et incertaine.
égard à l’état de délabrement pro- 500 quadrimoteurs pilonnèrent la Dans ses mémoires, Harris note
fond dans lequel elle se trouvait.Les ville de Postdam, entraînant la mort que si les Alliés avaient disposé dès
pertes de la Luftwaffe n’en cessaient de 3500 personnes.15 jours plus tard, 1943 des forces de bombardement
pas moins de grandir, à un rythme Hitler se suicidait dans le bunker sou- qu’ils engagèrent l’année suivante,
qu’elle ne pouvait désormais plus sou- terrain de la chancellerie du Reich, l’Allemagne aurait été “défaite di-
tenir.Au cours de ce mois, 149 chas- non sans avoir démis auparavant de rectement par les bombardements”.Il
seurs furent perdus
p en combat et 1790 toutes ses fonctions le Reichsmars- souligne que les résultats obtenus par
avions détruits au sol.À la fin,l’avia- chall Göring et l’avoir remplacé par les bombardiers en Europe ne furent
tion allemande, privée de carburant, le gén. von Greim, promu maréchal pas à la hauteur de ses espérances,
n’était plus en état de réagir avec l’ef- pour la circonstance. parce que “les chefs militaires alliés
ficacité nécessaire. Les appareils n’eurent pas une foi suffisante dans
étaient poussés à bras jusqu’aux pistes Les tenants l’efficacité de l’arme du bombarde-
de décollage afin d’économiser les ment stratégique.Il en résulta que l’ar-
réserves en essence. Dans les écoles,
et les adversaires mée et la marine continuèrent à drai-
la formation des pilotes s’en ressen- Dès la fin des hostilités et au ner la plus grande partie de l’effort de
tait gravement. Ceux-ci partaient au cours des décennies qui suivirent,un guerre et à utiliser plus de 50 % de nos
combat avec très peu d’heures de vol vaste et virulent débat opposa les te- propres forces à des fins particulières”.
face à des aviateurs alliés qui leur nants et les adversaires des bombar- De son côté,Albert Speer, le mi-
étaient très supérieurs, au prix de dements aériens sur l’Allemagne et nistre de l’Armement du Reich, af-
pertes prohibitives. C’est ainsi que, l’Europe occidentale. Les premiers firma à diverses reprises que l’of-
le 7 avril,sur les 183 Fw 190 et Bf 109 leur attribuaient une influence déci- fensive aérienne stratégique sur
du Sonderkommando Elbe lancés à sive dans la défaite du IIIe Reich, les l’Allema q
l’attaque d’une formation de bom- seconds les jugeaient plus ou moins sorte un second front.À une commis-
USAF
sion d’enquête alliée instituée après
À gauche la fin des hostilités, l’homme qui
le général Eaker, dirigea la production de guerre alle-
qui dirigea
mande de 1942 à 1945 devait ré-
la 8th Air Force
pondre que le bombardement stra-
entre 1942
tégique aurait pu à lui seul amener
à 1943.
À droite,
l’Allemagne à la capitulation.
le général Spaatz,
En septembre 1945,Nicolas Kal-
à la tête du dor, un économiste réputé, tenait un
bombardement discours exactement opposé.Cet ex-
stratégique pert affirma que les effets de l’offen-
américain sive aérienne alliée avaient été quasi
en Europe. inexistants et que les attaques anglo-
américaines n’avaient engendré rien
d’autre qu’une effroyable misère et
de terribles massacres. Toujours se-
lon le même, l’approvisionnement
des armées allemandes en campagne
ne fut que faiblement affecté par les
raids de bombardiers.De nombreuses
voix s’élevèrent alors pour affirmer
que la meilleure solution eût consisté
à abandonner plus tôt l’effort consenti
en faveur de l’aviation stratégique et
à consacrer les ressources libérées à
la préparation du débarquement en
Europe occidentale. L’idée courut
que si une telle politique avait été
pratiquée, l’invasion aurait pu inter-
venir beaucoup plus tôt, c’est-à-dire
en 1943 au lieu de 1944.Poussant leur
raisonnement plus avant, les détrac-
teurs de Harris et des chefs aériens
anglo-américains soulignaient que,

53
DRESDE

en procédant de la sorte,les alliés oc- et de l’Allemagne,alors que la Royal 1941;54615 en 1942 ;230137 en 1943;
cidentaux auraient pu devancer les Air Force compta, p au total, un p peu 1207594 en 1944, et 484683 en 1945.
Soviétiques non seulement à Berlin, plus de 70200 tués.À ce propos,Harris L’essentiel de l’effort allié se situa sur
mais aussi à Vienne et Budapest. souligne : “Il n’y a pas de mots pour les années 1944 et 1945, avec 83 %
Un des principaux reproches rendre justice aux équipages qui com- du total.L’offensive aérienne straté-
adressés au bombardement straté- battirent sous mes ordres. Dans l’his- gique anglo-américaine constitua en
gique fut en effet d’avoir drainé des toire de toutes les guerres,on ne trouve vérité un processus lourd et complexe
moyens humains et matériels qui eus- rien de comparable au courage,à la té- qui n’atteignit son pic et donc ses ef-
sent été beaucoup mieux utilisés par nacité, au mépris du danger dont fi- fets que fort tardivement dans la
les forces terrestres et navales alliées. rent preuve ces hommes,et cela pendant guerre. Le Bomber Command, de
En réalité, la part aérienne de la pro- des années.” Lors des 350000 sorties même que les 8th et 15th Air Force,
duction de guerre globale de l’Angle- dans lesquelles il fut engagé, le Bom- frappèrent des objectifs variés dont
terre re ber Command perdit 8325 appareils. les voies de communication (30 %),
35 % aux États-Unis. Toutefois, au Quant à la 8th Air Force, elle effec- le tissu urbain (25 %), les cibles mi-
plus fort du conflit, le Bomber Com- tua 336000 sorties et laissa 4162 B-17 litaires (20 %), le carburant (12 %),
mand n’absorba que 12 % de l’effort et B-24 ainsi que plus de 40000 tués, l’industrie aéronautique (9 %) et les
de guerre britannique et, sur l’en- blessés et disparus dans la bataille. sites divers (4 %).
semble des hostilités,la moyenne se si- Néanmoins, au moins en appa-
tua à 7 %. Une critique supplémen- Les effets limités rence, la production industrielle na-
taire porte sur les pertes subies par zie ne cessa de croître jusqu’à l’été
les équipages du bombardement pen-
du “miracle Speer” 1944 et ne fut jamais aussi importante
dant les six années de guerre. Celles- De 1939 à 1945, la Royal Air qu’en 1943-1944,période au cours de
ci furent en effet considérables, Force et les USArmyAir Forces lar- laquelle les bombardements attei-
puisque près de 47000 navigants bri- guèrent sur l’Europe et l’Allemagne gnirent leur plus forte intensité. De
tanniques – soit 14,5 % des pertes mi- plus de 2 millions de tonnes de 100 en 1940, son indice passa à 101
litaires britanniques du conflit – trou- bombes réparties de la façon sui- en 1941, 146 en 1942, 229 en 1943 et
vèrent la mort au-dessus de l’Europe vante : 14 865 t en 1940 ; 36 077 en 285 en 1944. Le nombre de chars fa-
USAF

Chargement
d’un B-24
du 458th BG,
753rd BS.
Le “Liberator”
formait
la cheville
ouvrière
de la 8th Air
Force en 1945.

54
briqués fut de 1 500 en 1940 et de tion donna au processus une impul- moins importantes que la diminution
19000 en 1944, tandis que celui des sion décisive, même si ce qu’on ap- du rendement lié à la nécessité de dis-
avions atteignit 10200 en 1940 puis pelle le“miracle Speer”eut des effets perser les centres de fabrication sur
39600 en 1944. Le secteur de la mé- limités.La guerre totale ne fut décré- l’ensemble du territoire, ou des me-
tallurgie progressa de l’indice 100 en tée qu’après les graves revers de la sures défensives que les Allemands
1939 à 203,5 en 1944 ; celui métaux fin de 1942 et la défaite de Stalingrad. furent contraints d’adopter à la suite
non ferreux ne perdit que deux points Aussi, l’accroissement de la produc- de l’intensification de la guerre aé-
d’indice sur la même période (100 à tion ne devint-il sensible qu’à partir de rienne sur le Reich. L’historien bri-
98) et celui des mines un point et demi 1943.La commission d’enquête amé- tannique Richard Overy s’en ex-
seulement (100 à 98,5). ricaine dépêchée enAllemagne après plique de la façon suivante :“Il serait
Ce phénomène singulier s’ex- la guerre souligne : “Parce que l’éco- tout simplement invraisemblable de
plique par le fait que,lorsque,en 1941, nomie allemande avait pendant la ma- prétendre que des raids aériens de cette
débuta l’offensive aérienne straté- jeure partie de la guerre été très insuf- ampleur, réguliers et destructeurs,
gique alliée,le IIIe Reich,agissant dans fisante, elle pouvait rebondir sous les n’aient pas handicapé et affecté les
la perspective d’une guerre courte, attaques aériennes.” seuils de production.(…) Bien que la
n’avait pas mobilisé toutes ses res- En réalité, les fabrications d’ar- production allemande ait connu une
sources et disposait de ce fait d’im- mement eussent à coup sûr été bien croissance entre 1943 et 1944, celle-ci
portantes potentialités de dévelop- plus élevées sans l’action érosive des resta bien inférieure à celle qu’elle au-
pement dans tous les domaines. Ce bombardements. Les planificateurs rait pu être et qu’il était prévu qu’elle
fut l’échec devant Moscou,à la fin de avaient prévu de réaliser près de fût dans le cadre d’une économie non
cette même année, qui entraîna le 80000 avions en 1944,alors qu’il n’en bouleversée par les bombardements.
début de la montée en puissance de sortit que moins de 40 000. Les at- (…) La situation stratégique de
l’industrie de guerre. La nomination taques alliées empêchèrent surtout l’Allemagne aurait été considérable-
d’Albert Speer au ministère de l’Ar- Speer de rationaliser et d’optimiser ment modifiée entre 1942 et 1945 par
mement, en février 1942, accentua la production de guerre comme ils l’existence d’une défense aérienne ef-
cette tendance. Faisant preuve d’une l’auraient souhaité.Les pertes résul- ficace,ou par l’absence des offensives
rare énergie, cet architecte de forma- tant des dommages directs furent bien de bombardement alliées. Ces deux
facteurs auraient sans doute rendu
Un dépôt possible une croissance continue et
de bombes équilibrée de ses forces aériennes, de
en Grande-
sorte qu’elle aurait pu briser le cercle
Bretagne.
vicieux de l’usure et du remplace-
Les Alliés
ment...”Le même ajoute avec raison :
larguèrent plus
de 2 millions
“On peut affirmer que les résultats en
de tonnes de
matière de production et les choix stra-
bombes sur tégiques des pays de l’Axe se sont bien
l’Allemagne trouvés limités par l’effet des bom-
et l’Europe bardements.Tandis que la production
de 1939 à 1945. de matériel de guerre continuait de
croître,les bombardements,lentement
mais sûrement, sapaient les soubas-
sements de la production future et les
raids produisaient un effet cumulatif
de rupture au niveau du fragile réseau
de production et de distribution éla-
boré en vue de compenser les dé-
faillances de la production. (…) Les
USAF
bombardements empêchèrent toute
rationalisation ultérieure et créèrent
Pour faire une situation où les chefs d’entreprise
face aux comme la main-d’œuvre furent con-
bombardements,
traints de travailler dans un cadre
l’industrie fut
structurel et même moral étroit.”
déplacée dans
La nécessité de disperser les
des installations
souterraines.
usines,de limiter leur taille afin d’évi-
Ici Obertraubling,
ter qu’elles n’offrent une cible trop
en Bavière, avec facile aux bombardiers,la distance sé-
des empennages parant les sources de matières pre-
de Me 262. mières des centres où étaient réalisés
les produits semi-finis ou finis, l’éloi-
gnement des centres de production
de ceux chargés de l’assemblage fi-
nal, la perturbation du trafic routier,
fluvial et ferroviaire,créèrent des ser-
vitudes très importantes,voire insup-
portables. L’édification d’une indus-
trie souterraine, avec toutes les
contraintes qu’elle supposait, limita
dans de notables proportions les di-

USAF

55
DRESDE

mensions des ateliers et, par voie de


conséquence, leurs capacités de pro- Les raids furent une de toute capacité offensive dans le
camp nazi.Tandis que la production
duction. L’offensive aérienne straté-
gique imposa donc à Speer une poli-
tique industrielle qui présentait des
condition nécessaire de bombardiers passa de 5 000 en
1940 à 45000 en 1944 chez les Alliés,
celle de la Luftwaffe atteignit son
inconvénients considérables. Ainsi,
l’attaque contre le système de trans-
mais pas suffisante seuil le plus élevé en 1943-1944 et fut
pratiquement inexistante en 1945.
port allemand, un des meilleurs du
monde avant la guerre,entreprise fort de la victoire alliée Hitler, qui n’avait cessé de réclamer
les armes nécessaires aux représailles
tardivement (automne 1944), pro- qu’il entendait mener en réponse aux
duisit des effets de première grandeur bels, mais le pouvoir et le parti natio- raids ennemis sur son pays,se trouva
sur l’efficacité des usines d’armement. nal-socialiste surent habilement ex- ainsi privé de tout moyen de rétor-
Un autre des domaines dans les- ploiter la colère,la haine et la rancœur sion, hormis les V1 et les V2. L’Alle-
quels les résultats de l’offensive aé- desAllemands bombardés contre les magne n’eut d’autre choix que de
rienne stratégique sont les moins Alliés. Les raids anglo-américains, porter la presque totalité de ses fa-
contestés concerne sans aucun doute qu’ils aient revêtu un caractère in- brications sur des chasseurs capables
celui des ressources en carburant et dustriel ou se soient inscrits dans une de défendre son ciel.Et encore,ceux-
des communications,contre lesquels logique de terreur,eurent pour consé- ci ne furent plus en mesure de dis-
de puissantes attaques furent lancées quence de rassembler les civils der- puter la maîtrise de l’air à leurs ad-
en 1944,à l’initiative desAméricains. rière leurs dirigeants et forgèrent un versaires dès 1944.
Revenant à 75 % aux US Army Air esprit de résilience largement sous- Enfin, une partie de la main-
Forces, cette bataille constitue un estimé par les chefs du Bomber Com- d’œuvre disponible dut être em-
exemple éclairant des résultats que le mand et des US Army Air Forces. ployée à des tâches autres que celles
bombardement était capable d’ob- Ces derniers pesèrent également de la production.C’est ainsi que près
tenir en s’attaquant à un secteur très d’un poids décisif dans l’affrontement de 4,5 millions de travailleurs – 20 %
spécialisé,dont la concentration avait livré au-dessus de l’Europe et de des effectifs totaux – furent détour-
été poussée à l’extrême et qui, de ce l’Allemagne en contraignant les nés de leur affectation initiale (mines,
fait,était d’une grande vulnérabilité. Allemands à masser sur le territoire aciéries et fonderies et usines d’ar-
du Reich des moyens militaires consi- mement) pour être dirigés vers des
Des conséquences dérables,au détriment des fronts ter- travaux annexes.Près de 2,5 millions
restres. En juin 1944, alors que les d’entre eux furent engagés dans le
en cascade Alliés s’apprêtaient à débarquer sur déblaiement des villes bombardées,
La guerre des villes menée par la les plages normandes,la Luftwaffe ne et au moins 1 million servirent au
RoyalAir Force,avec l’objectif de dé- pouvait leur opposer que 470 avions comblement des pertes subies par
loger les civils et d’atteindre le moral de tous types,contre près de 11000.De l’industrie du fait des attaques aé-
de la population,ne donna pas les ré- 150 appareils en 1940, les effectifs de riennes. Ils manquèrent cruellement
sultats espérés par les stratèges anglo- Les la défense du Reich étaient passés à à l’appareil de guerre nazi.
saxons. Elle coûta la mort de 305000 bombardements 250 en juillet 1942,550 en juillet 1943, De même qu’il est inconcevable
personnes, tandis que 780000 furent de Dresde en 800 au printemps de 1944 et 1250 à la de nier toute importance aux bom-
blessées et 7,5 millions privées d’ha- février 1945 fin de la même année.La défense an- bardements stratégiques,de même il
bitation. Malgré l’intensité des bom- sont toujours tiaérienne,quant à elle,mobilisait plus est présomptueux de soutenir qu’ils
sources
bardements,les aviateurs alliés ne par- de 1 million de personnels en mai permirent à eux seuls aux Alliés de
de polémiques.
vinrent pas à dresser les civils contre 1944, avec 17 500 pièces d’artillerie gagner la guerre. Les raids entrepris
Des historiens
les autorités politiques nazies.Certes, lourde, 40 000 canons légers, 10 000 sur le territoire nazi furent une condi-
révisionnistes
l’apocalypse qui s’abattit sur l’Alle- parlent
projecteurs et 4000 ballons. tion nécessaire mais pas suffisante de
magne engendra de profondes in- à ce propos
Une autre des conséquences de la victoire alliée. La conclusion des
quiétudes chez les grands dirigeants de “crime l’offensive aérienne stratégique ré- spécialistes chargés d’évaluer l’effi-
tels que Hitler, Göring,Speer et Goeb- de guerre”. sida dans la disparition progressive cacité des destructions réalisées par
DHM lesAnglo-Américains sur le territoire
allemand est claire :
“La puissance aérienne alliée,
peut-on lire, se révéla décisive dans la
guerre menée en Europe occidentale.
Elle aurait pu être employée diffé-
remment ou mieux sous de nombreux
aspects. (…) Néanmoins, elle fut déci-
sive. La puissance et la supériorité de
l’aviation permirent le succès de l’in-
vasion.Elle amena l’économie qui sou-
tenait les forces armées ennemies au
bord de l’effondrement,mais les effets
de ce phénomène ne s’étaient pas en-
core fait sentir sur la ligne de front
lorsque celle-ci fut submergée par les
troupes alliées.La puissance aérienne
fit connaître à la population les hor-
reurs et les souffrances de la guerre.
L’empreinte qu’elle a laissée sur la na-
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PATRIMOINE

Musée régional de l’Air d’Angers-Marcé


Le conservatoire
de l’aviation légère
En 1979, un planeur en bois et toile est sauvé in extremis des flammes par
Christian Ravel. Un groupe de passionnés se forme alors pour préserver
les “vieilles machines”… le début d’une grande aventure. Par Roland de Narbonne
58
Le “Weihe” n° 3
(premier plan),
premier aéronef
classé monument
historique
en France, est
une machine
mythique dans
l’histoire du vol
à voile par
le nombre de
performances
réussies à son
bord. Construit
en 1943, il est
l’un des trois
exemplaires
d’origine
subsistant et
qui plus est,
en état de vol.
Son utilisation
a été suspendue
en 1996 afin
de le préserver,
le GPPA ayant
quelques doutes
sur la fiabilité
de colles à bois
vieilles de plus
de 60 ans !
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ

le mouton, lui dit-on, et tu emportes

N
ous sommes à la fin de vélivoles s’élève alors contre ce sa-
l’été 1979, sur l’aéro- crifice. Il a fait son premier vol solo, le planeur.” Ce qui fut fait. Et c’est
drome historique d’An- il y a bien des années auparavant, ainsi que le survivant miraculé at-
gers-Avrillé, aujour- aux commandes du Nord 1300 et ne territ dans le sous-sol de Christian
d’hui disparu. On va, ce peut se résoudre à le voir partir en fu- Ravel, à l’époque pilote de ligne sur
soir, selon la tradition, fêter la fin d’un mée. “Tu apportes le bois pour cuire DC-8 à UTA, mais resté passionné

stage de vol à voile par un méchoui ré- MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ

unissant moniteurs et stagiaires. Le L’Arsenal Air 100


seul problème n’est pas de trouver un n° 1 avec lequel
mouton, mais, et en quantité suffi- Éric Nessler se
sante, le bois nécessaire au brasier classa 8e sur 100
pour le cuire. Souvent, en pareille si- concurrents lors
tuation, il est d’usage de sacrifier la des championnats
carcasse d’une vieille machine réfor- de vol à voile au
mée, demeurée à l’abandon dans un Texas, aux États-
coin. Bonne occasion de mettre un Unis, en 1947. Un
peu d’ordre… club de Montréal
Ce soir, c’est à un Nord 1300, sus- en a fait don en
pendu depuis des années dans les 2013 au musée
fermes d’un hangar, que ce sort fu- d’Angers où
neste est réservé. Mais, avec une voix il est en cours
enflammée par l’indignation, l’un des de restauration.
59
MUSÉE D’ANGERS

MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ


Le Caudron
“Rafale”, avion
de course
mythique des
années 1930,
rendu célèbre
notamment par
les performances
d’Hélène
Boucher.
L’appareil
présenté n’est
pas un original
mais une
réplique
construite à
l’identique par
un passionné,
Jean Précetti, qui
en a reconstitué
les plans et mené
à bien
la fabrication.
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
Le Pou-du-ciel
“Para-cargo”,
imaginé par
Émilien Croses
pour fournir aux
centres
de parachutisme
un appareil
de largage
économique
pouvant
emporter cinq
sportifs.
L’administration
s’étant opposée à
cette utilisation,
le constructeur
a finalement
aménagé son
avion en caravane
volante avec
deux couchettes !

MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ


L’un des projets
les plus
ambitieux des
“gépépéistes” :
la remise en état
de vol de l’un des
deux prototypes
du Moynet
“Jupiter”. Doté
de deux moteurs
de 290 ch,
il transportait six
personnes à plus
de 300 km/h mais
ne fut pas
produit en série.
L’appareil
du musée a volé
en mai 1965 et
devrait redécoller
dans les mois
à venir.

60
Le Gérin “Varivol”,
superbe machine
de recherche vers
le plus grand
écart de vitesse
de vol obtenu
par variation
de la surface
portante
(voir Le Fana de
l’Aviation n° 536).
Récupéré à l’état
d’épave, il a été
méticuleusement
restauré par
les bénévoles du
musée mais, bien
que complet,
n’est pas destiné
à voler.
La présentation
de l’appareil
illustre parfaite-
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ ment la vocation
didactique de
par l’aviation légère en général et le au GPPA.” Et, après une restaura- versaire des vols de Gasnier du l’établissement
vol à voile en particulier. Le début tion minutieuse,son sauveur a le bon- Fresne. Puis, plus rien jusqu’en 1983, puisque toute
d’une grande aventure… heur de le refaire voler, le 2 mars lorsque le maire d’Angers,en visite à la belle – mais
La démarche de Christian Ravel 1990! Classée en 1998 monument his- Avrillé,confie au président du GPPA complexe ! –
ne laisse pas insensibles un certain torique,cette belle machine,toujours l’un de ses soucis du moment : “Le mécanique qui
nombre de ses camarades de l’aéro- en état mais arrêtée de vol par pré- Gasnier est tout cassé, et la famille in- aurait permis
club de l’Ouest,d’autant que,l’année caution,est dorénavant exposée dans siste pour qu’il soit remis en état.Vous de faire varier la
suivante,il va à Chambéry récupérer le hall du musée. Entre-temps, en ne pourriez pas le restaurer ?” Pro- surface portante
un planeur aile-volante FauvelAV-36. 1982, le Service de la formation aé- position évidemment accueillie avec en vol demeure
Tant et si bien que, conscient de la ronautique se séparant de ses biplaces enthousiasme, mais l’élan est vite re- visible.
condamnation inéluctable et très de haute performance Breguet 904, froidi quand l’équipe constate qu’à
proche de toute la génération des pla- le GPPA parvient à en récupérer un l’issue de sa précédente exposition
neurs en bois par les nouveaux appa- et le conserve depuis en état de vol. publique, l’appareil n’a pas été dé-
reils modernes“en plastique”,il con- monté mais massacré :ailes sciées,en-
vainc ses amis de la nécessité de faire Restaurer le Gasnier n° 3 toilages crevés,longerons du fuselage Le Peyret-
quelque chose pour sauver ces fidèles brisés… L’ampleur de la tâche fait hé- Mauboussin
aéronefs auxquels ils doivent tant de
massacré siter, mais en votant une subvention Type XI,
joies. Et, le 5 septembre 1981, le La ville d’Angers est de longue et en prêtant un local,la municipalité marathonien
Journal officiel publie les premiers date inscrite dans l’histoire de l’aéro- annihile toutes les hésitations.S’atta- des airs !
statuts du Groupement Préservation nautique car l’un de ses citoyens,René quer à la restauration d’une authen- En 1931, tiré par
les modestes
Patrimoine Aéronautique (GPPA). Gasnier du Fresne,fit voler dès 1908, tique pièce historique reste cepen-
40 ch de son
Dès lors, les choses vont bon train et sur les bords de Loire, un avion de sa dant un peu intimidant et suscite
moteur Salmson,
d’autres planeurs de la même époque conception, le Gasnier n° 3, dont la quelques angoisses jusqu’au moment
René Lefèvre
– Caudron C.800, Castel 301 et 310, famille fit don à la municipalité.Long- où quelqu’un rappelle que le Gasnier, a relié la France
Nord 2000… – amorcent la constitu- temps suspendue au plafond d’un lieu endommagé en 1944 par un bombar- à Madagascar
tion d’une encombrante collection, culturel local, la frêle relique dispa- dement, a déjà été réparé en 1950. Si (10 930 km) en
bientôt abritée dans un modeste local. rut jusqu’en 1978 lorsqu’elle fut tirée l’on retrouvait le menuisier de 80 heures de vol
Un jour, Ravel découvre qu’une de l’oubli pour célébrer le 70e anni- l’époque? Convaincu de s’arracher à et 14 étapes…
authentique merveille est en perdi- MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
Retour du 14 mai
tion dans les réserves du musée de au 2 juin 1932
l’Air et de l’Espace à Chartres.Il s’agit en traversant le
d’un planeur DFS“Weihe”,récupéré sud de l’Afrique
après la guerre en Allemagne et sur en diagonale puis
lequel il a volé maintes fois àAngers. en longeant
Le “Weihe” est une machine my- les côtes ouest.
thique, un prodigieux planeur de En décembre
grandes performances, né en 1938 et 1932, le même
encore en tête du palmarès mondial pilote aux
à la fin des années 1950.Un nouveau commandes du
coup de cœur pour Ravel qui se met même appareil
en tête de persuader le directeur vole de Paris
d’alors du MAE de lui confier le à Saigon
“Weihe” pour le restaurer. “Comme (12 600 km)
je n’ai aucun intérêt pour les planeurs, en 102 heures
lui dit celui-ci,i je veux bien le confier de vol.

61
MUSÉE D’ANGERS Le Riout 102 à
ailes battantes,
datant de 1937…
Le prototype
sa paisible retraite, notre homme
était en essais
prend le problème en main, répartit
dans la soufflerie
les tâches et, le 18 décembre 1985, le de Chalais-
précieux vestige est solennellement Meudon lorsque,
remis à la ville d’Angers… qui se re- dans un vent
trouve confrontée au même problème relatif de
que précédemment : que faire de ce 130 km/h, les
grand aéroplane aussi précieux qu’en- quatre éléments
combrant? La proposition du musée de voilures
de l’Air de l’accueillir au Bourget le s’emmêlèrent.
temps qu’il faudra pour trouver une Le Riout 102 a
solution est acceptée avec soulage- été confié au
ment, mais aussi avec une certaine GPPA en 2005.
frustration pour les Angevins. MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ

Un beau cadeau de noël Ce Piper J-3


“Grasshooper”
pour les “gépépéistes” (“Cub” dans sa
version civile) est
Pour le GPPA, les retombées de
un authentique
cette aventure sont nombreuses.
vétéran, oublié
Régionalement, comme au niveau en 1945 par les
national,la presse et la télévision ont Américains sur le
relaté la belle aventure de la restau- terrain d’Angers-
ration du Gasnier et l’association a Avrillé.
donc gagné en notoriété.Les contacts Il n’a cessé de
avec les pouvoirs publics locaux se voler depuis,
sont encore resserrés et le patrimoine d’abord dans MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
aéronautique angevin est désormais un aéro-club
mieux connu. Autant d’acquis lais- angevin et le plus beau des cadeaux en mettant l’avenir de la plateforme d’Avrillé,
sant espérer que puisse être bientôt aujourd’hui au à leur disposition l’un des hangars de plus en plus étouffée par les ten-
résolu le principal problème demeu- sein de l’escadrille démontables utilisés auparavant pour tacules de l’urbanisation,rendant les
rant :trouver un local pour abriter la du GPPA. la foire-exposition. Quelques mois activités aéronautiques inopportunes.
collection et les ateliers. Problème passent puis la région accorde une Le doute est levé lorsque le maire
qui prend une nouvelle dimension subvention pour le transfert du han- d’Angers confirme sa décision de do-
lorsque l’aéro-club de l’Ouest décide Le musée est gar àAvrillé tandis que la ville en vote ter sa ville d’un nouvel aéroport dans
de confier ses archives – plusieurs devenu un lieu une autre très appréciable. Pour le les dix ans à venir. Ce qui laisse lar-
mètres cubes! – à l’association. de vulgarisation GPPA, au printemps 1988, la météo gement le temps au GPPA d’installer
À quelques jours de Noël 1987,le de la culture est donc au beau fixe! Demeure ce- àAvrillé son beau hangar de 1500 m2,
maire d’Angers fait aux “gépépéistes” aéronautique. pendant l’incertitude concernant auquel vient bientôt s’adosser une
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
Morane-
annexe pour les réserves.L’ensemble en tandem “Jupiter” offert par son Saulnier MS.505 le GPPA faisant acte de présence
étant terminé en février 1989,les col- concepteur, André Moynet. Il est “Criquet” peint dans de nombreuses manifestations
lections peuvent être exposées et les bientôt rejoint par un Fouga “Ma- aux couleurs de nationales et internationales et rece-
ateliers aménagés. gister”, don de l’armée de l’Air. la Flottille 50.S vant, toujours pour la restauration
Démontage,transfert,installation L’année se clôt sur une autre satis- de l’Aéronavale. du“Weihe”,la Coupe Jean-Marie Le
n’ont pas interrompu les travaux et faction : comme ce fut le cas en 1987 Remorqueur Bris de la Fédération française de vol
1990 commence sous les meilleurs pour la remise en vol du monoplace de planeur à voile (FFVV). Suivront d’autres
auspices. Le “Weihe”, puis le Mo- de performance Air 102, le Vintage jusqu’en 1976, il hommages des Anglais pour la res-
rane 505 effectuent leur“second”pre- Glider Club anglais honore par un a été confié en tauration du Breguet 904 “Nym-
mier vol et les collections se complè- diplôme la restauration du“Weihe”. 1985 au GPPA phale”,desAllemands et de nouveau
tent par une pièce unique,le bimoteur L’activité ne se ralentit pas en 1991, qui l’a remis en de la FFVV pour celle du Fouga
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ état de vol. CM-8/13.

Le déménagement
vers Marcé
Le Potez 60 Cette reconnaissance par leurs
du GPPA a été pairs de la pertinence des choix des
reconstitué par “gépépéistes”et de la qualité de leur
l’assemblage exécution devient encore plus signi-
d’éléments ficative lorsque la direction générale
provenant de l’Aviation civile sollicite Christian
de plusieurs Ravel, alors président de l’associa-
machines. Équipé tion,pour devenir membre de la com-
d’un moteur mission chargée de rédiger la charte
moderne des aéronefs de collection. Pour sa
Continental part, la municipalité d’Angers con-
de 65 ch, il est firme son soutien au GPPA en contri-
devenu angevin buant, en 1993, à l’acquisition d’un
en 1984. authentique Piper “Cub”, lié à l’his-
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ
toire de l’aviation angevine puisqu’il
L’unique Fournier fut abandonné à Avrillé en 1945 par
RF.8, prototype, les Américains, et poursuit par ail-
avec son leurs l’étude du futur aérodrome de
atterrisseur Marcé.Le site,à une vingtaine de ki-
“monotrace” lomètres au nord-est d’Angers, est
escamotable, idéal, se trouvant dans une zone dé-
est entré dans gagée de tout relief, à proximité du
les collections tracé choisi pour la future autoroute
du musée A11 “Océane”. La plate-forme, lar-
gement dimensionnée, pourra ac-

en juin 2013.
63
MUSÉE D’ANGERS

cueillir sans problème une aérogare, être une aventure de tout repos. Et du public alors, que, désormais, les
des installations techniques pour où loger les appareils dans la période chantiers menés dans le hall les ex-
avions et planeurs et, bien entendu, transitoire entre Avrillé et Marcé ? poseront certainement à beaucoup
un bâtiment moderne conçu spéci- Les militaires de l’École du génie, de contacts et de questions. Et nom-
fiquement pour le musée. disposant de vastes locaux non loin bre d’entre eux, par réserve ou timi-
Dès 1996, les responsables du d’Avrillé, acceptent d’en accueillir la dité, redoutent cet aspect inhabituel
GPPA se trouvent impliqués dans plus grande partie tandis que les d’un musée vivant. Peut-on associer
les réflexions de définition du pro- autres s’éparpillent dans les aéro- les activités techniques, parfois un
jet car, à dix-huit mois de l’échéance, clubs voisins. Seuls le Gasnier et le peu bruyantes et le calme propre à
ils doivent communiquer leurs sou- Morane 505 sont convoyés à Marcé une visite attentive, a fortiori quand
haits aux divers partenaires poli- et constituent la toile de fond de la elle est commentée ? L’expérience
tiques, techniques et administratifs. cérémonie d’inauguration du musée prouve que la réponse est positive,
Et aussi envisager les modalités du le 12 septembre 1998. les compagnons percevant très vite
déménagement! De cette large con- Pour les membres du GPPA, le que la curiosité des visiteurs est un
certation ressort le concept d’un bâ- bouleversement est profond car, de- enrichissement mutuel et un hom-
timent de l’ordre de 3 500 m2 de sur- venue le support d’un musée, l’asso- mage à leur travail, comme en té-
face couverte, comportant un vaste ciation a quitté le domaine de l’arti- moignent certaines visites répétées
hall d’exposition, suffisamment haut sanat discret où la passion et la de passionnés venant suivre les
pour que des machines puissent être technique étaient reines et doit chan- phases successives du chantier d’un
suspendues, flanqué de deux exten- ger de vocation en entrant dans le appareil qui les a séduits.
sions. L’une sera réservée aux ate- domaine public avec ses règles et ses
liers et la seconde, côté piste, fermée exigences. Première difficulté, l’amé- Une vocation
par des portes coulissantes, logera nagement du hall en répartissant les
l’“escadrille” des machines volantes surfaces entre les présentations fixes,
didactique
en activité, ainsi accueillies dans le les zones réservées aux travaux de Cependant, il est évident qu’une
même volume que les collections sta- restauration et celle dévolue aux équipe de bénévoles – et les membres
tiques. En parallèle les activités ha- avions volants. De surcroît, il ne s’agit du GPPA le sont tous y compris le
bituelles se poursuivent, saluées par plus seulement de disposer les appa- président – même la plus motivée, ne
de nombreuses récompenses, no- reils de façon agréable à l’œil, mais peut assumer les multiples aspects
tamment de la FFVV puis de la d’imaginer une véritable muséogra- du rôle culturel d’un musée digne de
Fédération aéronautique interna- phie capable d’ouvrir aux publics non ce nom. L’accueil d’un large public le
tionale et de Fédération française spécialisés les portes d’un milieu en- plus souvent néophyte et notamment
des avions de collections pour la res- core mystérieux et… intimidant. Pour de groupes d’âge scolaire, conduit
tauration du planeur Avia 41P. les bénévoles, le pas à franchir n’est donc le musée à compléter son
Cependant, le déménagement d’une pas anodin, c’est un véritable chan- équipe par deux jeunes permanents
trentaine d’avions et planeurs, de plu- gement d’ambiance. En effet, jusqu’à chargés de l’accueil, de la boutique,
sieurs tonnes d’archives, de mètres présent, ils ont été habitués à tra- des visites guidées et de l’animation.
cubes d’outillages, promet de ne pas vailler hors de portée de la curiosité L’établissement est en effet devenu
MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ

64
un lieu de vulgarisation de la culture Le Gasnier n° 3
aéronautique, notamment au profit comporte
des enfants pour lesquels des activi- un certain
tés ludiques sont organisées : nombre
construction de parachutes ou d’innovations
d’avions en papier, course au trésor, comme le plan
par exemple. canard mobile
Par ailleurs, plusieurs modélistes à l’avant
ayant fait don au GPPA de leurs réa- permettant
lisations, un certain nombre de mo- le pilotage
dèles réduits d’avions ou de planeurs longitudinal, les
– souvent de réelles œuvres d’art – ailerons contrôlés
sont présents dans le hall d’exposi- par un manche
tion de Marcé, illustrant une activité à balai ou
les amortisseurs
très accessible aux juniors. Et que
de l’atterrisseur.
dire de l’émotion ressentie en accé- MUSÉE RÉGIONAL DE LʼAIR DʼANGERS-MARCÉ Le moteur est un
dant au poste de pilotage d’un
Antoinette de
“Magister” ou d’un “Broussard”? Si constructeurs amateurs à la recher- de voir voler des avions anciens et 48 ch refroidi par
cette fréquentation du grand public, che de plans… Le musée d’Angers contemporains. Plus insolite, le musée eau, entraînant
individuelle ou en groupe, croissante est devenu une source incontestée s’est ouvert aux passionnés d’activi- une hélice
d’année en année, est primordiale, de compétences techniques et de ré- tés culturelles très éloignées de sa vo- métallique à pas
celle des spécialistes est plus encore férences historiques. cation en prêtant le volume de son réglable au sol.
significative du prestige acquis par L’enthousiasme passionné de ses hall à une troupe de théâtre puis à un
le musée d’Angers. Il y a, bien en- promoteurs et la qualité reconnue de orchestre symphonique de jeunes
tendu, des pilotes de toutes spéciali- leurs travaux, ne suffisent pas à ex- musiciens. La chaleur de son accueil,
tés, des constructeurs amateurs, des pliquer la renommée grandissante du ses commodités pour le stationne-
chercheurs venant consulter les vo- musée de Marcé. Dans le milieu aé- ment des véhicules et l’agrément de
lumineuses archives, des passionnés ronautique, les appareils de l’“esca- sa salle de réunion séduisent aussi
y trouvant un contact intime avec un drille” du GPPA enrichissent par leur des entreprises ou des associations
monde dont ils rêvent, mais aussi présence de nombreuses manifesta- pour des séminaires ou des rassem-
beaucoup des techniciens. Leurs ori- tions en France et hors frontières. blements amicaux comme, un jour,
gines sont diverses : étudiants venant À Marcé, chaque année, des ma- les collectionneurs de Facel “Véga”.
faire un stage au contact de la réalité nifestations publiques sont devenues Ce sont autant de néophytes subtile-
des ateliers ; représentants des ad- traditionnelles, comme Anjou Ailes ment amenés au contact de l’aviation
ministrations ayant à se préoccuper Maquette réunissant au printemps légère et de son histoire. Ce n’est pas
de la préservation des aéronefs et de talentueux aéromodélistes, ou, en prendre un risque d’inciter tous les
des conditions de navigabilité ; pro- août, Anjou Ailes Rétro, offrant à un Fanas à faire une escale à Marcé sur
priétaires d’avions anciens ou large public le plaisir d’entendre et le chemin de leurs vacances… ■

Le musée connaît
une renommée
grandissante en
attirant chaque
année un peu
plus le grand
public, mais aussi
des spécialistes
pour lesquels
il est devenu
une source
de compétences
techniques
et de références
historiques.

65
HISTOIRE

Ce fut lors de
Bagration que
le Normandie
devint
Normandie-
Niémen.

DR
L
’offensive commença le
22 juin. Le lendemain, une
brusque détérioration des
conditions météorologiques
Deuxième partie et fin. empêcha le commande-
ment soviétique de faire décoller l’en-
Bagration sonne la fin semble de ses unités. Seule la moitié
de l’occupation allemande des missions prévues fut exécutée ;
de plus, bon nombre de jeunes équi-
en Union soviétique, pages des VVS ne rentrèrent pas.
L’état-major du 9e Corps d’aviation
alors que les Français de la 3e Armée blindée allemande an-
du Normandie gagnent nonça la destruction par la Flak de
23 avions soviétiques dans les
une réputation 24 heures, tandis que les chasseurs de
la JG 51 couvrant les armées du
et un nom… Groupe Centre effectuèrent 180 sor-
Par Dimitri Khazanov. ties, revendiquant 43 victoires, prin-
Traduit du russe par Alexandre Nicolsky. cipalement au cours d’opérations de
“chasse libre dans les trous entre les
nuages” ; mais les Allemands eux-
mêmes reconnaissaient que c’était là
une goutte d’eau dans la mer, vu que
les Soviétiques avaient, ce jour-là, réa-
lisé près de 4500 sorties.
Le jour suivant, les choses empi-
rèrent pour la Luftwaffe : le total des
sorties effectuées par les VVS sur le
secteur ((d’après
p les comptes p rendus
rassemblés à l’État-Major général de
l’Armée rouge) atteignit 5 683 sor-
ties, dont 5305 en Biélorussie dans le
cadre des opérations qui s’y dérou-
laient. Ce chiffre est à peu près équi-
valent au nombre de survols repérés
par les Allemands dans le secteur de
la Luftflotte 6. “Les forces aériennes
allemandes ne pouvaient opposer à
ces raids rien qui soit, pour le moins,
équivalent. Les assauts massifs de
l’aviation soviétique causaient aux
troupes allemandes des pertes impor-
tantes, tandis que les raids nocturnes
cherchaient à détruire les axes princi-
paux de ravitaillement”, reconnaît le
lieutenant-colonel F. Grefrath de la
section historique de l’État-major de
la Luftwaffe. “Les chasseurs sovié-
tiques interrompaient de plus en plus
souvent les missions de nos vols de re-
connaissance.”

Les attaques incessantes


des “Chtourmovik”
Les offensives à Vitebsk, Bo-
bruisk, Moghilev se déroulaient avec
succès, pour bonne part grâce à l’ap-
pui intensif des troupes au sol par
l’aviation. Les journaux de marche
des divisions allemandes indiquent
que les premières attaques étaient
parvenues à fissurer le front jusqu’ici
monolithique du Groupe d’armées
Centre, et l’action de l’aviation trans-
forma la retraite en bon ordre vers
la Bérézina et au-delà, vers l’ouest,
en fuite désordonnée de groupes
jusque-là organisés. “Les chars so-

67
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

viétiques,témoigne un participant al- suivies après le début de l’opération “Peu avant d’arriver sur l’objectif
lemand, portant des hommes sur leur terrestre,les principaux objectifs étant je pris un instant pour me retourner et
cuirasse, s’avéraient parfois plus ra- désormais les nœuds ferroviaires de jeter un coup d’œil sur toute la for-
pides, dépassaient les troupes, pour Biélorussie et de Lituanie.La réaction mation,me rendant compte de la puis-
occuper des positions défensives de- défensive desAllemands s’avéra bien sance de notre aviation… Oui,de telles
vant elles. Ils attaquaient les groupes plus dynamique la nuit que dans la formations ne se voyaient que lors des
de combat isolés, coupaient les co- journée. Pour leur défense nocturne parades d’avant-guerre.L’horizon en-
lonnes en mouvement,essayant y de les ils utilisaient désormais les nouveau- tier était occupé par des formations
isoler et les encercler. À ceci s’ajou- tés de la détection par radar, tant du de neuf bombardiers qui se prépa-
taient, de jour, les attaques quasiment sol qu’à bord des chasseurs de nuit. raient à larguer leur chargement sur
incessantes des “Chtourmovik” ve- Rien que pour cette période et jus- l’adversaire. Sur les côtés, les groupes
nant frapper des colonnes de troupes qu’à fin juin,l’ADD perdit 61 avions de chasseurs de protection étaient éche-
ou de matériel, pratiquement dé- abattus par les défenses allemandes. lonnés en altitude.”
pourvues de défenses antiaériennes Mais l’aviation légère soviétique eut Mais les ennemis les plus redou-
et,la nuit,des raids de bombardement. aussi son mot à dire; chaque armée tables des unités terrestres alle-
Alors que l’on ne voyait plus aucun aérienne disposait d’une division en- mandes – fantassins,artilleurs ou blin-
avion allemand.” tière équipée de petits biplans U-2 dés — étaient les “Chtourmovik”.
En fait, ce sont les unités de qui exécutaient tant des missions de Des groupes de six à huit Il-2 pa-
l’ADD (Aviatsiya Dalnego Deyst- liaison que des bombardements de trouillaient au-dessus des positions
viya, aviation d’action lointaine, ou harcèlement nocturne. allemandes,puis,lorsque commença
aviation de bombardement straté- la retraite, empêchaient les troupes
gique) qui commencèrent la bataille. “L’horizon entier occupé de suivre les routes ou les chemins
Entre le 13 et le 18 juin se déroula bien pavés,les obligeant à s’enfoncer
une opération aérienne spécialement
par des bombardiers” dans des chemins de traverse, en fo-
destinée à détruire les avions de la Vers le 20 juin,les unités de l’avia- rêt,principalement de nuit.Si,au dé-
Luftflotte 6 sur ses terrains. Après tion effectuèrent plusieurs assauts part, une Flak importante assurait
une reconnaissance préliminaire,les massifs faisant appel à des formations une certaine défense, il était beau-
Préparation
bases principales de Pinsk,Baranovit- importantes. Dans ses souvenirs, le coup plus difficile de protéger des co-
au vol
chi, Minsk et quelques autres reçu- lieutenant Joloudev, commandant lonnes en mouvement une fois les
d’un Petliakov
rent un total de 1450 t de bombes lar- Pe-2 du 135e
d’escadrille dans le 35e Régiment de positions quittées.Le generalTippel-
guées au cours de 1420 sorties. Bien Régiment de
bombardement de la Garde, leader skirch, qui commandait la 4e Armée
que les résultats fussent considérés bombardement d’une des 18 formations de Pe-2 du allemande, dut reconnaître l’effica-
satisfaisants, les missions furent pour- de la Garde. 1er Corps de bombardement écrit : cité de l’aviation soviétique qui infli-
DR
mandie, incorporé à la 303e Division
de chasse de la 1re Armée aérienne.
Tandis qu’il était resté en réserve le
premier jour de l’opération,le soir du
26 juin, le Normandie au complet se
trouvait en l’air lorsqu’il fut averti par
le sol que des chasseurs allemands ve-
naient d’apparaître dans le secteur de
Borisov.L’aspirant F.de Geoffre,dans
Le bombardier ses souvenirs,compare la bataille qui
Pe-2 sur lequel s’ensuivit à une véritable empoignade
volait Ekaterina de rue :“DesAllemands prirent Geor-
Fedotova portait ges Lemaire et J. Gaston par surprise.
l’image stylisée Lemaire se retrouva avec des pro-
DR
d’une hirondelle. blèmes de commandes de vol – il y
avait dans le fuselage de son Yak un
gea des pertes particulièrement im- avions d’assaut soviétiques attaquaient trou béant.Gaston,lui,fut touché plus
portantes aux points de traversée des régulièrement le pont de Berezino, gravement : passant sur le dos, il traî-
cours d’eau : provoquant à chaque fois d’impor- nait derrière lui un long panache de
“Le flot incessant de pièces d’ar- tants attroupements de véhicules sur fumée. Ses camarades ne le perdaient
tillerie lourde, de batteries de Flak et la rive est de la rivière.Ce n’est qu’à de pas de vue, mais quelques secondes
de toutes sortes de véhicules se dépla- rares moments, et pour peu de temps, plus tard,ce fut la fin… Ch.Moynet et
çait avec beaucoup de difficultés sur que quelques chasseurs allemands G. Taburet prirent en chasse les deux
une route depuis longtemps défoncée, parvenaient à nettoyer le ciel de l’avia- Allemands avec fougue.Quelques se-
mais la seule disponible pour la re- tion adverse – la Luftflotte 6 manquait condes plus tard, l’un des Allemands
traite qui traversait la rivière Bérézina, à tel point de carburant qu’elle n’était était transformé par Moynet en torche.
près de Berezino.Les raids incessants même plus en mesure d’utiliser les Gaston était vengé”
de l’aviation ennemie causaient des faibles forces dont elle disposait.”
pertes énormes – deux commandants Toutefois, de temps à autre, écla- Les vains efforts
de Corps et un commandant de taient de vifs et ardents combats aé-
Division furent tués à cet endroit – et riens. Aux côtés des aviateurs sovié-
des Allemands
provoquaient des embouteillages in- tiques on trouvait alors,sur ce secteur, L’aviation de reconnaissance so-
supportables dans les colonnes. Les les pilotes du régiment français Nor- viétique surveillait en permanence les
DR vains efforts des Allemands, tentant
La DCA d’organiser leur défense en utilisant
soviétique les obstacles naturels susceptibles
en action contre
d’entraver la progression des unités de
les avions
l’Armée rouge… Sur l’arrière de son
allemands qui
dispositif, sur toute la longueur de la
les harcelaient
de nuit.
rivière Bérézina traversant la Biélo-
russie du Nord au Sud,l’ennemi met-
tait en place une ligne de défense,ap-
pelée “Katastrophe”; les Allemands
ne se préparaient apparemment pas
à battre en retraite jusque-là.Le centre
de la ligne comportait les villes de
Borisov et de Bobruisk, importants
nœuds routiers et ferroviaires, pré-
parés à une bataille d’encerclement.
Parmi les missions que l’aviation
d’assaut soviétique accomplissait
avec succès, on trouve la lutte contre
les transports ferroviaires.Pratiquant
la politique de la “terre brûlée”, sans
intention de revenir, la Wehrmacht
battait en retraite, tentant d’évacuer
tout ce qui pouvait avoir de la va-
leur, détruisant ou brûlant ce qu’elle
était obligée d’abandonner. Sur les
lignes de chemin de fer, ses hommes
utilisaient des engins spéciaux de
destruction de la voie : une plate-
forme munie d’un énorme crochet
accrochait les traverses par-dessous
et, en les rompant, détruisait défini-
tivement la voie. Ces engins étaient
tirés à vitesse réduite par deux lo-
comotives qui constituait un objec-
tif prioritaire pour les Il-2.

69
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

Les mêmes Il-2 faisaient par


ailleurs tout pour gêner le trafic.Rien
que pour la journée du 26 juin, les R. Ruffer de la
seuls pilotes de la 26e Division d’ap- 10(Pz) Schlacht-
pui aérien, sous les ordres du geschwader 9
col.Proutkov,effectuèrent 234 sorties (unité de lutte
dont 138 étaient destinées à attaquer antichar) sur son
des convois ferroviaires. 15 convois Henschel 129
furent incendiés et 25 trains bloqués au retour
sur le tronçon Orcha-Tolochin, qui de mission.
furent ensuite récupérés par les uni- La photo daterait
tés de l’Armée rouge.Dans la même de la fin juin
journée, deux engins de destruction 1944, après qu’il
de la voie attaqués à la bombe et à la eut été décoré de
roquette furent détruits. la Croix de fer.
DR

La 16e Armée porte combats. Depuis le 24 juin il coopé- roquettes.Ce fut peut-être l’une des at-
rait avec les troupes au sol dans le taques les plus efficaces des “faucons
un coup décisif secteur de Rogatchev et,dès le 29 du de Staline” de toute la guerre. Dans
Si la 26e Division d’appui aérien même mois, le Commandant su- la poche au sud-est de Bobruisk,le bi-
comptait dans ses rangs un bon nom- prême exprimait sa reconnaissance lan des destructions était énorme :150
bre de pilotes expérimentés, leaders aux aviateurs du secteur pour l’élan chars et canons automoteurs, près de
de formations, par la suite Héros de avec lequel ils avaient écrasé un im- 1000 pièces de tous calibres, jusqu’à
l’Union soviétique,ce n’était pas le cas portant groupement ennemi dans le 6000 véhicules automobiles,300 trac-
d’autres unités, moins aguerries, qui secteur de Bobruisk.Manifestement, teurs et 3000 fourgons.Quelque 1000
furent loin de se montrer aussi c’était là une indication de la qualité hommes furent tués ou blessés, 1500
brillantes, mais eurent néanmoins, de l’encadrement mais aussi de l’élan chevaux tués et environ 5500 officiers
dans le feu de l’action, leur chance de tout le personnel de l’unité. et soldats furent contraints à la fuite
de porter des coups à l’ennemi. On Au soir du 27 juin 1944, la 16e Ar- dans le désordre.
peut ainsi citer le 4e Corps d’attaque mée aérienne porta un coup décisif Sur le site de la défaite de l’en-
au sol.Son commandant était l’illustre au groupement d’unités allemandes nemi, les troupes soviétiques purent
Un mécanicien
G. Baydoukov, Héros de l’Union so- encerclé au sud-est de Bobruisk,pré- récupérer une quantité importante
rend compte de
viétique depuis longtemps puisqu’il ludant au succès complet de l’opéra- de matériel et de trophées de toute
la préparation
fut le navigateur de nombreux raids tion.En 90 minutes,les équipages so- sorte. Cette attaque concentrée par
du He 111 au
et de records de distance, dont ceux commandant
viétiques larguèrent 1127 bombes à 526 avions se déroula sans la moindre
qu’il réalisa avec Tchkalov. Ce corps de la
souffle de 100 et de 50 kg,4897 petites perte – la chasse allemande n’oppo-
fut formé de deux divisions au début 9e Escadrille bombes antipersonnel de 25,10 et 8 kg, sant aucune résistance à l’assaut so-
de l’année 1944 et se préparait aux de la KG 27. 5326 bombes antichars et tirèrent 572 viétique.Peu de temps après la fin de
DR
l’opération de Bobruisk-Minsk, une que près de 600 avions des unités de chons, désorganisaient les efforts de
commission spéciale put confirmer Défense aérienne – la 6e Armée aé- retraite ordonnée de l’adversaire,trans-
l’efficacité des bombardements et des rienne (1 061 avions) restant en ré- formant celle-ci en fuite désordonnée,
tirs. Elle avait été formée sur ordre serve – alors que les Allemands parfois panique.”
du commandant en chef des forces avaient, sur la partie nord du front, On trouve des témoignages simi-
aériennes,le maréchal Novikov.Il est fait appel à la moitié, environ, de la laires du côté allemand dont les do-
dit dans le rapport de la commission : Luftflotte 1 (180 appareils), on peut cuments conservent de nombreux
“L’analyse des coups portés à l’ad- estimer que les forces aériennes so- exemples de l’efficacité des raids de
versaire lors de la percée de ses dé- viétiques disposaient d’une supério- l’aviation soviétique :ainsi,lors de son
fenses dans le secteur de Rogatchev, rité numérique de 6 contre 1… interrogatoire, le hauptmann Kauf-
ainsi qu’au sud de Bobruisk, a con- mann, du bataillon du génie de la
firmé la grande précision ainsi que l’ef- “La fuite désordonnée 260e division d’infanterie déclara :“Le
ficacité des attaques de l’aviation d’as- 28 juin 1944,dans le secteur de Kopys,
saut et de bombardement de la
de l’adversaire” au sud-ouest d’Orcha, une formation
16e Armée aérienne. Ces résultats ont Pour la première fois depuis le dé- de 28 “Chtourmovik” a, en un seul
été obtenus grâce à la bonne prépara- but de la guerre,les troupes terrestres raid, détruit près de 80 véhicules au-
tion des unités aux bombardements de soviétiques participant à l’opération tomobiles, tuant près de 200 soldats et
combat,au choix judicieux de la taille n’avaient pas à subir les contre-at- faisant 300 blessés.De nombreux che-
des bombes utilisées,ainsi qu’à la large taques systématiques de l’adversaire. vaux ont été tués,des fourgons détruits.
utilisation de bombes antipersonnel.” Bien plus,les succès des unités de blin- Je l’ai vu de mes propres yeux… le
Rendu furieux par la défaite subie dés s’expliquaient pour une bonne 5 juillet, à 5 km au sud de Minsk, j’ai
le 27 juin, Hitler limogea le general partie par l’appui régulier des unités eu à subir un nouvel assaut des avions
Busch, le remplaçant par le general- aériennes, ainsi que par l’action de soviétiques.La concentration de trou-
feldmarschall Model.Cherchant à évi- l’aviation sur les arrières de l’ennemi. pes et de véhicules dans laquelle je me
ter une défaite définitive, les Alle- Le général Pliev,commandant le grou- trouvais a subi un bombardement
mands renforcèrent avec énergie les pement mécanisé du 1er Front de continu durant trois heures.Les pertes
effectifs terrestres et aériens. Malgré Biélorussie soulignait l’efficacité du ont été énormes, 20 % des forces alle-
les pertes subies, dès le début juillet, soutien accordé par la 299e Division mandes du secteur ont été anéanties,
la Luftflotte 6 comptait 1135 avions d’assaut, ajoutant : “Son action était plus de 100 voitures hippomobiles dé-
de combat – dont près de 800 dispo- soutenue selon le moment par un ou molies, les chevaux tués, plusieurs
nibles – alors que du côté soviétique, deux corps aériens d’attaque au sol. pièces d’artillerie détruites, plus d’un
la puissance aérienne constituée par C’étaient 12 à 16 avions qui escortaient millier de morts et de blessés.”
les 1re,3e,4e,6e et 16e armées aériennes les cavaliers et les blindés,écrasant sur Pour les historiens soviétiques,la
représentait 7358 avions de combat leur passage les foyers isolés de résis- libération de Minsk le 4 juillet 1944
dont 6 665 disponibles. Si l’on tient tance de l’ennemi. Sur les routes, aux marquait la fin de la première phase
compte de ce que du côté soviétique franchissements de cours d’eau ainsi de l’offensive de Biélorussie.Des ré-
participaient également à la bataille qu’à d’autres goulots d’étranglement, sultats impressionnants avaient été
près de 1000 avions de l’ADD, ainsi les attaques aériennes créaient des bou- obtenus : trois des quatre groupe-

DR
L’affût quadruple
de 20 mm
de la Flak était
redoutable,
surtout
aux altitudes
inférieures
à 2 000 m
auxquelles
volaient les
“Chtourmovik”.
Cette pièce
se trouvait
à proximité
de Moguilev.

71
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

ON
Y
A

Bf 109G-6 du Stab II/JG 52. Cette unité luttait sur le front de l’Est depuis l’invasion
de l’Union soviétique en juin 1941, de sorte que ses pilotes affichaient en juin 1944
un nombre impressionnant de victoires.

ments armés constituant le Groupe comprenait les opérations deVilnius, soviétique. Parvenant de son côté à
d’armées Centre étaient anéantis. Bielostok,Siauliai,Lublin-Brest entre obtenir l’arrivée de quelques réserves,
Une énorme brèche de 400 km s’ou- autres. Elle aboutit à la libération de notamment en matière d’aviation,le
vrait dans le dispositif ennemi. Met- toute la Biélorussie,d’une partie des commandement allemand parvint à
tant à profit cette situation,les troupes républiques baltes,des régions orien- retenir le front. Dans cette phase de
soviétiques, toujours appuyées par tales de la Pologne. Toutefois, bien la bataille,la guerre aérienne s’avéra
l’aviation,poursuivaient l’adversaire que progressant sur les talons des ar- encore plus âpre, plus obstinée. Les
avec énergie et achevaient l’anéan- mées ennemies,les soldats soviétiques raids de la Luftwaffe causèrent de
tissement des groupements encer- ne parvinrent pas à pénétrer en ter- fortes pertes aux unités de tête par-
clés. Peu de temps après les événe- ritoire allemand en Prusse-Orientale. venues à la Vistule.
ments décrits ici, le 17 juillet, plus de L’adversaire tentait de mettre à pro- Les dommages les plus importants
57000 soldats et officiers allemands fit toutes les difficultés de l’offensive furent causés par les attaques des
prisonniers,avec,à leur tête 19 géné- (allongement des lignes de commu- Focke-Wulf 190, tandis qu’à certains
raux,défilèrent sous escorte dans les nication,interruptions dans les four- moments, les He 111 parvenaient à
rues de Moscou, pour témoigner du nitures de carburant et tous autres anéantir des objectifs de taille réduite,
triomphe de l’Armée rouge. approvisionnements, retards dans plus particulièrement lorsque la dé-
La deuxième phase de l’offensive l’arrivée des renforts, voies ferrées fense antiaérienne soviétique se mon-
entre le 5 juillet et le 29 août 1944 détruites, etc.) pour freiner l’avance trait insuffisante – parfois simplement
DR

L’”expert”
allemand Walter
Nowotny
(au centre,
à l’époque
commodore de la
JG 101) en visite
d’inspection sur
le front de l’Est
pour discuter
avec ses anciens
collègues
de l’évolution
du combat
aérien.

72
parce qu’elle manquait de munitions. encore de He 177 énormes, pour ac- Malgré sa grande expérience dans
De nombreux cadres de la Luftwaffe complir des tâches tactiques sur le l’organisation de “ponts aériens”, le
indiquèrent que le principal change- champ de bataille,comme le firent les commandement allemand ne parvint
ment intervenu au cours de l’été 1944 Allemands fin juillet-début août,leur pas cette fois-ci à concentrer dans les
fut un accroissement numérique de coûta des pertes énormes,surtout lors- parties orientales de la Pologne et de
l’aviation de chasse soviétique, mais que les Soviétiques parvenaient à s’en- la Prusse-Orientale un potentiel suf-
avec un manque de compétence tac- tourer de DCA. fisant d’avions de transport pour ef-
tique des pilotes.On trouve cette opi- Si les attaques des unités du fectuer, début août, une opération
nion, passablement justifiée, dans le 3e Corps motorisé de la garde lors du analogue à celles ayant permis d’ap-
journal de marche de la 55e Escadre franchissement de la Bérézina furent provisionner auparavant des grou-
de bombardement allemande Greif un succès pour l’aviation allemande, pements encerclés dans les secteurs
Cette insuffisance de formation il s’agissait là de victoires ponctuelles de Korsun-Chevchenko, Kamenetz-
tactique et d’aptitude au tir des pi- dues au talent des équipages.La Luft- Podolsk ou en Crimée.En juillet 1944,
lotes soviétiques se manifesta lors des waffe ne parvenait pas à renverser la seuls deux ou trois groupes de trans-
attaques allemandes des franchisse- situation;la maîtrise du ciel en Biélo- port étaient disponibles dans le sec-
ments de la Vistule. Alors que les russie,en juillet-août 1944,restait aux teur de la Luftflotte 6, y compris une
Heinkel 111 étaient attaqués au mê- VVS. Dans le secteur de la Luft- unité de planeurs de transport. Ces
me moment par deux ou trois esca- flotte 6 se trouvaient maintenant les unités ne parvinrent à évacuer de la
drilles depuis deux directions diffé- 2/3 de toute l’aviation du front Est,et poche de Minsk que 15000 officiers
rentes, les chasseurs se gênèrent le rapport du nombre de sorties était et soldats sur 105000. L’effet du lar-
mutuellement et, en fin de compte, de 1 pour 3,5 au détriment des Alle- gage par les bombardiers de nourri-
aucun bombardier ne fut abattu. mands. Comme le disent les histo- ture, de munitions et de carburant
Pendant ces mêmes attaques,les chas- riens britanniques dans Rise and Fall aux unités encerclées fut insignifiant.
seurs soviétiques n’empêchèrent en of the German air Force (1), les dé-
rien les Bf 109 de protection d’ac- ménagements fréquents d’un terrain Secret du rassemblement
complir leur mission.La situation de à un autre,provoqués non seulement
l’année passée se reproduisait : la par la mutation d’unités depuis d’au-
la veille d’une opération
chasse soviétique restait impuissante tres secteurs du front, mais aussi par En analysant l’opération Bagra-
devant une défense bien organisée un mouvement de retraite ininter- tion qui se solda par une victoire gran-
utilisant un échelonnement en alti- rompu, provoquaient la désorgani- diose des Soviétiques, il convient de
tude des groupes de bombardiers. sation et une détérioration notable remarquer la part importante de
Effectivement, les unités de tête de l’état du matériel. Ils précisent l’aviation qui s’investit de manière
de la 2e Armée blindée soviétique fu- aussi :“L’activité de la Luftwaffe était particulièrement active,surtout dans
rent sérieusement affectées par les at- tout à fait insuffisante pour affaiblir la la première phase de l’opération,ob-
taques à basse altitude de l’aviation al- pression que subissaient les unités har- tenant la maîtrise du ciel. Par ses at-
lemande aux approches de Varsovie. celées et épuisées de la Wehrmacht.” taques vigoureuses,l’aviation apporta
Mais l’utilisation de bimoteurs Hein- son aide aux unités terrestres pour la
kel 111 peu maniables et vulnérables (1) Ouvrage publié par les services percée des défenses adverses, l’en-
face aux défenses antiaériennes, pire officiels britanniques en 1948. cerclement et la liquidation de grou-
DR pements importants. Elle désorga-
Le commandant nisa complètement la retraite ainsi
du 482e Régiment que le regroupement des réserves en-
de chasse,
nemies. Ces succès furent obtenus
le major
grâce à une préparation méticuleuse,
Molodchinin,
une planification raisonnée des opé-
près de son
La-5FN.
rations, le secret du rassemblement
la veille de la plupart des unités sur
des terrains avancés proches du front
et le camouflage soigneux des inten-
tions réelles du commandement.
L’opération se déroulait sur une
grande profondeur,les mouvements
de troupes et les déplacements du
front étaient très rapides ; le com-
mandement desVVS sut manœuvrer
ses unités sur toute l’étendue du
front. Bien des fois, les unités d’une
des armées aériennes étaient utili-
sées pour assister la voisine. La pro-
gression fulgurante des troupes ter-
restres n’aurait sans doute pas été
possible si l’aviation n’avait pas as-
suré, dans les délais, l’approvision-
nement avec tout ce qui était néces-
saire pour la poursuite de la
progression des unités de chars et de
cavalerie mécanisée qui avaient pé-
nétré sur les arrières de l’ennemi.
C’est grâce aux petits U-2 – appar-

73
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

tenant aux régiments d’avions légers l’adversaire (35 %);escorte des bom- équipages et du personnel technique.
du front ou à des unités civiles – ainsi bardiers et des avions d’appui On compte la perte complète d’un
qu’aux bimoteurs Li-2 des 5e et 7e (22 %);couverture de troupes au sol avion pour 80-90 sorties,ce qui équi-
corps de l’ADD ainsi que de la (17 %) ; attaque des transports fer- vaut aux pertes allemandes en Biélo-
1re Division de transport aérien de roviaires de l’ennemi (8 %) On en russie au cours de l’offensive de 1941.
l’Aviation civile qu’on put livrer par déduit que seuls 5 % du total des sor- La raison principale de l’impor-
la voie des airs 1 182 t de carburant, ties avait pour objet des missions tance des pertes s’explique par l’ac-
1240 t de munitions et près de 1000 t aussi capitales croissement numé-
de matériel technique et de pièces Près d’un Yak-9 que l’attaque de rique des effectifs
de rechanges pour les chars. Les vols de la 6e Armée terrains d’avia- (environ 25 %) au
aérienne, le
de retour servaient à évacuer les bles- tion, la chasse cours du premier se-
cne F. Khimitch,
sés et les prisonniers. libre, ou l’exé- mestre 1944.Prenant
adjoint du
cution de mis- en compte les pertes,
commandant de
Libération la 282e Division
sions spéciales. on constate que le
Lors de la nombre de nouveaux
de la Biélorussie de chasse, chargé
préparation et arrivants était élevé.
de la formation
L’aviation apporta également au tir. Il avait à au cours de Le niveau de la for-
une aide importante aux partisans son compte plus l’opération de mation avait été amé-
de Biélorussie. Sa libération fut ac- de 500 missions B i é l o r u s s i e, lioré, les écoles de
quise au prix de lourdes pertes.Selon de guerre l’ADD effectua formation et les régi-
les chiffres de l’état-major des VVS, au début 43 raids groupés ments de réserve dis-
de juin à août 1944,les pertes en com- des opérations – soit 13431 sor- posaient de nouveaux
bat des cinq armées aériennes furent en Biélorussie. ties, avec, selon avions et de carbu-
de 1 416 avions auxquels s’ajoutent les archives, DR rant, et la durée de la
495 appareils perdus en d’autres cir- 84 % d’équipa- formation avait elle-
constances.Au total, 1 911 avions de ges ayant effectivement accompli la même été accrue. Mais le niveau né-
combat furent p perdu que pplus mission –, larguant 14 174 t de cessaire était,lui aussi,bien plus élevé
d’un millier d’aviateurs. À titre de bombes. 124 appareils furent perdus qu’au début du conflit, nécessitant
comparaison, au cours de la même au cours de ces missions, principale- une meilleure adaptation des équi-
période, la Luftflotte 6 avait perdu ment suite à la réaction de la chasse pages aux réalités du combat. C’est
546 avions en combat et 381 en allemande. Pour la première fois de- ainsi que sur les 4075 pilotes affectés
“pertes dues à d’autres causes qu’en puis le début de la guerre, le nombre aux régiments de la réserve au cours
combat”, soit 927 avions, les pertes de sorties nocturnes de la chasse de des six premiers mois de 1944, 3545,
des chasseurs de nuit n’entrant pas la Luftflotte 6 dépassait le nombre soit 87 %, furent reconnus comme
dans ce compte. des sorties de jour. ayant besoin d’un complément de for-
Entre le 23 juin et le 29 août 1944, Les missions confiées par le com- mation en situation réelle.
les VVS effectuèrent 152 545 sorties Ravitaillement
mandement soviétique à l’aviation Les résultats de l’opération per-
réparties en quatre catégories prin- d’un Yak-9 sur
furent accomplies. Les archives mirent de constater que bien des as-
cipales de missions : attaque de un terrain contiennent de nombreux témoi- pects de l’emploi de l’aviation étaient
troupes et des moyens matériels de de campagne. gnages de satisfaction sur l’action des à reconsidérer. Ainsi, la lutte contre
DR
l’aviation adverse, au sol et dans les destination première était la lutte premiers jours de l’offensive.Pendant
airs, n’avait pas été assez efficace, contre l’aviation adverse, ce qui lui la deuxième phase de l’opération,
bien qu’elle bénéficiât de près de la valait d’être dispensé d’autres mis- entre le 5 juillet et le 29 août 1944, la
moitié de l’activité. Début juin 1944, sions, ne parvint à obtenir des résul- baisse est de 2,5.
le gén. Zimine, commandant alors tats tangibles que deux ou trois mois À la différence des Soviétiques,
la 240e Division de chasse de la après la libération de la Biélorussie. lesAllemands avaient créé des struc-
1re Armée aérienne, se prononça Ce n’est qu’alors que le commande- tures permettant aux unités de la
pour l’abandon de la pratique cou- ment du régiment et ses pilotes ayant Luftwaffe d’assurer leurs missions
rante des VVS de faire escorter tous reçu l’instruction nécessaire purent depuis une base, mais en leur assu-
les groupes de bombardiers et enfin disposer de renseignements suf- rant une mobilité suffisante en cas de
d’avions d’assaut par de la chasse. fisants sur l’ennemi,de bulletins mé- besoin. Ainsi, lorsqu’une unité alle-
Les “faucons” suivaient alors passi- téo valables, etc. mande devait s’installer sur un nou-
vement en formation, tandis que les veau terrain, elle y trouvait aussitôt
avions d’assaut, rassurés, ne comp- Nombreux changements tout ce qu’il fallait pour la poursuite
taient plus assez sur leur armement de ses missions. Un tel système assu-
défensif. Il recommandait à ses com-
de bases rait la possibilité d’action aux unités
mandants d’unités d’impliquer au Au cours de l’opération, la ma- tactiques, sans qu’elles soient tribu-
maximum leurs équipages dans la jeure partie des régiments de chasse taires de structures dépendant d’éche-
bataille, les engager autant que pos- eut à réaliser de quatre à cinq chan- lons supérieurs, et permettait de
sible à des opérations de chasse libre, gements de base pour pouvoir suivre réduire le temps requis pour le dé-
leur apprendre à aller chercher les la progression des chars et de l’in- ménagement d’une unité. En outre,
Messerschmitt et les Focke-Wulf au- fanterie. Les unités de l’arrière ne dès l’été 1941, conscients des diffi-
delà de la ligne du front. Zimin était parvenaient pas à préparer les ter- cultés logistiques à prévoir sur le front
convaincu que dans cette opération, rains destinés à accueillir les avions, Est,dues aux grandes distances et au
des interventions aussi actives au- ni à y acheminer le carburant, le ra- mauvais état des routes après une
raient assuré “l’utilisation de nos vitaillement,les munitions,et ce mal- longue période de dégel, les Alle-
forces la plus efficace et en même gré l’utilisation assez courante des mands avaient mis en place une avia-
temps la plus économe”. unités de l’ADD disposant d’avions tion de trans e.
Malheureusement, les proposi- de transport Li-2 aptes à traiter ce À l’été 1944, les Soviétiques
tions du futur maréchal d’aviation ne genre de problèmes. n’avaient pas su pleinement régler ce
furent pas soutenues par les com- En fait,dans bien des cas,les uni- problème. C’est pour cette raison
mandants des unités de bombarde- tés ne purent effectuer une seule mis- qu’en juillet-août 1944,la bataille pa-
ment et d’appui, craignant qu’il en sion depuis les terrains intermé- rut plus équilibrée qu’au début de
résulte des pertes injustifiées.Les sor- diaires;d’autres terrains se trouvaient l’opération Bagration. Concentrant
ties en chasse libre qui se pratiquaient encore sous le feu des unités enne- des forces aériennes importantes pour
de temps à autre n’apportaient pas mies en retraite et durent parfois être le soutien de leurs contre-attaques,
les résultats recherchés. Même le évacués en urgence.Ainsi,au sein de faisant preuve d’efforts soutenus, les
19e Régiment de chasse, surnommé la 1re Armée aérienne, dès la fin juin Allemands parvenaient,il est vrai pour
“le régiment du maréchal”, équipé 1944,le nombre de missions avait di- de brèves périodes, à disposer d’un ▲
des La-7 les plus récents et dont la minué de 3 à 5 fois par rapport aux (Suite du texte page 78)
Le cne Fritz
Lüddecke de la
St/JG 51 devant
la queue
d’un Fw 190A
sur le terrain
de Tiraspol, près
de Brest-Litovsk.
Il fut abattu par
la DCA le 2 août
1944, alors
qu’il détenait
50 victoires.

DR

75
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

La saga du Normandie-Niémen
Deuxième période – de juillet 1944 à juin 1945
Le Normandie participa à Bagration au sein de la en octobre, désormais au-dessus de la Prusse-Orientale.
303e Division aérienne du général Zakharov. Gaël Taburet, Le 16 octobre fut une journée faste pour les pilotes, qui
arrivé le 3 avril 1944 dans les rangs de la 3e Escadrille ne revendiquèrent pas moins de 29 victoires sans perte.
Cherbourg, raconta dans Icare : “C’est à Doubrovka, petit Le 27 novembre, le Normandie-Niémen acheva sa
village à l’ouest de Smolensk, que nous avons effectué nos deuxième campagne en première ligne. De Gaulle décora
premières missions. Sur ce terrain, à quelques kilomètres les pilotes début décembre 1944 lors de son voyage qui vit
seulement de Vitebsk et Orcha encore aux mains signer le pacte d’amitié franco-soviétique.
des Allemands, nous nous sentions dans le coup.” Le 9 décembre, le lieutenant-colonel Pierre Pouyade,
Le 26 juin, le Normandie couvrit la grande offensive en commandant du Normandie-Niémen, est présent lors
Biélorussie. Taburet remporta sa première victoire contre du grand dîner d’apparat donné par Staline. Ils échangent
un Fw 190. Le même jour, sept autres chasseurs allemands un baiser sur la bouche – à la Russe – marque d’estime.
furent revendiqués – mais Jacques Gaston et Charles Le Petit Père du peuple lui aurait dit à cette occasion :
Miquel ne revinrent pas de mission. Miquel rejoignit “Pouyade, si tu étais des miens, ce n’est pas un régiment
finalement la base trois jours plus tard ! Le 1er juillet, Marcel que je te donnerais, mais une division !” (Ceux du
Perrin et Roger Pinon ajoutèrent un Ju 52, 86e victoire du Normandie-Niémen, Yves Donjon, p. 73). Nul doute
Normandie. Le 15 juillet, l’unité poursuivit sa marche vers que la présence des Français depuis 1942 offrait
l’ouest en étant désormais basée à Mikountani, en Lituanie. à de Gaulle beaucoup de légitimité pour des négociations
Ce fut lors du transfert que Maurice de Seynes refusa diplomatiques non empruntes de difficultés.
d’abandonner son mécanicien soviétique et se tua en tentant
de se poser après un problème technique sur son Yak. La marche vers l’Ouest
Les combats reprirent le 12 janvier 1945. L’unité suivit
Un nom pour un destin L’épopée l’Armée rouge dans sa marche inexorable sur l’Allemagne,
Le 21 juillet, Staline signa un prikaz (commandement) du Normandie- changeant de base régulièrement. Elle fut en particulier
ajoutant au nom Normandie celui de Niémen pour sa Niémen impliquée dans les durs combats qui firent rage
participation à la bataille lors du franchissement du fleuve. en Union en Prusse-Orientale (voir Le Fana de l’Aviation n° 546).
De la même manière, des dizaines d’unités soviétiques qui soviétique, L’épopée du Normandie-Niémen en Union Soviétique prit
s’étaient distinguées ici ou là reçurent des dénominations depuis l’arrivée fin en juin 1945. Avions et pilotes regagnèrent la France
de villes comme Minsk, Orcha ou encore de districts, des premiers – Staline offrit les 40 Yak-3 de sa dotation. Il n’est pas
pilotes en
comme Borisovo. inutile de rappeler le palmarès du Normandie-Niémen :
décembre 1942
Nouveau bond en avant le 29 juillet, quand l’unité 5 240 missions de guerre, 273 victoires confirmées,
jusqu’aux
arriva sur les rives du Niémen. Les pilotes commencèrent 44 pilotes sur 99 volontaires “morts pour la France”.
derniers
alors à percevoir des Yak-3, plus rapides que les Yak-9. Depuis, le nom Normandie-Niémen est toujours attribué
combats en
C’était “le meilleur chasseur du monde” pour Pouyade, Prusse-
à une unité dans l’armée de l’Air, alors que son souvenir
enthousiaste après les premiers vols. Orientale, est soigneusement entretenu dans l’actuelle Russie.
Après une période d’accalmie, les combats reprirent en mai 1945. Alexis Rocher

FRANÇOIS HERBET

76
C DHORNE
V

Le Yak-3 de l’aspirant Roger Sauvage titulaire de 16 victoires en 1945.

Le général
Zakharov
(2e en partant
de la droite),
commandant
la 303e Division
de chasse, et
le pilote français
Joseph Risso
(à sa droite)
discutent de
la situation avec
deux officiers
soviétiques.
Le Yak du
général est orné
d’un Saint
Georges
terrassant
le dragon.

Le personnel
du Normandie
devant un
Yak-3, à la fin
DR de l’été 1944.
DR
OFFENSIVE SOVIÉTIQUE

SON
YURGEN
ANDREY

Les chasseurs Lavotchkine La-5 s’illustrèrent comme les Yak en juin et juillet 1944.
Ici un La-5F du 21e Régiment de chasse.

(Suite de la page 75) rent des difficultés d’approvisionne- sormais les Focke-Wulf 190 utilisés
avantage numérique sur certains sec- ment en carburant et les communi- comme avions d’appui aussi bien que
teurs,reprenant l’initiative et causant cations se trouvaient fréquemment comme chasseurs ou bombardiers lé-
de lourdes pertes,tant aux troupes ter- coupées. Il fallut détruire les avions gers. Le commandement allemand
restres qu’à l’aviation soviétique.Ainsi, qui n’étaient pas bons de vol lors avait abandonné toute idée d’action
par exemple, le commandement des d’opérations de retraite urgentes.De offensive sur le front Est. La recons-
unités de la 1re Armée aérienne, plus,la désorientation par perte de re- titution de réserves aériennes pour
n’ayant pas perçu le brutal change- pères chez les jeunes pilotes dont le la Biélorussie facilita d’autant la tâche
ment de la situation aérienne survenu niveau de formation avait sensible- de l’aviation anglo-américaine en
à la mi-août, ne voulut pas accroître ment baissé entre 1941 et 1943 était Normandie.
l’effectif des groupes envoyant,comme devenue courante… Les opérations aériennes sovié-
auparavant, six à huit Il-10 protégés tiques au cours de l’opération de Bié-
par quatre à six chasseurs.Il en résulta Les redoutables He 177 lorussie ont beaucoup apporté aux
que dans le secteur du 1er Front de la principes opérationnels et tactiques
Baltique,le 17 août 1944,34 avions fu-
abandonnés… des Forces aériennes :ainsi la concen-
rent perdus dans des combats contre La nécessité d’économiser les res- tration en grand secret du groupe-
un ennemi numériquement supérieur. sources,principalement de carburant, ment aérien principal sur le secteur
Le compte rendu de la 1re Armée aé- contraignit à une réduction brutale central du front, et le succès de l’or-
rienne explique que “les pilotes, ne de l’utilisation des bombardiers – la ganisation de l’interaction avec les
trouvant pas jusqu’au Niémen de ré- Les débris d’un complexité d’exploitation du redou- unités terrestres, avant tout avec les
sistance organisée de l’ennemi, eurent groupement table He 177 aboutit à son abandon. chars et les unités mécanisées. Les
tendance à relâcher leur attention,alors allemand L’état-major du 4e Corps aérien fut questions d’appui aérien et de cou-
au sud-est
qu’à l’approche de la Prusse-Orien- évacué fin août deVarsovie vers l’ar- verture des groupes de choc étaient
de Bobruisk,
tale, la réaction ennemie avait sensi- rière et dissous en septembre 1944.Il passées à un autre échelon de déci-
en Biélorussie.
blement augmenté”. en fut de même pour la majorité des sion.Un des résultats visibles fut l’at-
L’aviation
Toutefois, la Luftwaffe ne par- soviétique était
escadres de bombardement formant tribution,pour leurs actions d’éclat,de
venait pas à transformer les succès redoutable
le Corps du gén. Meister. Les avions la distinction de Héros de l’Union so-
tactiques en succès opérationnels. pour les le plus souvent détectés par les postes viétique à 53 pilotes et navigateurs de
Tout l’été durant, les Allemands eu- troupes au sol. d’observation avancés étaient dé- cinq armées aériennes ■
DR
MAQUETTES
Q S Par Gonzague Gaudet

Hongrois savoir que 16 Fw 190 F-8 furent livrés à la Hongrie le 8 novembre 1944.

Focke Wulf Fw 190 F-8 moulés avec préc


Le poste de pilota
Revell, 1/32 est basique et les
logements de tra
Revell nous sont oubliés.
prend avec On trouve des bo
vraie nouve de fuite monoblo
la version d’appui sol d’épaisseur réalis
célèbre Fw 190, traité Un pilote complèt
détail avec un nouvea l’ensemble. Les d
moule. La gravure fin “désertique” et u
et précise n’inclut pas couleur. Les band
rivetage mais figure le
vis de fixation de certa Notre appréciation : un produit intermédiaire entre l’ancien
bien détaillé avec l’ai et le nouvel Airfix, très simple à monter mais peu détaillé, avec deux
harnais. Les logements du train sont réalistes. Un socle de grandes décorations intéressantes.
dimensions fourni dans la boîte permet de profiter de l’option “train
rentré”. Un système de longeron renforce l’assemblage du caisson
central de la voilure. Les volets et commandes de vol bénéficient F6F-3 “Hellcat”
d’un moulage séparé et offrent ainsi des options de configuration Eduard Profip
intéressantes. Le moteur est soigneusement détaillé avec tout son
système d’échappement et d’admission. Des capots séparés permettent Le Hellcat
d’en profiter. Même chose pour l’armement de capot convenablement d’Eduard,
représenté. Les roues sont belles, avec deux sortes de pneus en option. connu pour
La boîte contient quatre types de verrières bien transparentes et, pour le meilleur sur le ma
cette version spécifique, une bombe de 500 kg, quatre de 250 kg, se décline ici en vers
deux réservoirs supplémentaires et tous les supports associés. Profipack, c’est-à-di
Les décalcomanies (qui omettent certaines marques de dérive) complété de résine,
permettent de choisir entre deux machines au camouflage gris métal photodécoupé
(74-75-76) avec bande de capot, dérive et marquage d’intrados jaune. prépeint, de masquess
tocollants prédécoup c a so c
Notre appréciation : quelques pièces non utilisées laissent décorations mises e
envisager la sortie d’autres versions du Fw, une bonne nouvelle d’abord la gravure extrêmement fine et précise, le poste de pilotage
au vu de la grande qualité de cette maquette bien détaillée parfaitement détaillé (harnais inclus) avec son tableau de bord très
et de son prix très compétitif. Bravo, une fois encore. réaliste, le moteur bien figuré et les gouvernes et volets moulés
séparés. Le train et ses logements sont également soignés et fidèles
et les roues en résine somptueuses ne gâchent rien. Eduard fournit
Supermarine “Spitfire” Mk IXc un réservoir ventral et deux types de bombes à installer sous l’avion.
Airfix, 1/72 Les cinq décorations proposées associent le blanc et les deux tons
de bleu classiques. Les marques individuelles restent assez discrètes,
Dans la série de ses nouvelles productions Airfix a bien entendu à l’exception de la célèbre “gueule de chat” reprise sur la boîte.
revu sa copie du “Spitfire” au 1/72 et proposé un nouveau
moulage à la gravure légèrement trop marquée et aux détails Notre appréciation : très belle maquette pour un célèbre sujet.
80
ords de fuite. Deux réservoirs supplémentaires s’installent sou
les ailes. Les d calcomanies re rennent les d corations connue
es prototypes : un avion aluminium brut et deux camoufl s vert uni
ur le dessus, avec deux t es de mar ues de nationalit .
la fin d
Deuxi m
rr m
diale, quelques exe
plaires du Mk 21 d
’ n l t ’h li
contrarotatives fure
mis en service. Si l
mac ne n ava t p u Sur renant,
rien voir avec les w 190 a b
miers “Spitfire”, ell utilis pour
renforcé de cette n hasse de nuit, et Ed
ne man ue as ce e
moula e affiche une précision louable. La ravure est fine et précise occasion d’éditer une
e poste e p otage, es ogements e tra n et es ra ateurs sont e ersion sp cifiqu
d taill s. Les pales d’h lice sont s par es des moyeux. La verri re moul e sa e e maquette
en deux l ments pr sente une finesse r aliste. Les feux de position son e Profipack regroup
transparents – un indicateur supplémentaire du soin apporté à la pi ces en plastique e
conce tion de cette ma uette. La notice en couleur et les décalcomanies autocollants destinés
nombreuses offrent le choix entre trois machines une camouflée ver
et gr s et eux e cou eur a um n um. vec ses parements rouges out simplement du meilleur Fw 190 à cette échelle, finement rav
a d coration reprise sur la bo te reste la plus tentante et enti rement d taill . Le m tal photod coup permet de r aliser san
effort un poste de pilotage parfait install sous une verri re en deu
l ments. Les logements de train et d’armement sont remarquablemen
d taill s, tout comme le moteur, com let et fort r aliste lui aussi. Toute
es ouvernes sont séparées. Les capots moteurs peuvent rester ouverts
duard prévoit é alement un réservoir ventral, toutes les antenne
nécessaires et les caches flammes nécessaires pour réaliser cett
ersion chasse de nuit. Les quatre d corations propos es en optio
ont pour base le camou lage gris (74-75-76) traditionnel avec de
Le terme signi ie simpleme marquages divers plus ou moins color s
e ssement ou pat ne pa
l’action des éléments, ce q
maquettistes simulent par divers effe
e nture. our es a er, eve ro
un ensem e e p gments ut sa e e
poudre ou mélan és avec de l’eau e
sans doute avec certains vernis ba
s an nc tuit t r s x ni stat ns
acrylique; essayer avant de risquer uett me o p ve re er otre ex pa p c rr er
g cher une belle peinture). Les teinte ar ou iel fanaaviation@editions-lariviere.fr en en n
propos es sont noir, bleu, sable, rouil a qu s ans t. ne a e n n at n .
brun fonc et “vert boue”; bien ente
tous les mélan es peuvent être réali Rosans (05),

Montélimar (26),

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Talence (33),

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laires avant de do www.amv83.eu amv83kits@gmail.com
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râce à un moteur
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ment fiable. La maq Niort (79),
et son l ance par
ine. L’habitacle est bien am nag et la verri re moul e en trois l ments
peut rester ouverte. Les lo ements de train manquent de pro ondeur, le http://maquetteclubniortais.free.fr/
roues en r sine sont belles. Il faudra, comme souvent, surveiller le
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