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Cours d’hydraulique et de transport solide

Alain RECKING

Master II Paris 6

RD525 à Allevard (Source DDT38)

Janvier 2012
Ce document reprend les éléments provisoires d’un chapitre d’ouvrage en cours de rédaction
et peut comporter quelques petites erreurs de frappe ou de renvoi.L’auteur s’en excuse par
avance.

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SOMMAIRE
1. Introduction ............................................................................................................................ 5
2. Généralités.............................................................................................................................. 5
2.1. Les écoulements de surface............................................................................................. 5
2.2. Distinction Charriage et suspension ................................................................................ 6
2.3. Le transport solide par charriage..................................................................................... 7
2.3.1. La mesure du charriage ............................................................................................ 7
2.3.2. Description du charriage .......................................................................................... 9
2.3.3. Les formes associées au charriage ......................................................................... 11
3. Estimation des grandeurs hydraulique moyennes ................................................................ 12
3.1. Définitions..................................................................................................................... 12
3.1.1. Géométrie de la section d’écoulement ................................................................... 12
3.1.2. Les régimes d’écoulement...................................................................................... 13
3.1.3. Quelques grandeurs ................................................................................................ 13
3.1.4. Force et contrainte, travail, puissance .................................................................... 14
3.2. Contrainte, résistance et loi de frottement..................................................................... 15
3.2.1. Généralités.............................................................................................................. 15
3.2.2. Détermination des coefficients de frottement ........................................................ 15
3.3. Spécificité des rivières de montagne............................................................................. 16
3.3.1. Turbulence et profil de vitesse ............................................................................... 16
3.3.2. Calcul de la vitesse moyenne pour une rivière de montagne ................................ 17
3.3.3. Impact des embâcles et des déformations du lit.................................................... 19
3.4. Exemple d’application................................................................................................... 19
4. Transport solide.................................................................................................................... 20
4.1. Généralités..................................................................................................................... 20
4.2. Résistance de grain et de forme..................................................................................... 21
4.2.1. Nécessité de distinguer les différentes rugosités du lit .......................................... 21
4.2.2. Méthodes de partition de la contrainte ................................................................... 21
4.2.3. Comment corriger la contrainte en rivière de montagne? ...................................... 22
4.3. Le début de mouvement ................................................................................................ 23
4.3.1. Le nombre de Shields............................................................................................. 23
4.3.2. Le nombre de Shields critique................................................................................ 23
4.3.3. Shields versus Isbach ............................................................................................. 25
4.3.4. Application au calcul d’un enrochement................................................................ 26
4.4. Les modèles de transport............................................................................................... 28
4.4.1. Présentation générale des différentes approches .................................................... 28
4.4.2. Efficacité des équations.......................................................................................... 29
4.4.3. Des approches récentes .......................................................................................... 31
4.4.4. Exemples d’application .......................................................................................... 35
5. Cas des chenaux proche des têtes de bassin ......................................................................... 40
5.1. Des différences fondamentales avec les rivières à faible pente .................................... 40
5.1.1. Les différents états de surface du lit....................................................................... 40
5.1.2. Connexion à une source sédimentaire.................................................................... 41
5.1.3. Intermittence de l’alimentation .............................................................................. 42
5.1.4. Conséquences du tri granulométrique .................................................................... 43
5.2. Quelles équations ?........................................................................................................ 45
5.2.1. L’hydraulique ......................................................................................................... 45
5.2.2. Le transport solide.................................................................................................. 45
5.2.3. Relations morphométriques.................................................................................... 47
6. Conclusion............................................................................................................................ 49

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1. Introduction
Si on peut aujourd’hui considérer l’Hydraulique et le Transport Solide comme des sciences
relativement anciennes (les équations de Barré de Saint-Venant datent de 1843 et la première
formule de transport « connue » a été proposée par Du Boys en 1879), ce n’est pas tout à fait
vrai pour les rivières de piémont (à charge grossière et fort transport solide) et ça l’est encore
moins pour les torrents de montagne pour lesquels les travaux les plus significatifs sont
apparus au début des années 1980 (Bathurst 1978 ; Smart and Jaeggi 1983; Meunier 1989 ;
Sogreah 1991).
Bien que la recherche sur cette thématique est aujourd’hui très dynamique, il y a eu à ce jour
encore peu de transfert d’outils et de méthodes vers l’ingénierie. Pour palier à cette situation,
la pratique a consisté pendant des années à étendre aux fortes pentes les résultats acquis pour
des rivières à sables et à très faible pente. Cette pratique perdure aujourd’hui alors qu’il ne fait
plus aucun doutes qu’elle peut conduire à des résultats erronés (Rickenmann 2001; Recking
2009 ).
La première raison est qu’en rivières de montagne le transport solide peut se manifester de
façon violente et rapide au cours d’une même crue, impactant la morphologie du lit et donc
l’hydraulique qui a été à l’origine de ce transport. Deuxièmement l’hydraulique (et donc les
lois associées) est affectée aux fortes pentes du fait des faibles profondeurs relatives (rapport
entre la hauteur d’eau et la taille des grains du lit), et par le transport solide lorsqu’il y en a
(Smart and Jaeggi 1983; Recking et al. 2008). Par conséquent, contrairement à la pratique
courante en rivières de plaines à fonds peu déformables, l’hydraulique et le transport solide
peuvent difficilement être dissociés en rivières de montagnes.
Ce cours n’a pas pour vocation de rappeler toutes les lois de l’hydraulique et du transport
sédimentaire, par ailleurs largement décrites dans d’autres ouvrages rédigés à cet effet (Graf
and Altinakar 2000; Degoutte 2006). Il s’attachera plutôt à décrire des méthodes simples de
calcul propres à l’hydraulique torrentielle (c’est ainsi qu’on la désignera par la suite pour la
distinguer de l’hydraulique « classique »), ainsi que leurs limites d’utilisation.

2. Généralités
2.1. Les écoulements de surface
Les débits produits par les versants se retrouvent dans le chenal d’écoulement et sont
transférés vers l’exutoire du bassin versant. Ces écoulements sont turbulents, c'est-à-dire qu’à
une vitesse moyenne longitudinale de propagation, se superposent des vitesses instantanées
fluctuantes dans toutes les directions. Ces vitesses dépendent de l’intensité de la crue, mais
également de la configuration du lit du cours d’eau et de sa capacité à opposer une résistance
à l’écoulement. Dans un même temps, lorsque les forces hydrauliques sont supérieures à la
résistance du lit, ce dernier est mobilisé (par transport sédimentaire) et sa modification (en
géométrie, en granulométrie) impacte à son tour l’hydraulique qui a été à l’origine de sa
déformation. Ce phénomène de rétroaction peut être négligé en rivières de plaine (ou les
phénomènes sont lents), mais peut être très important en rivière de piémont (rivières à
graviers et cailloux) et en torrents.
Déterminer les caractéristiques hydrauliques d’un écoulement n’est pas un exercice facile,
surtout en cours d’eau de montagne où la mesure est délicate et où les formules (pour la
plupart issues des faibles pentes) sont souvent inefficaces. Une caractéristique importante des
écoulements en rivières de piémont ou en torrent est que la hauteur d’eau est en général du
même ordre de grandeur de la taille des grains constituant le lit. Par conséquent, la définition

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même de la hauteur d’eau peut être un problème. La lecture à une échelle peut aussi être très
trompeuse car la cote du lit sédimentaire est incertaine pendant la crue dans ces lits à forte
mobilité sédimentaire. Des techniques récentes permettent de mesurer simplement la vitesse
d’écoulement de surface par visée Radar grâce à un pistolet portatif.

2.2. Distinction Charriage et suspension


Il existe deux formes de transport des sédiments : le charriage et la suspension (Figure 1).

Wash load

Suspension

Charriage

Figure 1 : Transport par charriage et suspension

Le charriage est le mouvement des grains près du fond, par roulement, glissement ou
saltation. Les grains charriés se déplacent par à coups à une vitesse moyenne très nettement
inférieure à celle de l'eau (moins d'un mètre par heure).
Lorsque la turbulence de l’écoulement est importante, les grains sont susceptibles d’être
emportés par suspension malgré leur poids. Ils peuvent alors se déplacer sur de longues
distances sans rejoindre le fond, avec une vitesse égale à celle de l’eau. Un grain déjà mis en
mouvement par charriage passe en suspension lorsque la composante verticale de la vitesse
turbulente est supérieure à sa vitesse de chute. La turbulence de l’écoulement seule explique
donc le mécanisme de la suspension. Elle est plus intense près du fond, et de fait la
concentration en sédiments en suspension est plus forte près du fond.
Les sédiments transportés par charriage et suspension interagissent avec le lit mais ont des
rôles morphogènes très différents. Le charriage peut profondément modifier la géométrie du
lit lors d’une seule crue. La suspension agit sur des temps longs, et ses conséquences sont plus
liées au colmatage du substrat ou au comblement des ouvrages par sédimentation. Ce guide
s’intéresse au charriage uniquement.
On appelle « wash load », le transport de matériaux plus fins que les particules fines du lit et
provenant donc du bassin versant ou des terres arables du lit majeur. Ce terme anglo-saxon
que l’on peut traduire par « auto suspension » se distingue du « bed load » qui est le transport
solide en interaction avec le lit. Il est donc sans relation avec la capacité de transport du lit.
Les matériaux transportés en auto-suspension parcourent de très longues distances et ne
peuvent se déposer sur le fond du lit mineur, qu’à l’occasion de forts ralentissements comme
dans les retenues de barrages, ou bien à la fin des décrues dans des zones très calmes, par
exemple là où la végétation des berges ou des bancs constitue un frein. Les fines du wash load
sont transpostées uniformément sur la hauteur d’écoulement et leur diamètre est inférieur à
environ 0,06 mm. Sauf exception, elles n’ont pas de rôle morphologique.
En moyenne dans un cours d’eau de montagne, le charriage concerne plus particulièrement les
sables, les graviers, les galets et les blocs. La suspension concerne plus particulièrement les
sables et les limons.
Quel que soit le mode de transport, ce dernier ne peut exister que sous l’effet de forces

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hydrauliques. Ce cours présentera donc également les bases théoriques pour la caractérisation
de l’hydraulique, et les spécificités aux fortes pentes.

2.3. Le transport solide par charriage


2.3.1. La mesure du charriage
L’étude du charriage a longtemps été et reste encore un exercice difficile car c’est un
phénomène qui se produit pendant les crues et est donc très difficile à observer et à mesurer.
Plusieurs techniques ont été développées pour la mesure du charriage (Figure 2).

Figure 2 : Différentes techniques de mesure du charriage

La technique la plus simple consiste à utiliser un préleveur manuel de type ‘filet à papillon’
que l’on plonge pendant quelques secondes au sein de l’écoulement. Cet échantillonneur
couramment appelé « Helley-Smith » est peu onéreux, facile à mettre en œuvre, mais sa taille
(76*76 mm en version standard) ne permet pas la collecte de sédiments grossiers. Ce type
d’échantillonneur existe également en grande taille, cependant il ne peut plus être utilisé
manuellement (nécessité de le coupler avec un appareillage de manutention).
Une seconde technique, assez rudimentaire, consiste à utiliser des « chaines d’érosion ». Les
chaines sont enterrées verticalement dans le lit du cours d’eau, et leur déformation après une
crue renseigne sur l’épaisseur de la couche qui a été mobilisée. Cependant, pour remonter à
une information sur le flux transporté, cette épaisseur doit être associée à un déplacement
moyen, ce qui peut être estimé à l’aide de traceurs. Des traceurs colorés ont traditionnellement
été utilisés, mais aujourd’hui une technique en plein développement consiste à utiliser des
traceurs magnétiques passifs RFID (insérés au sein des cailloux et localisés après la crue
grâce à une antenne portative). Cette technique est adaptée aux rivières de montagne.
Cependant la mise en place des chaînes est difficile et leur localisation pas toujours évidente
lorsqu’elles ont été enterrées après la crue. De même, la localisation des RFID nécessite de
quadriller le lit du cours d’eau car la portée des antennes est limitée à 80cm.

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Figure 3: Suivi in-situ de cailloux par traçage par traceur magnétique (photo Liébault)

Une méthode sophistiquée de mesure du charriage consiste à implanter des trappes à


sédiments dans le lit du cours d’eau. L’association avec des piézomètres permet la mesure
conjointe et en continu de l’évolution de la charge transportée et de la hauteur d’eau associée.
Ce type d’équipement est cependant compliqué à ettre en œuvre car il nécessite
l’aménagement d’un génie civil dans le lit du cours d’eau. Par ailleurs, le volume limité de la
trappe limite l’efficacité aux débuts d’évènements (car la mesure s’arrête lorsque la trappe est
pleine). Notons que selon le même principe, la mesure des volumes stockés au droit des
ouvrages peut donner des informations sur le transport par charriage (Figure 4).

Figure 4 : Stockage de sédiments dans la plage de dépôt du Manival

Pour finir, de nouvelles méthodes sont en cours de développement pour une mesure directe du
charriage par technique sismique ou acoustique. Le géophone, implanté dans le lit du cours
d’eau, mesure l’intensité du charriage par les vibrations produites par les cailloux venant
impacter une plaque de fer. L’hydrophone mesure le charriage par le bruit émis par les

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impacts de cailloux en mouvement. Ces techniques ouvrent de nouvelles perspectives, car
elles sont facilement mises en œuvre, mais elles ne sont cependant pas encore pleinement
opérationnelles.

2.3.2. Description du charriage


Le charriage a longtemps été décrit à partir des observations faites en laboratoire sur des
matériaux quasi-uniformes. Sur le terrain, la complexité réside dans le fait que les matériaux
ne sont pas uniformes, et que les relations de grain à grain peuvent compliquer la
compréhension de la mobilité sédimentaire. Par exemple les éléments fins peuvent être
protégés de l’écoulement par les plus gros, alors que ces derniers sont très exposés. Cet effet,
appelé « masquage / surexposition », a pu conduire au constat contradictoire que les éléments
les plus fins ne sont pas toujours les plus mobiles (Einstein and Chien 1953; Egiazaroff 1965).
Ces relations complexes entre grains de différente taille produisent généralement un tri
granulométrique, qui peut se manifester en surface et en profondeur (Figure 5).

Figure 5 : Exemple de tri granulométrique observé en surface, et dans une coupe de sédiments

Une manifestation facilement visible du tri granulométrique est la formation d’une armure de
surface (Figure 6), composée de sédiments grossiers (graviers et cailloux), recouvrant une
couche de sédiments fins (graviers fins, sables).

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Figure 6 : Exemple d’armure de surface, constitué de sédiments grossiers recouvrant des sédiments fins

L’armure peut dans certains cas être révélatrice d’une situation de déséquilibre de la rivière,
par exemple lorsque les sédiments sont bloqués au droit d’un barrage et que ce déficit
sédimentaire conduit l’écoulement à éroder son lit en aval de l’ouvrage. Dans ce cas la taille
des éléments grossiers présents n’est plus compatible avec un transport par les débits du cours
d’eau, l’armure est stable et on parle de «pavage». Mais dans la majorité des cas l’armure est
un phénomène naturel, mobilisable lors des crues, et résulte:
– d’un tri granulométrique longitudinal: dans une rivière, la pente décroît en moyenne de
l'amont vers l'aval, ce qui entraîne un transport sélectif amont-aval avec dépôt des
éléments les plus grossiers dans le cours amont, alors que les éléments les plus fins
continuent à transiter vers l'aval. Ainsi, dans les parties amont, l'étendue granulométrique
est large avec par exemple des blocs, des cailloux, des graviers et des sables. Lorsque la
plaine est atteinte, l'étendue granulométrique se resserre.
– d’un tri granulométrique verticale : phénomènes de percolation et de migration vers le bas
de la fraction fine, à travers la fraction grossière en mouvement. Cette propriété peut se
vérifier facilement en secouant une boite contenant un mélange de deux fractions
granulaires, et a bien été observée dans des écoulements au laboratoire (Recking et al.
2009b).
La compréhension de la mobilité sédimentaire en présence de l’armure a préoccupé la
communauté scientifique depuis plusieurs décennies. En poussant un peu plus loin la logique
des effets de masquage-surexposition (réduction de mobilité des fins et surexposition des
gros), Parker (1982) à fait l’hypothèse d’une mobilité équivalente pour toutes les fractions en
présence : tous les diamètres (grossiers de l’armure et fins en sous-couche) seraient mis en
mouvement en même temps, lorsque la côte de l’eau atteint une certaine valeur. De
nombreuses études ont tenté de vérifier cette propriété sur le terrain, avec des résultats très
contrastés. En réalité une armure de surface est rarement généralisée (Figure 5). On assiste le
plus souvent à des alternances (sous forme de « patches » sédimentaires) de zones de
sédiments fins et de sédiments grossiers (appelés « clusters »), et un consensus semble plutôt
se dessiner sur l’existence de différents états de transport en fonction de l’intensité de
l’écoulement, avec un « transport partiel » pour lequel les sédiments fins sont mis en
mouvement alors que des fractions plus grossières sont immobiles (Wilcock and McArdell
1993). On distingue ainsi trois phases de transport (Ryan et al. 2002; Bathurst 2007 ):
• phase1 : pour les faibles débits, jusqu'à une certaine valeur seuil, les sédiments grossiers
de surface sont immobiles, et le transport est assuré de façon plus ou moins sporadique
par des éléments fins prélevés soit dans des zones amont soit dans les patches;

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• phase 2 : pour les débits plus forts, les éléments grossiers sont déstabilisés et commencent
à se déplacer par reptation ou glissement sur des distances courtes. Les sédiments sous
jacents sont libérés et alimentent le charriage;
• phase 3 : au-delà d’un second seuil, les structures de surface (cluster ou armure) sont
entièrement détruites et les sédiments grossiers se déplacent sur de longues distances par
roulement et saltation. Tous les sédiments participent au transport solide, qui devient
intense.
Pratiquement toutes les mesures de terrain indiquent que le charriage est un phénomène très
fluctuant (dans l’espace et le temps), et ce pour une même condition hydraulique. Elles
indiquent également que l’amplitude des fluctuations diminue quand l’intensité du transport
augmente. Pour les phases 1 et 2 (transport faible à moyen), ces fluctuations peuvent
atteindre deux ordres de grandeur (c'est-à-dire que pour un débit donné, la mesure en un point
peut varier dans un rapport de 1 à 10).

Figure 7 : Exemple de fluctuation du transport mesuré sur Dupuyer Creek (Whitaker and Potts 2007) : pour un
même débit liquide ont été mesurées des valeurs de transport couvrant deux ordres de grandeur.

Il y plusieurs façons d’expliquer l’origine des fluctuations : variations (spatiale et temporelle)


de la granulométrie et de la contrainte, turbulence, tri granulométrique. Ces effets
disparaissent lorsque le transport est intense, le mélange homogène, et qu’il y a mobilité
équivalente de tous les diamètres. Cependant beaucoup d’auteurs s’accordent à dire qu’en
rivières à graviers, la phase 3 n’est que très rarement, voire jamais atteinte (Parker 1978 ;
Andrews 1983 ; Mueller et al. 2005 ; Parker et al. 2007).

2.3.3. Les formes associées au charriage


Le transport solide par charriage est associé à des morphologies typiques, à différentes
échelles. L’avancée du charriage est également associée à des formes sédimentaires
caractéristiques.
Un premier type de formes se caractérise par sa périodicité : ce sont les dunes et les antidunes.
Les dunes sont des formes triangulaires asymétriques et se déplacent vers l’aval. Les
antidunes (Figure 8) sont des formes quasi-sinusoïdales pouvant se déplacer vers l’amont,
l’aval, ou être stationnaires (Kennedy 1960).

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Figure 8 : Antidunes sur l’Arveyron à Chamonix (Recking et al. 2009a). La longueur d’onde des déformations
est environ 3m.

Les dunes sont citées ici pour mémoire, mais sont plutôt caractéristiques des rivières à sable.
Par contre, les antidunes sont facilement observées en rivières de montagne (Recking et al.
2009a). La déformation du lit associée à la propagation d’antidunes peut être importante. Par
exemple, Camenen et al (2009) ont observé des longueurs d’onde supérieures à 10m et une
amplitude d’ondulation de l’ordre de 2m sur la rivière Arc pendant une crue. Lorsque la
largeur d’écoulement est large les antidunes se produisent au centre du chenal et les impacts
morphologiques peuvent être limités. Lorsque le chenal est étroit par contre, ces déformations
peuvent impacter considérablement la morphologie. Par exemple beaucoup d’auteurs
considèrent qu’elles pourraient être à l’origine des morphologies de « step-pool » en torrents
(Lenzi 2001)
Un second type de forme, non périodique, témoigne de l’avancée de « bouffées »
sédimentaires, déposées après la crue (Iseya and Ikeda 1987; Whiting et al. 1988; Recking et
al. 2009b) : les nappes de charriages. Ce sont de longues nappes de sédiments plutôt fins
(sables graviers, petits cailloux) recouvrant une fraction plus grossière, caractérisées par une
dimension longitudinale très grande en comparaison à la dimension verticale, une géométrie
dissymétrique, et l’existence d’un front marqué à granulométrie grossière.

Figure 9 : Nappes de charriage sur la Bléone et sur le Manival

3. Estimation des grandeurs hydraulique moyennes


Cette partie n’est pas un cours d’hydraulique (pour cela se référer à d’autres ouvrages
généraux comme par exemple (Degoutte 2006)). Elle a pour objectif de présenter les
équations adaptées au contexte des cours d’eaux de montagne, pour la caractérisation des
principales grandeurs hydrauliques moyennes (vitesse et hauteur) d’un tronçon de cours d’eau
homogène.

3.1. Définitions
3.1.1. Géométrie de la section d’écoulement
On appelle surface libre d’un écoulement l’interface liquide-air. La composante longitudinale

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de cet interface est appelée ligne d’eau. La ligne d’eau est caractérisée par une pente
d’écoulement qui peut être différente de la pente géométrique du lit J=-dz/dx=sinα (où α est
l’angle d’inclinaison). En toute rigueur, c’est la pente d’énergie Je=dHe/dx calculée à partir de
la charge hydraulique He =z +H + U²/2g, qui devrait être utilisée dans les calculs
hydrauliques.
Si on considère une section de cours d’eau, la surface mouillée S est la surface [m²] occupée
par le fluide dans cette section. Pour une largeur moyenne L [m] on a la relation S=LH, où H
[m] est la hauteur moyenne pour la section.
Pour une surface mouillée donnée, le périmètre mouillé P [m] est la longueur de contact entre
le fluide et le lit, c’est à dire le périmètre de cette surface moins la surface libre.
On a l’habitude en hydraulique de caractériser un écoulement par sa hauteur h, c'est-à-dire la
distance séparant le fond de la surface libre. En torrents, où le chenal est en général étroit et
où l’écoulement peut interagir autant avec les parois latérales qu’avec le fond, l’utilisation de
h n’est pas recommandée et on lui préfère le rayon hydraulique R [m], défini comme le ratio
entre la surface mouillée S et le périmètre mouillé P. Pour une section rectangulaire
(hypothèse que l’on peut faire en première approximation) il vaut R=LH/(2H+L). Lorsque la
largeur du lit est grande en comparaison à la hauteur d’eau (L/H>20) on peut faire
l’approximation R ≈ H.

3.1.2. Les régimes d’écoulement


Les écoulements naturels sont non uniformes et transitoires. Ils sont non uniformes car la
géométrie d’un cours d’eau change d’une section à une autre, et par conséquent, pour un débit
donné, la hauteur d’eau et la vitesse ne sont pas constants dans l’axe d’écoulement. Ils sont
transitoires car en un point donné, le débit n’est pas constant mais varie dans le temps, selon
un hydrogramme Q(t). Pour traiter ce type d’écoulement il faut résoudre un système
d’équations différentielles approprié (de conservation de la masse et de la quantité de
mouvement) adapté à la géométrie du lit, ce qui ne peut se faire que par une approche
numérique grâce à un logiciel approprié.
Dans ce cours nous allons nous affranchir de cette complexité en considérant l’écoulement
uniforme à l’échelle du tronçon, représenté par une section unique moyenne, ce qui permet de
considérer des grandeurs moyennes de hauteur et de vitesse, et d’assimiler la pente de
l’écoulement à la pente géométrique du lit I. Ce type d’approximation est largement
acceptable pour beaucoup de situations pratiques.

3.1.3. Quelques grandeurs


3.1.3.1. Nombre de Froude
C’est un nombre adimensionnel représentant le rapport entre la vitesse du fluide U et la
célérité des ondes de gravité gh (onde propagée lors de la déformation de la surface fluide,
par exemple après un impact ou une interaction avec un obstacle) :
U (1)
Fr =
gh
Où h est le tirant d'eau moyen dans la section d’écoulement.
Lorsque ce nombre est inférieur à 1, l’écoulement est dit fluvial : la vitesse du fluide est
inférieure à l’onde de gravité, et la présence d’un obstacle à l’écoulement va induire une
déformation de surface qui va se répercuter très en amont à cet obstacle. C’est donc la cote

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imposée à l’aval qui va contrôler la ligne d’eau, et la condition (de contrôle) est dite « aval ».
Lorsque ce nombre est supérieur à 1, l’écoulement est dit torrentiel : la vitesse du fluide est
supérieure à l’onde de gravité, et une déformation locale de la surface n’aura pas le temps de
se propager. Dans ce cas c’est le débit imposé à l’amont qui contrôlera la ligne d’eau, et la
condition (de contrôle) est dite « amont ».
Lorsque ce nombre est égale à 1, l’écoulement est dit « critique ».
Les nombres de Froude très supérieurs à 1 (2 voire plus) caractérisent probablement certains
écoulements intenses aux très fortes pentes (cependant cela n’a pu être vérifié qu’au
laboratoire étant donné la difficulté à mesurer sur le terrain dans ces conditions). Pour les
rivières de piémont, on considère généralement que le nombre Froude en crue n’est jamais
très éloigné de 1, l’écoulement oscillant très rapidement et continuellement entre la condition
fluviale et torrentielle.
3.1.3.2. Nombre de Reynolds de l’écoulement
Le nombre de Reynolds est un nombre adimensionnel (noté Re) qui permet de qualifier le
caractère laminaire ou turbulent d’un écoulement (un colorant introduit dans un écoulement
laminaire ne se mélange pratiquement pas à l’eau, contrairement aux écoulements turbulents,
où le mélange est rapide). Il permet aussi (et surtout) de qualifier l’intensité de la turbulence.
Il vaut Re = UD / υ où υ est la viscosité cinématique de l’eau1 et D est le diamètre hydraulique
(4 fois le rayon hydraulique) dans un écoulement à surface libre. L’écoulement est turbulent
lorsque Re>2000, ce qui est le cas dans tous les cours d’eau qui intéressent ce guide.
La turbulence est une agitation désordonnée d’un écoulement, ce qui entraîne des vitesses
instantanées pouvant être nettement supérieures aux vitesses moyennes. Ce phénomène
explique la possibilité du transport solide en suspension ainsi que la trajectoire erratique des
particules en suspension.

3.1.3.3. Nombre de Reynolds particulaire

Par analogie avec le nombre de Reynolds de l’écoulement, on définit le nombre de Reynolds


particulaire, ou nombre de Reynolds du grain, Re * = u * D / υ où u* est la vitesse de frottement, D
est le diamètre du grain et υ est la viscosité cinématique de l'eau. Ce nombre intervient pour
déterminer le début de mise en mouvement d’un grain.

3.1.4. Force et contrainte, travail, puissance


Une force F [N] qui s’applique sur un solide se décompose en une composante normale Fn et
une composante tangentielle Ft. Ramenées à une unité de surface, ces composantes sont,
respectivement, la pression P [Nm-2] et la contrainte de cisaillement τ [Nm-2].
La puissance Ω (en Watt par mètre) du cours d’eau est donnée par la relation :
Ω = ρgQJ (2)
Et la puissance spécifique ω [W/m²] est la puissance ramenée à l’unité de largeur Ω/L. On
peut en déduire que ω est aussi le produit de la vitesse moyenne par la contrainte ω= τU.

1
Il s'agit de la viscosité cinématique qui vaut 1,77. 10−6 m2/s à 0°C, 1,32. 10 −6 m2/s à 10°C et 1,01.10 −6 m2/s à 20°C. A ne pas
confondre avec la viscosité dynamique µ = υ .ρ w . Nous rappelons que l’eau est un liquide dit newtonien, c’est à dire dont la
viscosité ne dépend pas de la vitesse, contrairement par exemple à une lave torrentielle.

14
La puissance a été utilisée pour caractériser la capacité d’ajustement des cours d’eau (Malavoi
et al. 2011). Ce terme est rappelé ici pour mémoire, mais nous ne l’utiliserons pas pour
caractériser les cours d’eau de montagne.

3.2. Contrainte, résistance et loi de frottement


3.2.1. Généralités
Un solide immergé dans un écoulement subit une force F=½ρACDu², où ½ρu² est la pression
dynamique exercée par la vitesse moyenne locale u sur la surface exposée A du solide, et CD
un coefficient adimensionnel (dit « de traînée »). En situation d’équilibre, cette force est égale
à la résistance que le solide exerce sur l’écoulement.
De façon similaire, un écoulement de vitesse moyenne U exerce sur son lit une force moyenne
[N], qui ramenée à l’unité de surface, est la contrainte au fond [N/m²]:
τ = ρC f U 2 (3)

Où Cf est un coefficient de résistance du lit. En écrivant que, dans l’écoulement uniforme, la


masse fluide comprise entre deux sections rapprochées est en équilibre sous l’action de son
poids et des frottements sur les parois, on montre que la contrainte à la paroi peut également
s’écrire :
τ = ρgJR (4)
On en déduit une « loi de frottement » reliant U à R de la forme :
U (5)
= C −f 1 / 2
u*
Où u * = τ / ρ = gJR est appelé « vitesse de frottement». On rencontre usuellement les
coefficients de frottement de Chézy C [L1/2s-1], de Manning n [L-1/3s] (ou de Strickler K=1/n)
et de Darcy-Weisbach f [-], reliés à Cf par la relation:
g gn 2 f (6)
Cf = 2
= 1/ 3
=
C R 8
3.2.2. Détermination des coefficients de frottement
La principale difficulté d’utilisation des lois de frottement consiste à déterminer la valeur du
coefficient (que ce soit n, C ou f). Une façon de s’en affranchir consiste à faire l’hypothèse
que l’écoulement est critique en moyenne (Fr=1), ce qui réduit la loi de frottement à :
U = gh (7)

Cette équation permet une première estimation (souvent acceptable en rivière de montagne)
de la vitesse mais doit être utilisée avec prudence. La formule de Manning est certainement la
plus utilisée:
1 1/ 2 2 / 3 (8)
U= J R
n
Dans le cadre des études hydrauliques, le coefficient de frottement est souvent calé sur des
observations de terrain pour chaque cas considéré. Cependant ces observations ne sont pas
toujours disponibles et de nombreuses tables proposent des valeurs prédéterminées de n calées
pour différentes surfaces d’écoulement (Tableau 1). Ces approches restent très

15
approximatives, et il faut rester vigilent vis-à-vis de l’utilisation du coefficient de Manning-
Strickler car il est dimensionnel [L-1/3s] et par conséquent, dépendant de la géométrie de
l’écoulement pour lequel il a été mesuré.

Tableau 1 : Coefficients de Manning-Strickler pour différentes rugosités

Nature des parois n (Manning) K=1/n (Strickler)


Béton lisse 0.011 à 0.013 77 à 91
Béton brut 0.013 à 0.016 62 à 77
Moellons 0.020 à 0.030 33 à 50
Graviers 0.022 à 0.035 28 à 35
Galets ou herbes 0.025 à 0.040 25 à 40
C’est pourquoi la plupart des travaux sur la modélisation du coefficient de frottement ont
concerné l’équation de Darcy-Weisbach f qui est non-dimensionnel (une valeur établie dans
une géométrie d’écoulement est directement transposable dans une autre géométrie) ; de très
nombreux modèles ont été proposés pour le coefficient de Darcy √(8/f) :
8 U (9)
=
f u*
En modélisant K à partir du diamètre des grains (Strickler (1923)):
26 (10)
K= 1/ 6
D90
On peut réécrire l’équation de Manning sous la forme :
1/ 6 (11)
U  R 
= 8.3 
gJR  D90 
Mais la plupart des équations proposées reposent sur l’hypothèse d’un profil logarithmique
des vitesses, et sont des variantes de l’équation de Keulegan (1938) :
U R  (12)
= 6.25 + 5.75 log 
gJR  ks 
Où ks est la taille des rugosités du lit. Keulegan avait proposé d’utiliser le diamètre des grains
et ks=D50 a souvent été utilisé pour des écoulements sur matériaux non uniformes. Cependant,
une définition de ks basée sur la seule granulométrie des sédiments peut ne pas être suffisante.
D’autres formulations ont été proposées pour tenir compte de la résistance à l’écoulement due
à d’autres formes de rugosité comme par exemple la présence de végétation, de dunes ou de
tout autre forme d’obstacle (voir Yen (2002) pour une bibliographie exhaustive).

3.3. Spécificité des rivières de montagne


3.3.1. Turbulence et profil de vitesse
Le profil logarithmique est issu de la loi de paroi en mécanique des fluides et considère que la
contrainte près du fond est transmise uniquement cisaillement tangentiel. Ceci est une bonne
approximation sur un lit rugueux tant que la profondeur d'eau est élevée par rapport à la
hauteur de rugosité du lit ks, ce qui a été le cas dans les expériences de référence, réalisées

16
avec du sable (Nikuradse 1933). Ce n'est plus le cas pour les lits de gravier et de galets, où la
hauteur d’eau peut être faible par rapport à la taille des grains et où une grande partie des
forces sont transmises par les contraintes normales (pression) agissant sur les éléments en
saillie (Papanicolaou et al. 2011). Cela a des conséquences sur la turbulence et le profil de
vitesses et la loi de frottement (Figure 10).

ECOULEMENTS TURBULENTS (Re > 2000)

ECOULEMENTS RUGUEUX (Re* > 700) LISSES


ECOULEMENTS
CRITIQUES (Fr≈1) ECOULEMENTS SUBCRITIQUES A CRITIQUES (Fr<1)

8 R
=a (1<a<4) Domaine de validité de Manning Strickler
f D
8 1  R  1 1 βD
= ln  + 8.5 − +
f κ  αD  κ κ R

8  R  Equations de type
= 6.25 + 5.75 log 
f  αD  Colebrook-White

Sous-couche
visqueuse

R/D≈2 R/D≈7 R/D>1000


Large Intermediaire Petite rugosité

Figure 10 : Changement de profil de vitesse et de loi de frottement avec la pente

En particulier, la turbulence (de type Kelvin-Helmholtz) qui se développe au droit des gros
éléments génère une zone de mélange intense (ou « couche de rugosité ») qui se développe
bien au dessus de la surface du lit (Figure 11), et le profil logarithmique, lorsqu’il existe, ne
peut être prolongé jusqu’au lit (White 1940; Nowell and Church 1979; Wiberg and Smith
1991).

Figure 11 : (a) Profil logarithmique de paroi (b) interaction des lignes de courant avec les éléments dépassant du
lit (c) Rugosité considérée pour les rivières à graviers

Malgré ces distorsions aux conditions originales, les équations logarithmiques, continuent à
être largement utilisées, mais avec une rugosité apparente supérieure à la taille réelle des
grains. Par exemple, Wilcock et al. (2009) utilisent ks = 2D65 et Parker (1990) (1990) utilise ks
= 2D90.

3.3.2. Calcul de la vitesse moyenne pour une rivière de montagne


Un grand jeu de données de terrain, composé de 2890 valeurs couvrant une large gamme de
pentes, de granulométrie, et de profondeur relative a été construit pour tester les différentes
lois de frottement (Rickenmann and Recking 2011).

17
Les tests indiquent que la loi de Keulegan utilisée avec la rugosité ks = 3.5D84 proposée par
Hey (1979) donne des résultats satisfaisants dans l’ensemble. Ces tests ont également montré
que, en tronçon homogène non encombré de façon continue (par de la végétation dans le lit,
des embâcles ou tout autre obstacles), la résistance à l’écoulement est essentiellement assurée
par la rugosité des sédiments (en particulier des éléments grossiers en saillie).

Figure 12 : Comparaison des formules de Hey (1979) et de Manning-Strickler avec un jeu de 2890 mesures de
terrain (Rickenmann and Recking 2011)

Les lois usuelles (Manning-Strickler, Keulegan) donnent des résultats corrects pour des
profondeurs relatives (définies par le ratio R/D84) supérieures à 7 environ. Ce domaine
correspond à l’échelle des « petites rugosités » selon la classification proposée par Bathurst et
al (1981). Pour les plus faibles tirant d’eau (échelles des rugosités moyennes et larges), qui
concernent la plupart des cours d’eau de montagne en écoulement de crue, les vitesses sont
surestimées (Figure 12).
Pour l’échelle des grandes rugosités (R/D<2-4) le profil de vitesse est très homogène sur la
verticale (Figure 10) et la plupart des auteurs ont proposé U/u* proportionnel à R/D84 avec un
coefficient de proportionnalité compris entre 1 et 4. Ferguson (2007) a
proposé U/u*=2.5R/D84 et a combiné cette équation avec l’équation de Manning-Strickler
pour produire son equation dite « VPE » (« Variable power exponent »):
U a1 a 2 ( R / D84 ) (13)
=
gJR a12 + a 22 ( R / D84 ) 5 / 3
Où a1=6.5 représentatif des écoulements à faible profondeur relative et a2=2.5 est issu de
Manning-Strickler pour les grandes profondeurs relatives. Les tests sur un grand jeu de
données (Figure 13) ont montré que cette équation était la plus performante parmi plusieurs
équations usuelles aussi testées.

Figure 13 : Comparaison des formules VPE de Ferguson (2007) avec un jeu de 2890 mesures de terrain
(Rickenmann and Recking 2011)

18
En utilisant deux nouvelles variables adimensionnelles U * = U / gJD84 et q* = q / gJD843 ,
Rickenmann et Recking (2011) ont proposé une version de cette équation permettant un
calcul à partir du débit unitaire q:
−0.24 (14)
U   q *  0.82 
= 1.44q * 0.6
1 +   
gJD84   43.8  
Cette équation donne de bons résultats (Figure 13) et d’une façon générale, pour toutes les
équations considérées, les tests ont également montré que les résultats étaient beaucoup plus
fiables lorsque le débit est utilisé comme donnée d’entrée plutôt que la hauteur d’eau. Par
ailleurs, ce type d’équation présente un grand intérêt car dans beaucoup de situations
pratiques, on ne dispose que du débit et non de la hauteur d’eau.
L’utilisation de l’hypothèse d’un écoulement critique (Fr=1) a très largement surestimé les
vitesses (dans un rapport de 1.5 à 3) pour le jeu de données considéré. Une comparaison avec
l’équation 13 indique que cette hypothèse pourrait être une approximation valable pour des
écoulements en crue, lorsque la pente est dans la gamme 1 à 2 % environ. Par contre, elle
pourrait sous-estimer les vitesses pour les pentes plus fortes et surestimer les vitesses pour les
pentes plus faibles.

3.3.3. Impact des embâcles et des déformations du lit


Lors d’une crue torrentielle, les déformations de la section d’écoulement associées au
transport solide, ainsi les embâcles transportés, peuvent considérablement impacter les
vitesses prédites par les équations et la ligne d’eau résultante.

3.4. Exemple d’application


Dans cet exemple on considère un cours d’eau de largeur L = 20 m et dont le D84 de surface
mesuré avec la technique visuelle non tronquée (Wolman 1954) vaut 20 mm. Trois débits
(0.5, 1 et 10 m3/s) sont considérés avec 3 pentes (0.5%, 1% et 5%), soit 9 combinaisons
couvrant une large gamme d’écoulements, et les hauteurs d’eau sont supposées inconnues.

Tableau 2 : Exemple d’application de calcul des paramètres hydrauliques


Données Equation 14 Equation 13 ou Froude=1
Pente Q L D84 q* U(q) h=q/U Fr R R/D84 U(R/D84) UFr=1
3
m/m m /s (m) (m) (-) (m/s) (m) (m) (-) (m/s) (m/s)
0.005 0.5 20 0.02 39.9 0.35 0.07 0.42 0.07 3.5 0.35 0.8
0.005 1 20 0.02 79.8 0.49 0.10 0.50 0.10 5.0 0.49 1.0
0.005 10 20 0.02 798.2 1.36 0.37 0.72 0.35 17.7 1.34 1.9
0.01 0.5 20 0.02 28.2 0.42 0.06 0.54 0.06 3.0 0.41 0.8
0.01 1 20 0.02 56.4 0.59 0.08 0.65 0.08 4.2 0.59 0.9
0.01 10 20 0.02 564.4 1.67 0.30 0.97 0.29 14.5 1.65 1.7
0.05 0.5 20 0.02 12.6 0.61 0.04 0.96 0.04 2.1 0.60 0.6
0.05 1 20 0.02 25.2 0.88 0.06 1.18 0.06 2.8 0.87 0.7
0.05 10 20 0.02 252.4 2.64 0.19 1.94 0.19 9.29 2.64 1.4

19
Les résultats sont présentés dans le Tableau 2 :
– La première partie du tableau rappelle les données et calcul la valeur de q* pour chaque
configuration.
– La seconde partie du tableau donne les valeurs de U (m/s) calculées à partir du débit avec
l’Eq.14. On en déduit les valeurs correspondantes de hauteur d’eau h et de Froude
Fr=U/√(gh). On voit que le nombre de Froude peut s’écarter considérablement de 1.
– La troisième partie du tableau recalcul U mais cette fois à partir de la profondeur relative
R/D84 et l’Eq.13, avec R≈hL/(2h+L) (hypothèse d’une section rectangulaire), h étant la
valeur calculée dans la seconde partie du tableau. Les vitesses U=√(gh) correspondant à
l’hypothèse Fr=1 sont également calculées.

4. Transport solide
4.1. Généralités
La modélisation du transport solide ne consiste pas simplement à appliquer une formule, mais
doit s’inscrire dans une démarche experte, chaque situation étant unique. Cette démarche doit
prendre en compte la nature du cours d’eau et l’historique de son fonctionnement, et doit être
adaptée à la question qui est posée : calcul de bilan sédimentaire ? Calibrage d’une section
d’écoulement ? Reconstitution d’un évènement de crue ? Analyse de la qualité des habitats
aquatiques ? Autre ? A chaque question correspond une réponse adaptée, en termes d’échelles
spatiale et temporelle à considérer, en termes de choix sur les débits appropriés.
Quels sont les débits qui façonnent les cours d’eau ? Les crues extrêmes peuvent impacter
fortement la morphologie du lit sur le court terme. Ces évènements sont déterminants en
torrents, aux fortes pentes, mais pas forcément pour les rivières de piémont, où les débits
morphogènes (responsables de l’évolution à long terme du lit) peuvent aussi être les crues
courantes (débit de plein bord). Ce constat est basé sur le fait que ces crues transportent le
plus de sédiment pendant une année hydrologique normale.
Plus d’informations sur les choix stratégiques et sur les débits appropriés sont disponibles
dans le Guide Onema (Malavoi et al. 2011). Dans cette partie on va plutôt décrire les outils de
calcul adaptés aux les rivières de montagne. Quelques spécificités propres aux très fortes
pentes seront présentées au chapitre 5.
Le principe de base du calcul du transport solide consiste à appliquer la contrainte
hydraulique (décrite au chapitre précédent) sur le sédiment, à déterminer si cette force est
suffisante pour une mise en mouvement, et si mouvement il y a, à déterminer le flux
transporté.
Toutes les équations expriment la capacité en transport, c’est à dire la quantité maximum de
sédiments qui sera transportée, à l’équilibre (voir la balance de Lane), pour les conditions de
pente et de débit considérées. Cela suppose que la fourniture sédimentaire soit suffisante. En
cas de déficit, les formules pourront surestimer le transport solide. En rivière de piémont, à
lits de sable, graviers et cailloux, les sédiments sont successivement piégés dans le lit et repris
par l’écoulement, et au final se propagent relativement lentement, de proche en proche
(quelques dizaines à quelques centaines de mètre par an), sur le linéaire des cours d’eau
(Haschenburger 2012). On en déduit que la source sédimentaire pour un tronçon donné est le
lit du tronçon situé immédiatement en amont, et étant donné l’inertie de changement des
stocks sédimentaires, on peut considérer que la source d’alimentation pour un tronçon donné
est constante à notre échelle de temps.
Trois situations peuvent justifier un déficit d’alimentation en sédiments lors d’une crue : une
spécificité géologique locale (lit s’écoulant sur un socle rocheux), une perturbation majeure

20
(lit érodé jusqu’à une formation marneuse sous-jacente ou un présence d’un pavage), et déficit
de sable aux faibles transports (phase 1) lorsque l’armure est complète.
Le cas des torrents, proche des zones de production, sera considéré à part.

4.2. Résistance de grain et de forme


4.2.1. Nécessité de distinguer les différentes rugosités du lit
Un grain posé sur le fond du cours d’eau va s’opposer à l’écoulement par frottement. Tant que
cette résistance sera supérieure à la contrainte exercée par le fluide, le grain sera stable. La
valeur de la contrainte utilisée dans les calculs est donc déterminante pour l’étude du transport
solide.
Or, la contrainte au fond calculée avec les paramètres moyens de l’écoulement (U ou h) doit
être mise en balance non pas avec la résistance exercée par les grains seuls, mais avec la
résistance totale que le lit exerce sur l’écoulement. Cela inclus toutes les résistances dites « de
forme », qui doivent être prises en compte dès que l’écoulement est impacté de façon notoire
à l’échelle du tronçon d’étude, comme par exemple en présence de trains de dunes, de
végétation dans le lit, d’un ouvrage ou de la succession d’embâcles.
Lorsque ces résistances de forme ne sont pas négligeables, utiliser les paramètres
hydrauliques moyens pour en déduire la force qui s’exerce sur les sédiments, peut conduire à
une surestimation du charriage et une correction est nécessaire pour ne tenir compte que de la
résistance de grain.

4.2.2. Méthodes de partition de la contrainte


Une mesure directe de la contrainte de cisaillement au fond est théoriquement possible, via
une mesure du profil de vitesse. Si cet exercice est envisageable en rivière de plaine à grand
tirant d’eau, avec des profils de vitesse bien développés, il est un peu illusoire en rivière de
montagne, où la hauteur d’eau est du même ordre de grandeur que les plus grandes rugosités
du lit. Il faut donc l’estimer à partir des grandeurs moyennes de l’écoulement.
Bien que Einstein and Barbarossa (1952) aient reconnu qu'il y a de «très sérieuses objections
théoriques en raison de la non-linéarité du problème», une approche largement acceptée a
considéré que la perte de charge totale est simplement la somme des différentes pertes de
charge, comme c'est généralement fait (et avec succès) pour les écoulements en conduites.
Cela revient à faire l’hypothèse que le coefficient de frottement peut être décomposé
linéairement f = f’ + f ’’ avec un terme f ’ due à l’action des grains, et un terme f ’’ due à
l’action des formes du lit.
On utilise alors une loi de frottement avec f ’ (c'est-à-dire établie pour écoulement sur surface
plane, avec résistance de forme nulle), pour calculer la hauteur d’eau fictive h’ (ou R’ si on
travaille en rayon hydraulique) que l’on aurait en présence de la seule résistance de grain pour
la vitesse moyenne (mesurée) U.
La résistance de grain τ’=ρgJR’ est alors telle que τ=τ’+τ’’.
Meyer-Peter and Muller (1948) ont proposé de calculer R’ avec l’équation de Manning
associée à une expression pour dérivée d’expériences sur lits plats n′=26/D901/6:

 n'U 
3/ 2 (15)
R ' =  0.5 
J 
Lorsque le coefficient de Manning de l’écoulement n est connu (n= J0.5R2/3/U), cette équation
s’écrit:

21
 n' 
3/ 2 (16)
R' =   R
n
Une seconde approche, similaire sur le principe, utilise la loi de Keulegan (1938) pour
calculer R’.
U  R'  (17)
= 6.25 + 5.75 log 
gJR'  ks 
Plusieurs expressions ont été proposées dans la littérature pour ks. On peut utiliser la valeur
ks=3.5D84 proposée au paragraphe précédent, déduite d’un jeu de données exempt de
résistance de formes (lit sans embâcle ou ouvrage) et donc représentative de la rugosité du lit
(Recking In review). Cette équation peut aussi être utilisée avec le débit en considérant la
conservation de la masse. Contrairement à l’approche précédente, l’Eq.17 présente
l’inconvénient de nécessiter un calcul de R’ par itération.
Une solution intéressant consiste à estimer R’ directement à partir de q avec l’équation 14 :
cette équation est représentative des conditions pour lesquelles elle a été établie, c'est-à-dire
des lits plats, en tronçon homogène rectiligne sans obstacle. Donc, pour un q donné, la vitesse
calculée U est telle que la hauteur h’=q/U est représentative de la résistance de grains seule.
On peut en déduire R’ à partir de la géométrie de la section ou avec l’approximation R’ ≈
h’L/(2h’+L).
La Figure 14 compare τ’ calculé par différentes méthodes avec τ=ρgJR, sur un jeu de
plusieurs milliers de valeurs. La méthode de Meyer-Peter & Mueller conduit à de très fortes
différences, et elle conduit aussi aux plus mauvais résultats pour la prédiction du charriage,
indépendamment de l’équation de transport choisie (Recking In review). Cela s’explique par
le fait que la méthode utilise la loi de frottement de Manning-Strickler, on l’a vu, totalement
inadaptée dès que la profondeur relative est inférieure à 7. Les autres méthodes diminuent
sensiblement la contrainte.

Figure 14 : Comparaison de τ’ obtenu avec différentes méthodes de correction de la contrainte avec τ=ρgJR (pas
de correction)

4.2.3. Comment corriger la contrainte en rivière de montagne?


Le paragraphe précédent avait pour but de présenter les méthodes usuelles en hydraulique des
rivières. Les trains de dunes sont absents des cours d’eau de montagne. Sur des tronçons
homogènes, en l’absence de séries d’embâcles ou de végétation à l’intérieur du chenal,
l’essentiel de la résistance à l’écoulement est générée par les sédiments (cailloux et blocs) du
lit, et corriger la contrainte (quelque soit la méthode) ne permet d’améliorer que sensiblement

22
la prédiction du charriage (Recking In review).
La contrainte à utiliser pour le calcul du charriage peut donc être estimée directement à partir
du rayon hydraulique R. Mais ce paramètre est difficile à mesurer sur une section irrégulière,
et peut donc être une large source d’erreur. Dans la mesure du possible il est recommandé de
faire un calcul également à partir de la vitesse moyenne U (calcul de R’ avec l’équation 17 et
ks=3.5D84.) ou du débit q (calcul de d’=q/U avec l’équation 14). Une variante pour le calcul
avec q sera proposée avec les équations de transport.
Dans la suite, indépendamment de la méthode retenue pour son calcul, on ne considèrera
implicitement que la contrainte déduite de la résistance de grain.

4.3. Le début de mouvement


4.3.1. Le nombre de Shields
Shields (1936) a proposé de caractériser la stabilité d’un grain soumis à un écoulement par le
ratio entre les forces déstabilisatrices (la contrainte appliquée à la surface du grain) et les
forces stabilisatrices (le poids moins la poussée d’Archimède). Ce ratio est appelé nombre de
Shiels est noté τ*. Pour un grain de diamètre D et de masse volumique 2650 kg/m3, il s’écrit :
τ RJ (18)
τ* = =
g(ρ s − ρ )D 1.65 D

4.3.2. Le nombre de Shields critique


A partir d’expériences de laboratoire Shields a établi une courbe donnant la valeur critique τ*c
à partir de laquelle un grain est mis en mouvement. Cette courbe utilise en abscisse le
Reynolds particulaire Re* et en ordonnée le nombre de Shields τ*. La courbe τ*(Re*)
délimite pour une particule de diamètre D, les écoulements où elle sera au repos et ceux où
elle sera en mouvement (Figure 15).

Rivières

Mouvement

Repos

Ecoulements Ecoulements rugueux


transitionnels et lisses

Figure 15 : La courbe de Shields

Bien que ce diagramme puisse paraître difficile à utiliser (car D est à la fois en abscisse et en
ordonnée), un point intéressant est que Shields a considéré que τ*c était constant pour les
écoulements rugueux (lorsque Re*> 1000), c'est-à-dire pour tous les cours d’eaux naturels qui
entrent dans le cadre de ce guide. De fait, pour une valeur constante τ*c supposée connue, le

23
charriage débutera dès que le rayon hydraulique vérifiera :
1.65 D (19)
R > τ c*
J
Le problème est qu’il n’y a pas de consensus sur la valeur de τ*c. Shields avait proposé 0.06,
mais depuis, de nombreuses valeurs ont été proposées dans l’intervalle [0.03-0.07], avec une
moyenne à 0.045. Meyer-Peter et Mueller (1948) avaient proposé 0.047. De nombreuses
raisons ont été avancées pour expliquer la dispersion des valeurs obtenues par les différents
expérimentateurs (Buffington and Montgomery 1997) mais aujourd’hui un consensus semble
se dessiner autour d’une variation de ce paramètre avec la pente (Shvidchenko and Pender
2000; Mueller et al. 2005; Lamb et al. 2008; Recking 2009; Camenen 2011).
Cette propriété est illustrée sur la Figure 16 où la courbe de Shields est comparée à une
compilation de l’ensemble des données de laboratoire disponibles dans la littérature. Alors
que l’on pourrait s’attendre à une diminution du nombre de Shields critique avec une
augmentation de pente du fait de l’augmentation des effets de gravité (Chiew and Parker
1994), c’est l’inverse qui est observé. En fait, on montre avec un bilan de force (Lamb et al.
2008; Recking 2009) que cette propriété s’explique si on tient compte des changements
affectant la turbulence et le profil de vitesse aux fortes pentes (Figure 10).

Figure 16 : (a) Compilation des valeurs de Shields critique mesurées au laboratoire avec des matériaux
uniformes (b) variation avec la pente (Recking 2009)

Un ajustement en loi puissance donne :


τ c* = 0.15 J 0.275 (20)

Cette équation (Recking et al. 2008) est confortée par les résultats de deux autres recherches
qui ont obtenues un résultat similaire avec des méthodes et données différentes (Shvidchenko
and Pender 2000; Lamb et al. 2008). Elle est cependant valide pour des matériaux uniformes,
les sables non cohésifs et éventuellement pour en rivière de montagne, pour les éléments
grossiers de l’armure.
Etablir la mobilité de chaque classe granulométrique d’une courbe granulométrique est
beaucoup plus délicate, étant donné les effets de masquage et surexposition décrits plus haut.
Parker et al (1982) ont exprimé le nombre de Shields critique τ*ci d’entraînement d’un
diamètre donné Di, à partir de sa valeur pour le diamètre moyen D50 du mélange sédimentaire
(Eq.21) :
α
 Di 
τ =τ
*
ci
*
c 50
 
 D50  (21)

24
Une dépendance de la mobilité à la taille des grains correspond à α=0 et la mobilité
équivalente (tous les grains partent en même temps) implique α=-1. Les différentes études ont
conduit à des valeurs très contradictoires pour α, entre -0.5 et -1.
Cette formulation a été adaptée aux variations de pente à partir de données de mesures du
début de mouvement sur le terrain pour des matériaux non colmatés par des sédiments fins
(Recking 2009). La Figure 17 présente ces données pour les classes granulométriques D16,
D50 et D84. On peut constater que les valeurs de terrain varient également avec la pente et que
les mesures pour les gros éléments de surface (D84) coïncident presque avec les valeurs
mesurées en laboratoire sur sédiments uniformes.

Figure 17 : Variation du nombre de Shields critique avec la pente, à partir d’une compilation des mesures de
terrain ; comparaison avec les mesures de laboratoire.

La relation suivante a été proposée pour modéliser le Shields critique associé au grain de
diamètre Di:
−0.93 (22)
 D 
τ = (1.32 J + 0.037) i
*
ci

 D50 
Cette équation donne des résultats similaires à l’Eq.20 (établie pour des sédiments uniformes)
pour Di/D50≈1.4, ce qui en correspond approximativement au diamètre médian des
granulométries étendues en rivières à gravier, où on a généralement D84/D50≈2.2 (Rickenmann
and Recking 2011).
La connaissance de τc* (ou τci*) (Eq.20 et 22) peut être utile pour connaître le niveau de
stabilité d’un lit pour des crues données, par exemple dans le cadre d’un aménagement. Les
formules de transport, par contre, intègrent déjà toutes ce paramètre, souvent de façon
inadéquate pour les rivières qui concernent ce guide.

4.3.3. Shields versus Isbach


Dans le contexte de dimensionnement des barrages construits par lâchés de blocs en eau vive,
Isbash (1936) a étudié les vitesses critiques Uc de mise en mouvement de blocs jetés dans un
courant. Il en a déduit une loi qui a depuis été étendue au dimensionnement des enrochements
en berges et qui s’écrit :
U c = E 2 g ( s − 1) D (23)

Où E est un paramètre qui vaut 0.86 lorsque le caillou est exposé et 1.2 lorsqu’il est protégé

25
par d’autres cailloux. Cette loi est encore très utilisée pour le dimensionnement des
enrochements (CIRIA/CUR/CETMEF 2009).
La vitesse critique d’arrachement de Isbash (1936) et la force critique d’entrainement de
Shields (1936) sont contemporains et censés être équivalents puisque τ ∝ U² (Eq.3). Cette
équivalence est-elle vérifiée, particulièrement pour les cours d’eau de montagne ?
Les deux équations permettent de déterminer le diamètre minimum Dm supposé stable pour
des conditions d’écoulement donnés. On déduit des Eq.18 et 23 :
RJ Uc ² (24)
Dmin = =
( s − 1)τ c 2 g ( s − 1) E ²
*

Ou encore :
gRJ f (25)
τ c* = 2 E² = E²
Uc ² 4
Où f est le coefficient de frottement de Darcy (Eq.9). Une loi de frottement est nécessaire. On
peut utiliser la loi VPE de Ferguson valable quelle que soit la pente. On peut donc déduire
f=8(U/u*)² de l’Eq.13, et comme on s’intéresse aux conditions de mise en mouvement du
diamètre Dmin, on a Rc/Dmin= 1.65τc*/J (Eq.18). On obtient finalement une équation qui doit
être résolue itérativement pour déterminer τc*. Les résultats sont présentés dans le Tableau 3.
Si on compare les valeurs calculées avec les résultats obtenus à partir de sédiments naturels en
rivière (Eq.22) on voit que pour toutes les pentes, la condition de caillou « exposé » (E=1.2)
coïncide avec le diamètre médian de la distribution granulométrique alors que la condition
« protégé » coïncide avec Di/D50=1.8, ce qui correspond aux gros diamètres émergeant de la
surface. Il y a donc bien une cohérence entre les résultats de Isbach et de Shields.

Tableau 3 : Comparaison entre les formules de Shields et de Isbach


Protégé Exposé
Isbach Shields Isbach Shields
Pente (m/m) E=1.2 Di/D50=1 E=0.86 Di/D50=1.8
0.001 0.021 0.032 0.013 0.022
0.003 0.029 0.035 0.018 0.024
0.005 0.034 0.037 0.022 0.025
0.007 0.038 0.039 0.026 0.027
0.009 0.042 0.041 0.029 0.028
0.01 0.044 0.042 0.030 0.029
0.03 0.072 0.065 0.053 0.044
0.05 0.094 0.087 0.070 0.060
0.1 0.139 0.143 0.106 0.098

4.3.4. Application au calcul d’un enrochement


On veut calculer d’un diamètre de référence pour enrochement (radier où protection de
berges) dans un cours d’eau dont les caractéristiques sont : largeur L = 20 m, débit de projet
Q = 50 m3/s, diamètre D84 du lit : D84 = 40 cm, pente I = 5%.
50
Le calcul hydraulique donne : q * = = 14.1
20 9.81 * 0.05 * 0.4 3

[
U = 9.81 * 0.05 * 0.4 * 1.44 * 14.10.6 1 + (14.1 / 43.8) ]
0.82 −0.24
= 2 .9 m / s
On en déduit la hauteur moyenne h=q/U=0.86 m et le rayon hydraulique (hypothèse d’une

26
section rectangulaire) R=0.8 m et un Froude Fr=1.
Un calcul avec Manning-Strickler (Eq.10) nécessite de remplacer U par Q/h, et (toujours en
faisant l’hypothèse d’une section rectangulaire), h par RW/(W-2R), ce qui permet de calculer
R=0.6 m par itérations. En réinjectant cette valeur dans l’Eq. 10 on obtient U=4.4 m/s et
Fr=1.9.
La taille minimum des blocs est calculée avec l’Eq. Et les résultats présentés dans le Tableau
4 indiquent une grande disparité des valeurs possibles.

Tableau 4 : Calcul du diamètre de référence de l’enrochement par différentes méthodes


Méthode DRef
Shields t*c=0.03 0.81
Isbach + Manning (E=0.86) 0.82
Isbach + Manning (E=0.1.2) 0.42
Isbash + Ferguson (E=0.86) 0.35
Bloc exposé en rivière (Di/D50=1.8) 0.41
Isbash + Ferguson (E=1.2) 0.18
Caillou protégé en rivière (Di/D50=1) 0.23

Le Guide Enrochement (p563) recommande d’utiliser τ*c ≈ 0.03 ou Isbach avec E=0.86, ce
qui, dans cet exemple, va dans le sens de plus de sécurité. Cependant, le guide est
essentiellement dédié aux milieux littoraux et aux rivières à faible pente, et prend soin de
préciser (en page 1063) : « Les rivières de montagne et les torrents, peuvent présenter un
régime d’écoulement et une charge sédimentaire plus variables et plus importants ; ces cours
d’eau dépassent la portée du présent guide. »
En réalité ce mode de calcul peut conduire à des surdimensionnements non négligeables. On
voit dans l’exemple traité ici que le diamètre DRef calculé est égal à la hauteur d’eau maximum
de projet h. Ce résultat est d’autant moins réaliste que la courbe granulométrique de
l’enrochement doit avoir une certaine étendue de sorte que : Dmin>0.7DRef, D50>DRef et
Dmax<2DRef (Degoutte 2006).
On illustre sur la Figure 18 comment le choix des méthodes établies pour les pentes faibles
peuvent vite conduire à des surdimensionnements.

Figure 18 : Diamètre de référence d’un enrochement, ramené au rayon hydraulique de dimensionnement R, pour
différentes pentes et hypothèses de calcul.

Finalement, les méthodes classiques surdimensionnent les blocs en rivières de montagne,

27
mais quel que soit le dimensionnement, il faut garder à l’esprit que la stabilité de
l’enrochement dépend avant tout de la qualité de sa pose et de sa protection contre les
affouillements (Degoutte 2006).

4.4. Les modèles de transport


4.4.1. Présentation générale des différentes approches
En général, les équations ont été élaborées en ajustant un paramètre représentant l’écoulement
au débit solide adimensionnel Φ (appelé paramètre d’Einstein):
q sv (26)
Φ=
g ( s − 1) D 3

Figure 19 : Compilation de 8700 mesures collectées sur plus de 100 cours d’eau (pente 0.0001<S<0.1) et de
1317 mesures issues du laboratoire (matériaux quasi-uniformes)

Où qsv est le débit solide volumique [m3/s]. On peut l’exprimer en débit massique par la
relation qs(kg/s)=ρsqsv où ρs est la masse volumique du sédiment (environ 2650 kg/m3).
Les données utilisées pour ces ajustements sont essentiellement des mesures de transport
solide en canal de laboratoire, pour des écoulements vérifiant la condition d’équilibre (pente
stabilisée pour des débits solide et liquide maintenus constants en entrée de canal). Certaines
équations ont représenté l’écoulement par sa puissance ω (Bagnold 1980), d’autre par le débit
spécifique q (Schoklitsch 1962; Rickenmann 1990) ou le débit total Q (Sogreah 1991; Lefort
2007), mais la plupart utilisent le nombre de Shields τ* (Brown 1950; Einstein 1950;
Engelund and Hansen 1967).
La Figure 19 présente une compilation d’environ 10000 valeurs (disponibles en ligne dans
(Recking 2010) et (Recking In review)) mesurées sur le terrain (8700 valeurs) et en
laboratoires (1317 valeurs), couvrant une large gamme de pentes (0.01 < J < 25%) de
diamètre (0.5 < D < 600mm) et de condition hydraulique. On voit que pour une contrainte
donnée τ*, les valeurs associées peuvent couvrir jusqu’à 6 ordres de grandeur. Un ajustement
unique Φ(τ*) dans ce nuage de points peut paraître illusoire. Pour réduire la dispersion, la
plupart des expérimentateurs ont considéré un phénomène à seuil et ont ajusté l’excès de
contrainte τ*-τ*c au lieu de τ* (Meyer-Peter and Mueller 1948; Yalin 1963; Ackers and White
1973; Mizuyama 1977; Parker 1979; Smart and Jaeggi 1983; Van Rijn 1984; Yang 1984;
Karim and Kennedy 1990; Abrahams and Gao 2006; Wong and Parker 2006). Les equations
en ω , en q et en Q citées plus haut sont également des équations à seuil.
Les 17 équations citées sont disponibles dans le guide Onema (Malavoi et al. 2011) et ne
seront pas rappelées ici, car toutes n’ont pas un intérêt dans le contexte des rivières

28
concernées par ce guide. Seules quatre équations sont présentées en annexe, et leur domaine
de validité est rappelé dans le tableau qui suit :

Tableau 5 : Principales équations valides pour les fortes pentes

Equation Variable Construction Domaine de


validité
Meyer-Peter & τ*, τc* Laboratoire 0.3 < J < 2.5 %
Mueller(1948)
Rickenmann (1990) q, qc Laboratoire 0.3 < J < 20 %
Sogreah (1991) Q, Qc Laboratoire, hypothèse sur la 0.2 < J < 20%
largeur avec L/h=18
(constant)
Lefort (2007) Q, Qc Données de laboratoire et de Toutes pentes
terrain

4.4.2. Efficacité des équations


Les 17 équations citées couvrent une large gamme de conditions d’écoulement, et ont été
testées sur les 8700 mesures de terrain (Recking et al. Sub.). La performance des équations est
quantifiée via le % de ratio r = [Débit solide calculé] / [Débit solide mesuré] compris dans un
intervalle donné. Par exemple un score de 40% affiché pour l’intervalle [0.1-10] signifie que
40% des prédictions sont correctes à plus ou moins un ordre de grandeur. Les résultats sont
présentés graphiquement sur la Figure 20. Sur l’axe des abscisses est représenté le ratio entre
le nombre de Shields τ* (Eq.18) et le nombre de Shields critique τ*c (Eq.22) calculés pour le
diamètre D84. Ce ratio a été utilisé, car la mobilité du D84 de surface peut être représentative
de la mobilité l’armure et donc de la toute la couche sédimentaire. Sur l’axe des ordonnées
sont représentés la médiane et les quartiles des scores moyens obtenus par les 17 équations,
testées dans l’intervalle [0.1-10].

Figure 20 : Comparaison de 17 s usuelles de transport avec un jeu de données de terrain constitué de 8700
valeurs collectées sur plus de 100 tronçons de rivière (Recking et al. Sub.)

29
Les équations ont été utilisées telles qu’elles ont été proposées par leurs auteurs. Les résultats
indiquent qu’elles ne sont performantes que lorsque l’écoulement est supérieur à 2 à 3 fois les
conditions de mobilité des gros éléments de surface. Lorsque τ* < 2-3τ*c84 la performance des
équations décroit rapidement, pour devenir quasiment nulle lorsque τ* < τ*c84 (Figure 7).
Autrement dit, les équations ne sont réellement valides qu’en présence d’une mobilité totale,
et leur performance décroit rapidement en présence d’un transport partiel.
Ces faibles performances s’expliquent par le fait que ces formules ne considèrent le transport
qu’en relation avec la mobilité d’un diamètre caractéristique unique lié à une valeur unique de
τ*c. Or, le large éventail des étendues granulométriques pouvant être mobilisées à chaque
débit, la forte incertitude sur la valeur de τ*c (Buffington and Montgomery 1997), et la
sensibilité des ajustements au voisinage de ce paramètre conduisent soit à la prédiction d’un
transport nul alors qu’il existe (et parfois de façon non négligeable), soit à la surestimation de
ce dernier, souvent de plusieurs ordres de grandeur.

Figure 21 : Comparaison des équations de Meyer-Peter et Mueller (1948), Rickenmann (1990), Sogréah (1991)
et Lefort (2007) avec les données collectées sur 100 cours d’eau

Ces résultats sont illustrés sur la Figure 21 où les équations présentées en annexe sont
comparées à une centaine de cours d’eau. Les équations ne donnent des résultats acceptables

30
que pour les cours d’eau à sable ou à graviers, ce qui n’est pas en contradiction avec l’analyse
précédente, vu que le transport total se développe plus facilement sur ce type de matériaux
fins.

4.4.3. Des approches récentes


4.4.3.1. Modèles permettant un calcul pour chaque classe granulométrique
Etant donné la grande difficulté à mesurer, voire même à définir un seuil, les approches
modernes considèrent des équations sans seuil (Parker and Klingeman 1982; Parker et al.
1982; Wilcock 2001; Wilcock and Crowe 2003). Cela revient à considérer qu’en écoulement
turbulent, sur des granulométries étendues, même les plus faibles débits peuvent être associés
à un transport de sédiments fins, comme le suggèrent les observations de laboratoire (Paintal
1971).
Pour représenter l’étendue granulométrique et l’existence d’un transport partiel (la taille des
grains sollicités augmente avec le débit solide), la plupart de ces équations propose de
calculer le débit solide pour chaque classe granulométrique, grâce à une « fonction de
masquage » calée avec une contrainte de référence τr* définie pour un faible transport.
Cependant de grosses incertitudes existent sur la fonction de masquage et sur la valeur de τr* à
utiliser (Barry et al. 2004) et un calage sur des mesures de terrain est recommandé au cas par
cas (Wilcock 2001; Wilcock et al. 2009). Par ailleurs le calcul par classe granulométrique est
assez lourd et nécessite une bonne connaissance de la granulométrie du lit (de surface, mais
aussi de la sous-couche pour certaines équations). Par exemple l’équation de Wilcock et
Crowe (2003), considérée comme la plus évoluée car bâtie sur la base d’un jeu de données
mesuré très méticuleusement en laboratoire pour un large gamme d’écoulement et de
granulométries, donne des résultats contestables lorsqu’elle est comparée aux données de
terrain (Figure 22). En fait, la fonction de masquage utilisée par cette équation est
certainement très précise, mais elle est également très sensible à la définition de la fraction
sableuse mesurée, qui peut être difficile à évaluer, et surtout peut changer d’une crue à une
autre. C’est pourquoi, bien qu’ouvrant des perspectives intéressantes, ces équations ne seront
pas considérées davantage dans ce guide.

Figure 22 : Comparaison entre l’équation de Wilcock et Crowe (2003) et le jeu de données de terrain

4.4.3.2. Approche prenant implicitement en compte le transport partiel


L’équation présentée ici est également une équation sans seuil (Recking 2010), basée sur le
postulat que la mobilité totale peut être représentée par une même loi puissance quelle que
soit l’étendue granulométrique, et que c’est l’écart à cette loi puissance, lorsque le nombre de
Shields devient inférieur à une valeur τm* délimitant le transport partiel et la mobilité totale,
qui conditionne la décroissance plus ou moins rapide de la fonction à zéro.

31
L’approche est originale dans la mesure où le diamètre caractéristique utilisé pour rendre
adimensionnel la contrainte (dans le nombre de Shields τ*) et le débit solide (dans le
paramètre d’Einstein Φ) n’est pas représentatif de la fraction fine (comme c’est souvent le
cas) mais de la fraction grossière (représentative de l’armure). C’est le D84 (mesuré avec la
méthode visuelle non tronquée de Wolman (1954)) qui est utilisé, car ce diamètre est déjà
utilisé pour adimensionnaliser le rayon hydraulique dans les lois de frottement (Rickenmann
and Recking 2011), mais aussi parce que sa mobilité peut être considérée représentative de la
mobilité de toute l’étendue granulométrique. Le transport de sable est considéré dans cette
approche, mais implicitement, en relation à la mobilité de la fraction grossière.
La différence fondamentale avec un modèle à seuil de type Meyer-Peter et Mueller est
présentée sur la Figure 23. Les deux modèles dépendent étroitement des valeurs de τc* et de
τm* (considérées ici entre 0.03 et 0.047). Si on ne considère que les parties droites des figures
(τ*>τ*c et τ*>τ*m), les deux équations sont similaires. Cependant, lorsque le nombre de
Shields diminue, τ*c représente un seuil de non transport pour tout le mélange sédimentaire
réduit à un diamètre médian unique (ce qui équivaut à considérer un matériau uniforme de
diamètre Dm), alors que τ*m représente un seuil de mobilité pour la fraction grossière
uniquement, et une progressive diminution vers zéro.

Figure 23 : Illustration de la transition entre mobilité partielle et totale

L’équation de transport a été construite par fusion de deux équations distinctes:


– une équation représentative du comportement asymptotique du transport partiel pour les
très faibles conditions (phase 1 du transport), construite à partir de données de terrain
(3200 mesures collectées sur 32 rivières de l’Idaho par USGA; King et al. (2004)) ;
– une équation représentative du comportement asymptotique du transport aux très fortes
conditions (transport total), construite à partir de mesures de laboratoire (Recking et al.
2008).

32
Elle s’écrit :

Φ = 14τ *
2.5
/[1 + (τ m* / τ * ) 4 ] (27)

Avec :

Graviers : τ m* = (5 J + 0.06 )(D84 / D50 )


4.4 J −1.5 (28)
Sables : τm* = 0.045

Le paramètre τ*m utilise le ratio D84/D50 pour caractériser l’étendue granulométrique.


L’exposant 4.4√J (obtenu à partir des données de l’Idaho) permet de réduire la disponibilité
sédimentaire aux fortes pentes, associée aux phénomènes de masquage-surexposition et
« d’agrégation » de surface. L’exposant -1.5 provient de l’Eq.22 et traduit les effets du
changements de l’hydraulique aux pentes fortes sur le transport (Recking 2009).
Les nombres adimensionnels Φ et τ* doivent impérativement être calculés pour le diamètre
D84. Le rayon hydraulique R utilisé pour τ* est soit mesuré, soit déduit de la vitesse moyenne
U (en utilisant la loi de Hey de façon itérative). Mais τ* peut aussi être calculé directement à
partir du débit unitaire q avec :
JR J (29)
τ* = =
1.65 D84 ( s − 1) D84 [2 / L + a ( gJ ) b q c D84d ]
Cette équation déduite des ajustements U*(q) proposés par Rickenmann et Recking (2011)
(voir chapitre précédent), donne directement la contrainte de grain (pas de correction
nécessaire). Les coefficients a, b, c et d sont donnés dans le Tableau 6.

Tableau 6 : Coefficients à utiliser pour calculer τ* à partir du débit unitaire q

a B c d

100 < q / gJD843 3.20 0.30 -0.61 -0.09

q / gJD843 <100 1.60 0.23 -0.46 -0.32

Sur l’ensemble des données du jeu de terrain, 30% des valeurs ont servi à construire le
modèle, les autres sont totalement indépendantes. Malgré cela les tests sont très concluants,
avec un score de plus de 80% pour toutes les conditions testées sur la Figure 20, et, étant
donné les incertitudes sur les données, les sont médianes correctement représentées (sans
tendance nette à la sous ou surestimation) pour l’ensemble des 100 cours d’eau sur la Figure
24. Ces données couvrent une large gamme de pentes (0.01 < J < 7%) et de diamètre (0.5 < D
< 600mm).

33
Figure 24 : Comparaison de l’équation de transport Recking (2010) avec 100 cours d’eau

Bien qu’ayant été construit à partir de données de terrain, la Figure 25 montre que le modèle
reproduit également convenablement les données de laboratoire de Wilcock et al. (2001), ce
qui confirme la qualité de l’ajustement.

Figure 25 : Comparaison du modèle Recking (2010) avec les données de laboratoire de Wilcock et al. (2001)

4.4.3.3. Impact de la qualité des données sur la prédiction


Toute la qualité de la prédiction dépend de la valeur de τm*. Ce paramètre représente,
conceptuellement, la transition entre la mobilité partielle et la mobilité totale du mélange
sédimentaire. Si on le compare à l’Eq.22, on obtient un ratio τ*m /τ*c84 ≈ 1.5–2.0 pour des
pentes dans la gamme [0.005–0.01]. Ces valeurs sont cohérentes avec Wilcock et McArdell
(1997), qui ont conclu pour des pentes similaires, que pour une classe granulométrique
donnée, une augmentation de mobilité des grains de 10 à 90% correspondait à un doublement
de la contrainte τ*. C’est également cohérent avec Church et Hassan (1998), qui ont mesuré
que les agrégats de cailloux sont absents lorsque le nombre de Shields est deux fois supérieur
au Shields critique pour l’armure de surface. Cependant bien que l’Eq.28 semble adaptée pour
un grand nombre de cours d’eau, elle peut ne pas être adaptée à certaines situations, comme
par exemple aux très fortes pentes, discutées au paragraphe suivant. Dans la mesure du
possible, il est conseillé de valider l’équation de transport avec quelques mesures de terrain.
Par ailleurs, quelle que soit la qualité d’une équation, la qualité de la prédiction restera
toujours étroitement liée à la qualité des données, et plus particulièrement des valeurs
décrivant l’hydraulique (R ou Q), la pente J, et la granulométrie du lit D qui interviennent
dans le nombre de Shields. L’impact d’une variation de ces paramètres est illustré sur la

34
Figure 26. Comme des erreurs sur le produit RJ d’une part et sur le diamètre des grains D
d’autre part, peuvent soit se compenser soit s’accentuer dans le nombre de Shields, les deux
scénarios ont été considérés en appliquant la même erreur (en plus ou en moins)
simultanément à chaque paramètre.

Figure 26 : Impact des erreurs de données sur la prédiction du charriage

L’erreur est maximum pour les faibles conditions hydrauliques (τ*/τ*c = 0.5) et lorsque les
erreurs sont appliquées inversement sur RJ et sur D. Dans ces conditions plus de 15% d’erreur
sur chaque paramètre conduit à une erreur de prédiction supérieure à 1 ordre de grandeur. Par
contre lorsque toutes les erreurs sont appliquées dans le même sens, jusqu’à 30% d’erreur sur
chaque paramètre impacte faiblement le résultat (dans un rapport de 1 à 2).
Parmi tous ces paramètres, les erreurs sur la pente et sur la granulométrie peuvent
raisonnablement être minimisées en multipliant les mesures. L’erreur sur les paramètres
hydrauliques (R ou Q) est plus difficile à cerner et est étroitement liée à la qualité du dispositif
de mesure.
La largeur d’écoulement L peut aussi considérablement impacter le résultat. Si l’écoulement
se produit à largeur variable, il est indispensable de produire une courbe L(Q) par des
observations, pour le calcul hydraulique. Mais cette largeur d’écoulement peut être différente
de la « largeur active » La, c'est-à-dire la portion de lit qui participe réellement au transport.
Pour un torrent en crue, on peu considérer que L≈La. Pour une rivière méandriforme ou en
tresse, on peut chercher à cerner cette dernière par un modèle numérique, mais l’exercice est
difficile et ce paramètre restera une source d’erreur non négligeable, ce qui fait que même
dans le meilleur des cas, une prédiction sera toujours, au minimum, entachée d’une erreur
dans un rapport de 1 à 2.

4.4.4. Exemples d’application


4.4.4.1. Calcul d’une courbe de tarage de débit solide
Dans cet exemple, on va calculer une courbe Qs(Q) pour la rivière Redwood Creek (USA) et
la comparer aux mesures de terrain. Les données nécessaires ont la granulométrie du lit, sa
largeur L et sa pente I.
Les valeurs de D50 = 6 mm et D84 = 18 mm sont déduites de la moyenne de 58 courbes
granulométriques collectées sur tout le secteur d’études par la méthode visuelle de Wolman
(1954) non tronquée Figure 27.

35
Figure 27 : Granulométrie du lit déduite de 58 courbes obtenues par la méthode visuelle (non tronquée) de
Wolman

Ces données sont utilisées avec la pente moyenne du lit 0.14% pour calculer τ*m :
τ*m = (5*0.0014+0.06)(0.018/0.006)4.4√0.0014-1.5 = 0.015
La largeur d’écoulement variant avec le débit, des campagnes de mesures ont permis d’établir
une courbe L(Q) (Figure 28).

Figure 28 : Courbe donnant la largeur d’écoulement en fonction du débit

On a q/√(9.81.0.0014*0.0183) > 100 dès que Q > 0.15m3/s donc pour la gamme de débits qui
nous intéresse a = 3.2, b = 0.3, c = - 0.61 et d = - 0.09 (Tableau 6).
Pour une densité ρs=2650kg/m3 (s=2.65), la contrainte est donc calculé avec (Eq.29):
0.0014
τ * (Q) = − 0..6
 0.3  Q 

1.65 * 0.0182 / L(Q) + 3.2(9.81 * 0.0014)   0.018 −0.09 
  L(Q)  
La courbe de tarage nécessite de calculer Qs pour plusieurs valeurs de Q (Tableau 7).
Le modèle coïncide avec le meilleur ajustement des mesures en loi puissance. On voit que
sans aucune calibration, et si les données sont de bonne qualité, il est possible de reconstituer
le fonctionnement sédimentaire du cours d’eau avec une grande précision.

36
Tableau 7 : Calcul de la courbe Qs(Q) pour Redwood Creek
Q(m3/s) L(m) q (m3/s/m) τ* Φ qs (g/s/m) Qs (t/jour)
Eq.29 Eq.27 Eq.26
1 9.8 0.10 0.009 1.17E-5 0.300 0.3
5 16.1 0.31 0.018 3.56E-4 9.165 12.8
10 20.0 0.50 0.023 9.71E-4 24.990 43.2
20 24.8 0.81 0.031 2.21E-03 57.011 122.2
50 33.0 1.52 0.045 5.91E-03 152.181 433.3
100 40.9 2.45 0.060 1.21E-02 311.396 1099.1
200 45.3 4.41 0.083 2.81E-02 724.351 2835.4
500 48.2 10.37 0.133 9.09E-02 2341.574 9755.3
1000 50.5 19.78 0.188 2.13E-01 5494.309 23994.6

La Figure 29 compare la courbe Qs(Q) donnée par le modèle et les mesures de débit solide
réalisées par l’USGS sur la Redwood Creek.

Figure 29 : Comparaison entre la courbe calculée et les mesures

4.4.4.2. Calcul d’un bilan sédimentaire


On présente ici le calcul du bilan sédimentaire sur deux cours d’eau : l’Esconavette et la
Galaure. Le calcul des paramètres suit la même procédure que précédemment et les données
sont présentées dans le Tableau 8.
Le principe consiste (1) à découper l’hydrogramme Q(t) en un pas de temps ∆t adapté à la
durée T de la période considérée, (2) de calculer pour chaque débit Q ainsi obtenu un débit
solide Qs(Q), et (3) de sommer chaque volume élémentaire Qs∆t sur la durée totale T pour
obtenir le volume total transporté V:
V = ∑ Qs[Q(t )]∆t
T

37
Tableau 8: Données pour le calcul du transport solide sur l’Esconavette et la galaure
Esconavette Galaure
Bassin versant (km²) 9.8 236
D50 (mm) 24 24
D84 (mm) 80 53
D84 /D50 3.3 2.2
Pente 0.024 0.0042
Largeur du lit (m) 7 – 20 8
τ*m 0.067 0.031

Le calcul de bilan sédimentaire est réalisé à l’échelle de l’évènement (quelques heures) pour
l’Esconavette et à l’échelle pluriannuelle pour la Galaure. Les pas de temps choisis sont par
conséquent 10 min et 1 journée respectivement.
Les résultats sont présentés sur la Figure 30 et la précision est en cohérence avec ce que l’on
peut attendre de la qualité des données utilisées.

Figure 30 : Résultats des calculs de bilan sédimentaire sur l’Esconavette et la Galaure

Les données pour la Barnavette sont de bonne qualité : les débits sont disponibles dans la
banque Hydro, les volumes solides transportés entre 1983 et 2005 ont été mesurés
précisément par la CNR à partir des curages d’un barrage situé à la confluence avec le Rhône,
la largeur d’écoulement sur le secteur d’étude est fixe et délimitée par des gorges (Peteuil
2007).
Les données pour l’Esconavette sont entachées d’une plus grande incertitude puisque les
débits ont été recalculés à partir d’une courbe de tarage jaugée localement, la largeur
d’écoulement varie au gré des érosions du chenal dans la terrasse sédimentaire, et les volumes
transportés ont été estimés à partir de la méthode des chaînes (Liebault 2003).
Pour plus d’information sur le calcul du bilan sédimentaire se référer au guide Onema
(Malavoi et al. 2011).
4.4.4.3. Calcul d’un débit morphogène
Cet exemple considère les volumes annuels transportés en moyenne par chaque débit classé
pour la rivière Arc (débits classés journaliers à la station Saint-Michel de Maurienne), en
prenant pour hypothèse L=50m, D50 = 60 mm D84 =100 mm et I=1%. On en déduit τ*m =
0.064.
Les résultats sont présentés dans le Tableau 9, où la fréquence de dépassement F, la fréquence

38
de non dépassement FND, et la période de retour T sont liés entre eux par la relation
F=1/T=365*(1-FND). On utilise ici les débits moyens journaliers, ce qui « lisse » variabilité
temporelle au cours de l’évènement, mais qui donne au moins les ordres de grandeur. Par
ailleurs les volumes calculés supposent une transparence du cours d’eau vis à vis du transfert
de sédiment, ce qui n’est pas forcément le cas en présence de barrages (cas de l’Arc).
Cet exemple montre que l’essentiel du volume sur le long terme est transporté par des crues
courantes (ici le volume annuel maximum est transporté par la crue dépassée environ 18 jours
par an), de période de retour bien inférieure à la crue annuelle (débit 1 jour par an avec
FND=0.997). Il ne faut pas pour autant négliger le rôle morphogène des crues extrêmes car ce
même volume serait transporté par un débit décennal sur une durée de 9h. Quant à une crue
cinquantenale (Qs=0.09 m3/s) elle transporterait un volume de 7776 m3 sur 24h.
Tableau 9 : Volumes annuels transportés en moyenne pour les débits classés de l’Arc
QJ T Fréquence non Fréquence F τ* Qs Volume
dépassement FND (j/an) annuel
(m3/s) (an) (m3/s)
(m3)
240 50 0.9999 0.020 0.075 9.08E-02 157
210 20 0.9999 0.050 0.070 6.68E-02 173
180 10 0.9997 0.100 0.064 4.55E-02 197
150 5 0.9995 0.200 0.057 2.77E-02 240
110 2 0.999 0.500 0.048 1.08E-02 280
86 0.14 0.98 7.300 0.042 4.76E-03 1501
68.6 0.05 0.95 18.250 0.036 2.15E-03 2034
57.2 0.03 0.9 36.500 0.033 1.11E-03 1754
45.1 0.01 0.8 73.000 0.028 4.61E-04 1454
37.3 0.01 0.7 109.500 0.025 2.26E-04 712
31.2 0.01 0.6 146.000 0.023 1.15E-04 362
25.7 0.01 0.5 182.500 0.020 5.48E-05 173
21.2 0.00 0.4 219.000 0.018 2.62E-05 83
16.8 0.00 0.3 255.500 0.016 1.07E-05 34
13.1 0.00 0.2 292.000 0.014 4.11E-06 13
9.8 0.00 0.1 328.500 0.012 1.34E-06 4

Donc un cours d’eau est façonné par les crues courantes sur le long terme. Cependant une
crue extrême peut fortement impacter la morphologie. De plus, elle peut générer une onde
sédimentaire qui impactera à son tour les crues courante sur plusieurs années voire des
décennies. Donc quel est le débit morphogène ? La réponse se situe dans la capacité de
résilience du système. Un système peu résilient sera contrôlé par les crues extrêmes (cas des
step-pools par exemple) et un système résilient sera contrôlé par les crues courantes (rivières à
sable).
Dans la pratique, comme il est impossible de prévoir tous les scénarios, on utilisera le débit
morphogène pour prédire l’évolution à long terme d’un aménagement, couplé avec une étude
d’inondabilité basée elle, plutôt sur les crues extrêmes.

39
4.4.4.4. Changement du profil d’équilibre d’un tronçon
On considèrera ici le cas d’un endiguement d’un tronçon de rivière, avec diminution de la
section d’écoulement. Reconsidérons le cas de l’Arc avec une pente initiale (supposée stable)
de 1%, s’écoulant sur une largeur de 50 m. Un endiguement réduisant sa largeur à 30 m aura
pour conséquence, pour des débits inchangés, d’augmenter la hauteur d’eau, et donc la
capacité de transport. Comme l’apport sédimentaire (depuis le tronçon amont non aménagé)
reste inchangé, la balance de Lane (décrite en Partie 1 du guide) indique que l’écoulement va
chercher à équilibrer sa capacité de transport à la disponibilité en sédiment en réduisant sa
pente. On peut le vérifier par le calcul.
Pour les conditions initiales τ*m = 0.064. On s’intéresse à l’évolution à long terme, et donc au
débit dominant Q=68.6 m/s, pour lequel la contrainte vaut τ*=0.036. Le transport solide
calculé est Qs=7.9 m3/h. C’est cette valeur qui est considérée comme apport moyen depuis le
tronçon situé en amont de l’aménagement.
La réduction de largeur à 30 m donne τ*=0.048, et donc une nouvelle capacité de transport
qui vaut Qs=24.5 m3/h, soit 3 fois plus que les apports depuis l’amont.
Un nouvel équilibre sera atteint après érosion du lit à la pente I=0.63% permettant le transport
de 7.9m3/h sur une largeur de 30m.
Pour un tronçon aménagé de 500m, cela correspondrait à un abaissement du lit de 1.8m.

5. Cas des chenaux proche des têtes de bassin


Il s’agit essentiellement des torrents situés proche des zones de production aux fortes pentes.
Ce type de torrent est susceptible de produire des laves torrentielles (voir parties 1 et 4 du
guide), mais on ne parlera ici que du charriage.

5.1. Des différences fondamentales avec les rivières à faible pente


5.1.1. Les différents états de surface du lit
Les effets d’agrégation de surface se traduisent aux faibles pentes par des accumulations
localisées d’éléments grossiers, qui, dans les cas extrêmes, peuvent se généraliser pour
produire des lits partiellement, voire totalement armurés. Ces structures d’éléments grossiers
jouent un rôle dans la disponibilité et la mobilité des sédiments, comme cela a été décrit
jusqu’ici (phases de transport et effets de masquage). Aux très fortes pentes, où les chenaux
sont étroits, ce phénomène est exacerbé car les accumulations de blocs peuvent occuper toute
la largeur du torrent, pour produire des chaînes de force très résistantes aux sollicitations
mécaniques. Les morphologies qui en résultent sont en forme de marches d’escalier appelées
« step-pool ».
Les step-pools sont évolutifs (Chin and Wohl 2005), et tendent à se stabiliser lors des crues
successives, avec des ancrages de plus en plus forts des éléments structurants (imbrication des
blocs entre eux et dans les berges). Ils développent une hydraulique particulière où, en basses
eaux, chaque step agit comme un mini barrage et l’essentiel de la dissipation d’énergie est
associée aux chutes dans les pools successives.
Cependant ces structures peuvent être détruites par des crues extrêmes et en général, cette
déstabilisation est accompagnée par une forte production sédimentaire (Ashida et al. 1976;
Sawada et al. 1983; Warburton 1992; Adenlof and Wohl 1994; Gintz et al. 1996; Lenzi et al.
1999; Lenzi 2001), qui peut se manifester sur une longue période, pour des crues courantes,
avant que des chaînes de force ne réapparaissent et ne stabilisent à nouveau le lit (Lenzi 2001;
Lenzi et al. 2004; Turowski et al. 2009; Molnar et al. 2010).

40
On conçoit alors que, pour une granulométrie de surface identique et toutes choses étant
égales par ailleurs, un lit sédimentaire pourra être associé à des transports solides très
différents (Figure 32).

Figure 31 : Deux situations impliquant la même granulométrie et pouvant générer un transport solide très
différent

Un step-pool préalablement détruit par une crue produira, pour des crues courantes, un débit
solide bien supérieur à un step-pool ancien et bien structuré. Mais l’historique des crues seul
n’explique pas l’état de stabilité du lit: la connexion à une source sédimentaire joue également
un rôle déterminant.

5.1.2. Connexion à une source sédimentaire


La stabilité du lit dépend des forçages hydrauliques, mais aussi sédimentaires. Ainsi, aux
fortes pentes, la connexion ou non avec une source de versant active sera déterminante : une
source sédimentaire active (ravines d’érosion) produira un chenal très instable alors qu’une
source inactive (versants stabilisés) produira (hors évènement exceptionnel) un chenal très
stable (débit solide quasi-nul).
Cela a été illustré par l’inspection visuelle de 42 tronçons à step-pools sélectionnés dans les
Alpes et les Vosges (25 connectés et 17 déconnectés), les tronçons déconnectés présentant
tous des signes évidents de stabilité (mousse, végétation imbrication des blocs), contrairement
aux tronçons connectés (Recking et al. 2011). Ce phénomène est illustré sur la Figure 32, où
sont présentés deux step-pools, connecté et déconnecté respectivement.

41
Figure 32 : Lits en Seuils-mouilles (Step-Pool) (a) sans apport sédimentaire) (b) avec apports (Recking et al.
2011)

Le forçage sédimentaire permet au chenal d’ajuster sa pente en permanence, pour un transport


efficace des sédiments (pour les conditions hydrologiques locales), alors que sans
alimentation, le lit s’érode jusqu’à une pente de non transport des éléments les plus gros, et se
stabilise.
La fraction fine joue un rôle essentiel dans ce processus, car par effet de tri vertical, elle migre
à la base de la couche charriée pour former une matrice sur laquelle repose les éléments les
plus gros. Lors des crues courantes ce sont les érosions localisées au sein de cette la matrice
(notamment dans les pools), qui finissent par déstabiliser les éléments grossiers par effets de
sapement (Rosport and Dittrich 1995; Church and Zimmerman 2007; Curran 2007; Curran
2012).
Un bloc déstabilisé favorise l’entraînement des sédiments fins du lit. Il se déplace sur des
distances courtes avant de s’immobiliser à nouveau et de piéger les sédiments fins venus de
l’amont. C’est cette interaction permanente entre effet déstabilisant de la fraction fine et effet
de piégeage de la fraction grossière, qui permet la migration de proche en proche de toute la
courbe granulométrique, même pour des conditions hydrauliques bien en deçà des conditions
de mise en mouvement des plus gros éléments stabilisateurs.
Le forçage sédimentaire peut être bien plus déterminant que les forçages hydrauliques dans la
déstabilisation du lit. Pour les 42 tronçon étudiés, une étude hydrologique et hydraulique a
montré que la plupart des bassins versants n’avaient pas produit de débit capable de déplacer
les blocs structurant les steps au cours des dernières décennies (Recking et al. 2011). Cela est
compatible avec les observations faites sur les tronçons déconnectés (avec des périodes de
retour de remobilisation estimées supérieurs à 50 ans), mais pas avec les tronçons connectés
où la forte déstructuration du lit et l’absence totale de végétation ou de mousse laisse supposer
des remobilisations fréquentes (avec des périodes de retour estimées de 10 à 20 ans au
maximum). Seul le transport de la fraction fine, avec effets de sapement, permet d’expliquer
cette mobilité (on peut imager le phénomène en considérant que les blocs glissent doucement
sur un matelas meuble de sédiments fins).

5.1.3. Intermittence de l’alimentation


Les tronçons alimentés directement par les érosions de versant ont un fonctionnement par
intermittence, voire saisonnier (Turowski et al. 2011):
– Après une longue période sans crues, la production de versant aura eu le temps de
recharger le lit, et les écoulements s’accompagneront d’un transport solide.
– Si deux crues se succèdent à intervalle de temps court, la première crue pourra avoir
« nettoyé » le lit, et dans ce cas, la seconde crue sera dépourvue en sédiments. Dans ce cas,

42
les formules de transport pourront très largement surestimer le transport réel.
Cette succession de recharge et d’érosion du lit est aussi connue sous le nom de
« respiration ». Le débit solide maximum (à prendre en compte dans une étude de risque par
exemple) pourra être très supérieur au débit solide moyen (à prendre en compte dans une
étude de bilan sédimentaire).
Une production de versant active associée à un transport peu efficace à l’intérieur du chenal
peut conduire à une forte recharge du lit. Cette situation peut produire des pics de débit solide
(avoisinant jusqu’à plus de dix fois le débit solide moyen) associés à la propagation de nappes
de charriage pour des crues modérées, et au phénomène de « sheet flow » pour des crues
importantes (on parle également de « charriage hyperconcentré » aux fortes pentes). La durée
et l’ampleur de ce type de transport dépendra de l’intensité de la crue et de la recharge
disponible dans le lit. Un lit très rechargé peut avoir des conséquences non négligeables sur
les volumes transportés à l’exutoire (Figure 33).

Figure 33 : Effets du transport solide à Domenon (Source DDT)

Le transport sédimentaire aux très fortes pentes doit donc être analysé en considération avec
l’historique des crues récentes et du fonctionnement saisonnier de la recharge.

5.1.4. Conséquences du tri granulométrique


Le phénomène de recharge peut conduire le lit à atteindre une pente exagérément forte. Cela
peut se produire lorsque le tri granulométrique dynamique (associé à une mobilité des
éléments grossiers) provoque un rapide enfouissement des sédiments les plus fins, avec
formation d’une armure de surface. Plus cette période de recharge est longue, plus l’armure va
se renforcer, protégeant le lit des érosions par les crues courantes, et favorisant (à alimentation
de versant entretenue), la recharge du lit. Le phénomène s’auto-entretien ainsi jusqu’à ce que
l’armure se brise à l’occasion d’une crue forte.
Ce scenario (illustré sur la Figure 34) peut avoir des conséquences très importantes sur les
débits solides maximum transportés. On a vu que la matrice fine contribue à rendre très
instable les éléments les plus lourds par effet de sapement, mais elle contribue également, lors
des crues, à aplanir le lit (obstruant les interstices), favorisant un roulement très efficace des

43
éléments grossiers. Ainsi, pour un mélange sédimentaire donné et à puissance hydraulique
égale, l’efficacité de transports sera biens supérieure en présence d’une structuration verticale
du lit (Gilbert 1914; Jackson and Beschta 1984; Iseya and Ikeda 1987; Cui et al. 2003; Curran
and Wilcock 2005; Recking et al. 2009b).

Figure 34 : Etapes (cycliques) d’érosion et de reconstruction du lit

Ce phénomène a été bien observé a laboratoire, où il s’accompagne d’un très rapide


enfoncement du lit, pouvant se manifester localement, mais aussi sur toute la longueur
d’écoulement (Recking et al. 2009b). Il pourrait expliquer les très fortes fluctuations de
niveau du lit (parfois de plus de 10 mètre au cours d’un seul évènement) observées au droit
des barrages RTM. Il explique aussi l’intérêt d’une série de barrages RTM sur un versant de
montagne : ces ouvrages n’ont aucun rôle de stockage, mais on a montré expérimentalement

44
qu’en séquençant les longueurs maximum d’érosion (limitée à la distance entre deux seuils
successifs), ils limitent la quantité maximum de sédiments qui peut être transférée vers l’aval
au cours d’un seul évènement (Bacchi 2011).

5.2. Quelles équations ?


Il faut rester modeste sur l’utilisation des équations dans ces conditions extrêmes, car étant
donné la difficulté à mesurer, surtout pour les épisodes de crue, les données de validation sont
rares.

5.2.1. L’hydraulique
D’un point de vue de l’hydraulique, ces écoulements seront caractérisés par de très faibles
profondeurs relatives, avec une hauteur d’eau de l’ordre de grandeur (voire inférieure) de la
taille des sédiments. A priori, les équations proposées pour l’hydraulique (Eq.13 et 14) restent
valables (Rickenmann and Recking 2011).
La plus grande incertitude concerne les écoulements sur les morphologies de step-pool. Dans
ce cas, l’énergie est dissipée essentiellement par la turbulence générée lors des chutes dans les
pools successives, et malgré de nombreuses recherches en cours, il n’existe pas encore de loi
de frottement satisfaisante pour décrire ce type d’écoulement (Church and Zimmerman 2007).
Pour les crues extrêmes, on peut considérer que le step-pool est détruit, et dans ce cas utiliser
les équations de frottement proposées plus haut.

5.2.2. Le transport solide


5.2.2.1. Quelles équations ?
Les équations de transport solide ont surtout été comparées aux données de laboratoire
(jusqu’à 20% de pente) avec des matériaux quasi-uniformes et pour des conditions de
contraintes très fortes (Smart and Jaeggi 1983; Rickenmann 1991). La comparaison avec des
mesures de terrain est encore faible voire inexistante.
Le nouveau modèle (Eq.27 à 29) a été validé sur une large gamme de pente (0.1 à 7%), mais
avec seulement quelques pentes supérieures à 5%. Par ailleurs l’inconstance de la fourniture
sédimentaire (qui n’est plus assurée par le lit du tronçon amont mais par les forçages
sédimentaires depuis les versants) nécessite de reconsidérer l’utilisation des formules
puisqu’une même granulométrie pourra produire, toutes choses étant égales par ailleurs, des
débits solides très différents (Figure 31). Or, la précision du modèle est directement liée à la
valeur de τm* :

τ m* = (5 J + 0.06)(D84 / D50 )4.4 J −1.5 (30)

L’exposant est composé de deux termes :


– le terme -1.5 traduit le changement d’hydraulique aux pentes fortes
– le terme 4.4√J a été introduit pour tenir compte, pour une granulométrie donnée
caractérisée par D84/D50, de la réduction de la disponibilité sédimentaire pour le transport
(par imbrications naturelles et effets de masquage) lorsque la pente augmente. En
augmentant τm* avec J, il déplace la pleine mobilité vers les fortes valeurs de contraintes.
Ce dernier terme trouve sa justification par exemple dans le cas des step-pools bien établis, où
la mobilité de la fraction grossière devient minimum, voire quasi nulle. C’est le cas pour la
plupart des cours d’eau définis par leur auteur comme « step-pool ». Par contre, il est
totalement injustifié si ce même tronçon de step-pool a été préalablement déstabilisé par une

45
crue majeure ou subit des forçages sédimentaires. Donc une première façon d’améliorer la
prédiction consisterait à annuler la valeur de ce coefficient, ce qui réduit l’expression de τm* à
τmFS* (l’indice FS désignant « forçage sédimentaire ») :
= (5 J + 0.06)(D84 / D50 )
−1 .5
τ mFS
* (31)

On illustre cette approche ci-après par comparaison avec un jeu de données sélectionné pour
les fortes pentes.
5.2.2.2. Sélection d’un jeu de données aux fortes pentes
Un nouveau jeu de données composé de 902 mesures collectées sur 11 cours d’eau ayant une
pente supérieure à 5% est utilisé, et peut être divisé en deux groupes, selon qu’il existe ou non
un forçage sédimentaire.
Tronçons stables, sans forçage sédimentaire
Saint-Louis Creek, Fool Creek, E St Louis Creek sont décrits comme des step-pools avec des
versants stables et végétalisés (Ryan et al. 2005). Egger Creek a servi de référence par
l’USGA pour le transport solide sur bassin versant végétalisé et non perturbé (King et al.
2004). Il n’y a pas d’information pour Little Buckhorn Cr., mais la photo de la station de
mesure indique un chenal très stable sinuant sous un couvert forestier (King et al. 2004). Le
bassin versant drainé par la station de mesure sur le Pitzbach est couvert à 60% par des
glaciers, et il n’est pas fait état de forçage sédimentaire ; les photos disponibles (Turowski and
Rickenmann 2009) indiquent plutôt un bassin versant stable et végétalisé, ce que semble
confirmer visualisation sur Google Earth. Pour Bridge Creek, le chenal serait alimenté de
façon épisodique et saisonnière par érosion d’une formation fluvio-glacière, et il n’y a pas de
forçage sédimentaire ; l’auteur fait plutôt état de déficits chroniques (Nanson 1974).

Tronçons instables, avec forçage sédimentaire


Le Erlenbach (Turowski et al. 2009; Molnar et al. 2010), le Rio Cordon (Billi et al. 1998;
Lenzi 2001) sont décrits comme étant des torrents très actifs et très instables, subissant des
forçages sédimentaires depuis leurs versants. Les mesures sur le Toreless (Ackroyd and
Blakely 1984) et le Diagona (Yu et al. 2009) ont fait suite à un forçage sédimentaire provoqué
par la remobilisation d’un large dépôt de versant. Il y a peu d’informations sur Mad Creek si
ce n’est que le bassin versant a connu des exploitations minières à ciel ouvert (qui selon une
visualisation Google occupent une large partie du bassin et pourraient encore être des zones
d’érosion préférentielles).
5.2.2.3. Test des équations
Les scores obtenus (% de r = qscalculé/qsmesuré obtenu dans l’intervalle [0.1-10]) sont présentés
dans le Tableau 10 et confirment ceux obtenus pour les plus faibles pentes, avec des valeurs
quasi-nulles pour tous les modèles (par surestimation). Les scores du modèle Recking (2010)
sont bons (proche de 100%) en dépit du fait que toutes ces données ont été utilisées en
« blind test », et doivent être nuancés : les bassins identifiés comme subissant un forçage
sédimentaire ne donnent des bons scores que lorsque le modèle est utilisé avec τmFS* (valeurs
entre parenthèses dans Tableau 10) au lieu de τm* ce qui confirmerait les hypothèses faites
plus haut.

46
Tableau 10 : Score des différents modèles testés sur des torrents à pente > 5%
Rivière Nb Pente Forçage MPM Rick Sogréah Lefort Recking
val. (%) sédim.
St Louis Cr. 72 4.6 NON 0 0 0 0 94
Diagona 84 5 OUI 0 0 1 0 4 (65)
Little Buck. 78 5.1 NON 0 0 0 0 91
Fool Cr. 95 5.2 NON 0 0 0 12 85
Toreless 35 5.7 OUI 0 3 17 6 29 (91)
ESLC 108 6.1 NON 0 0 0 15 81
Bridge Cr 18 6.7 NON 0 0 0 0 94
Eggers Cr. 137 7.2 NON 0 0 0 7 81
Pitzbach 143 8.0 NON 0 0 0 0 99
Mad Cr. 11 8.5 ? 0 0 0 0 0 (82)
Rio Cordon 5 13 OUI 0 0 0 0 20 (80)
Erlenbach 116 17 OUI 0 1 1 32 0 (83)

La modélisation du transport est illustrée sur la Figure 35 pour le Diagao, l’Erlenbach et le


Pitzbach.
La tendance est bien respectée par le modèle, et les deux approches en τm* et τmFS* peuvent
être considérées comme un bornage inférieur et supérieur du transport solide, en fonction de
l’état de structuration du lit. Plus la pente est forte et plus l’écart entre les deux courbes est
grand. Un important travail de validation reste encore à produire pour confirmer ces
approches nouvelles.

5.2.3. Relations morphométriques


Face à la difficulté d’appliquer les équations de l’hydraulique et de transport aux très fortes
pentes, plusieurs auteurs ont choisi « d’imiter la nature » dans la recherche d’un profil de
stabilité du chenal. Cela consiste à rechercher des relations morphométriques, reliant la
morphologie du torrent à des caractéristiques géométriques locales (autres que
hydrologiques).
Il y a par exemple eu plusieurs tentatives pour essayer relier la géométrie des step-pools aux
conditions de pente et de granulométrie. Un step-pool peut en effet être décrit par ses
principales dimensions : la hauteur du step H, la profondeur résiduelle Hr, la longueur d’onde
L, la pente du lit I et le diamètre moyen des blocs formant le step D.

47
Figure 35 : Comparaison de la modélisation en τm*et τmFS* avec les mesures réalisées sur le Diagao, l’Erlenbach
et le Pitzbach.

Figure 36 : Principales dimensions d’un step-pool

48
La plupart des données montrent que la hauteur du step H est fortement corrélé à la dimension
moyenne des blocs formant le step :
H = 1.2 D step (32)

Trois hypothèses s’affrontent et ont conduit à des formulations différentes reliant la longueur
d’onde L à la pente du lit I et à la hauteur du step H :
– Abrahams et al.(1995) considèrent que la géométrie des step-pools résulte d’une
maximisation de la dissipation d’énergie et ont proposé :
L = H /(1.5 I ) (33)

– Comiti et al (Comiti et al. 2005) considèrent que la géométrie des step-pools résulte de
l’affouillement produit par la dissipation d’énergie dans la pool et ont proposé :
L = H/(I + 1/k) (34)

Où k=L/Hr est un paramètre de forme qu’ils proposent égale 8.


– Zimmermann and Church (Zimmermann and Church 2001) ont considéré que la
géométrie des step-pools résulte de l’établissement d’une chaîne de force s’exerçant contre
les parois du chenal. Sur cette base Chartrand et al (2011) ont proposé :
L = 1.59 Zα 0.75 (35)

Où Z=H-Hr est la hauteur de chute, et α=L/Z.


Les tentatives d’utiliser ce type d’équation pour proposer une restauration « douce » des
torrents (en reproduisant une série de steps avec des blocs naturels plutôt que des seuils en
béton) se sont multipliées au cours des dernières années, essentiellement en Italie et aux USA
(Maxwell and Papanicolaou 2001; Lenzi 2002; Chin et al. 2009; Comiti et al. 2009; Comiti et
al. 2010; Wohl et al. 2010; Yu et al. 2010).
Une comparaison de ces équations (Recking et al. 2011) avec des mesures de géométries
(valeurs moyennées) collectées sur 255 tronçons de par le monde, a montré que l’Eq.34
reproduit le mieux la géométrie des step-pools, mais avec un coefficient k=17 au lieu de 8
proposé par les auteurs. En fait la valeur k=17 serait représentative (en moyenne) des step-
pools actifs, alors que k=8 correspondrait plutôt à une géométrie limite représentative des
step-pools stabilisés, déconnectés d’une source sédimentaire.
Cependant, il faut garder à l’esprit que la restauration d’un torrent avec ces techniques ne peut
pas être considérée pérenne en cas de forçage sédimentaire trop important. Dans ce cas seul
des ouvrages maçonnés (pouvant aussi utiliser des enrochements naturels) et bien ancrés sont
capable de résister aux sollicitations du lit.

6. Conclusion
Cette partie s’est efforcée de présenter les dernières avancées de la recherche directement
utilisables en ingénierie, pour l’étude de l’hydraulique et du transport solide associé des
rivières de montagne. La plupart de ces méthodes ont été validées à partir des mesures de
terrain, ce qui conforte leur fiabilité, en dépit du fait qu’elles sont dans l’ensemble plutôt
récentes.
Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’il n’existe pas d’outil « presse bouton ». Il faut plutôt
considérer les apports de ce cours comme des petits outils permettant de conforter des

49
hypothèses sur le fonctionnement du cours, que seule l’observation préalable et une bonne
connaissance du terrain permettent d’établir.
L’application de formules ne doit intervenir qu’après une interprétation
« géomorphologique » du problème étudié (Partie 1 du guide). D’un autre côté, l’approche
moyennée à l’échelle du tronçon, telle que présentée ici, peut ne pas être suffisante pour
traiter certains problèmes très localisés. Dans ce cas on peut avoir recours à la modélisation
numérique, qui est censée permettre une plus grande discrétisation spatiale et temporelle dans
la résolution des équations. Cependant les outils existants ont encore une application limitée
en rivières de montagne et la modélisation physique restera en toutes circonstances, une
alternative intéressante.

50
ANNEXE : Quelques équations de Charriage
Meyer-Peter et Mueller (1948):

  K 3 / 2 * 
3/ 2 (36)
Φ = 8   τ − 0.047 
 K '  
 
avec ρs=2650 kg.m−3, ρ=1000 kg.m−3 et s=2.65. Le ratio K/K’ est le ratio entre le coefficient
de Strickler de l’écoulement K et le Strickler du grain K’, et permet de corriger la contrainte
totale pour ne tenir compte que de la contrainte appliquée au grain. Le terme K est donné par
K=U/S1/2R2/3 et le terme K′ est calculé avec l’équation de Strickler (1923): K′=26/D901/6.
Rickenmann [1990] :
[ ]
q v m 3 / s / m = 1.5(q − q c ) J 1.5 pour 0.0004 < J < 0.2 (37)
0.2

[
qv m / s / m =
3
]
12.6
( s − 1)1.6
 D90


 (q − q c ) J 2 pour 0.03 < J < 0.2
 D30 
1.5 −1.12
qc = 0.065( s − 1)1.67 g 0.5 D50 J et (D90/D30)0.2 = 1.05 par défaut.
Lefort-Sogreah [1991] :
Formule simplifiée permettant un calcul du débit solide apparent (tenant compte des vides)
total à partir du débit total Q en considérant un ratio largeur du lit sur hauteur d’eau constant :
B/H=18.
(38)

J 1.5   Qc 
0.2 0.375
D  
Qvapp[m / s ] = 4.45Q 90
3
 1 −   
s − 1   Q
 D30    

Qcr = 0.0776 gDm5


(s − 1)8 / 3 (1 − 1.2 J )8 / 3
J 13 / 6
Lefort [2007] :
Soit les spécifications du matériau tel que :

 g ( s − 1) 
1/ 3
Di Pi 1
Dm = ∑ = (D50 P50 + D75 P75 ) et Dm* = Dm  
 ν
2
P P
Soit les coefficients de rugosité respectivement du lit (Strickler kS) et du grain (kr) :
U 21.1
K= 1/ 2
2/3
et K ' = 1 / 6 (si K inconnu, K/K’=0.83).
J R Dm
Alors :
2/3 −0.42
Qc  L   ks 
= C ( D )( s − 1)
*
m
5/3
    J −n
gD 5
m  Dm   kr 

− 0.0589e (− Dm / 60 ) si Dm > 8mm, sinon C(Dm*)=0.0269


0.532
Où C ( Dm* ) = 0.0269 +
*

1 .1 + D m
*

51
n = 1.725 + 0.09 log( J )
Si Q < Qc, Qs =0, sinon :
Qsv [tonnes/jour]=0.0864CpQ (39)
0.21
D 
J M [G (Q*)]
s Q
C p [ g / m ] = 3.176.10 cor  90  où Q* =
3 5 Z

 D30  (s − 1) 1.38
Qc
5/3
  0.75  0.25   Q*
6.25 (1− 0.37 Q *)

Si Q*>2.5 G (Q*) = 3.881 −    sinon G (Q*) = 0.4 


  Q *    2 .5 

1.53 Re 0.14
M = 1.887 + 0.09 log( J ), Z = 0.78 + 0.78
Dm*

Si K/K’<0.6 alors cor = 1 − 0.9e (−0.08( K / K ') ) sinon cor=1


0.24
Q*

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