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Les adieux de Hussein-Pacha,

dey d'Alger, à M. le comte


Sebastiani, ministre des
Affaires étrangères , par M.
Susini

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Susini, Jacques de. Auteur du texte. Les adieux de Hussein-Pacha,
dey d'Alger, à M. le comte Sebastiani, ministre des Affaires
étrangères , par M. Susini. 1831.

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PRÉFACE

S'il faut en croire un bruit rapporté dans les journaux, et qui n'a pas été
démenti, le brusque départ du dey d'Alger a eu pour cause une impolitesse
de M. le comte Sébastiani ; cette scène , dont il est inutile de rappeler ici les
détails, a servi de texte à la satire que je publie : en l'écrivant, je n'ai eu
d'autre but que de venger l'injure d'un vieillard plein de dignité , qui préféra
risquer sa couronne dans une guerre avec la France, plutôt que de mendier
une paix à tout prix ; c'est peut-être pour cette raison qu'il a été en butte aux
superbes dédains de M. le ministre des affaires étrangères.
L'infortune, on le sait de reste, n'est pas la bienvenue auprès de nos
excellences : témoin la manière dont elles ont rempli les devoirs de l'hospi-
talité envers ces hommes généreux que le triomphe de l'absolutisme a con-
damnés à s'exiler de leur patrie. Toutefois, la politique (une politique aussi
inhabile que déshonorante ), explique suffisamment les poignantes humilia-
tions dont notre cabinet a voulu faire payer à ces nobles proscrits le
morceau ^de pain que leur jetait sa cruelle pitié (1) : aussi le public n'a-t-il
vu, dans les insultes adressées aux victimes, qu'un raffinement d'obséquieuse
complaisance envers les bourreaux, qu'une lâcheté ajoutée à mille autres lâ-
chetés. Mais l'inoffensif Hussein-Pacha! comment M. Sébastiani a-t-il eu le
courage de le mortifier? Eu vérité, cela ne peut se concevoir. Toujours est-il
que le dey a été blessé au vif, puisqu'il a quitté la capitale avec tant de pré-
cipitation. J'ai mis en vers les adieux qu'il a dû adreser à M. le comte.

(1) Voir l'exposé des motifs que le ministère a présenté aux chambres, à l'appui de la
demande d'un crédit de cinq cent mille francs pour les réfugiés exposé dont le National.ct
,
la Révolution ont fait bonne justice.
(A)

En remplissant cette tâche, je n'ai pu me défendre d'esquisser les prin-


cipaux traits de la conduite politique tenue par le chef de notre diplomatie,
soit pendant, soit après la révolution de i83o. Je regrette seulement
que le cadre de mon sujet ne m'ait pas permis de représenter les hommes des
barricades, luttant de vertu et de désintéressement,en face de M. Sébastianiet
de ses collègues, escaladant les plus hautes dignités, emportant d'assaut tous
les honneurs, toutes les places. Les premiers, il est vrai, s'étaient contentés de
prodiguer leur sang pour la patrie, tandisque les seconds'l'avaient sauvée,
comme chacun sait. Et les uns et les autres furent récompensés selon leurs
oeuvres, puisque les fruits de la victoire furent ainsi répartis : aux patriotes
de juillet, la thimère du programme de l'Hôtel-de-Ville,en attendant la pri-
son , les amendes et les assommeurs; aux amis du positif', d'abord les réalités
du budjet, et plus tard, de beaux marchés de fusils. Aussi, dans les salons de
ces derniers, avec quel'atticisme neraille-t-on pas, aujourd'hui que tout est
rentré dans l'ordre ces héros des trois jours qui eurent la bonhomie de
,
prendre au grand sérieux les magnifiques promesses qui leur étaient faites, et
de croire que la parque doctrinaire allait désormais fder pour la France des
jours d'or et de soie ?
Avant de terminer, je crois devoir aller au-devant d'une objection qui pour-
rait m'être faite, à propos de l'enthousiasme libéral que j'ai prêté au dey
d'Alger. — Vous nous la donnez belle, me dira-t-onpeut-être;un despote d'A-
frique, transformé en ardent républicain ! Voilà ce qui s'appelle sauter à pieds
joints par-dessus les lois de la vraisemblance poétique. — Je pourrais faire
plusieurs réponses, mais je me borne à la suivante qui me paraît péremp-
toire. Nous vivons dans une époque de métamorphoses soudaines, miracu-
leuses, et où les'changemens de principes n'ont pas d'importance. Une
opinion rie va-t-ëlld''plus à vos intérêts du moment, gêne-t-elle votre ambi-
tion , on la quitte comme un vêtement passé de mode, et on en prend une
autre, sans que cela tire à conséquence. Quand on a vu certains Carbonari
jurer sur le poignard haine éternelle à la royauté, et un peu plus tard, se
convertir tout-à-coup au culte de la monarchie quasi-légitime, peut-on
s'étonner qu'un ancien chef de pirates vienne à se prendre d'une noble pas-
sion pour la liberté ? Et puis rien n'éclaire les hommes comme l'expérience
du malheur; voyez plutôt la Gazette de France qui, depuis la défaite de son
parti, réclame tous les soirs le suffrage universel.
LES

ADIEUX DE HUSSEIN-PACHA.
DEY D'ALGER,

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES.

Grâce à vous, ô visir, loin des bords de la Seine


Je fuis; mais en partant, sans dépit et sans haine,
Je veux, dans mes adieux vous donner un conseil
,
Quelquefois le destin change à chaque soleil :
Soyez sage, visir; l'astre qui vous éclaire
Vacille au moindre vent ; — l'ouragan populaire
Dans une épaisse nuit peut soudain le plonger,
Et vous lancer tout nu sur un sol étranger.
Tel qui dicte aujourd'hui ses volontés en maître
( Hélas! moi-même aussi j'ai dû le reconnaître),
Demain, pauvre vieillard, promène un triste front,
Courbé par l'infortune et ridé par l'affront.
Voyez-vous radieux un fat qui se pavane
Lui donner en passant le coup de pffed de l'âne?
Allah ! ce mécréant devait bien, sur ma foi,
(6)
Se montrer indulgent et moins sot envers moi !
Aux pieds des potentats se traînant dans la boue
, ,
Il se laisse marquer sur l'une et l'autre joue
,
Ma n'importe!
— Paré d'un titre officiel,
Dans la coupe d'exil où j'ai bu tant de fiel,
Il verse ce mépris dont toujours il s'abreuve
Comme le voyageur à la source d'un fleuve;
Et dans ces vieux palais, par le peuple envahis
,
Croit avoir en juillet affranchi son pays ;
Et pourtant, si j'ai bien refeuiileté l'histoire (1)
Des trois jours immortels j'y cherche en vain sa gloire.
,
Que dis-je? Mollement couché sur des coussins,
Il entendait le bruit des canons assassins,
Sans que l'odeur de poudre attirât son courage
Dans la grand bataille. — Indignés de l'outrage
Fait au coran des lois, écrivains, artisans,
Vétérans écoliers, guerriers adolescents,
Tels que ces tourbillons des sublimes tempêtes
,
Se ruaiut à la mort et prodiguaient leurs têtes ;
Mais plus tard, quand l'orage a moissonné la fleur
De Paris ; quand au cri de publiquedouleur
Ont succédé les chants de victoire et de joie,
Le sage général de sa rob : de soie
Dégrafe la ceinture et fait encore des voeux ;
Puis devant le miroir, attend que ses cheveux .
, .
Artistement peignés et bouclés avec grâce
^
Puissent répandre au loin des parfums sur sa trace.

(1) Qui ne connaît l'admirable récit de la révolution de juillet, publié par


M. Marast, rédacteur delà tribune? Ce jeune écrivain a introduit dans la
polémique cette'courageuse'franchise qui ne recule devant la Révélation d'au-
cune vérité. '' .'.':•.- *
Enfin de son boudoir il sort. Visir nouveau
,
Avec tous les sauveurs échappes du caveau
,
Et dignes seulement de porter la quenouille,
Il court des combattans adjuger la dépouille
Aux eunuques vieillis à l'ombre d'Un sérail,
Et qui ne valent point une once de coraiL

Vos amis, ô visir, partis en caravane,


Sur le Stamboul français portant un oeil profane,
Vociférant, hurlant l'hymne de liberté,
Accouraient. —- Dépeçant la jeune royauté,
Qui pendait, toute fraîche, au croc du ministère,
En fange on a pétri les cendres du cratère
,
Dont les mugissemens donnaient aux rois du nolrd,
Un spasme d'agonie et des frissons de mort.

Oh ! si dans les déserts, le tigré d'Hyreàflïé


Voulait à coup-d'Etat fonder'sa tyrannie ;
Et déclarant la guerre au lion son rival,
Implorait le secours du sinistre chacal,
Si le fauve sultan du couple sanguinaire
Soudain broyait les os, le renard doctrinaire
,
Trop lâche pour braver un semblable destin,
Certes, n'oserait point lui ravir ce festin.

Pardonnez, ô visir, si voulant vous dépeindre,


J'ai blessé votre orgueil. — Trop inhabile à feindre,
Je suis de ces vieillards dont l'esprit jeune encor
Jusque dans le manieur prend un nouvel essor.

Naguère au firmament scintillait mon étoile :


L'émeraude, au front pur de ces houris sans voile
,
(8)

Que Mahomet promet à ses plus chers élus


,
N'avait point sa magie. — Hélas! elle n'est plus,
L'étoile de bonheur ! — Au jour de mon naufrage
,
Elle a fui dans la nuit comme un éclair d'orage ;
Elle a fui... — Mais, debout dans mon adversité,
Je tourne vers le ciel un regard de fierté.

Oui, je suis fort de coeur, tel que la pyramide


Orgueil de l'orient. — Sur la côte Numide,
Le nom d'Hussein Pacha n'est point un écriteau
Que l'infamie attache au flétrissant poteau :
Partout où la pitié trouve un écho dans l'âme,
Des nobles sentimens j'exciterai la flamme,
Car devant moi l'honneur marche avec son flambeau.
Non, je ne verrai pas sortir de leur tombeau
Ces hommes généreux de la triste Italie,
Qui, pour ressusciter sa gloire ensevelie,
Répétaient, frémissant, ce cri de liberté
Que le vent de juillet leur avait apporté...

Non dans le guet-à-pent de la diplomatie,


,
Je n'ai point attiré ceux à qui la Russie
Offre au bout des gibets la clémence du Czar.
Lelewel, rendez grâce au sublime César
Qui règne à Pétersbourg ; dès que sa bouche auguste
A prononcé les mots de magnanime et juste,
Soudain vous avez fui. — Mais avez-vous caché
Le sabre polonais tant de fois ébréché
Sur le massif airain du canon moscovite?...
11 est trempé du sang des Russes...
— Qu'on évite
Dd le montrer ainsi, sans le mettre au fourreau
,
Nicolas pourrait bien en armer son bourreau.
(9)

O Sébastiani, que j'aimais votre pose


Après ce grand désastre !... Un lion qui repose,
Beau d'orgueil, ne prend pas vos airs de majesté,
Que de malins journaux nomment fatuité;
Mais enfin d'où vous vient ce plaisant ridicule
De votre vanité? — Certain bruit qui circule,
Un bruit qui vous a fait une morsure au coeur,
Quand Paris lâchait bride à son penchant moqueur;
Certes, ce bruit plaçait fort bas votre origine :
C'était à qui rirait de vous^— Qu'on s'imagine
Un seigneur parvenu, se donnant pour cousin
Du plus grand des sultans ; un malveillant voisin
Aussitôt le démasque, et Figaro publie
Que l'homme du destin ne sort point?de la lie.
La pointe de ce trait pénètre jusqu'aux os ;
Et Paris retentit d'unanimes bravos.

C'est assez pour un fat ; la poignantesaillie


Passe comme un fer chaud dans son ame assaillie :
Déjà le doux sommeil a fui ses yeux distraits,
Et l'habit de visir pour lui n'a plus d'attraits.

Général au conseil, diplomate à la guerre,


Il se meurt et n'est plus ce qu'il était naguère :
L'ombre de Menotti, plaintive," à son chevet,
Ne troublait point ses nuits. Le paisible duvet
Ne se dressait jamais en cuisantes orties •,
Vieux tronçon de poignard des vieilles dynasties,
Le prophète-pacha, dès l'aube du matin,
Des Russes, ses amis, lisait le bulletin.
Enfin, tout conspirait au bonheur de sa vie ;
Maintenant il se meurt : mais puisque à Varsovie
( 10)

Règne l'ordre public sur des monceaux de morts.


Il se rétablira sans honte et sans remords.

Prenons un ton plus doux. — Je sens que l'ironie


Commence à m'entraîner jusqu'à l'acrimonie,
Et l'honnête Gisquet pourrait, avec raison,
M'appréhender au corps. — Merci de sa prison :
Il vaut mieux retourner au soleil d'Italie.
Sur la scène du monde, où l'humaine folie,
Sous des masques divers, passe éternellement,
De mon drame africain j'ai vu le dénoûment.
Nomade spectateur, mêlé parmi la foule,
Calme et silencieux j'attends que l'on déroule
,
Ce drame gigantesque où l'Europe en courroux
Sur la gorge des rois pressera ses genoux.

Réunis en congrès, leurs dignes commissaires


Se proclament du monde arbitres nécessaires
,
Et vous à leur épée en vain tournantle d'os
,
Vous cherchez à plat-ventre un infâme repos,
En implorant pardon. — Vous dites que la honte
Cimente mieux la paix que les canons de fonte,
Et le juste-milieu se répand en bravos ;
Par Mahomet, voilà des spectacles nouveaux,
A ravir !
— Il est vrai que je suis un barbare.
Sans doute vous avez un esprit vaste et rare,
Dont aucun ne saurait sonder la profondeur,
Excepté toutefois Pozzo l'ambassadeur :
,
Allons soyons plus francs; vous n'êtes point de taille
,
A jamais déjouer ses ruses de bataille r
Dans la diplomatie. — Il vous a, dans sa main,
En riant de pitié, fait danser comme un nain.
( 11 )

Une sainte héroïne, en habit de guerrière,


Vous ouvrait tout-à-coup une vaste carrière ;
Elle avait abattu, d'un seul coup de pavé,
Le trône d'un Bourbon, puis s'était réservé
De rendre aux nations leur jeunesse et leur force ;
Et vous dans votre peur de brûler une amorce,
,
Vous avez dépouillé, sans pitié pour ses pleurs
,
Cette idole du peuple aux magiques couleurs.

Non je ne croyais pas que la céleste fille,


,
La liberté n'aurait qu'un lambeau de guenille
A traîner tristement à la porte des rois;
La pauvre, après juillet, avait pourtant des droits
A revêtir encor la pourpre souveraine !
Vierge des trois soleils vous seule étiez la reine
,
Légitime et sacrée aux yeux de l'univers.
C'en est fait! aujourd'hui, victime des pervers,
Les pieds nus et sanglans, sortant de Varsovie,
Vous quittez la Pologne aux bourreaux asservie..,

Ah ! fuyons de Paris, car Paris a frémi


De colère et d'horreur, en voyant l'ennemi
D'une soeur, pour cartel, lui présenter la tête..,
Le volcan de juillet en bouillonnant s'apprête.
Adieu, visir, adieu ; l'héroïque saison
Purgera votre ciel obscur de trahison.

FIN.

IMPRIMERIE DE GCETSCIIY FILS ET C 11


,
Rue Louù-le-Grand, n. 55.