Vous êtes sur la page 1sur 14

CRITIQUE DE LA NOTION D'INFRASTRUCTURE CRITIQUE

Jean-Pierre Galland

Métropolis | « Flux »

2010/3 n° 81 | pages 6 à 18
ISSN 1154-2721
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-flux1-2010-3-page-6.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour citer cet article :

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Jean-Pierre Galland, « Critique de la notion d'infrastructure critique », Flux 2010/3
(n° 81), p. 6-18.
DOI 10.3917/flux.081.0006
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

Distribution électronique Cairn.info pour Métropolis.


© Métropolis. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)


Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010 pp. 6-18

Critique de la notion
d’infrastructure critique

Jean-Pierre Galland

es infrastructures critiques font l’objet d’une attention parti- GENÈSE D’UNE


L
NOTION AMBIGUË
culière, dans la plupart des pays industrialisés, depuis
Bien que les États-Unis, de même que l’ensemble des pays
quelques années. D’un côté, aux États-Unis, en Europe et chez
industrialisés, aient traditionnellement porté, au moins depuis
ses États membres, ainsi que dans bien d’autres pays, les gou-
la seconde guerre mondiale, une attention particulière au bon
vernements ont mis en place des groupes de travail, pro-

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


fonctionnement de leurs principales infrastructures, la notion
grammes ou institutions ad hoc, qui sont chargés de recenser
nouvelle « d’infrastructure critique » n’est apparue dans les
leurs infrastructures critiques respectives et les meilleures
textes officiels que vers le milieu des années 1990. En fait, il
manières de les protéger ; de l’autre, le milieu académique,
semble qu’une série d’événements inédits ait induit un chan-
essentiellement anglo-saxon, s’est progressivement emparé du
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

gement de perspective chez les dirigeants américains de


sujet, le nombre d’articles scientifiques consacré dans le monde
l’époque : le premier attentat terroriste sur le World Trade Cen-
aux infrastructures critiques s’étant considérablement démulti-
ter à New York (1993), suivi de celui d’Oklahoma City (1995),
plié au long de la décennie en cours (1).
et de l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo (1995)
L’objet du présent article est d’interroger la notion même seraient à l’origine de la Presidential Decision Directive desti-
« d’infrastructure critique » et de tenter d’éclairer quelques née à organiser une politique pour contrer le terrorisme sur le
confusions ou malentendus liés à son usage croissant. Pour ce sol américain (2). Le terme critical national infrastructure
faire, on s’appuiera sur l’exploration non exhaustive d’un cer- apparaît en tout cas dans ce texte, sans pour autant y être défi-
tain nombre de textes officiels et d’articles scientifiques, ainsi ni, mais les allusions aux aéroports, aux gares, aux autoroutes,
que sur des ébauches de mises en perspective internationales aux lieux de circulation de masse, aux installations nucléaires
de la question (Ollinger, 2007 ; Rostum et al., 2008). Dans un ou aux réseaux de distribution de l’énergie donnent une pre-
premier temps, on rendra compte de la genèse de la notion, mière idée du sujet. Les choses vont commencer à se préciser
aux États-Unis, avant et après l’attentat du World Trade Center lorsque le Président mettra en place une commission spéci-
du 11 septembre 2001 (Partie 1). On examinera ensuite la fique pour traiter de ces questions, la President’s Commission
façon avec laquelle cette notion s’est diffusée en Europe, et on Critical Infrastructure Protection (PCCIP), en juillet 1996.
dans un certain nombre de ses pays-membres, en particulier L’Executive Order 13010 qui établit cette commission fournit
en France (Partie 2), ce qui nous permettra de pointer déjà en effet une première définition du sujet, une première liste
quelques divergences dans ses définitions locales. Dans un des infrastructures dignes d’intérêt, introduit un minimum de
troisième temps, on s’intéressera plus particulièrement à la catégories d’analyse, et évoque les complications possibles
question, connexe à celle des infrastructures critiques et qui a liées au statut et à la propriété (public ou privé) des infrastruc-
semble-t-il été renouvelée par elle, de la vulnérabilité des tures concernées (Lopez, 2006). En termes de définition, les
réseaux (Partie 3). infrastructures visées dans l’Executive Order sont si vitales que

6 Dossier
Galland - Infrastructure critique

« leur incapacité ou leur destruction affaiblirait considérable- soudaine et dramatique : c’est l’attentat terroriste du 11 sep-
ment la défense ou la sécurité économique des États-Unis ». tembre 2001 sur le World Trade Center.
Celles qui sont explicitement citées sont « les télécommunica-
Ce second événement est à l’origine d’évolutions majeures
tions, les systèmes de génération d’électricité, les systèmes de
dans le paysage institutionnel des États-Unis. Quelques jours
stockage et de transport du gaz et du pétrole, la banque et la
après l’attentat, le Président Bush crée un Office de la sécuri-
finance, les transports de personnes, l’approvisionnement et la
té intérieure à la Maison Blanche (5), dont une des missions est
distribution de l’eau, les services d’urgence (médicaux, de
de « coordonner les efforts pour protéger les États-Unis et ses
police, contre le feu), et ceux qui assurent la continuité du
infrastructures critiques des conséquences des attaques terro-
gouvernement ». Les vulnérabilités potentielles de ces infra-
ristes ». À cette occasion, la liste des infrastructures critiques
structures sont de deux ordres : « des vulnérabilités phy-
est allongée par les sites nucléaires, le secteur agricole et l’or-
siques » et des « cyber-vulnérabilités à des attaques de type
ganisation de manifestations exceptionnelles (on pense alors
électronique, radio, ou à partir d’ordinateurs, attaques dédiées
aux jeux olympiques d’hiver qui doivent avoir lieu à Salt Lake
aux systèmes d’information et de communication liés à ces
City en 2002). Quelques jours plus tard, un nouvel Executive
infrastructures ». Enfin, l’Executive Order reconnaissait que le
fait que la plupart de ces infrastructures critiques soient la pro- Order présidentiel souligne l’importance prise par la question
priété ou sous l’exploitation du secteur privé ajoutait un élé- de la sécurité de l’information dans la gestion des infrastruc-
ment de complexité, ce qui rendait « essentiel que le gouver- tures critiques (6).
nement et le secteur privé collaborent pour développer une En février 2003, la Maison Blanche définissait une nouvel-
stratégie commune de protection ». le stratégie nationale pour la protection des infrastructures cri-

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


C’est sur cette base sommaire que la PCCIP rendra un rap- tiques et les « biens clefs » (7), cette dernière catégorie ayant
port (3), lequel sera suivi d’une seconde directive présidentiel- été ajoutée pour incorporer à la liste des infrastructures sen-
le qui créera entre autres un centre de coordination au sein du sibles certains « monuments historiques et culturels, symbo-
FBI (le National Infrastructure Protection Center), mais confie- liques de la nation », mais aussi des sites industriels et des
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

ra par ailleurs aux départements ministériels et aux agences stades sportifs (8).
concernés le soin de réaliser des études de vulnérabilité sui- Enfin, en mars 2003, l’Office de la sécurité intérieure lais-
vant leurs secteurs d’intervention spécifiques (au ministère de sait la place à un ministère du même nom (9), doté d’impor-
l’énergie, par exemple, pour tout ce qui concerne les infra- tants moyens, dont une des directions prenait alors pour nom
structures liées à l’électricité ou aux matières pétrolières). La « l’analyse des informations et la protection des infrastruc-
Maison Blanche encourage le partenariat entre le secteur tures » (10).
public (qui réalise, domaine par domaine, les premières
études de vulnérabilité) et le secteur privé, à qui il est deman- LES INFRASTRUCTURES CRITIQUES EN EUROPE
dé, dans les années 1999-2000, de s’investir lui-même pro-
gressivement sur ces sujets, ce qui devrait permettre en retour Des difficultés à converger en Europe
aux entités fédérales en charge du dossier de ne plus jouer que
Le concept d’infrastructure critique s’est rapidement diffusé en
le rôle de collecte et de traitement des informations.
dehors des États-Unis. Depuis le milieu des années 2000, la
C’est dans ce contexte que surviennent deux catastrophes, notion d’infrastructure critique, ou l’une ou l’autre de ses tra-
de natures fort différentes, en 2001, qui vont toutes deux ductions nationales, fait l’objet d’une réflexion et d’un travail
influer sur l’acception américaine de la notion d’infrastructure de la part des gouvernements respectifs des pays industrialisés,
critique et en accélérer la diffusion. La première a lieu en y compris en Australie ou au Japon. L’Europe s’est emparée du
mars : c’est en fait le point culminant de ce que l’on a appelé sujet, notamment en raison des attentats terroristes de Madrid
la « crise énergétique californienne », laquelle est une crise de (gare ferroviaire, 2004) et de Londres (métro, bus, 2005), ce de
régulation du secteur, un révélateur des difficultés à maintenir deux manières différentes : d’un côté, certains de ses États
l’offre et la demande d’énergie dans un secteur largement membres se sont lancés, chacun de leur côté, dans une actua-
concurrentiel et dérégulé (4). La deuxième est beaucoup plus lisation de leur réflexion sur leurs propres infrastructures ; de

Dossier 7
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

l’autre, les instances européennes ont tenté de se trouver une Le dossier « infrastructures critiques » semble donc en attente
place et un rôle sur ces questions. au niveau européen, à l’exception d’une première avancée
dans les secteurs de l’énergie et des transports (12), la Com-
C’est ainsi que, à la demande du Conseil Européen, la
mission préférant parallèlement s’investir sur des sujets un peu
Commission rendait (janvier 2006) un Livre vert sur un Pro-
moins vastes (13).
gramme Européen de Protection des Infrastructures Critiques
(EPCIP) (Commission des Communautés Européennes, 2005), Il n’en demeure pas moins, au niveau des États membres
suite à un travail préalable et à deux séminaires intergouver- cette fois et que ceci soit à rapporter aux injonctions du Livre
nementaux. Pour l’essentiel, le Livre vert a « pour objectif de vert ou pas, que la réflexion sur les Infrastructures Critiques
recueillir des réactions aux différents scénarios envisageables Nationales et leur recensement progresse, pays par pays, mais
pour l’EPCIP en associant à la discussion un grand nombre de manière assez peu cohérente, comme le montrent deux
d’acteurs concernés » (ibid., p. 3). En particulier, la Commis- recensements de « définitions » (Tab. 2 et 3) qui révèlent des
sion propose trois réponses possibles à la question de savoir différences sensibles d’un pays à l’autre.
« contre quoi l’EPCIP devrait-il nous protéger ? » : une
La lecture des tableaux ci-après amène au constat d’un
approche « tous risques » ou globale qui tiendrait compte paradoxe : d’un côté, les pays industrialisés se sont tous lancés,
autant de menaces intentionnelles que de risques naturels ou à la suite des États-Unis, dans un travail de caractérisation de
technologiques ; une approche « tous risques conjuguée avec leurs infrastructures critiques, à partir de l’idée partagée selon
la priorité donnée au risque terroriste » ; une approche « axée laquelle leurs populations respectives faisaient désormais l’ob-
sur le risque terroriste » (ibid., pp. 3-4). jet de « nouvelles menaces ». À ce niveau de généralité,

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


Sur un autre plan et partant du constat que « tout domma- lorsque les uns et les autres évoquent la possibilité de destruc-
ge que pourrait subir une infrastructure dans un État membre tions ou de ruptures dans le fonctionnement de certaines infra-
pourrait entraîner un préjudice pour plusieurs États membres et structures, lesquelles destructions ou ruptures seraient en
pour l’économie européenne dans son ensemble » (ibid., p. 5), mesure de provoquer des conséquences graves pour les popu-
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

ceci en raison de l’interconnexion croissante liée aux « nou- lations, tout le monde peut être d’accord pour considérer qu’il
velles technologies (par exemple Internet) » ou à y a lieu de s’intéresser au sujet, de recenser les infrastructures
« la libéralisation des marchés (par exemple, ceux du gaz ou de concernées, d’en hiérarchiser les vulnérabilités respectives et
l’électricité), un grand nombre d’infrastructures faisant partie de de tirer de ce travail les conséquences qui s’imposent pour
réseaux plus larges » (ibid., p. 5), le Livre vert propose de dis- réduire au mieux ces vulnérabilités. Mais d’un autre côté, il
tinguer d’un côté des « Infrastructures Critiques de l’Union semble bien que dès qu’il s’agit d’être plus précis, tant d’un
Européenne » (ICE) (ibid., p. 7) dont les dysfonctionnements point de vue cognitif qu’opérationnel, les approches natio-
pourraient avoir des effets transfrontaliers, et de l’autre des nales des divers pays industrialisés varient sensiblement. Non
seulement les définitions officielles du concept d’infrastructure
« Infrastructures Critiques Nationales » (ICN) (ibid., p. 10),
critique (qui répondent à la question : « protéger quoi ? ») sont
propres à chaque État membre. Le Livre vert évoque par ailleurs
sensiblement différentes, voire évolutives, d’un pays à l’autre,
le rôle des propriétaires, exploitants et utilisateurs d’infrastruc-
mais encore la liste, ou plutôt la hiérarchie des risques et des
tures critiques et propose quelques pistes pour renforcer leurs
menaces (qui répond à la question : « protéger contre quoi ? »),
responsabilités respectives et actions préventives sur ces ques-
varie, souvent implicitement, entre les pays. Sous ce dernier
tions. Enfin, il suggère que, pour dresser la ou les listes d’infra-
registre, si certains pays, comme le Royaume-Uni ou les États-
structures critiques, les États membres et la Commission tra-
Unis, affirmaient clairement, tout au moins à l’origine (14),
vaillent par secteurs, dont il fournit une liste indicative (Tab. 1).
que leur priorité était la lutte contre le terrorisme, d’autres ont
Aujourd’hui, il semble bien que l’initiative lancée par la dès l’abord élaboré une approche multirisque (Canada, Alle-
Commission à travers son Livre vert soit en pratique restée magne), chacun exprimant plus ou moins explicitement sa
lettre morte ; en effet, la question de l’identification des infra- propre hiérarchie de ces risques multiples (15), la France rete-
structures critiques, en tout cas européennes, n’avait visible- nant quant à elle une approche « multirisque, tout en insistant
ment pas trouvé de solution un an après sa publication (11). sur la menace terroriste » (Ollinger, 2007, op. cit.).

8 Dossier
Galland - Infrastructure critique

Le cas de la France Tableau 1. Indicative list of critical infrastructure sectors


L’idée selon laquelle l’indisponibili- Sector Product or service
té de telle ou telle grande infra- I. Energy 1. Oil and gas production, treatment and storage, including
structure nationale pourrait consti- pipelines
tuer un péril pour la nation n’est 2. Electricity generation
3. Transmission of electicity, gas and oil
pas nouvelle en France. Pendant la
4. Distribution of electricity, gas and oil
guerre froide en particulier, le
II. Information, 5. Information system and network protection
réseau routier français faisait l’objet
Communication 6. Instrumentation automation and control systems (SCADA, etc.)
d’une grande attention de la part du Technologies, ICT 7. Internet
ministère de la Défense et, dès le 8. Provision of fixed telecommunications
début de la Ve République, une 9. Provision of mobile telecommunications
ordonnance tendant à renforcer la 10. Radio communication and navigation
protection des installations d’im- 11. Satellite communication
portance vitale (16) impliquait déjà 12. Broadcasting
le secteur privé en affirmant que III. Water 13. Provision ok drinking water
« les entreprises exploitant des éta- 14. Control of water quality
blissements ou utilisant des 15. Stemming and control water quantity
ouvrages dont l’indisponibilité ris- IV. Food 16. Provision of food and safeguarding food safety and security
querait de diminuer d’une façon V. Health 17. Medical and hospital care
18. Medicines, serums, vaccines and pharmaceuticals

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


importante le potentiel de guerre
19. Bio-laboratories and bio-agents
ou économique, la sécurité ou la
VI. Financial 20. Payment services/payment structures (private)
capacité de survie de la nation,
21. Government financial assignment
sont tenues de coopérer à leurs VII. Public & Legal 22. Maintaining public & legal order, safety and security
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

frais /…/ à la protection desdits éta- Order and Safety 23. Administration of justice and detention
blissements, installations et VIII. Civil Adminis- 24. Government functions
ouvrages contre toute tentative de tration 25. Armed forces
sabotage ». 26. Civil administration services
27. Emergency services
Des lois et décrets (17) sont 28. Postal and courier services
venus plus récemment actualiser IX. Transport 29. Road transport
ces textes dans le sens d’une pro- 30. Rail transport
tection « desdits établissements, 31. Air traffic
installations ou ouvrages, contre 32. Inland waterways transport
toute menace, notamment à carac- 33. Ocean and short-sea shipping
tère terroriste » et organiser le X. Chemical and 34. Production and storage/processing of chemical and nuclear
recensement des « points d’impor- nuclear industry substances
tance vitale » (18). Ce recensement 35. Pipelines of dangerous goods (chemical substances)
XI. Space and 36. Space
s’organise en France comme
Research 37. Research
ailleurs en Europe à partir d’une
Source : Commission des Communautés Européennes, 2005, p. 24
liste de secteurs (énergie, alimenta-
tion, santé, transports, etc.), lesquels doivent, dans le cas fran- ministres (chargés d’un secteur donné) ou par les Préfets au
çais, donner lieu à des analyses de risque, puis à des directives plan local, « d’opérateurs (privés) d’importance vitale », les-
nationales de sécurité par secteur (DNS), destinées à préciser quels sont précisément chargés du recensement des points
les objectifs de sécurité du secteur. Il est à noter que la France d’importance vitale et de la mise en place, chacun pour ce qui
se singularise en revanche en organisant la désignation, par les les concerne, d’un « plan de sécurité d’opérateur », ceci pour

Dossier 9
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

Tableau 2. Infrastructure critique : définitions en vigueur dans quelques pays en 2006

Terminologie Définition
Point d’importance Établissement, ouvrage ou installation dont le dommage ou
vitale l’indisponibilité ou la destruction par suite d’un acte de malveillance, de
sabotage ou de terrorisme risquerait, directement ou indirectement :
France
d’obérer gravement le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou
la capacité de survie de la nation ; ou de mettre gravement en cause la
santé ou la vie de la population.
Infrastructure critique Des organisations ou installations qui ont une importance particulière
(Kritische Infrastrucktur) pour la communauté nationale et dont la défaillance ou la perturbation
Allemagne créerait des goulets d’étranglement durables dans l’approvisionnement,
des dysfonctionnements importants de la sécurité publique ou d’autres
conséquences dramatiques.
Infrastructure nationale Les biens, services et systèmes qui servent de support à la vie
critique (critical national économique, politique et sociale du Royaume-Uni et dont l’importance
infrastructure) est telle que toute perte totale ou partielle ou perturbation pourrait
Royaume-Uni entraîner la perte de nombreuses vies, avoir un sérieux impact sur
l’économie nationale, avoir d’autres conséquences graves pour la
communauté nationale, ou concerner directement le gouvernement de
la nation.
Infrastructure critique Les actifs ou éléments d’actifs qui sont indispensables au maintien des

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


Union Européenne fonctions sociétales critiques, notamment la chaîne d’approvisionnement,
la santé, la sécurité et le bien-être économique ou social des citoyens.
Infrastructure critique Les systèmes et les biens, physiques ou virtuels, qui sont si vitaux pour les
(critical infrastructure) États-Unis que l’incapacité ou la destruction de tels systèmes ou biens
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

États-Unis
aurait un effet débilitant sur la sécurité économique nationale, la santé
publique nationale ou la sûreté, ou toute combinaison de ces questions.
Infrastructure essentielle Les installations matérielles et informatiques, les réseaux, les services et
les biens matériels dont la perturbation ou la destruction aurait de
Canada sérieuses conséquences pour la santé, la sécurité ou le bien être
économique des Canadiens et des Canadiennes, ou pour le
fonctionnement efficace des gouvernements au Canada.
Source : Ollinger, 2007, pp. 19-20

une mise en conformité avec la directive de sécurité du sec- État d’avancement des travaux nationaux
teur dont ils dépendent. S’il est relativement aisé de lister, voire de comparer, les divers
dispositifs législatifs et réglementaires qui ont été récemment
Pour répondre à la question « protéger comment ? », là
promulgués dans tous les pays industrialisés dans le cadre de
encore les points de vue ou les cultures nationales diffèrent :
les modalités du partenariat public/privé pour réduire les vul- la protection des infrastructures critiques, ce quelle que soit la
nérabilités des infrastructures privées sont plutôt technocra- dénomination que chaque nation donne à cette notion, il est
tiques en France, en ce sens qu’elles sont décidées par l’État, en revanche beaucoup plus difficile de donner à voir un état
mais pèsent potentiellement assez lourdement sur le secteur d’avancement des travaux en cours sous ce registre, dans pra-
privé lui-même ; inversement, le système décisionnel tel que tiquement quelque pays que ce soit. Rares sont en effet les
prévu dans la plupart des autres pays (États-Unis, Canada, nations qui communiquent avec transparence sur leurs avan-
Royaume-Uni, Allemagne) semble davantage favoriser la cées et difficultés propres à mettre en œuvre les vastes pro-
coopération entre sphère publique et sphère privée (Ollinger, grammes qu’elles se sont donnés en la matière. Les pionniers
2007, op. cit., pp. 33-34). américains du sujet ont toutefois fait état d’un engorgement

10 Dossier
Galland - Infrastructure critique

Tableau 3. Critical infrastructures – Some definitions


Definition Source
Critical infrastructure consist of those physical and information technology facilities, networks, services EU
and assets which, if dirupted or destroyed, would have a serious impact on the health, safety, security
Systems and assets, whether physical or virtual, so vital to the United States that the incapacity or desc- US
truction of such systems and assets would have a debilitating impact on security, national economic Patriot act
security, national public health or safety, or any combination of those matters
“An infrastructure that is so vital that its incapacitation or destruction would have a debilitating impact US- PCCIP
on defence or economic and national critical infrastructures”
National Critical Infrastructures refers to those physical and information technology facilities, networks, Canada
services and assets, that if disrupted or destroyed, would have a serious impact on health, safety, security
or economic well-being of Canadians or the effective functioning of governments in Canada
Critical infrastructures is those facilities, services and information systems which are so vital to nations NATO
that their incapacity or destruction would have a debilitating impact on national security, national econo-
my, public health and safety and the effective functioning of the government
Organisations or institutions which are of essential importance to society, the failure or disruption of Switzerland
which will cause long-term bottlenecks in the supply chain or have other dramatic consequences for
large sections of the population
Critical infrastructures (CI) include organizations and systems with tremendous importance for the society Germany
that, if disrupted, would have sustained influence on supply chains and public safety and could lead to

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


further dramatic consequences
Infrastructures are deemed critical if they constitute an essential, indispensable facility for society, and if Nederland
their disruption would rapidly bring about a state of emergency or could have adverse societal effects in
the longer term
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

Those assets, services and systems that support the economic, political and social life of the UK whose UK
importance is such that any entire or partial loss or compromise could : cause large scale loss of life,
have a serious impact on the national economy, have other grave social consequences for the communi-
ty or be of immediate concern to the national government
Critical infrastructure is those assets and systems which are essential to uphold the critical functions of Norway
the society which again meets the basic needs of society and the feeling of security in the population.
Critical infrastructure includes the following infrastructures : electric power, electronic communication,
water and wastewater, transport, oil/gas and satellite-based infrastructure. Critical society functions
includes banking, food, health and social security services, police, rescue and emergency service, crisis
management, government, court of justice, defence, environmental monitoring and waste management
Source : Rostum et al., 2008, p. 12
rapide de la base de données ouverte à cette occasion (Natio- Côté français, il est difficile de se faire une idée de l’état
nal Asset Database) et d’incohérences dues à l’inconsistance d’avancement réel des travaux dans les divers secteurs : certes
des définitions : l’ensemble des transports de la baie de San le Secrétariat Général à la Défense Nationale (SGDN) indi-
Francisco se trouvait ainsi faire l’objet d’un item unique, alors quait en 2008 qu’à la suite de l’élaboration des directives
que New York avait entré séparément 739 stations de métro
nationales de sécurité, 150 opérateurs d’importance vitale
dans la base. Et surtout, de nombreux items (stations-service
avaient été désignés dans sept secteurs, dont l’alimentation, la
par exemple) étaient entrés et renseignés, ou pas, selon les col-
lecteurs d’informations (Ollinger, 2007, op. cit., p. 35). Ces gestion de l’eau, l’énergie, la santé et les transports et que ces
dysfonctionnements notables ont entraîné, à partir de leur opérateurs avaient commencé à élaborer leurs plans de sécu-
constat en 2006, un travail de révision des critères de ladite rité (Delon, 2008) ; ce qui n’empêchait pas ce même SGDN de
National Asset Database. reformuler au même moment les règles du jeu (19).

Dossier 11
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

On peut toutefois conclure de cette rapide mise en pers- de caractériser ce que cette notion apporte ou transforme par
pective internationale que la notion d’infrastructure critique rapport à l’appréhension commune et partagée que pouvaient
s’est imposée avec force, dans toute son imprécision et ses avoir traditionnellement les pays industrialisés de leurs propres
variantes nationales, comme une manière de formuler un infrastructures « vitales » ou « stratégiques », jusqu’aux années
ensemble de questions nouvelles posées aux pays industriali- 1970 ou 1980. On proposera très schématiquement
sés. Les administrations de ces pays tentent actuellement, dans trois innovations, ou en tout cas trois « sauts cognitifs » de
une urgence et une discrétion supposées impératives, d’ap- natures fort différentes :
porter des réponses pragmatiques à ces questions, ceci avec – la notion, moderne, d’infrastructure critique, est forte-
beaucoup de difficultés et des incompréhensions multiples ment liée au développement de nouvelles formes de terroris-
entre protagonistes. me, dans les pays industrialisés et dans le monde, depuis une
vingtaine d’années ; en ce sens, elle ajoute une question épi-
L’une des raisons, sans doute, à la fois du succès de la
neuse mais indiscutablement importante à l’appréhension de
notion et de ses difficultés pratiques de mise en œuvre, tient
la sécurité des infrastructures telle qu’elle était pensée jusque-
au fait qu’en même temps qu’elle recense sans cesse de nou-
là ;
velles sources de danger, elle ne se « définit » finalement que
– même si ce second point est moins radicalement neuf,
par l’intensité des conséquences de ces dangers. Or si l’on
elle a également pour originalité d’intégrer le fait que les sys-
recherche les causes possibles de toutes les catastrophes ima-
tèmes d’information désormais associés aux infrastructures
ginables, n’importe quoi peut être qualifié d’infrastructure cri-
puissent être source de vulnérabilités spécifiques pour les
tique – y compris une station-service, pourquoi pas ? : il suf-
infrastructures en question et (ou) pour les populations qui en
fit ainsi que par un « effet domino » non prévu ou par une anti-

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


dépendent ; de plus, via ou non ces systèmes d’informations,
cipation volontaire de nature malveillante, un incendie né
elle pointe les vulnérabilités nouvelles liées aux intercon-
dans une station-service gagne des réseaux voisins (de gaz ou
nexions croissantes entre réseaux ;
de transport en commun par exemple) pour transformer l’inci-
– dans le contexte de dérégulation des services en réseaux,
dent en catastrophe. Connaissant l’interconnexion croissante
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

désormais quasiment mondial, la notion d’infrastructure cri-


des réseaux ou l’imagination des terroristes, qu’est-ce qui per-
tique interroge les nouveaux types de défaillances qui peuvent
met d’éliminer a priori tel ou tel réseau, site ou lieu public du
être consécutives aux difficultés de rapports entre régulateurs
recensement de l’ensemble des infrastructures critiques natio-
et régulés ou entre secteurs public et privé.
nales, si on ne peut pas être certain qu’il n’y adviendra pas un
jour une catastrophe d’une certaine ampleur ?
LES (NOUVELLES) VULNÉRABILITÉS DES RÉSEAUX
Le problème des infrastructures critiques fait partie de la
Pour restreindre quelque peu un domaine de réflexion qui n’a
famille des problèmes « pernicieux » (20) en ce sens, comme
que trop tendance à s’agrandir et se disperser sans cesse, on
les décrivent certains auteurs nord-américains (Rittel et
voudrait dans ce dernier chapitre porter une attention particu-
Webber, 1973, cités par (La Porte, 2006)), qu’il n’aura jamais
lière à la question des réseaux et, en s’aidant de quelques
de formulation définitive, et qu’il est difficile de dire quand il
apports académiques récents, réinterroger la question de
sera réglé. D’ailleurs, différentes parties prenantes peuvent
leur(s) vulnérabilité(s), compte tenu des « sauts cognitifs » lis-
décrire le même problème pernicieux de façons très diffé-
tés ci-dessus. Pour ce faire, on reviendra d’abord rapidement
rentes. Et, plus grave est que les analystes travaillant sur ce type
sur la montée en puissance de la notion même de « vulnéra-
de problèmes n’ont pas le luxe de pouvoir se tromper ni d’ap-
bilité », avant de la confronter à celle des réseaux.
prendre par des procédures essai/erreur.

Nonobstant toutes ces difficultés pratiques, on voudrait L’irrésistible promotion


cependant tenter d’organiser quelques pistes de réflexion et de de la notion de vulnérabilité (21)
recherche qui ont émergé ces dernières années, notamment à D’un point de vue académique, les recherches sur la « vulné-
la faveur du bouillonnement intellectuel généré par le succès rabilité » ont débuté dans l’entre deux guerres aux États-Unis,
de la notion d’infrastructure critique. On peut en effet essayer sous l’impulsion essentielle de géographes de l’Université de

12 Dossier
Galland - Infrastructure critique

Chicago, qui avaient pris pour objet d’étude les risques natu- si la question de la vulnérabilité des réseaux, des territoires,
rels. Puis, les travaux des chercheurs de la Natural Hazard des populations, avait pris le pas, tant aux plans pratique que
Research School se sont développés dans les années 1950- théorique, sur la réflexion sur les aléas, sur le travail d’analyse
1970, en réaction et en opposition à la vision dominante du des phénomènes sources de dangers. Cette inversion de pers-
moment aux États-Unis en matière d’appréhension des catas- pective présente à la fois un avantage, celui d’une vision a
trophes naturelles. En effet, l’essentiel du potentiel de priori plus globale des phénomènes étudiés, mais aussi de
recherche nord-américain était alors concentré sur l’étude des graves inconvénients, pièges ou chausse-trappes possibles,
« aléas » (hazards), c’est-à-dire sur l’étude des causes des phé- susceptibles de mener à d’importantes dérives.
nomènes physiques (inondations, séismes, etc.) susceptibles
de provoquer des dégâts importants, humains et matériels, à Risque et menace
certains endroits du territoire. L’apport des géographes nord- La rapidité avec laquelle le gouvernement américain, suite à
américains (Burton et al., 1978) a été d’insister sur le fait que l’attentat du 11 septembre 2001, a re-hiérarchisé sa perception
la focalisation sur l’étude du seul processus physique ne per- des dangers divers susceptibles de concerner les citoyens amé-
mettait pas de comprendre la survenance, ou en tout cas l’im- ricains, en accordant immédiatement de ce point de vue la
portance des catastrophes : d’une part bien sûr, la densité des première place à la lutte contre le terrorisme, a certes été
populations dans les zones concernées par les aléas était un dénoncée en son temps, en particulier en Europe. Est davanta-
premier grand facteur discriminant quant à l’importance des ge passé inaperçu, ou a été finalement assez peu discuté, le
désastres possibles ; mais d’autre part, même à densités de fait que cette évolution somme toute locale allait avoir un
populations concernées globalement comparables, deux sites impact international non négligeable et introduire une certai-

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


soumis à des événements sensiblement équivalents pouvaient ne confusion sur le sens des mots. En schématisant à peine, à
éviter ou non de tomber dans une situation catastrophique. partir du moment où la lutte contre le terrorisme prend le pas
Ainsi, dès les années 1970, l’idée que la vulnérabilité des sur la prise en compte d’un certain nombre d’autres fléaux,
populations concernées était tout aussi digne d’intérêt que plus classiques (catastrophes naturelles, risques technolo-
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

l’étude des aléas naturels a commencé à faire son chemin. giques ou des transports), la notion de risque elle-même tend
Ces travaux pionniers ont eu deux conséquences majeures aux États-Unis, et parfois ailleurs, à disparaître au profit d’une
dont les effets sont toujours actuels. La vulnérabilité a été peu autre notion présentée comme plus globale et plus moderne,
à peu érigée en concept incontournable pour l’appréhension celle de menace (24).
des catastrophes, d’abord naturelles, puis technologiques. Le débat scientifique sur les avantages et inconvénients de
D’un côté, ceci a donné lieu à une série de travaux, toujours fondre la notion de risque dans celle de menace n’a eu lieu
en cours et plutôt portés par des économistes, sur le « coût du semble-t-il que de manière très périphérique, et pas beaucoup
risque » (22) ; de l’autre, les recherches menées plutôt à partir plus en Europe (25) qu’aux États-Unis (26). De part et d’autre
des autres sciences sociales n’ont depuis cessé de se dévelop-
de l’Atlantique, chercheurs et praticiens se sont plutôt attelés à
per et de se raffiner pour cerner au mieux les différentes
la question de la vulnérabilité de leurs infrastructures critiques
variantes possibles de la notion de vulnérabilité, ainsi que
nationales, sans plus trop distinguer l’origine (intentionnelle
celles de notions proches, antonymes ou complémentaires
ou non intentionnelle) des phénomènes redoutés. Il y aurait
(23).
pourtant là matière à discuter vis-à-vis d’au moins deux types
Depuis les années 2000, on peut constater finalement que de questions (Brodeur, 2006 ; Galland, 2006) :
les recherches sur la vulnérabilité ont continué de se multi- – la vulnérabilité d’un réseau (de transport en commun par
plier, en s’autonomisant des travaux centrés sur les aléas et sur exemple) peut-elle être estimée de la même manière selon
les causes des événements redoutés. L’inflation des travaux sur qu’on la réfère aux risques du transport et aux perturbations
les infrastructures critiques a globalement contribué à renfor- accidentelles qui peuvent l’affecter, ou à des intentions mal-
cer ce phénomène, même si beaucoup traitent, implicitement veillantes diverses (bombe, gaz toxique, etc.) ? Les actions
ou explicitement, d’aléas particuliers. Tout se passe désormais, envisagées pour contrer telle ou telle menace terroriste ne
à l’inverse de la situation d’origine décrite plus haut, comme peuvent-elles pas entrer en contradiction avec celles qui visent

Dossier 13
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

à réduire la vulnérabilité des réseaux à des risques accidentels Dans l’ensemble de ces réflexions sur les risques
pré-identifiés ? de ruptures de flux, on retrouve des distinctions traditionnelles
– au moment où il est admis qu’une gestion des risques entre « réseau-support » et « réseau-service » (Curien, 1993 ;
« moderne » passe de plus en plus par l’implication des Blancher, 1998). Mais sur ces bases, certains tentent de modi-
diverses parties prenantes, et notamment par celle des usagers fier ou de préciser les typologies existantes. La vulnérabilité
ou des publics concernés, ces principes de saine « démocra- matérielle d’un réseau-support n’engendre pas forcément une
tie technique » sont-ils compatibles avec la pratique du secret vulnérabilité fonctionnelle du réseau-service associé ; mais les
qui, il est vrai parfois non sans raison, accompagne les ripostes rapports entre ces deux types de vulnérabilités dépendent de
ou anticipations des gestionnaires vis-à-vis de menaces de la focale avec laquelle on regarde le réseau en question : à une
type terroriste ? certaine échelle d’observation et vis-à-vis de certains réseaux
tout au moins, on peut ainsi mettre en évidence une vulnéra-
Interdépendances et dépendance bilité « structurelle » desdits réseaux (Gleyze, 2005).
Une bonne part des travaux de recherche sur la vulnérabilité
des réseaux s’oriente désormais principalement vers l’étude Interconnexions et rapports public/privé
des interdépendances entre les réseaux, matériels et immaté- Ce type de vulnérabilité particulière lié à la rupture du flux
riels, et tente de quantifier et de hiérarchiser les conséquences d’approvisionnement des usagers, par exemple en énergie
possibles d’effets dominos. Là encore, le plus souvent, les électrique, a donné lieu ces dernières années à une série de
chercheurs travaillent sur la base d’événements déclencheurs travaux, académiques ou issus du milieu professionnel, qui
fort divers (catastrophe naturelle, rupture accidentelle d’un interroge l’évolution des rapports public/privé à partir de cette

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


réseau d’approvisionnement « vital » tel l’eau ou l’électricité, question spécifique. Le grave incident survenu dans la nuit du
attaque terroriste, etc.) pour tenter de qualifier les interdépen- 4 au 5 novembre 2006, qui a vu une bonne part des habitants
dances entre les réseaux ainsi que leurs conséquences poten- du nord de l’Europe se trouver privée d’électricité pendant
tielles (Zimmerman et Restrepo, 2009). Bien des auteurs, qu’ils plusieurs heures, ceci à partir d’un événement initiateur bénin
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

soient spécialistes de sciences physiques ou de sciences (28), a ainsi contribué à déclencher une série de réflexions.
sociales, tentent d’inventer ou de généraliser de nouveaux Dans son rapport consécutif à l’incident (UCTE, 2007),
concepts, tels ceux de « courbe de fragilité » (27) ou de « cri- l’Union for the Co-ordination of Transmission of Electricity,
ticalité auto organisée » (Koubatis et Schönberger, 2005), pour qui regroupe l’ensemble des gestionnaires de réseaux euro-
qualifier la vulnérabilité ou la résilience des réseaux à ces péens, partait elle-même du constat d’un usage dévié de l’in-
effets dominos. terconnexion des réseaux électriques européens par rapport à
ses buts initiaux. En effet, l’interconnexion des réseaux élec-
D’autres recherches, de nature sensiblement différente, triques européens, développée depuis une cinquantaine d’an-
tentent de cerner la dépendance des usagers à un, des réseaux, nées, avait pour raison originelle que puisse être assurée une
ou à des « morceaux » de réseaux. La vulnérabilité d’un terri- assistance réciproque entre les divers producteurs d’énergie
toire est alors fonction de la capacité, ou plutôt de l’incapaci- nationaux, afin que soit maintenue la sécurité d’approvision-
té, de ses habitants à bénéficier à nouveau d’un niveau de ser- nement de l’ensemble des usagers européens, en dépit d’aléas
vice équivalent vis-à-vis d’une prestation donnée (fourniture locaux ou nationaux. Mais, depuis la fin des années 1990, et
d’électricité par exemple), en cas de défaillance du principal en particulier depuis la déréglementation du secteur électrique
moyen de fourniture de ce service. Dans le cas de la fournitu- en Europe et la fin des monopoles territoriaux, les échanges
re d’électricité, on peut ainsi dresser des cartes de vulnérabili- entre réseaux, notamment de part et d’autres des frontières
tés différentielles de territoires vis-à-vis de leurs accès respec- nationales, échanges qui se sont d’ailleurs beaucoup ampli-
tifs au réseau national : ceux qui disposent de davantage de fiés, tiennent bien davantage à des considérations écono-
possibilités de branchement sont moins vulnérables que ceux miques et commerciales de la part des opérateurs, qu’aux
qui n’ont qu’un accès au réseau principal, accès « critique » objectifs initiaux d’assistance mutuelle. Nos grands ou petits
pour eux, dont ils seront forcément dépendants (Bouchon, opérateurs de réseaux obéissent en effet désormais aux règles
2006). du marché et réagissent bien plus que dans le passé à leurs

14 Dossier
Galland - Infrastructure critique

propres contraintes de coût ou de gestion, ainsi qu’à leurs poursuivi, suggère deux constats fort différents.
opportunités économiques et commerciales, que celles-ci
D’un côté, il est clair que l’expression « infrastructure cri-
concernent physiquement, ou pas, leur territoire national
tique » est loin d’être stabilisée – et ne le sera peut-être jamais,
d’origine. Dans ces conditions, au fur et à mesure de l’entre-
tant du côté des opérationnels que des chercheurs. Le problè-
croisement des actions multiples de tous ces opérateurs et de
me, tel qu’il s’est imposé, est pernicieux : dans un contexte
la montée en complexité des systèmes, la sécurité globale de
(supposé) d’urgence et de grande gravité, il ne s’agit rien
l’ensemble vis-à-vis d’une panne généralisée devient une
moins, pour le monde académique, que de structurer cette
« externalité » (Auerswald et al., 2006, p. 9) (29) pour ces mul-
« nouvelle question » aux contours mal définis, afin d’aider les
tiples opérateurs.
gouvernements et le secteur privé à la « résoudre » rapide-
Mais comment faire en sorte d’obliger les opérateurs à ré- ment, ceci d’ailleurs plutôt de manière confidentielle compte
internaliser cette « externalité de sécurité » ? Cette question tenu de son caractère « sensible ». D’où sans doute, en parti-
reste sans réponse pour le moment : du côté de la sphère culier du côté du milieu académique nord-américain, une cer-
publique, et si l’on considère par exemple le cas européen, il taine propension à s’engager dans des luttes définitionnelles,
semble que ni les États nationaux, ni l’Union Européenne bien des chercheurs proposant des concepts opératoires issus
n’aient les moyens d’obliger les opérateurs à faire en sorte que de leurs propres domaines de compétences et cherchant à les
certaines fragilités constatées soient corrigées, l’Union Euro- monter en généralité pour traiter tout ou partie du sujet. D’où
péenne se reposant d’ailleurs sur la communauté des gestion- en tout cas des malentendus, des quiproquos et surtout des
naires de réseaux elle-même (en matière électrique, l’UCTE débats mal ouverts ou non explicités. On remarquera en par-
précitée) vis-à-vis de ce problème nouveau (Leleurtois, 2007). ticulier que la notion de vulnérabilité, qui est entre-temps

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


Mais se reposer intégralement sur les opérateurs pour réduire devenue tout aussi prépondérante et ambiguë que celle d’in-
des « externalités de sécurité » pourtant régulièrement consta- frastructure critique, donne lieu à des présupposés ou à des
tables au sein de grands réseaux interconnectés n’est pas for- généralisations abusives ; et que les articles des chercheurs qui,
cément non plus la bonne solution. Avant de responsabiliser par exemple, vantent les avantages des approches globales de
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

chacun de ces opérateurs, il faudrait être en mesure de la vulnérabilité des systèmes ou des réseaux à partir de
répondre à la question suivante, digne de la théorie des jeux : « risques et menaces confondus » (Ayyub et al., 2007), sont
« jusqu’à quel point un agent (un individu, une organisation, rarement confrontés aux approches qui préfèrent plutôt analy-
une entreprise) va-t-il investir dans des mesures de protection ser chaque scénario catastrophique séparément, depuis ses
concernant la portion de réseau qu’il a en charge, alors qu’il origines spécifiques jusqu’à ses conséquences, toutes aussi
est connecté avec ou dépendant d’autres agents responsables spécifiques (Haimes, 2009).
d’autres parties du réseau, parties dont la défaillance compro-
Pour résumer, à défaut d’être en mesure d’ouvrir un grand
mettrait de toute façon ses propres opérations ? » (Heal et al.,
débat sur l’utilité, les bénéfices et les inconvénients du
2006, p. 258).
concept d’infrastructure critique, le monde académique,
essentiellement anglo-saxon, s’est lancé dans une grande
CONCLUSION
variété de recherches à propos de cette notion ambiguë, de
Depuis une quinzaine d’années, et particulièrement depuis manière plutôt désordonnée.
l’attentat terroriste du 11 septembre 2001 à New York, la ques-
D’un autre côté, le survol effectué ici de l’abondante litté-
tion de la protection des infrastructures critiques suscite, prio-
rature désormais consacrée à ce thème ne permet en aucune
ritairement aux États-Unis mais aussi à des degrés divers dans
façon de conclure à son inanité. Même si l’on peut juger que
l’ensemble du monde industrialisé, une effervescence intel-
le problème est globalement mal posé, certaines des réponses
lectuelle et des programmes de travail importants, qui concer-
qui lui sont données ou certaines des pistes de recherche qui
nent tant les gouvernements que certains opérateurs de réseau.
sont désormais défrichées dans ce cadre ne manquent pas
Le présent examen critique de la notion d’infrastructure d’intérêt, s’agissant notamment du partage des compétences et
critique, même s’il n’est qu’exploratoire et mériterait d’être des responsabilités entre les secteurs public et privé vis-à-vis

Dossier 15
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

de la sécurité de réseaux de plus en plus interconnectés. Jean-Pierre Galland est chercheur au LATTS (Laboratoire Techniques,
Qu’on le veuille ou non, l’émergence et la montée en puis- Territoires, et Sociétés ; UMR CNRS 8134, Université Paris-Est) et
maître de conférence à l’École des Ponts ParisTech.
sance de la notion d’infrastructure critique a puissamment
Ses travaux portent sur l’évolution des modes de prise en compte et de
contribué à renouveler un certain nombre de thématiques de régulation des risques, en particulier technologiques et des transports.
recherche, outre-Atlantique en tout cas. C’est donc en appro- Ils s’appuient notamment sur des comparaisons internationales entre
fondissant la confrontation avec cette production foisonnante pays industrialisés et sur l’étude de l’impact de la construction
européenne dans ces mutations.
qu’il conviendra de poursuivre à la fois la critique de la notion
galland@enpc.fr
d’infrastructure critique et les recherches sur la ou les vulnéra-
bilités des réseaux.

NOTES
(1) Les premiers articles scientifiques consacrés aux infra- pouvant être utilisés pour identifier ces infrastructures euro-
structures critiques ont été publiés dans des revues générales péennes », EUROPA Press Releases IP/07/133. Ce communi-
consacrées à la sécurité ou dans des revues techniques, de qué, daté du 2 février 2007, se termine par la phrase suivante :
génie civil par exemple. Désormais, deux revues spécifiques « Vu la sensibilité du document, il n’est pas disponible pour le
sont de plus dédiées au sujet : l’International Journal of Critical public ».
Infrastructures (créé en 2004) et l’International Journal of Criti- (12) Directive 2008/114/CE du Conseil du 8 décembre
cal Infrastructure Protection (créé en 2008). Une rapide inter- 2008 concernant le recensement et la désignation des infra-
rogation via le moteur de recherche Publish or Perish montre structures critiques européennes ainsi que l’évaluation de la
que le nombre d’articles scientifiques répertoriés qui compor- nécessité d’améliorer leur protection.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


tent l’expression critical infrastructure dans leur titre est passé (13) La Commission prend des mesures pour protéger l’Eu-
de 0 en 1995 à 20 en 2000, 43 en 2002, pour atteindre 93 en rope des cyberattaques, EUROPA Press Release IP/09/494 (30
2007 et 88 en 2008. Mars 2009). L’objet de ce communiqué concerne cette fois les
(2) Clinton W. J., « US Policy on Counter Terrorism », Presi- Infrastructures d’information critiques européennes.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

dential Decision Directive 39, June 21, 1995. Cité par (Lopez, (14) Avec une évolution explicite outre-Atlantique : à partir
2006). de 2006, suite à la catastrophe Katrina (2005), le National Infra-
(3) Critical Foundations : Protecting America’s Infrastruc- structure Protection Plan américain a commencé à évoquer
tures, octobre 1997. une approche « multi risques » (« all hazards »).
(4) Pendant quelques jours de mars 2001, plus d’un million (15) Ainsi les Pays-Bas ont-ils exprimé que leur risque
de foyers californiens sont privés d’électricité ; mais d’autres majeur national, vis-à-vis de leurs propres infrastructures cri-
black-out avaient eu lieu dans les années précédentes. tiques, résidait dans certaines conséquences attendues du
(5) Bush G., « Establishing the Office of Homeland Securi- réchauffement climatique.
ty », Executive Order 13228, 8 octobre 2001. (16) N° 58-1371 du 29 décembre 1958, cité par (Ollinger,
(6) « Critical Infrastructure Protection in the Information 2007, p. 13).
Age », Executive Order 13231, 16 octobre. (17) Loi N° 2005-1550 du 12 décembre 2005 et décret N°
(7) National Strategy for the Physical Protection of Critical 2006-212 du 23 février 2006 relatif à la sécurité des activités
Infrastructures and Key Assets d’importance vitale.
(8) Ce qui fait dire à certains commentateurs qu’« à chaque (18) La notion française de « point d’importance vitale »
fois que le gouvernement tente de dresser la liste des infrastruc- constitue donc la traduction locale de celle « d’infrastructure
tures critiques, celle-ci s’allonge » (Auerswald et al., 2006, p critique ».
12). (19) Instruction générale interministérielle relative à la sécu-
(9) Department of Homeland Security. rité des activités d’importance vitale, SGDN, 26 septembre
(10) Information Analysis and Infrastructure Protection. 2008.
(11) « Comment peut-on mieux protéger les infrastructures (20) « wicked problem » (La Porte, 2006)
critiques européennes dans les secteurs de l’énergie et des (21) Pour une présentation plus détaillée, voir (Reghezza,
transports si on ne sait pas les identifier ? Afin de répondre à 2006).
cette question primordiale, la Commission européenne a (22) Le risque (par exemple naturel) ayant alors été défini
aujourd’hui adopté une Communication qui décrit des critères comme le produit de l’aléa (en termes de probabilités d’occur-

16 Dossier
Galland - Infrastructure critique

rence d’une inondation par exemple) par la vulnérabilité (des propre approche de leurs infrastructures critiques.
populations, des ouvrages, des infrastructures) a priori concer- (26) On notera toutefois la réaction d’un des chercheurs
nés. nord-américains les plus reconnus sur le thème des organisa-
(23) Les multiples travaux menés dans le cadre de la Décen- tions face aux risques, qui explique les nombreuses erreurs de
nie Internationale pour la Réduction des Catastrophes Natu- la FEMA (Federal Emergency Management Agency) dans la
relles, instaurée en 1990 sous l’égide de l’ONU, ont beaucoup gestion de la catastrophe « Katrina » (2005) par une trop bruta-
contribué à l’essor des notions de vulnérabilité et de résilience. le réorientation des missions de cette dernière dans la lutte
Cette dernière notion rend compte de la capacité d’une entité contre le terrorisme (Perrow, 2006).
donnée à absorber un choc, tout en maintenant ses fonctions, (27) « fragility curve » (Simpson et al., 2005).
ou à se réorganiser rapidement suite à une perturbation. (28) La décision, prise par un gestionnaire local (norvégien)
(24) Sur le site web du DHS, on trouve actuellement de réseau électrique, de neutraliser provisoirement une ligne à
(décembre 2009) la phrase suivante : “The Department of très haute tension pour prévenir tout incident lors du passage
Homeland Security has a vital mission : to secure the nation d’un navire sous ladite ligne, a déclenché une série de sur-
from the many threats we face. This requires the dedication of charges en cascades dans le réseau électrique norvégien, puis
more than 230,000 employees in jobs that range from aviation européen, provoquant in fine un gigantesque black-out.
and border security to emergency response, from cybersecurity (29) Les auteurs inventent le concept d’« externalité de
analyst to chemical facility inspector. Our duties are wide-ran- sécurité » (security externality) pour les réseaux sur le modèle
ging, but our goal is clear – keeping America safe”. des « externalités environnementales », baptisées ainsi lorsqu’il
(25) La Commission Européenne ayant choisi, comme dit s’est agi de calculer le coût des nuisances industrielles et d’es-
plus haut, de laisser ses propres États membres décider de leur sayer de faire porter ce coût par les industriels eux-mêmes.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


BIBLIOGRAPHIE
Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

AUERSWALD P.E., BRANSCOMB L.M., LA PORTE T.M., MICHEL- COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES, 2005, Livre vert
KERJAN E.O. (eds), 2006, Seeds of Disaster, Roots of Respon- sur un programme européen de protection des infrastruc-
se. How private action can reduce public vulnerability, New tures critiques, 17/11/2005, COM 576 final.
York, Cambridge University Press CURIEN N., 1993, « “Réseau” : du mot au concept », Flux, n°13-
AUERSWALD P.E., BRANSCOMB L.M., LA PORTE T.M., MICHEL- 14, juillet-décembre, pp. 52-55.
KERJAN E.O., 2006, “Where private efficiency meets public DELON F., 2008, « Protection et résilience des activités d’impor-
vulnerability ; the critical infrastructure challenge”, in : tance vitale : pour une coopération renforcée entre État et
Auerswald P.E. et al. (eds), Seeds of Disaster, Roots of Res- opérateurs », Défense, n°135, septembre-octobre, p. 7.
ponse. How private action can reduce public vulnerability, GALLAND J.-P., 2006, « Gestion des risques, lutte contre le terro-
New York, Cambridge University Press, pp. 3-16. risme », Revue Canadienne de Criminologie et de Justice
AYYUB B.M., MC GILL W.L., KAMINSKIY M., 2007, “Critical Asset Pénale, vol. 48, n°3, juin, pp. 359-381.
and Portfolio risk analysis : An All- Hazard Framework”, GLEYZE J.-F., 2002, La vulnérabilité structurelle des réseaux de
Risk Analysis, vol. 27, n°4, pp. 789-801. transport dans un contexte de risques, thèse de doctorat,
BLANCHER P. (dir.), 1998, Risques et réseaux techniques urbains, Université Denis Diderot/Paris VII
Collections du CERTU HAIMES Y.Y., 2009, “On the complex definition of risk : a system-
BOUCHON S., 2006, « L’application du concept de vulnérabilité based approach”, Risk Analysis, vol. 29, n°12, pp. 1647-
aux infrastructures critiques : quelles implications pour la 1654.
gestion territoriale des risques ? », Responsabilité et Envi- HEAL G., KEARNS M., KLEINDORFER P., KUNREUTHER H., 2006,
ronnement, n°43, juillet, pp. 35-40. “Interdependent Security in Interconnected Networks”, in :
BRODEUR J.-P., 2006, « Le risque et la menace », Revue cana- Auerswald P.E. et al. (eds), Seeds of Disaster, Roots of Res-
dienne de Criminologie et de Justice Pénale, vol. 48, n°3, ponse. How private action can reduce public vulnerability,
juin, pp. 491-498. New York, Cambridge University Press, pp. 258-275.
BURTON I., KATES R.W., WHITE G.F., 1978, The environment as KOUBATIS A., SCHÖNBERGER J.Y., 2005, “Risk management of
hazard, New York, Guilford Press complex critical systems”, International Journal of Critical

Dossier 17
Flux n° 81 Juillet - Septembre 2010

Infrastructure, vol.1, n°2/3, pp. 195-215. REGHEZZA M., 2006, Réflexions autour de la vulnérabilité métro-
LA PORTE T.M., 2006, “Organizational Strategies for Complex politaine: la métropole parisienne face au risque de crue
System Resilience, Reliability, and Adaptation”, in : centennale, thèse de doctorat, Université de Nanterre/Paris X
Auerswald P.E. et al. (eds), Seeds of Disaster, Roots of Res- RITTEL H., WEBBER M., 1973, “Dilemmas in a General Theory of
ponse. How private action can reduce public vulnerabili- Planning”, Policy Sciences, n°4, pp. 155-169.
ty, New York, Cambridge University Press, pp. 135-153. ROSTUM J., NOVEMBER V., VATN J. (eds), 2008, Proactive Crisis
LELEURTOIS J.-P., 2007, « Le délestage du 4 novembre 2006 : une Management of Urban Infrastructure, Rapport du Cost 19
panne de démocratie technique ? », Réalités industrielles, Urban Civil Engineering, Bruxelles, European Science
août, pp. 11-16. Foundation
LOPEZ B., 2006, “Critical Infrastructure Protection in the United SIMPSON D.M., ROCKAWAY T.D., WEIGEL T.A., COOMES P.A.,
States since 1993”, in : Auerswald P.E. et al. (eds), Seeds of HOLLOMAN C.O., 2005, “Framing a new approach to critical
Disaster, Roots of Response. How private action can reduce infrastructure modelling and extreme events”, International
public vulnerability, New York, Cambridge University Press, Journal of Critical Infrastructure, vol. 1, n°2/3, pp. 125-142.
pp. 37-50. UCTE, 2007, System Disturbance on 4 November 2006, Final
OLLINGER E., 2007, Infrastructures critiques ; construction d’une report
méthode d’identification, thèse professionnelle, Master ZIMMERMAN R., RESTREPO C., 2009, “Analyzing Cascading Effects
d’action publique, École des Ponts ParisTech, MEDAD within Infrastructure Sectors for Consequence reduction”,
PERROW C., 2006, “Using Organizations, the case of FEMA”, 2009 IEEE International Conference on Technologies for
article en ligne Homeland Security, HST 2009, Waltham, USA
http://understandingkatrina.ssrc.org/Perrow/printable.html

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis


Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.140.217.178 - 08/10/2018 12h46. © Métropolis

18 Dossier