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LE JOURNAL DU CENTRE MERCREDI 12 FEVRIER 2020 29

L’ENTRETIEN
Sportsdu mercredi

« Éternel espoir ? Oui, peut-être »


N iché au cœur de Ne­
vers, Antoine
De Wilde chérit son
havre. « Pas grand monde
ne vient ici. » Ici, c’est
Antoine De Wilde
Vous le reconnaissez, mais le connaissez-vous ? Le coureur
neversois, fasciné par le métier de pilote de chasse, est facile
SON CHIEN
« Junior mon
quand il s’agit de lutter contre le chrono. On a préféré
chez lui. « J’aime avoir
le mettre à l’épreuve du temps qui passe. dalmatien,
mon petit jardin secret.
Les gens ne rentrent pas compagnon
comme ça dans mon inti­ Owen Gourdin de course…
owen.gourdin@centrefrance.com
mité. » L’athlète et organi­ Je l’emmène
sateur de courses à pied,
« vingt­cinq ans de licence avec moi
à l’AON », a sa petite no­ depuis qu’il est
toriété. Mais dans l’ombre
d’Antoine De Wilde
tout petit.
(34 ans), le personnage “Droite”',
public, Antoine De Wilde, “gauche”, il
l’homme pudique.
m’écoute. Et
■ Oublions un temps les
chronos, les records, les ti-
surtout, il est
tres. Qui est Antoine De Wil- inépuisable ! »
de ? J’aime être tranquille,
au calme. C’est mon côté
solitaire. Je suis sensible,
aussi. C’est mon côté sen­
timental. Je ne traîne pas
dans les bars jusqu’à 2 h.
Le matin, je me lève tôt.
Le soir, je me couche tôt.
■ Une vie de sportif. L’hom-
me s’y retrouve ? La course
m’a tellement apporté. Pe­
tit, j’avais remporté une ■ SES 3 DATES
coupe, que mes parents
avaient installée dans leur 29 février 2004
brasserie. Ils étaient fiers, « Mon titre de champion
les clients étaient recon­ de France juniors de
naissants. Et on ne me cross-country. En Yvelines,
voyait plus comme ce ga­ là où je suis né. Ma vie a
min qui bégayait… changé, je me suis dit “Al-
■ Vous, le personnage pu- lez, tu es fait pour ça”. »
blic, habitué à prendre la
10 juin 2012
parole, bégayiez ? C’était
horrible. Je ne pouvais pas « Ma première victoire (il
enchaîner deux phrases en compte quatre) aux
sans buter. À l’école, je re­ Foulées du Gois. Philippe
doutais de lire à voix hau­ (Rémond) avait appelé
te. Mes premières fois l’organisation : “Mon pou-
avec un micro, devant du lain va gagner”. »
monde, c’était laborieux.
Aujourd’hui, ça va mieux. 16 juin 2013
Je baisse la voix, je respire. « La première édition de
La Bottine (course contre
■ Comment l’athlète s’est-il
le cancer). Ma mère a eu
mué en entrepreneur ? Je
un double cancer du sein.
m’entraîne tous les jours
pour battre mon record au Cette épreuve est née de
marathon (2 h 28’45’’). Je mes failles personnelles. »
suis un athlète avant
d’être un entrepreneur.
J’entends des gens me dire
“Il a arrêté”. C’est non.
■ Peut-être ont-ils le senti-
ment que vos plus belles an-
PHOTO PIERRE DESTRADE
nées sont derrière vous. Vo-
tre carrière a-t-elle été à la
hauteur de votre talent ? Je tionnel qui a tout misé sur steeple. J’avais même un choix. Après… Peut­être courir pendant deux ça aussi. J’ai des proches
me souviens d’une phrase la course. Aujourd’hui, il potentiel pour passer sous qu’il m’a manqué l’enca­ mois”, ça ne va pas me qui aimeraient courir, ne
de l’un de vos confrères : est médaillé olympique les 8’30’’. Mais j’ai basculé drement. Je ne jette pas la manquer. Ce qui me pas­ serait­ce que trente minu­
“Antoine De Wilde, l’éter­ (deux en argent, une en sur la route. pierre à l’AON, mais ma sionne, ce sont les rencon­ tes, ils ne peuvent pas.
nel espoir”. M’avait­elle bronze) sur 3.000 m stee­ blessure à un tendon tres. Philippe, Régis (Du­ Quand on peut, profi­
■ Pourquoi ? Je marche au d’Achille m’a poursuivi mange, président de
piqué ? Non, parce qu’il y ple. Moi, je sais que je ne tons. ■
participerai jamais aux coup de cœur. Philippe, pendant dix ans, je n’ai l’USON Nevers Rugby). Ma
a une part de vérité là­de­ c’est un modèle de pres­
dans. Jeux. pris la décision de me soi­ plus grande fierté, c’est ■ WEB
tance. Quand il vient chez gner qu’il y a un an et d’avoir fait de la Nièvre
■ Des regrets ? Non, je « Pas un jour moi, il fait des pompes sur demi. Il n’y avait pas un une terre de running. Il y a Éthiopie. En septem-
n’aime pas ce mot. où je ne boitais pas » la terrasse. Il m’a donné jour où je ne boitais pas, dix ans, j’étais seul en bre 2007, Antoine De Wilde
l’amour du marathon. je devais découper l’arriè­ bord de Loire. Dans ce croise, en France, les frères
■ Des explications, alors. Je ■ Pourquoi ne pas avoir in-
Quand un collectif fédéral re de mes chaussures. pays, qu’est­ce qui rappro­ Bekele dont Kenenisa, cham-
n’aurais peut­être pas dû sisté avec le 3.000 m stee- a baissé les minima pour pion olympique sur
commencer à organiser ple ? Sur cette distance, vous Aujourd’hui, je pourrais che les gens à part les grè­
par ticiper aux Jeux de profiter de l’expertise de ves ? Le sport. 10.000 m. Les deux coureurs
des courses il y a sept, devenez champion de Fran- Londres en 2012, j’y ai cru. éthiopiens invitent le Never-
huit ans. Cela m’a deman­ ce National en 2008… Ma l’USON Nevers Rugby. ■ Et ça fait votre bonheur ?
J’ai fait l’erreur de parler sois en stage à Addis-Abeba,
dé de l’énergie. Mais au rencontre avec Philippe des Jeux, on est vite reve­ ■ Courir, organiser, cross- J’ai trouvé ma voie à force début 2008. « Une claque.
moins, je voyais autre cho­ (Rémond, son entraîneur, nu à des minima classi­ country, piste, route… Pour- de courir et de faire courir. J ’ a i ra m a s s é p h y s i q u e -
se. Mahiedine (Mekhissi, double champion de Fran­ ques. quoi toucher à tout ? Cela Je connais quelqu’un qui a ment… » Le récit de cette
vice­champion de France ce de marathon), a été va vous paraître para­ quitté son canapé pour se rencontre entre deux mondes
de cross juniors en 2004 aussi exceptionnelle que ■ Toujours pas de regrets ? doxal, mais la course ne mettre à la course, et qui a est à découvrir sur
derrière… Antoine De Wil­ terrible. Je courais tou­ On ne m’a forcé à r ien. me passionne pas. Si on fini par faire le marathon www.lejdc.fr
de) est un athlète excep­ jours plus vite sur 3.000 m Ces choix, ce sont mes m e d i t “t u ne vas pl us de Berlin. C’est une fierté,