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RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE DÉMOCRATIQUE ET POPULAIRE

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique


Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene
Faculté de Génie Civil

Cours

Master 2 Hydraulique Urbaine

Dr. BOURAS Farida

Maître de Conférences « B » USTHB


Programme

Chapitre I : Développement durable.......................................................................................... 1

Chapitre II : Les stratégies du développement durables ........................................................... 8

Chapitre III : Gestion intégrée des ressources en eau........................................................…...16

Chapitre IV : Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau............................. 23


Chapitre I Développement durable

MANAGEMENT INTEGRE DES RESSOURCES EN EAU

Introduction
La gestion intégrée des ressources en eau est un nouveau concept de gestion qui vise d'une part
à satisfaire les besoins en eau des différents usagers sans pour autant compromettre la pérennité
des milieux naturels et des écosystèmes vitaux. Cette forme de gestion a été fortement appuyée
pour faire face aux impacts des changements climatiques sur les ressources en eau. Le but de la
gestion intégrée est d'assurer que l'eau et les ressources qui lui sont liées soient gérées de façon
durable pour répondre au bien-être environnemental, social et économique des usagers.
Confrontée à l’épineuse équation entre des ressources en eaux limitées et des besoins croissants
et diversifiés de la population, de l’industrie et de l’irrigation, l’Algérie veut opérer une rupture
avec la gestion passée en mettant en œuvre une nouvelle politique de l’eau , inspirée de la
doctrine internationale de l’eau et basée sur le principe de la gestion intégrée et rationnelle des
ressources en eaux.

Chapitre I : Développement durable


I.1) Définition
Le développement est une notion positive qui repose sur l’amélioration des conditions de vie
de la population d’un pays ; elle dépend en grande partie sur la croissance économique et donc
l’exploitation des richesses nationales.
La notion de développement durable suppose que l’on intègre la dimension environnementale
à celle de développement et donc de mesurer l’impact des activités économiques sur l’espace
local mais aussi planétaire.
A l’échelle de la planète, les nations n’ont pas atteint le même niveau de développement ; il
existe donc d’immenses inégalités entre les pays et à l’intérieur des pays. Il existe donc à
l’échelle mondiale, une coupure entre les pays dits du Nord et les pays du Sud. Cette ligne de
partage évolue car le développement rapide de certains états nécessite de revoir la ligne de
partage qui dans certains cas n’est plus pertinent.
D’autre part la croissance rapide de la population dans les pays les plus pauvres nécessite un
accroissement encore plus rapide de la production pour permettre d’améliorer les conditions de
vie. L’une des conséquences des inégalités dans le monde est la coexistence dans notre monde
d’espace de richesse et d’espace de pauvreté.
Selon Md Gro Harlem Brundtland, première ministre de Norvège : « le développement durable
est un développement qui répond au besoin du présent sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland – Nations Unies – 1987).
Le développement durable, auxquels il faut ajouter la "bonne gouvernance", s'articule autour
de trois piliers majeurs et interdépendants :
 L'économie : mettre en place une coopération internationale avec les pays en voie de
développement, lutter contre la pauvreté, modifier les modes de production et de

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Chapitre I Développement durable

consommation, favoriser le commerce équitable entre le nord et le sud, intégrer les


paramètres du développement durable dans les processus de décisions ;

 L'environnement : diminuer les rejets polluants, lutter contre le déboisement, la


désertification et la sécheresse, protéger la biodiversité, les forêts et les montagnes,
promouvoir une agriculture respectueuse de l'environnement et de la santé, protéger les
océans et les ressources halieutiques, promouvoir les énergies renouvelables…

 Le social : garantir l'accès à la santé et à l'éducation, lutter contre la pauvreté et la faim,


améliorer les conditions de vie, lutter contre l'exploitation des enfants, renforcer les
groupes sociaux à travers les syndicats, les associations et les ONG (populations locales,
femmes, enfants, travailleurs …).

Le défi de la mise en œuvre du développement durable consiste à faire en sorte que l’ensemble
des parties prenantes (citoyens, associations, entreprises, gouvernements, etc.), adaptent leurs
comportements, actions, politiques, programmes, lois et règlements, selon une visions globale
pour atteindre simultanément l’équilibre de ces trois objectifs fondamentaux.

L’ONU a organisé des sommets dits de la Terre. Ces sommets de la Terre sont des rencontres
ayant lieu tous les dix ans entre dirigeants mondiaux depuis 1972, avec pour but de définir les
moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial :

- Le premier sommet a eu lieu à Stockholm (Suède) en 1972,


Un état critique de la planète est dressé. Une déclaration a été adoptée qui affirme la nécessité
d'adopter une conception et des principes communs qui inspireront et guideront les efforts des
peuples du monde en vue de préserver et d'améliorer l'environnement.
- Le deuxième à Nairobi (Kenya) en 1982,
Un Sommet de la Terre s'est tenu à Nairobi (Kenya) du 10 au 18 mai 1982, en pleine guerre
froide. Ce sommet fut un échec et n'est d'ailleurs même pas évoqué comme un sommet de la
Terre officiel.
- Le troisième à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992,
Le Sommet de Rio s'est conclu par la signature de la déclaration de Rio qui fixe les lignes
d'action visant à assurer une meilleure gestion de la planète. La déclaration de Rio sur
l’Environnement et le Développement énonce 27 grands principes du développement durable
qui placent les ressources, le développement et l'environnement au même niveau.
- Le quatrième et dernier en date à Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002.
Ce sommet constituait une occasion pour le monde de faire le bilan et de compléter le
programme lancé lors du Sommet de Rio ; il était axé sur les enjeux du développement durable.
- Le cinquième sommet se déroule à Durban (Afrique du Sud) en 2011.
Une procédure de négociations, dite « Durban Platform for Enhanced Action », ayant pour
objet d'élaborer un engagement juridique de l’après Kyoto qui s'appliquerait à tous les États.
Cet engagement doit être signé en 2015 pour une entrée en vigueur en 2020.
D’autres sommets sont organisés mais ont une dimension plus écologique comme les
conférences internationales sur le climat. Celle de Kyoto en 1995.

Une conception et des principes communs qui inspireront et guideront les efforts des peuples
du monde en vue de préserver et d'améliorer l'environnement.

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Chapitre I Développement durable

I.1.1) Définition de l’agenda 21


Les agendas 21 locaux sont nés d’une recommandation de la Conférence des Nations Unies sur
l’environnement et le développement qui s’est tenue en 1992 à Rio.
Un agenda 21 local est un projet territorial de développement durable, porté par une collectivité
locale, et qui prend la forme d’un programme d’actions (programme d’actions pour le 21 ème
siècle).
Un agenda 21 peut être adopté par toute collectivité, quelle que soit son échelle territoriale
(commune, communauté de communes, agglomération, pays, Parc naturel régional,
département, région).
Il n’y a pas de modèle unique d’agenda 21. Chaque programme d’actions est le reflet de la
situation locale, de ses acteurs et de leurs attentes.

 Intérêt de la démarche
L’agenda 21 permet de : mobiliser, sensibiliser et associer l’ensemble des acteurs à la
construction d’un développement durable du territoire, c’est à dire un développement qui
cherche à concilier la protection de l’environnement, le développement économique et le
progrès social.
Il donne à la collectivité un cadre pour agir sur le court, moyen et long terme.

 Méthodologie
Pour faciliter la mise en place des Agendas 21 locaux, le ministère en charge du développement
durable a élaboré en 2006 (en concertation avec des représentants des collectivités) un cadre de
référence.
Il s’agit d’un outil méthodologique élaboré progressivement à partir d’expériences variées des
collectivités, à l’issue d’un travail partagé (ministères, institutions, associations, collectivités).

I.1.2) Protocole de Kyoto


Le protocole de Kyoto est un traité international qui a été signé le 11 décembre 1997. La
première période de ce protocole n'a réellement engagé que 37 pays industrialisés. Les pays
engagés par le protocole de Kyoto ont en moyenne décidé de réduire d'au moins 5% leurs
émissions de gaz à effet de serre sur la période 2008-2012 par rapport aux niveaux de 1990. Ils
ont collectivement atteint cet objectif (avec une réduction supérieure à 20%).
Avant que le protocole de Kyoto puisse entrer en vigueur, il devait être ratifié par au moins 55
pays, qui représentent au moins 55% des émissions de CO2 des pays industrialisés. L’entrée en
vigueur du Protocole de Kyoto s’est faite grâce à la ratification par la Russie (2007), responsable
de 17,4% des émissions des pays industrialisés.
L’accord, théoriquement en vigueur depuis le 16 février 2005, n’est entré en action au niveau
mondial que fin novembre 2005 après l’adoption formelle de ses premières modalités de
fonctionnement, lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de
Montréal.

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Chapitre I Développement durable

« Le protocole de Kyoto vise à réduire les émissions anthropiques


de 6 gaz à effet de serre ».
Ces gaz sont :
 Le gaz carbonique ou dioxyde de carbone (CO2)
Produit par combustion d’énergies fossiles, éruptions volcaniques, respiration des plantes, des
animaux et des hommes, incendies naturels de forêts, etc.) ;
 Le méthane (CH4)
Dû aux fuites dans la gestion des gisements d’énergies fossiles (émissions des mines de
charbon, fuites lors de l’exploitation du gaz naturel et relâchés des industries pétrolières, à la
combustion incomplète de la biomasse notamment lors des feux de forêts ;
 Les hydrofluorocarbures (HFC),
 Les hydrocarbures perfluorés (PFC),
Ces deux gaz réfrigérants utilisés pour la climatisation et les gaz propulseurs des aérosols.
 Le protoxyde d'azote ou oxyde nitreux (N2O),
Issu d’engrais azotés et de certains procédés chimiques ;
 L'hexafluorure de soufre (SF6)
Utilisé dans des transformateurs électriques.

Le Protocole de Kyoto ne devait être qu'une première étape dans la réduction des émissions de
GES. En effet, pour stabiliser les émissions de CO2, il faudrait réduire les émissions de 50% à
70% durant le prochain siècle.

I.2) Les objectifs du Développement durable


L’Agenda 2030 de développement durable, qui a été adopté en septembre 2015 à New York,
dans le cadre du Sommet des chefs d'Etats et de gouvernement des pays membres de
l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations unies (ONU).
Il s'agit d'un programme ambitieux qui porte sur 17 objectifs de développement durable
auxquels sont rattachés 169 cibles et 231 indicateurs. Tous les pays membres de l'Assemblée
Générale de l'ONU dont l'Algérie, sont appelés à intégrer les objectifs contenus dans cet Agenda
dans leur politique nationale de développement. Les objectifs et les cibles du développement
durable guideront l’action à mener au cours des 15 prochaines années dans des domaines qui
sont d’une importance cruciale pour l’humanité et la planète.
 Pour l’humanité
Eliminer la pauvreté et la faim, sous toutes leurs formes et dans toutes leurs dimensions et à
faire en sorte que tous les êtres humains puissent réaliser leur potentiel dans des conditions de
dignité, d’égalité et dans un environnement sain.

 Pour la planète
Lutter contre la dégradation de la planète, en recourant à des modes de consommation et de
production durables, en assurant la gestion durable pour de ses ressources naturelles et en

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Chapitre I Développement durable

prenant d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques, afin qu’elle
puisse répondre aux besoins des générations actuelles et futures.

 Pour la prospérité
Faire en sorte que tous les êtres humains aient une vie prospère et épanouissante et que le
progrès économique, social et technologique se fasse en harmonie avec la nature.
 Pour la paix
Favoriser l’avènement de sociétés pacifiques, justes et inclusives, libérées de la peur et de la
violence. En effet, il ne peut y avoir de développement durable sans paix ni de paix sans
développement durable.
 Pour les partenariats
Mobiliser les moyens nécessaires à la mise en œuvre de ce programme grâce à un Partenariat
mondial revitalisé pour le développement durable et auquel participeront tous les pays, toutes
les parties prenantes et tous les peuples.

Les 17 objectifs de développement durable :


- Objectif 1
Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde.
- Objectif 2
Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir
l’agriculture durable.
- Objectif 3
Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge.
- Objectif 4
Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les
possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
- Objectif 5
Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles.
- Objectif 6
Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des
ressources en eau.
- Objectif 7
Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût
abordable.
- Objectif 8
Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif
et un travail décent pour tous.

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Chapitre I Développement durable

- Objectif 9
Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et
encourager l’innovation.
- Objectif 10
Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre.
- Objectif 11
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients
et durables.
- Objectif 12
Établir des modes de consommation et de production durables.
- Objectif 13
Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs
répercussions.
- Objectif 14
Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux
fins du développement durable.
- Objectif 15
Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres.
- Objectif 16
Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes aux fins du développement durable.
- Objectif 17
Renforcer les moyens de mettre en œuvre le Partenariat mondial pour le développement durable
et le revitaliser.

I.3) Le schéma du développement durable


 La durabilité économique s’exprime en termes de rentabilité continue d’une
action. Elle s’intéresse à sa cohérence économique, à la maîtrise de ses coûts
globaux et à ses retombées économiques directes/indirectes dans le but
essentiellement d’optimiser sa rentabilité et d’éviter de générer des charges
d’endettement qui pourraient être transmises aux générations futures.

 La durabilité environnementale met l’accent sur le maintien, et la


préservation, l’amélioration et la valorisation de l’environnement et des
ressources naturelles sur le long terme, en maintenant les grands équilibres
écologiques, en réduisant les risques et en prévenant les impacts
environnementaux ;

 La durabilité sociale vise à ce que toutes les couches de la société bénéficient,


de façon impartiale, des fondamentaux du développement humain afin de jouir
d’une qualité de vie stable dans le temps ;

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Chapitre I Développement durable

- Un projet alliant enjeux économiques et sociaux est jugé << équitable >>,
- S’il satisfait les exigences sociales et environnementales, il est << vivable >>,
- S’il réunit enjeux économiques et environnementales, il est << viable >>,
- Mais il doit réunir ces trois composantes pour être reconnu << durable >>.

I.4) Les acteurs du développement durable


La société dans son ensemble, est concernée. Tous ses membres, toutes ses institutions ont un
rôle à jouer pour progresser vers un DD. L'Agenda 21 de Rio indique que la « réalisation
effective du développement durable sera fonction du degré d'engagement et de participation
réelle de tous les groupes sociaux et du public à la prise de décisions ». L'Agenda 21 formule
un chapitre de recommandations pour chacun des neuf "groupes majeurs" :
 les ONG,
 les salariés et syndicats,
 les collectivités territoriales (ou "autorités locales")
 les entreprises et industries,
 les communautés scientifiques et techniques,
 les enfants et les jeunes,
 les femmes,
 les paysans,
 les peuples est communautés autochtones.

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Chapitre II Les stratégies du développement durable

Chapitre II : Les stratégies du développement durable

II.1) Introduction
L’Homme doit être au centre de toute démarche fondée sur le développement durable, comme
individu au niveau économique, comme collectif au niveau social, et comme espèce vivante
ayant sa place au sein de la nature au niveau environnemental.
Le premier appel à la mise en œuvre d’une stratégie nationale de développement durable
(SNDD) date de la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement
(CNUED) à Rio en 1992, il reconnaît le droit universel pour l’homme de vivre dans un
environnement sain : « L’homme est au centre des questions de Développement Durable. Il
a droit à une vie saine et productive, en harmonie avec la nature. » (Conférence des Nations
Unies pour l’Environnement et le Développement - Agenda 21). A l'issue de la conférence cinq
textes ont été adoptés :

- La déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, constituée de 27


principes qui définissent les droits et les responsabilités des états en la matière ;
- La convention sur les changements climatiques ;
- La convention sur la biodiversité ;
- La déclaration des principes relatifs aux forêts ;
- L’Agenda 21 (ou Action 21) 1997 : Adoption du protocole de Kyoto sur la réduction
des émissions et gaz à effet de serre.

Cinq ans plus tard, en 1997, la Session spéciale de l’Assemblée Générale de l’ONU a constaté
une détérioration constante de l’état de l’environnement mondial sous la pression combinée de
modes non durables de production et de consommation, et de la croissance démographique.
Cette évaluation a amené les gouvernements à intensifier leurs efforts en fixant une nouvelle
échéance en 2002 pour « la formulation et l’élaboration de stratégies nationales de
développement durable » (ONU, 1997:10, §24a).
Le Sommet mondial sur le Développement durable (SMDD) de 2002 à Johannesburg a appelé
tous les pays à « progresser dans la formulation et l’élaboration de stratégies nationales de
développement durable et commencer à les mettre en œuvre d’ici à 2005. » (ONU 2002a :
§162b). Dans un effort parallèle, le Comité d’Aide au Développement de l’Organisation pour
la Coopération Économique et le Développement (OCDE) a fixé la date cible de 2005 pour que
les stratégies nationales s’engagent dans le processus de mise en œuvre.
Suite aux admonitions répétées par la communauté internationale en faveur de la formulation
et de la mise en œuvre des SNDD, certains pays ont maintenant mis en place ce type
d’approches stratégiques et lancé un ensemble d’initiatives politiques spécifiques. D’autres
pays viennent tout juste d’entamer ce processus complexe, ou ne l’ont pas encore fait.

II.1.1) Les défis à relever


Depuis le Sommet de Rio, les pays en développement ont accompli des progrès dans plusieurs
domaines importants, notamment la réduction des niveaux de pauvreté absolue et l’attention
accrue portée aux problèmes d’environnement. Dans d’autres domaines, comme la gestion et
la conservation des ressources en eau, des sols et de la biodiversité, la situation s'est
sensiblement dégradée. Un quart de la population dans les pays en développement souffre
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Chapitre II Les stratégies du développement durable

encore d'extrême pauvreté. La persistance de cette situation de pauvreté et d’inégalité soulève


de graves problèmes pour l'avenir, sur le plan de la paix et de la sécurité, de l’équité et de la
solidarité, et de l’environnement, aux niveaux national, régional et mondial. Les problèmes liés
au développement durable demeurent graves et urgents. Pour chaque pays, le défi posé et la
stratégie choisie pour le relever seront différents. Mais dans tous les cas, de profonds
changements structurels touchant à l’économie, à la société et à la politique seront nécessaires.

II.2) La stratégie de développement durable en Algérie


Depuis l’an 2000, l’Algérie a adopté une stratégie de développement durable reposant sur
différents axes. Il s’agit de politiques mises en place d’une façon progressive, à travers des
instruments de planifications et d’actions tels que ; la gestion de ses actifs naturels, la lutte
contre la pollution et l’implication des différents acteurs de la société au processus de
développement soutenable (Bouacida., R.Y. 2016)

L’Algérie a fait le choix d’un cadre participatif et inclusif en vue d’assurer une appropriation
des objectifs du développement durable par l’ensemble de la société et la mobilisation de cette
dernière en faveur du suivi et de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, garantissant ainsi la
réalisation des différents objectifs au bénéfice de toutes les catégories de population. Aussi, dès
l’entrée en vigueur de l’Agenda 2030 pour le développement durable, l’Algérie s’est dotée d’un
Comité interministériel chargé du suivi de la réalisation des ODD en Algérie (Tableau 2.1).

Rapport Nationale volontaire 2019 – Algérie

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Chapitre II Les stratégies du développement durable

MADRP : Ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Pêche


MAE : Ministère des Affaires étrangères
MCDP : Modes de Consommation et de Production Durables
MCrce : Ministère du Commerce
ME : Ministère de l’Energie
MEER : Ministère de l’Environnement et des Energies Renouvelables
MEN : Ministère de l’Education Nationale
MESRS : Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
MF : Ministère des Finances
MFEP : Ministère de la Formation et de l’Enseignement Professionnels
MHUV : Ministère de l’habitat de l’urbanisme et de la ville
MICLAT : Ministère de l’Intérieure, des Collectivités Locale et de l’Aménagement du Territoire
MICS : Méthodologie d’Enquête à Indicateurs Multiples
MJ : Ministère de la Justice
MRE : Ministère des Ressources en Eau
MSNFC : Ministère de la Solidarité Nationale de la Famille et de la Condition de la Femme
MSPRH : Ministère de la Santé de la Population et de la Réforme Hospitalière
MTESS : Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale
MTPT : Ministère des Travaux Publiques et des Transports
CNES : Conseil National Economique et Social
ONS : Office National des Statistiques
CF : Contrôleur Financier

II.2.1) Les Politiques environnementales


Les politiques environnementales en Algérie sont pilotées par le Ministère de l’Aménagement
du Territoire et de l’Environnement (MATE), créé à cet effet en 2000. Le pays dispose aussi
d’un réseau d’organismes sous tutelle pour coordonner sa politique, dont le plus important est
certainement l’Observatoire National de l’Environnement (ONE) créé en 2002 qui gère les
réseaux d’observation et de mesure de la pollution et de surveillance des milieux naturels.

- En 2002, l’Algérie a lancé le premier Plan National d’Action pour l’Environnement et le


Développement Durable (PNAE-DD, 2002-2012) qui vise à :
• renforcer le cadre législatif et réglementaire du développement durable,
• intégrer le concept de durabilité dans les différents programmes de développement,
• réduire la pauvreté et associer les différents acteurs économiques et les populations à
ce plan d’action.

- Un Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNA-ACC) a été mis en place
pour la période 2003-2013 dont l’objectif étant de :
• lutter contre l’érosion environnementale,
• participer à l’effort international de la réduction des émissions de gaz à effets de serre
dans l’atmosphère.

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Chapitre II Les stratégies du développement durable

- Le plan de développement quinquennal (2010-2014) renouvelle la prise en compte de toutes


les questions relatives à la biodiversité, la dégradation des sols, la gestion de l’eau, la gestion
des déchets, la protection du littoral et la maitrise des rejets polluants du secteur énergétique.

- Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) et le Programme de


Développement des Energies Renouvelables et l’Efficacité Energétique (PDEREE) qui
couvrent la période 2010-2030, sont la continuité des programmes précédents pour la réduction
des émissions de carbone, le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité
énergétique, ainsi que la préservation des ressources naturelles.

- Enfin, en 2013, un Plan National Climat (PNC) a relayé les plans précédents, et vise
notamment à l’adaptation des infrastructures industrielles aux règles et normes
environnementales internationales et la promotion du secteur des énergies renouvelables.

II.2.2) Les mesures principales


 Les émissions de gaz à effet de serre
La consommation d’énergie qui repose majoritairement sur les combustibles fossiles en pétrole
et gaz (99%) constitue la source principale des rejets polluants en Algérie. Les quantités
importantes des GES et principalement le dioxyde de carbone (CO2) qui sont rejetées dans
l’atmosphère proviennent des secteurs des transports (44%), le résidentiel et le tertiaire (34%)
et l’industrie (14%), (source : Agence Nationale pour la Promotion et la Rationalisation de
l’Utilisation de l’Energie, 2012).

Dans le cadre de la lutte contre la pollution industrielle, le MATE a introduit des mesures
coercitives, notamment la réduction drastique des gaz torchés du secteur des hydrocarbures et
des mesures qui incitent les entreprises à recourir aux normes environnementales
internationales. Ces actions ont été appuyées par l’introduction progressive d’une fiscalité
écologique basée sur le principe de « pollueur payeur » afin d’encourager les opérateurs
économiques à maîtriser leur impact sur l’environnement.
Concernant le secteur résidentiel, des mesures ont été introduites en 2011 dans le cadre du
Programme National de Maîtrise de l’Energie (PNME), notamment l’introduction de l’isolation
thermique des bâtiments pour promouvoir une consommation énergétique rationnelle.
Enfin, pour lutter contre les atteintes à l’environnement liées aux transports urbains, l’Algérie
a opté en faveur des mondes de transport plus économes en énergies, en privilégiant le
développement des transports urbains collectifs circulant avec une énergie électrique (ceci a
concerné dans un premier temps les grandes villes, projets pilotes, et va s’étendre à long terme,
à l’ensemble des autres villes du pays).

 Les énergies renouvelables


Pour subvenir aux besoins énergétiques du pays qui devraient doubler à l’horizon 2020, la
Politique en faveur du développement des énergies renouvelables, sera appuyée en grande
partie par la filière solaire. Avec son immense Sahara et un ensoleillement très élevé, l’Algérie
dispose de l’un des meilleurs potentiels solaires au monde. C’est une opportunité pour couvrir
la demande énergétique intérieure.
A ce titre, depuis 2008 l’Algérie participe au Plan Solaire Méditerranéen (PSM) pour le
développement de la filière solaire et éolienne.
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Chapitre II Les stratégies du développement durable

En 2009, une coopération avec l’Allemagne a été conclue pour la construction de la première
tour thermique dans le monde et qui devrait permettre à l’Algérie de produire d’ici 2030 un
tiers de ses besoins énergétiques à partir de ressources renouvelables.
Enfin, depuis 2011, l’Algérie dispose de sa première centrale hybride solaire-gaz, dont 20% est
d’origine Solaire (source : Ministère de l’énergie, Programme des énergies renouvelables et de
l’efficacité énergétique, 2011).

 La biodiversité
L’Algérie renferme une diversité taxonomique, éco systémique et paysagère importante. Cette
richesse s’explique par l’étendue de son aire géographique, du nord méditerranéen vers le sud
saharien. Cependant, des menaces et des dégradations pèsent sur cette diversité biologique à
cause de la sécheresse, la désertification, les incendies, les pollutions, l’expansion
démographique et l’urbanisation, la destruction et/ou la surexploitation des ressources
biologiques...
L’Algérie a intégré les objectifs de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) des
sommets de Rio, elle a défini en 1997 une stratégie et un plan d’action national et a élaboré en
2002 une politique afin de réduire les menaces à la biodiversité. L’engagement s’est renouvelé
par un nouveau plan d’action pour la période 2011-2020. Les actions déployées concernent
principalement la lutte contre la désertification et l’avancée du désert menaçant le nord du pays
à travers le projet du barrage vert, la dépollution du milieu marin, la protection et la valorisation
du littoral, la gestion de l’eau, la sauvegarde des aires protégées et des espaces verts, la
protection des ressources biologiques et la valorisation des ressources rares sahariennes comme
l’eau fossile.

 L’effort de Recherche et du Développement


Une attention particulière est accordée au secteur de la recherche scientifique et technologique
en lui accordant des moyens plus importants par rapport au passé. Dans ce contexte, le MATE
finance des projets de recherche sur les questions liées à la préservation et la valorisation de la
diversité biologique et les biotechnologies appliquées à l’environnement. Outre les programmes
de recherche qui existait en Algérie, le lancement en 2010 des Programmes Nationaux de
Recherche (PNR) dont une partie prenne en compte les thématiques liées de façon directe ou
indirecte au développement durable.

 La santé et la qualité de vie


Dans cette perspective, les principaux objectifs du PNAE-DD mis en place par les pouvoirs
publics algériens en 2002 sont l’éradication de la pauvreté et l’amélioration de la santé et la
qualité de vie des citoyens. Dans les zones rurales et urbaines, la population pauvre soufrait des
problèmes de santé liés au logement précaire, l’accès difficile à l’eau potable, l’exposition aux
pollutions industrielles et aux eaux usées.
Une politique de libéralisation du système de santé a été instaurée en Algérie afin d’améliorer
l’efficacité productive des secteurs sanitaires.

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Chapitre II Les stratégies du développement durable

 La sensibilisation et l’éducation environnementale


En 2002, une stratégie d’Éducation à l’Environnement et au Développement Durable (EEDD)
a été instaurée en Algérie. C’est un protocole d’accord signé entre le ministère de l’éducation
nationale et le ministère de l’environnement pour l’introduction de « l’éducation à
l’environnement » dans les cursus de formation scolaire et la création d'activités
complémentaires à travers les clubs verts des établissements d'enseignement.

II.3) Liste des indicateurs prioritaires pour le suivi de la stratégie


du Développement Durable

1. Indice d'efficience de l'eau,


2. Demande en eau et par rapport au PIB,
3. Indice d'exploitation des ressources renouvelables,
4. Part de la population ayant accès à une source d’eau améliorée,
5. Part de la population ayant accès à un système d’assainissement amélioré,
6. Intensité énergétique,
7. Part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique,
8. Emissions de gaz à effet de serre,
9. Proportion du transport routier en termes de trafic terrestre de marchandises,
10. Proportion du transport terrestre collectif (urbain et interurbain),
11. Ratio de la population agricole sur la population rurale,
12. Pertes de terres arables,
13. Part du budget public alloué aux programmes de développement rural durable,
14. Proportion des produits agricoles de qualité,
15. Proportion de la population urbaine ayant accès à un logement décent,
16. Production de déchets ménagers par habitant et nombre de décharges non contrôlées,
17. Part des crédits bancaires alloués au secteur privé,
18. Mécanismes de financement public pour soutenir les régions les plus défavorisées,
19. Taux d’alphabétisme des jeunes,
20. Ratio filles/garçons d'inscription dans l'enseignement primaire et secondaire,
21. Dépenses publiques et privées en recherche et développement, en pourcentage du PIB.

II.3.1) Les indicateurs de développement durable en Algérie


La prise de décision en matière de développement durable repose désormais sur un ensemble
d’indicateurs statistiques. Il s’agira d’indicateurs phares, des indicateurs composites et enfin
des indicateurs globaux.
II.3.1.1) Les indicateurs phares

 Les émissions de gaz à effet de serre


En 2012, en Algérie, les émissions de CO2 (qui font partie des émissions agrégées des six gaz
à effet de serre considérées par le Protocole de Kyoto) dues à la combustion d’énergie s’élèvent
à 114 million de tonnes, soit environ 2,97 tonnes de CO2/habitant qui est deux fois supérieure
à celles de 1995.
Les émissions par habitant en Algérie sont supérieures à la moyenne en Afrique (1 t CO2/hab),
et inférieures à la moyenne dans la région du Moyen-Orient (7,6 t CO2/hab) et dans le monde

Dr. BOURAS Farida – Maitre de Conférences « B »


13
Chapitre II Les stratégies du développement durable

(4,5 t CO2/hab). Les principaux secteurs polluants en Algérie sont : transports (49%),
résidentiel et tertiaire (31%), et industriel (12%).
Avec une consommation énergétique finale qui a augmenté avec un taux de croissance moyen
de 6,5% par an sur la période 2000-2012 (Graphique 1) et une très faible part des énergies
propres, l’Algérie à du chemin à faire pour pouvoir maitriser ses émissions polluants.

 Les énergies renouvelables


En Algérie, le bouquet énergétique est encore très peu diversifié. Sur la dernière décennie, la
part des ER dans le bilan énergétique n’a pas évolué et reste très faible et ne représente
aujourd’hui que 0,11%. La part des ER du mix électrique est très faible aussi et ne représente
que 0,7%, se situant ainsi loin de la moyenne de la zone de l’Afrique du Nord à 6,5%.
La production électrique d’origine renouvelable en Algérie est partagée entre le solaire et
l’hydraulique qui représente respectivement 15% et 85% (l’éolien est presque inexistant).
Les objectifs mis en place par les pouvoirs publics algériens d’augmenter la part des énergies
renouvelable dans la consommation énergétique à un niveau de 14% d’ici 2020 ne seront
probablement pas atteints.

 Le taux de croissance du PIB par habitant


Entre 2000 et 2017, le PIB réel de l’Algérie par habitant a augmenté en moyenne de 2% par an,
contre 3,32% au Maroc, 2,92% en Tunisie et 2,57 en Egypte. En l’absence d’un tissu
économique diversifié capable de produire de la richesse, l’économie algérienne reste fortement
dépendante des revenus du secteur des hydrocarbures qui représente près de 40% du PIB.

 L’évolution de la biodiversité
Pour la conservation de la diversité biologique, la multitude des zones terrestres protégées en
Algérie couvre tous les secteurs écologiques des domaines biogéographiques, soit près de
34% du territoire national. Pratiquement tous les parcs naturels nationaux ont été dotés d’un
plan de gestion, ce qui a permis d’associer les populations riveraines aux différents
programmes de développement et de limiter les délits causés.

II.3.1.2) Les indicateurs composites


• L’Indice de Développement Humain (IDH- Algérie)
L’indicateur du développement humain est un outil synthétique de mesure qui chiffre le niveau
atteint par chaque pays sous trois aspects essentiels : l’espérance de vie à la naissance, le niveau
d’instruction et le volume des ressources disponibles (PIB par habitant en PPA).
Trois paramètres principaux composent l’Indicateur du Développement Humain:
- la longévité (vivre longtemps et en bonne santé),
- l’instruction (acquérir des connaissances et un savoir-faire),
- le niveau de vie (pouvoir accéder aux ressources).

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14
Chapitre II Les stratégies du développement durable

• L’Indice de Performance Environnementale (IPE)


C’est un outil d’évaluation de l’efficacité des politiques environnementales d’un pays. Cet
indice est calculé par l’agrégation de 20 indicateurs reflétant les données environnementales
d’un pays, reliés à chacune des neuf politiques publiques (elles concernent : eau et sanitaire,
qualité de l’air, l’impact sur la santé, climat et énergie, pêcheries, biodiversité, ressources en
eau, agriculture, et forêts) et qui permettent une évaluation détaillée pour obtenir à la fin une
note sur 100. Dans le récent classement mondial IPE établi en 2014, l’Algérie figure à la 92ème
place sur 178 pays, avec un score de 50,0817. C’est le 13ème pays arabes en termes de
performances environnementales devancé par l’Egypte, la Tunisie et le Maroc classés
respectivement aux 50ème 52ème, et 81ème places au niveau mondial.
II.3.1.3) Les indicateurs globaux
 L’épargne nette ajustée
C’est un indicateur de soutenabilité mis au point par la banque mondiale pour exprimer la
variation du capital économique, humain et naturel d’un pays à l’issue d’un cycle annuel de
production. Il est calculé à partir de l’épargne brute (productions – consommations), moins la
consommation du capital fixe, plus les dépenses liées à l’éducation, moins les dommages causés
aux ressources naturelles (énergie, minéraux et forêts) et les dommages causés par la pollution
(émission de CO2 et de particules). Plus elle est élevée, plus le pays dispose d’une capacité de
production de revenus et que sa trajectoire de croissance est durable et inversement.

 L’empreinte écologique
Pour estimer le niveau de consommation des ressources disponibles lié aux activités humaines
et la valeur des actifs écologiques d’un pays et identifier ainsi les risques associés à ses déficits
écologiques, deux indicateurs sont utilisés : l’empreinte écologique et la biocapacité. La
différence entre ces deux indicateurs représente la réserve écologique ou le déficit, ils se
mesurent en hectares globaux (gha).En Algérie, depuis 1995, l’empreinte écologique par
habitant a augmenté d’environ 30% et la biocapacité par habitant est restée pratiquement stable.
Pour rendre compte de l’efficacité des politiques environnementales mises en place depuis une
quinzaine d’années, cette liste d’indicateurs statistiques a démontré dans l’ensemble, que les
progrès vers la voie du développement durable en Algérie sont encore moyens.
Dans un pays en voie de développement tel que l’Algérie les pouvoirs publics ont le rôle de
mieux informer et plus sensibiliser la population sur les questions environnementales, inciter et
encourager suffisamment les entreprises et les organismes publics à des comportements
responsables qui vont permettre de promouvoir des modes de consommation et de production
durables pour améliorer les performances environnementales.
Enfin, quand les citoyens deviennent conscients des questions liées à la préservation des
ressources naturelles, la lutte contre le réchauffement climatique et l’amélioration de leur
qualité de vie, ils viennent modifier leur rapport avec l’environnement et du fait, ils vont jouer
un rôle proactif en faveur du développement durable.

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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

Chapitre III : Gestion intégrée des ressources en eau

III.1) Définition
La gestion intégrée de la ressource en eau (GIRE) est l’application des principes du
développement durable au secteur de l’eau. Dans un cadre territorial cohérent, la GIRE vise à
intégrer les multiples parties prenantes, usages et enjeux concurrents, dont la préservation
environnementale, afin d’assurer la pérennité des ressources en eau. Pour prendre en compte
les nombreuses interactions et interdépendances entre ces composantes, la GIRE prône une
gouvernance participative.
L’eau est une ressource indispensable à la survie des écosystèmes et de l’humanité, mais est
parfois sujette à pénuries et pollutions. L’originalité de la GIRE est l’intégration à une échelle
spatiale cohérente (le bassin versant) des différentes masses d’eau (souterraines et de surface,
eau douce et eau marine), des acteurs et de leurs usages (besoins agricoles, industriels,
énergétiques, domestiques, ludiques, etc.), des enjeux environnementaux (préservation des
milieux naturels, par exemple) et socio-économiques.

III.2) Les ressources mondiales en eau


La demande mondiale en eau a augmenté d’environ 1 % par an en fonction de la croissance
démographique, le développement économique et l’évolution des modes de consommation,
entre autres facteurs, et elle continuera à croître considérablement au cours des deux prochaines
décennies. La demande industrielle et domestique en eau augmentera plus rapidement que la
demande agricole, bien que l’agriculture reste le plus grand consommateur global. La grande
majorité de la demande croissante en eau se produira dans les pays en développement ou
émergents.
Le cycle de l’eau s’intensifiera en raison du changement climatique, les régions les plus
humides devenant généralement plus humides et les régions sèches encore plus sèches. Environ
3,6 milliards de personnes dans le monde (près de la moitié de la population mondiale) vivent
déjà dans des zones potentielles de pénurie d’eau au moins un mois par an, et ce chiffre pourrait
atteindre 4,8 milliards à 5,7 milliards en 2050 (Rapport mondial des Nations Unies, 2018).

III.3) Les Ressources en eau en Algérie


L’Algérie se situe parmi les 17 pays africains les plus pauvres en matière de potentialités
hydriques et se trouve loin de la consommation théorique fixée par habitant et par an par la
Banque Mondiale et qui est de 1000 m3.
Il faut rappeler que la consommation par habitant et par an en Algérie a été divisée par 3 en
l’espace de 40 ans. Selon le CNES (Conseil National Economique et Social), Elle est passée de
1500 m3 en 1962 à 500 m3 en 2003 et 361 m3 en 2004, elle sera de 430m3 en 2030, selon les
prévisions de l’ANRH (Agence Nationale des Ressources Hydrauliques).
L’Algérie avec 90% de son territoire désertique et un climat méditerranéen au nord, a connu au
cours des 25 dernières années, une sècheresse intense et persistante qui a affecté les régimes
des rivières, l’alimentation des nappes aquifères et le niveau de remplissage des réservoirs et
des barrages, perturbant ainsi l’ensemble des activités socioéconomiques et l’environnement.
Cette situation exceptionnelle n’a fait qu’aggraver un déficit structurel.
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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

III.3.1) Les ressources conventionnelles.


En matière de ressources conventionnelles, c'est-à-dire les eaux superficielles et les eaux
souterraines,
 Les barrages
Le Plan national de l'eau à l'horizon 2030, a révélé que le nombre de barrages escompté est de
120 infrastructures afin d'augmenter les capacités de mobilisation des eaux de surface à hauteur
de 10 milliards de m3 avec "des systèmes de raccordement et de transfert hautement efficaces
et des conduites secondaires de distribution permettant de couvrir l'ensemble des centres de
consommation du pays suivant le principe d'égalité et de solidarité".
A ce propos, le MRE a fait état de la finalisation des études de réalisation de :
- 23 nouveaux barrages, 3 grands transferts et un projet de raccordement de barrages.

(ANRH)

Figure III.1 : Carte de situation des barrages algériens


(Source ANRH-2017)

 Les stations de dessalement


Avec la réception des quatre stations de dessalement prévues à Alger, Bejaia, Skikda et El Taref,
le nombre s'élèvera à 15 grandes stations (contre 11 actuellement) assurant une production
globale de 2,8 millions de m3/jour. Le taux des eaux dessalées représentera les 25% de la
production nationale à l'horizon 2030.
Les onze (11) stations, d’une capacité de 2,1 millions m3 /jour, qui ont été réalisées et mises en
service, sont :
- Arzew (Oran : 86.000 m3/j), - Hamma (Alger : 200.000 m3/j),
- Skikda (100.000 m3/j), - Souk Tlala-(Tlemcen : 200.000 m3/j),
- Mostaganem (200.000 m3/j), - Fouka (Tipaza :120.000 m3/j),
- Honein (Tlemcen : (200.000 m3/j), - Cap Djinet (Boumerdès : 100.000 m3/j),
- T enes (Chlef : 200.000 m3/j), - Maacta (Oran : 500.00 m3/j),
- Beni Saf (Ain Temouchent : 200.000 m3/j).
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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

Figure III.2 : Carte de situation des stations de dessalement


(Thèse Habet.L-2010)

 L’irrigation
En matière d’irrigation, le plan national de l'eau avait pour objectif une meilleure maîtrise des
variations annuelle et saisonnière en garantissant un approvisionnement permanent des grands
périmètres irrigués et ceux classés dans le cadre de la petite et moyenne irrigation, soulignant
la réalisation d'infrastructures d'irrigation permettant d'atteindre une superficie irriguée globale
de 2 millions d'hectares d'ici 2021.une économie d'environ 1,5 milliards de m3 annuellement.
- 88,3% des superficies irriguées par la petite et moyenne irrigation (PMH), soit 983.404 ha sur
un total de près de 1.113.854 ha, provenaient des eaux souterraines,
- 50% de l’ensemble des ressources et des forages,
- 30% des puits.
Des pertes importantes dans les réseaux de transport et de distribution qui varient globalement
de :
- 30% au niveau des grands périmètres d'irrigation,
- 40% au niveau de la petite et moyenne irrigation collective.

 L’assainissement
Le MRE a fait état de la poursuite du travail pour la collecte de toutes les eaux usées au niveau
de l'ensemble des agglomérations urbaines et rurales du pays, estimées actuellement à 1,7
milliards de m3 et leur traitement grâce à des systèmes d'épuration permettant leur réutilisation.
Le linéaire national de réseau d’assainissement avoisine actuellement les 52 800 km à l’échelle
nationale (contre 21 000 dans les années 1990). L’objectif de ces réalisations étant d’améliorer
les taux de raccordement à l’égout estimé à 88% L’autre objectif est d’éliminer tous les
systèmes d’assainissements ne répondant pas aux normes.

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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

Avec l’objectif d’épurer l’ensemble des eaux usées rejetées à travers le territoire national,
l’Algérie dispose actuellement de 152 stations d’épuration opérationnelles avec une capacité
installée qui avoisine les 850 millions de m3 /an, contre 30 stations d’épuration en 1999 avec
une capacité installée de 90 millions de m3/an.
Pour un débit nominal moyen de plus 1 567 036 m3/j, assurant un taux moyen d’épuration de
43%,soit

-73 stations à traitement intensif (boues activées),


- 76 stations à traitement extensif, (par lagunage aéré ou naturel),
- 03 stations d’épuration à filtres plantés.

 L’alimentation en eau potable


Le plan national de l'eau a permis de doubler et de diversifier les capacités de collecte et de
distribution de l'eau, ce qui a permis de parvenir à un taux de raccordement de 90% en eau
potable, soit 95%de la population urbaine et 70% pour la population rurale,
La dotation journalière est à raison de 180 litres/individu quotidiennement.
La fréquence de distribution en eau potable varie selon les quartiers :
- H24 pour 22%, - quotidien pour 42%,
- 1 Jour/2 pour 23%, - 1 Jour/3 et plus pour 13%.
Consistance des réseaux : 55 957 Km linéaire
- Adduction 18 229 Kml
- Distribution 37 728 Kml

III.4) La politique de l’eau en Algérie


Depuis l’indépendance, le secteur de l’eau a subi de profonds bouleversements qui peuvent
être résumés en trois étapes :
 Une étape d’inventaire et de connaissance des ressources en eau allant de
l’indépendance aux années 80 ;
 Une étape de recherche de modèle institutionnel marqué par la création du premier
Secrétariat d’État en 1974 et des Directions Hydrauliques de Wilaya ;
 Une étape de stabilisation de l’organisation à partir des années 2000. A noter la
promulgation de la loi sur l’eau en 2005. Cette étape est caractérisée par la mise en place
d’un programme intensif de mobilisation des ressources en eau.

Cet aboutissement, a été le fruit des réflexions sur une nouvelle politique de l’eau engagée dans
le cadre des assises nationales de l’eau en 1995, qui ont retenu les principes suivants :
 L’unicité de la ressource : l’eau devant être gérée à une échelle hydrographique ;
 La concertation : implication de l’ensemble des usagers dans la prise de décision ;
 L’économie : la réhabilitation permanente de la ressource ;
 L’écologie : gestion durable des ressources en eau ;
 L’universalité : l’eau est l’affaire de tous.

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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

III.4.1) Les axes stratégiques de la politique de l’eau


 Accroître la mobilisation des ressources en eau ;
 Assurer l’économie et la protection de l’eau ;
 Assurer une bonne gouvernance de l’eau.

III.4.2) La législation algérienne sur l’eau


Avec le temps, la législation algérienne dans le secteur de l'eau a connu plusieurs changements,
mais les lois qui ont changé le code de l’eau en Algérie sont :
 Lois n° 83-17 du 16 Juillet 1983 portant code des eaux
 Ordonnance n°96-13 du 28 Moharram 1417 correspondant au 15 juin 1996 modifiant et
complétant la loi n°83-17 du 16 juillet 1983 portant code des eaux.
 Loi n°05-12 du 28 Joumada Ethania 1426 correspondant au 4 août 2005 relative à l’eau.
Dans le cadre des réformes, de renforcement des institutions de l’eau et dans le souci de
l’amélioration de la situation hydraulique du pays, la nouvelle loi sur l’eau n° 05-12 du 04 août
2005 a pour but de :
 Définir les objectifs de la politique nationale de l’eau,
 Encourager l’utilisation optimale de l’eau,
 Fixer un cadre pour la gestion intégrée des ressources en eau du pays afin de garantir
une quantité suffisante et une qualité satisfaisante,
 Appliquer une nouvelle tarification pour l’eau potable et l’assainissement.
À travers la lecture de cette loi, nous avons essayé d’identifier les nouveaux principes de la
nouvelle politique nationale de l’eau :
 Le droit à l’eau, consacré par l’article 03 ;
 De l’économie de l’eau, consacrée par l’article 03 ;
 De la gouvernance, énoncée par l’article 04 ;
 De la concession et de la participation : de l’article 77 à l’article 90 ;
 L’eau et l’assainissement comme des services publics, consacré par l’article 100.

III.4.3) La gouvernance de l’eau en Algérie


Dans le but de moderniser les instruments d’intervention et de gestion, le secteur des Ressources
en eau a mis en œuvre une réforme juridique et institutionnelle répondant à une triple exigence :
 La durabilité de la gestion des ressources en eau ;
 La planification des aménagements hydrauliques et la gestion concertée de l’eau à
l’échelle des bassins hydrographiques ;
 L’efficience de la gestion des services publics de l’eau et de l’assainissement.

III.5) Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE)


La gestion intégrée des ressources en eau est un processus qui favorise le développement et la
gestion coordonnées de l’eau, des terres et des ressources, en vue de maximiser, de manière
équitable, le bienêtre économique et social, sans pour autant compromettre la pérennité
d’écosystèmes vitaux.(selon Partenariat Mondial pour l’Eau / Comité Technique consultatif ).

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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

III.5.1) Les principes de la GIRE


La Conférence de Dublin en 1992 adopte une déclaration dite "Déclaration de Dublin sur l'eau
dans la perspective d'un développement durable", qui adopte quatre (04) principes directeurs :

1. L’eau douce est une ressource limitée et vulnérable, indispensable à la vie, au développement
et à l’environnement.

2. Le développement et la gestion de l’eau devraient être fondés sur une approche participative
impliquant usagers, planificateurs et décideurs à tous les niveaux.
3. Les femmes sont au cœur des processus d’approvisionnement, de gestion et de conservation
de l’eau.
4. L'eau est utilisée à de multiples fins, elle a une valeur économique et l'on doit donc la
reconnaître comme un bien économique.

 Principe 1 : L’eau est une ressource limitée et vulnérable

Approche intégrée : La gestion intégrée doit prendre en compte les exigences et menaces liées
à cette ressource.
Limite naturelle du rendement : La quantité globale d’eau reste limitée à une échelle très
restreinte
Effets des activités humaines : Les êtres humains peuvent diminuer les volumes d’eau
disponibles et altérer la qualité de l’eau par diverses actions. Ils peuvent aussi avoir des effets
plus positifs lorsqu’ils visent la maîtrise de la variabilité spatio-temporelle naturelle des
écoulements.
Relations entre usagers en aval et en amont : Les usagers en amont doivent prendre en
considération les besoins légitimes des usagers en aval et partager ainsi les ressources avec les
usagers en aval.
Approche institutionnelle globale : La mise en place d’un cadre institutionnel capable d’intégrer
les différents systèmes humains (économiques, sociaux et politiques).
 Principe 2 : L’approche participative
Une participation réelle : Il ne peut y avoir de participation réelle que si tous les intervenants
(collectivités locales, organismes communautaires ou les secteurs d’irrigations), ont leur mot à
dire lors du processus décisionnel.
La participation, bien plus qu’une simple consultation : Une participation efficace permet aux
parties concernées, à tous les échelons d’une structure sociale, d’avoir un impact sur les
décisions à différents niveaux de gestion.
Dégager un consensus : Il n’est pas toujours évident de dégager un consensus et des ententes
durables dans le cadre d’une approche participative, il y a lieu de mettre en place des processus
d’arbitrage ou de résolution des conflits.
Création de mécanismes et de moyens : Le gouvernement doit également faciliter la mise en
place de moyens permettant une la participation de tous les intervenants de tous les intervenants.
Une prise de décision au niveau le plus bas possible : L’approche participative peut être utilisée
pour tenter d’atteindre l’équilibre entre une approche descendante et une approche ascendante
de la gestion intégrée des ressources en eau.

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Chapitre III Gestion intégrée des ressources en eau

 Principe 3 : Importance du rôle des femmes


Participation des femmes au processus décisionnel : Elle dépend étroitement de leur place dans
la hiérarchie et de leur rôle au sein des différentes cultures qui entravent, leur participation à la
gestion de l’eau.

Les femmes, usagers de l’eau : Il est incontestable que les femmes jouent un rôle primordial en
matière d’approvisionnement et de préservation de l’eau à des fins ménagères et, bien souvent,
agricoles, mais que leur influence est moindre par rapport aux hommes en ce qui concerne la
gestion, l’analyse des problèmes et le processus décisionnel liés à l’eau.

Sensibilisation accrue aux différences de rôle entre hommes et femmes : Lorsque l’on s’efforce
de garantir une participation exhaustive et réelle des femmes à tous les échelons du processus
décisionnel, il faut prendre en compte les différences qui caractérisent chaque société en ce qui
concerne le rôle social, économique et culturel des hommes et des femmes.

 Principe 4 : dimension économique de l’eau


L’eau a une dimension économique, donc une valeur : l’eau était considérée comme une
ressource gratuite, il y a lieu de modifier notre conception de la valeur de l’eau et de prendre en
compte les coûts d’opportunité liés aux schémas actuels de répartition de l’eau.

Valeur et prix, deux notions à ne pas confondre : La valeur de l’eau dans ses différents usages
est importante pour une répartition rationnelle de cette ressource rare. Fixer un prix à l’eau
revient à appliquer un instrument économique en vue d’orienter les comportements vers la
préservation utilisation rationnelle de l’eau, et d’indiquer si les consommateurs sont prêts à
payer pour des investissements supplémentaires dans des services d’approvisionnement.

III.5.1) Les enjeux de la GIRE


Trouver un équilibre entre :
- Utilisation de l’eau pour la subsistance d’une population mondiale en plein essor,
- Protection et conservation de la ressource afin de garantir sa pérennité.
Les moyens utilisés pour Trouver cet équilibre sont :
 Sensibilisation de l’opinion publique
Il est nécessaire désensibiliser l’opinion publique afin de mobiliser un soutien efficace pour
une gestion durable des ressources en eau et d’encourager les changements de comportement
et les actions nécessaires à ce soutien.
 Stimuler la volonté politique d’agir
En ces temps de pénurie de ressources, qu’elles soient financières ou naturelles, l’attention et
l’engagement des politiques sont essentiels pour garantir une prise de décision saine et la
réalisation des investissements nécessaires en matière de mise en valeur et de gestion de l’eau.
 Garantir la collaboration entre tous les secteurs et par-delà toutes les frontières
Les ressources financières et physiques disponibles (notamment l’eau) n’ont pas été utilisées
en vue d’améliorer le bien-être de la société dans son ensemble. Il y a lieu de définir des
moyens appropriés permettant de coordonner l’élaboration, la planification et l’application
des politiques de manière intégrée, au-delà des limites sectorielles, institutionnelles et
professionnelles.

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

Chapitre IV : Mise en œuvre de la gestion intégrée des


ressources en eau

IV.1) Cadre juridique et organisationnel


La mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau, nécessite des changements qui
demandent un appui politique qui peut être un défi. Pour cela il faut axer les changements à
apporter sur 3 domaines d'actions :
- Un environnement favorable qui inclut la politique de l'eau, la législation et la
réglementation ;
- Une définition des rôles institutionnels ;
- Une mise en place d'instruments de gestion.
En Algérie la mise en œuvre de la nouvelle politique de l’eau basée sur la gestion intégrée des
ressources en eaux, a nécessité des investissements colossaux : de capacité, de renouvellement
et d’exploitation afin de développer les moyens de mobilisation des ressources hydriques et de
les gérer de manière rationnelle.
La nouvelle Constitution algérienne de 2016 consacre à travers son article 19 l’utilisation
rationnelle des ressources naturelles ainsi que leur préservation au profit des générations
futures. La loi n°05-12 du 4 août 2005 relative à l’eau revoit complètement la législation
algérienne en la matière, et ce en vue de mettre en œuvre les outils stratégiques de gestion
intégrée de la ressource en eau dans le cadre d’un développement durable.

Sur le plan institutionnel, le Ministère des Ressources en Eau (MRE) est l’autorité centrale
responsable de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique nationale de l’eau, il dispose
de relais déconcentrés au niveau local avec les Directions des Ressources en Eau de Wilaya
(DREW). En 2001, des réformes institutionnelles ont modifié en profondeur les établissements
publics à compétence nationale, placée sous la tutelle du MRE, et posé les jalons d’une gestion
moderne du secteur de l’eau et de l’assainissement.

IV.2) Le cadre institutionnel


Il définit les rôles en créant un cadre organisationnel incluant les aspects formels et fonctionnels
et en renforçant les capacités institutionnelles avec le développement des ressources humaines
(Manuel technique de gestion intégrée des ressources en eau, 2010). Pour cela des arrangements
institutionnels sont nécessaires pour permettre :
- Le fonctionnement d'un consortium de parties prenantes impliquées dans la prise de
décision avec la représentation de toutes les sections de la société ;
- La gestion des ressources en eau basée sur les frontières hydrologiques (bassin versant,
aquifère) et non administratives ;
- La mise en place de structures organisationnelles aux niveaux de bassins et de sous bassins
afin de permettre la prise de décision au niveau approprié le plus bas ;
- La coordination par le gouvernement de la gestion nationale des ressources en eau à travers
les secteurs d'utilisation de l'eau ; il doit faciliter, réguler et encourager le secteur privé à
contribuer au financement et à la fourniture de services d’eau, d’irrigation...).
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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

IV.3) Les instruments de gestion


Le cadre politique et législatif met en place "les règles du jeu", tandis que le cadre institutionnel
identifie "les joueurs" et définit leurs rôles respectifs. Quant aux instruments de gestion, ils
représentent "les joueurs" avec leur compétence et leur savoir-faire nécessaires pour un jeu de
qualité, efficace et en harmonie avec le contexte social et économique. Les objectifs essentiels
de ces instruments de gestion sont de mettre en place :
- Un service d’évaluation et de suivi des ressources en eau ;
- Des plans de la GIRE ;
- Un mécanisme de gestion de la demande qui permet une réglementation et une
allocation de l’eau ;
- Des instruments de changement social pour favoriser une société civile afin de gérer les
litiges en garantissant le partage de l’eau ;
- Des instruments économiques afin d’utiliser la valeur et les prix de l’eau pour
l’efficacité et l’équité.

IV.4) Bassin versant, échelon pertinent pour la mise en œuvre de la GIRE


Le bassin versant est le territoire pertinent pour la GIRE indépendamment des frontières
nationales ou administratives traversées. C'est dans cette entité où se posent les problèmes, et
où ils peuvent être résolus par consensus entre les acteurs de l'eau et de l'aménagement du
territoire.
Globalement on pourrait, pour chaque bassin versant, produire des documents techniques
sectoriels sur : les aspects physiques et chimiques, les aspects biologiques, les dimensions
sociales et économiques et les aspects de la santé des populations humaines.
Ces documents sectoriels sont ensuite regroupés dans un document d'intégration (bilan) qui
présente clairement les problèmes propres au bassin. Ce document servira de plan d'action
élaboré par les divers acteurs du milieu.

IV.5) La gestion de l’eau en Algérie


La nouvelle politique de l’eau s’est fixé comme objectif outre la mobilisation de toutes les
ressources potentielles pour satisfaire l’ensemble des besoins sectoriels, une gestion rationnelle
de ces ressources c’est à dire une gestion économique, organisée à l’échelle des bassins.
En effet, la gestion de ressources hydriques nettement insuffisantes, faiblement mobilisées et
mal exploitées, a conduit au gaspillage de ces dernières. Les diverses pollutions et les pertes
dans les réseaux de distribution d’eau potable et d’irrigation ont aggravé la situation en matière
de disponibilité d’eau. On estime les pertes totales à :
- 50% sur les volumes prélevés dans les réseaux d’eau potable,
- 40% pour l’irrigation.
La nouvelle politique de l’eau est basée non plus sur une approche sectorielle comme celle qui
a prévalu durant les décennies précédentes mais sur une approche intégrée de la gestion qui
tient compte à la fois de l’adéquation des ressources par rapport aux besoins et qui préserve
l’environnement. Cette gestion englobe les aspects suivants :
- la gestion régionale ;
- la gestion économique ;
- la gestion écologique.

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

IV.5.1) La gestion régionale


La gestion des ressources hydriques a fait l’objet d’une gestion centralisée à partir des années
1970 avec la création de la SONADE (organisme à caractère industriel et commercial), qui avait
le monopole de la production et de la distribution de l'eau en Algérie, n'a pu réellement prendre
en charge la totalité de l'activité pendant toute sa période d'existence de 1970 à 1983 et cela par
une déstabilisation de son schéma organisationnel.
En 1983, une deuxième restructuration de l'activité a abouti à la création de 13 entreprises
régionales ayant en charge dans leurs zones géographiques respectives, les mêmes missions que
la SONADE. Cette restructuration était destinée à recadrer l'activité du secteur et à opérer une
reprise directe pat l'état. Comme pour la restructuration de 1970, la nouvelle organisation sera
encore remise en cause.
En 1987, la gestion est de nouveau décentralisée avec la création de 9 établissements publics
sous tutelle de l’administration centrale et 26 établissements sous tutelle de wilaya. Les
performances de ces établissements étaient très en deçà du niveau attendu pour un service public
aussi important que celui de l’AEP et de l’assainissement.
Il en résulte de cette restructuration des pertes énormes en eau, des prestations de mauvaise
qualité et une perte de crédibilité dans ces établissements.
Ce n’est qu’à partir de 2001 que des réformes institutionnelles ont été introduites, aussi bien au
niveau de l’administration centrale chargée de traduire la politique du gouvernement, qu’au
niveau des organismes chargée de la mise en œuvre de cette politique.
Sous la tutelle du Ministère des Ressources en Eau (MRE) qui a pour principale mission de
proposer et de mettre en œuvre la politique nationale de l’eau, des établissements publics à
compétence nationale, ont été créés ayant pour mission de :
- Développer les infrastructures et gérer les services de l’eau, de l’assainissement et de
l’irrigation
- Mettre en œuvre les programmes nationaux d’évaluation des ressources en eau et les
systèmes de gestion intégrée

IV.5.1.1) Etablissements publics pour le développement des infrastructures


et gestion des services de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation

 L’Algérienne Des Eaux (ADE)

Cet établissement a pour mission de


prendre en charge le service public
de l’eau à travers tout le territoire
national. Son fonctionnement est
guidé selon les principes de la
décentralisation qui permettra à
terme d’introduire des normes de
gestion universelles, favorisant la
participation d’opérateurs privés
nationaux ou étrangers dans la
gestion de ce service public.

Figure IV.1 : Logo de l’ADE

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 L’Office National d’Assainissement (ONA)


La création de cet office par le décret n°01-102 du 21 avril 2001, a été dictée par le constat de
la situation actuelle du secteur d’assainissement, caractérisée par une absence totale de prise
en charge des infrastructures réalisées et le gaspillage d’une ressource susceptible de
réutilisation des eaux usées.

Figure IV.2 : Logo de l’ONA

L’ONA assure également, la maîtrise d’ouvrage et d’œuvre déléguée concernant les projets
d’études, de réalisation, de réhabilitation, de diagnostics de stations d’épuration, de réseaux
d’assainissement et de collecte d’eau pluviale ainsi que des stations de relevage.

 Agence National des Barrages et Transferts (ANBT)


L’Agence Nationale des Barrages par abréviation « ANB », a été créée le 11 Juin 1985, par
décret n° 85-163 avec un statut d’Etablissement Public à caractère Administratif (E.P.A). Ce
statut a été réaménagé en Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC),
dénommé « Agence Nationale des Barrages et Transferts » par décret exécutif n°05-101 du 23
Mars 2005.

Figure IV.3 : Logo de l’ANBT

Missions :
- Chargée de la production et de la fourniture d’eau aux établissements chargés de sa
distribution ;
- Assure les études et la réalisation des barrages et transferts des eaux superficielles ;
- Elle assure en outre l’exploitation de l’ensemble des ouvrages de mobilisation.

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 L’Office National de l’Irrigation et du Drainage (ONID)


Le volet de l’hydraulique agricole sera confié à une EPIC, organisme crée à partir de la
restructuration de l’Agence Nationale de réalisation et de gestion des infrastructures pour
l’Irrigation et le Drainage (AGID).

Figure IV.4 : Logo de l’ONID

Missions :
- La maîtrise d’ouvrage déléguée pour le compte de l’Etat ;
- La gestion, exploitation et maintenance des Grands Périmètres d’Irrigation (GPI) ;
- Travaux et ingénierie pour son compte.

IV.5.1.2) Etablissements publics pour Mettre en œuvre les programmes


nationaux d’évaluation des ressources en eau et les
systèmes de gestion intégrée

 Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH)


L'Agence Nationale des Ressources Hydrauliques est un établissement public à caractère
administratif, à vocation scientifique et technique.

Figure IV.5 : Logo de l’ANRH

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Missions :
- La prospection et l'évaluation des ressources en Eau et en Sol du Pays,
- La collecte, le traitement et la mise à jour des informations relatives aux ressources en
Eau et en Sol,
- Le suivi de la ressource au plan quantitatif et qualitatif,
- La préservation, la protection et la sauvegarde de la ressource contre toute forme
de dégradation.
 Agence des Bassins Hydrographiques (ABH)
En Aout 1996, cinq agences de Bassins Hydrographiques ont été créées. Ces agences exercent
la gestion intégrée des ressources en eau au niveau des unités hydrographiques naturelles. Au
nombre de cinq, elles sont situées dans cinq zones différentes pour une meilleure couverture du
territoire.
1 - Oranie-Chott Chergui
2 - Cheliff Zahrez-
3 - Algérois-Hodna-Soummam-
4 - Constantinois-Seybousse-Mellegue-
5 – Sahara

Figure IV.6 : Les cinq Bassins Hydrographiques

Missions de l’ABH :
- Assurer le Système d'information à l'échelle des bassins hydrographiques, à travers
l'établissement et l'actualisation des bases de données et des outils d'information
géographiques ;
- Contribuer à l'élaboration, à l'évaluation et à l'actualisation des plans de développement
sectoriel à l‘échelle des bassins hydrographique, à moyen et long terme ;
- Collecter les redevances instituées par la législation et la réglementation en vigueur.
Missions du comité de bassin :
Au niveau de chaque bassin hydrographique existe un comité de bassin hydrographique où
s'exerce la concertation en matière de gestion intégrée des ressources en eau. Ce comité est
représenté par des membres de l’administration, des collectivités territoriales, des organismes

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

de gestion des services de l'eau, des organisations professionnelles et des associations d'usagers.
Ce comité :
- Examine le Plan Directeur d’Aménagement des Ressources en Eau PDARE ;
- Examine toutes questions se rapportant à l’Aménagement et à la gestion des ressources
en eau ;
- Examine les programmes d’activités en matière de protection quantitative et qualitative
des ressources en eau ;
- Fait des arbitrages sur les questions liées aux déficits d’apports en matière de
mobilisation et d’affectation des ressources en eau.
 Agence Nationale de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (AGIRE)
L'AGIRE : Etablissement public à caractère industriel et commercial, créé par décret exécutif
n°11-262 du 30 juillet 2011. Il est placé sous la tutelle du Ministre des Ressources en Eau et de
l'Environnement
Dans le cadre de la politique nationale de développement, l'AGIRE est chargée de réaliser, au
niveau national, toutes actions liées à une gestion intégrée des ressources en eau.

Figure IV.7 : Logo de l’AGIRE

Missions :
- Réaliser toute enquête, études et recherches liées au développement de la gestion
intégrée des ressources en eau ;
- Développer et coordonner les systèmes de gestion intégrée de l'information sur l'eau à
l'échelle nationale ;
- Contribuer à l'élaboration, à l'évaluation et à l'actualisation des plans de développement
sectoriel à l‘échelle nationale, à moyen et long terme ;
- Contribuer à le gestion des actions d'incitation à l'économie de l'eau et à la préservation
de la qualité des ressources en eau.

 Institut National de Perfectionnement de l’Equipement (INPE)


L’INPE est un établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité morale, et
de l'autonomie financière, par décret n° 2-116 du 03 avril 2002.

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

Assistance et conseil
Au titre de l’assistance technique, l’INPE intervient dans :
- L'élaboration des référentiels des emplois et des compétences ;
- L’élaboration des plans de formation annuels et pluriannuels.
Approche :
- Une information fiable ;
- Une relation de confiance ;
- Une prestation de qualité ;
- Un accompagnement continu.

Figure IV.8 : Logo de l’INPE

Missions :
Assister, conseiller, informer et accompagner les administrations, structures, et établissements
publics, dépendant du secteur des ressources en eau pour identifier leurs besoins en formation
et prendre en charge la formation, le perfectionnement et le recyclage.

IV.5.1.3) Coopération transfrontière


L’Algérie partage avec les pays voisins (la Libye et la Tunisie) des ressources en eau
superficielles et souterraines plus ou moins importantes. Afin d’encadrer la gestion commune
de ces ressources transfrontalières, des Conventions, Accords et instruments divers ont été
établis entre l’Algérie et les pays voisins.
Un mécanisme de coopération et de concertation sur la gestion du Système Aquifère du Sahara
Septentrionale (SASS) est fonctionnel depuis 2008. Il a permis d’ouvrir ainsi un nouveau
chapitre de la coopération régionale dans le domaine de l’eau. Il s’agit en effet de la première
structure de concertation dédiée à des ressources en eau souterraines transfrontalières en
Afrique. Le SASS renferme des réserves en eau considérables (40000 milliards de m3).

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

Figure IV.9 : Les limites du SASS

• Surface du bassin : 1.000.000 km2


- Algérie : 700 000 km2-60% ;
- Libye : 250 000 km2–25% ;
- Tunisie : 80 000 km2-15 %.
Durant les 30 dernières années, les prélèvements ont augmenté de 0.6 à 2.8 milliards de m3/an,
d'où nécessité d'une gestion durable de la ressource partagée à travers :
- Des outils pertinents d'aide à la décision ;
- Un mécanisme de concertation.

Figure IV.10 : L’exploitation du SASS

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

IV.5.2) La gestion économique


le Ministère des Finances attribue annuellement au Secteur des Ressources en Eau une
enveloppe financière dont une part est destinée aux grands projets relevant de la gestion
centrale, guidée par les structures centrales du MRE et une autre part pour le financement des
programmes de wilayas qui relèvent de la compétence des directions hydrauliques de wilayas
(DHW) au niveau local.
Au niveau central, chaque EPIC (ADE, ONA, ANBT ou ONID) se charge du pilotage des
projets relevant de son domaine, en désignant notamment les constructeurs par le lancement
d’avis d’appels d’offres, et l’exploitation des ouvrages une fois achevés.
Pour le financement des EPA (Etablissement Public Administratif) - à savoir ANRH et INPE,
ces derniers étant directement reliés au MRE, leurs dépenses sont directement prises en charge
par le ministère.

Figure IV.11 : Diagramme de la gestion économique

IV.5.2.1) La gestion des ressources non conventionnelles


La mise en œuvre du grand programme national de dessalement de l’eau de mer a été confiée à
la filiale AEC (Algerian Energy Company) créée entre la Sonatrach et la Sonelgaz, et elle est
chargée de la réalisation et de l’exploitation des projets en partenariat avec des groupes
internationaux leaders dans le domaine, dans le cadre de contrat de type «BOO» : Build, Own
and Operate (construire, posséder et exploiter).
La création de ce type de contrat est motivée par la nécessité d’accélérer les investissements
publics. En effet, l’AEC en partenariat avec des investisseurs internationaux, met en place des
sociétés de projets qui auront la charge de concevoir, réaliser, posséder, exploiter, maintenir et
commercialiser l’eau produite dans le cadre d’un schéma de Project Financing (financement de
projet), qui fait intervenir à la fois des financements locaux par la participation des banques
publiques et l’AEC, et des fonds apportés par les partenaires étrangers.

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

Toutefois les principes de base d’un contrat de type BOO sont :


• Assurance à l’investisseur de toutes les garanties contre les risques politiques et les
changements des lois (accords de stabilité) ;
• Réalisation et exploitation de l’usine par l’investisseur qui conserve la propriété
jusqu'à la fin de la période d’exploitation ;
• Imposition par les prêteurs, du fait d’un financement sans recours aux actionnaires de
mécanismes permettant de :
- contrôler l’utilisation du financement accordé à l’investisseur ;
- garantir le remboursement des prêts ;
- prévoir un arbitrage international pour l’ensemble des contrats.

IV.5.2.2) Gestion des services d’eau


Il existe plusieurs modes de gestion des services d’eau potable et d’assainissement :
 La régie
Constitue le mode de gestion directe du service public par la commune ou l’établissement
public. La collectivité exploite elle-même son service avec son personnel. Elle assure le suivi
et l’entretien des installations, la facturation et la gestion clientèle. Le service finance ses
dépenses d’investissements et de fonctionnement, par une redevance perçue auprès des usagers.
L’exploitation est réalisée aux frais et risques de la régie.
 La gestion déléguée
Est un mode de gestion indirecte, par lequel une collectivité publique confie à un délégataire la
gestion de tout ou une partie du service public dont elle a la responsabilité.

IV.5.2.3) Les Modes de gestion des services publics de l’eau en Algérie


 La concession octroyée par l’État (ou les communes) à des établissements publics
Jusqu’au premier semestre 2010, l’ADE gérait la distribution de l’eau dans 801 communes sur
les 1541 communes que compte le pays. Elle n’est directement concernée que par environ 2/3
des installations et réseaux de distribution d’eau potable.

 La régie communale avec autonomie financière.


 La gestion déléguée
Elle est confiée à des sociétés publiques (SPA) aidées dans leur gestion technique et
commerciale par des entreprises internationales spécialisées dans le cadre de contrats de
management qui sont :
a) la SEAAL (Société des Eaux et de l’Assainissement d’Alger) en partenariat avec Suez
Environnement qui est à la charge du service public de l’eau et de l’assainissement dans la
capitale Alger et dans la wilaya de Tipaza ;
b) la SEATA (Société de l’Eau et de l’Assainissement d’El Tarf et Annaba) en partenariat
avec un opérateur allemand Gellssen Wasser pour les villes d’El Tarf et Annaba ;
c) la SEOR (Société des Eaux d’Oran) en partenariat avec l’entreprise espagnole Agbar ;
d) la SEACO (Société des Eaux et d’Assainissement de Constantine) en partenariat avec
la Société des Eaux de Marseille (SEM) pour la ville de Constantine.

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Chapitre IV Mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau

IV.5.2.4) Coût de l’eau


En Algérie, il n’existe que peu d’études qui précisent le coût des services de l’eau.
- L’étude SOGREAH (2002) révèle que le coût de l’eau se situerait dans une fourchette
de 100,5 à 117 DA/m³ ;
- Une étude de Benachenhou (2005) a montré que le coût réel du mètre cube d’eau en
Algérie est d’environ 1,80 dollar, soit 130 DA/m³ ;
- L’étude de Boukhari.S (2010), estime que le coût réel du mètre cube d’eau et
d’assainissement est de 125 DA.
 La Tarification de l’eau potable et de l’assainissement en Algérie
La tarification constitue un moyen efficace pour, une utilisation rationnelle de l’eau. Elle a pour
objectif de mieux réguler la demande en eau des consommateurs. Le système tarifaire de l’eau
potable est fondé sur les principes de sélectivité (en fonction des usages) et de progressivité (en
fonction des quantités d’eau prélevées). Ainsi, le barème des tarifs est établi à partir d’une part,
d’un tarif de base, correspondant à la tranche sociale et d’autre part d’un ensemble de
coefficients tarifaires multiplicateurs, correspondant aux catégories d’usagers et aux tranches
de consommation d’eau pour la catégorie « ménages ».

Tableau IV.1 : Tarification de l’eau et de l’assainissement

Tarif de base DA/m3


Zone tarifaire
Wilayas couvertes
territoriale Eau
Assainissement
potable
Alger, Blida, Médéa, Boumardes, Tizi-
ALGER Ouzou, Bouira, Bordj Bou Arreridj, M’sila, 6,30 2,35
Setif, Bejaia

Oran – Ain Témouchent – Tlemcen –


ORAN Mostaganem – Mascara – Sidi Bel Abbès – 6,30 2,35
Saida – Naâma – El Bayadh
Constantine – Jijel – Mila – Batna –
Khenchela– Biskra – Annaba – El Tarf –
CONSTANTINE 6,30 2,35
Skikda – Souk Ahras – Guelma –Tebessa –
Oum El Bouaghi.
Chlef – Ain Defla – Relizane – Tiaret –
CHLEF Tissemsilt – Djelfa. 6,10 2,20

Ouargla – El Oued – Illizi – Laghouat –


OUARGLA Ghardaia – Béchar– Tindouf – Adrar – 5,80 2,10
Tamanghasset.

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IV.5.3) La gestion écologique


La gestion écologique renvoie à la préservation de l’environnement. La protection des
écosystèmes est l’un des principes de la GIRE. Les écosystèmes terrestres dans les zones en
amont d’un bassin sont importants pour l’infiltration des eaux fluviales, la recharge des eaux
souterraines et des régimes de débit des fleuves.
Les écosystèmes aquatiques produisent en outre de nombreux avantages économiques tels que
le bois de construction, le bois de chauffe, et des plantes médicinales. Les écosystèmes
dépendent des écoulements d’eaux, du caractère saisonnier et des fluctuations de la nappe
phréatique et sont donc menacés par la mauvaise qualité de l’eau.
La gestion des ressources en eaux doit veiller au maintien des écosystèmes indispensables ainsi
qu’à la réduction des effets nuisibles sur les autres ressources naturelles. La gestion écologique
c’est aussi la maitrise de la valorisation agronomique des eaux usées traitées et du risque
sanitaire global chimique et microbiologique. La préservation des réserves d’eau, notamment
celles non renouvelables, devient un préalable pour assurer aux générations futures leur part de
cette ressource.
A l’instar de beaucoup d’autre pays, l’Algérie, est confrontée aux enjeux majeurs de
préservation des écosystèmes, de leur restauration et leur utilisation durable, dans le contexte
actuel marqué par une exploitation accélérée des ressources, la dégradation des terres, les
risques d’avancée du désert et les menaces sur la biodiversité.
Par ailleurs, la nouvelle Stratégie Nationale de l’Environnement et du Développement Durable
SNEDD 2019-2035, permettra la protection de l’environnement global. Cet objectif est
supporté par plusieurs Plans nationaux d’actions et stratégies environnementales.

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